L comme Lourmarin

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Le jour où je disposerai de la machine à remonter le temps, il faudra que j'aille à Lourmarin empêcher Albert Camus de monter dans la voiture des Gallimard. D'autant plus qu'il a déjà son billet de train dans sa poche et qu'il a prévu de travailler à son manuscrit du Premier homme pendant le trajet. 

Je l'ajoute donc à ma liste des choses à faire le jour où et je referme le livre de Jean d'O, Une autre histoire de la littérature française, complètement et définitivement déçue par le personnage. 

Quatre pages pour Camus (contre neuf pour Sartre (1)) qu'il ne peut évidemment omettre de son aperçu mais qu'il assassine à coups de "laborieux", "pesant", "auteur pour certificat d'études", "morceaux de bravoure trop bien écrits et voués d'avance au triste sort des dictées", "formules un peu boursouflées et banales" (p.318) et en insistant lourdement sur la mère de l'auteur, "une mère illettrée (...) qui ne savait pas écrire" (p.315) (2) 

J'ai donc refermé l'ouvrage (3), d'autant plus que n'y figurent pas quelques autres de mes copains et copines, de Charles d'Orléans, Rutebeuf, Clément Marot, Louise Labé... jusqu'à Saint-Exupéry. J'aimerais savoir pourquoi ceux-là ne font pas partie du "tableau de notre littérature" (p.15) 

Et si vous pensez "De mortuis nihil nisi bonum", qu'il commence par l'appliquer lui-même tongue-out 

*** 

(1) où le ton, radicalement différent, est donné dès la première ligne: "Sartre a tous les dons" (p.301), "c'est un polygraphe de génie" (p.301)

(2) où est l'objectivité promise dans la préface? "une information (...) au moins aussi objective que possible" (p.17)

(3) en deux volumes, deux fois une quarantaine d'auteurs qui selon lui constituent "un tableau de notre littérature"  

*** 

source de la photo: site officiel du village de Lourmarin 

Commentaires

  • je suis triste pour Albert Camus mais à lire ce qu'il pense de lui, il est sans doute préférable qu'il ait omis de parler de Saint-Exupéry :-)

  • très joli! je l'ai visité à mon époque 'femme mariée' ;-)

  • On se dévoile autant par ce qu'on tait que par ce qu'on écrit.

  • c'est très juste!

  • je ne voudrais pas faire de peine à ses fans, mais les exemples de fausse modestie sont si nombreux, rien que dans la préface, qui navigue constamment entre "je sais très peu de choses" et "je sais quand même beaucoup de choses" ;-)

  • j'ai été aussi très déçue par cette anthologie très terne . Mais ce n'est pas un livre, juste un pensum. Pour attraper l' envie de lire, mieux vaut sans doute suivre l'inénarrable Lucchini.
    C'est formidable si tu peux empêcher Albert de monter dans cette voiture là , Antoine dans cet avion là, et Alain cette fois là sur Manureva...

  • ça ne dépasse pas l'anecdotique, j'ai été très déçue aussi, d'autant plus déçue qu'avec tout le tintouin autour de lui, j'attendais un certain niveau de qualité...

  • Une explication krapovienne à ses oublis et aveuglements ? La voici :

    "Depuis 1789 les aristocrates n'ont plus de lanterne !"

  • et le voilà bien déculotté ;-)

  • D Ormesson, j en ai lu un & j'ai réitéré par un autre puis Stop............je ne comprend pas l engouement sauf un bon marketing

    Pour ma part j aimerai connaitre Tipaza

  • comprends pas l'engouement non plus... le nom? les yeux bleus? je cherche ;-)

  • Le premier livre de Jean d'Ormesson que j'ai lu, c'était La douane de mer, il y a une vingtaine d'années. Et j'avais vraiment bien aimé. Donc sur cette première expérience positive, j'ai tenté plusieurs fois d'en lire d'autres qui tous me sont tombés des mains.
    Jean d'O passait très bien à la télévision - charmeur, drôle, léger - ce qui explique sa grande notoriété je pense.

  • oui, bien passer à la télé, ça explique la notoriété :-)

  • Et puis Lourmarin, c'est le village du Mistouflon, et ça, D'Ormesson ne le savait sûrement pas...
    ¸¸.•*¨*• ☆

  • ne connaissait-il pas l'art d'être grand-père?

  • Je dois hélas dire que je n'arrive pas à lire Camus non plus (et pourtant j'ai été obligée en classe...). Je n'y arrive tout simplement pas!

    Lourmarin, en revanche, je me souviens m'y être promenée avec des amis et nous avons trouvé le site d'un rituel gitan qui nous a épouvantés : une tête de vache en décomposition était fichée sur un poteau de bois, des couvertures pleines de sang jonchaient le sol, nous sommes partis de ce lieu pom-pom-pom en pensant à la malédiction de Lourmarin, pas trop sûrs sur nos gambettes :)

  • l'Etranger est un livre que j'ai relu des tas de fois, on peut en faire tant de lectures différentes :-)
    dans les Justes je lis avec mes élèves ce passage crucial où les personnages discutent de ce qu'on a le droit de faire, ou pas, pour atteindre son but (c'est toujours très actuel, est-ce que je lance la bombe si je sais que des innocents aussi vont mourir)
    et son dernier livre m'a énormément touchée

  • J'espère que tu auras bien vite cette machine à remonter le temps pour sauver Camus !!
    Quant à Jean d'O, je comprends ta déception et quel écrivain est -il lui-même pour juger d'une manière si outrecuidante un monument comme Camus !

  • n'est-ce pas :-)
    merci de me mettre ce baume au cœur :-)

  • Peut être pourriez vous vous plonger, comme moi, dans la correspondance de Camus avec Maria Casarès....
    Bonne journée.
    PS. Je n'ai rien lu de Jean d'Ormesson et n'ai pas l'intention de le faire.

  • ooohhh sa correspondance... j'aurais l'impression d'envahir son espace intime :-)

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