• Z comme Zigzags (2)

    Pour terminer le mois belge, voyons ce que dit Théophile Gautier à propos de son voyage dans notre pays: 

    Belgique.png

    extrait 1: Mons 

    "Mons est une vraie ville flamande. Les rues y sont plus propres que les parquets en France ; on les dirait cirées et mises en couleur. Les maisons sont peintes, sans exceptions, du haut en bas, et de teintes fabuleuses. Il y en a de blanches, de bleu cendré, de ventre de biche, de roses, de vert pomme, de gris de souris effarouchée, et de toutes sortes de nuances égayées, inconnues dans ce pays-ci. Le pignon découpé en forme d’escalier s’y montre assez fréquemment. La toiture de l’Ambigu-Comique peut donner aux Parisiens, qui ne sont pas très-cosmopolites en général, une idée assez nette de ce genre de construction : cela produit un effet d’une bizarrerie assez agréable." (p.60) 

    Madonna.jpg

    extrait 2: la "catholicité" dans le paysage traversé 

    "Plus on avance, plus on sent dans l’air un vague parfum de catholicité totalement inconnu en France ; presque à chaque maison il y a une vierge ou un saint dans une niche, et non point un saint ou une vierge avec des nez cassés et des doigts de moins comme ici, mais jouissant de tout leur nez et très-peu manchots. Dans beaucoup de villages les vierges sont habillées en robe de soie et ornées de couronnes, d’oripeaux et de moelle de sureau ; elles ont une lampe devant elles comme en Espagne ou en Italie ; les églises sont aussi parées avec une recherche et une coquetterie amoureuse tout à fait méridionales." (p.66) 

    jour 1 Bruxelles (1) - Copie.JPG

    extrait 3: Bruxelles 

    "Après avoir traversé une infinité de rues bordées de maisons avec des toits en escaliers, nous débouchâmes tout d’un coup sur la place de l’Hôtel de Ville, c’est la plus vive surprise que j’aie éprouvée dans tout mon voyage.

    Il me sembla que j’entrais dans une autre époque, et que le fantôme du moyen âge se dressait subitement devant moi ; je croyais que de pareils effets n’existaient plus qu’au Diorama et dans les gravures anglaises.

    Qu’on se figure une grande place dont tout un côté est occupé par l’Hôtel de Ville, un édifice miraculeux avec un rang d’arcades, comme le palais ducal à Venise, des clochetons entourés de petits balcons à rampes découpées, un grand toit rempli de lucarnes historiées, et puis un beffroi de la hauteur et de la ténuité la plus audacieuse, tailladé à jour, si frêle que le vent semble l’incliner, et tout en haut, un archange doré, les ailes ouvertes et l’épée à la main.

    À droite, en regardant l’Hôtel de Ville, une suite de maisons qui sont de véritables bijoux, des joyaux de pierre ciselés par les mains merveilleuses de la Renaissance. On ne saurait rien voir de plus amoureusement joli ; ce sont de petites colonnettes torses, des étages qui surplombent, des balcons soutenus par des femmes à gorge aiguë, terminées en feuillages ou en queues de serpent, des médaillons aux cadres fouillés et touffus, des bas-reliefs mythologiques, des allégories soutenant des écussons armoriés, et tout ce que la coquetterie architecturale de ce temps-là peut imaginer de plus séduisant et de plus amusant à l’œil. Toutes ces maisons sont admirablement conservées, il n’y manque pas une pierre ; la triple chemise de couleur dont elles sont couvertes les conserve comme dans un étui." (p.78-80) 

    Zigzags a paru en 1845

     

     

  • Y comme yakapa

    A mes débuts de blogueuse et de visiteuse de blogs, je m'étais étonnée de voir que beaucoup se servaient "sur le net" pour illustrer leurs propos et qu'ils le faisaient sans mentionner leurs sources. 

    Je ne voyais pas en quoi c'était différent pour le support numérique que pour l'imprimé: ce qui n'est pas à moi, n'est pas à moi, et j'en signale la provenance. 

    Les commentaires à ce billet m'avaient laissée perplexe, on trouvait parfaitement normal d'aller se servir ici et là et de réutiliser pour son propre compte. Yakapa faire de blog, yakapa écrire, yakapa y mettre de photos, le net est à tout le monde et autres petites phrases du même acabit. 

    Depuis, je m'abstiens donc d'en parler, sauf en passant - et sur un ton que je veux léger, alors que ça continue à me turlupiner - quand je constate, à chaque visite à mes statistiques, que mon billet qui parodie la tirade du nez (j'en avais fait une tirade du pied, à l'époque de l'orteil écrasé par le piano) continue à être mon numéro 1 au hit-parade et que je me demande combien d'écoliers l'ont resservi à leur prof. Ou à quoi d'autre ça a pu servir. 

    Mais ça, ce n'est que moi et mes petits trucs d'amateur. Cependant, il y a aussi des gens dont c'est le gagne-pain. Comme des illustrateurs et illustratrices, prenez par exemple l'excellente Nathalie Jomard et son Petit Précis de GrumeautiqueMercredi dernier, on pouvait y lire pour la énième fois son énervement à propos de gens qui s'approprient ses dessins sans mentionner leur source. 

    © Nathalie Jomard - Leçon de droit.jpg

    cliquer pour voir en grand 
    source ici et un bon billet sur le même sujet ici

  • X c'est l'inconnu

    Il a déjà 19 ans et redouble sa sixième (1). Sans gloire et sans investissement personnel. 

    Il court le risque d'un nouvel échec cette année et donne l'impression de ne pas s'en faire. Tu as révisé pendant les vacances de Pâques? lui demande Madame. Non, il n'a rien fait. Il n'est même pas capable de dire à quoi il a passé cette quinzaine de jours. Dormir longtemps, fumer des joints, traînasser avec des copains, jouer à des jeux vidéo. Ce qu'il fait aussi tout le reste de l'année. Il habite à deux pas de l'école et cumule les retenues pour cause de retard. 

    Tu as une moyenne de 32% en maths, lui dit Madame, est-ce que tu as déjà demandé des explications à ton prof pour ce que tu ne comprends pas? des exercices supplémentaires? Non, dit-il, mais ce qu'on voit en ce moment comme matière, je le comprends bien. Donc le test de demain sera bon? demande Madame. Oui, certainement, dit-il. Sauf qu'il n'a pas encore commencé à l'étudier. Et le test d'économie de cet après-midi? Il ne l'a pas étudié chez lui hier soir, non, il a profité d'une heure d'étude ce matin, vu qu'une prof était en sortie scolaire avec une autre classe. (2) 

    Il ne sait pas ce qu'il fera l'an prochain. Je vais travailler un an, dit-il, pour payer mes études supérieures. Il est persuadé qu'il trouvera facilement. Il n'a pas encore commencé à chercher. 

    Il se traîne dans la vie au jour le jour en accumulant les mauvaises notes et Madame se demande comment elle va réussir à le faire bouger. 

    prof, école, élève

    il est sur cette photo prise le jour où les Terminales ont fêté leurs derniers 100 jours dans le secondaire - le flou est intentionnel, évidemment... 

    *** 

    (1) donc la Terminale dans le système français 

    (2) résultat: 35%

  • W comme wagon de train

    La petite Julie, c'est celle qui un jour a confié à Madame qu'elle n'avait pas les deux euros nécessaires pour payer le bus en vue d'une sortie scolaire avec le prof de géo. C'est celle dont les parents s'étaient tellement endettés, qu'on leur prélevait une grosse part de leur salaire, chaque mois. 

    La petite Julie, avec son corps d'enfant et ses grands yeux sombres, n'est pas devenue sage-femme comme elle en rêvait à 17 ans. Elle a finalement opté pour une embauche immédiate à la SNCB où elle a suivi une formation de conductrice de train. 

    C'est avec fierté qu'elle montre quelles grosses machines elle fait glisser sur leurs rails. J'espère, lui dit Madame, qu'un jour tu seras ma conductrice. Madame est drôlement fière de la petite Julie. 

    2017-04-10 (31).JPG

    photo prise à Ostende en ce mois d'avril
    cliquer pour voir en grand le slogan sur la locomotive 

    Mais la semaine dernière, c'est sur sa ligne qu'il y a eu un "accident", celui qui est la hantise de tout conducteur de train et qui en a déjà réduit plusieurs à quitter cet emploi: un suicide. 

    La petite Julie sait qu'un jour, peut-être, ce sera elle qui verra sa locomotive lancée à toute vitesse sur un corps humain, que ce sera elle qui voudra freiner et n'y arrivera pas à temps, que ce sera elle la cause involontaire d'un drame pour une famille. Que ce sera elle qui aura des cauchemars la nuit et une énorme appréhension chaque fois qu'elle sera dans sa machine. 

    Au lieu d'éprouver ce plaisir qu'elle a aujourd'hui à filer sur les rails, comme une grande. 

    *** 

    en 2016, les trains belges étaient à l'heure dans 89,2% des cas et la cause numéro 1 des retards est externe à la SNCB: il s'agit de "phénomènes externes au rail, comme des alertes à la bombe, des promeneurs le long des voies ou des heurts de personnes (accidents, suicides)." (source ici)

     

     

  • V comme vieux machins

    L'autre jour, l'Adrienne et sa Tantine sont allées faire le plein de nostalgie heureuse dans la maison qui était autrefois la chapellerie familiale. 

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    La pièce de séjour leur a semblé plus petite qu'autrefois, et plus encombrée, alors qu'il n'y a trois fois rien là où avant elle contenait aisément le grand bureau avec son antique téléphone, la table pour douze personnes, le gros poêle à charbon, des armoires contre tous les murs et deux fauteuils dans le coin télé. 

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    Dans le couloir, les boiseries grises ont reçu une couche de peinture blanche. Tous les interrupteurs sont restés d'époque, c'est-à-dire de gros machins ronds et noirs, que les nouveaux occupants se sont amusés à peindre en vert ou en orange. 

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    Dans le magasin, le mobilier et les rayonnages ont disparu mais le grand miroir en pied est resté. C'est ici, dit la Tantine au jeune homme qui prend les commandes, que l'Adrienne a appris à marcher. 

    Ce qu'il y a de bien avec la Tantine, c'est qu'on peut parler avec elle du papa de l'Adrienne. A la maison, dit-elle, j'ai quelques vieux disques à lui. Il y en a un avec son nom écrit sur la pochette. De Ray Ventura, C'est au marché aux puces. 

    ray ventura.jpg

    source de la photo et info ici

    L'Adrienne n'a jamais entendu cette chanson et ne sait même pas que son père a eu des disques. Une petite recherche internet lui a fait découvrir le site ci-dessus et bien sûr les paroles. Mais aucune vidéo qui permette de l'écouter. 

    Dommage, l'Adrienne adore ce genre de vieux machins cool

     

  • U comme universel

    oostende 2017-04-21 (13).JPG

    La citation peinte sur les vitres du centre culturel ostendais vient d'un livre du Hollandais Jeroen Brouwers (né en 1940), Bezonken rood. Sa traduction française, Rouge décanté, a obtenu le prix Fémina du roman étranger en 1995. Si ça prouve une chose, c'est que les livres en néerlandais mettent beaucoup plus de temps à être traduits en français qu'en anglais, l'original a paru en 1981 et sa traduction anglaise en 1988, Sunken red

    Ce livre, écrit après le décès de sa mère, raconte son expérience de petit garçon de 3 à 5 ans dans l'horreur d'un camp de concentration japonais. La famille vivait à Batavia et est faite prisonnière après l'invasion japonaise de l'Indonésie néerlandaise, en 1943: il était dans ce camp avec sa maman, sa sœur et sa grand-mère, qui y est décédée; son père était interné dans un autre camp. 

    Et la citation, me direz-vous? Je vous la traduirais comme ceci: "Rien n'existe qui ne touche autre chose". 

     

  • T comme T-shirt orange

    fiction,jeu,photo

    C'est en arrivant à l'entrée du parc qu'elle l'a vu. Il était grand, mince, finement musclé dans son T-shirt orange par ce frais matin de printemps. L'enseigne du pharmacien marquait bientôt dix heures et 9 degrés mais son T-shirt lui collait à la peau. 

    "Il doit avoir marché longtemps avec son lourd bagage", pensa-t-elle. Un gros sac à dos était posé à terre contre sa jambe, une guitare bien emballée dans sa housse et un deuxième sac, volumineux, posé devant lui. 

    "Leurs yeux se rencontrèrent" se dit-elle en souriant, mais on n'était pas chez Flaubert: c'est sa coiffure rasta qu'elle regardait, et ses longs bras nus où l'on voyait les muscles sous la peau noire, comme lustrée. Il avait l'air fatigué et indécis. 

    "Je parie qu'il a dormi à la belle étoile", pensa-t-elle encore en le regardant remettre son sac à dos sur ses épaules. Elle le vit faire une grimace douloureuse, ce qui confirma son opinion. Il trimbalait sans doute toutes ses affaires depuis déjà un bon bout de temps. 

    - Vous avez dormi dehors? 

    Elle le regretta tout de suite mais dans l'urgence, elle n'avait rien trouvé de plus approprié comme entrée en matière. 

    Il la regarda, ébahi, sans répondre. Une question de langue, peut-être? 

    - Je vous offre un café? dit-elle en faisant un geste large en direction de la grande brasserie, un peu plus loin sur sa droite. 

    Elle le vit hésiter un instant. Elle supposa que ses rides et ses cheveux gris avaient quelque chose de rassurant, car il finit par ébaucher un sourire pour accepter. 

    fiction,jeu,photo

    C'était une de ces brasseries ostendaises où l'on sert de plantureux buffets pour le petit déjeuner. Elle capta son regard sur les paniers de viennoiseries, les plateaux garnis de fruits, de charcuteries et de fromages. S'il avait aussi faim qu'elle le supposait, l'odeur des œufs brouillés ou frits devait faire crier son estomac. Elle ne se trompait pas.  

    lakévio53.jpg

    "C'est tout juste s'il n'a pas avalé le petit bouquet de violettes", se dit-elle avec un sourire attendri, en quittant leur table plus d'une heure et demie plus tard. 

    - Comment vous remercier, lui dit-il pour la troisième fois, je n'ai rien à vous offrir. 
    - Détrompez-vous: vous m'avez beaucoup offert! Vous m'avez offert votre histoire. 

    Elle lui montra le chemin de la gare et se dépêcha vers son clavier. "A Djibril", écrivit-elle en dédicace, même si plus que probablement il ne le lirait jamais. 

    *** 

    merci à Lakévio pour la consigne et l'image (ici)

  • Stupeur et tremblements

    Mardi soir, impossible d'ouvrir google chrome. Pas grave, se dit l'Adrienne, il reste encore microsoft edge et mozilla firefox, on verra ça demain à tête reposée. 

    Le lendemain, la tête n'était sans doute pas assez reposée, le problème ne trouvait pas de solution: impossible de faire un nettoyage avec Ccleaner, impossible de désinstaller chrome - pour le réinstaller - et l'Adrienne, qui déteste déclarer forfait, a dû se résigner à faire appel au service de support en ligne. 

    La voilà en train de "chatter" avec Rachid, qu'elle imagine jeune, beau et ténébreux. Première expérience de ce genre, elle est donc bien étonnée que Rachid lui demande de pouvoir "contrôler son bureau" tongue-out 

    Rachid et l'Adrienne, chacun derrière son ordi, pouvait ainsi cliquer, ouvrir, fermer, tapoter sur le même écran. Le bureau de l'Adrienne, donc. De temps en temps l'Adrienne devait assister l'assistant, vu que son ordi "parle" néerlandais. 

    Pendant une heure, Rachid a essayé de faire la même chose que l'Adrienne: désinstaller chrome pour pouvoir le réinstaller. Sans succès. 

    Puis Rachid a passé la main à Idriss, sous prétexte qu'il avait un problème d'ordi - un comble, vous serez d'accord, pour un service d'aide en ligne tongue-out 

    Idriss, que l'Adrienne s'est également imaginé jeune, beau et ténébreux, a encore eu besoin d'une bonne demi-heure pour résoudre le problème et finalement désinstaller puis réinstaller chrome. 

    L'Adrienne, Idriss et Rachid se sont quittés très bons amis. 

    C'est juste que maintenant elle tremble un peu en se demandant qui regarde par-dessus son épaule tongue-out 

    12:01 Connexion...
    12:01 Connecté. Un représentant du service d'assistance sera à votre disposition dans un instant.
    12:01 Session d'assistance établie avec Rachid.M.
    12:01 Rachid.M redémarre l'application en tant que service système Windows
    12:01 Connexion...
    12:01 Application exécutée en tant que service système Windows
    12:01 Connecté. Un représentant du service d'assistance sera à votre disposition dans un instant.
    12:01 Session d'assistance établie avec Rachid.M.
    12:01 Vous avez autorisé Rachid.M à contrôler votre bureau. Pour révoquer, cliquez sur le X rouge dans la barre d'outils ou appuyez sur Pause/Break sur le clavier.
    12:01 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    12:12 Rachid.M a interrompu les demandes de maintenance. Veuillez patienter.
    12:12 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:13 Session d'assistance établie avec Rachid.M.
    12:13 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    12:13 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:14 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    12:14 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:14 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.

    12:14 Rachid.M: j'ai perdu le partage d'ecran je tente de la recuperer

    12:26 Rachid.M a interrompu les demandes de maintenance. Veuillez patienter.
    12:26 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:26 Session d'assistance établie avec Rachid.M.
    12:26 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    12:33 Rachid.M a interrompu les demandes de maintenance. Veuillez patienter.
    12:33 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:34 Connexion fermée. Tentative de reconnexion...
    12:35 Connexion...
    12:36 Connecté. Un représentant du service d'assistance sera à votre disposition dans un instant.
    12:36 Session d'assistance établie avec Rachid.M.
    12:36 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    12:36 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    12:36 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    13:07 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:08 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    13:08 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:08 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    13:08 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:08 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    13:09 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:09 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
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    13:10 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:10 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.
    13:11 Contrôle à distance par Rachid.M arrêté.
    13:11 Contrôle à distance démarré par Rachid.M.

     

  • 22 rencontres (19)

    Quand un ancien élève s'affiche sur le Messenger de Madame, elle a toujours un sentiment un peu double: s'agira-t-il d'une demande d'aide, de participation à une enquête en vue de la thèse, d'une quelconque autre requête? ou s'agira-t-il d'une véritable bonne petite conversation, comme ça, juste pour le plaisir de prendre et de donner des nouvelles? 

    Avec Henri arrive l'inévitable troisième cas, quand on veut diviser le monde en deux catégories cool

    Henri reste l'élève friandise, même des années après avoir quitté les bancs de l'école. 

    Henri, c'est celui qui demande: 

    - Chère Madame, ça fait trop longtemps! Avez-vous de nouvelles passions? 

    Comme si Madame avait "de nouvelles passions" tous les trois mois tongue-out 

    Henri, c'est celui avec qui Madame rêve de l'abbaye de Thélème qu'ils vont créer un jour cool

    prof,école,élève

    illustration de Gustave Doré
    source de l'image ici

     

  • R comme Rik

    Rik Wouters a peint, sculpté, dessiné des centaines de fois son épouse Nel, j'en parlais le 16 avril. Il a aussi réalisé des autoportraits qui montrent bien l'évolution du jeune et solide gars de 20 ans 

    rik-wouters-zelfportret1906.jpg

    autoportrait de 1906 

    rik wouters autoportrait.jpg

    à l'homme de 30 ans, détruit par la guerre et la maladie 

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    Rik à la blouse bleue, 1914

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    autoportrait au chapeau vert, 1915

    Brussel 2017-03 (45).JPG

    autoportrait au bandeau noir, 1915 

     *** 

    Son biographe, Eric Min, écrit que le cancer de la mâchoire dont souffrait Rik Wouters est dû au fait qu'il a travaillé avec des produits nocifs dans des endroits trop confinés. Les logements successifs du couple étaient de modestes petites maisons, Rik ne disposait pas d'un véritable atelier. 

    Comme les héros tragiques de la littérature, c'est au moment où la consécration artistique et une large reconnaissance de son talent arrivent, que la guerre éclate, qu'il est mobilisé, puis enfermé dans un camp à Zeist, et qu'il tombe malade. D'un mal qu'on ne peut guérir mais pour lequel on le fait encore longuement souffrir, par exemple en l'opérant sans anesthésie, et qui de plus lui fait perdre la vue. 

    J'ai été émue de voir qu'à Zeist, où des amis parviennent à lui procurer du papier, des pinceaux, des couleurs, il peint l'unique arbre du paysage du camp 

    art,peinture,expo,bruxelles

    Le grand sapin, vue du camp de Zeist (1915)

  • 20 miracles de la nature (5)

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    Indéniablement, les murs de l'Adrienne sont Belges:  

    DSCI4794.JPG

    ici on voit bien que le vrai mur belge s'effrite 

    *** 

    petite mise au point pour les amis français qui auraient envie d'en rajouter,  

    paraphrasant Cyrano,  à propos de ses "folles plaisanteries" 

    Car si je me les sers moi-même avec assez de verve 
    Je ne permets pas qu'un autre me les serve. 

    tongue-out

  • Question existentielle

    Mais qu'est-ce que j'irais y faire? s'exclame l'Adrienne en lisant l'injonction qui lui est faite par Brussels Airlines: 

    "Madame Adrienne, envolez-vous vers l’Afrique en Business Class et cumulez le double de Miles !" 

    Qu'est-ce que j'irais y faire, se demande-t-elle une seconde fois, je ne trouve déjà pas le temps d'aller passer un second week-end à la mer!  

    Chère Mme Adrienne,

    Ne manquez pas cette occasion de cumuler le double de Miles sur nos vols vers quelques-unes des destinations les plus surprenantes de l'Afrique, tout en profitant du confort et du service hors-pair de notre Business Class.

    Cumulez le double de Miles de prime en Business Class sur tous nos vols entre Bruxelles et :

    • Accra
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    Pour bénéficier de cette offre exceptionnelle, enregistrez-vous ici avant le 30 juin 2017, réservez votre vol Brussels Airlines en Business Class et voyagez entre le 1er mai et le 30 juin 2017. 

    Et puis, si le voyage est à faire entre le premier mai et le 30 juin 2017, l'Adrienne est désolée, mais elle n'a pas de congés. 

    Enfin, si c'est une photo comme celle-ci qui doit appuyer l'argument de vente, l'Adrienne est re-désolée. En néerlandais, ça s'appelle "een afknapper", le truc, le détail, la chose qui te fait définitivement renoncer.

    brussels airlines.jpg

    Ne cherchez pas, il n'y a pas de traduction française pour "afknapper", mais je pense que vous aurez compris tongue-out

  • P comme petite promenade pascale

    C'est grâce à une petite promenade printanière, le dimanche de Pâques, que j'ai pour la première fois vu "en vrai" une plante que je ne connaissais que "sur papier". Son nom en néerlandais est "eenbes", ce qui veut dire "une baie" ou "baie unique", pour des raisons évidentes, voyez plutôt: 

    Walrus Pasen 2017 (8).JPG

    J'ai dû attendre d'être rentrée chez moi pour rechercher son nom en français, il s'agit de la parisette (je ne sais pas si ça dit quelque chose à quelqu'un, en tout cas il n'y a qu'à cliquer sur le lien pour en apprendre davantage cool

    Me voici donc toute contente d'avoir enfin vu cette plante sur le sol belge laughing 

    Walrus Pasen 2017 (15).JPG

    à part ça, il y avait aussi l'ail des ours en abondance, des anémones, des jacinthes, cette année tout a fleuri en même temps 

    Walrus Pasen 2017 (18).JPG

    Walrus Pasen 2017 (12).JPG

    une belle découverte!

  • O comme obsession

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    Chaque fois qu'elle passait dans cette rue, elle ne pouvait s'empêcher de regarder intensément la façade du numéro 17. Chaque fois, cette vue la désolait. Chaque fois, il y avait de nouvelles dégradations à déplorer. 

    Il y a longtemps que le bois autour des grandes vitrines aurait dû recevoir une couche ou deux de peinture. Des squatteurs avaient négligé de fermer les fenêtres des chambres, en quittant les lieux. Des vitres s'étaient brisées, d'abord au premier étage, puis au second. 

    Elle n'osait s'imaginer dans quel état était le reste de la maison. Le plancher du grenier? La cour aux pavés orange? Toutes ces grandes pièces non chauffées depuis des années? La pluie ne s'était-elle pas infiltrée par le toit ou par les cheminées? Les rats, les souris, d'autres nuisibles n'avaient-ils pas envahi les lieux, les boiseries surtout? 

    Elle s'en voulait de s'inquiéter pour un bâtiment qui n'était plus dans la famille depuis bientôt trente ans mais c'était plus fort qu'elle: en passant devant, elle ne pouvait que regarder et voir. 

    Un autre hiver est venu. Les peintures ont été refaites, de nouvelles fenêtres installées, de grandes pancartes ont annoncé l'ouverture prochaine d'un café. 

    Ça l'a rendue heureuse. Heureuse qu'on garde le carrelage ancien, le grand miroir biseauté, les rayonnages gris clair sur le mur du fond. Elle espérait qu'en poussant la porte vitrée, elle entendrait à nouveau la clochette d'autrefois. 

    La chapellerie de son grand-père revivrait.

    *** 

    source de la photo de Fred Hedin et consignes chez Leiloona, que je remercie!

  • N comme Nel

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    Quand il la voit pour la première fois, il a vingt ans. C'est un grand Flamand blond aux yeux bleus, un solide gaillard, à peine sorti de l'atelier de menuiserie de son père pour perfectionner son art à Bruxelles. 

    Elle est une petite brune de 16 ans, une francophone de Schaarbeek. Hélène, qu'il appellera Nel et qui sera la femme de sa vie. Ils se marient trois ans plus tard, en 1905, et seule la guerre les séparera. La guerre, puis la mort de Rik, en 1916. 

    Ils ont donc droit à une dizaine d'années ensemble, comme mon grand-père et la petite Yvonne. Pour Rik et Nel, ce sont dix intenses années de production artistique et de vie de couple fusionnelle. 

    C'est Nel qu'il peint, dessine, sculpte. Nel avec sa "plus jolie robe" - celle qui est à rayures rouges et blanches - ou Nel nue. Nel en pleine activité ménagère - à son repassage, par exemple - ou au repos, lisant le journal. Nel en souriante santé ou alitée et malade. 

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    fusain de 1912, Nu au fauteuil d'osier 

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    aquarelle et encre de Chine, 1915, Le mouillage du linge 

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    Nel au chapeau rouge (1909)  

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    Nel en blouse blanche (La femme en blanc) 

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    Femme en noir lisant le journal (1912) 

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    La malade au châle blanc (1912) 

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    Malade au lit (aquarelle sans date) 

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    trois fois Nel en sculpture 

    vous avez jusqu'au 2 juillet pour y aller cool

     

  • M comme Masereel

    A travers toute son oeuvre, Frans Masereel a fait preuve d'un regard critique sur son époque et d'un indéfectible pacifisme. Son engagement est aussi celui d'un homme qui a toujours voulu rester positif: il montre de la confiance en l'avenir du genre humain, malgré tout. 

    Le Mu.ZEE d'Ostende lui consacre une expo qui a comme titre "la résistance en images"

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    Je vous montre d'abord cette gravure sur bois, "Le voyageur" (1922) parce qu'elle symbolise bien ce qu'il a beaucoup fait dans sa vie, voyager pour aller voir ailleurs par lui-même comment les choses s'y passent ou pour se mettre en sécurité, vu ses activités antinazies. 

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    "Amerika" (1922)
    Il fait deux voyages en URSS  

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    Char et église, 1935-36

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    Moscou, maisons anciennes et nouveaux buildings, 1935 

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    Ouvriers de chemin de fer en Russie, 1935-36, qui me font penser aux 'moujiks' dans le Général Dourakine, de la comtesse de Ségur wink 

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    Le Front populaire, 1936 

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    illustration pour le texte de Jules Laforgue (cliquer pour voir en grand) 

    L'expo se termine sur la grande fresque qu'il a réalisée pour l'Exposition universelle à Paris (1937) dans laquelle il exprime - un peu à la manière des affiches russes - sa foi en l'avenir: "La famille en lecture" le fait entrer dans la compagnie de ceux qui croient que l'art, la culture, la connaissance sont indispensables au genre humain, donc aussi à l'ouvrier. 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    partie centrale du tableau

     

  • L comme Léon

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    La vie de Léon Spilliaert, né en 1881, donc 21 ans après James Ensor, présente tout de même pas mal de similitudes avec celle du grand maître qui le précède. Lui aussi naît à Ostende dans une famille de commerçants. Son père crée et vend des parfums pour lesquels dès l'enfance le petit Léon crée et dessine de jolies étiquettes et publicités. 

    Dans leur ville natale, tous deux ont fréquenté la même école, qui s'en enorgueillit aujourd'hui par une belle plaque de cuivre apposée à côté de l'entrée principale. Non, je ne l'ai pas photographiée tongue-out 

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    Parmi les documents écrits, cette lettre de nouvel an permet d'admirer sa belle calligraphie. On comprend que le papa lui confie la rédaction de ses étiquettes de parfums cool 

    En 1900, le jeune homme de 19 ans peut accompagner son père à l'Exposition universelle, à Paris. Il y reçoit sa première belle grande boîte de pastels. 

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    J'y ai surtout admiré cette oeuvre que je n'avais pas encore vue, oeuvre fragile - de l'encre sur du papier - représentant une "Dame avec voile" (1903).

    Avis aux amateurs: beaucoup de ses oeuvres se trouvent en photo sur wikipedia commons.  

  • K comme Kapellestraat

    C'est en retournant vers le parking que j'ai remarqué cette oeuvre du Porto-ricain Alexis Diaz, devant laquelle des tas de gens passaient sans la regarder, la Kapellestraat étant une rue piétonnière à vocation uniquement commerçante.

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    Ce curieux mélange de terre et de ciel, de vie et de mort, de références bibliques et de symboles, est pourtant placé à hauteur des yeux. 

    En face du casino, dans le bassin, le duo Schellekens et Peleman a installé son "inflatable refugee", qui a déjà pas mal voyagé, comme on peut le voir ici

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    A côté d'oeuvres en rapport avec les problèmes de notre temps - et de tous les temps - il y a celles qui se veulent purement esthétiques, comme celle-ci, qui n'était toujours pas achevée lundi, deux jours après l'ouverture 

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    Son concepteur est le Brugeois Stefaan De Croock, designer de formation. L'oeuvre est constituée de bois de récupération, vieilles planches, portes, parties de meubles mis au rebut. 

    Bref, entre les peintures de l'an dernier et celles de 2017, il y a encore de quoi remplir quelques séjours ostendais cool

    Et l'inachevé de l'autre jour? Lundi il était bel et bien terminé: 

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  • J comme James

    Au Mu.ZEE d'Ostende, la nouvelle aile consacrée aux deux "enfants du pays", James Ensor et Léon Spilliaert, vaut vraiment la visite. 

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    Voici maître James, âgé de 66 ans, contemplant la mer depuis la terrasse du Kursaal, en 1926. 

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    Sa "Grande Marine", dont Verhaeren, dans sa monographie sur James Ensor publiée en 1908, disait ceci: "l'horizon déchiqueté de lueurs saumonées et de nuages violets multiplie le ton et fait songer à quelque énorme oiseau de flamme qu'on déplumerait, au bord de l'espace. La mer fut pour l'oeil d'Ensor une admirable éducatrice. Rien de plus ténu et de plus frêle que la coloration d'une vague avec ses infinies désinences, avec sa mobilité lumineuse et myriadairement changeante." 

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    Parmi les documents écrits, ce feuillet sur lequel il s'est amusé - avec pas mal de dérision - à répondre au fameux questionnaire de Proust. Vous pouvez ouvrir la photo pour la voir en plus grand si vous cliquez dessus. 

    Enfin, on y apprend aussi davantage sur le sérieux qu'il mettait à son travail de compositeur et la fierté qu'il en retirait. On peut y écouter "La gamme d'amour" musique de ballet pour lequel il a dessiné les décors, les costumes et écrit la musique ainsi que le scénario. 

    Sacré bonhomme tongue-out 

    et après-demain, L comme Léon!

  • I comme impressions ostendaises

    ostende,mer,belgique

    la même plage qu'avant-hier, mais parfaitement vide le lundi matin, comme l'aime Brigou cool 

    ostende,mer,belgique

    sur le mur du jardin japonais, le même canard que l'an dernier, toujours vivant laughing 

    ostende,mer,belgique

    les cabines de plage, toujours aussi symétriques, malheureusement par manque de vent vous ne pouvez pas admirer le drapeau pirate 

    ostende,mer,belgique

    les jeunes arbres de la bibliothèque ouvrent leurs feuilles (c'est bien normal) 

    ostende,mer,belgique

    de plus en plus de particuliers restaurent les maisons anciennes 

    (la grande baie vitrée du rez-de-chaussée reflète la maison d'en face) 

    ostende,mer,belgique

    les lavabos de la brasserie du Parc (1932) 

    et ci-dessous, la cage d'escalier 

    ostende,mer,belgique

  • H comme Hannon

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    Théo Hannon et son copain James Ensor s'amusent autour d'un même thème... 

    (photos prises au Mu.Zee d'Ostende)

    ici, on peut voir un des portraits de Théo Hannon par James Ensor  

  • G comme grand, grand, grand

    Hier matin, certains artistes mettaient encore la dernière main à leur fresque murale.  

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    ici, un des membres du trio Hell'O Collective 

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    Pourtant, à 13.00 h. le bourgmestre était déjà présent, Achturenplein, pour l'ouverture officielle. 

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    j'aime bien les petits personnages de Jaune 

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    l'oeuvre de l'Argentin Francisco Bosoletti me paraît condamnée à une courte vie, vu son emplacement sur un immeuble en construction... 

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    le Mercator est tout beau sous le soleil 

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    le parc est tout beau sous les jets d'eau 

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    et à neuf heures du matin, la plage s'apprêtait pour les touristes

  • F comme found in translation

    Nul ne sait ce que, du langage d’autrui, Robinson, qui ne parle pas du tout, comprend ou ne comprend pas. À certaines expressions courtes prononcées dans des circonstances précises, il répond par un comportement approprié : il se dirige vers la cuisine si je lui dis « On va manger » et, quand je répète « Trampoline », il se rend dans mon bureau, pièce qui contient bel et bien, à son intention, un petit trampoline. À « Dis au revoir », il réagit par un geste minimal, en levant l’avant-bras et en pliant l’index, et à « Donne un bisou » en tendant la joue sans pour autant bouger les lèvres. S’il vient de jeter un objet par terre, par exemple sa casquette lors de notre promenade, il me prouve, en le récupérant, qu’il connaît la signification de « Ramasse ! » Lorsqu’il est de bonne volonté, il obtempère aussi à « Appuie sur le bouton », « Éteins la lumière », « Assis » ou « Ferme la porte. » Et, quand il s’est emparé d’une tranche de pain et qu’ayant à peine mordu celle-ci, il désigne le frigo, en geignant, pour demander un yaourt à la vanille, il comprend « D’abord ton pain ! », ce qui suppose tout de même une forme de conditionnel. Mais, à ma connaissance, son rapport au langage ne va guère au-delà. 

    Extrait de Robinson, du Liégeois Laurent Demoulin, publié chez Gallimard en 2016, un livre autobiographique qui parle de la relation entre un père et son fils autiste.

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    source de la photo et interview avec l'auteur ici 

    Passa Porta propose un Found in translation, c'est-à-dire une rencontre avec l'auteur et sa traductrice (http://passaporta.be/passa-porta-lab/found-in-translation) rencontre à laquelle on peut participer si notre traduction néerlandaise de ce texte est retenue. 

    Niemand weet wat Robinson, die helemaal niet spreekt, van andermans taal begrijpt of niet begrijpt. Enkele korte uitdrukkingen, uitgesproken in welomschreven omstandigheden, beantwoordt hij met gepast gedrag: hij begeeft zich naar de keuken als ik hem zeg "We gaan eten" en als ik "Trampoline" herhaal, gaat hij naar mijn bureau, een ruimte waar inderdaad ter zijne intentie een kleine trampoline staat. Op "Zeg gedag" reageert hij met een minimaal gebaar, een geheven voorarm en geplooide wijsvinger, en bij "Geef een zoen" reikt hij de wang aan, weliswaar zonder de lippen te bewegen. Als hij een voorwerp op de grond gooit, bijvoorbeeld zijn pet tijdens onze wandeling, bewijst hij mij, door die terug te nemen, dat hij de betekenis kent van "Oprapen!". Als hij van goede wil is, geeft hij ook gevolg aan "Druk op de knop", "Doe het licht uit", "Zit" of "Sluit de deur". En als hij een sneetje brood genomen heeft en al kreunend naar de koelkast wijst om een vanilleyoghurt te vragen, terwijl hij nog maar een beet van zijn brood nam, begrijpt hij "Eerst je brood", wat toch een zekere notie van de voorwaardelijke wijs veronderstelt. Maar bij mijn weten reikt zijn verhouding tot taal niet veel verder.

     

  • 7 fois Emile (5)

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    Emile Verhaeren, extrait du tableau de Theo Van Rysselberghe, La lecture (1903), date à laquelle notre Emile est l'heureux époux de Marthe depuis 12 ans. 
    Tableau à voir au musée de Gand (MSK) 

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
    Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,
    Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes
    Usent l'amour le plus tenace et le plus fort. 

    Je te regarde, et tous les jours je te découvre, 
    Tant est intime ou ta douceur ou ta fierté : 
    Le temps, certe, obscurcit les yeux de ta beauté, 
    Mais exalte ton cœur dont le fond d'or s'entr'ouvre. 

    Tu te laisses naïvement approfondir,
    Et ton âme, toujours, paraît fraîche et nouvelle ;
    Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,
    Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs. 

    C'est en nous seuls que nous ancrons notre croyance,
    A la franchise nue et la simple bonté ;
    Nous agissons et nous vivons dans la clarté
    D'une joyeuse et translucide confiance.

    Ta force est d'être frêle et pure infiniment ;
    De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres,
    Et d'avoir conservé, malgré la brume ou l'ombre,
    Tous les rayons de l'aube en ton âme d'enfant. 

    in Les heures d'après midi (1905)

  • E comme experte

    Voilà bien longtemps - trois ans, au fait - que l'Adrienne se dit qu'il faudrait changer la poignée de la porte qu'elle utilise le plus. Elle n'est pas d'origine et tout à fait brinquebalante, bref, après avoir vu au fil des mois et des ans de si nombreuses publicités pour des poignées de portes, l'Adrienne a cru pouvoir en conclure qu'opérer ce petit changement était jeu d'enfant. 

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    l'ancienne et la nouvelle, réunies pour la photo 

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    la porte, dans son état actuel, trois semaines après l'échec de l'opération... 

    (heureusement, il y a une autre porte pour aller du salon vers le couloir) 

    tongue-out 

    experte,ca se passe comme ca,vie quotidienne,maison

    photo prise à l'expo Gaston Lagaffe à Beaubourg en janvier dernier

  • D comme désolée!

    C'est avec ce petit poème de Maurice Carême que Madame faisait faire connaissance à ses élèves avec le passé simple, à l'époque où elle avait devant elle des gamins et gamines de quatorze ans. 

    Le chat et le soleil 

    Le chat ouvrit les yeux, 
    Le soleil y entra. 
    Le chat ferma les yeux, 
    Le soleil y resta. 

     Voilà pourquoi, le soir 
    Quand le chat se réveille, 
    J'aperçois dans le noir 
    Deux morceaux de soleil. 

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    Mon chat Pipo a définitivement fermé les yeux et ma carissima nipotina est allée à la Croix-Bleue pour y adopter un nouveau petit soleil. 

    La photo vient de leur site, le lendemain de son adoption. 

    Au refuge, on l'avait baptisée Siska mais à cause de ses airs de princesse je l'appelle Sissi tongue-out 

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    En attendant de faire sa connaissance le week-end prochain, et pour continuer le "mois belge" - quoiqu'ici ce soit "mois belge" tous les mois - je vous offre le chat de Geluck. 

    La photo a été prise à la foire des antiquaires à Tour et Taxis le 30 janvier 2016.

     

     

  • C comme cyclisme

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    Je ne sais pas si ça convient comme participation au "mois belge", mais à la lettre C je ne peux mettre que le mot cyclisme. 

    Ce genre de plaque, la police vient en déposer une tous les dix mètres, dès le mois de mars. Après, il suffit de coller une nouvelle feuille sur la précédente, avec la date du week-end suivant, et ainsi de samedi en dimanche, toutes les courses cyclistes passant en Flandre font le détour par ma rue. Pour ensuite entamer une montée sur de vrais pavés bien inégaux. 

    C'est là qu'est massée la foule des supporters et que sont installés les journalistes et leurs caméras. Pour bien voir les visages crispés par l'effort, les muscles tendus et qui sait, avec un peu de chance, une ou deux chutes mémorables. 

    Le mythe du "flandrien" et de ses pavés a attiré environ 17 000 cyclotouristes samedi - trop, est-ce assez? - pour finir en apothéose dimanche, avec vrombissements d'hélicoptères, de motards, haut-parleurs de caravane publicitaire et sirènes d'ambulances. 

    Cette année, j'avais choisi de ne pas m'exiler à Ostende ou à Bruxelles. Occupée à enlever les pissenlits du potager, j'entends au loin les quatre premières notes de la symphonie numéro 5 de Beethoven... 

    C'était une publicité Rodania! 

  • B comme borderline

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    Quand elle est venue s'installer dans la maison d'à côté, elle a tout de suite entrepris de grands travaux. La grange a été transformée en immense séjour avec atelier à l'étage et dans la fermette basse où le vieil Oscar avait vécu jusqu'à ses 96 ans elle a aménagé une cuisine et une salle de bains. 

    Dans le grand jardin déjà fort touffu depuis que le vieil Oscar ne l'entretenait plus, elle a planté des sapins pour qu'ils fassent vite un écran total l'hiver comme l'été: ses voisins, même depuis leur étage, ne verraient bientôt plus du tout sa maison. Du côté de la rue, elle a fait ériger un mur de parpaings en béton gris, haut de plus de deux mètres. 

    De son atelier, elle avait une vue sur toute la campagne et les quelques maisons environnantes. Mais de la sienne on ne voyait rien. Rien qu'un mur et une masse de conifères. Pourtant, elle se sentait toujours épiée et avait avec sa plus proche voisine des relations en dents de scie. 

    - Moi, disait-elle à chaque fois qu'elles se voyaient, je suis une artiste. J'ai une âme d'artiste! 

    La voisine ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais opinait de la tête. Elle supposait que l'âme d'artiste expliquait les accoutrements bizarres, les cheveux longs mal peignés retenus par des foulards multicolores, les tas de bijoux et bagues de pacotille, les sautes d'humeur et la douzaine de chats. 

    - Il faudra venir prendre le café chez moi, dit-elle un jour, comme ça vous verrez la maison, comme elle a changé! 

    La voisine n'aimait ni "l'âme d'artiste", ni ses chats, ni ses travaux entrepris sans le moindre permis de bâtir. Mais elle y est allée, la curiosité a été la plus forte. 

    Et elle a vu ce qu'elle voulait voir.

    Elle a vu les rénovations, les beaux espaces, les chats qui entrent et sortent, celle qui allaite ses petits au creux d'un fauteuil où elle avait apparemment mis bas, ceux qui sautent sur la table et lapent le lait prévu pour le café, reniflent les tasses.

    Elle n'a pas vu la dame qui avait tellement besoin qu'on l'aime et la rassure.  

     *** 

    aquarelle et consigne ici, chez Lakévio, que je remercie!

  • Adrienne aime Bruxelles

    Place de la Liberté, les bourgeons sont pleins de promesses 

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    les parterres devant la cathédrale sont pleins de jonquilles 

    bruxelles,printemps

    rue de l’Écuyer, Gaston est plein de facéties 

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    la terrasse du musée des Beaux-Arts est pleine de soleil 

    bruxelles,printemps

    le MIM est plein de musique 

    bruxelles,printemps

    les chocolatiers sont pleins d'ambiance pascale 

    bruxelles,printemps

    et la Grand-Place était pleine de supporters grecs 

    bruxelles,printemps

    photos prises à Bruxelles le 25 mars 2017

     

  • Premier septembre

    Il peut paraître bizarre de parler du premier septembre un premier avril, mais voilà, le mois dernier nos responsables flamands se sont émus et un peu énervés à propos de la question suivante: 

    - si l'on sait que le premier septembre sera la fête de la fin du ramadan 

    - si l'on tient compte du fait que ce jour-là, les enfants musulmans ont le droit de prendre congé 

    - si l'on sait que dans de nombreuses écoles le pourcentage de musulmans est assez élevé 

    - si l'on veut que tous les enfants prennent un bon départ pour la nouvelle année scolaire et soient bien au courant de toute l'info qui est généralement largement dispensée ce jour-là 

    alors ne vaudrait-il pas mieux commencer l'année scolaire le lundi 4 septembre au lieu du vendredi premier? 

    Mais notre ministre ne veut pas faire d'exception à la règle sacro-sainte: en Flandre, l'année scolaire commence le premier septembre. Point final. 

    Ou pas? 

    Elle suggère l'entourloupe suivante: que l'école qui le désire, prévoie sa journée de formation pédagogique le premier septembre, de sorte que les cours ne commencent de facto pour les élèves que le lundi 4. 

    C'est ce qui s'appelle trouver une solution créative... 

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    source de la photo et article ici