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  • O comme oiseaux

    Dimanche dernier, à la fête de l'Iris, de drôles d'oiseaux attendaient sagement de pouvoir participer à la parade.

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    D'autres tout aussi beaux - bien que sans plumes - se laissaient gentiment photographier

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     Il y avait même des oiseaux à moustaches
    très entourés et très admirés
    par toutes ces dames

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     et dans le petit parc à côté de l'Albertine
    quelques volées d'oiseaux fureteurs
    tout heureux de découvrir des tas de livres
    offerts "pour qu'ils circulent"

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    et merci à Mme Chapeau, grâce à qui cet après-midi nous découvrons "de ganzenfanfare"!
     
  • O comme orteil

    Chère Adrienne

    Merci de penser à moi. Il me manque une petite part de moi-même. On a dû m’amputer d’un orteil du pied gauche à cause d’une blessure mal soignée (est-ce assez bête, surtout pour un diabétique!).

    Pour le moment, je ne peux pas bouger et je m’ennuie beaucoup. Evidemment, j’ai beaucoup de temps pour lire.

    Il faudra que je retienne la leçon et que désormais je me soigne mieux.

    Le bonjour à vous tous.

    Ivan

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    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-414/

    Cher Ivan

    Il y aura donc deux aspects positifs à ce qui t’arrive: tu vas mieux prendre soin de toi et tu pourras lire toute ta bibliothèque ;-)

    J’espère que la blessure guérit bien et que bientôt tu pourras faire quelques pas… juste à temps pour le printemps qui arrive.

    Bon rétablissement!

    Adrienne

    ***

    la neige sur la peinture proposée par Lali
    s'accordait parfaitement à l'époque de cet échange de mails
    entre Madame et un collègue
    en mars dernier

    Il n'y a pas que l'Adrienne
    qui a un orteil en compote
    Clin d'œil

  • O comme Olivier

    La vie d'Olivier est réglée comme du papier à musique. Oui, c'est un cliché, mais il convient parfaitement.

    Chaque matin à sept heures, il ferme sa porte derrière lui, dépose sa grosse mallette dans le coffre de sa voiture de fonction et part pour une journée de travail.

    Peu avant dix-sept heures, il est de retour chez lui. Vide sa boite aux lettres, enfile un jogging et court une petite heure, montre en main. Il rentre trempé de sueur et content de lui.

    Le samedi matin, entre neuf et dix, il fait ses courses pour la semaine. Toujours au même endroit. Toujours les mêmes choses dans son chariot.

    Il ne reçoit jamais de visites. Et quand dans la nuit du samedi au dimanche il découche, toute la rue le sait.

    C'est notre lot à tous, dans ces quartiers de petites maisons sans garage, où les nombreux retraités n'ont rien de mieux à faire qu'à observer la rue à l'abri de leur voilage.

    Et à vous prouver par leur conversation - tout à fait anodine - qu'ils ont tout vu Langue tirée

     

    vie quotidienne,ça se passe comme ça,maison à vendre

    photo prise d'une agence immobilière d'Ath

     

     

  • O comme Ostende

    Nous avons pris des trains

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    Nous avons vu la mer

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    Nous avons visité une expo

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    Nous avons pris des photos sans savoir que c'était interdit 

     Ostende, expo,peinture

    Léon Spilliaert
    De zeedijk van Oostende vanop het staketsel gezien (1)
    aquarelle, vers 1910

    Nous avons admiré un arc-en-ciel

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    ***

    (1) la digue d'Ostende vue depuis l'estacade

  • O comme objection!

    Tout le monde écrit des abécédaires Langue tirée

    Le dernier en date, c'est François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4038

    Faudra que j'invente autre chose si je ne veux pas me sentir imitatrice ou imitée Innocent

  • O comme ouèche?

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    © Kot

     http://www.bricabook.fr/2014/11/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-142e/#comment-42497

    - Où tu vas encore, à cette heure ? dit le père.

    - C’est ton nouveau jean que tu as mis dans cet état ? demande la mère.

    - Tu ne vas tout de même pas sortir comme ça ? dit le père.

    - Mais qu’est-ce qui t’a pris de taillader un jean tout neuf ? crie la mère.

    Rouler les yeux dans les orbites en regardant le plafond, hausser les épaules, soupirer profondément, lâcher un « c’est la mode ! », attraper la veste au portemanteau, sortir de l’appartement, dévaler les marches – parce que même si on est au sixième, ça va encore plus vite que d’attendre l’ascenseur – inspirer profondément l’air pourtant vicié de la rue, s’engouffrer dans la station de métro la plus proche, sauter dans une rame, s’affaler sur un siège, pousser le son de la musique.

    N’importe où, n’importe où c’est mieux que chez soi, avec le père, la mère, les petits, les voisins, leur télé, les odeurs de graillon et de soupe aigre qui s’infiltrent par tous les interstices.

    Un texto s’affiche :

    - La jeura !

    Ce n’est qu’alors qu’apparaît un sourire sur ses lèvres. Si sa BFF a la haine, la soirée promet d’être intéressante. Il va peut-être enfin se passer quelque chose…

    ***

    merci à Leiloona pour ce jeu

    et merci à Cobra le cynique pour son Dictionnaire de la Zone
    qui a déjà été si utile à Madame
    pour ses cours de Djeun

    http://www.dictionnairedelazone.fr/definition-lexique-o-oueche.html

    http://www.dictionnairedelazone.fr/definition-expression-j-avoir_jeura.html

  • O comme Octavio

    Destino del Poeta
    Octavio Paz

    ¿Palabras? Sí, de aire,
    y en el aire perdidas.

    Déjame que me pierda entre palabras,
    déjame ser el aire en unos labios,
    un soplo vagabundo sin contornos
    que el aire desvanece.

    También la luz en sí misma se pierde.

    poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     Destin du poète
    Octavio Paz 
     
    Mots? Oui, d'air,
    et dans l'air perdus.
     
    Laisse-moi me perdre parmi les mots,
    laisse-moi être l'air sur des lèvres,
    un souffle vagabond sans contours
    que l'air dissipe.
     
    Même la lumière se perd en elle-même.

    poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     Het lot van de dichter
    Octavio Paz

    Woorden? Ja, van lucht
    en verloren in de lucht.

    Laat mij mezelf verliezen tussen de woorden,
    laat mij de lucht zijn op lippen,
    een zwervende zucht zonder grenzen
    die de lucht verdrijft.

    Ook het licht verliest zich in zichzelf.
    (traduction de l'Adrienne)

     poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     trois photos prises en Andalousie en février 2012

  • O comme O négatif c'est positif

    Une étude américaine suggère qu'il y aurait un lien entre notre groupe sanguin et certains risques pour la santé.

    Je lis dans l'article du magazine Knack (voir le lien ci-dessous) que le groupe O présente moins de risques pour les maladies cardio-vasculaires. Je vais donc m'empresser de rassurer ma mère, qui est persuadée qu'elle mourra du coeur, alors qu'elle l'a en acier trempé.

    http://www.knack.be/nieuws/gezondheid/bloedgroep-bepaalt-risico-op-geheugenproblemen/article-normal-326957.html

    Le lien vers l'étude (en anglais): http://www.neurology.org/content/early/2014/09/10/WNL.0000000000000844.short?rss=1

    Personnellement, je me dis que si mon O négatif me protège contre la sénilité, c'est bien, mais il faudra tout de même que je meure de quelque chose Langue tirée

     

  • O comme Oceano Mare

    La mer, c'est notre bout du monde d'enfant de cinq ans qui a du mal à s'imaginer qu'au delà de toute cette eau, il y a l'Angleterre, comme on le lui dit. Qui croit que quand elle saura nager, c'est là qu'elle ira.

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    Ostende, 13 août 2014

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    La mer et le vent, aucun souci n'y résiste.

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    On ne s'en lasse pas

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     "De l'aube claire jusqu'à la fin du jour"

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    quand les pêcheurs de crevettes partent pour la nuit

     (le titre du billet est emprunté à Alessandro Baricco
    http://tecalibri.altervista.org/B/BARICCO-A_oceano.htm)

    "Potrebbe essere la perfezione"

    comme cet arc-en-ciel, par exemple

     

    mer,ostende,italien,littérature

     

  • O comme oubli

    Dans le bus qui nous emmène de Vilnius à Kaunas, le couple à côté est italien. Madame compulse son guide et en lit de longs passages à Monsieur, qui s'est mis à l'aise et a fermé les yeux. Il a l'air de manquer de sommeil.

    Madame a bien préparé son voyage: son guide déborde de "post-it" sur les trois côtés et à l'aide d'un marqueur fluo jaune elle a surligné environ la moitié du texte. Parfois plus.

    - Tiens! dit-elle tout à coup en arrêtant sa lecture et en regardant son mari, cette église-là, je ne me souviens plus si on l'a vue... 

    - Moi je ne me souviens d'aucune... répond-il.

      voyage

     l'orgue de Saint-Casimir à Vilnius

    voyage

    et sa coupole

  • O comme obscurité

    Il avait installé son mobile home sur une petite plage entre Saint-Jacut-de-la-Mer et Saint-Cast-le-Guildo. Même en plein été, l'endroit était fort calme et connu seulement des gens du coin qui venaient y gratter le sable à la recherche de coquillages. Mais on était en novembre: personne ne viendrait le déranger. Peu après seize heures, l’obscurité était déjà totale.

    Il avait fait la route d'une seule traite depuis Bruxelles et les "pistolets" achetés le matin étaient juste un peu ramollis. Il s'installa sur la banquette sous la petite lampe avec un paquet de beurre et une barquette de jambon et se mit à tartiner largement l'intérieur des deux moitiés de ses petits pains, après en avoir ôté toute la mie. Une manie de son père qui irritait beaucoup sa mère et qu'il avait reprise, sans doute uniquement dans le but de la faire enrager à son tour. Certainement pas par piété filiale envers un homme qui avait la main lourde et le verbe cassant.

    Pendant toute sa petite enfance, il avait versé bien des larmes. A dix ans, il s’était déjà endurci et son cœur aujourd’hui ne lui servait plus qu’à pomper du sang. La solitude avait été sa seule compagne. Il avait un dégoût profond pour le moindre signe d’émotion. Ce qui l’avait toujours rebuté chez les femmes, pour peu qu’il en ait fréquenté, c’était cette larme à l’œil ou ce trémolo dans la voix, pour un oui pour un non. En réalité, il s’agissait d’une peur d’enfant, incontrôlable comme une panique, qui l’avait lentement anesthésié. La dernière fois qu’il avait pleuré, il avait reçu une taloche qui l’avait envoyé en bas de l’escalier. C’est un miracle qu’il ne se soit rien cassé et il se demande encore comment ses parents auraient expliqué « l’accident » si l’issue en avait été fatale.

    Il éteignit et entrouvrit un des vasistas. La chaleur dans le véhicule lui semblait tout à coup étouffante. Il se coucha tout habillé et cala un oreiller dans sa nuque.

    Il sentit que des larmes s’écoulaient du coin de l’œil et suivaient doucement le parcours de ses rides. Il comprit pourquoi, quarante ans après les faits, il était revenu dans cet endroit.

    ***

    Jeu d’écriture basé sur une page de ce livre-ci : http://www.zulma.fr/livre-comment-va-la-douleur-458.html

    et réalisé avec ce programme absolument magique: http://www.zulma.fr/atelier-ecriture3.html

    Remerciements toujours aussi éternels à Joe Krapov

     Sourire

    jeu,fiction,vive l'internet

    http://www.saintcastleguildo.com/fr/galerie-photos-saint-cast-le-guildo/category/3-le-milieu-naturel-les-plages.html

  • O comme ô temps suspends ton vol...

    - Marie !!! Téléphone !!!

    Elle est à l’étage, dans la chambre du fond, où elle fait son repassage.

    - Mais décroche ! crie-t-elle à son mari tout en dégringolant les escaliers.

    - Pourquoi ? De toute façon, ce sera sûrement ta mère.

    Pierre est dans le fauteuil, un verre d’alcool de poire à la main, en train d’écouter des valses et des préludes de Chopin. Dans sa version préférée, avec Maurizio Pollini. Pour une fois, le magazine Diapason lui donne raison: « Vertige du détail mais esprit de synthèse, Presto final vertigineux, qui avance davantage comme une mécanique implacablement remontée que comme un tourbillon de folie. » Un commentaire d’Yves Petit de Voize, c’est tout un poème, mais sans les rimes.

     jeu,fiction,muanza,musique

     http://www.marelibri.com/t/main/3306848-chopinfrederic/books/AUTHOR_AZ/250?l=en

    De sa main libre, Pierre bat la mesure, comme si le beau Maurizio avait besoin d’un chef d’orchestre.

    C’est ainsi que va la vie, le dimanche après-midi. C’est ainsi que Pierre s’enivre, plus de musique que d’alcool.

    Dehors, Muanza joue avec le chien. Il essaie de ne pas penser à demain.

    ***

    écrit pour le tout dernier Désir d'histoires
    selon les consignes suivantes:

    tourbillon – baïne (ou vie) - valse - dégringoler - étage - vertige - enivrer - alcool - poème - rime - raison

     Soit vous prenez tous les mots, soit vous en sélectionnez minimum cinq et vous ajoutez la consigne suivante : il doit y figurer une conversation téléphonique.

    jeu,fiction,muanza,musique

    Merci Olivia et bon vent!

  • O comme odeur de sainteté

    "Le suore, preoccupate della salute dell'anima nostra, ci insegnavano che ogni sacrificio offerto al Signore si trasmutava in fiore odorosissimo nell'orto del Cielo"

    Elsa Morante, Aneddoti infantili, Einaudi 2013.

     

    Autre extrait qui m'a rappelé des souvenirs: "Les religieuses, préoccupées du salut de notre âme, nous enseignaient que chaque sacrifice offert au Seigneur se transformait dans le jardin du ciel en une fleur au merveilleux parfum."

    Je n'ai eu qu'une seule institutrice portant le voile. Du point de vue humain et pédagogique, elle a été la meilleure de toutes.

    Bien sûr, la religion était au centre de sa vie et sa foi très vive.

    Sa théorie à elle différait un peu de celle des religieuses d'Elsa Morante: elle nous racontait qu'un sacrifice offert à Dieu était récompensé au centuple. 

    - La preuve, nous dit-elle un après-midi, l'autre jour j'ai donné de bon coeur mon dernier stylo à quelqu'un qui n'en avait pas et le lendemain on m'en a livré toute une boite en cadeau!

    Nous étions fascinées et toutes prêtes à croire qu'elle recevrait bientôt les stigmates, exactement comme sa sainte préférée, Thérèse de Lisieux.

  • O comme objets

    La pipe de l’arrière-grand-père. Fourneau noir et brûlé. La tabatière en métal blanc brillant avec des motifs gravés. Le cendrier octogonal en métal blanc.

    La moustache de la fausse grand-mère. Elle se rasait pourtant. Mais elle aurait dû le faire quotidiennement, comme un homme.

    La casquette du grand-père paternel. Sa blouse gris clair. De coton raide, empesé, bien repassé.

    Le corset de la grand-mère maternelle. Je vais enlever mon corset, voilà la phrase que je lui ai sûrement le plus entendu dire. Objet de torture inutile. Symbole de frustration.

    La chevalière du grand-père maternel. Elle est si usée qu’elle est toute lisse. Impossible de deviner qu’il y a eu des lettres gravées dessus. Il l’utilise pour frapper aux fenêtres, aux portes, sur la table ou le bureau… quand il a un message à faire passer, un ordre à donner.

    L’astrakan de la mère. Une veste trois quarts qui s’évase sur les hanches. Pourquoi n’a-t-elle pas épousé un homme qui puisse lui offrir l’ocelot, la loutre, le renard argenté dont elle rêvait ? Les rubis, les émeraudes, les diamants, les triples rangs de perles qu’elle convoitait ? et la Daimler assortie ?

    Le journal du père. Celui derrière lequel il se cache chaque fois qu’il n’a pas envie de participer à la conversation, d’avoir une question à laquelle répondre, un avis à donner. Celui qu’il lit de la première page, colonne de gauche, en haut, à la dernière, colonne de droite, en bas.

    - Tu ne le connais pas encore par cœur ? dit la mère.

  • O comme Ostende à Bruxelles

    Deux Ostendais à Bruxelles

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     Leon Spilliaert, Carnet de croquis, 1907-1909

    (photo prise au Musée Fin de Siècle à Bruxelles)
    Pour voir un de ses autoportraits, suivre ce lien vers le musée d'Orsay: http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=851&L=0&tx_commentaire_pi1%5BshowUid%5D=9680&no_cache=1

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    James Ensor, Le lampiste, 1880,
    est une des premières oeuvres de l'artiste

    (photo prise au Musée Fin de Siècle à Bruxelles)

    Pour une rétrospective James Ensor, suivre ce lien vers le Musée d'Orsay:
    http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/article/james-ensor-23206.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=649&cHash=14de26bf1a

     

  • O comme Oremus

    Comment aurait-il pu prévoir quel serait son sort, lui qui vivait toujours à visage découvert, lui qui croyait que son emploi au sein de l’armée le mettait à l’abri de la comédie des faux-semblants, de la farandole des mensonges déguisés en vérités, du bal des grimaces et de l’hypocrisie ?

    Croyait-il vraiment pouvoir unir encore longtemps ce qu’il croyait être le meilleur de deux mondes, d’un côté son travail de mécanicien à l’armée et de l’autre sa vie de famille avec Rosemonde, sa machine à coudre, et leur petit garçon ? Vie sans mystère d’un homme qui croit ne rien devoir dissimuler, rien celer, et dont l’unique satisfaction est de contempler ce petit bonheur, à la tombée du jour, assis devant sa porte, sous le manguier aux fleurs jaune crème, comme de longues plumes pailletées qui embaument l’air du soir.

    Comment aurait-il pu prévoir que l’homme au pouvoir, ce monstre aux pieds d’argile, voyant s’approcher le moment des élections, prendrait peur. Peur de l’usure du pouvoir. Peur de l’issue du scrutin.

    Alors on a recours aux vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves : enlèvements, incarcérations, disparitions, assassinats… sous d’habiles camouflages, bien entendu.

    D’abord Baako, le frère aîné. Puis Muanza.

     muanza,jeu,fiction

    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mango_flower.jpg

    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°20
    avec les mots imposés:

    Visage, camouflage, armée, plume, jaune, déguiser, bal, argile, mensonge, embaumer, comédie, celer, mystère, pailleté, crème, farandole, grimace, hypocrisie, dissimuler, unir, usure, unique. 

     muanza,jeu,fiction

    pour ceux qui ne sauraient pas ce qui est arrivé à Baako, c'est ici
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/03/15/m-comme-muanza.html

    pour ceux qui veulent tout savoir sur Muanza, suivre le tag 'muanza'
    Cool 

  • O comme oubli

    Quand elle est arrivée à la Gare du Nord, elle a rapidement dépassé la foule. Voyageuse sans bagages, elle s’est dirigée d’un bon pas vers les portillons du métro. Heureusement, il lui restait un ticket de son précédent voyage à Paris, elle n’aurait pas à faire la queue aux guichets ni devant une borne qui en fin d’opération signale qu’elle n’est pas en mesure de fournir le billet commandé.

    Un trajet en bus aurait été plus agréable que la foule compacte, les couloirs venteux et l’ambiance surchauffée de la ligne 4 du métro mais il fallait qu’elle soit à l’heure à Montparnasse. A huit heures cinquante, elle avait un train pour Granville. Trois heures de trajet, largement le temps de finir le Maupassant qu’elle avait emporté pour l’occasion. Toujours sa manie de vouloir lire « in situ » des lectures appropriées à sa destination… Elle avait fini de relire Les Diaboliques entre Bruxelles et Paris, sous prétexte que Barbey d’Aurevilly était né dans la Manche. Elle avait laissé le volume sur la banquette du train, dans l’espoir de lui offrir une seconde vie.

    A Granville, il était juste midi. Elle avait le temps de manger un sandwich au jambon cru et de s’offrir un café avec une dernière douceur avant le départ du bus. Il était blanc, décoré de boules vertes et bleues et portait l’inscription Manéo. Ma… Manche ? et ? o… océan ?

    A Granville, c’est le Maupassant qu’elle a laissé sur le petit banc de l’abribus. Elle était prête, elle n’avait plus besoin de lecture. Elle a fermé les yeux pour mieux respirer l’air du large. Il faisait frais et humide, c’était normal, en cette saison.

    Pour la modique somme de deux euro vingt, elle allait pouvoir admirer la mer pendant une quarantaine de minutes : la ligne 4 va jusqu’à Avranches en longeant la côte. Il n’y avait presque personne en ce lundi midi de sorte qu’elle pouvait contempler le paysage en toute tranquillité: Saint-Pair-sur-Mer, Jullouville, Carolles, Champeaux, chaque nom de lieu lui faisait venir un léger sourire aux lèvres.

    Après Champeaux, c’était tout de suite Saint-Jean-le-Thomas. Le bus s’était arrêté devant un hôtel-restaurant. Comme elle s’y attendait, elle ne reconnaissait rien dans ce village. C’était sans importance. Elle n’était pas venue pour remuer des souvenirs. Elle était venue pour la mer, avec ses marées basses qui laissent découvertes de longues distances de sable et ses marées hautes qui vous surprennent d’un coup, vous obligeant à retrouver la côte à la nage, ou qui vous engloutissent inexorablement.

    Comme l’été de ses huit ans. Elle se promenait avec le petit frère à la main et la mer montante les avait surpris. Elle en a eu des cauchemars pendant des années, elle se revoyait tirer l’enfant vers la plage où leur mère lisait tranquillement un magazine. Jamais elle n’avait su qu’elle avait failli perdre son fils chéri.

    Seul le père avait été inquiet, ne les voyant plus :

    - Où étiez-vous tout ce temps ? avait-il demandé.
    - Là-bas…

    Elle avait fait un geste vers la baie et le Mont.

    - On a été loin ! a dit le petit frère, dont elle tenait toujours solidement la main, alors que tout danger était écarté.
    - A l’avenir, vous resterez toujours là où on vous voit, c’est compris ?

    Elle avait bien senti à son ton et à sa voix qu’il s’était fait du souci. Il avait peur de l’eau et ne savait pas nager, qu’aurait-il pu faire, sur cette plage déserte ?

    Bien sûr, elle avait promis de ne plus jamais s’éloigner et cette promesse n’avait pas été difficile à tenir. Elle avait eu trop peur pour le petit frère, qui n’avait que trois ans et ne savait pas encore nager.

    Tout ça était bien loin, à présent, et elle n’avait plus de promesse à tenir pour personne. Elle poussa la porte du bar Chez Marcel et s’installa pour un dernier café en feuilletant une ultime fois le calendrier des marées. Il s’agissait de ne pas se tromper.

    Elle paya sa consommation et se rendit aux toilettes, où elle fit disparaître dans les profondeurs des poubelles à clapet le peu de choses qu’elle avait encore sur elle, son portefeuille, ses papiers d’identité.

     

    Puis elle se dirigea vers la plage Saint-Michel. La marée était effectivement au plus bas et le flux promettait d’être sans pardon.

    fiction,père

    image du site de la commune
    http://www.saintjeanlethomas.com/Les-pecheries-prehistoriques-de-Saint-Jean-le-Thomas_a55.html

  • O comme ô les beaux jours!

    Ils arriveraient un soir. Ils auraient un peu peur, un peu froid. Ils seraient un peu perdus. Ici, chez moi, ils seraient rassurés et pourraient se réchauffer, se restaurer. Ils recevraient ce que j’ai de meilleur.

    Je leur montrerais la chambre. Le grand lit. Les jouets. Le radiateur serait branché, les rideaux tirés. Ils n’auraient pas assez d’yeux pour tout découvrir. Ce serait merveilleux de les voir s’acclimater, petit à petit. Nous nous mettrions ensemble à jouer et à nous découvrir.

    Le ménage aurait bien sûr été fait à fond, pour ne laisser aucune trace, aucune odeur des précédents.

    Je serais très patient. J’ai tout mon temps.

    Plus jamais ils ne sortiront d’ici.

    ***

     Tentative d'approche

    Ecrire un texte de cœur au conditionnel décrivant la projection d’une rencontre. Rencontre un peu inespérée dont on va mettre en place les conditions. Le conditionnel permet à l’imagination de s’emballer et se joue de la difficulté de la rencontre. Le narrateur peut avoir n’importe quel âge n’importe où. On est dans la projection de la rencontre mais pas nécessairement dans le registre amoureux. (Poudreurs d'escampette 187)

    ***

     

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    Tentative d'approche...

     

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    mais mon duo comique reste méfiant Langue tirée

  • O comme odelette

    Au printemps l'oiseau naît et chante : 
    N'avez-vous pas ouï sa voix ?... 
    Elle est pure, simple et touchante, 
    La voix de l'oiseau — dans les bois !

    Gérard de Nerval, Dans les bois in Odelettes (1853)

     

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    recréer sur la fenêtre du bureau
    le décor bucolique qu'on vient de quitter

    Rigolant 

  • O comme ô temps, suspends ton vol...

    Ô Temps, suspends ton vol...

    ... ou alors démultiplie-toi et donne-moi des journées et des nuits doubles en longueur.

    Minimum.

    J'ai ma future chambre à terminer et la chambre d'amis à finir de tapisser

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    J'ai les planchers de tout l'étage à récurer et à vernir.

    J'ai une salle de bains à refaire maintenant qu'on y a installé un escalier escamotable.

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    Et après je pourrai m'occuper du rez-de-chaussée, où on a enfin accroché un WC (mais pas de porte), où presque toutes les plinthes sont mises et où l'électricité est presque installée...

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    Ô Temps, suspends ton vol...

    parce qu'il me faut aussi empaqueter, trier, jeter, vider, mettre en boite

    parce que le temps fraîchit terriblement et que je vis toujours sans chauffage

    Ô Temps, suspends ton vol...

    parce que j'ai les classes les plus nombreuses et que je veux aussi bien faire ce travail-là.

    Merci infiniment.

  • O comme Ô mystère!

    La vie de la petite se déroule dans trois lieux très différents. Jusqu’à quatre heures, il y a l’école. Elle aime les silences studieux pendant lesquels on résout des problèmes de robinetterie et de trains qui se croisent. Elle adore les dictées pleines de pièges et de hiboux, choux, genoux, cailloux, la lecture d’une belle histoire à intrigue compliquée, les secrets échangés à la récré avec Anne, sa meilleure copine, l’odeur de sa nouvelle gomme ou celle de l’encre sombre qu’on verse dans les petits encriers de porcelaine. Oui, elle aime l’école.


    Pour les repas et le reste du jour, il y a la grand-mère. La petite se sent bien sous son regard doux et bienveillant. Une fois passé le mauvais cap de la soupe-avec-des-fils ou de la purée à l’oseille, on a la récompense du dessert, une crème aux œufs à la vanille, une tarte au riz ou à la semoule. La petite aime les heures qui s’égrènent là avec lenteur, la langueur des soirées en attendant le retour de grand-père, le gros poêle à charbon qui luit dans la pénombre, le coucou qui la fait sursauter toutes les demi-heures. Oui, elle aime être là, chez grand-mère.

     

    Mais pour la nuit, il faut rentrer à la maison. Monter dans sa chambre. Couchée dans le petit lit, elle regarde par la fenêtre que le rideau ne cache qu’à moitié. Dans la brume du soir, le paysage baigne dans une atmosphère oppressante. La petite a peur de tout ce qu’elle croit voir dehors. On dirait que là il y a une lanterne qui bouge. Serait-ce saint Nicolas qui se promène sur les toits ? Elle est fascinée par le divin, la magie et l’ésotérique mais tout ça s’embrouille dans sa tête. Oui, la nuit, elle a peur de son ombre. Elle préfère dormir chez grand-mère.

     

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    écrit pour les Plumes d'Asphodèle n°12
    avec les mots imposés
    silence, secret, regard, brume, cacher, dessert, chambre, hibou, résoudre, gomme, œuf, intrigue, divin, oppressant, baigner, ésotérique, magie  et : luire, langueur, lanterne. 

  • O comme origines

    Ils avaient roulé en petites étapes, quelques jours de flânerie, de vacances, par les voies secondaires. Pas question de passer par les grandes villes ou les autoroutes. La camionnette râlait un peu dans les montées, les freins couinaient dans les descentes, mais ils étaient heureux et le petit Maurice semblait très bien s’accommoder de leur nouvelle vie. Il dormait bien dans son hamac, mangeait tout ce qu’on lui donnait, gazouillait tout seul en faisant des bulles de salive.

    Marine posait la main sur la jambe de Bruno, Bruno posait la sienne sur elle, entre deux embrayages. Oui, ils étaient heureux, ils avaient fait le bon choix, se disaient-ils. Plus le but de leur voyage approchait, plus ils ressentaient une excitation joyeuse, comme dans ces westerns que Bruno connaissait par cœur, quand il était gamin, où des caravanes de pionniers, après une traversée semée d’embûches, arrivaient en vue de leur terre promise.

    Leur terre promise, ils l’ont atteinte le troisième soir. Bruno consultait un petit plan griffonné au crayon sur un bout de papier de boucher ; lui seul était capable d’y lire la route à suivre. Il s’est engagé dans des routes de plus en plus étroites et sinueuses, puis dans de la caillasse, enfin dans un chemin d’herbes sèches. Il s’est arrêté sous un grand frêne et un peuplier qui pousse au bord de l’eau. Après avoir arrêté le moteur, ils ont entendu le bruit de la rivière, qui retombait en petites cascades autour de gros rochers gris. Ils sont sortis de la camionnette avec des gestes lents, impressionnés par la beauté du lieu.

    - Tu vois ? souffle-t-il à Marine en lui mettant le bras autour de la taille. Tu vois comme c’est beau ?

    Elle s’avance vers la rivière puis fait demi-tour, entre dans la camionnette et en ressort avec le petit Maurice, qu’elle a réveillé.

    - Je veux qu’il voie ça en même temps que nous, dit-elle.

    L’enfant geint un peu mais est vite attiré par la vue de l’eau, le bruit de la cascade et le grand rire de son père qui lui tend les bras.

     

    roman de l'été

    suivre le tag "roman de l'été" si on veut relire les chapitres 1 et 2

  • O comme oral

    A la veille des examens, en Terminale, Madame avait demandé à ses élèves de se donner les uns aux autres tous leurs bons conseils pour "bloquer intelligent" (1) et c'était merveilleux de les entendre: il faut dormir assez, manger équilibré, faire un bon planning, commencer à temps, voir si on comprend tout, structurer la matière... Merveilleux, vous dis-je.

    Mais lors des oraux, Madame distribue des mouchoirs en papier.

    C'est que les émotions sont fortes et les nerfs à fleur de peau. Pourquoi? On s'y est pris trop tard, on a sous-estimé la quantité, on n'a pas eu le temps de dormir.

    Pourtant Madame fait tout ce qu'elle peut pour aider et mettre à l'aise.

    - Elle est tombée dans ... dans ...
    - C'est un mot qui commence par un p..., dit Madame. Un pi...
    - ... dans un ..., dans un ...
    - un piège, finit-elle par dire. Car il faut bien que l'examen se poursuive. Alors l'élève, tout heureux, comme si c'était lui l'examinateur:
    - Ouiiiiiii! c'est çaaaaaaa! 

    (1) bloquer, c'est du belge pour étudier, bûcher

  • O comme oreillons

    Lundi soir, on prévient Madame que la petite Julie - élève de Terminale, 18 ans en juillet prochain - a les oreillons.

    Madame aime beaucoup la petite Julie, son mètre cinquante toujours monté sur de très hauts talons (mais comment fait-elle pour tenir debout là-dessus?) et ses trente-cinq kilos d'endurance et de ténacité. Petite Julie qui un jour a confié à Madame qu'à chaque 20 du mois, il reste encore dix jours à tirer mais que le portemonnaie parental est vide.

    Petite Julie qui travaille dur chez elle, à l'école et comme 'jobiste' a donc les oreillons.

    - Surtout qu'elle reste chez elle! se fâche la directrice! D'ailleurs elle aurait dû rester chez elle la semaine passée aussi, au lieu de venir contaminer tout le monde!

    Voilà qui fait de la peine à Madame, grande admiratrice de la vaillante petite Julie, venue à l'école cette année avec des béquilles, en chaise roulante, malade... pour rater le moins possible de cours. La petite Julie croit qu'un bon diplôme lui permettra de vivre mieux que ses parents et Madame espère de tout coeur qu'elle pourra réaliser son rêve. La petite Julie veut devenir infirmière accoucheuse.

    Vendredi, les élèves de Terminale font la fête. Bien sûr, la petite Julie aimerait en être. Elle a assez travaillé pour ça. Et puis, elle participe à quelques numéros de danse pour lesquels elle s'est beaucoup entraînée. La fête des Terminales, c'est le top du top de l'année et de toute la carrière en secondaire.

    - Et vendredi, s'énerve la directrice, je ne veux pas la voir ici! C'est bien compris? Je compte sur toi pour le lui dire!

    Madame a l'habitude d'être la messagère des mauvaises nouvelles, cela doit être inscrit quelque part dans ses statuts de coordinatrice. Elle téléphone d'abord à un tas d'instances officielles qui se mettent en branle (oreillons, contagion, garçons, embryons... vous suivez?) puis mardi soir, elle téléphone à la petite Julie pour prendre de ses nouvelles.

    - Elle est vraiment très malade, dit sa maman. Elle dort tout le temps. Et avec les oreillons, on ne peut rien faire, juste attendre que ça passe...

    Madame promet de rappeler jeudi.

    - Vous savez quoi, dit la maman, le médecin a changé d'avis.

    La petite Julie dansera à sa fête, vendredi. Elle n'a pas les oreillons, mais une sinusite Langue tirée

     

  • O comme offrande

     

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    Je m’appelle Shaya. En 1996, j’ai fait partie des tout derniers bébés adoptés par des familles étrangères avant que le pouvoir birman ne l’interdise totalement. J’ai donc grandi en Europe et je ne connais de mon pays que le peu que nous en savons tous : les dictatures et répressions militaires d’une part et l’opposante nobélisée Aung San Suu Kyi d’autre part.

    L’hiver de 2012, pour mon 17e anniversaire, j’ai enfin pu faire la connaissance de ce merveilleux pays et de l’hospitalité de ses habitants. Ça a été une véritable révélation, un coup de foudre, malgré la barrière de la langue, le manque de confort, l’absence d’internet, du portable ou parfois même de l’électricité.

    Si merveilleux pays qu’on en oublierait presque le régime de fer sous lequel ses habitants doivent vivre.

    Je sais déjà que j’y retournerai, quoi qu’il arrive.

    écrit pour le blog http://amillemains.wordpress.com/

  • O comme orange

     Cherchez l'erreur

    Mon amie I*** croit très fort aux vertus de l’orange. « Mets de l'orange dans ta vie », me conseille-t- elle un matin où elle porte justement un pyjama de cette teinte.

    « C'est une couleur qui ne me va pas du tout », lui dis-je. « Il me donne une mine blafarde, limite verdâtre. »

    C'est du moins ce qu'il m'avait semblé apercevoir dans le miroir de la salle de bains, il y a une quinzaine d'années, ou peut-être vingt, la première et la dernière fois que j'avais mis un pull orange. Depuis, il dort dans l’armoire. Même les mites n’en veulent pas.

    I*** avait dû fouiller tous les placards de ma cuisine pour dénicher une tasse teintée d’un peu d'orange et y verser le café de son petit déjeuner.

    La veille, à son arrivée, elle m’avait offert un porte-clés. Orange, bien sûr. Mais comme je n'irradiais pas assez de joie de vivre, selon elle, le porte-clés seul ne suffirait pas. Alors ce matin, pour lui faire plaisir, et aussi peut-être un peu comme Niels Bohr, à qui on demandait avec étonnement en voyant le fer à cheval qui était cloué au-dessus de sa porte:

    – Comment ? Un grand scientifique comme toi croit en ce genre de superstitions ?

    Et qui avait répondu :

    – Il paraît que ça aide même si on n’y croit pas…

    Ce matin, donc, "avec son ciel si gris qu'un canal s'est pendu" (1), je ressors de dessous la pile le pull orange. Les mites n'en ont toujours pas voulu. Je m'en suis courageusement revêtue et ne me suis pas regardée dans le miroir.

    Au travail, quelques collègues m’ont complimentée, croyant que j’arborais un vêtement neuf.

    – Il est joli, ton nouveau pull! me dit K***, qui est assise en face de moi.

    – C’est une couleur qui ne me va pas, lui ai-je resservi, comme je venais de le dire aux deux autres juste avant elle.

    – Ah mais si! Si, si! Ça te donne du peps !

    Du « peps » ! Le vilain mot est encore tombé. Comment peut-on, quand on est correctrice et Quality Control Manager, utiliser un mot qui ne se trouve même pas dans le Petit Robert ?

    - Tu trouves ? ai-je demandé d’un air probablement si sceptique qu’elle s’est cru obligée de monter d’une octave dans le registre laudatif :

    – Ab-so-lu-ment ! Tu devrais en porter plus souvent !

    Le reste de la journée, j’étudie l’effet « peps » de mon pull orange sans rien ressentir de particulier.

    – C’est toi, le seul orange qui me donne du « peps », dis-je le soir en retrouvant mon chat Pipo, sa fourrure d’un beau roux fauve et son œil borgne.

    Puis le téléphone sonne.

    – C’est moi, dit mon amie G*** d’une voix méconnaissable.

    Je l’entends prendre son inspiration puis elle me dit :

    – J’ai le cancer du sein.

    Je crois que je vais remettre définitivement ce pull au placard.

    ***

    (1) Merci Jacques Brel, pour ton Plat pays (qui est le mien).

    Texte écrit pour Lu si n°4

  • O comme obédience

    C'était les années 80 et nous allions fêter l'anniversaire de mon grand-père dans un restaurant ardennais. En cours de route, nous dépassions maintes voitures - c'est un petit jeu que l'homme-de-ma-vie adorait - et nous nous amusions des nombreux autocollants qui les ornaient. Des petits Belges bien tranquilles déclaraient leur flamme pour la Catalogne ou la Bretagne indépendantes, pour les chiens, les chats, ou toute la faune autochtone par un "Ik rem ook voor dieren" ("je freine aussi pour les animaux"), les routiers (sympa), le judo ou les pompiers.

    Mais ça ne faisait pas rire mon grand-père.

    - C'est ridicule! disait-il. C'est ridicule d'afficher ainsi toutes ses opinions!

    Nous, on ne le comprenait pas bien, on trouvait ça assez innocent. Alors il ajoutait:

    - On a le droit d'aimer ce qu'on veut, mais qu'on le garde pour soi!

    Et son menton tremblait d'énervement.

    Il faut dire qu'un de ses meilleurs amis avait été envoyé à Büchenwald pour avoir affiché certaines sympathies vers 1942-43. Alors bien sûr, ça rend prudent. Mon grand-père disait qu'il devait sa survie à sa discrétion.

    ***

    Le champion actuel de l'incitation à la prudence, c'est le bourmestre d'Anvers. Il a déclaré dernièrement qu'aux guichets de sa ville, il était interdit de travailler vêtu d'un T-shirt arc-en-ciel.

    Selon lui, porter un T-shirt arc-en-ciel revient à se déclarer "d'obédience homosexuelle".

    Obédience, c'est le mot qu'il a employé. Il assimile donc l'homosexualité à une religion ou à un parti politique. Ou à la franc-maçonnerie LOL. Obédience, obéissance, soumission. Nos journalistes ont dû se plonger dans les dictionnaires pour vérifier le sens de ce mot, car il est encore moins usité en néerlandais qu'en français.

    Dans un pays où le "mariage pour tous" est inscrit dans la loi depuis dix ans, il a également déclaré: "Je n'ai rien contre les homosexuels, mais..."
    Vous saisissez? Exactement comme on dit "je ne suis pas raciste, mais..." ou "je n'ai pas de conseil à vous donner mais à votre place...".

    Depuis ses déclarations, on n'a jamais tant vendu de T-shirts et de pin's arc-en-ciel.

    Il paraît que ce vêtement, qu'on n'avait encore jamais vu aux guichets de la ville d'Anvers, pourrait y faire son apparition ces jours-ci Langue tirée

    ***

    un journal flamand: http://www.demorgen.be/dm/nl/5036/Wetstraat/article/detail/1572716/2013/02/02/De-Wever-verbiedt-homokledij-achter-loket.dhtml

    un magazine francophone: http://www.levif.be/info/actualite/belgique/les-politiques-et-les-medias-flamands-condamnent-la-derniere-sortie-de-de-wever/article-4000243252522.htm

    obédience.jpg
    merci à Joe Krapov pour la photo
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2013/02/09/26370082.html

  • O comme opéra

    geen 012.JPG

    la Monnaie
    hiver 2012-2013
    Bisou
    j'aime j'aime Bruxelles

  • O comme optimisme

    "Je suis optimiste parce que je trouve le monde féroce, injuste, indifférent.

    Je suis optimiste parce que j'estime la vie trop courte, limitée, douloureuse.

    Je suis optimiste parce que j'ai accompli le deuil de la connaissance et que je sais désormais que je ne saurai jamais.

    Je suis optimiste parce que je remarque que tout équilibre est fragile, provisoire.

    Je suis optimiste parce que je ne crois pas au progrès, plus exactement, je ne crois pas qu'il y ait un progrès automatique, nécessaire, inéluctable, un progrès sans moi, sans nous, sans notre volonté et notre sueur.

    Je suis optimiste parce que je crains que le pire n'arrive et que je ferai tout pour l'éviter.

    Je suis optimiste parce que c'est la seule proposition intelligente que l'absurde m'inspire.

    Je suis optimiste parce que c'est l'unique action cohérente que le désespoir me souffle.

    Oui, je suis optimiste parce que c'est un pari avantageux: si le destin me prouve que j'ai eu raison d'avoir confiance, j'aurai gagné; et si le destin révèle mon erreur, je n'aurai rien perdu mais j'aurai eu une meilleure vie, plus utile, plus généreuse."

    Le credo de l'optimisme moderne, in Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent..., Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2010, pages 105-106

    ***

    Je suis exactement le même genre d'optimiste Cool

    beethoven schmitt.jpg

    photo prise du site des éditions Albin Michel

  • O comme organisation

    "Viens dormir à l'appartement", me dit ma mère dimanche dernier. "Vu que je n'y serai pas de toute la semaine, il est libre."

    La proposition était tentante. Surtout que lundi après les cours, il y avait entretien avec les parents, et que rentrer vers vingt heures dans une maison froide n'est pas très engageant... impossible de réchauffer l'atmosphère en si peu de temps.

    Donc lundi matin je suis arrivée à l'école avec tout un barda, sac à dos avec mes affaires pour la nuit et le lendemain, sac en bandoulière avec mon ordinateur portable, dans la main droite le casse-croûte pour la journée et dans l'autre main les gros sacs pour l'école.

    Heureusement, à sept heures et demie du matin, seules les femmes de ménage me voient arriver Langue tirée

    ***

    Première nuit à l'appart: je ne réussis pas à me connecter à Internet et je ne dors que quatre heures: le divan-lit est dur comme une planche et juste à côté cliquète l'ascenseur.

    Mardi soir, je rentre chez moi: il y a mes chats, mon frigo qui est plein de nourriture (celui de ma mère est vide, bien entendu) et ma connexion Internet. Qui m'occupe si tard que je décide de ne pas retourner en villet. Je m'installe un matelas dans le living où j'ai réussi à faire monter la température jusqu'à 15°.

    Evidemment, mes affaires de toilette sont restées à l'appart.

    Je vous épargne la suite de mes déménagements successifs, avec toujours quelque chose qu'on oublie, la voiture qu'il faut garer loin, l'envie d'être ailleurs...

    ***

    Mercredi, huit heures du soir.

    Cette femme qui traverse la place du marché en sandales crades avec un gros oreiller sous le bras et un grand cabas, c'est l'Adrienne.

    Les passants ne savent plus s'ils doivent s'étonner en voyant ses pieds ou son étrange bagage. Mais l'Adrienne marche le sourire aux lèvres: elle est arrivée à un point où elle ne ressent plus aucun souci du qu'en-dira-t'on.

    Ou presque Cool