G comme garofani

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Il faut pourtant achever cette lettre, me dis-je en voyant arriver le jardinier.

Il avait enlevé ses sabots sur la terrasse et tenait un pot de fleurs à la main. En contre-jour, son grand tablier bleu semblait transparent. Avec son air furibond et son pot sous le bras, il me faisait penser au personnage d'Antonio, le jardinier du comte Almaviva, qui vient apporter la preuve de la fuite de Chérubin: I garofani! Sauf qu'ici, il ne s'agissait pas d'oeillets, mais de bégonias.

Une mince ligne de lumière filtrait entre les tentures entrouvertes et je rêvassais, jouant avec un long coupe-papier, au lieu de continuer ma lettre qui aurait dû être un chef-d'oeuvre de demi-vérités et de sous-entendus. Allons, considérons l'intrusion de notre jardinier comme une évasion bienvenue.

Il n'avait pas son chapeau et avait frotté la terre de ses mains à son tablier. Ses cheveux avaient besoin d'une coupe, ils lui cachaient les oreilles. Ce n'est que quand il est entré dans la maison que j'ai vu son regard, trouble, comme sauvage, plein d'une colère ou d'une rancoeur que je ne lui avais jamais vue auparavant.

***

tableau d'Emile Claus, Le vieux jardinier (1886)

Commentaires

  • Hier, j'ai trouvé sur un pauvre petit œillet toujours dans son pot dix-sept limaces.

  • c'est sans doute le seul endroit un peu humide qu'elles auront trouvé, le mois d'avril a été exceptionnellement sec et en ce mois de mai il n'est encore quasiment rien tombé non plus (mon puits ne se remplit pas!)

  • La pluie tant attendue est ici ! Nous en profitons largement, surtout la nuit ce qui est plus agréable !
    Le jardinier a cet air déterminé parce qu'il vient faire sa déclaration d'amour à Madame (pas toi, la maîtresse du château) veuve depuis plus d'un an, et qu'il craint de ne pas avoir le courage d'aller jusqu'au bout. Il emporte sa rose rouge, créée tout spécialement pour elle.

  • tu ne crois pas que dans ce cas il aurait pu se laver et se raser, les comtesses ont la peau et l'odorat délicats ;-)

  • Ce jardinier ressemble beaucoup au jardinier qui venait retourner la terre chez mes parents. Enfant j'en avais peur !! Peut-être à cause de son chapeau, de ses mains terreuses et de son air renfrogné. On l'appelait Timoléon mais était-ce son vrai nom ?!

  • peur sans doute aussi de cette sorte de "force de la nature" qui émane de lui?
    Timoléon, même à l'époque ce devait être dur à porter, ce prénom...

  • merci Lulu!

  • oui, une forte présence! on sent sa chaleur, sa sueur, son pas lourd...

  • Ahah ! Comme Alphonsine, je te verrais bien nous faire une réinterprétation de l'Amant de Lady Chatterley :o)

  • je serais curieuse de voir la lady ;-)

  • merci aman bou

  • Quelle présence dans cet homme ! il en impose ! délicat tout de même ..... il a quitté les sabots pour entrer !

  • oui, un mélange de force et de délicatesse, le bégonia est une plante dont les tiges se cassent comme du verre ;-)

  • Même sans ses sabots pieds nus passer le pas de la porte laisserait de bien belles marques terreuses.

  • sans doute devrait-il aussi enlever son tablier :-)

  • je ne sais pas, je n'ai encore rien écrit pour demain, faudrait trouver le bon tableau ;-)

  • et il n'a pas l'air de s'en remettre ;-)

  • Je crois qu'il ne sait juste pas quoi faire de ses grandes mains et de sa force en dehors de son jardin ...

  • c'est aussi comme ça que je le vois, Loulou, et pas du tout comme celui qui vient faire le joli coeur chez sa patronne ;-)
    d'ailleurs, chez lui il a une femme qui lui fait de la bonne soupe et qui n'est pas dégoûtée par ses mains calleuses ;-)

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