V comme Véronique

Elle marche vite en longeant le mur. Dans les deux mains serrées sur sa poitrine, elle tient un mouchoir roulé en boule et un objet de forme allongée, protégé par un sachet plastique de récupération. 

Un des soldats l'arrête. C'est une jeune femme. Elle paraît déguisée, cet affreux casque contraste avec ses sourcils épilés, ses yeux soigneusement maquillés. A sa ceinture est accrochée une arme lourde qu'on a du mal à imaginer dans ses mains aux ongles longs et manucurés. 

Mais ce n'est pas un déguisement et l'arme n'est pas un jouet. 

Elle arrête la petite. C'est la routine. 

- Et ça, c'est quoi? demande-t-elle en désignant l'objet. 

Elle le prend. Le sort de son plastique fripé. L'examine sans états d'âme. 

La petite garde la tête baissée. Ne jamais croiser le regard de ces gens-là. Sous le bord de son foulard, on aperçoit de longs cils de femme et un petit nez enfantin. Elle n'a pas douze ans. 

- C'est un cadeau pour ma grand-mère, dit-elle sans regarder la femme soldat. 

Et dans un souffle elle ajoute: 

- C'est un cadre pour y mettre une photo. C'est moi qui l'ai fait à l'école. 

La femme déchiffre la phrase calligraphiée qui entoure l'espace réservé à la photo: "Mon cœur est en mille morceaux

- C'est ce que je devrais faire aussi avec ton cadre, dit-elle d'un air dégoûté. 

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photo prise d'une photo de Véronique Vercheval 

voir son travail 

DSCI5731.JPG

texte écrit à l'atelier d'écriture - la photo était au choix, seuls étaient imposés le thème du mur et la phrase "Mon cœur est en mille morceaux"

Commentaires

  • Réjouissons nous de vivre "au pays des chauffeurs de taxi"...

  • vous avez entièrement raison, Mme Chapeau!

  • le problème avec ce genre de livres, c'est qu'ils disent tout et son contraire :-)

  • merci Emma

  • Et dire qu'il se passe des scènes comme celle-là "sans états d'âme" et pire encore... C'est à la fois triste, inhumain et ça fait mal au coeur...

  • très mal au cœur, oh oui!
    merci Maty pour le commentaire

  • L'innocence et la joie de vivre des enfants sont hélas souvent détruites trop tôt par notre monde cruel !

  • tellement d'endroits où il se passe des choses innommables et dans le cas de la Palestine je ne peux que me sentir "coupable" si je ne continue pas à dire que ces gens vivent l'horreur depuis 70 ans

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