R comme résiste!

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Ce matin d'octobre, la maîtresse a vu tout de suite que le petit Jean-Yves n'était pas dans son assiette. Pâle et recroquevillé dans son banc, absent mentalement, se tenant le ventre. 

- Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas? a-t-elle fini par lui demander. 

- Je... je crois que je vais vomir... 

Il n'avait qu'un filet de voix, elle a dû deviner ce qu'il disait. 

Puis elle a agi très vite: envoyer un de ses gamins chercher sa collègue des grands de sixième, trouver "un grand" habitant dans le même coin, lui faire raccompagner Jean-Yves pour le confier à sa maman. 

Une maman très étonnée qui après réflexion s'est dit: tiens, c'est l'heure de consultation chez notre généraliste, allons-y! 

- A pied? a balbutié son petit garçon. Mais c'est loin! Je n'y arriverai jamais! 

- Mais si, voyons, a décrété la mère en le tirant par le bras. 

C'est en vue de la bouche de métro qu'il n'a plus réussi à retenir tout ce qu'il sentait remonter depuis le matin: là, sur le trottoir, à sa grande honte, il a vomi sa tartine et son lait du matin. Mais ça ne ressemblait plus du tout à une tartine ni à du lait. 

Deux heures plus tard, il était couché dans un lit d'hôpital, prêt à se faire opérer de l'appendicite. 

- Péritonite, a dit le chirurgien. Cet enfant ne s'est donc jamais plaint d'avoir mal au ventre? 

- Mais non, dit la mère, jamais! 

Ce en quoi elle mentait, bien sûr. 

*** 

photo et consignes chez Lakévio, que je remercie!

Commentaires

  • elle est dure

  • Hélas, nous ne voyons pas toujours ces enfants malmenés qui, par leur silence, protègent leur mère.

  • ou parce qu'ils croient fermement que c'est normal, que les mamans sont toutes comme la sienne ;-)

  • J'ai vu dans mes classes, mille fois hélas, tant d'enfants envoyés, malades, à l'école...

  • peut-être qu'ils ne s'étaient pas plaints, le matin avant de partir

  • Tu es bienveillante Adrienne. Mais envoyer un enfant qui tousse à crever ou est rouge de fièvre à 8h du matin...c'est pour s'en débarrasser je dis moi. (je travaillais dans une école Internationale, privée donc, pour très riches. Les parents allaient jouer au golf ou dans des centres de bien-être, tu vois?)

  • ooohhh oui je vois! pauvres gosses

  • oui, il était moins une que sa vie se termine à l'âge de sept ans et demi :-)

  • Petite je me suis retrouvée, valise à la main, pour une future opération d'appendicite ... et quelques heures plus tard : fausse alerte ! je suis rentrée à la maison avec ma mère, bien contente que cela se termine ainsi.

  • ah oui! il vaut mieux ça que le contraire!
    bonne journée, Brigou :-)

  • Ca peut être bien des choses... mais en tout cas, qu'on le veuille ou non, il y a une négligence, coupable ou habituelle, et bien entendu pas d'excès de tendresse... Pauvre petit!!!

  • "pas d'excès de tendresse", comme c'est joliment dit!!!
    tu as l'art de la formule :-)

  • Ah, la péritonite ! Avant la pénicilline dans nos campagnes, on appelait cela le "miserere", le premier mot de la prière des morts.
    Quand on a dû m'opérer de l'appendicite, j'étais sur le chemin de l'école, seul, une douleur m'a plié en deux et je suis rentré à la maison en restant courbé. C'est l'épouse d'un des ingénieurs de la centrale qui m'a emmené en voiture avec ma mère aux urgences.

  • j'imagine, je vois ;-)
    j'avais sept ans et demi, je savais rentrer seule, je le faisais tous les jours, mais bien sûr l'instit ne l'a pas permis (aujourd'hui on ne permettrait même plus à une "grande" de 11 ans de raccompagner une petite jusque chez elle, aujourd'hui on essaie de joindre les parents au téléphone et on envoie l'enfant tout de suite aux urgences, accompagné d'une des secrétaires)

  • Je me souviens quand gabriel a eu l’appendicite, il a fait une péritonite car on a mis plusieurs jours avant de nous alarmer.
    On pensait à une gastro-entérite.
    Mauvais parents que nous sommes...

  • si tu te compares à la dame que je décris, tu ne peux que conclure que tu es tout à l'opposé :-)
    ce n'est pas de toi qu'on dira qu'elle n'a "pas d'excès de tendresse"!

  • Cela se passe quand ? J'ai été étonnée de lire que l'on faisait raccompagner l'enfant malade par un "grand" ; maintenant on appelle les parents ou les pompiers.
    On peut imaginer que la maman n'a pas compris la gravité des maux de ventre de son fils même si elle l'aimait beaucoup. Si l'action se passe juste après la guerre de 45, dans un milieu social défavorisé, il faut savoir que l'on ne consultait pas facilement le médecin. (si c'est un début de roman, tout est permis)

  • ça se passe vers le milieu des années 60, et non, nous ne sommes pas dans un milieu défavorisé ;-)

  • Brrr, pauvre petit Jean Yves, il est passé bien près de la mort ..... et le geste sec de la maman résonne douloureusement en moi .....heureusement que la maîtresse a réagi tout de suite !

  • et que le médecin a posé un diagnostic rapide et correct: en clinique! tout de suite!

  • les temps ne changent pas tellement, je trouve ;-)

  • Malheureusement des petits Jean-Yves il y en a beaucoup... je n'ose même pas penser à tous ces petits migrants "stockés" dans des camps de fortune, et ça même si la maman a des "excès de tendresse, comment sont ils soignés...

  • absolument! c'est une détresse qui me touche énormément!

  • Cela se lit comme une histoire d'enfant, la fin est terrible.

    Je me dis, c'est pareil pour les gens âgés, combien de fois on n'écoute pas leurs maux, leurs mots et soudain c'est déjà trop tard.

  • manque d'écoute, manque d'amour...

  • Je suis bien heureuse que le petit Jean-Yves ait été soigné de sa péritonite,
    Mais les blessures dues au manque d'amour restent vives bien plus longtemps, malheureusement. Et il faut vivre avec !

  • bonjour Loulou!
    oui, tu sais ces choses-là, bises et bonne semaine!

  • C'est arrivé à ma sœur, 3 jours à se plaindre d'avoir mal au ventre, et de se faire accuser de jouer la comédie...
    Bilan intervention en urgence un dimanche, péritonite , c'était dans les années 70.

  • oui parfois on ne veut pas prendre au sérieux la plainte de l'enfant

  • Une mère... dure. Tu es gentille dans ton qualificatif ! J'espère qu'on lui a dit qu'elle est passée près d'un drame...
    Emouvante ton histoire, Adrienne. Bonne semaine.

  • merci Lakévio
    elle ne se sent pas coupable puisqu'elle dit que l'enfant ne s'est jamais plaint... c'est la faute de l'enfant ;-)

  • Pauvre petit
    Mais parfois les médecins aussi sont fautifs
    Tiens ça me renvoie à QQ souvenirs :) de n'avoir pas été crue et accusée de feindre , ça terminé de la même manière !
    @ Bientôt

  • hélas oui, vu que l'erreur est humaine, il arrive que le médecin se trompe...
    ça ira mieux bientôt, quand on sera soignés par des robots ;-)

  • Pauvre gamin, les mères peuvent être dures, et elles hésitent parfois à manquer une journée de travail.

  • celle-ci est mère au foyer

  • On était quatre à la maison.
    On n'avait pas intérêt à avoir mal au ventre.
    C'est peut être dû à la frugalité permanente, mes parents, mes sœurs et moi avons notre appendice. ;-)

  • fais gaffe, ça peut arriver à tout âge ;-)

  • L'enfant aurait pu mourir du manque d'attentions d'une mère insensible... Il est vrai qu'à cette époque (autour de 1950) on ne "s'écoutait pas" on était "dur au mal"...
    Mais un petit enfant ?
    J'ai aimé ton histoire...

  • je crois qu'on devient "dur au mal" quand on est élevé comme ça...
    ici on est vers 1965

  • Je vois... Cette mère est le contraire de celle que j'ai imaginée...
    L'école m'a laissée toute une après-midi, à 7 ans, avec une dent cassée en cour de récré. Ma mère était furieuse (sur l'école)
    Mais elle-même m'a obligée à aller à la messe, un dimanche, alors que je m'étais plainte d'avoir mal au ventre. Ca n'a pas raté, et à la messe, c'était grandiose... Mon père a dû remonter toute l'église pour chercher un seau de sable ..............
    Par la suite, ça nous a plutôt faire rire, mais c'était une banale indigestion. Enfin, on n'a jamais très bien su.

    Ca sent aussi le vécu comme histoire.

  • c'est que la mienne va à l'encontre de l'idée qu'on se fait d'une mère ;-)

  • Oh je ne sais pas. Entre Folcoche et la vierge Marie, il y a tout l'éventail des possibles.

  • Une mère indigne, ou un enfant peu douillet qui n'exprime pas sa douleur ? On revient de loin...

  • une mère qui n'aime pas qu'on se plaigne, alors on ne se plaint pas ;-)

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