B comme Bon, François Bon

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Cet hiver, c'est ciné-roman chez François Bon aussi et pour l'Adrienne c'est une incitation à dérouler le film qui n'existe que dans sa tête. 

John est éclairé dans son travail par une forte lampe de bureau, très directionnelle, à bras articulé. Il compulse des papiers, puis se remet à écrire, à la main, avec un stylographe traditionnel, probablement défectueux, car il le trempe quelquefois dans un encrier. On entend, venant du dehors, des cris d’enfants qui jouent, mais pas très proches, puis un appel de muezzin pour la prière du soir, et d’autres sons constituant une sorte de rumeur arabe, paisible et quotidienne. 

Adrienne travaille à la lumière du jour, si importante pour évaluer les couleurs. Elle se dépêche d'assembler les pièces. Elle est penchée sur sa machine. Sur le manteau de cheminée, l'horloge Westminster sonne tous les quarts d'heure. Aux heures, Adrienne lève la tête et compte les coups, immédiatement confirmés par le coucou accroché au mur.   

John s’interrompt dans son écriture pour réfléchir un moment. Il appuie sur le bouton d’un boîtier de commande qui en même temps éteint la lampe de travail et allume l’écran, où défilent, sur un rythme assez rapide, des images de cavaliers arabes, de chevaux, de paysages marocains, etc. Le tout est constitué de croquis et peintures du siècle dernier, où l’on reconnaît en particulier des Delacroix, plus ou moins célèbres. Certains semblent retenir davantage l’attention de John, qui, visiblement, a souvent regardé ce matériel, le sujet sans aucun doute du texte qu’il est en train de rédiger. 

Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelle, ciné-roman, éd. Minuit, 2002, page 10 

Elle replie soigneusement les pièces assemblées et celles qui sont encore attachées à leur papier de soie. Elle récupère les bouts de tissu, jette quelques fils coupés. Elle vérifie si elle n'a oublié aucune épingle sur la table, passe et repasse la main sur sa surface. Elle pousse sa machine contre le mur, remet le couvercle dessus. C'est l'heure de faire chauffer la soupe et de cuire les pommes de terre. 

*** 

photo prise à Ostende le 3 novembre 
détail de l'église Saints-Pierre-et-Paul

Commentaires

  • Corriger à la lumière de certaines ampoules économiques m'a déjà fait faire des erreurs de correction. Je n'avais pas vu toutes une série de réponses écrites en jaune.

  • et moi qui assortis fanatiquement les couleurs de mes vêtements, des pieds à la tête, mouchoir en tissu compris ;-) la lumière artificielle m'a fait commettre un impardonnable impair, je pensais avoir mis des collants marine mais ils étaient noirs ;-)

  • toute une série, of course ;-)

  • peut-être encore un billet à F comme film ;-)

  • "La France d'en haut et la France d'en bas" disait Raffarin. Tu fais coexister ici des mondes vraiment très différents !

  • en fait, cette juxtaposition me plaît beaucoup, j'aimerais la poursuivre :-)
    en même temps je me dis que je suis peut-être en train de me moquer d'Alain Robbe-Grillet et que ce n'est pâââââs bien :-)

  • mais non ce n’est pas iconoclaste, c'est très réussi, et on voudrait bien que John et Adrienne se rencontrent... association, cet entrelardage m'a incitée à aller revoir la recette du rôti Orloff, géniale, 300% calories, bien de saison, rôti tranché entrelardé de tranches de bacon et de fromage, nappé de crème fraiche... belle arme de crime parfait !

  • c'est vrai que pastiche et parodie peuvent être vus comme un hommage ou comme un persiflage (et ici ce n'est ni l'n ni l'autre, juste un exercice d'écriture)

  • sans affects, c'est la part la plus difficile quand je parle de ma grand-mère :-)

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