• P comme père

    jeu,fiction

    Il aime la vitesse, son joli cabriolet, son moteur puissant. Il aime s'amuser à laisser tout le monde derrière lui quand le feu passe au vert. Il roule encore plus vite que d'habitude et essaie d'oublier le mauvais quart d'heure qu'il vient de passer dans le bureau de la police. 

    C'est la routine, sans doute. C'est parmi les proches qu'on cherche le suspect et que l'enquête commence. Heureusement, avec le métier qu'il a et les joujoux modernes qui enregistrent chacun de ses mouvements, il n'a pas été difficile de démontrer où il se trouvait, ces dernières quarante-huit heures, ni à quoi il a passé son temps, sauf pendant ses quelques heures de sommeil. Y compris le moment où il est entré - et sorti - du Liberty Fitness Club. 

    Il se calme aux abords de la ville. Il ne faudrait pas qu'en plus on lui retire le permis. Quelques prélèvements ont peut-être été faits dans sa roadster - il a dû en remettre la clé - mais il est bien tranquille, on ne risque pas d'y trouver un cheveu de sa fille. 

    *** 

    écrit pour la consigne 4 des Plumes 

    Le héros voyage, effectue un trajet. Il s’agit d’ancrer le héros dans un environnement géographique précis qui constitue le cadre. Il porte également une empreinte historique et permet de définir l'époque. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre
  • O comme océan

    DSCI5763.JPG

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • N comme no pain no gain

    DSCI5751.JPG

    Il était en plein effort quand son téléphone s'est mis à vibrer. Le temps de déposer les haltères, de s'essuyer la figure, de regarder le numéro, il était trop tard pour prendre l'appel.

    - Un numéro inconnu, se dit-il. C'est peut-être un client.

    C'était la police.

    Pour lui demander quand il avait vu sa fille pour la dernière fois.

    - Je... euh... attendez..., a-t-il bafouillé lamentablement. Il y a longtemps... En juillet-août deux mille... euh... attendez... il y a deux ans, oui c'est ça, août 2015.

    De la suite de la conversation, son esprit n'a réussi à enregistrer que des bribes: disparition inquiétante, ça oui, c'est sûr que c'était inquiétant. 

    *** 

    consigne 3 chez les Plumes

    Une lettre est arrivée qui va  bouleverser la vie de votre héros ou de votre héroïne. 
    Si vous êtes dans un monde plus moderne un mail, un appel téléphonique, un sms envoyé par erreur... 
    Votre héros va se trouver dans une situation de crise du fait de cet élément surprise. 
    Grâce à ce texte vous mettrez cet imprévu en place. 

    Photo prise dans ma ville le 3 novembre

  • M comme maison de poupée

    Maison-poupee.jpg

    Allez savoir pourquoi, ce titre m'a toujours induite en erreur, m'ôtant l'envie de lire la pièce. Maison de poupée, pourtant, est bien choisi, je dois l'avouer maintenant que je l'ai enfin lue tongue-out 

    [Papa] m'appelait sa petite poupée et il jouait avec moi comme je jouais avec mes poupées. Et puis je suis entrée dans ta maison... [...] Je veux dire que j'ai quitté les mains de papa pour passer dans les tiennes. - LdP p.136, traduction de Marc Auchet. 

    La pièce date de la fin du 19e siècle et bien sûr, ça se remarque à chaque page. La position de Nora comme femme, épouse, mère, n'est plus tout à fait celle d'aujourd'hui. Fort heureusement, les lois ont fini par accorder aux femmes un statut d'être humain responsable à part entière. 

    Je viens d'apprendre que les lois ne sont pas ce que je croyais. Mais je n'arrive pas à me persuader que ces lois-là puissent être justes. (id., p.149) 

    Pourtant, même si la société a évolué, la pièce garde une certaine actualité: si on considère la place de la femme, son rôle, son statut, aujourd'hui encore elle est placée devant les mêmes choix. Je le vois par exemple à mes grandes élèves, qui choisissent à 17 ou 18 ans une carrière qui leur permettra de s'occuper de leurs enfants... aucun garçon de 18 ans n'a ce souci. 

    Pour une belle analyse éthique de la pièce, voyez ici

    challenge 2017.jpg

    lu pour le challenge nordique chez Margotte

  • L comme Liberty

    fiction,jeu

    Quand il a poussé la porte du Liberty fitness club, il a tendu sa carte de membre à Nadir et s'est dirigé vers les vestiaires sans remarquer la jeune fille qui l'observait. 

    - Et celui-là, demande-t-elle à Nadir, dans quelle catégorie tu le places? Half body? 

    - Attends, tu jugeras par toi-même, il sera aux appareils dans moins de cinq minutes. 

    Trois minutes plus tard, il était effectivement de retour, pectoraux moulés dans un maillot blanc, et s'est couché sur le banc aux haltères. 

    - Ça va, j'ai compris, dit-elle. 

    - Tu n'as encore rien vu, dit Nadir. 

    *** 

    suite de I comme inspiration chez les Plumes 

    consigne 2 chez Les Plumes: Votre héros a des activités, il sort et travaille. 
    Il est  dans un lieu public, au marché, chez le coiffeur, à la gare.
    Vous créez deux personnages qui le regardent et parlent de lui. De parfaits inconnus ou des personnages secondaires qui seront utiles ensuite. 

    L’illustration est une photo prise au musée d'Ostende, expo Het Vlot/The Raft - étude de Géricault pour le Radeau de la Méduse

  • K comme Kronprinz

    lakévio78.jpg

    Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! » 

    Après sa lecture, le Kronprinz a refermé le beau volume illustré et a décidé de s'adonner à l'art de l'aquarelle, plutôt qu'à celui de la guerre. 

    *** 

    fiction utopique et uchronique inspirée par le tableau donné en consigne chez Lakévio, que je remercie, ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry.

  • J comme Jaune

    DSCI5752.JPG

    J'aime les petits éboueurs de Jaune, j'aime la façon dont cet artiste utilise avec humour les espaces restreints mis à sa disposition. 

    DSCI5781.JPG

    En balade à Ostende, j'en découvre chaque fois de nouveaux, comme ceux-ci, près du Kursaal. L'artiste a profité de la présence de ces oiseaux, peints par un autre (anonyme?), pour créer de nouvelles scènes avec ses petits éboueurs facétieux. 

    DSCI5782.JPG

    Oui, j'aime ces clins d’œil disséminés dans la ville! 

  • I comme inspiration chez les Plumes

    DSCI5766.JPG

    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • H comme hortensia

    DSCI5749.JPG

    Une douzaine de grands hortensias, voilà ce qui est condamné à disparaître, si l'Adrienne ne se décide pas à les replanter ailleurs. 

    Quatre ans déjà qu'elle habite dans cette maison et qu'elle sait qu'un jour il y aura des travaux dans la rue, que le jardinet de ce côté-là de la maison est condamné à disparaître, à devenir trottoir et piste cyclable. 

    En octobre, une lettre est arrivée pour dire que les travaux commencent en 2018 et que toutes les plantations qui n'auront pas été récupérées seront irrémédiablement perdues. 

    Par bonheur, l'Adrienne a pu compter sur des bras et des muscles masculins pour déterrer cinq hortensias, qu'elle a aussitôt replantés. 

    Et les sept autres? 

    (soupir) 

    DSCI5750.JPG

     

  • G comme Géricault

    DSCI5760.JPG

    Le petit séjour de catsitting ostendais a permis de découvrir l'expo Het Vlot/The Raft qui s'est ouverte le 22 octobre et durera jusqu'au 15 avril. 

    DSCI5763.JPG

    Tant mieux, d'ailleurs, qu'il me reste cinq mois pour tout voir, parce que des œuvres sont exposées en divers endroits de la ville - dont certains ne sont normalement pas accessibles au public - et je suis loin d'avoir tout vu en une journée. 

    DSCI5764.JPG

    Surtout qu'une journée muséale ne commence qu'à dix heures et se termine à dix-sept heures... 

    Bref. 

    DSCI5773.JPG

    Géricault, donc, et son célèbre tableau Le Radeau de la Méduse, voilà le point de départ. Le radeau comme métaphore de la condition humaine, le radeau dans l'actualité, le radeau comme rêve d'enfant... Beaucoup de choses touchantes, intéressantes ou amusantes. 

    Oui, j'ai même ri: je trouve Messieurs Delmotte hilarant tongue-out 

    DSCI5784.JPG

    photo 1: Jan Fabre, Kunst is (niet) eenzaam (1985), L'art (n')est (pas) solitaire - sur son propre radeau, Jan Fabre prévoit un terrain de foot... et de nombreux ballons tongue-out 

    photo 2: Katie O'Hagan, Life Raft (2011) 

    photo 3: Oda Jaune, Sans titre (2017)

    photo 4: Fabien Mérelle, Le Radeau de Fortune (2016) 

    photo 5: Pedro Valdez Cardoso, Sans titre, d'après Géricault (2007)

  • F comme Finlande

    DSCI5744 (2).JPG

    Si un jour vous croisez l'Adrienne en ville, et que vous la voyez se baisser pour ramasser un truc sur le trottoir, ce ne sera sans doute pas pour une piécette qui brille au soleil: ce sera pour le ver de terre kamikaze ou l'escargot déshydraté, qu'elle remettra tous deux dans ce qu'elle considère être le bon chemin pour eux. 

    L'autre jour, c'est à la fenêtre de son bureau que son araignée domestique décide de filer sa toile. 

    - Quelle idée! lui dit l'Adrienne. Il y a des moustiquaires partout, qu'est-ce que tu espères attraper? 

    La réponse est venue dans le quart d'heure.

    L'araignée sait se rendre utile. 

    C'est aussi ce qui apparaît dans un conte de la Laponie finlandaise.  

    Un Sámi poursuivi par des ennemis se cache dans un trou sous terre. Une araignée s'empresse de tisser une toile qui recouvre entièrement l'entrée de la cachette. Alors quand les poursuivants arrivent et voient la toile d'araignée intacte au-dessus du trou, ils passent leur chemin. Le Sámi est sauvé. 

    Voilà pourquoi, dit la légende, les vieux Samis ne veulent pas qu'on tue une araignée: un jour l'une d'elles a sauvé la vie d'un homme. 

    *** 

    challenge 2017.jpg

    lu pour le challenge nordique chez Margotte: 

    Contes de Laponie rassemblés par J.K. Qvigstad et adaptés en français par J. Privat, éd. Esprit ouvert, 2000

     

  • 7 photos

    DSCI5722.JPG

    Dans la vieille ville d'Hébron, des filets protègent les passants des ordures lancées par les colons. Les militaires israéliens y patrouillent plusieurs fois par jour. 

    DSCI5725.JPG

    En 1994, craignant la mise en cause du processus d'Oslo, la communauté internationale a appelé Israël à renoncer à l'implantation de la colonie d'Har Homa sur la forêt palestinienne d'Abu Gnaim. Depuis, cette colonie proche de Bethléem ne cesse de s'agrandir. Photo d'avril 2017. 

    DSCI5727.JPG

    Naplouse, le 5 avril 2005. La dernière maison détruite par l'armée israélienne comme un symbole. De jeunes hommes y viennent et mesurent les pierres récupérées pour arranger le terrain de football. 

    DSCI5730.JPG

    Ramallah, décembre 2002. Un des bâtiments de l'Autorité palestinienne. 

    DSCI5734.JPG

    Rafah, le 9 décembre 2002. Chez lui, il y avait une cuisine rose et une salle de bains verte. La maison a été détruite parce qu'elle se trouvait trop près du nouveau mur. 

    DSCI5736.JPG

    Gaza, décembre 2002. Sur tous les murs du camp de Rafah, on a collé le portrait de cette écolière de 10 ans tuée le mois d'avant par l'armée israélienne. 

    DSCI5732.JPG

    Enfin, la photo qui a servi de point de départ pour un texte de fiction le 26 octobre:  
    La fouille au check-point donnant l'accès au Caveau des Patriarches à Hébron, 2007. 

    Toutes les photos sont de Véronique Vercheval  ainsi que les légendes qui les accompagnent. 

    D'autres photos et des extraits de son livre ici.

  • E comme édification

    lakévio77.jpg

    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • D comme dés

    DSCI5747.JPG

    C'était la fête au "kringwinkel" (1) alors comme l'Adrienne a beaucoup de sympathie pour ce projet, elle y est passée faire le tour des rayons: livres mis au rebut, vêtements, services de table, meubles de récupération, il y a de quoi monter un ménage, y compris les cadres pour décorer les murs et les lustres des années cinquante. 

    Parmi les faux tapis d'Orient, il y avait ce carré jaune soleil made in ikea. Idéal pour réchauffer la salle de bains, s'est dit l'Adrienne, surtout après avoir vu le prix. 

    A la caisse, comme ce jour-là c'était la fête, la dame a gentiment proposé de lancer les dés: selon le chiffre obtenu, on recevait un certain pourcentage de rabais, 10, 20 ou 30%. 

    L'Adrienne, qui avait déjà la somme exacte en main, a dit noblement: 

    - Non, non, ça va! Je vais payer le prix qui est marqué! 

    DSCI5748.JPG

    Vous en connaissez beaucoup, des magasins où quand vous déboursez deux euros on vous remercie comme si vous étiez une généreuse bienfaitrice? 

    En rentrant chez elle le sourire aux lèvres, l'Adrienne s'est dit qu'elle ferait un billet H comme happy (ou H comme Hampen, qui est le nom du tapis) mais comme vous voyez elle n'a pas pu attendre plus longtemps tongue-out 

    *** 

    (1) en cliquant sur le lien vous aurez toutes les explications et si vous cliquez en haut à droite sur 'FR', il y a même une fenêtre qui s'ouvre en français cool

  • C comme coulisses

    au-service-du-roi.jpg

    En douze chapitres, l'auteur présente douze familles actives à la cour de Versailles: entrepreneurs, musiciens, militaires, intendants, femmes de chambre, cuisiniers, concierges... pour ce qui est des "petites gens" mais aussi le duc de La Rochefoucauld ou la gouvernante des enfants de France, la maréchale de la Mothe-Houdancourt. 

    C'est précisément cet aspect 'famille', généalogie, qui est le plus intéressant: tout est basé sur de nombreuses archives, de sorte qu'on est bien informé sur les revenus, les dots, les legs, les contrats, les appointements, les dates et les lieux... mais pas ou peu sur les gens. A part leurs titres, leur fonction, leur travail, leurs liens de famille, on ne les connaît pas. Il est fort rare en effet qu'on ait une idée de leur physique, de leur caractère, de leur vie. 

    Par contre, on y apprendra les rouages du système mis en place à Versailles, avec les charges qui s'achètent et peuvent se transmettre aux descendants, l'ascension ou le déclin de quelques-unes des familles qui ont fait partie de ce système. 

    Je dois dire que ce que j'ai le plus apprécié dans cet ouvrage, ce sont les annexes tongue-out 

    *** 

    source de la photo, info et 4e de couverture ici

  • B comme Bon, François Bon

    fiction,françois bon

    Parfois elle se demande pourquoi à plus de cinquante ans elle a encore cette rage en elle, est-ce que c'est parce qu'elle est née chez des parents sourds, quatrième enfant d'un ménage où il fallait compter sou à sou, est-ce parce qu'elle a été acceptée "par charité chrétienne" dans ce pensionnat pour jeunes filles où pendant six ans, à tort ou à raison, elle n'a cessé de se sentir la parente pauvre, est-ce pour toutes ces nombreuses autres fois où elle ne s'est pas sentie à sa place dans la société de consommation, elle qui était à l'encontre des modes vestimentaires, musicales, toutes les modes, non par goût, elle peut bien se l'avouer aujourd'hui, mais par nécessité et par rage, même sans photo elle n'a aucun mal à se remettre en mémoire la gamine aux châles à franges qu'elle portait l'été comme l'hiver, ses jambes maigres et sa tresse dans le dos, ou la jeune femme de vingt ans partie en Inde comme on se jette dans le vide pour échapper aux flammes, en espérant qu'en bas des gars solides tiennent bien la bâche: de l'Inde aussi elle était revenue et depuis trente ans elle se dit qu'elle aurait sans doute pu, comme d'autres l'ont fait entre-temps, en tirer un livre vendeur, mais comme à son habitude elle a laissé passer l'occasion de se faire de l'argent-c'est-de-la-merde

    *** 

    la consigne 3 demandait de reprendre un des trois personnages de la consigne 2 (voir le billet d'hier) 
    la photo a été prise le 27 octobre et montre la vue depuis les chambrettes de l'ancien pensionnat pour jeunes filles

  • Adrienne s'amuse avec François Bon

    The_Matrix_Poster.jpg

    A l'entrée du supermarché, une charmante hôtesse lui tend un boitier qui ressemble vaguement aux anciennes télécommandes, lourdes, épaisses. Elle veut lui expliquer à quoi ça lui servira mais il répond qu'il a compris, qu'il n'a pas de temps à perdre. Justement, ça vous en fera beaucoup gagner, lui sourit-elle, mais il est déjà parti en poussant son chariot du côté des plats préparés. 

    Depuis qu’elle est revenue de Compostelle, elle ne se nourrit plus que de gazpacho, de manchego, de jamòn de Serrano, de pata negra et d’olives vertes d’Espagne. Elle trouve l’assortiment de son supermarché bien pauvre en produits ibériques, si on le compare à tous ces mètres de rayonnages italiens. Tendant le bras vers un chorizo, elle jette un regard de commisération à ce grand type qui semble sortir du film The Matrix et les sept pizzas à l’ananas qu’il se dépêche de rouler vers les caisses. 

    Maintenant qu’elle passe aux caisses automatiques, elle se permet d’écrire encore en plus grand et en plus noir sur tous les billets de banque qui lui viennent en main : jusqu’à présent, jamais la machine ne les a refusés. Elle sait bien que depuis l’introduction de l’euro, elle a encore moins de chance qu’avant de revoir un de ceux-là, un jour, mais elle ne désespère pas, ça finira bien par arriver qu’une main ou une machine lui rende un billet marqué « L’argent c’est de la merde. » 

    *** 

    La consigne numéro 2 proposait de reprendre trois des onze personnages de la consigne numéro 1, vous les aurez peut-être reconnus - ainsi que la photo - si vous êtes passé par ici le 17 août dernier: O comme onze

  • Premier sourire

    DSCI5743 (2).JPG

    Le premier sourire du matin, la première voix humaine, un bonjour, quelques mots, c'est souvent en route pour l'école, quand le petit monsieur à longue barbe grise fume sa pipe sur le pas de sa porte. 

    Quand de loin déjà elle lui voit faire les quelques pas qui le séparent du trottoir, Madame sait qu'elle devra prendre le temps d'un moment d'arrêt: c'est qu'il a une communication à faire. 

    L'autre mercredi, c'était pour annoncer que les "pierdemuilies" étaient arrivés en ville pour la kermesse d'hiver. 

    Vendredi dernier, pour informer du changement d'heure et rappeler qu'il faudra reculer les aiguilles des montres, à trois heures du matin. 

    Madame a une très forte sympathie pour ce petit bonhomme aux vêtements troués et quand sa porte reste close pendant deux ou trois jours, elle s'en inquiète. 

    Puisse-t-il passer encore longtemps d'une kermesse à une autre, avec ou sans changement d'heure. 

    geluck.gif

    source de l'image ici 

    le photo en haut de page date du 27 octobre 

    "pierdemuilie" est dialectal et signifie manège, carrousel 
    (littéralement: moulin à chevaux, à cause du mouvement rotatif, sans doute)