• Dernière fois

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    Les matins d'été, elle est toujours la première à faire entrer le soleil. La première à se lever, à ouvrir ses rideaux, à se préparer, à descendre à la cuisine. 

    Elle prend soin de ne faire aucun bruit, de ne réveiller personne. C'est une chose qu'elle sait très bien faire: ouvrir une porte si lentement que rien ne crisse, bien tenir la poignée baissée en passant d'une pièce à l'autre et la laisser doucement, très doucement, remonter à sa position initiale. Descendre pieds nus et ne mettre ses sandales qu'une fois dehors. 

    Alors, si tout se passe bien, elle a une ou deux heures de liberté devant elle. Une ou deux précieuses heures à courir dans les champs et à embrasser les arbres. Jusqu'à ce que la vie de la maison la reprenne. Jusqu'au lendemain matin.  

    Elle n'en peut plus. Elle a décidé que cet été-là serait différent. Elle a bien réfléchi. 

    Ce matin sera le dernier à vivre ici. Elle a douze ans et elle est prête. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne

     

  • Z comme Zoë

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    Assises à droite et à gauche de Zoë: c'est ce qu'elles font depuis toujours. Depuis la maternelle.

    Depuis toujours, Zoë les dépasse d'une demi-tête. Depuis toujours, elle leur dicte ce qu'elles doivent faire, ce qu'elles doivent penser. Depuis toujours, elles l'écoutent. 

    Les jumelles, c'est comme ça qu'on les appelle. Depuis toujours. C'est vrai qu'elles font peu de choses pour se singulariser. Aujourd'hui encore, elles portent la même robe imprimée, le même cardigan bleu marine, la même coiffure. L'une est juste un peu plus dure d'oreille et l'autre un peu plus frileuse. 

    Elles ont aimé le même homme. Depuis toujours. Mais c'est Zoë qu'il a épousée. Evidemment. Elle en a retiré une vanité de plus. Jamais les jumelles ne se sont mariées. 

    Ce que Zoë ne sait pas, alors qu'elle leur parle d'un ton docte de feu son mari, c'est qu'en mourant il a laissé trois veuves. 

    Les jumelles, depuis toujours, savent se taire. 

    *** 

    tableau et consignes sur Miletune

     

     

  • Y comme Yvette

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    Dans sa belle grande maison ouverte sur la campagne, Yvette s'ennuie.

    Un peu de ménage le matin, en compagnie de sa brave Hortense, qui lui rapporte quelques potins du village. Un tour de jardin l'après-midi, cueillir une première pomme, une dernière graminée.

    Le reste du temps n'est qu'attente. Le plus souvent, elle s'installe à la petite table ronde près de la terrasse et joue des patiences, interminablement. De ces jeux de cartes en solitaire qui ne demandent aucun effort de concentration. 

    Elle est superstitieuse. Au début de son mariage, elle espérait que les cartes lui diraient qu'elle serait bientôt enceinte. Quel serait le sexe de son premier bébé. Combien d'enfants elle aurait. 

    Elle n'est pas devenue mère. 

    Maintenant elle pose aux cartes d'autres questions. Dans combien d'heures son mari rentrera. S'il l'aime encore. Combien d'années de vie commune lui restent à vivre. 

    Son jeu est mal engagé. Elle vient de commencer et elle a déjà tiré un roi. Elle sent que la réponse à sa dernière question sera zéro. 

    D'ailleurs, elle n'a pas besoin des cartes pour le savoir. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne!

  • X c'est l'inconnu

    Combien d'heures de travail?
    Combien de câbles, de grues, de fils de fer?
    Combien de travailleurs-cascadeurs-équilibristes? 

    Combien de fleurs d'hortensia? 

    Combien de jours de beauté sous le soleil de mai? 

    Heureusement, il y a la vidéo cool 

    (et non, je ne demande pas combien ça a coûté tongue-out)

  • W comme wagon de train

    wagon de train

    C'est au moment où le train ralentit à grand fracas, que sur le quai une voix monocorde et nasillarde crachote dans le micro pour dire à quelles voies on trouvera les correspondances. 

    Le train n'est pas encore à l'arrêt, les portes pas encore ouvertes: on n'entend rien... et on a exactement deux minutes pour attraper le suivant.  

    On sort le plus vite possible, on galope en portant la valise, on descend des tas de marches, on en remonte d'autres, comme par hasard il n'y a jamais d'escalators dans les environs - sauf ceux en panne - et on se demande comment on fera quand on aura encore dix ou vingt ans de plus. 

    Mais peut-être voyagera-t-on enfin par téléportation? 

    tongue-out

    *** 

    vu que c'est arrivé dernièrement en gare de Gand, j'ai remis cette photo de mai 2014

    petit ajout après le commentaire de Berthoise: 

  • V comme vierge

    Vergine santa: le texte est de l'Italien Pétrarque, la musique du Flamand Cyprien de Rore (1515 ou 1516-1565). Oui, l'Europe existait bien avant 1957 et les échanges culturels aussi cool

    Le Vergine sont une série de onze poèmes qui terminent Le Canzoniere de Francesco Petrarca (14e siècle)

    Ils ont été mis en musique par Cyprien de Rore et publiés à Venise en 1548 sous le titre « Musica di Cipriano de Rore sopra le stanze del Petrarca in laude della Madonna » 

    J'aime tout particulièrement la musique de la Renaissance... 

    Un autre exemple de cette musique ici, trois minutes et sept secondes de bonheur kiss

  • U comme... U n'existe pas!

    Les grands remuants de dernière année technique ont organisé une journée de la culture avec diverses activités auxquelles tous les élèves, par tranches horaires de deux heures, ont pu assister tour à tour. 

    C'était très réussi et Madame leur en a fait compliment laughing

    Elle a d'ailleurs profité de cette journée pour prendre un premier cours d'arabe, donné par deux charmantes jeunes filles. Madame ne cesse de s'extasier sur le plurilinguisme de ses élèves d'origines diverses, généralement bons bilingues néerlandais-français, en plus de la langue parlée à la maison (turc, arabe, russe, arménien...) et des langues étrangères qui font partie de leur cursus scolaire.  

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    Bref, à l'aide de ce tableau vous devriez pouvoir écrire votre nom en arabe... mais Lulu et Walrus n'y trouveront pas la lettre U tongue-out

     

  • T comme Take it easy!

    Il y a de ces titres dans le nouveau bouquin de l'Adrienne qui la font bien rigoler. Celui-ci, par exemple: 

    Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point cet 'easy' est relatif tongue-out 

    Il y a l'annulaire droit qui refuse parfois de se soulever comme l'index et enfonce une touche qui n'aurait pas dû l'être 

    Il y a les yeux qui doivent suivre à la fois la partition et les doigts sur le clavier 

    Il y a le rythme qui ne peut ni s'accélérer (dans les passages qu'on maîtrise bien) ni ralentir (dans les autres tongue-out

    Bref, ce n'est pas demain que l'Adrienne jouera la Marche turque 

    *** 

    - Quand est-ce je pourrai jouer ces morceaux-là? a-t-elle demandé à sa prof en lui montrant les partitions reçues en cadeau de Noël de sa carissima nipotina, "Sixteen enjoyable pieces for Grade 1 pianists". 

    - Oh! dans quatre ans, à peu près!  

    musique,piano

    http://www.ackermanmusic.co.uk/grade-1-piano-solos-16-enjoyable-pieces.html

  • Stupeur sans tremblements

    Quoi de plus simple, pense Madame chaque année à cette époque, quand elle revoit avec ses élèves l'emploi des temps du passé, quoi de plus simple que de leur faire écrire et raconter un souvenir d'enfance? 

    Quoi de plus simple, pour montrer qu'on maîtrise la différence entre le passé composé, l'imparfait et le plus-que-parfait, quoi de plus simple que de répondre à la consigne suivante: 

    Quand j'étais petit(e) ... (descriptions, habitudes...)

    Mais un jour ... (qu'est-ce qui est arrivé?)

    Et bien, Madame se trompait! 

    - Je pense, annonce-t-elle un mardi matin en remettant les copies corrigées de la veille, que je vous ferai écrire un exercice de ce genre à l'examen, où il faudra raconter au passé un souvenir d'enfance... 

    Autour des tables, on se regarde puis les plus courageux se lancent: 

    - Oh non! pas un souvenir d'enfance! 
    - Je ne saurais vraiment pas quoi raconter! 
    - Moi aussi j'aimerais mieux un autre sujet... 

    Stupéfaction de Madame: vous n'avez pas de souvenir d'enfance? je pensais que ce serait l'embarras du choix! vous voulez quoi, alors, comme sujet pour raconter au passé? 

    - Les vacances! 

    Re-stupéfaction de Madame: comment ça, les vacances? celles de l'année passée? les vacances, ce sont aussi des souvenirs d'enfance, non? vous voulez vraiment tous parler des vacances? 

    Et bien, oui. Unanimité! 

    *** 

    C'est trois jours plus tard seulement, en y repensant, que Madame s'est souvenue de cet élève de l'an dernier, qui, en recevant la consigne du souvenir d'enfance, lui avait demandé s'il pouvait INVENTER.

     

     

     

  • 22 rencontres (20)

    prof,école,élève,voyage

    Madame était tellement absorbée par le recensement de onze duveteux canetons qu'elle ne faisait pas du tout attention au cycliste qui arrivait. Elle ne s'est retournée pour le regarder qu'au moment où elle a entendu qu'il faisait crisser ses freins pour s'arrêter à sa hauteur. 

    - Bonjour! 

    Par bonheur, elle se souvenait de son nom. Elle se souvenait même de beaucoup, beaucoup de choses le concernant... En fait, il est un de ceux qu'elle aime particulièrement, un de ceux dont le berceau (etc voir le billet d'hier). 

    - Ça va? 

    Il allait bien et avait visiblement envie de le dire: il s'est marié un peu tard et malgré ses cheveux blancs, il a deux tout jeunes enfants. Il est toujours dans la police, où il est entré dès qu'il en a eu fini avec l'école secondaire. Quand on sort d'un berceau comme le sien, et qu'on ne peut ni ne veut imposer le coût d'études supérieures à ses parents, on choisit l'armée, la police, les chemins de fer..., bref on se bétonne une carrière. 

    - Je suis aussi guide de randonnées chez Joker, j'ai parcouru une bonne partie de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique du Nord et du Sud... Je suis parti à peu près trois mois dans l'année mais maintenant, avec les petites, ça devient plus difficile... 

    - Ah oui, bien sûr... dit Madame, qui admire qu'il ait trouvé ce moyen-là pour assouvir ses envies de voyages et de découverte du monde. 

    *** 

    Ce n'est que bien plus tard, en repensant à cette conversation, qu'elle s'est dit, tiens! dans la police aussi ils ont trois mois de vacances tongue-out 

    prof,école,élève,voyage

     autour du parc, les arbres préférés de Madame sont les majestueux hêtres rouges 

     

     

  • R comme révoltant

    Même au bout de trente-cinq ans dans le métier, c'est toujours aussi révoltant de constater que l'endroit où s'est trouvé le berceau de l'enfant détermine en majeure partie toute sa vie future. 

    A commencer par son orientation scolaire. 

    Révoltant et inacceptable de constater que les inégalités sociales ne sont ni effacées ni même nivelées ou compensées par l'école. 

    L'autre samedi, Madame a passé sa journée à inscrire de nouveaux élèves en secondaire. 

    Devinez de quels milieux proviennent ceux qui sont inscrits dans les filières fortes et ceux qui se retrouvent dans les filières les plus faibles. 

    C'est une injustice criante qui commence dès la maternelle. 

    Qui commence au berceau...

  • 20 miracles de la nature (6)

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    Le 12 mai, en traversant le parc, l'Adrienne a été heureuse d'admirer les canetons tout frais sortis de l’œuf. 

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    Il fallait être rapide pour les prendre en photo, et maman cane aussi avait fort à faire pour les suivre et s'interposer entre eux et une oie qui semblait vouloir lui prendre la place... 

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    Mais - ô miracle de la marâtre nature - trois jours plus tard les canetons n'étaient plus que sept.

  • Questions pas existentielles

    Les voies de l'internet m'ont conduite de chez Loulou jusque chez Anne, qui invite à jouer au portrait chinois. 

    Justement, je n'ai rien de mieux à faire ce matin, je dois rester clouée à côté de mon téléphone tongue-out 

    Allons-y! 

    Si j'étais 

    • une fleur/plante, je serais un arbre, avec des feuilles qui tombent en automne et des nids d'oiseaux au printemps 

    • un objet, sans doute mon ordi (avec connexion internet) 

    • une heure, ce serait une heure de cours avec mes élèves (ils sont trop choux, cette année, tellement choux que si tu entres en classe avec un gros mal de tête, tu en ressors guérie) 

    • un lieu, ce serait peut-être un village italien, avec la mer devant et la montagne derrière... 

    • un animal, sans nul doute l'éléphant (ceux qui viennent ici depuis longtemps le savent bien) 

    • quelqu'un d'autre, je serais grande et forte, insensible aux coups durs comme aux mots blessants 

    • un plat, il y aurait plein de légumes dedans et un filet d'huile d'olive 

    • un sport, ce serait la marche ou la natation 

    • un instrument de musique, le piano (même s'il m'en reste un orteil démoli tongue-out) ou le violoncelle, pour la beauté du son 

    • un gâteau, il serait tout chocolat (noir, évidemment) 

    • un vêtement, il serait joli et confortable, inusable et indémodable 

  • P comme Points

    Depuis hier après-midi, le niveau d'expertise de l'Adrienne en calcul de points WW est passé de "quasiment nul" à "passablement bon". 

    La carissima nipotina, après avoir ces vingt dernières années alterné les bombances et les régimes Atkins - zéro hydrates de carbone/glucides mais lipides et protéines à volonté, en tout cas dans sa version personnelle de la diète - a ces mois-ci le corps qui se rebiffe et refuse de re-maigrir, alors que comme les fois précédentes elle lui interdit pourtant tout sucre lent ou rapide. 

    Une collègue de bureau lui a donc conseillé WW - à la place de la nipotina, l'Adrienne se méfierait, vu que la collègue en question a de nombreux kilos qu'elle cherche à perdre avec cette méthode depuis de nombreuses années, mais soit, quand on est désespéré on ferait n'importe quoi, il n'y a qu'à écouter les conversations le midi autour de la table dans la salle des profs, tout paléo, tout soupes, tout cru, tout cuit, la nourriture fait perdre la boule à plein de gens.

    Comme la nipotina n'a pas internet, c'est l'Adrienne qui lui a fait les recherches nécessaires: les points et les calculs, les listes par aliments et la liste des points que rapportent diverses activités physiques: que de contraintes à suivre et d'additions à faire! 

    A commencer par les savants calculs du nombre de points auxquels on a droit sur une journée: http://www.calculator.net/weight-watchers-points-calculator.html 

    L'Adrienne a fait le test, elle aurait droit à 26 points, c'est-à-dire le matin 50 gr de flocons d'avoine et un yaourt maigre (=7), le midi un peu de viande maigre et 40 gr de quinoa (=11) et le soir un œuf dur et 50 gr de pain 7 céréales (=6). Restent 2 points pour un éventuel "en cas" - au cas où elle aurait encore un peu faim tongue-out 

    Les fruits et légumes sont à ajouter, libres de points. La nipotina a donc décidé de se gaver de bananes et de raisins, qu'elle a achetés par kilos tongue-out 

  • O comme Oakoak

    L'artiste de street art Oakoak a eu "carte blanche" pour s'amuser autour de la place Sainte-Catherine et comme j'aime énormément ce genre d'humour pictural, je me dis qu'il faudra retourner à Bruxelles, un de ces jours... cool 

    oakoak.jpg

    source de la photo et article ici avec un diaporama de nombreuses autres photos
    (Photos : EdA Mathieu Golinvaux)

  • N comme Northern Army

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    A chaque fois, c'était un tel plaisir, cette ambiance de bivouac, ces uniformes, ces feux de camp, et cette émulation entre les participants, perceptible jusque dans les moindres détails de l'équipement.

    Lui, il était particulièrement fier du sien, de cette veste aux poignets qui s'effilochent, de ce pantalon à la couleur passée, de cette médaille épinglée là où bat son cœur. Seule la casquette à visière était un peu trop neuve et luisante.

    Mais le reste, tout le reste, avait appartenu à cet ancêtre irlandais dont, il en était sûr, il avait hérité le regard bleu gris. Qu'importe si nulle photo ne pouvait en témoigner. Il y a de ces choses qui sont une évidence, il n'en démordait pas.

    Il sirotait son café tiède en regardant au loin les deux simili-bataillons se livrer leur fausse guerre, avec de vrais coups de canon, des tirs au fusil, des cris de commandement, des clairons qui sonnent, des nuages de fumée planant sur la pente herbeuse.  

    Si seulement ça pouvait l'aider à oublier les cauchemars de sa vraie guerre...

    Est-ce que dans cent ans un de ses descendants s'amuserait à rejouer la guerre du Vietnam? 

    ***

    photo et consignes chez Leiloona

     

  • M comme mort à Venise

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    Elle le savait, que ce n'était pas une bonne idée de revenir sur les lieux des amours mortes, et même si elle ne l'avait pas su, tant de gens le lui avaient dit et répété...

    Mais c'était sa façon à elle d'enterrer le passé, de tourner la page.

    Alors elle a choisi la même ville, le même bar sous les arcades, le même siège.

    La seule chose différente, c'est qu'à l'époque elle ne buvait pas de café, alors qu'aujourd'hui elle dégustait avec plaisir un cappuccino. Ou même deux.

    N'était-ce pas la meilleure preuve de sa guérison?

    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

     

  • L comme lalaland

    C'est la pleine saison des examens de fin d'année à l'académie de musique, ce qu'on appelle chez nous "toonmomenten", du verbe 'tonen', montrer.

    Madame a plein d'élèves ou d'anciens élèves qui ces jours-ci doivent montrer leur jolie voix ou leur virtuosité à l'instrument de leur choix.

    Elle a donc mal aux mains à force d'applaudir cool 

    Vendredi soir, une gamine de 16 ans a chanté le "cuius animam gementem" du Stabat Mater de Pergolesi et Madame fera bien de retenir son nom parce que cette petite fera parler d'elle kiss 

    Ici une version avec Jaroussky:

     

  • K comme kesketakivapa?

    DIALOGUE ENTRE MON PAPA ET SA VOITURE

    (enregistré le 11 janvier 1998 à 7 heures du matin)

    Glaglagla
    Alors alors alors

    Hein bon euh hein bon

    Ploc ploc

    Non mais dis donc là ho dis donc Savapasspassécommsavapasspassécomm

    Glouglou

    Abon

    Bidule truc bougie machin
    Alorskesketakivapa
    Kesketakesketakesketa
    Kesketaketaketactactatatata-a-ta-a-a-vroum

    Amaitoudmêmmêmmêm !

    Tchouf tchouf ploc ploc tchouf tchouf ploc ploc

     

    poème de Marie-Hortense LACROIX, qu'on trouve sur de nombreux sites à vocation scolaire et que Madame lit avec plaisir pour ses grands ados tongue-out

    ***

    - kesketakivapa?

    - J'ai "journée portes ouvertes" même si je ne travaille qu'à mi-temps...

    - Abon

    - Depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir...

    - Non mais dis donc là ho dis donc!

    (hé oui, je ne me sens ni glouglou ni vroumvroum)

     

     

  • J comme je galère

    Question:

    Pourquoi, depuis le 3 mai, n'y a-t-il plus, chez l'Adrienne, de ces merveilleuses photos de murs qui s'effritent et de blocs de béton de 400 kilos?

    Réponse:

    Parce que le PC de l'Adrienne, tout en ayant une parfaite connexion internet, ne lui en permet plus qu'une seule, celle avec sa boîte à mails gmail. Pour tout le reste, plate-forme de l'école, blogs, boîte à mails skynet, site quelconque, c'est njet! 

    Conclusion:

    L'Adrienne squatte des ordis qui ne lui appartiennent pas - ceux de l'école - pour y poursuivre ses petits trafics bloguesques, en toute discrétion (?), alors que jusqu'à présent - depuis neuf ans, oui messieurs dames - elle s'était toujours interdit d'établir le moindre lien entre un PC de l'école et son blog.

    En un mot:

    Galère!

  • I comme incipit

    C'est à la bibliothèque d'Ostende que j'ai enfin trouvé L'amica geniale, d'Elena Ferrante, volume 1. Je l'ai donc emprunté, ce qui m'obligera à retourner à la mer avant l'été cool

    Je ne sais pourquoi les traducteurs ou la maison d'édition ou tout autre instance dans la chaîne commerciale ont estimé que l'italien "geniale" devait se traduire ici par "prodigieuse", alors que c'est un mot qui a exactement le même sens d'une langue à l'autre. 

    Peut-être que ce choix se justifiera au fil de la lecture, mais pour le moment l'amie est justement "géniale", puisqu'elle a une intelligence largement supérieure à la moyenne. Et des tas d'idées "géniales" tongue-out

    Stamattina mi ha telefonato Rino, ho creduto che volesse ancora soldi e mi sono preparata a negarglieli. Invece il motivo della telefonata era un altro: sua madre non si trovava più.

    «Da quando?».

    «Da due settimane».

    «E mi telefoni adesso?».

    Il tono gli dev’essere sembrato ostile, anche se non ero né arrabbiata né indignata, c’era solo un filo di sarcasmo. Ha pro­vato a ribattere ma l’ha fatto confusamente, in imbarazzo, un po’ in dialetto, un po’ in italiano. Ha detto che s’era convinto che la madre fosse in giro per Napoli come al solito.

    «Pure di notte?».

    «Lo sai com’è fatta».

    «Lo so, ma due settimane d’assenza ti sembrano normali?».

    «Sì. Tu non la vedi da molto, è peggiorata: non ha mai son­no, entra, esce, fa quello che le pare».

    Comunque alla fine si era preoccupato. Aveva chiesto a tutti, aveva fatto il giro degli ospedali, si era rivolto persino alla polizia. Niente, sua madre non era da nessuna parte. Che buon figlio: un uomo grosso, sui quarant’anni, mai lavorato in vita sua, solo traffici e sperperi. Mi sono immaginata con quanta cura avesse fatto le ricerche. Nessuna. Era senza cervello, e a cuore aveva soltanto se stesso.

    «Non è che sta da te?» mi ha chiesto all’improvviso.

    La madre? Qui a Torino? Conosceva bene la situazione e parlava solo per parlare. Lui sì che era un viaggiatore, era venuto a casa mia almeno una decina di volte, senza essere invitato. Sua madre, che invece avrei accolto volentieri, non era mai uscita da Napoli in tutta la sua vita. Gli ho risposto:

    «No che non sta da me».

    «Sei sicura?».

    «Rino, per favore: t'ho detto che non c'è».

    «E allora, dov'è andata?».

    Ha cominciato a piangere e ho lasciato che mettesse in scena la sua disperazione, singhiozzi che partivano fine continuavano veri. Quando ha finit gli ho detto:

    «Per favore, una volta tanto comportati come vorrebbe lei: non la cercare».

    «Ma che dici?».

    «Dico quelle che ho detto. E inutile. Impara a vivere da solo e non cercare più nemmeno me».

    Ho riattaccato.

    Elena Ferrante, L'amica geniale, edizioni e/o, 2011, p.15-16 

    litterature,italie,italien,traduction,amitie

    https://www.edizionieo.it/book/9788866320326/l-amica-geniale 

    Ce matin, Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et je me préparais à le lui refuser. Mais le motif de son appel était différent: sa mère avait disparu. 

    - Depuis quand?
    - Deux semaines.
    - Et c'est maintenant que tu me téléphones?

    Mon ton a dû lui sembler hostile, même si je n'étais ni fâchée, ni indignée, c'était juste un brin de sarcasme. Il a essayé de répliquer mais l'a fait de manière confuse, embarrassée, un peu en dialecte, un peu en italien. Il s'est dit convaincu que sa mère faisait un tour à Naples, comme d'habitude. 

    - Même la nuit?
    - Tu sais comment elle est.
    - Je le sais, mais deux semaines d'absence, ça te semble normal?
    - Oui. Toi, il y a longtemps que tu l'as vue, ça s'est aggravé: elle n'a jamais sommeil, entre, sort, fait ce qui lui plaît.

    Finalement, il s'était tout de même inquiété. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux, s'était même tourné vers la police. Rien, sa mère n'était nulle part. Le bon fils! un homme lourdaud, la quarantaine, qui n'a jamais travaillé de sa vie, juste des petits trafics et du gaspillage. Je me suis imaginé avec quel soin il avait entrepris les recherches. Aucun. Il était sans cervelle et seule sa propre personne lui tenait à coeur. 

    - Elle n'est pas chez toi? m'a-t-il demandé tout à coup. 

    Sa mère? Ici à Turin? Il connaissait bien la situation et ne parlait que pour le plaisir de parler. Lui était un voyageur, il était venu chez moi une dizaine de fois sans y être invité. Sa mère, que j'aurais pourtant accueillie avec plaisir, n'avait jamais quitté Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu: 

    - Non, elle n'est pas chez moi.
    - Tu en es sûre?
    - Rino, s'il te plaît! je t'ai dit qu'elle n'y est pas.
    - Mais alors, elle est allée où?

    Il a commencé à pleurer et je l'ai laissé mettre en scène son désespoir, des sanglots feints qui devenaient vrais. Quand il a terminé, je lui ai dit: 

    - Je t'en prie, pour une fois, comporte-toi comme elle le voudrait: ne la cherche pas.
    - Mais qu'est-ce que tu dis? 
    - Je dis ce que j'ai dit. C'est inutile. Apprends à vivre seul et ne cherche plus, pas même moi. 

    Et j'ai raccroché. 

    *** 

    Il y a un truc bizarre dans ma tête: quand j'aime un texte, j'ai envie de le traduire. 

    tongue-out 

    Ceci était le chapitre 1 du prologue 

    *** 

    p.309, on arrive à la fin et le titre s'explique: "l'amica geniale" est utilisé pour la narratrice et non pour l'amie dont elle raconte l'enfance, l'adolescence, le mariage. La matin de ses noces, son amie lui demande de continuer les études: 

    "Non per te: tu sei la mia amica geniale, devi diventare la più brava di tutti, maschi e femmine."

     

  • H comme histoire de ...

    C'est l'histoire d'un élève qui a une forme d'autisme.

    Il est convoqué chez le directeur après un conflit avec sa prof de biologie.

    Les voilà assis face à face dans le bureau du directeur.

    Celui-ci est assez énervé - l'école idéale, c'est une école sans élèves et sans parents d'élèves - alors il sermonne durement le garçon tout en cliquant sans arrêt son stylo à bille.

    - Vous voulez bien arrêter avec ce stylo? demande l'élève.

    ***

    Je vous laisse deviner la suite de l'histoire...

  • G comme garofani

    emile-claus.png

    Il faut pourtant achever cette lettre, me dis-je en voyant arriver le jardinier.

    Il avait enlevé ses sabots sur la terrasse et tenait un pot de fleurs à la main. En contre-jour, son grand tablier bleu semblait transparent. Avec son air furibond et son pot sous le bras, il me faisait penser au personnage d'Antonio, le jardinier du comte Almaviva, qui vient apporter la preuve de la fuite de Chérubin: I garofani! Sauf qu'ici, il ne s'agissait pas d'oeillets, mais de bégonias.

    Une mince ligne de lumière filtrait entre les tentures entrouvertes et je rêvassais, jouant avec un long coupe-papier, au lieu de continuer ma lettre qui aurait dû être un chef-d'oeuvre de demi-vérités et de sous-entendus. Allons, considérons l'intrusion de notre jardinier comme une évasion bienvenue.

    Il n'avait pas son chapeau et avait frotté la terre de ses mains à son tablier. Ses cheveux avaient besoin d'une coupe, ils lui cachaient les oreilles. Ce n'est que quand il est entré dans la maison que j'ai vu son regard, trouble, comme sauvage, plein d'une colère ou d'une rancoeur que je ne lui avais jamais vue auparavant.

    ***

    tableau d'Emile Claus, Le vieux jardinier (1886)

  • F comme fuite du temps

    jeu,fiction,peinture

    Ça s'est passé là-bas, dans la grande prairie aux pissenlits. Il portait son pull orange.

    Le mois de mai offrait ses premiers beaux jours. Ils s'étaient roulé dans l'herbe puis tout à coup il lui a demandé: «Alors, dis-moi, qu'est-ce qui s'est passé en fin de compte?».

    Les yeux à moitié cachés par le bonnet qu'elle portait malgré le beau soleil de mai, elle le fixait sans répondre. Pouvait-elle lui faire confiance? Il était si jeune! 

    Il s'amusait à arracher tous les pissenlits à sa portée, ne s'inquiétant pas de leur jus laiteux. Le soir, il s'étonnerait d'avoir les mains couvertes de taches brunâtres.

    Le soir, il aurait déjà tout oublié.

    Elle regardait leurs jambes trop blanches, leurs pieds nus et toute cette apparente innocence du monde. «Viens, finit-elle par dire, l'herbe devient humide, on va remonter la colline.»



    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • 7 points de litige

    - "Le langage d'autrui", dit la traductrice émérite, quelqu'un en a fait "andermans taal", mais c'est un peu vieux, comme mot. 

    - Ah! justement, rétorque l'auteur, en français aussi, 'autrui' appartient à une langue cultivée, ce n'est pas un mot usuel, donc oui, le traduire par un mot vieilli, ça me semble approprié. 

    - Pour les ordres donnés à l'enfant, dit-elle un peu plus tard, je préfère les injonctions qu'on fait généralement à nos propres enfants, on ne dit pas "on va manger", "we gaan eten", on dit "à table", "aan tafel!

    Mais en français aussi, se dit l'Adrienne, qui garde encore un peu ses réflexions pour elle. En français aussi beaucoup de gens crient "à taaaable" pour rameuter leur progéniture. Si l'auteur a choisi "on va manger", il a sans doute ses raisons. 

    - Ainsi, poursuit-elle, la "tranche de pain", je la traduis par "boterham". 

    Enfin un mot que l'auteur francophone comprend, il en est tout content: 

    - Ah oui! boterham! j'aime ce mot! ça veut dire tartine, non? 

    En effet, ça veut dire 'tartine'. C'est pourquoi, l'Adrienne l'a refusé: dans le livre, l'enfant autiste ne mange pas de tartine, il refuse le pain sur lequel on a tartiné quelque chose. Il mange donc 'une tranche de pain', een sneetje brood. Qu'à cela ne tienne, l'auteur applaudit la tartine. 

    - "Il désigne le frigo en geignant", continue la traductrice, quelqu'un a traduit 'geindre' par 'kreunen', mais ce mot-là pour moi est trop connoté sexuellement. 

    Autour de la table, on rigole en se demandant d'où elle tient ses connotations sexuelles. 

    - Pourtant, dit l'Adrienne, qui commence à s'énerver, c'est la seule traduction exacte. 

    Dans le but de rendre le texte fluide et aisément lisible, on ne traduira pas non plus littéralement 'obtempérer', on fera comme si l'auteur avait écrit 'obéir'. On laissera carrément tomber 'idiosyncrasique' puisqu'il y a déjà 'tout à fait personnel' et 'unique', qui veulent dire la même chose. 

    Enfin, on en arrive à ce qui intéresse le plus l'auteur, vu que c'est lui qui a choisi cet extrait-là plutôt qu'un autre: comment nous en sommes-nous sortis avec ce passage où il se laisse complètement aller et joue avec les allitérations? 'Les grouinements de goret qu'on égorge', par exemple? 

    - J'en ai fait avec le 'k', dit l'Adrienne, 'het gekrijs van een gekeeld varkentje'. Comme ça je peux continuer les 'k' dans la suite de la phrase 'het geklok van een kalkoen' pour 'un glouglou de dindon'. 

    Par contre, sa traduction 'de gaai in gulle eiken' a été barrée par la traductrice. L'Adrienne ne sait donc pas comment elle aurait dû traduire 'des chants de geais des chênes généreux'. 

     

  • E comme ermite

    Ils étaient une cinquantaine de candidats pour aller vivre en ermite à 1400 mètres d'altitude dans les Alpes autrichiennes. Il y avait parmi eux un Belge de 58 ans et c'est lui qui a été choisi, pour des raisons qu'on explique dans l'article que je donne en lien sous la photo. 

    Ermite, il le sera surtout du soir au matin, parce que pendant la journée le petit sanctuaire dont il aura la garde se trouve sur le chemin de pèlerins et de randonneurs. Ceux-ci sont d'ailleurs priés d'avoir l'obligeance de lui monter en même temps un jerrycan d'eau, une ou deux bûches pour le feu, sinon il a un quart d'heure de descente à faire pour aller chercher lui-même sa provision de bois. 

    Or le bois sera l'élément indispensable, vu que le froid sera son plus gros problème. Tout le reste, il s'en passera facilement, eau courante, électricité... (1) 

    Son prédécesseur n'a tenu le coup qu'une seule saison, à voir combien de temps celui-ci y restera cool 

    ermite.jpg

    copyright AFP, source et article ici (journal Le Soir)  

    d'autres photos du site se trouvent ici 

    (1) l'article ne dit pas en quoi consistera son régime alimentaire ni qui se chargera de lui procurer ses menus...

  • D comme dix petits nègres

    - Combien d'entre vous sont traducteurs ou traductrices? demande l'homme qui nous a gentiment accueillis dans les deux langues. 

    Autour de la table, neuf mains se lèvent et l'Adrienne se conforte dans l'idée qu'elle fera bien de garder le profil bas parmi cette assemblée de professionnels: un auteur francophone, sa traductrice émérite (1) et neuf traducteurs de tous les âges. La dame à côté de l'Adrienne est fière de glisser incidemment dans la conversation qu'elle a traduit en néerlandais des ouvrages polonais. Une autre précise qu'elle est non seulement traductrice littéraire mais qu'en plus elle a suivi des cours de création littéraire. (2) 

    Bien, bien, bien. 

    La traductrice émérite est celle qui a sélectionné et annoté les dix traductions retenues. Sur celle de l'Adrienne, les remarques concernent la mise en page: l'interligne doit être 1,5, un nouvel alinéa doit être marqué par un retrait, non par un interligne blanc, les guillemets pour une citation, en néerlandais, doivent être simples, pas doubles. En français Crétacé prend une majuscule, mais ce n'est pas le cas de krijttijd. Et si dans le texte français on écrit Tyrannosaurus rex en italiques, il ne faut pas en mettre en néerlandais. 

    Bien, bien, bien. 

    Et l'auteur? me demanderez-vous. Que faisait-il pendant que les professionnels discutaient âprement de chaque mot, de chaque tournure de phrase? 

    Assis à son coin de table, il riait. Il ne comprenait pas un mot de néerlandais mais trouvait toutes ces discussions très amusantes. 

    Heureux homme cool 

     *** 

    (1) on apprend qu'elle a traduit Emmanuel Carrère, entre autres Limonov, qui lui a valu un prix. 

    (2) ce qui expliquait, selon elle, pourquoi dans les passages difficiles elle s'éloignait tellement du texte original. 

  • C comme chorale

    La première mauvaise idée avait été de mettre la bonne vingtaine de chaises en un grand ovale qui remplissait toute la pièce. Ici et là des groupes se sont formés, des gens se connaissaient, étaient contents de papoter ensemble, de rigoler. A l'autre bout, assise derrière son piano portable, la dame qui avait consenti à nous apprendre des "chants révolutionnaires" ne réussissait pas à faire entendre sa voix. 

    Une autre avait été chargée de prendre des photocopies du chant qu'on apprendrait, malheureusement elle s'était trompée, elle avait cru en prendre vingt, il n'y en avait que dix. Vous regarderez à deux, nous dit-elle, sans se rendre compte que ce serait un nouveau prétexte à se dissiper et bavarder, ce que nous n'avons pas manqué de faire, ma voisine tenait à me raconter certaines choses sur elle et à savoir des choses sur moi. 

    De plus, le choix du chant avec son texte portugais suscitait toutes sortes de plaisanteries. Certains prétendaient ne pas vouloir chanter un texte dont ils ne comprenaient pas les paroles et voulaient qu'on les leur traduise, ce que personne n'était capable de faire, pas même ceux qui avaient choisi ce chant-là. On n'était pas d'accord non plus sur la bonne prononciation, alors deux ou trois personnes ont allumé leur smartphone pour nous la faire entendre. C'était le seul moment à peu près silencieux de toute la soirée...

    Après l'avoir entendue, quelques-uns ont déclaré que notre chef de chœur s'était trompée dans le rythme et ne respectait pas les pauses. Une dame s'est proposée pour battre la mesure à sa place. Chacun avait déjà oublié la bonne prononciation et chantait comme il voulait ou faisait lalala pendant que la pauvre chef de chœur tapotait son piano, complètement dépassée par ses "grands apprenants". 

    - On devrait se montrer un peu plus disciplinés, dis-je à une dame dont j'ai eu les deux fils en classe. 
    - Ah! fait-elle avec un geste du menton vers la chef de chœur, c'est à elle de nous dire de nous taire, c'est elle qui doit prendre la situation en main. 

    Je me suis demandé si c'était ça, l'esprit révolutionnaire... 

  • B comme blocs

    Chaque fois qu'elle passait devant ces gros blocs de béton, elle se demandait ce qu'ils faisaient là. 

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    Le dimanche matin, elle l'a compris, en voyant un homme arc-bouté, tirant de toutes ses forces, sous le regard goguenard d'un ami, des deux épouses et de leurs enfants. 

    Il prétendait soulever 400 kilos. 

    - Hij gaat al van de grond, haletait-il en direction de son copain qui se moquait de lui. 

    Chacun voyait bien que contrairement à ce qu'il prétendait, ce bloc ne s'écartait pas d'un millimètre du sol, mais on a fait comme si, juste pour qu'il s'arrête et qu'on puisse continuer la promenade. 

    *** 

    photo prise à Ostende le lendemain, lundi 10 avril 

    *** 

    "van de grond gaan" au sens littéral signifie se soulever du sol et au sens figuré c'est une expression à connotation sexuelle, ce qui n'a fait que redoubler l'hilarité du copain, ainsi que de la promeneuse témoin de ce joli tableau, évidemment cool

     

  • Adrienne a comme un doute

    Après ce "mois belge", se dit l'Adrienne, si je faisais un "mois italien"? 

    Car elle n'aime rien tant que s'imposer des contraintes d'écriture, il y a longtemps que l'alphabet ne lui suffit plus. 

    Alors elle a cogité - elle adore ça, elle n'a que ça à faire, même la nuit tongue-out - et pensé à diverses possibilités, n'écrire que des vers, se concentrer sur une couleur, un autre pays, un thème? 

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    A comme arancini 

    la photo est de l'Adrienne et la recette est ici 

    Les arancini, si on est fan de la série télévisée Montalbano, on se doit tôt ou tard d'y goûter. 

    Comme on peut le lire ici cool 

    Et si on a appris l'italien, on peut écouter l'auteur, Andrea Camilleri, qui lit très bien sa nouvelle: 

    sur les 36 minutes, les dix dernières ne sont que silence: pour connaître le dénouement, il faudra lire le livre ou regarder l'épisode tongue-out