• 22 rencontres (2bis)

    - Le cash, ce n'est pas un problème! 

    Bizarre, pense Madame, qu'il me dise ça pour la deuxième fois, d'autant plus qu'il ne travaille pas - sauf qu'il fait parfois le laveur de vitres - et qu'il est endetté jusqu'au cou. 

    Il parle de ses diverses dépendances - il a arrêté l'alcool il y a quelques mois et il remplace le speed par du valium

    Il parle de sa solitude. 

    - Mes sœurs, dit-il, ne me téléphonent jamais. Ma mère est froide comme un frigo. Avec mon père tout va bien, on ne se parle plus. 

    Pourtant je suis sûre qu'ils t'aiment, dit Madame. 

    - Vingt ans à faire le con, c'est normal qu'on se méfie de moi, dit-il. Mes sœurs ont peur que je me pointe aux fêtes de famille rond comme un boulon. Mais jamais mes neveux et nièces ne m'ont vu saoul! 

    Son truc, c'est la musique. Il compose, chante, enregistre sur SoundCloud, envoie les liens et Madame se fait un devoir de tout écouter jusqu'au bout. Ce n'est pas du Mozart, bien qu'il ait le même prénom, dans sa forme germanique. 

    - C'est vous qui m'avez appris le français, dit-il à chaque fois. 

    Alors Madame rit: s'il l'a appris, c'était drôlement à contrecœur. Elle a encore en sa possession une petite latte au dos de laquelle il avait noté les verbes et conjonctions qui demandent le subjonctif. 

    - Hier j'ai sauvé un pigeon, raconte-t-il avec fierté, et je lui parle en français. 

    Voilà qui serait intéressant à entendre kiss surtout que ce pigeon vient de Geel tongue-out 

    Début août, il invite Madame à chanter ceci avec lui: 

     

    Il fait à Madame de drôles de compliments, mais elle s'en accommode: 

    - Vous, je vous aime bien, vous êtes un peu folle. 

     

     

  • R comme regrets

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    Mardi soir, une journaliste du Standaard lançait sa question d'enquête et invitait les internautes à y répondre: "Qu'est-ce que vous regrettez?

    On a évidemment droit aux réponses classiques, je regrette d'être trop comme ceci, pas assez comme cela, d'avoir fait ou pas fait... et toutes les autres philosophies de comptoir, jusqu'au "je regrette d'avoir des regrets". 

    Voilà, tout est dit: n'en ayons pas cool 

    *** 

    photo prise à la Journée du Patrimoine 
    et qui reviendra peut-être à la lettre V 
    V comme vertige 
    tongue-out

  • 20 miracles de la nature (10)

    En rentrant de voyage à la mi-août, j'ai trouvé certaines plantes complètement noyées et puis celle-ci, qui n'avait pas reçu une seule goutte d'eau: l'orchidée à laquelle je tiens le plus, évidemment, celle qui me parle tous les jours de François. 

    Ses racines n'étaient plus que de la paille sèche, ses feuilles molles et brunes, sauf une minuscule au cœur de la plante. 

    L'Opération Sauvetage d'Urgence a été mise en branle... 

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    Couper tout ce qui est mort, rempoter, baigner quotidiennement, bien égoutter: le premier septembre elle remontre un premier signe de vie... 

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    Le dix septembre, elle bourgeonne de partout 

    kiss 

    Ce dix-huit septembre, François aurait eu 30 ans. J'aurais préféré que la science ait pu faire pour lui ce que moi j'ai fait pour son orchidée... 

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • O comme ordre du monde

    Je ne connaissais pas Metin Arditi. La quatrième de couverture le présente comme "un auteur francophone d'origine turque". Une petite recherche internet me dit qu'il est Suisse, Genevois. 

    On peut s'interroger sur cette différence de qualification. Sans doute que "francophone d'origine turque" est plus vendeur que Suisse. C'est comme ça, la francophonie, mais soit... 

    L'enfant qui mesurait le monde : cliquez sur le lien pour lire l'article, je ne pourrais pas mieux dire. Aussi n'en dirai-je rien cool 

    On peut lire les premières pages du livre ici

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    Je vous le conseille vivement

  • M comme mille euros

    Chaque année à la fin du mois de septembre, tous les élèves - qu'ils le veuillent ou non - participent au cross de l'école. Chaque année, on se bagarre dur pour les places du podium et on souffre beaucoup à l'arrière du peloton. 
    Chaque année, Madame recueille un plein sac de "choses précieuses" dont elle prend soin pendant que ses élèves galopent leurs kilomètres: des clés de moto, des portefeuilles, des smartphone. 
    Il y a quelques années déjà, des élèves s'étaient écriés, à la vue de certains de ces petits objets: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un portable de 500 €! 
    D'ici peu, on s'écriera: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un Iphone de plus de mille euros! 

  • L comme langue et liens

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    La Canadienne Québécoise (et inversement) Iris Boudreau est à Bruxelles où elle a déjà finement observé mes compatriotes cool  

    Dessin et vidéo sur son blog

  • K comme kurk et knal

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    Pourquoi faudrait-il se plier à l'étiquette 

    et se priver du plaisir de faire sauter un bouchon? 

    Kurken knallen... 

    Voici l'instant magique 

    juste avant les bulles 

    cool 

    photo prise l'autre week-end 

    chez ma carissima nipotina 

    *** 

    et toujours je repense à mon père 

    qui n'était satisfait que lorsque le bouchon 

    n'avait émis qu'à peine un faible chuintement 

    ...

     

  • J comme jargon

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    Beaucoup de gens, déclare le spécialiste consulté, se plaignent d'un manque d'hygiène conversationnelle... 

    Faut que je note ça pour ne pas l'oublier, se dit l'Adrienne. 

    Un manque d'hygiène conversationnelle, elle n'est pas sûre d'avoir bien compris ce que ça voulait dire mais elle devine que c'est un bel euphémisme. 

    Bref, les pédagogues d'aujourd'hui ont leur jargon comme les médecins de Molière, et la préciosité n'a pas pris fin avec le 17e siècle: aujourd'hui plus que jamais on se doit de remplacer par des tournures alambiquées les mots jugés "bas". 

    Comme ragots, cancans, commérages et racontars, par exemple. 

    *** 

    photo prise à l'Hôpital Notre-Dame à la Rose

     

     

     

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • H comme helkiase

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    Dans les couvents aussi l'argent était le nerf de la guerre et si des religieuses ont pu y avoir une "carrière" - chose inaccessible aux autres femmes de leur époque - c'était généralement à condition d'être "bien nées" et d'apporter une dot.

    C'est ainsi que certaines ont pu devenir femmes de pouvoir ou femmes de sciences, à une époque où une jeune fille pouvait s'estimer privilégiée si on lui permettait d'apprendre une langue, un instrument jugé "féminin" comme la harpe ou le piano et la peinture de fleurs à l'aquarelle. 

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    Sœur Marie-Rose (née Zélie Carouy) est une de ces femmes intelligentes et avisées. Vers 1898, elle crée un remède appelé helkiase dont l'efficacité antiseptique semble faire l'unanimité: le musée a conservé toute une collection de lettres de remerciements reçues de patients du monde entier. 

    La commercialisation de sa découverte lui permet de remettre à flot les caisses de l'hôpital. Ci-dessous, une des plaques publicitaires vantant le produit: 

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    C'est un produit désinfectant et cicatrisant qui sera utilisé de la fin du 19e siècle jusque vers le milieu du 20e. 

    Aujourd'hui, Belgique oblige, la buvette du musée sert une bière de ce nom, produite spécialement par la brasserie Dupont tongue-out 

  • G comme grand amour

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    En voyant la consigne du Défi du samedi, je me suis demandé pourquoi on avait qualifié l'envahisseur allemand de "doryphore". 

    C'est un terme que mon grand-père n'utilisait pas, peut-être que la vue de l'Allemagne dévastée avait eu sur lui l'effet thérapeutique nécessaire au pardon. 

    Par contre, je constate que le terme est réutilisé de nos jours: 

    Parigots, doryphores et têtes de veau 

    Selon un sondage publié par Marianne (mars 2011), les Français trouvent les Parisiens pas sympas (57%), pas accueillants, pas souriants (71%), snobs (71%), arrogants (66%), pas respectueux de l'environnement, pas drôles (81%), pas épanouis (61%), toujours stressés (91%), pressés (93%). (...) 

    Aujourd'hui, en Centre Bretagne, le doryphore, c'est le Parisien. En région marseillaise aussi où il est vécu en envahisseur. "Il se la pète et il est ladre, il n'a pas l'esprit du sud", entend-on souvent. (...) 

    Encore une preuve que le locuteur natif ne cesse de recycler son vocabulaire... 

    Pour ce qui est des autres conclusions à en tirer, je vous laisse juger par vous-mêmes tongue-out

     

     

     

  • F comme fainéant

    prof,école,élève

    Fainéant, paresseux, voilà des mots qui sont absolument interdits dans le contexte scolaire. 

    Fin juin, quand I*** a reçu son carnet de notes, sa maman a été très fâchée qu'il n'ait pas réussi sa sixième (sa Terminale). 

    Pas fâchée contre son fils, bien sûr, mais contre l'école: le conseil de classe aurait dû le délibérer. 

    - Oui, dit Madame la coordinatrice (1), mais sur quelle base? 

    Quatre ans déjà que la maman sort le même argument: I*** est intelligent et n'a jamais eu besoin d'étudier pour réussir. Quatre ans que les profs lui disent qu'à force de ne rien faire, il n'acquiert aucune base (en maths, en langues, en économie) et ne développe aucune méthode de travail. 

    Bref, au bout d'une heure et demie d'entretien, la maman a fini par lâcher un "I*** n'est pas prêt, mentalement, pour passer dans le supérieur", ce qui équivalait à un aveu complet et à un accord avec la décision du conseil de classe. 

    *** 

    Donc I*** redouble et cette année Madame a la joie de l'avoir dans sa classe. 

    Il n'a pas fait son premier devoir écrit. 

    Il n'a pas préparé son oral. 

    Fainéant? Paresseux? 

    Oh non! il n'a sans doute jamais eu besoin de travailler pour réussir. 

    Il est tellement intelligent tongue-out 

    *** 

    - Je n'aime pas le français, dit-il à Madame après trois heures passées avec elle, mais toi je t'aime! 

    Madame a bien peur que ça ne suffise pas pour réussir. 

    Et prévoit un petit cours de rattrapage sur le vouvoiement et le tutoiement tongue-out 

    *** 

    (1) parce que pour des discussions de ce genre, la direction se débine et délègue à Madame 

    (2) je demande pardon au chat de l'hôpital Notre-Dame à la Rose de l'avoir choisi pour illustrer ce billet, tout rapport entre lui et I*** est absolument inexistant tongue-out

     

     

     

  • 7 fois la Dendre

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     Quand la Dendre était plus égout que rivière, elle passait par les quartiers les plus pauvres, 

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     servait au transport et à l'industrie. Aujourd'hui qu'elle est propre et verte

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    elle intéresse le beau monde et les promoteurs,  

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    fait la joie des cyclistes et des canards. 

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    A quoi sais-tu que tu es en Wallonie? 

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    Tous ceux que tu rencontres te disent bonjour 

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    comme si tu étais des leurs. 

    Bref, j'aime la Wallonie 

    comme le chantait un animateur de la télé flamande (Rob) il y a plus de dix ans

    tongue-out 

  • E comme étranger

    devinette, photo, wallonie, belgique

    la photo n'est pas truquée 

    la plaque "étranger" m'a bien fait rire 

    mais où se trouve-t-elle? 

    qui est cet étrange étranger ?

    tongue-out

  • D comme découverte

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    C'est grâce à l'ami P*, celui qui se vante d'avoir vu naître l'Adrienne, sous prétexte qu'il a vingt mois de plus,  

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    qu'elle a enfin visité ce lieu merveilleux 

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    dans la ville natale d'un certain René. tongue-out 

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    Avec son grand jardin 

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    sa ferme 

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    sa glacière 

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    l'hôpital Notre-Dame à la Rose a fonctionné en autarcie dès le 13e siècle. 

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    Certains instruments de torture peuvent effrayer les iatrophobes tongue-out 

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    mais ils ne pourront conclure qu'une chose: quel bonheur de ne pas être né aux siècles précédents (voir par exemple l'intéressante collection d'instruments pour la trépanation ou l'amputation, sans anesthésie bien sûr) 

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  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • B comme Bottes suédoises

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    Pour parler de ce livre, par quel bout commencer? 

    Faire le lien avec le précédent, Les Chaussures italiennes? C'est inutile, ils peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. 

    Faire le lien avec la biographie de l'auteur, dont c'est l'ultime ouvrage? (1) Peut-être n'est-ce pas pertinent de se demander dans quelle mesure auteur et narrateur se confondent quand ils parlent de l'éventualité de leur mort prochaine et de la peur qu'ils en éprouvent. 

    Faire le lien avec l'environnement naturel décrit dans le roman? Le climat nordique, ces rochers où rien ne pousse, cette petite ville portuaire de plus en plus déserte et désolée ajoutent évidemment à l'ambiance générale. 

    Chacun y souffre du même problème, la solitude: l'ancien facteur, qui se mêle de la vie des autres, la femme du restaurant, qui rêve d'un ailleurs, la vieille sur son rocher, dernière survivante de quelques familles de pêcheurs, la veuve de Nordin, mort subitement d'un arrêt cardiaque, la réfugiée polonaise, qui travaille depuis des années à la remise en état d'une vieille bagnole, la jeune journaliste... et le narrateur, même si c'est par choix qu'il vit en reclus sur son île. 

    Lui aussi aimerait revivre un amour, avoir une présence aimante à ses côtés. A 70 ans, il a peur qu'il ne lui reste que peu de temps, même s'il est encore en parfaite santé. 

    Vieillir, c'est s'aventurer sur une glace de moins en moins solide. (p. 255)

    Et puis... et puis, après l'incendie criminel de sa maison, les événements vont s'enchaîner pour nous mener, nous lecteurs, vers une fin beaucoup plus positive qu'on ne l'aurait imaginé. 

    Ce qui me fait conclure que peut-être, s'il en avait eu le temps, Henning Mankell aurait poursuivi par un troisième tome. 

    Moi en tout cas je sais quel titre je lui aurais donné tongue-out  

    *** 

    (1) l'original a paru en 2015 et l'auteur est décédé en octobre cette année-là 

    source de l'image et info ici, sur le site de l'éditeur et les 25 premières pages en lecture ici 

    merci à Margotte et à son challenge nordique 

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  • A comme Arthur

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    Bien souvent je rencontre Madame Arthur et son chien. Madame a toujours sa canne et Arthur est toujours aussi beau. 

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    Aujourd'hui encore, il profite de la promenade pour vagabonder un peu, obligeant Madame Arthur à crier son nom, comme la première fois que je les avais croisés au parc et que j'avais craint le pire

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    Aujourd'hui je sais qu'il a ses rituels, cet arbre-là, ce détour-ci, puis le chemin du retour et hop un petit saut dans la prairie, peu avant de bifurquer vers la maison. 

    C'est là qu'il a mal calculé son coup. Qu'il a oublié son âge. 

    - On dirait qu'il boite, dis-je à Madame Arthur. 

    - Il a mal atterri en sautant. Il a douze ans, vous savez. Et ces chiens-là, normalement ça vit neuf ans, douze est un grand maximum! 

    Je compatis. Je pense à Chien Parfait, unique et irremplaçable, jamais remplacé. 

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    Et je me demande ce que fera Madame Arthur. 

    Sans compter le chagrin qu'elle aura.

  • Premiers signes

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    On n'était qu'à la mi-août, mais une petite pluie les avait tout à coup fait sortir de terre, sous l'allée de chênes menant à l'école... 

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    Puis il y a eu les premières noisettes, les premiers chrysanthèmes et les premiers articles de Noël dans un discount dont je tairai le nom... honte à lui! tongue-out