Dernière fois

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Les matins d'été, elle est toujours la première à faire entrer le soleil. La première à se lever, à ouvrir ses rideaux, à se préparer, à descendre à la cuisine. 

Elle prend soin de ne faire aucun bruit, de ne réveiller personne. C'est une chose qu'elle sait très bien faire: ouvrir une porte si lentement que rien ne crisse, bien tenir la poignée baissée en passant d'une pièce à l'autre et la laisser doucement, très doucement, remonter à sa position initiale. Descendre pieds nus et ne mettre ses sandales qu'une fois dehors. 

Alors, si tout se passe bien, elle a une ou deux heures de liberté devant elle. Une ou deux précieuses heures à courir dans les champs et à embrasser les arbres. Jusqu'à ce que la vie de la maison la reprenne. Jusqu'au lendemain matin.  

Elle n'en peut plus. Elle a décidé que cet été-là serait différent. Elle a bien réfléchi. 

Ce matin sera le dernier à vivre ici. Elle a douze ans et elle est prête. 

*** 

merci à Lakévio pour le tableau et la consigne

 

Commentaires

  • Eté comme hiver, je me lève tôt pour profiter de la maison vide ...

  • :-)

  • Pourvu qu'elle ne se fasse pas dévorer par le grand méchant loup. A cet âge-là, on ne sait jamais...

  • oh je n'ai aucun doute là-dessus, elle va lui tomber tout droit dans sa jolie gueule aux dents longues ;-)

  • vouloir quitter un lieu où on souffre trop

  • A douze ans, on peut déjà être radicale. Quel âge avait Antigone ?
    "Maintenant tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C'est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs." (Anouilh)

  • exactement! et être la première à fouler l'herbe humide :-)

  • c'est là qu'elle aurait été heureuse :-)

  • Il vient un jour où ne vivre que une ou deux heures chaque jour ne suffit plus. Douze ans, un âge très symbolique et un texte qui laisse place aux multiples interprétations. Est-on jamais prêt pour demain ?

  • merci pour cette fine lecture, Nicole, une fois de plus :-)

  • ah! toi aussi? :-)

  • très juste, tout est apparence (positive) ;-)

  • merci Aman Bou :-)

  • Même avec le plus grand rêve de s'échapper, même si elle est décidée et se pense prête que de déceptions à venir...
    Peu importe l'échappatoire il faut d'abord s'échapper de soi qui nous suit partout où on va. À douze ans ce n'est pas évident.

  • Très juste! et évident, ce ne l'est sans doute jamais...

  • ah! joli :-)
    mais depuis quand est-il question d'être raisonnable ;-)
    l'est-ton à 12 ans? à 50 ans? à 60 ans?

  • A 12 ans, je suis entrée à l'internat, et j'en ai été drôlement contente, à la maison, j'avais une mère hyper protectrice, elle avait peur de tout, au pensionnat, j'avais des copines avec qui faire les 400 coups, déjà rien que pour y aller, je prenais le train juste avec d'autres filles. De l'internat, j'allais aux jeunesses musicales, au théâtre, c'était autre chose. J'étais contente de rentrer à la maison pour les weekend, mais au moins ce n'était pas toujours attention, fait pas ci, fait pas ça.

  • je suis sûre que j'y aurais été très heureuse moi aussi :-)
    bises, Mamou!

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