U comme une vie

h11.JPG

On aurait peur de dire à Maria que ses fleurs sont "bellissime", il faut aussitôt qu'elle vous en offre. Alice le sait, pourtant elle n'y a pas pensé quand elle s'est spontanément exclamée que ses roses étaient magnifiques. Maria lui a répondu "Aspetta!" et a sorti son sécateur de la poche de son grand tablier de jardin. 

Alice n'a pas de vase et remplit une carafe dans sa cuisine. 

Puis elle oublie d'y mettre les fleurs.  

h12.JPG

Elle a un peu recoupé la photo qu'Ugo a prise d'elle et l'a collée dans son carnet à spirale. Elle s'observe. Comme sur la photo, elle se retient de rire. Il lui avait enroulé ses longs cheveux sous une sorte de bonnet au crochet et fait retomber une mèche sur le côté. La visière lui descendait sur l'oreille. De l'autre côté il lui avait fait mettre une grande boucle d'oreille et dans les larges mailles de ce drôle de couvre-chef, il avait encore piqué une plume orange et un oiseau de papier multicolore. Elle s'était laissé faire sans rien demander, son italien n'était pas encore assez bon pour ce genre de conversation. 

Finalement, elle était assez contente du résultat. 

Elle espérait que lui aussi... 

h13.JPG

Un mois déjà qu'elle est installée à Rome. Le temps file! Elle se dit qu'elle ne se lassera jamais de ce pays, de ses odeurs, de ses bruits, de sa cuisine, de son soleil, de ses habitants. Elle se dit que c'est ici qu'elle aurait dû naître. Elle se dit que si on peut adopter un enfant, on devrait aussi pouvoir adopter une maman. Elle aimerait bien être la fille de Maria.

Il faudra qu'avant six mois elle ait trouvé quelque chose de stable. Un vrai travail.

Ce ne sera pas évident. Tant de jeunes galèrent dans ce pays, ou s'expatrient. 

h14.JPG

Le lendemain, elle a sa mère au téléphone:

- Bon anniversaire, ma chérie! Tu as bien reçu ton paquet?

Oui, elle l'a reçu. Sa mère croit apparemment que la France lui manque et lui a envoyé le dernier Sollers, des galettes Saint-Michel, un mirliton, une petite bouteille de sirop de violettes...

Encore un malentendu! 

h15.JPG

Elle passe beaucoup d'heures dans les musées. Elle dessine, elle prend des notes. Elle ne voit pas le temps passer et n'entend même plus ce que débitent les guides... ou les visiteurs. Elle se demande quand elle trouvera son propre style. Elle ne sait pas qu'elle le possède déjà. 

h16.png

Elle se promène beaucoup aussi. Elle explore. Elle s'installe devant une vieille maison aux volets fermés, sort son matériel d'aquarelliste. Tout en peignant, elle imagine qui y a vécu. Qui l'a construite. Qui y est né et mort. Parfois la maison n'est pas vide: un volet s'ouvre, une vieille dame sort, vient voir l'oeuvre en cours. Parfois Alice lui offre son travail. 

h17.JPG

Son modèle préféré, c'est Antonio, le mari de Maria. Inutile de lui demander de ne pas bouger, il s'assoupit dès qu'il s'assied. Il peut rester des heures à contempler le bout de ses baskets. 

Alice essaie de restituer toute la dignité de l'homme même si on devine le mal qui lui ronge le cerveau. 

Il faudrait voir, dit Maria, comme il était bel homme! Et elle va dans leur chambre à coucher, décroche la photo de leur mariage. "Guarda!" dit-elle. On sent tout l'amour et la fierté pour cet homme qu'aujourd'hui elle doit laver et habiller comme un enfant. 

*** 

merci aux Plumes d'ici et d'ailleurs
pour les consignes et photos quotidiennes 
tout l'été! 

celles-ci sont de la semaine du 11 au 17 juillet

Commentaires

  • merci Mme Chapeau!

  • Effectivement une mine pour écrire des textes, ce site. Une belle mise en route pour cette tranche de vie qui mériterait de s'épaissir...

  • c'est vrai, malheureusement la suite des photos ne convenait plus du tout à l'histoire ou aux personnages

  • je ne vois pas de qui tu parles, je ne connais qu'une Adriana (Karembeu) et il n'y a aucun risque que je lui ressemble (je n'ai pas ce genre de rêve, d'ailleurs ;-))

  • Je pensais qu'Adriana était une Adrienne italienne...

  • ah oui bien sûr, je vais toujours chercher trop loin :-)

  • Jeune j'aimais particulièrement l'Italie ! je m'y rendais souvent, il me semblait que j'aurai pu y vivre à l'époque :-)

  • oh oui, je le pense chaque fois, sauf en ce qui concerne l'aspect administratif ;-)

  • Oh que j'adore ça! Que c'est beau, juteux comme un fruit mûr, avec une odeur d'épices et des rires italiens un peu partout. J'adore vraiment merci!

  • merci pour ce gentil commentaire, Edmée, ça fait plaisir :-)

  • C'est magnifique. J'ai cru lire un extrait d'un bouquin.
    Je me vois, si bien, fréquentant les musées pour y peindre les oeuvres émouvantes que je caresse des yeux. J'aime tant les musées.
    Je me verrai bien, moi aussi, adoptée par Maria.
    Je m'oublie parfois dans mes actions, dommage pour les fleurs oubliées, mais je suis sûre que, en douce, tu les as glissées dans la cruche de verre, une fois que Maria était passée dans la pièce d'à côté ! ;)

  • ah oui, pas question de laisser mourir des fleurs :-) c'est pour ça que j'en coupe si peu, elles durent plus longtemps au jardin

  • Bravo pour la mise en page et l'enchaînement. Serait il possible de le mettre sur le blog des plumes. Merci aussi pour ces commentaires ! A bientôt pour un nouveau défi
    Les plumes

  • mais... tout ça a été mis sur le blog des Plumes! petit bout par petit bout, sous chaque photo le bout de texte qui s'y rapporte :-)

  • Comme Edmée j'ai adoré cette histoire, sensuelle et joyeuse.
    merci dame Adrienne.

  • merci à toi pour l'appréciation, chère Colo :-)

  • J'ai été touchée par Antonio, assis sur son banc et par le fait que Maria le voie encore avec les yeux d'avant !

  • je pense qu'au fil des ans, les images se superposent et que nous continuons à voir ce qui a été ;-)

Écrire un commentaire

Optionnel