N comme Nathalie

Il y avait bien eu ce faire-part affiché à la vitrine, il y avait bien eu ces jours où personne ne décrochait le téléphone. 

Pourtant en voyant ses yeux tristes, l'Adrienne n'avait pas encore deviné. Ça ne va pas? a-t-elle demandé. Non, ça n'allait pas, elle venait de perdre sa maman, une quinzaine de jours auparavant. 

Alors tout lui pesait, la chaleur des jours et des nuits, l'ambiance festive des soirs d'été où elle entendait de sa terrasse l'animation du centre, la musique, les chants. 

Et puis, dit-elle, avec les clients, il faut chaque fois répondre à la question et raconter la même histoire. C'est pour ça, dit l'Adrienne, que je ne demande rien. Vous me racontez juste si vous en avez envie... 

Et cette simple phrase a déclenché tout le flot, banal et triste, d'une maman qui meurt trop vite, trop inopinément, trop jeune, trop indispensable, avec trop de choses à vivre et à faire encore. 

Vous voyez bien, dit l'Adrienne en sortant de là avec quelques centimètres de cheveux en moins, qu'il faut profiter de chaque instant. Oui, a répondu Nathalie, et elle a souri. 

coiffeur

 

Commentaires

  • j'ai de la chance, je n'ai pas eu de coiffeur colportant des ragots ou se montrant curieux des détails de la vie de leurs clients :-)

  • il suffit d'essayer :-)
    sur la photo c'est du lierre devenu gros comme un tronc

  • Chez ma coiffeuse sicilienne, ses compatriotes racontaient minutieusement leur vie. La dame écoutait et parlotait plus qu'elle ne coiffait. J'ai changé : je vais là où le personnel a des horaires tournants et où je ne risque pas de rencontrer des personnes en mal de confidence. J'irai demain : besoin de raccourcir les tifs. J'aime bien ton arbre !

  • Francis aussi quand il parlait, il gardait les mains en l'air :-)
    il parlait de son besoin de soleil égyptien ou de son amour pour les chiens espagnols maltraités
    Nathalie à chaque fois me parle du temps qu'il fait (et qui ne lui convient jamais ;-))

  • c'est un salon de coiffure qui manque absolument d'esprit philosophique ;-)

  • Savoir écouter sans poser de questions et trouver les mots pour réconforter !

  • je pensais qu'on n'en parlerait pas, puisqu'elle disait que ça la fatiguait et l'attristait de devoir répondre toujours aux mêmes questions (qu'on peut facilement deviner, on les a reçues aussi en pareilles circonstances: quel âge elle avait? elle était malade?)

  • se faire coiffer est pour beaucoup de femmes un des rares moments de répit dans leur vie laborieuse, et la proximité obligée peut inciter au dialogue. De même certaines femmes aiment beaucoup repasser, parfois la nuit, parce que c'est un moment en quelque sorte "à elles" où elles peuvent rêver sans culpabiliser.

  • oui je comprends que ça puisse être un moment de détente, mais moi - je ne sais pas pourquoi - ça me donne du stress ;-)
    en même temps, c'est un endroit magistral pour l'observation de l'humanité :-)

  • Du temps professionnel peut devenir du temps partagé, de parole, d'écoute, pour le meilleur ou pour le pire selon les personnes, les circonstances.
    Incroyable, ce lierre ! Bon dimanche, Adrienne.

  • oui avec ma "première coiffeuse" j'avais ce lien-là, elle profitait de ma présence pour me parler de sa fille, qui était si brillante et pour qui elle s'étai tellement sacrifiée et qu'elle ne voyait jamais ...
    et oui, ce lierre, je l'ai déjà photographié des tas de fois :-)
    bon dimanche à toi aussi!

  • Je déteste aller chez le coiffeur, je remets le plus possible... Il y a +/- 2 ans, j'y étais de nouveau allée avec des pieds de plomb, je me suis retrouvée au champoing avec à côté de moi un gars d'une trentaine d'années. J'ai laissé échapper un "je déteste aller chez le coiffeur", il m'a répondu "j'adore", je croyais qu'il blaguait, mais quand je me suis retrouvée à côté de lui pour la coupe, et que je l'ai entendu répondre à la question concernant la coupe "3 millimètres et demi", boudieu, je me suis dit qu'en effet, il devait adorer... Pas trois millimètres, non, trois millimètres et demi! Les hommes seront toujours un mystère pour moi... :-)

    Bisous,
    lulu

  • tu me fais rire, Lulu :-)
    moi aussi, si c'était possible, je me couperais les cheveux moi-même ;-)

  • Décidément, le coiffeur inspire, j'ai évoqué Francis, ton coiffeur philosophe, chez Heure Bleue ( tu connais Heure Bleue?) et j'ai prévu un article non sur les coiffeurs, mais, pour varier, sur l'esthéticienne (il a bien fallu que j'y aille un jour).

    Pauvre Nathalie. Le fait que tu ne lui poses pas de question a libéré la parole. Cela lui a peut-être fait plus de bien, de parler sans y être obligée, que de réponse à des questions sûrement sincèrement attentives mais conventionnelles... Et puis, je suis sûre que tu écoutes bien aussi

    (pendant qu'on te coiffe !)

  • oui pauvre Nathalie, elle avait encore bien besoin de sa maman

  • Oui, maintenant que cela va faire un an que mon père est parti... Je repense - moins à la période où il était en MRS qu'à celle où il était dans son appartement. Les dernières années, je me suis bien investie, mais sincèrement, maintenant, je me dis que j'aurais pu y aller beaucoup plus, et en profiter un maximum... C'est toujours fini trop tôt - c'est ce qu'on se dit quand c'est fini.
    (Même si parfois je râle sur certaines dispositions qu'il n'a pas prises et qui font qu'on pédale encore dans la choucroute, un an après...)

  • c'est valable aussi pour toi, pour moi, chaque jour vaut la peine d'être vécu, il faut essayer de s'accrocher à ce qui est positif, même si c'est infime, parfois :-)
    bises, Pivoine

  • La semaine dernière, mon amie coiffeuse en avait gros sur le cœur elle aussi si bien que la coupe a pris encore plus de temps que d'habitude !
    Je l'aime bien, et je compatis sincèrement à ce qui lui arrive, mais j'aurais préféré en parler devant un café plutôt que dans le fauteuil de son petit salon car je ne m'y plais pas trop mon non plus.
    :p

  • devant un café, tout passe mieux ;-)
    dans le fauteuil de la coiffeuse, je me sens prisonnière ;-)

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