• Dernières volontés

    Quand tu seras morte, demande Monsieur Neveu, tu veux être enterrée ou incinérée? Incinérée, répond l'Adrienne. M'enfin! quelle drôle de question, dit Madame Mère. Mais c'est pour savoir quoi faire, dit Monsieur Neveu. Bien sûr, dit l'Adrienne, donc maintenant tu sais, prends-en bonne note pour le jour où. 

    C'est bien, le train, ça laisse le temps à d'intéressantes conversations. 

    A l'aller il s'était déjà enquis d'un autre aspect de la chose: 

    Quand tu seras morte, qui c'est qui hérite? 

    Ma mère, a répondu l'Adrienne. 

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    pluie à hauteur de Rotterdam, 23 juillet

  • Z comme Zakaria

    Madame a une paire de collègues pour qui la radicalisation n'est pas un vain mot. 

    Aussi, quand Zakaria a décidé de se laisser pousser la barbe, n'ont-ils pas manqué de tirer à la sonnette d'alarme! 

    Ce qu'ils n'ont pas trouvé inquiétant, c'est que Joris et Hendrik, les meilleurs copains de Zakaria, arboraient fièrement le même genre de pilosité faciale. 

    *** 

    Madame a revu Zakaria la première semaine de juillet, dans la cour de l'école, en train d'aider à décharger un camion. 

    Il a terminé avec succès une deuxième année de formation comme prof d'anglais. Il est moniteur à la plaine de jeux et installait le matériel pour les enfants. 

    Sacré barbu! 

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    pas de barbu sur cette photo de juin dernier mais un autre "radicalisé", qui n'avait pas apprécié qu'un prof dise du mal de l'islam... à la rentrée prochaine, il entame des études de droit, comme sa grande sœur, dont il est très fier.

  • Y comme IJ

    L'IJ, dans son orthographe ancienne Ye ou même Y, est une grande flaque à traverser pour se rendre à Amsterdam Noord. Le ferry est gratuit et se prend juste derrière la gare centrale. 

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    la passerelle qui relie le musée des sciences (NEMO) et la gare centrale 

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    L'accès par l'Oosterdok 

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    donne des envies de bateau tongue-out 

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    Du toit du musée des sciences NEMO, vue sur le voilier et le bâtiment du musée de la marine 

    voyage, Amsterdam

    Sur la passerelle de la photo 1; le bâtiment en face est le Conservatoire

     

  • X c'est l'inconnu

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    Quand il a fermé la porte de l'appartement et du magasin, il a mis le trousseau de clés dans sa poche. 

    C'était à Alep, il y a trois ans. 

    Il ne pensait pas qu'il ne reverrait plus ni l'appartement, ni le magasin. 

    Avant lui, son père un jour avait aussi rangé un trousseau de clés en attendant le retour. 

    Lui non plus ne pensait pas qu'il ne reverrait jamais sa maison. 

    C'était en Palestine, il y a 69 ans. 

    *** 

    photo prise à l'expo Aleppo au Tropenmuseum d'Amsterdam

     

  • W comme wagon de train

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    A l'aller comme au retour, nous avons pris des tas de trains et le voyage a duré quatre heures et demie. Deux heures de plus que si nous y étions allés en voiture. 

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    Mais que voulez-vous, nous aimons les gares et chacune offre ses petits plaisirs. Monsieur Neveu a profité d'une correspondance pour se photographier dans un photomaton. 

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    A Anvers nous avons admiré la verrière en prenant un cappuccino (voir aussi la première photo) 

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    Et dans la gare centrale d'Amsterdam, nous vous conseillons les toilettes du Grand Café

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    On y aime les perroquets... 

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  • V comme vandale

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    Nous logions dans Amsterdam Noord. On pouvait lire toutes sortes d'affichettes collées ici et là, portant la signature Huisstijl Noord

    Celle de la photo dit: On m'appelle un vandale, mais sait-on ce que c'est que d'habiter au Noord

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    A notre arrivée, toute une équipe était à l'ouvrage sur un énorme mur pas loin de l'embarcadère pour le ferry qui traverse l'IJ entre la gare centrale et les entrepôts NDSM

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    En repartant dimanche matin, nous avons pu admirer l'oeuvre terminée. 

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    On voit que c'est un travail de groupe, où chacun a son propre style 

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    certains ont même pignon sur rue, si j'ose dire tongue-out 

    voyage,amsterdam,art,peinture

    Les musées sont très chers à Amsterdam, mais l'art de rue est provisoirement gratuit: merci les vandales cool

     

     

  • U comme une semaine

    Une semaine à Amsterdam 

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    avec le gros chat du B&B 

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    des canaux de toutes les tailles 

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    des musées pour tous les goûts 

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    des maisons qui ont poussé de travers 

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    et des vélos rois (ce n'est pas un vain mot) 

     

     

     

  • T comme traduction

    C'est chez Nuages que j'ai trouvé ce poème accompagné d'une photo que je n'ai pas osé lui demander undecided

    Laat er een tuin zijn

    Laat er een tuin zijn
    waar de bladeren heel traag
    vallen, menig maal
    hun laatste landingsplaats
    bepalen, alvorens
    de aarde juist te raken
    waar ze in het verlengde
    van hun vrije val ligt.

    Laat het mijn tuin zijn
    waar de wereld eeuwig blijft
    haperen tussen zomer en herfst
    tussen vallen en opstaan.

    Peter TheunynckCalendar

    Faites qu'il y ait un jardin

    Faites qu'il y ait un jardin
    où les feuilles très lentement
    tombent, et décident
    de leur point de chute
    à plusieurs reprises, avant
    de toucher la terre
    en ce point de prolongement
    de leur chute libre.

     

    Faites que ce soit mon jardin
    où le monde éternellement
    oscille entre été et automne
    entre la chute et le relèvement.

    (traduction de l'Adrienne)

    Le poème se trouve repris sur un site brugeois dans le cadre de la défense du Lappersfortbos.

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    vue sur ma ville dans son "trou de verdure", le 23 avril dernier 
    ici les Verts participent à la gestion et je m'en trouve fort heureuse pour la nature environnante, où de nombreux projets ont vu le jour et sont bien suivis. 

  • Stupeur et tremblements

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    Ça faisait bien quatre ans que l'Adrienne n'était plus retournée dans son vert paradis, alors quand des amis le lui ont proposé comme but de promenade, un bel après-midi de juillet, elle a d'abord eu un peu d'appréhension. 

    L'émotion, vous comprenez? 

    Mais ô stupeur, les retrouvailles se sont bien passées cool 

    C'est juste que l'endroit a beaucoup changé: c'est fou ce qu'en quatre ans, les arbres ont grandi. 

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    Les Exmore avaient choisi de se cacher à l'ombre d'un sous-bois qui n'existait pas encore il y a quatre ans - saules, aulnes, frênes... ont bien poussé! 

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    ce ne sont pas les mêmes qu'il y a quatre ans, ceux-là venaient lécher la main de l'Adrienne (ou sa caméra, quand elle voulait les photographier) 

    *** 

    Et la maison d'autrefois? 

    Elle est maintenant bien cachée derrière un haut portail complètement fermé, avec caméra de surveillance et alarme... alors que l'Adrienne, à l'époque, laissait même la porte du garage grande ouverte, et oubliait souvent de la fermer la nuit. 

     

  • 22 rencontres (22)

    Il était venu pour inscrire sa fille et visiblement il n'avait pas envie d'être là. Un grand mec dans la quarantaine sportive, menton carré, regard au loin et moue dédaigneuse: 

    - Quoi? ça va vraiment durer si longtemps que ça? 

    Il pensait qu'une inscription se faisait à la minute, juste un papier à signer. 

    - Vous voulez bien me suivre? sourit Madame. 

    Sa femme, sa gamine et lui s'installent autour d'une table où des tas de paperasses sont préparées: brochures informatives, feuilles diverses pour les formalités et autres dépliants. 

    Madame a reconnu le récalcitrant et voit que lui aussi commence à se rendre compte de quelque chose: 

    - Est-ce qu'il se pourrait, demande-t-il tout à coup au milieu des explications, que j'aie eu cours avec vous? 

    - Mais oui, ça se pourrait. 

    Il étale ses deux paumes bien à plat sur la table et dit: 

    - Ici, ici même j'ai passé des examens! 

    Et un grand sourire illumine enfin son visage, les souvenirs affluent d'un seul coup et il change radicalement d'attitude. 

    Ouf, se dit Madame, on va pouvoir inscrire cette petite dans la bonne humeur. 

    prof,école,élève

    il faisait partie de la fine équipe qui avait réussi à faire une exploration des sous-sols et des greniers

    tongue-out 

    mais ça, on n'en a pas parlé 

    cool

     

     

     

  • R comme Redwane

    "Le bonheur," dit Redwane, "c'est les oignons dans mon durum." 

    Je vous laisse méditer sur cette petite phrase et souhaite à tous mes compatriotes une excellente fête nationale! 

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    oui, on les aime et on les respecte, mais ça ne nous empêche pas de rigoler cool

  • 20 miracles de la nature (8)

    La bière des étoiles, c'est la trappist. 

    Pourquoi? 

    Parce que le télescope est belge et tant qu'à lui fabriquer un nom qui est un acronyme, pourquoi pas un acronyme qui fait sens ... et qui a une forte connotation belge? TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope, vous voyez quelles lettres ont été choisies dans ce tas? Vous voyez où il a fallu pêcher un I? 

    Parce que c'est l'équipe belge qui a découvert les exoplanètes, avec leur télescope trappist (LOL), on les a appelées Trappist-1. De 1-a à 1-g. 

    L'article de l'université de Liège ici 

    Comme les Belges sont des petits comiques, leur projet suivant est baptisé Spéculoos. 

    Et oui, c'est aussi un acronyme. Ça vient de Search for habitable Planets ECLipsing ULtra-cOOl Stars

    La conférence donnée à Liège en avril dernier est ici, la page de l'astronome liégeois, Michaël Gillon, est ici et son parcours ici 

    actualité,belge,belgique,nature

    source de la photo (ULg)

     

     

  • Qui a perdu sa balle?

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    Vous allez rire: c'est une histoire belge. 

    Prenez un bus transportant des jeunes d'une quinzaine d'années qui rentrent d'un séjour en Espagne.

    Prenez une autoroute française, à hauteur de Tours. Il est environ cinq heures du matin, les gamins dorment. 

    Ils sont brutalement réveillés: une balle est entrée par la vitre arrière, qui a éclaté sous l'impact, et est ressortie par une vitre latérale. 

    Le chauffeur s'arrête, la police est alertée. 

    Et c'est là que vous allez rire: dès le lendemain, la gendarmerie française a rassuré tout le monde en disant mais non, on ne vous a pas tiré dessus! ce n'était qu'une balle perdue! 

    ... 

    J'aimerais bien savoir qui a perdu sa balle sur l'autoroute, le dimanche 9 juillet à 5 heures du matin. 

    source de la photo et article ici

     

  • P comme patrimoine

    Nos villes ont tout un patrimoine industriel datant de la seconde moitié du 19e siècle. Dans le cas de la mienne, il s'agit surtout d'anciennes usines textiles et de cheminées, patrimoine auquel on essaie de trouver une seconde vie. On y installe un musée, un entrepôt, des lofts, un centre culturel, une académie de musique. 

    Notre académie "recycle" ainsi une ancienne teinturerie. On a conservé les bassins, les structures métalliques de bâtiments abattus, tout un ensemble où la nature a commencé à s'installer. 

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    une poule d'eau aménage son nid 

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    le ruisseau est plein de grenouilles 

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    des nénuphars poussent dans une des cuves 

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    un saule dans une autre 

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    et les poissons sont bien mignons 

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    encore une belle découverte!

  • O comme Odette

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    Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l'était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

    Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

    Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l'accablait. Elle était incapable d'expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

    On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l'ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

    Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

    Ou d'autres fois, c'est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

    Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s'inquiéter. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • N comme Nathalie

    Il y avait bien eu ce faire-part affiché à la vitrine, il y avait bien eu ces jours où personne ne décrochait le téléphone. 

    Pourtant en voyant ses yeux tristes, l'Adrienne n'avait pas encore deviné. Ça ne va pas? a-t-elle demandé. Non, ça n'allait pas, elle venait de perdre sa maman, une quinzaine de jours auparavant. 

    Alors tout lui pesait, la chaleur des jours et des nuits, l'ambiance festive des soirs d'été où elle entendait de sa terrasse l'animation du centre, la musique, les chants. 

    Et puis, dit-elle, avec les clients, il faut chaque fois répondre à la question et raconter la même histoire. C'est pour ça, dit l'Adrienne, que je ne demande rien. Vous me racontez juste si vous en avez envie... 

    Et cette simple phrase a déclenché tout le flot, banal et triste, d'une maman qui meurt trop vite, trop inopinément, trop jeune, trop indispensable, avec trop de choses à vivre et à faire encore. 

    Vous voyez bien, dit l'Adrienne en sortant de là avec quelques centimètres de cheveux en moins, qu'il faut profiter de chaque instant. Oui, a répondu Nathalie, et elle a souri. 

    coiffeur

     

  • M comme mec

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    - Qu'est-ce que tu en penses? m'a demandé Jenny. 

    Elle tenait dans sa paume ouverte un bijou en forme d'ananas qu'elle avait épinglé sur son manteau. 

    - Tu crois que ça a de la valeur? 

    Sa question m'embêtait. Que pouvait bien avoir coûté cette petite mosaïque de fausses pierres précieuses? Et quelle valeur sentimentale y attachait-elle? 

    - C'est ton amoureux qui te l'a offert? j'ai dit, pour éluder prudemment sa question. 

    Ses quarante-huit ans ne l'ont pas empêchée de devenir toute rose. 

    - Oui, hier soir... Tu penses que c'est sérieux? Que c'est bon signe? 

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     - Ecoute, j'ai dit, c'est difficile de se faire une idée, comme ça... D'abord, je ne l'ai jamais vu... 

    J'ai tout de suite regretté cette parole imprudente. Et si elle allait vouloir me le présenter? Non, non! Il ne pouvait en être question. 

    - Qu'est-ce qu'il aime, dans la vie? j'ai rapidement enchaîné, me disant qu'elle allait se mettre à parler de lui et oublier ma sotte remarque. 

    - Les Romains! Enfin, la Rome antique, tu vois ce que je veux dire? Il collectionne tout ce qui s'y rapporte, en miniature, évidemment, les empereurs, les monuments, les soldats, tout, quoi! 

    - Ah! j'ai fait. 

    Et c'est tout ce que j'ai réussi à dire. Pas de doute possible, c'était bien lui. 

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    On était attablées à la Casa del Güey (1), à attendre notre pastel de elote. Heureusement, l'amour ne coupait pas l'appétit de Jenny et on pouvait continuer à aller se gaver de pâtisseries mexicaines chaque samedi après-midi. 

    - Et tu le revois quand? je lui ai demandé. 

    C'est là que j'ai senti le problème. Elle a hésité, a baissé la tête. 

    - Tu crois que la broche est un cadeau d'adieu? 

    Comment lui dire sans me trahir que c'est exactement ce qu'il faisait à chaque fois? 

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=awCZRIepB8M güey, ce sont les quatre lettres visibles à l'enseigne sur le tableau de Hopper c'est de l'argot mexicain pour mec 

    Les trois photos sont les consignes d'écriture des Plumes d'ici et d'ailleurs, que je remercie!

  • L comme laatbloeier

    C'était fin juin chez Colo, à propos d'un livre qu'on lui avait offert, Lost in translation, dans lequel l'auteur avait réuni des mots d'un peu partout dans le monde et qui, en traduction, n'avaient pas d'équivalent parfait, ce qui fait qu'on a besoin d'en donner la définition. 

    lost.jpg

    source et info ici 

    Ce genre de chose m'arrive souvent, entre le français et le néerlandais. Prenez par exemple le mot "laatbloeier". Au départ, il s'utilise en botanique: il désigne une plante, un arbuste, à floraison tardive. 

    Mais on l'emploie aussi pour des humains. "Een laatbloeier", c'est quelqu'un qui, dans le domaine qui est le sien, n'a donné sa pleine mesure qu'à son âge mûr. Ou tout au moins une fois passé trente ans. 

    La presse flamande a utilisé ce terme pour notre roi Philippe, een laatbloeier: lui qu'on avait toujours trouvé un peu gauche, effacé, discret, mal à l'aise, se montrait tout à coup excellent dans son nouveau rôle. 

     

  • K comme KKK

    K comme Kristien! (1) 

    Madame a eu ses fils en classe et l'a revue de temps en temps, à une expo ou un concert. Elles se sont découvert des goûts communs. Celui de la musique, par exemple. Alors quand un jour Madame a évoqué son regret de ne jamais avoir appris à jouer du piano, Kristien a mis en marche le plan A: Amener Madame à s'inscrire à l'Académie de musique. 

    K comme Kristien (2) 

    - Qui tu me recommandes comme prof de piano? 

    - Demande Kristien! a répondu Kristien. C'est elle la meilleure. 

    C'est ainsi que Madame a rajouté une Kristien à sa liste. 

    K comme Kristien (3) 

    Restait à trouver un piano. 

    - Pas de problème! s'exclame la troisième Kristien, une gentille collègue de Madame, j'en ai un qui ne sert à personne, je te le prête. 

    C'est ainsi que Madame a fait la connaissance de "son" Roland. 

    L'autre matin, le téléphone sonne (4) 

    - Je voudrais recommencer le piano, dit Kristien numéro 3. Mais ne t'inquiète pas, tu peux le garder, j'en ai un autre. Ce que je voudrais, c'est que tu m'aides à reprendre... 

    Là, Madame a bien rigolé: elle qui n'a fait qu'un an de piano devrait servir de prof à quelqu'un qui a suivi des cours pendant de nombreuses années? même si c'est il y a TROIS ans? 

    Bref, Kristien est venue chez Madame, s'est mise au piano, et au bout d'une demi-heure l'a refermé toute contente: 

    - Ça va aller, je pense! Merci! 

    Il y a tout de même des gens qui sont incroyables tongue-out 

     *** 

    (1) (2) (3) prononcer Christine, tout simplement 

    (4) GRAND événement dans la vie de Madame: tout le monde sait qu'elle déteste ça et communique avec elle par mail 

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    piano décoré pour la fête de l'académie de ma ville, juin 2017

  • J comme Jasper

    D'abord, il y a eu Katia. Belle et compétente. 

    Puis, il y eu Jo. Beau brun ténébreux qui n'avait pas peur de s'investir à fond. 

    Après il y a eu Sara mais celle-là on préfère l'oublier. 

    Enfin, il y a eu Jasper. 

    Tout ça en deux ans, à peu près. La première est devenue directrice du centre PMS où elle travaillait, le second a cherché et trouvé un autre job, la troisième s'est fait renvoyer... et le dernier aura une nouvelle affectation en septembre prochain. 

    Parce que notre ministre de l'enseignement a encore trouvé un moyen de faire des économies et a rayé la présence d'auxiliaires (psychologue ou assistant social) dans nos écoles. Désormais, si on a besoin d'eux (!!!) il faudra prendre des rendez-vous, passer en conseil pour vérifier à qui il convient de confier le boulot et si tout va bien l'élève finira par être aidé. 

    Autant dire qu'on fera encore plus nous-mêmes. 

    Pourtant, on l'aimait bien, Jasper. Il disait tout ce qu'il pensait. 

    Par exemple: 

    - Tu as une drôle de façon de te nourrir! 

    (parce que Madame mange son plat froid à midi) 

    - Qu'est-ce qui te rend si heureuse? 

    (parce que Madame chante en entrant dans le bureau) 

    - Sans blague! tu es déjà si âgée? tu as presque l'âge de ma mère! 

    Bref, un mec sympa que tout le bureau des coordinatrices a rapidement adopté. 

    Il nous manquera. 

    prof,école,élève

    bientôt le navire enseignement devra naviguer tout seul: la pénurie de profs ne fait qu'augmenter, et nous avons plus de six places vacantes à pourvoir d'ici septembre...  

    (photo d'un jeu d'écriture sur www.zulma.fr)

     

  • I comme incipit

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    La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du xxe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens. Et son cours au Collège de France, intitulé « La préparation du roman », s’est soldé par un échec qu’il peut difficilement se dissimuler : toute l’année, il aura parlé à ses étudiants de haïkus japonais, de photographie, de signifiants et de signifiés, de divertissements pascaliens, de garçons de café, de robes de chambre ou de places dans l’amphi – de tout sauf du roman. Et ça va faire trois ans que ça dure. Il sait forcément que le cours lui-même n’est qu’une manœuvre dilatoire pour repousser le moment de commencer une œuvre vraiment littéraire, c’est-à-dire qui rende justice à l’écrivain hypersensible qui sommeille en lui et qui, de l’avis de tous, a commencé à bourgeonner dans ses Fragments d’un discours amoureux, déjà la bible des moins de vingt-cinq ans. De Sainte-Beuve à Proust, il est temps de muer et de prendre la place qui lui revient au panthéon des écrivains. Maman est morte : depuis Le Degré zéro de l’écriture, la boucle est bouclée. L’heure est venue. 

    Laurent Binet, La septième fonction du langage, Grasset 2015, p.9-10 (incipit) - info, source de la photo et extrait plus long ici 

    *** 

    C'est à la fois drôle et érudit, ça tient en haleine, ça divertit, ça donne envie de retrouver ses notes de cours sur Ferdinand De Saussure et de relire Roland Barthes d'un œil neuf tongue-out, bref j'essaie de faire durer un peu les 495 pages de ce bouquin que je viens seulement de commencer... mais je suis déjà conquise cool 

    Dans une autre vie, Laurent Binet a été prof, comme on peut le lire ici. Et en découvrant cet article, on ne peut qu'être content pour lui d'avoir trouvé une place - et une place bien meilleure - en dehors des mesquineries de l'enseignement... 

  • H comme histoire

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    - Plus vite, plus vite, crie Gaius, nous allons arriver trop tard!

    Là-bas, sur la plage de Neapolis, des gens sont massés et attendent ils ne savent trop quoi, dans l'anxiété.

    - Mais rame! rame! éructe Gaius dans une dernière quinte de toux qui lui sera fatale.

    Quelle idée aussi de s'aventurer sous ce nuage de poussières quand on est asthmatique...

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    Dix-sept siècles plus tard, c'est au tour de François-René d'aller faire du journalisme d'investigation scientifique en Italie. Ou appelez ça autrement, c'est comme vous voulez.

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    Il y accompagne un certain Joseph Fesch, qui, croyez-le ou non, est le tonton à Napoléon. Selon que vous soyez auteur ou victime, vous adopterez à son propos une des deux phrases suivantes: 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence une collection de tableaux appelée à devenir l'une des plus riches de France voire d'Europe." 

    ou 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence à voler tous les tableaux qui lui semblent avoir quelque valeur, de sorte qu'aujourd'hui la France a une des plus riches collections qui soient."

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    Ce tableau-ci, par contre, n'a pas été volé, vu qu'il était accroché dans une église française, fut-elle à Rome. Pour le voir, il suffit de glisser quelques pièces de monnaie dans le dispositif qui vous donnera un instant d'éclairage. Ou si vous n'avez pas de monnaie, d'attendre qu'un autre touriste le fasse.

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    Finalement, François-René n'est pas resté plus de six mois à Rome, le Cardinal ayant demandé son renvoi. Il y revient en 1828 comme ambassadeur de France.

    - San Stefano di Sessanio, dit-il d'un air songeur, appuyé à la monumentale cheminée de marbre gris, ça ne serait pas ce village de Calabre où cet imbécile de Paul-Louis a cru vivre ses dernières heures?

    - Je ne crois pas, Votre Excellence, c'est dans les Abruzzes, il me semble...

    - Calabre, Abruzzes, c'est chou vert et vert chou, déclare l'ambassadeur, qui n'aime pas être pris en défaut.

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    Et pour couper court à de nouvelles remarques de son secrétaire, il s'exclame:

    - Bientôt sept heures et demie! Je n'ai que juste le temps de me préparer pour la réception de ce soir!

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    ces images sont proposées à l'écriture sur le site des Plumes d'ici et d'ailleurs (première semaine)

  • G comme gourmandise

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    C'est seulement en arrivant à quelques mètres de son bateau qu'il a aperçu les coquelicots peints tout le long du bastingage. 

    Décidément, Laura exagérait! Après avoir "amélioré" le conditionnement des marchandises – non, ce n'était pas du sucre en poudre, comme il le lui avait fait croire – installé des plantes naines sur le pont arrière, remplacé sa vieille timbale par des tasses de porcelaine rose pastel – dans lesquelles elle ne servait que des tisanes insipides – défendu qu'il garde ses souliers aux pieds dès qu'il montait sur le bateau – son propre bateau! - elle prétendait maintenant lui faire traverser les trois cent dix-huit kilomètres de Marseille à Ajaccio dans un bateau peinturluré comme une camionnette VW de hippies?

    - Il n'y avait plus de sucre dans ton armoire, dit-elle  en l'accueillant de son air le plus câlin, alors comme je voulais te faire la surprise d'une mousse au chocolat, j'ai ouvert un des paquets qui sont dans la cale... 

    *** 

    écrit pour la proposition 149 d'Ecriture créative 
    avec les mots imposés suivants: 

    bastingage - coquelicot - poudre - conditionnement - gourmandise - nain(e) - timbale - huit - soulier - insipide

     

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    ceci n'est pas une camionnette VW de hippies mais le véhicule d'un fournisseur de châteaux en Espagne tongue-out 

  • F comme fin fond

    Fin de l'année: Madame a besoin d'un moment de transition entre l'école et les vacances. Aussi passe-t-elle chaque avant-midi "au bureau", à mettre de l'ordre dans son travail administratif. 

    Dans le couloir, sur une énorme table, sont disposées les brochures d'information pour les études supérieures. 

    - Il me faudrait une ou deux boites pour les ranger, dit-elle à Linda, la dame qui entretient le rez-de-chaussée. 

    - Va donc voir à la cave, tu en trouveras sûrement avec les vieux cartons! 

    Voilà une injonction qui fait plaisir à Madame: enfin un alibi pour partir en exploration dans les sous-sols de l'école! 

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    De longs couloirs sombres au carrelage abîmé, 

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    suivis par d'autres couloirs,  

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    on finit par ne plus savoir où on est, heureusement il y a là aussi des plans d'évacuation
    pour les Madames qui se perdraient pendant leurs explorations tongue-out 

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    on aimerait savoir qui a abandonné là son vieux vélo 

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    ou cette barbie géante  

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    Dans un autre couloir, on entend s'ouvrir une porte, tourner une clé 
    - C'est moi! prévient Madame en voyant sortir Sandra, la dame qui entretient le deuxième étage. 
    Encore un mystère à élucider, se dit Madame, que fait Sandra dans cette pièce du sous-sol fermée à clé? 
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    On s'invente divers scénarios et pendant que l'imagination travaille, on tombe sur ceci: 

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  • 7 preuves

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    Je viens seulement de le découvrir 

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    et par le plus grand des hasards 

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    alors que j'habite ici depuis quatre ans 

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    et qu'en plus c'est la ville qui m'a vue naître 

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    mais juste derrière l'académie de musique 

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    en suivant le ruisseau et une famille de canards 

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    je me suis retrouvée en pleine nature! 

     

  • E comme épilogue

    Vous me demandez pourquoi je ne donne pas d'interviews. Vous me demandez pourquoi je n'aime pas faire le récit de cette histoire. Si moi-même je n'arrive toujours pas à y croire, comment le pourriez-vous? (...) Voyez-vous, nous étions huit sur ce bateau. Juste huit. Avec une seule bouée de sauvetage. 

    Je les voyais tous les jours. A la télévision, en photo dans les journaux, j'entendais leurs voix à la radio. Pourtant, je n'ai jamais fait attention. Je n'ai pas tendu la main. Pas avant ce jour en mer. 

    Quarante-sept. Nous en avons sauvé quarante-sept. Nous n'avons pas pu les sauver tous. 

    Je n'ai pas voulu jouer au héros. Quand je repense à cette journée, je me sens minuscule. Insignifiant. Je me souviens seulement des mains agrippées aux miennes, des doigts soudés. Je me souviens aussi des mains qui ont glissé, disparues à jamais. 

    Les cauchemars reviennent en rampant. Les mains huileuses et glissantes disparaissant sous l'eau. Les cris bestiaux que j'avais pris pour des mouettes, assourdis puis étouffés par les vagues. Ces cauchemars nous hantent tous les huit. 

    J'étais en mer ce jour-là. Demain, je serai en mer de nouveau. Cela arrivera encore, un autre jour, un autre bateau. (...) 

    Emma-Jane Kirby, L'opticien de Lampedusa, éd. Equateurs, 2016, Epilogue (p.165-166). Traduit de l'anglais par Mathias Mézard. 

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    Et mardi matin je lis dans la presse que l'Autriche va renforcer les contrôles militaires à la frontière, 750 soldats et quatre blindés: que l'Italie se démerde toute seule avec ses réfugiés!

  • D comme déluge

    Fin juin, après une énième journée caniculaire passée à espérer la pluie, le ciel est tout à coup devenu jaune - alors que le soleil était déjà couché - et un peu d'eau est enfin tombée. 

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    C'était tout à fait spectaculaire et surprenant! 

    Malheureusement, huit jours plus tard les pelouses sont toujours jaunes elles aussi...

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    "pelouse" ostendaise 

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    pelouse de l'Adrienne...
    seul avantage, il n'a fallu que trois tontes cette saison: une en février, une en mars et une en avril...  

     

  • C comme Carmine Menna

    S'il était vrai que chaque vie humaine a la même valeur, laisserait-on des milliers de gens - hommes, femmes, enfants - mourir sur le chemin de l'exil? 

    Si sauver une vie humaine, quand il s'agit de la vie d'un voyageur de la gare Centrale, fait de vous un héros qui reçoit des félicitations, pourquoi sauver 118 vies en Méditerranée vous vaut des sarcasmes et du cynisme? 

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    source et info ici 

    "Je ne sais comment vous décrire cette scène. Lorsque notre bateau s'est approché de ce vacarme. Je ne suis pas sûr d'y arriver. Vous ne pouvez comprendre: vous n'y étiez pas. Vous ne pouvez pas comprendre. On aurait dit des cris de mouettes. Oui, c'est ça. Des mouettes qui se chamaillaient autour d'une belle prise. Des oiseaux. De simples oiseaux. 

    (...) Jamais je n'ai vu autant de personnes dans l'eau. Tant de corps se débattre, de mains attraper le vide, de poings frapper l'air, de visages noirs happés par les vagues avant de ressurgir à la surface. Le souffle court, ils appellent, s'étouffent, hurlent. Mon Dieu, ces cris stridents! Je vois la mer bouillonnante les envelopper. Je les vois résister, les mains écartées, serrés les uns contre les autres, cramponnés au moindre morceau de bois, luttant à mort pour ne pas être engloutis. (...) Ils se noient sous mes yeux et je n'ai qu'une question en tête: comment les sauver tous? 

    Je ressens encore la pression de la première main que j'ai saisie. L'empreinte des doigts scellés aux miens, le frottement de l'os contre l'os, la contraction des muscles et le sang affluant dans les veines du poignet. La force de cette emprise! Ma main soudée à celle d'un étranger par un lien plus puissant, plus intime qu'un cordon ombilical. Mon corps entier ébranlé lorsque j'ai hissé son torse nu hors de l'eau." 

    Emma-Jane Kirby, L'opticien de Lampedusa, éd. Equateurs, 2016, début du Prologue. Traduit de l'anglais par Mathias Mézard. 

    Une lecture que je recommande. 

    Avant le livre, il y a eu le reportage; Emma-Jane Kirby est journaliste. 

    Un article sur Carmine Menna, à l'occasion du 3e anniversaire de ce sauvetage. 

    Et les mêmes émotions chez les membres de l'équipage de la frégate Louise-Marie, qui ont sauvé 118 personnes jeudi dernier.

  • B comme bon voyage

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    Elle passe et repasse dans le couloir, la taille cambrée, ses jolies fesses bien moulées dans une robe blanche. Elle se penche légèrement à une fenêtre ouverte pour faire voleter son foulard rose sur ses épaules nues. Ses élégantes chaussures, blanches aussi, évidemment, la grandissent de douze centimètres: c'est peut-être peu pratique pour voyager, mais c'est absolument indispensable, pense-t-elle, tout comme la blondeur qu'elle a mise dans ses cheveux et l'échancrure de son corsage. 

    Oui, elle a de grands projets. 

    Dans sa main gauche, elle serre le livre qui lui a donné l'idée de ce voyage en Russie: La madone des sleepings

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • Adrienne est choquée

    Hier, l'Adrienne était à l'enterrement d'une ancienne élève. Une jeune femme de 27 ans. L'église était bondée et bien qu'elle soit arrivée un gros quart d'heure à l'avance, elle a dû rester debout. Il y avait foule jusque dehors, sur le parvis. 

    Assises côte à côte sur toute une rangée, il y avait les meilleures amies du temps de l'école, accompagnées de leur conjoint. 

    Six personnes qui, pendant la cérémonie, tapotaient leur smartphone pour dire sur fb combien elles ont de la peine pour la pauvre Cynthia. 

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    photo prise le 29 juin où dans le jardin tout desséché de l'Adrienne a poussé ce merveilleux pavot rose