• R comme Routard

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    Amis français, si le Routard Allemagne 2012 dit vrai, arrêtez de lire. 

    tongue-out 

    *** 

    Contrairement à ce que l'on croit souvent, les Allemands ne manquent pas d'humour. En revanche, s'il est une chose dont ils manquent certainement, c'est de détachement face à la vie; car leur soif d'absolu les empêche de plaisanter sur les événements graves. 

    Si les Britanniques, eux, mettent un point d'honneur à tourner en dérision les avatars les plus dramatiques, leur manière d'en sourire laisse les Allemands en général très mal à l'aise, tout comme, dans un autre registre, les Français sont d'une susceptibilité maladive et incapables de se moquer d'eux-mêmes.

    Guide du Routard Allemagne 2012, page 84. 

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    Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi j'ai été fort déçue de lire dans le Routard ce ramassis de clichés et de généralisations. 

    Ici et là on retrouve tout de même la note d'humour qui me faisait me délecter de cette lecture autrefois: 

     

    Ne vous ruez pas sur la première Allemande qu'on vous présente en l'embrassant sur les deux joues comme si vous la connaissiez depuis toujours. Calmez vos ardeurs et serrez-lui la main. En Allemagne, on n'embrasse que les personnes que l'on connaît bien. 

    Voilà pourquoi le président Sarkozy a rapidement tapé sur les nerfs d'Angela Merkel en la traitant comme une vieille copine que l'on peut embrasser à tout bout de champ dans le cou en lui triturant les avant-bras. 

    Guide du Routard Allemagne 2012, page 86.

     

     

  • 20 miracles de la nature (11)

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    L'eau avale une grande tache de soleil 

    et un peu plus loin 

    elle recrache de la lumière 

    sous forme de pluie d'arbres et de sapins 

    d'un blanc très pur 

    *** 

    photo prise à Ostende en février 2018

  • Et au troisième, il y a quoi?

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    Quand elle a vu l'affiche jaune chez le notaire, la photo - pourtant de mauvaise qualité - a tout de suite attiré son attention: une maison de l'entre-deux-guerres, située dans un des beaux quartiers, vraiment pas chère... Peut-être une opportunité à saisir. Des mois déjà qu'elle cherche, hésite, compare... 

    A l'étude, une des nombreuses secrétaires lui a remis un pesant trousseau de clés. Non, personne ici n'a le temps de l'accompagner, et de toute façon on lui fait confiance. Juste penser à bien refermer la porte en partant. 

    La maison lui a plu tout de suite. Son charme vieillot, ses parquets ayant vécu, ses couleurs fanées. Elle s'y voit déjà. Peut-être juste repeindre en blanc les plafonds et leurs stucs... Au premier, une antique salle de bains avec la baignoire à pattes de lion et le grand lavabo carré, au second encore deux chambres spacieuses... 

    Tiens, il y a un troisième étage? Toutes les portes sont fermées à clé mais celles du trousseau reçu à l'étude n'y entrent pas. Elle sourit des pensées frivoles qui lui viennent, des envies enfantines de pièces encombrées de vieilles malles aux trésors, de bahuts anciens lui révélant leurs merveilles cachées depuis bientôt un siècle... 

    De retour chez le notaire, qu'elle a finalement pu coincer entre deux rendez-vous, elle ne cache pas son enthousiasme. 

    - Et au troisième, demande-t-elle avec de l'excitation dans la voix, il y a quoi dans ces pièces fermées à clé? 

    - Au troisième? fait-il éberlué. Mais il n'y a pas de troisième étage dans cette maison! Vous le voyez bien sur la photo, d'ailleurs. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio qui nous demandait "simplement d'écrire, à partir de la toile du jour, une histoire un peu, beaucoup, passionnément ... ONIRIQUE,  ÉTRANGE, MYSTÉRIEUSE...

  • P comme Proust

    amitié,lecture,littérature,proust

    Vers la fin de sa vie, Marcel Proust se faisait apporter dans le bordel pour hommes où il avait ses habitudes des rats qu'il s'amusait à tuer en les transperçant lentement à travers les barreaux de leur cage à l'aide de ces longues aiguilles à chapeaux comme en portaient les femmes à son époque (imaginer leur éclat métallique gris bleu, leurs têtes faites de cabochons de jais à facettes). Proust semblait éprouver un grand plaisir à leurs cris en même temps qu'au spectacle de leurs soubresauts et de leurs agonies.

    Claude Simon, Le jardin des plantes, éd. de Minuit, 1997, p.106 - lire les premières pages ici

    *** 

    voilà un aspect de Marcel qui m'était inconnu et je me demande si Claude Simon, dont l'oeuvre présente tant de points communs avec la Recherche, a un but en nous la racontant... 

    *** 

    spéciale dédicace à Walrus qui a dit ici même que les allusions à Marcel lui faisaient plaisir tongue-out

  • O comme Ostende

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    Quand ses copains de comptoir lui demandent pourquoi il arpente la plage de si bon matin, jour après jour, avec son détecteur à métaux qui ne détecte jamais que quelques détritus rouillés, il répond que c'est l'humeur acariâtre de son épouse qui le chasse de chez lui. 

    Eux, ça les fait bien rire. Pas lui. D'ailleurs son propre fils lui répète assez souvent qu'il ne pourrait dire, entre son père et sa mère, lequel est le plus grincheux. Il y a des gens comme ça, qui ne se sentent bien que quand ils peuvent bougonner. 

    Ce ne sont d'ailleurs pas les causes d'acrimonie qui manquent, se dit-il ce matin-là au moment où son appareil se met à sérieusement disjoncter. 

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    - Rogntudjû! s'écrie-t-il. Qui c'est qui est venu mettre ce bordel sur MA plage? 

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    photos prises à Ostende en février 2018 

    texte pour le défi du samedi: A comme atrabilaire

  • N comme natura, nature et naturel

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    Le narrateur est un homme de soixante ans qui vivote en vendant l'été aux touristes les quelques oeuvres qu'il fabrique l'hiver à l'aide de pierres et de morceaux de bois qu'il trouve dans la montagne. Dans sa jeunesse, il a suivi une formation d'artiste, de sculpteur. 

    La montagne, il la connaît par cœur. Lui et deux autres villageois servent de passeurs à des réfugiés jusqu'au moment où l'un d'eux, devenu écrivain à succès, fait de cet homme humble et discret un héros: dans une interview, il raconte son parcours de réfugié et révèle que ce passeur qui l'a aidé, a pour habitude, après avoir guidé des réfugiés, de leur restituer la somme qu'ils ont payée pour le voyage. 

    Malheureusement, cette révélation, qui lui fait une belle publicité partout ailleurs, lui rend la vie impossible dans son village, qu'il est contraint de quitter. 

    C'est ainsi qu'il arrive sur la côte napolitaine où, après avoir proposé ses services de sculpteur-restaurateur dans plusieurs églises et chapelles, il reçoit finalement la tâche de rendre à un Jésus crucifié sa nudité d'origine. 

    *** 

    C'est donc là, à la page 26, que le sens du titre "nature exposée" est expliqué: 

    "Come puoi vedere, si tratta di un'opera degna di un maestro del Rinascimento. Oggi la Chiesa vuole recuperare l'originale. Si tratta di rimuovere il panneggio." 

    Osservo la copertura in pietra diversa, sembra ben ancorata sui fianchi e sulla nudità. Gli dico che a rimuovere, si danneggia inevitabilmente la natura. 

    "Che natura?" 

    La natura, il sesso, dalle parti mie la nudità di uomini e di donne la chiamamo così. 

    Erri De Luca, La natura esposta, Feltrinelli 2016, p.26-27

    *** 

    source de la photo et infos sur le site de la Feltrinelli 

    traduction française chez Gallimard

    "Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il faut enlever le drapé." 

    J’observe la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis que si on l'enlève, on va forcément endommager la nature. 

    "Quelle nature?" 

    La nature, le sexe, par chez moi la nudité des hommes et des femmes on l'appelle comme ça. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    Pour lire les premières pages en français, c'est ici

    *** 

    C'est alors que je me suis souvenue que dans notre dialecte flamand aussi, on emploie ce mot-là - mais par dérision - pour la nudité: "zijn naturel" comme synonyme humoristique pour "naakt" (donc nu)

  • M comme mulattica

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    Un début curieux, et qui a infiniment intéressé, c'est celui de M. Bridgetower, jeune Nègre des Colonies, qui a joué plusieurs concertos de violon avec une netteté, une facilité, une exécution et même une sensibilité qu'il est bien rare de rencontrer dans un âge si tendre (il n'a pas dix ans). Son talent, aussi vrai que précoce, est une des meilleures réponses que l'on puisse faire aux Philosophes qui veulent priver ceux de sa Nation et de sa couleur, de la faculté de se distinguer dans les Arts. 

    Le Mercure de France, avril 1789. 

    Cet enfant de neuf ans, George Bridgewater, vient de donner un premier concert à Paris, aux Tuileries. Emmanuel Dongala retrace sa carrière à partir de ce moment-là jusqu'à celui de la rupture avec Beethoven, à Vienne, en 1803. 

    Ce récit, nous dit l'auteur dans ses remerciements en fin d'ouvrage, "est une fiction fondée sur des faits réels". En effet, quelques documents et témoignages d'époque attestent des voyages, des rencontres, de la carrière aussi brillante que précoce du violoniste et compositeur George Bridgewater. Emmanuel Dongala a donc, pourrait-on dire, "rempli les trous" par la fiction qu'il a imaginée pour nous parler de ce jeune homme mais surtout de tout ce qui est en train de bouger dans la société de cette fin du 18e siècle, à commencer par la révolution française, et bien sûr la question de l'esclavage et du statut de l'homme noir. 

    "C'est un travail qui m'a pris plusieurs années pendant lesquelles non seulement j'ai suivi des cours d'histoire de la musique, j'ai consulté de nombreux ouvrages, documents et articles, je suis allé à de nombreux concerts, mais j'ai aussi visité les sites importants d'Eisenstadt, de Vienne, de Londres et de Paris où se déroule l'histoire." 

    Emmanuel Dongala, La Sonate à Bridgetower, Actes Sud, 2017, Remerciements, p.333. 

    Ce sont probablement ces longues études et nombreuses recherches qui se trouvent à l'origine de quelques longueurs fort didactiques et superflues, ou même carrément invraisemblables, comme cette petite servante d'auberge qui explique à George comment on procède à l'époque pour laver le linge: 

    Ce n'est pas un travail de tout repos: entasser le linge sale dans d'énormes baquets en bois, le recouvrir d'une toile sur laquelle on répand de la cendre préalablement tamisée, puis jeter par-dessus cette toile des chaudronnées d'eau bouillante et attendre ensuite que cette eau filtre lentement à travers le tissu poreux et imprègne le linge sale. [...] Et le lendemain, sortir le linge détrempé des baquets, le charger sur une brouette et transporter le lourd fardeau au lavoir. Une fois au lavoir, tremper ce linge sale dans des bacs de lavage, le battre et le frotter énergiquement sur les planches à laver, le retourner et le rincer plusieurs fois avant de l'essorer péniblement à la main. 

    Emmanuel Dongala, La Sonate à Bridgetower, Actes Sud, 2017, p.139. 

    Mais que cet aspect didactique ne rebute pas le lecteur et qu'il le prenne comme une garantie que tout le reste a été également fouillé et vérifié, à commencer par les nombreuses rencontres parisiennes: Olympe de Gouges, Condorcet, Jefferson, Desmoulins, Lavoisier. 

    Bref, une belle histoire, un beau destin d'artiste et cette découverte, pour moi, que la fameuse Sonate numéro 9 dédicacée à Kreutzer l'avait été, au départ, à George Bridgetown, "sonata mulattica composta per il mulatto Brischdauer, gran pazzo e compositore mulattico." Grand fou et compositeur mulâtre, écrit Beethoven en haut de la partition. 

    Fou toi-même tongue-out

     

  • L comme lettre 1

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    Chère Madame D

    Je pensais que j'avais oublié votre nom, mais voilà! Il m'est revenu au moment même où je vous écris.

    C'est vous qui m'avez appris à lire et à écrire: mon institutrice de première année primaire. Avez-vous vu comme j'étais impatiente de savoir? Tellement impatiente! Sans doute que non, j'étais probablement la plus timide, la plus effacée des petites filles. Mais toujours le regard tendu vers vous et l'oreille à l'écoute de toute parole tombant de vos lèvres expertes. Car on m'avait dit que vous étiez une excellente institutrice et que vous aviez choisi vous-même de rester, année après année, avec les petites qui ânonnaient leurs premières lettres.

    Je me souviens très bien de cette leçon initiale où nous avons appris trois voyelles. Je me souviens de la fierté avec laquelle j'ai annoncé à mon père, le soir, que je savais lire. Je me souviens qu'il s'est moqué de moi. Connaître trois lettres, ce n'était pas savoir lire. J'étais loin du but et j'en avais honte.

    Mais ça, vous n'en avez sûrement rien su. 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • K comme kot

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    C'est ici, dit la carissima nipotina, au numéro 14, que j'ai été en kot pendant toute la durée de mes éudes... 

    Des années heureuses, pleines de souvenirs qu'elle chérit et aime raconter, elle qui prétend n'avoir aucune mémoire. 

    Il y avait un toit plat à l'arrière, dit-elle, et la propriétaire nous interdisait d'y aller, parce qu'on l'abîmait et après il y avait des infiltrations d'eau... 

    Mais bien sûr, on s'y installait quand même, avec tables et chaises, et on y organisait des fêtes... 

    L'Adrienne se dit "pauvre kotmadam" mais se tait sagement, pendant que la nipotina, emportée par son récit, continue en riant: 

    Alors notre kotmadam a condamné la fenêtre qui donnait accès au toit, elle y a fait clouer des planches, mais tu penses bien, avec un kot plein d'étudiants ingénieurs en bâtiment, combien de temps ces planches y sont restées! On a tout arraché vite fait et les fêtes sur le toit ont continué. 

    Elle soupire de bonheur en l'évoquant. 

    Les fêtes qu'on organisait à notre kot étaient célèbres dans toute la ville... 

    L'Adrienne l'imagine aisément. 

    Je me demande bien, conclut la nipotina après un instant de réflexion, pourquoi depuis lors ce kot est à l'abandon... 

    La kotmadam, se dit l'Adrienne, a dû en avaler les clés de dépit et de découragement.

     

     

     

     

  • J comme journée ordinaire

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    Assise dans son fauteuil, elle attend la petite Lucie, comme chaque matin. 

    Aujourd'hui est un jour ordinaire, même si elle a 90 ans: personne ne sait que c'est son anniversaire, personne n'y pensera, même pas la petite Lucie qui vient lui faire sa toilette sept jours sur sept. 

    Elle l'aime bien, la petite Lucie. Enfin, petite, c'est une façon de parler, elle a une tête de plus, au moins. Mais elle est si jeune! si pétulante! Quand elle lui lave les pieds, quand elle la coiffe, quoi qu'elle fasse, avec de grands gestes de ses jolis bras, elle lui raconte sa vie. Sa petite vie de petite fille de 2018. 

    Ce matin, la petite Lucie a du retard. Peut-être à cause des trombes d'eau qui tombent du ciel. Ou peut-être parce qu'hier soir, elle est sortie tard avec son amoureux. 

    Le rideau de pluie lui en rappelle un autre, un autre jour d'anniversaire. Elle avait seize ans et pour la première fois on lui avait confié un courrier. A remettre à un inconnu qui descendrait du train et la reconnaîtrait à son chapeau rouge, à son manteau rouge. Elle s'était demandé si ce n'était pas un peu voyant mais elle a supposé que les chefs savaient ce qu'ils faisaient. Elle s'était sentie si fière de pouvoir participer enfin elle aussi à l'effort de guerre. En février 44, on était à un moment charnière mais on ne le savait pas. 

    Et les chefs avaient eu raison. Sous le rideau de pluie, elle était la seule à porter du rouge. La seule à ne pas s'abriter sous le préau, avec les autres voyageurs, ni sous un parapluie. Stoïquement, elle était restée là, toute détrempée. Jusqu'à ce qu'il l'aborde. 

    Elle le revoit venir vers elle en courant, elle ressent cette même émotion intense qui la submerge... 

    Il est temps que la petite Lucie arrive et l'égaye de ses petites histoires. Elle aspire à une journée ordinaire. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio que je remercie!

  • I comme interrogation amoureuse

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    "A quoi ressemble l'amour?" 

    demande la caravane peinte en noir. 

    "A un pic enneigé", 

    a répondu quelqu'un, 

    et des marqueurs blancs attendent l'inspiration d'autres passants. 

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    Une autre, entièrement recouverte de teddy beige, se déclare "Bureau de l'amour qu'on n'a pas oublié" 

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    Il y a aussi celle qui vous a "dans la peau", au soleil de février 

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    celle qui fourmille de souvenirs d'enfance 

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    et celle au message ambigu tongue-out 

    "il s'en est fallu de peu, tu aurais tout aussi bien pu ne pas exister" 

    *** 

    Ostende, week-end du 11 et 12 février 

    Liefde tussen de lijnen

     

  • H comme Himmel! mon zébu!

    jeu,défi,pastiche,parodie,poème,poésie,hugo

    Après la pagaille

    Mon sniper, ce barjo au sourire si doux,
    Suivi d'un seul clébard qu'il aimait entre tout
    Pour sa queue en panache et pour sa couleur paille,
    Parcourait à vélo, un beau soir de pagaille,
    Le parking des limos sur qui tombait la nuit.
    Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
    Un PDG victime de banqueroute
    Ne sachant plus du tout comment gagner sa croûte,
    Râlait, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
    Et qui disait: "A l'aide! à l'aide par pitié!"
    Mon barge, ému, arrêta son vélo fidèle.
    Une gourde de rhum pendouillait à sa selle,
    Après un coup bien placé, c'est sans renâcler
    Que de la limo neuve on lui confia les clés.
    Le pauvre PDG, sans moyen de transport,
    Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
    Voulut se suicider en criant: "Caramba! "
    Il se rata mais une bagnole flamba.
    Ce n'était certainement pas un bon début.
    "Je te laisserai mon vélo", dit mon zébu. 

    *** 

    idée de Jean Tardieu, Un mot pour un autre  ici 

    poème de Victor Hugo ici 

    pour le Défi du Samedi, Z comme zébu. 

    jeu,défi,pastiche,parodie,poème,poésie,hugo

  • G comme grand nettoyage

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    Quand l'Adrienne est venue s'installer dans sa petite maison en ville, il y a quatre ans, elle a décidé d'être très vigilante sur l'ordre et la propreté. Fini, le bureau encombré de paperasses. Fini, le grenier rempli de trucs dont on n'a apparemment pas l'utilité, puisqu'on peut les y laisser vingt ans sans y toucher. Fini le livre perdu parce qu'on ne sait plus à qui on l'a prêté. 

    Or, vous qui connaissez l'Adrienne, vous savez ce qu'il en est cool 

    Le grand atlas routier Michelin Italie a mystérieusement disparu, le grenier se remplit même de boites vides, en vue du prochain déménagement, on n'est jamais assez prévoyant tongue-out et le bureau est ce qu'il a toujours été. 

    Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été initiée, dès son plus jeune âge, à l'ordre et à la propreté: la mère de l'Adrienne n'a pas eu besoin de ce genre de posters pour être convaincue qu'on ne mettait jamais assez tôt la loque à poussières dans les mains d'une fille. 

    Mais il faut croire que comme pour la soupe, le dégoût de ce qui a été durement imposé lui est resté... à cette sacrée tête de mule! 

    *** 

    L'image est d'une amie italienne sur fb 

    Pour l'âge de 2 à 3 ans, on dit que l'enfant peut ranger ses jouets, mettre la table (apparecchiare), enlever les poussières (spolverare) et mettre les vêtements sales dans le panier à linge. 

    A six-sept ans, il peut balayer (spazzare), vider le lave-vaisselle, plier les serviettes éponge, préparer une salade, ranger les chaussettes. 

  • F comme fluide magique

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    Il y a des élèves qui confondent Madame avec le père Noël. Ainsi Helena, qui tient à tester de temps en temps les super-pouvoirs dont Madame dispose.  

    J'ai un problème, lui explique-t-elle, la semaine prochaine je vais suivre un stage de langue, je pars déjà samedi et je ne rentre que dimanche soir, or pour la semaine d'après les vacances on a des tests tous les jours: comment je vais faire pour les étudier? 

    prof, école, élèves

    Souvent aussi les parents croient que Madame a des super-pouvoirs, comme ce père qui a déclaré sans rire "Mon fils ne travaille pas pour l'école, que comptez-vous y faire?". Ou cet autre, qui voudrait que ce soit Madame qui interdise à son fils de passer tout son temps à des jeux en réseaux. 

    Bref, il faudrait ajouter un dixième profil à ceux qui ont été illustrés et testés lors de la dernière réunion du personnel, à la mi-janvier: 

     " le faiseur de miracles "

  • 7 hirondelles

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    Dans le couloir qui donne accès au bâtiment réservé à l'école primaire, sept hirondelles annoncent le printemps. 

    Leur nombre élevé n'a pas suffi tongue-out 

    D'ailleurs je leur conseillerais de rester encore un peu au chaud dans le sud, il fait -4° ce matin...

  • E comme expérience

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    Tintin et le capitaine Haddock examinent l'engin d'un air perplexe pendant que le professeur Tournesol procède à quelques dernières vérifications, quelques ultimes calculs. 

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    Tintin est prêt à la manoeuvre mais le capitaine exprime quelques doutes. Là, là il a vu quelque chose de bizarre. Mais faites attention, Capitaine! lui dit le professeur Tournesol. Vous avez mis le pied sur le dispositif! 

    *** 

    Madame, de sa fenêtre du deuxième étage où elle est en train de tout préparer avant la venue de ses élèves, a vu partir la fusée... 

    tongue-out

  • D comme désuétude

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    Ses vastes connaissances tenaient à une passion qui occupait tous ses loisirs. Célibataire, Åke Leander habitait un petit appartement à Kungsholmen d'où il communiquait avec ses innombrables amis, qui formaient ensemble un réseau mondial de radioamateurs enthousiastes. [...] Une légende remontant à un passé lointain voulait que le Premier ministre de l'époque ait eu besoin de connaître, pour on ne sait quelle raison, l'état de la météo au mois d'octobre et de novembre sur Pitcairn Island - cette île du Pacifique où les marins du Bounty s'étaient mutinés contre le capitaine Bligh avant de mettre le feu au navire et de rester là pour toujours. Åke Leander avait pu communiquer l'information au Premier ministre dès le lendemain. 

    Henning Mankell, L'homme inquiet, Seuil policiers, 2010, Prologue (p.10) 

    Comme il est loin de nous, déjà, le temps où on avait besoin des postes CB de nos radioamateurs pour avoir ce genre de renseignement. 

    Comme il est loin de nous aussi le temps où "dès le lendemain" était jugé le summum de la rapidité... 

    *** 

    pour passer de branché à ringard,
    le chemin devient de plus en plus court... 

    photo ci-dessus prise à Ostende en janvier 2018 

    une oeuvre de l'expo The Raft/Het Vlot

  • C comme chandeleur au château

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    Auguste le majordome et Angèle la femme de chambre se sentent en concurrence dans les faveurs de Madame. 

    Ils ne s'aiment pas, mais alors pas du tout!

    Pourtant Auguste trouve Angèle fort agréable à regarder, chignon impeccable, camée retenant un décolleté bien pudiquement fermé, tablier toujours irréprochablement blanc, mais Angèle le trouve plus snob que la plupart des invités de Madame, aux noms tellement plus ronflants que le sien, Auguste Quinquempoix!

    Tandis qu'il frise sa moustache Napoléon III, elle pouffe de rire mais elle ne le montre pas.

    Parfois, elle sourit avec douceur, alors il se méprend sur ses intentions, ses sentiments...

    Cependant, il lui a promis des crêpes, là sur le poêle à charbon de la buanderie, la pièce la plus chaude de l'office et surtout la plus intime; elle a accepté l'invitation comme ça, sur un coup de tête.

    Souvent, ils rient de la même chose au même moment, de tout et de rien, une maladresse, un bon mot, une connivence naissante.

    Surtout lorsqu'elle le regarde en pleine action et qu'il se brûle les doigts, la main, à la lourde poêle en métal et à la flamme trop vive.

    Mais, en fait, ils attendent tous deux le bon moment pour utiliser l'arme du crime...

    L'arme d'Angèle? Les longs ciseaux à la pointe effilée, accrochés à sa ceinture... 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio qui imposait la trame ci-dessous et n'autorisait que 15 verbes: 

    Sur cette heure délicieuse d'Alfred de Richemont, je vous propose un texte à trous. Il s'agit d'en trouver essentiellement les verbes (au nombre de  15) qui animeront votre histoire. Faites un récit comme il vous sied, humoristique, sombre, scientifique, philosophique, ésotérique, voire érotique !... Bien sûr, vous pouvez étoffer et compléter les phrases mais ne rajoutez pas de verbes.

     (X, personne 1) et ( Y, personne 2) ... 

    Ils ne ... 

    Pourtant X ... mais Y ....

    Tandis qu'il ... , elle ... mais elle ne ...

    Parfois, elle ... , alors il ... 

    Cependant, il... ; elle ...

    Souvent, ils...

    Surtout lorsqu'elle... et qu'il... 

    Mais, en fait, ils...

  • B comme Bruxelles ma belle

    Il paraît qu'il ne faisait que 2° cette nuit-là, entre une heure et trois heures du matin, pendant l'enregistrement de la chanson et le tournage de la vidéo ci-dessus. 

    Mais c'est bien joli, la gare Centrale la nuit... 

    et sur le site Bruxelles ma belle vous pourrez voir quantité d'autres artistes qui ont investi autant de lieux bruxellois différents.

  • Adrienne et Pablo

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    Quand les petits élèves de première année jouent à Picasso 

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    ils me feraient presque aimer le cubisme 

    cool 

    Une double feuille de papier journal, un bambou, de la peinture, une boite de conserve, du plâtre: 

    n'est-ce pas qu'elle a des idées géniales, ma collègue d'arts plastiques? 

  • Première musique de l'humanité

    Un matin de plein soleil, Théodore m'a fait venir dans ce joli salon, aux bonnes proportions, à peine assez grand pour la famille, où on ne pouvait surtout pas organiser de ces "petits concerts" qu'il avait en horreur: "Ecoute bien, Achille, je vais te faire entendre la première musique de l'humanité. On n'en a trouvé aucune qui soit plus ancienne. C'est l'hymne à Apollon de Delphes que j'ai déchiffré. Je ne suis pas fier de grand-chose, mais de cela, oui: j'ai pu faire écouter aux hommes les sons de la Grèce. Gabriel Fauré, il est un de nos amis, tu sais, a joué l'hymne, qu'il a arrangé, sur ce piano, tu n'étais pas là, tu devais avoir tes cours à Nice. Depuis j'en ai traduit un autre, mais il est moins beau, plus lent. Il y avait des erreurs dans l'inscription, j'ai eu tort de les corriger, c'était peu-être, après tout, les fantaisies de ce musicien de l'Antiquité dont on ne connaît pas le nom." 

    Adrien Goetz, Villa Kérylos, Grasset 2017, page 218.  

     Cette histoire m'intéressait, je lui demandai comment il avait fait pour lire une musique si ancienne. Il m'expliqua qu'on ne savait pas pourquoi, dans l'inscription gravée, des lettres apparaissaient au-dessus de certaines lettres. Il avait compris que c'était la manière grecque de noter la musique, avant l'invention des partitions. On avait beaucoup écrit déjà sur le sujet, il avait abordé le problème avec un regard neuf et simple. J'étais fasciné. 

    Adrien Goetz, Villa Kérylos, Grasset 2017, page 219.  

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    J'écoutais s'élever chaque note, comme si on reconstruisait un temple devant moi: cette musique est belle, grave, pleine de mystère. Je la jouais à l'harmonica, la nuit, devant la mer. [...] Je trouvais une parenté entre ce rythme lent et les chants corses de mon enfance (...) 

    Adrien Goetz, Villa Kérylos, Grasset 2017, page 219.  

    Même le second hymne, je l'ai trouvé très beau, plus répétitif, plus lancinant, une danse rituelle, peut-être plus vrai. Fauré ne l'avait pas retouché. J'ai été un lecteur fervent de l'ouvrage de Théodore, La Musique grecque, qu'il estimait utile, disait-il avec un sourire malicieux, à deux sortes de gens: "Les musiciens qui savent un peu de grec et les hellénistes qui savent un peu de musique, deux catégories qui ne sont pas bien nombreuses." 

    Adrien Goetz, Villa Kérylos, Grasset 2017, page 220.