Wagon de train pour Paris

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L'Homme est d'Ostende et vient d'une famille où on appelle "poisson frais" uniquement celui qui a été pêché dans la nuit d'avant. Par les petits bateaux qui sortent en mer le soir et rentrent avec leur pêche à l'aube. 

Tout le reste n'est pas digne de se retrouver sur leur table, c'est juste bon pour ces malheureux qui vivent à l'intérieur du pays. Ceux-là ne savent pas ce que c'est, du poisson frais. 

L'Homme n'a fait qu'une exception: c'est quand un "restaurant de la mer" s'est ouvert à Louvain. L'Homme et l'Adrienne avaient vingt et un ans et la bourse plate, mais chaque événement se devait d'être fêté par un repas aux odeurs exclusivement maritimes, chez l'Ami Michel. 

Si un jour vous allez à Paris, dit l'Ami Michel, il faut aller chez l'Ami Louis. C'est en son honneur que j'ai appelé mon resto l'Ami Michel. Il faut y aller pour l'ambiance et pour le foie gras. 

Alors ils y sont allés. 

Ils ont vu la petite salle vieillotte. Les chaises inconfortables. Les prix prohibitifs. Le personnel de salle, uniquement masculin et à leurs yeux de vingt ans, des papys. 

Ils ont vu entrer, petit à petit, les autres clients. Ils ont vu que comparés aux belles dames en manteaux de fourrure, aux hommes apparemment célèbres et fortunés, eux deux faisaient tache. Comme le disait l'Homme à cette époque, "c'est nous qui devrions être enquêteurs Michelin ou Gault&Millau, on n'en a ni l'âge ni le look". 

Ils ont vu avec ébahissement comment les papys en veste blanche lançaient de loin et avec une infaillible dextérité les lourds manteaux de vison sur les rayonnages placés au-dessus de la tête des dîneurs, tout le long du mur. 

Ils ont été impressionnés par la façon dont le maître d'hôtel a quasiment choisi le menu à leur place: une assiette de foie gras pour deux, de l'agneau, des fraises des bois, alors que l'Homme et l'Adrienne prétendaient ne pas avoir envie de dessert. Vous imaginez ce que ça coûte, une coupelle de fraises des bois, dans un tel lieu parisien, en plein hiver? Surtout pour des gens qui ont des fraises des bois dans la nature près de chez eux... 

Bref, pour ce qui est du foie gras, l'Ami Michel avait raison: l'assiette prévue à l'époque pour une personne comptait onze belles tranches, que l'Homme et l'Adrienne se sont partagées équitablement. 

Comme c'était il y a plus de trente ans, l'Adrienne a été fort surprise de voir que l'établissement fonctionnait toujours, même si aujourd'hui la ration de foie gras pour une personne se limite à deux tranches. Tout le reste, semble-t-il, est resté pareil: clientèle huppée, prix à tomber à la renverse, visons volant vers les patères... 

https://www.simonsays.fr/l-ami-louis-est-il-le-plus-mauvais-bistrot-au-monde-suite

La photo ci-dessus est un détail d'une des photos de murs parisiens (Sébastien Jacquet)

 

Commentaires

  • Finalement on paye pour être sûr d'être entre-soi, les prix interdisant les non-huppés de s'y trouver...
    Madame et l'Homme ont-ils trouvé que le foie gras était le meilleur au monde?

  • nous l'avons trouvé bon et surtout copieux, nous n'en avions jamais vu tant sur une seule assiette :-)

  • A tout prendre je préfère de loin dîner chez Bruneau à Jette... Il fermera définitivement fin décembre.

  • c'est huppé aussi?
    ;-)

  • Voici donc un endroit où je ne mettrai pas les pieds, merci.
    Quant aux souvenirs, ils font chaud au coeur, même les mauvais, parfois ;)

  • nous n'y sommes jamais retournés :-)
    c'est la photo de l'expo qui m'a remis tout ça en mémoire: ciel! l'ami louis! :-)

  • en fait un détail de la photo: ce que je montre, ce n'est qu'une toute petite partie, sur la droite, ce n'est pas le sujet de la photo...

  • Au rayon de mes souvenirs, il y a les dames en lourds manteaux de fourrure arpentant la digue d'Ostende ;-)

  • ma mère et ma grand-mère étaient de ces dames à fourrure, aujourd'hui ma mère se trouve d'une audace folle quand elle sort son vison ;-)

  • N'ayant pas de manteau de fourrure et n'étant pas fan du foie gras, je me contenterai d'avoir appris l'existence de cet endroit - pas vraiment amical, si je comprends bien ?

  • et bien c'était une expérience, disons... on ne se doutait pas que l'endroit était de ce genre-là et aujourd'hui c'est probablement encore pire ;-)

  • il doit y avoir des endroits chouettes et pas chers (rêvons :-))

  • Ben oui, même moi j'en connais ! :-)

  • :-)

  • pas étonnant que cela soit resté gravé dans tes souvenirs - mais les prix c'est bien normal, se faire voir là où il faut être vu se mérite et se paie !
    (pour Walrus : je me suis fâchée avec Bruxelles quand j'ai vu qu'on y mannekenpissait dans la rue)

  • sans doute des touristes hollandais ;-)
    (la cathédrale d'Anvers surtout souffre de ce phénomène de la vessie hollandaise)

  • Depuis Baudelaire et Quatremer, nous sommes bien entraînés au mépris d'autrui ;-)

  • parfois je le trouve lourd à porter, tout de même
    (et des hommes qui pissent dans un coin ou contre un arbre, il me semble qu'on en voit dans de nombreux pays ;-))

  • C'est bon le foie gras. Avec un peu de Jurançon.

  • avec un vendanges tardives aussi :-) ou un vin de paille :-)

  • Juste la description de sa clientèle et je me sentirais très très loin de chez-moi...

  • ah oui c'est tout à fait dépaysant, on entre de plain-pied dans le cliché parisien

  • Bon, ce n'est définitivement pas un endroit pour moi et pourtant j'aime le foie gras !

  • il y a des restaurants dans le sud-ouest qui sont excellents, sympathiques et bien meilleur marché :-)

  • Je n'ai pas les moyens d'y mettre le pied, même en partageant mon poulet de Rennes et mon foie gras pour deux, ce que Simon Says l'affirme, réduira la note à 207 euros (en 2011) :)

    Mais... if I were a rich gal, Daidle deedle daidle...

  • mes revenus sont très modestes aussi, surtout depuis que je travaille à mi-temps
    (mais si j'avais des sous, ce n'est pas du tout là que j'irais, je crois qu'il y a de bien meilleures adresses :-))

  • Non, en effet, ce n'est pas tentant...
    Avec mes parents, j'allais au Vicomte, je ne sais plus le nom de la rue... C'était dans le Quartier latin et nous prenions toujours les mêmes plats.
    (Ma spécialité, quand je suis en France, c'est l'andouillette / verdure et pommes allumettes mais même ça, cela devient compliqué à trouver).
    Sinon, il y a eu l'hôtel Proust ......... Le foie gras y était aussi exceptionnel, mais cela n'aurait pas plu à l'ami Walrus, Paris, Proust, Queneau, le métro, aïe, aïe, aïe...
    Alors, nous devrons nous contenter de foie gras de l'Aldi ???

  • il y a un tas de choses que je ne mange plus depuis que je vis seule ;-)

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