E comme écriture et liberté

"L'inconvénient du règne de l'opinion, qui d'ailleurs procure la liberté, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire; par exemple: la vie privée. De là la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre. Pour éviter de toucher à la vie privée, l'auteur a inventé une petite ville, Verrières, et, quand il a eu besoin d'un évêque, d'un jury, d'une Cour d'assises, il a placé tout cela à Besançon, où il n'est jamais allé." 

Stendhal, Le Rouge et le Noir, note de l'auteur placée sous le mot 'Fin' à la page 489 de mon exemplaire des éditions Garnier. 

On peut s'étonner et admirer que Stendhal se soit déjà fait cette remarque en 1829-1830. 

On peut déplorer l'ampleur que ça a pris jusqu'à aujourd'hui. 

Même - et aussi - en littérature. 

stendhal.jpg

Commentaires

  • Depuis, nombreuses sont les personnes qui ont cherché Verrières...
    ;-)

  • exactement, Mme Chapeau, même dans mon édition critique, ça semble être un point très important ;-)

  • Nous sommes sous totale dépendance du règne de l'opinion qui entre temps est devenu bien souvent voyeurisme.

  • Excellent , Alezandro !

  • le voyeurisme a sans doute été de tous les temps, mais il a aujourd'hui d'énormes moyens à sa disposition ;-)

  • Ah oui mais si on ne se mêlait pas de ce dont on n'a que faire, on s'ennuierait !
    C'est vrai, quoi : Que me chaut Mozart ? Pourquoi écouter les Beatles ? Pourquoi lire Tchekhov ? Ils ne parlent même pas ma langue !

    Et surtout.. Que me chaut Stakovitch ? ;-)

  • que me chaut la vie privée de Mozart, tu veux dire ;-)

  • J'adore la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre ! Parce que bien sûr, dans la France de Stendhal, chacun se mêlait de ses petites affaires et pas de celles du voisin... :o)
    Quand j'étais à l'école, la lecture de "Le Rouge et le Noir" était obligatoire, raison pour laquelle je n'avais lu que "La Chartreuse de Parme".
    Pris d'un remords tardif à plus de septante ans, j'ai téléchargé le machin sur mon e-lecteur pour une mise à niveau in articulo mortis.
    Ça m'a bien fait rire, surtout le coup de l'échelle : dans un hôtel bourgeois ou un château de l'époque, la hauteur sous plafond du rez de chaussée devait facilement faire dans les quatre mètres. J'aurais bien aimé voir le héros manipuler (et cacher) une échelle de cette dimension dans une pièce meublée ! J'ai comme un Doubs (forcément, à Besançon...)

  • il ne voulait pas que ce soit un roman à clé, avec des personnages reconnaissables, donc il dit avoir inventé Verrières... mais bien sûr la France de 1830 n'était pas plus sage que celle d'aujourd'hui et on a depuis toujours, comme le souligne Mme Chapeau, essayé de savoir qui avait inspiré le personnage de tel vieil aristocrate ou de tel jeune évêque ;-)

  • Ah la la... tu as raison, qu'est-ce qu'on s'en balance des parties de jambes en l'air du président, des tailleurs trop courts de la présidente et des chaussettes de l'archi-duchesse... A peut près comme de l'an quarante.
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  • maintenant que tout est cliquable et facilement "statisticable", on constate que c'est précisément ce genre d'article-là qui est le plus lu ;-)

  • Je crains que ce ne soit encore pire depuis lors : avec les réseaux sociaux, la vie privée est de moins en moins privée (que ce soit des personnalités ou des simples citoyens). Pas sûr que ce soit une bonne chose... Bonne semaine Adrienne.

  • oui c'est pire à cause des moyens mis à disposition... aujourd'hui encore à l'école ma collègue (des élèves de 12-13 ans!!!) a dû régler des problèmes de photos "volées" sur fb ou snapchat, manipulées, réutilisées à des fins peu louables...

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