C comme chorale

La première mauvaise idée avait été de mettre la bonne vingtaine de chaises en un grand ovale qui remplissait toute la pièce. Ici et là des groupes se sont formés, des gens se connaissaient, étaient contents de papoter ensemble, de rigoler. A l'autre bout, assise derrière son piano portable, la dame qui avait consenti à nous apprendre des "chants révolutionnaires" ne réussissait pas à faire entendre sa voix. 

Une autre avait été chargée de prendre des photocopies du chant qu'on apprendrait, malheureusement elle s'était trompée, elle avait cru en prendre vingt, il n'y en avait que dix. Vous regarderez à deux, nous dit-elle, sans se rendre compte que ce serait un nouveau prétexte à se dissiper et bavarder, ce que nous n'avons pas manqué de faire, ma voisine tenait à me raconter certaines choses sur elle et à savoir des choses sur moi. 

De plus, le choix du chant avec son texte portugais suscitait toutes sortes de plaisanteries. Certains prétendaient ne pas vouloir chanter un texte dont ils ne comprenaient pas les paroles et voulaient qu'on les leur traduise, ce que personne n'était capable de faire, pas même ceux qui avaient choisi ce chant-là. On n'était pas d'accord non plus sur la bonne prononciation, alors deux ou trois personnes ont allumé leur smartphone pour nous la faire entendre. C'était le seul moment à peu près silencieux de toute la soirée...

Après l'avoir entendue, quelques-uns ont déclaré que notre chef de chœur s'était trompée dans le rythme et ne respectait pas les pauses. Une dame s'est proposée pour battre la mesure à sa place. Chacun avait déjà oublié la bonne prononciation et chantait comme il voulait ou faisait lalala pendant que la pauvre chef de chœur tapotait son piano, complètement dépassée par ses "grands apprenants". 

- On devrait se montrer un peu plus disciplinés, dis-je à une dame dont j'ai eu les deux fils en classe. 
- Ah! fait-elle avec un geste du menton vers la chef de chœur, c'est à elle de nous dire de nous taire, c'est elle qui doit prendre la situation en main. 

Je me suis demandé si c'était ça, l'esprit révolutionnaire... 

Commentaires

  • Mais quelle drôle d'idée d'avoir choisi un chant dont on ne comprend ni ne peut prononcer correctement les paroles...

  • ça fait partie de la liste des mauvaises idées ;-)

  • Combien de personnes dans cette chorale ?
    Dernièrement j'ai assisté à un petite groupe de jeunes chanteurs (13-18 ans), quelle discipline et quel enthousiasme il en ressortait :-)

  • on était une bonne vingtaine :-)
    mais la prochaine fois, on sera dans un autre local, peut-être que la disposition des lieux sera plus adaptée à un semblant de discipline ;-)

  • C'est la chanson favorite de ma copine Eliane, celle dont la fréquentation régulière (nous tenions le journal fédéral de la FEE) m'a certainement valu d'être fiché à la BSR car parallèlement à cela, elle travaillait ardemment au support des réfugiés plus ou moins clandestins.
    De plus, en 75, j'étais à Lisbonne, la révolution venait de se terminer mais il y avait encore de l'ambiance ! :-)

  • Moi, j'ai eu une période où je chantais O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao sans tout comprendre, mais ce n'était pas avec une chorale...

  • FEE, BSR, c'est pire que le langage SMS quand tu t'y mets, je ne comprends rien ;-)
    Mme Chapeau, ça me rappelle qu'on chantait Gigliola Cinquetti, "non ho l'età" (je n'ai pas l'âge) mais qu'on pensait qu'elle disait "no no Letta" :--)

  • FEE c'était la fédération des éclaireuses et éclaireurs
    BSR la brigade de surveillance et de recherche de l'ex-gendarmerie

  • merci, Walrus! je ne connaissais que la FSC, où était mon frère ;-)

  • Aujourd'hui, la FEE a disparu, elle a été remplacée par la SGP (Scouts et Guides pluralistes) simplement pour mieux montrer son indépendance d'un milieu confessionnel.
    N'empêche qu'ayant été secrétaire fédéral du mouvement pluraliste, j'avais commencé mes classes chez les catholiques comme ton frère, pur problème de disponibilité locale, les unité catholiques étant bien plus nombreuses.

  • Impréparation et comportements puérils mènent tout droit à la cacophonie. :-) pour l'excipit (ou explicit et merci à Célestine pour avoir enrichi mon vocabulaire). Je vous souhaite une journée harmonieuse.

  • bonne analyse, la chef n'était pas prête (elle ne connaissait pas cette chanson, mais bien sûr elle sait lire la musique) et les choristes étaient aussi dissipés que le petit Nicolas et ses copains quand leur maîtresse leur fait préparer un chant pour la fête de l'école :-)

  • Merci de ce billet d'anthologie qui m'a fait exploser de rire !

    Je vis quelque chose d'un peu similaire tous les lundis ou dans tous mes groupes musicaux mais là, c'est la quintessence !

  • merci d'avoir ri, c'était le but, évidemment :-)

  • Fraternité... Même dans un débat à deux, la cacophonie est possible, alors à vingt ;-)

  • tout le monde y allait de ses bavardages et de ses commentaires et de ses plaisanteries, une vraie cour de récré :-)

  • C'est du beau ! Dame Adrienne vous fréquentez le chorale des "vêpres allemandes" en cacophonie et en charabia !

  • alors qu'il y a des gens qui croient ou prétendent que Flamand = rigueur et discipline :-)

  • OUILLE c'est complexe rire

  • et en plus, elle voulait nous faire chanter à deux voix :-)

  • Etre chef de chœur demande beaucoup de charisme et d'autorité. Apparremment la petite dame au piano en manque.

  • la pauvre, oui ;-)

  • J'ai déjà côtoyé des choristes très indisciplinés (parfois des enseignants qui n'auraient jamais accepté ce genre de comportements de la part de leurs élèves :p !), mais là c'est le pompon !
    Comme le dit Berthoise, un chef de chœur doit savoir s'imposer et motiver ses troupes.
    Et pourquoi ce choix de chansons, vous préparez une révolution ?
    :D

  • je soupçonne les instigatrices du groupe d'être des soixante-huitardes (de province et de Flandre, mais tout de même), de vraies "geitenwollesokken" comme on appelle chez nous par dérision les jeunes peace and love des années 60-70 , "des chaussettes en laine de chèvre")

  • C'est comme ça quand on regroupe des adultes qui veulent passer un bon moment. Je suis certaine que l'ambiance était plus sympa que si vous vous étiez retrouvés dans un café avec pour seule consigne de bavarder !

  • oui bien sûr, c'est pour passer un bon moment, mais j'avais pitié de la pauvre "chef", une dame assez âgée qui ne se sera sûrement pas du tout attendue à ce genre de comportement

  • Pas bien du tout ça dit en rigolant celle qui chante faux !! bon, vous avez passé un bon moment, c'est déjà bien mais j'ai une pensée émue pour la pauvre chef de chœur !! elle risque d'être traumatisée ! belle fin de journée Adrienne !

  • je le crains aussi, et ce serait dommage, d'autant plus dommage qu'on a eu un mal fou à trouver quelqu'un qui voulait se charger de ce boulot... et c'est pourquoi j'aurais aimé qu'on lui montre un peu plus de respect (mais au fil des heures ça devenait de mal en pis, des gosses, quoi)

  • Sinon, avec l'Internationale pour commencer, c'aurait été plus facile peut-être? Au moins, on connaît déjà le refrain. (je n'ai jamais connu les couplets). C'est original comme chorale. Alors, sont-ce des soixante-huitardes ou des post-soixante-huitardes? Mais 10 feuilles pour 20, ça ne va pas ça, c'est comme quand on a 20 Actual Quarto, à sa première place de prof et qu'on a deux classes de 20 élèves (qu'est-ce qu'on fait avec la deuxième classe?)

  • je les appelle soixante-huitards parce que les plus âgés du groupe - qui sont aussi ceux qui organisent etc - étaient à mon avis des jeunes des années 60-70 et j'ai l'impression qu'ils en ont gardé quelque chose ;-)

  • J'aurais bien aimé être une petite souris, si seulement on m'avait invitée ! :lol: :lol:

  • Mai 68, j'étais en 3eme. Je me souviens des "sittings" dans la cours du lycée. Des profs qui rasaient les murs dans les couloirs. Des craintes de la population. Des informations radio qui étaient tronquées. Des stocks alimentaires que tout un chacun faisait, craignant le pire !

  • moi je ne l'ai pas vécu et même (je l'ai déjà raconté ici) quand les chars soviétiques sont entrés à Prague je croyais naïvement qu'ils étaient à la porte de la boucherie du grand-oncle Marcel, parce que je confondais 'rideau de fer' et 'barrière de fer' :-)

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