I comme incipit

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La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du xxe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens. Et son cours au Collège de France, intitulé « La préparation du roman », s’est soldé par un échec qu’il peut difficilement se dissimuler : toute l’année, il aura parlé à ses étudiants de haïkus japonais, de photographie, de signifiants et de signifiés, de divertissements pascaliens, de garçons de café, de robes de chambre ou de places dans l’amphi – de tout sauf du roman. Et ça va faire trois ans que ça dure. Il sait forcément que le cours lui-même n’est qu’une manœuvre dilatoire pour repousser le moment de commencer une œuvre vraiment littéraire, c’est-à-dire qui rende justice à l’écrivain hypersensible qui sommeille en lui et qui, de l’avis de tous, a commencé à bourgeonner dans ses Fragments d’un discours amoureux, déjà la bible des moins de vingt-cinq ans. De Sainte-Beuve à Proust, il est temps de muer et de prendre la place qui lui revient au panthéon des écrivains. Maman est morte : depuis Le Degré zéro de l’écriture, la boucle est bouclée. L’heure est venue. 

Laurent Binet, La septième fonction du langage, Grasset 2015, p.9-10 (incipit) - info, source de la photo et extrait plus long ici 

*** 

C'est à la fois drôle et érudit, ça tient en haleine, ça divertit, ça donne envie de retrouver ses notes de cours sur Ferdinand De Saussure et de relire Roland Barthes d'un œil neuf tongue-out, bref j'essaie de faire durer un peu les 495 pages de ce bouquin que je viens seulement de commencer... mais je suis déjà conquise cool 

Dans une autre vie, Laurent Binet a été prof, comme on peut le lire ici. Et en découvrant cet article, on ne peut qu'être content pour lui d'avoir trouvé une place - et une place bien meilleure - en dehors des mesquineries de l'enseignement... 

Commentaires

  • Bonne lecture,. Si c'est "érudit", c'est pas pour moi ;-)

  • ;-) je savais en mettant ce mot que ça allait effrayer :-)
    en fait, il y a un personnage de flic ignorant de toutes ces questions de langage et de sémiotique, donc ça oblige "les érudits" à s'expliquer de manière compréhensible ;-)

  • j'ai, comme toi, apprécié ce roman érudit qui m'a aussi donné envie de retrouver Barthes, mais pas que...

  • je me délecte et le fais durer en lisant deux ou trois autres livres en même temps ;-)
    (j'ai toujours du retard sur les "saisons" littéraires, je découvre seulement l'affaire Harry Quebert, excellent bouquin aussi!)

  • Roland Barthes... De l'émotion dès que j'entends son nom car cela me rappelle ma jeunesse et la lecture de ses livres qui font réfléchir. Erudit, oui, c'était un érudit. Ce mot n'est pas une insulte pour moi. Cela signifie qu'il avait des connaissances mais, surtout, qu'il les transmettait.
    Merci de parler de ce livre de Laurent Binet que je lirai peut-être l'hiver prochain.
    Bonne journée.

  • émotion chez moi aussi, ah cette belle année de première candi en philologie romane, que de découvertes!

  • Ne vous tracassez pas, dans mon commentaire, "érudit" n'était pas une insulte.

  • je sais, c'était une forme de modestie ;-)

  • Un roman où on rit, se passionne, apprend, se rappelle...j'ai adoré cette lecture l'été dernier!
    Bonne journée-lecture, il est difficile de s'en détacher, non?????

  • il était onze heures du soir, j'aurais dû dormir, j'ai commencé à le lire... et oui, il a été difficile d'être raisonnable et de s'arrêter :-)

  • Marcel n'apparaît qu'à la cinquième phrase, un record à l'heure actuelle où chacun se doit de faire référence à l'auteur le plus connu (et sans doute le moins lu) de la littérature française.
    Pour ce qui concerne Sainte Beuve, je serais à mon grand désespoir, plutôt d'accord avec Marcel : qu'est-il besoin de savoir qui était Chamfort pour apprécier ses pensées ? D'autant qu'à la réflexion, il y a pas mal d'auteurs qui gagnent à ce qu'on ne sache pas trop de leur vie privée.
    Bon, c'est pas tout ça, quand tu auras fini, j'espère que tu nous révéleras quelle était cette septième fonction du langage (gonfler l'ego des écrivains ?) :o)

  • hélas proustien est devenu un adjectif tellement courant qu'il en devient un lieu commun, comme "phrase proustienne" ...

  • C'est bien Adrienne, il faut savoir occuper ses vacances. ;)

  • tu me fais rire :-) j'ai un coup de stress chaque jour en me rendant compte qu'un autre jour de vacances a déjà filé :-)

  • Bonjour. Je m'excuse de vous le signalez n'est ce pas. Mai on ne dit pas ehrudy! Mais bien plutôt Monsieur Rodolphe s'il vous plait (!) C'est moins familier si vous préférez. C'est surtout ça. Parler au patron comme à ses copains.. Non. Je ne crois pas me souvenir que cela fusse possible d'ordinaire. A moins évidement que vous fassiez parti aussi de sa sphère privé. P.S Par contre Yvonne elle est bonne! Comprenez. Bien sûr. C'est une bonne personne Cordialement

  • Bien, bien. Alors je suppose qu'il faudra que je vous appelle monsieur d'Aubigné.
    Cordialement.

  • Drôle, érudit et qui tient en haleine ? ça ne se refuse pas, ce titre se note sur le calepin magique ! Lumineuse journée Adrienne, à bientôt. brigitte

  • voilà, tout pour plaire :-)
    tu nous diras, quand tu auras lu?
    bonne journée!

  • quand j'écoute la qualité des cours du Collège de France diffusés la nuit sur France Cul, je me dis que les étudiants ayant assisté à ses cours devaient être subjugés

  • j'en suis sûre :-)

  • Dans une autre vie, je prendrai le temps de lire tous les chouettes bouquins dont on me parle. Comme celui-ci par exemple ;o) !
    Mais là j'ai déjà une dizaine de jours de vacances qui ont filé et je ne sais pas où. Deux ou trois à la montagne, mais les autres !?

  • c'est comme j'ai dit à Berthoise, je constate avec saisissement que c'est déjà le 12e jour et que le temps passe très, très vite (sans que j'avance dans mes lectures, que se passe-t-il donc? ;-))

  • j'ai aimé, c'est intelligent, c'est sûr, mais aussi assez pédant; ai-je trouvé... ! :)

  • ah la pédanterie! avec cet argument-là, on peut faire se fermer toute bouche intelligente ;-)
    pour moi pédant veut dire (et je copie mon petit robert) "qui fait étalage d'une érudition affectée et purement livresque" ou "qui se mêle de faire la leçon à tout le monde" ou encore " qui manifeste prétentieusement une affectation de savoir, d'érudition"
    à quelle définition le livre correspond-il, selon vous? moi je ne suis toujours pas plus avancée dans ma lecture, je vais d'abord finir l'affaire Harry Quebert :-)

  • L'Affaire Harry Quebert, ce n'est pas mal non plus ;-)

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