X c'est l'inconnu

Il a déjà 19 ans et redouble sa sixième (1). Sans gloire et sans investissement personnel. 

Il court le risque d'un nouvel échec cette année et donne l'impression de ne pas s'en faire. Tu as révisé pendant les vacances de Pâques? lui demande Madame. Non, il n'a rien fait. Il n'est même pas capable de dire à quoi il a passé cette quinzaine de jours. Dormir longtemps, fumer des joints, traînasser avec des copains, jouer à des jeux vidéo. Ce qu'il fait aussi tout le reste de l'année. Il habite à deux pas de l'école et cumule les retenues pour cause de retard. 

Tu as une moyenne de 32% en maths, lui dit Madame, est-ce que tu as déjà demandé des explications à ton prof pour ce que tu ne comprends pas? des exercices supplémentaires? Non, dit-il, mais ce qu'on voit en ce moment comme matière, je le comprends bien. Donc le test de demain sera bon? demande Madame. Oui, certainement, dit-il. Sauf qu'il n'a pas encore commencé à l'étudier. Et le test d'économie de cet après-midi? Il ne l'a pas étudié chez lui hier soir, non, il a profité d'une heure d'étude ce matin, vu qu'une prof était en sortie scolaire avec une autre classe. (2) 

Il ne sait pas ce qu'il fera l'an prochain. Je vais travailler un an, dit-il, pour payer mes études supérieures. Il est persuadé qu'il trouvera facilement. Il n'a pas encore commencé à chercher. 

Il se traîne dans la vie au jour le jour en accumulant les mauvaises notes et Madame se demande comment elle va réussir à le faire bouger. 

prof, école, élève

il est sur cette photo prise le jour où les Terminales ont fêté leurs derniers 100 jours dans le secondaire - le flou est intentionnel, évidemment... 

*** 

(1) donc la Terminale dans le système français 

(2) résultat: 35%

Commentaires

  • J'en ai aussi connu, des gars comme lui. Certains sont partis sans leur diplôme et on trouvé leur bonheur en faisant des formations (de jardinier, de maçon, de chauffagiste ...)

  • je serais bien contente s'il trouvait une formation et réussissait quelque chose! et sa maman aussi, qui trime pour élever seule ses quatre fils

  • c'est tout à fait ça, prendre sa vie en mains!

  • Lui proposer de rester à l'école après les cours, l'installer dans une salle vide et le faire travailler, puis l'interroger. L'encourager aussi (mais ça tu le fais), l'aimer, lui dire combien il est extraordinaire d'avoir 35% sans travailler, ce qui laisse à penser qu'avec un minimum de travail il aurait 50%... Mais pour ça il faut qu'il soit partant...

  • oui on essaie tous les trucs :-)
    malheureusement, on ne peut pas obliger un 18+ à rester à l'étude, j'ai juste réussi à le faire rester à l'étude en période d'examen, en décembre, ça l'a aidé à réussir la majeure partie mais son travail quotidien est nul, donc il devient impossible de tout rattraper

  • C'est inquiétant, d'autant que même le marché du RAP est en train de se faire bouffer par des intellos !
    Le commentaire de Madame Chapeau me rappelle mon prof de math de troisième qui argumentait auprès d'un gaillard allergique à sa branche "Plombier, c'est un beau métier, Et ça peut rapporter gros !"

  • le problème avec ce genre de gars - l'an dernier j'en étais au même point avec lui et c'est vers cette période qu'il a complètement arrêté l'école, donc c'est déjà un succès qu'il ait bien voulu redoubler, en quelque sorte - c'est que leurs rêves ne sont pas à la mesure de leurs moyens, genre réalisateur de cinéma, producteur musical, coach d'une équipe de foot (de préférence la Barça) ou, pourquoi pas, devenir un second Messi!

  • Coucou, Adrienne,

    Un vrai casse-tête! J'ai eu le cas avec mon fils, je ne me sens plus capable de revivre la même chose, car j'ai en plus compris qu'on ne sait rien faire, il faut qu'il se casse la gueule, qu'il se retrouve sans rien, et qu'il se dise: "faut que je me bouge, là". Ça doit venir de lui, c'est comme pour les alcolos, les drogués,... Les gens doivent vouloir vraiment faire une démarche, on ne sait pas le faire à leur place. C'est dur de voir son gamin s'enliser, ne pas se rendre compte de la dure réalité du monde du travail, mais je crois que nous sommes hélas impuissants. Les mots d'Alphonsine sont intelligents, motivants, mais... d'après ce que tu décris, il sera imperméable à ces mots...

    J'ai vu dimanche une amie, je l'ai vue seule, elle a donc pu parler librement au sujet de son fils de 12 ans qui vient d'entrer en humanités. Il ne veut plus aller à l'école, et ça a pris des proportions telles qu'il voit une psychiatre, qui lui fait des certifs, et depuis les vacances de Noël, il a été à l'école UN mercredi! Tout ça pèse sur l'ambiance au sein de la famille, bien entendu. Mais que faire???

    Bisous,
    lulu

  • oui il y est imperméable, comme tu dis, à mon avis en partie à cause de ses "fumettes", ce serait bien si d'abord il arrêtait avec ça...
    pour l'enfant de 12 ans, mon inquiétude serait tout à fait différente - et plus forte encore - parce que le refus de l'école à cet âge doit d'abord trouver son explication (si le gamin a 18 ans, avec les lois sur la majorité, les parents sont assez impuissants, on ne peut plus rien faire sans l'accord du jeune, pas même l'envoyer chez un psy!)

  • C'est inquiétant ce comportement, on sent qu'il n'a plus goût à rien ! peut-être a-t-il d'autres soucis ??

  • beaucoup de nos jeunes ont divers soucis, parents absents ou désimpliqués comme cause première, très souvent... et un tas de facteurs de société (pour faire court)
    en ce moment je suis deux jeunes filles qui ont un problème de comportement alimentaire, un jeune en dépression grave, et deux trois autres au bord de la rupture avec l'école, pour ne nommer que quelques cas parmi les plus "graves", tous ont des parents qui n'ont RIEN vu venir (c'est pour ça que l'autre jour je disais chez Joe Krapov qu'il faudrait fermer toutes les écoles, pour que les parents voient leurs enfants ;-))

  • Je trouve le commentaire de Lulu très juste. Il faut qu'il se casse la gueule, qu'il touche le fond ppour pouvoir donner un coup de talon.
    C'est très juste mais aussi très difficile à accepter. Dur de voir un gamin s'enfoncer sans lui tendre une bouée, sans vouloir le sortir de là.
    Je suis contente de ne pas être passée par là avec mes enfants, c'est même audelà du contentement.

  • oui Lulu a raison :-)
    mais j'essaie d'éviter que le crash arrive maintenant, j'aimerais qu'il ait son diplôme de l'école secondaire, après il prendra un an pour découvrir le monde du travail et peut-être se ressaisir, trouver la bonne filière et la motivation pour réussir ...

  • On a beau parler avec quelqu'un qui ne manifeste aucune motivation, on se heurte à un mur parfois. Le prof ne peut pas réagir à sa place, ni fermer les yeux, tu as dit ce qu'il fallait, la balle est dans son camp. Ce garçon ne semble pas conscient de la nécessité d'un diplôme du secondaire pour aborder des études supérieures.
    Je me souviens d'une fille qui avait abandonné en dernière année pour aller travailler comme vendeuse, son seul objectif alors, et quelques années plus tard, elle a tout de même compris son erreur et a repris une formation.

  • oui c'est un mur d'immobilisme mais madame est un mur d'entêtement ;-)
    c'est vrai que ceux qui lâchent l'école avant le diplôme le regrettent, pas quelques-uns mais tous, je n'en ai rencontré aucun qui ne me parle spontanément de ce regret, qui s'en veut, qui fait des phrases avec "si" et le plus-que-parfait...
    rares sont ceux qui trouvent le courage (et les soutiens nécessaires, financiers et autres) pour reprendre des études, donc voilà, je vais m'acharner à le faire bouger ;-)

  • Tout d'abord bravo pour ton investissement parce qu'on se sent tellement démuni (e) face à de tels comportements !
    Il lui manque le petit grain de sable qui arrêtera la machine pour qu'il pense -ou pas d'ailleurs - à changer d'optique ..... bon courage !

  • merci Colette :-)
    pour éplucher des crevettes, je n'ai aucune patience, mais pour m'occuper des élèves, j'en ai à l'infini, je ne le comprends pas moi-même d'où ça vient ;-)

  • Parfois "le franc tombe" quand la réalité frappe. Certains ont alors le feu aux trousses et apprennent ce qu'ils peuvent encore, font des formations, "travaillent" et suivent des cours du soir. Ceux-là ont compris que ça n'avait rien d'une blague.

    Les autres trouvent la société infâme, injuste, immonde - hein, hein, hein! Ils s'asseyent sur le trottoir et fument un joint en attendant qu'elle passe...

  • je lui en veux que "son franc" ne tombe pas, il voit comme sa maman se débat, travaille dur et loin de chez elle, dans un système qui l'oblige aussi à faire des nuits etc
    et il sait quelle peine il lui fait

  • ahem ... toutes les baffes que j'ai prises dans ma vie m'ont rendue malheureuse, parfois révoltée, jamais meilleure, je le crains

  • L'aide la plus précieuse vous lui donnez... L'encourager, le motiver, le ramener dans la réalité. Toujours croire en un changement. Moi, je suis ainsi faite je continue de croire que la personne va faire le pas c'est plus fort que moi.
    J'ai vu beaucoup de jeunes se reprendre en mains à 25 ans - 30 ans. La consommation est souvent un problème majeur pour eux. L'arrêt de substances aident à sortir des rêves et entrer dans la réalité mais ce n'est pas en notre pouvoir de les empêcher de consommer.

  • voilà, comme vous dites, ce n'est pas en notre pouvoir! mais je lui ai tout de même dit que ce n'était pas chinois de deviner qu'il "fumait" alors il n'a même pas essayé de nier...
    et qu'il fallait qu'il arrête ça s'il voulait aller de l'avant (on ne peut que le dire, n'est-ce pas)

  • Quel billet... c'est toute une société en perdition qui est évoquée. la société du loisir, de l'argent facile, de la superficialité, du matérialisme.
    les jeunes sans repères sont paumés, et ils se laissent glisser dans les paradis artificiels et perdent toute volonté de s'en sortir.
    Comment va se redresser une société si ses enfants sont aussi mous du genou...
    J'en ai connu tellement moi aussi, dans ma carrière. Et comme toi j'ai eu une patience infinie, davantage que pour éplucher des dizaines de crevettes...
    Bon courage madame, et Respect !
    ¸¸.•*¨*• ☆

  • "mou du genou", quelle belle expression :-)
    et oui, tous les problèmes de la société se retrouvent à l'école, et c'est de plus en plus jeunes que les élèves doivent s'y colleter

  • Ah oui je comprends ton inquiétude pour l'avenir de ce jeune homme.
    J'en ai connu quelques uns pour qui le déclic a été tardif et qui ont fini par se réveiller. Et aussi un ou deux pour qui malheureusement on attend toujours :( ...
    Mais heureusement que des adultes sont là, comme toi, pour ne pas les lâcher malgré cette incroyable mauvaise volonté apparente.
    En tout cas j'admire ton engagement.

  • c'est de l'entêtement ;-) que dis-je? de l'acharnement thérapeutique ;-)
    bises Lolou

  • Je ne sais que penser. J'étais une élève moyenne, sans gros soucis, sans rêve surtout, j'ai réussi toutes mes années d'humanités, qui m'ont semblé bien longues, mais je me rends compte que je réalisais déjà à l'époque (les années 70) que je devais me conformer à certaines choses pour réussir, et je m'y conformais, plus par peur que par envie. Et "réussir" ne voulait rien dire pour moi. A cause de mes parents. J'ai souffert de l'autorité, mais je pense que parfois , l'autorité est nécessaire. Je pense à cette pauvre maman qui essaie de s'en sortir, mais n'est-elle pas trop "bonne", le fils ne se fie-t-il pas trop à l'amour inconditonnel de sa mère pour continuer sa petite vie avec sa petite fumette? Pfffffffff, que faire????? Je t'admire, en tous cas! Je te l'ai déjà dit: moi prof, j'ai jeté la moitié des élèves par la fenêtre avant la fin du premier semestre, et je suis en guerre avec tous les parents...

  • sacrée Lulu, tu me fais bien rigoler, je t'imagine lançant les gamins par la fenêtre :-)
    moi je lancerais plutôt certains adultes par la fenêtre, pour mes jeunes, ils peuvent faire toutes les bêtises qu'ils veulent, chaque jour on peut tourner la page ;-)
    bises

  • Cette apathie, ce manque d'investissement, cette indifférence, c'est vraiment très difficile à supporter dans ce métier. Cette semaine encore, face à mes jeunes élèves de 15, 16, 17 ou 18 ans, j'ai eu un moment de découragement. Mais seulement un moment.
    Bon week end.

  • quoi de plus normal... mais juste un moment, n'est-ce pas, on se ressaisit vite :-)
    merci et bon week-end!

  • comme tu écrivais "je vais être directe" moi je voyais déjà le direct du droit (ou du gauche, comme tu veux ;-))

  • Il s'appelle Thomas ? Parce que tu décris parfaitement l'aîné de mes petits-enfants Il a 23 ans maintenant et on peut tout essayer pour le faire prendre une décision : c'est comme péter dans le mastic....

  • non, il porte le nom d'une constellation ;-)
    "péter dans le mastic", "mou du genou", j'en apprends des expressions amusantes avec mes commentatrices, merci :-)

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