O - Page 4

  • O comme offre

    L’offre d’Adrienne

    Le défi n° 10 (11 mai 2008) disait : Offrez un lieu qui ne vous appartient pas (un monument, une ville, un pays, la maison de votre voisin…) à la (aux) personne(s) de votre choix.

    « Bonjour ! Oui, c’est moi, votre prof de français cette année J Vous pouvez entrer. Les vestes au portemanteau, s’il vous plaît ! Bonjour, toi ! tu vas bien ? Pas de chewing-gum en classe, s’il te plaît ! La poubelle est ici… Bonjour ! Tu as passé de bonnes vacances ? Et ton frère, ça va ? Ah ! il ne recommence que le 20 septembre, lui ;-) Bonjour ! oh dis donc, tu es bien bronzée, toi J , tu as passé de bonnes vacances ? Bonjour, entrez, entrez… Tout le monde est là ? Je vais fermer la porte…  Tout le monde a trouvé une place ? Il en reste une ici, viens te mettre ici, toi… Oui, toi… tu t’appelles J***, n’est-ce pas ? Tu es le frère d’A***, non ? C’est bien ce qu’il me semblait. Elle va bien, ta sœur ? Tu lui feras un petit bonjour de ma part…

    Vous pouvez vous asseoir… Voyons, voyons, vous êtes combien, là ? 27 ? Et bien, heureusement que je connais déjà quelques-uns d’entre vous… Je vous préviens tout de suite, j’ai du mal avec les noms… mais je fais des efforts ! La preuve, j’ai déjà un peu potassé à l’aide des listes de l’année dernière J Oui mais voilà, il y en a qui ont drôlement changé leur look depuis l’année dernière… »

    Et ainsi de suite, la première heure de cours peut commencer.

    ***

    J’ai un lieu qui ne m’appartient pas mais que j’offre chaque année à une centaine d’élèves, un lieu où nous sommes toujours un peu à l’étroit mais que je voudrais rendre accueillant et convivial, à la fois confortable et propice à la réflexion, aux échanges, au travail. Un îlot de francophonie dans un océan de néerlandais et d’anglais, ma petite île généralement ensoleillée sur laquelle chacun est obligé de ne parler que le français.

    C’est « ma » classe...

     

    ... et j'y attends mes futurs élèves avec une impatience grandissante Cool

  • O comme orage

    Il y a trois jours, Murphy dormait. Ou alors c'était une journée faite pour illustrer le proverbe que "le hasard fait bien les choses". Ou Gott était mit uns. Ou ce que vous voulez.

    A 7.30 h, j'étais déjà au marché pour acheter des plants de choux de Bruxelles et des poireaux. La veille, j'avais récolté et arraché les petits pois et préparé le terrain. A huit heures, je suis passée chez l'ami G*** et sa femme. J'ai ainsi pu voir leur fille cadette, une ancienne élève, qui leur amenait ses deux petits garçons pour la journée, T*** qui va avoir 3 ans et C***, tout juste 6 mois. Je ne connais rien de plus joli au monde qu'un bébé ni de meilleur au coeur que de s'en voir confier un, l'espace d'une visite.

    Rentrée chez moi, il faisait beaucoup trop chaud pour planter mes légumes, qui auraient grillé sur place; je les ai mis dans un seau d'eau, à l'ombre, et j'ai dénoyauté deux kilos de cerises. J'avais juste fini quand les premières gouttes sont tombées.

    J'ai donc planté mes choux de Bruxelles et mes poireaux et semé un peu de laitue, de haricots et de radis sous une fine petite pluie bienfaisante. Et au moment où je terminais et que je rangeais mes outils, le véritable orage a éclaté, apportant enfin l'eau tellement nécessaire au potager.

    N'est-ce pas magnifique?

    Je suis curieuse de voir le résultat de ces travaux le 20 ou le 21 juillet, quand je rentrerai chez moi.

    orage.jpg
    Une des belles photos d'orage sur site http://www.alertes-meteo.com/orages/photos2.htm où on affirme qu'elles sont gratuites et libres de droits.
  • O comme obiit

    Ce jour-là, les jolis yeux bleus de L***, 17 ans, sont un peu plus fixes que d'habitude et ses pommettes un peu plus rouges. Je vois de l'amertume au coin de sa bouche.

    Elle vient m'annoncer que son cousin est mort l'avant-veille et qu'elle ne pourra pas faire son examen de maths à cause de l'enterrement.

    Je suis atterrée devant tant de douleur muette.

    L*** n'a ni frère ni soeur, ses deux cousins sont sa plus proche famille. Et voilà que celui qui avait tout juste 21 ans s'est écrasé contre un arbre par un beau matin ensoleillé.

    - Oui, me dit L*** sobrement, ça fait réfléchir...

    Son cousin, au moment de l'accident, était occupé à envoyer des SMS...

  • O comme ortie

    Au printemps, ce sont les belles et bonnes sauvages, dont l'ortie, qui me dépannent merveilleusement quand le frigo est quasi vide et que pour les légumes frais il faut attendre le marché du lendemain.

    Ainsi l'autre soir, avec une cuisse de canard confite qui traînait là pour le cas où (date de péremption en juin prochain) et des gnocchi (idem) je me suis fait des orties - comme d'hab' rincées, grossièrement hachées, passées deux fois une minute au micro-ondes... vous commencez à savoir, n'est-ce pas. J'y ai ajouté les gnocchi déjà cuits et un peu de crème fraîche et c'était hmmmmm...

    Avec ça je me suis offert une bouteille de derrière les fagots, vestige de ma splendeur passée (lol), un ou même deux verres d'Aloxe-Corton 1995, boudiou de boudiou c'est bien vrai que la vie est belle, quelquefois :-)

    Et c'est bien vrai aussi que les dames qui vous piquent l'homme-de-votre-vie ne le font pas pour ses beaux yeux... quoi qu'il en pense ;-)

     

  • O comme ortie

    - Vous avez une forte carence en fer, me dit le médecin. Est-ce que vous mangez de la viande?
    - Et bien, oui, de temps en temps...

    J'avais plutôt eu peur que l'analyse sanguine révèle un taux de cholestérol trop élevé, vu que je carbure beaucoup au Saint-Marcellin, reblochon, morbier, pecorino e tutti quanti... miam avec du bon pain aux noix et un excellent verre de vin rouge :-)

    Mais non, carence en fer, donc.

    - Il faut manger un bon bifteck de temps en temps, me dit le médecin. Ou du boudin rouge, si vous aimez ça.

    Hem... le boudin rouge, à part celui que je faisais moi-même, in illo tempore, quand mon beau-père tuait un cochon que la fermière avait engraissé aux patates et au petit-lait...

    Et puis, ces jours-ci, c'est la meilleure époque de l'ortie! Ne contient-elle pas du fer, elle aussi? En cherchant sur le net ses propriétés "médicinales" je suis tombée sur des sites qui en vendent à 9,90 € pour 20 gelules ou à 3 € les 50 grammes à prendre en tisane.

    Chez moi, il n'y a qu'à se baisser et à cueillir... après avoir mis ses gants de ménage jaune fluo, bien sûr. On les rince, on les essore dans le panier à salade, on les coupe grossièrement, on les étuve à sec une minute ou deux dans le micro-ondes et hop, on les ajoute aux pâtes à l'encre de seiche et coulis de tomates et on les sert avec un beau pavé de saumon. Re-miam... avec un bon verre de Batàr, agricola Querciabella (Toscane), vous m'en direz des nouvelles :-)

    J'ai toujours été une enfant docile: j'ai acheté du bifteck. Mais il est resté au frigo.

  • O comme Olivier

    Olivier commençait à trouver le temps un peu long…

    Olivier commençait à trouver le temps un peu long.
    Il était arrivé en début d’après-midi dans la petite ville de R***. Tout y paraissait endormi, un peu figé, d’un autre siècle, en quelque sorte.
    Il avait rendez-vous avec Yann qui devait l’aider à se trouver un chapeau. Un chapeau ! Lui qui ne portait même pas de bonnet au plus fort de l’hiver allait devoir s’exhiber en chapeau haut-de-forme au mariage de sa sœur. Il s’était fait piéger.

    Et pourquoi ce rendez-vous dans cette petite ville de nulle part ? N’y avait-il donc plus de chapeliers à Bruxelles ? Gillis, rue du Lombard ?
    - Non, gros bêta, il ne fait que les dames !
    - Christophe Coppens ?
    - Tu rigoles ! Je veux du classique, un bel et authentique haut-de-forme, avait dit Sarah.
    Une petite sœur qui se marie, peut-on lui refuser ses quatre volontés ? D’ailleurs, personne ne résistait à Sarah.
    - Alors Lemesre, rue de l’Ecuyer ? fit-il dans une dernière tentative de s’éviter ce voyage à R***
    Mais non, elle avait arrangé ce rendez-vous pour lui avec Yann, fin connaisseur (parce que Breton ? ils ont des chapeaux ronds ? ha ha ha, ne me faites pas rire !) mais qui n’arrivait pas.

    Olivier en avait assez de poireauter devant le numéro 17 de la rue au Vin. Une chapellerie, en effet. Trois grandes baies vitrées un peu désuètes et une rue où personne ne passait.  Où étaient donc les habitants de cette ville ?
    Des chapeaux, des casquettes, exposés sobrement, certains accrochés au plafond, d’autres à une sorte de porte-manteaux ou sur des présentoirs.
    Il entra seul. Tant pis pour les avis experts de Yann, il s’en passerait.

    A l’intérieur, le magasin se composait d’une vaste salle avec deux longs comptoirs. Au fond et sur toute la longueur à droite, des rayonnages avec des cartons à chapeaux. A côté de l’entrée, un grand miroir où on pouvait se voir en pied.
    La porte de l’arrière-boutique s’ouvrit sur un homme petit, rond, chauve. Affable et souriant.

    L’affaire fut vite conclue. Le chapelier avait tout de suite déterminé d’un œil averti qu’Olivier avait une taille 56 et qu’il était pressé d’en finir.
    - Le mieux, dit le brave homme, ce serait qu’on assouplisse un peu le tour de tête. Ce sera plus confortable, surtout si vous n’avez jamais porté de chapeau. Si vous le désirez, je vous montrerai comment nous autres artisans procédons pour détendre un peu le feutre à la vapeur. C’est tout simple et ça ne durera pas longtemps, j’ai la bouilloire toute prête sur le feu. Si vous voulez bien me suivre…

    C’est seulement alors qu’Olivier aperçut Yann, sa moustache à la Maupassant et son chapeau rond. Piégé, lui aussi. Dans la main de l’affable chapelier brillait un scalpel.

    (ma participation au défi 95 de samedi défi)

    défi95

    collage réalisé par Tiphaine (http://elbolg.canalblog.com/) pour le défi du samedi

  • O comme Ouadagoudou Himalaya

    Qui me dira comment fonctionne mon cerveau? et ce qui déclenche ma mémoire?

    En me dirigeant l'autre jour vers la cuisine pour y réchauffer une souris d'agneau au micro-ondes (avec des haricots Borlotti et des carottes miam) voilà que je me mets à chanter à tue-tête "Ouagadougou Himalaya olé ola! Quasimodo Caligula olé ola!"

    Si ça ne vous dit rien, c'est sans doute que vous êtes très jeune. Si ça vous dit, c'est que peut-être comme moi vous écoutiez "les disques demandés" sur Radio-Hainaut dans les années 70.

    Bizarrement, je ne me souviens plus très bien des deux premiers couplets, par contre je peux encore chanter les derniers:

    Au PMU, Monsieur Tom gagne à tous les coups
    Ouadagoudou Himalaya olé ola
    Il ne sait plus où il va cacher tous ses sous
    Quasimodo Caligula olé ola

    et puis

    Depuis ce temps-là dans les hippodromes olé ola
    Plus personne ne voit jouer Monsieur Tom olé ola
    Depuis qu’il est riche, la femme de son cœur olé ola
    Préfère aux pouliches, les chevaux-vapeur

    Voilà donc le genre de textes que ma mémoire peut encore restituer avec presque quarante ans d'écart, comme ça, out of the blue... et j'aimerais bien savoir pourquoi.

    Acapulco Bérézina!

  • O comme obituaire

    Un matin froid devant l'ordi. Je visite "rituellement" les blogs de ma liste de liens. Je peux le faire, car elle est assez courte, contrairement à ce que je vois chez beaucoup d'autres. Mais au moins ça lui fait mériter le terme de "liens". Je me comprends.

    Je m'attarde toujours chez Lire est un plaisir, je lis tout, j'écoute les interviews, je note des titres de livres à acheter. Alors que je ne sais déjà plus où mettre mes nouvelles acquisitions et que j'ai plus de cinq livres en route. Je sais, c'est grave, docteur ;-)

    Parfois je suis quelques liens. Comme en ce matin froid celui qui me mène sur le blog d'Apolline Elter. Où je suis foudroyée par cet extrait-ci:

     "Mon passé avait pour présent la douceur et pour avenir la menace. Mon présent a pour présent le désert et pour avenir l'inconnu. Mon avenir aura pour passé l'expérience et pour présent la méfiance. L'avenir de mon avenir ne m'intéresse pas plus que le passé de mon passé"

    La femme quittée, Raphaële Vidaling, roman, Grasset, 2003, p 41

    Voilà, me dis-je, c'est exactement ça qui t'est arrivé. Chaque mot est juste. Je le relis une deuxième fois, lentement. Oui, c'est ce que j'ai ressenti, moi aussi. C'est  comme une mort.

    Mais de celles qui permettent une renaissance.

    Même si c'est dans la méfiance ;-)

  • O comme oeil poché

    Un oeil poché, une estafilade à la base du cou, une entaille au front.
    Des bleus sur le bras et l'avant-bras droits et au coude gauche.
    Un oeuf de pigeon sur la hanche droite, des bleus ici et là sur la jambe.

    A part ça rien de cassé.

    Mais il vaut mieux que je ne me montre pas à la piscine ces jours-ci, on pourrait croire que je me suis fait tabasser.

    Alors qu'en me rendant de ma cuisine à ma chambre à coucher, qui ne sont pas séparées de beaucoup plus de sept mètres et qui sont de plain pied, je suis tout simplement tombée dans les pommes .

    Trois fois.

  • O comme orange

    - Mets de l'orange dans ta vie, me conseille I

    C'était la couleur du pyjama qu'elle portait ce matin-là et celle du porte-clé qu'elle m'avait offert la veille. Je le lui montre:

    - Voilà, dis-je, c'est fait.

    J'ai très peu d'orange dans ma vie. Ce n'est pas du tout ma couleur préférée. I avait fouillé toute l'armoire pour y dénicher une tasse avec un peu d'orange, pour le café du petit déjeuner.

    Comme je n'irradiais pas assez de joie de vivre, selon elle, le porte-clé seul ne suffirait pas. I croit très fort aux vertus de l'orange, mais il en faut apparemment une certaine dose.

    - C'est une couleur qui ne me va pas du tout, lui dis-je. Il me donne le teint blafard, limite verdâtre.

    C'est en tout cas ce qu'il m'avait semblé voir dans le miroir de la salle de bains, il y a une quinzaine d'années, ou peut-être vingt, la première et la dernière fois que j'avais mis un pull orange.

    Et puis voilà qu'un samedi matin "avec son ciel si gris qu'un canal s'est pendu", je ressors de dessous la pile ledit pull orange. Je constate que les mites non plus n'en ont pas voulu. Je m'en suis donc courageusement revêtue et ne me suis pas regardée dans le miroir.

    Quant à savoir s'il m'a enveloppée d'une aura de bonheur...

  • O comme Ottawan

    Je suis toujours heureuse d'avoir des nouvelles de mes anciens élèves.

    Je suis toujours très heureuse quand ils se donnent la peine de dire ou d'écrire quelque chose en français.

    Mais si une ancienne élève a découvert ceci sur Youtube et me promet de le chanter à tue-tête la prochaine fois qu'elle a un bout de route à faire avec des copains... http://www.youtube.com/watch?v=eEVHZYPEXAw ... dois-je être folle de joie?

    LOL

  • O comme Ovide

    Ovide - Les Métamorphoses - III

     

     Traduction (légèrement adaptée) de G.T. Villenave, Paris, 1806

    Sémélé (III, 253-315)

    L'univers parla diversement de cette action de la déesse. Les uns trouvèrent sa vengeance injuste et cruelle; les autres l'approuvant la jugèrent digne de sa sévère virginité; et chaque opinion eut ses preuves et ses raisons. La seule épouse de Jupiter songeait moins à louer ou à blâmer la déesse qu'à se réjouir des malheurs de la famille d'Agénor. Sa haine contre Europe, qui fut sa rivale, s'étendait à sa postérité. Une injure nouvelle ajoutait encore à son ressentiment. Sémélé portait dans son sein un gage de l'amour de Jupiter. Junon s'indigne et s'écrie : "Pourquoi ajouterais-je encore des plaintes à celles que j'ai tant de fois vainement fait entendre ? c'est ma rivale elle-même que je dois attaquer. Je la perdrai; elle périra, s'il est vrai que je m'appelle encore la puissante Junon; si ma main est digne de porter le sceptre de l'Olympe; si je suis la reine des Dieux, la sœur et l'épouse de Jupiter ! Ah ! je suis du moins sa sœur ! Mais peut-être que, contente de l'avoir rendu infidèle, Sémélé ne m'a fait qu'une légère injure ? Non, elle a conçu. Ma honte est manifeste. Elle porte dans son sein la preuve de son crime; elle veut donner des enfants à Jupiter, honneur dont moi-même à peine je jouis ! Est-ce donc sa beauté qui l'a rendue si vaine ? eh bien ! que sa beauté la perde ! et que je ne sois pas la fille de Saturne, si par son amant, par Jupiter lui-même, elle n'est précipitée dans le fleuve des Enfers".

    [273] Elle dit, et descend de son trône. Un nuage épais l'environne; elle marche au palais de sa rivale. Bientôt, sous les traits d'une vieille, elle sort de la nue; elle ombrage son front de cheveux blancs; elle ride ses traits, courbe son corps, marche d'un pas tremblant, prend une voix cassée, et revêt enfin la figure de Béroé, qui naquit à Épidaure, et fut nourrice de Sémélé.

    Après avoir avec adresse et par de longs détours fait tomber l'entretien sur le souverain des Dieux, elle soupire et dit : "Je souhaite que votre amant soit en effet Jupiter lui-même; mais enfin je crains tout. Plus d'un mortel osa se servir du nom des dieux pour tromper des vierges innocentes. Mais si c'est Jupiter qui vous aime, cela ne suffit pas encore. Il faut qu'il vous donne un gage éclatant de son amour. Priez-le de descendre en vos bras avec tout l'appareil de sa grandeur, tel qu'il est en un mot, lorsque Junon le reçoit dans les siens".

    [287] L'innocente fille de Cadmus s'abandonne aux perfides conseils de la déesse. Elle demande à Jupiter une grâce, mais sans la désigner : "Choisis, dit le dieu; rien ne te sera refusé; et afin que tu ne puisses en douter, je le jure par le Styx, le Styx dieu lui-même et la terreur de tous les dieux".

    Sémélé se réjouit du mal qu'elle s'apprête. Trop puissante sur son amant, et près de périr victime d'une complaisance fatale : "Montrez-vous à moi, dit-elle, avec l'appareil et la gloire qui vous suit dans le lit de Junon". Le dieu aurait voulu l'interrompre, mais ces mots précipités avaient déjà frappé les airs. Il gémit; il ne peut annuler ni le vœu de son amante, ni le serment qu'il a fait. Accablé de tristesse, il remonte dans les cieux. Il entraîne les nuées; il rassemble la pluie, les vents, les éclairs, le tonnerre, et la foudre inévitable. Il tâche, autant que cela lui est permis, d'en affaiblir la force. Il n'arme point son bras des feux trop redoutables avec lesquels il foudroya Typhon; il en est de plus légers : les Cyclopes en les forgeant y mêlèrent moins de flammes et de fureur. Les dieux les appellent des demi-foudres. Jupiter les saisit et descend avec tout l'appareil de sa puissance dans le palais des enfants d'Agénor. Mais une simple mortelle ne pouvait soutenir cet éclat immortel; et Sémélé fut consumée dans les bras même de son amant. Cependant Jupiter arracha de son sein l'enfant à demi formé qui devait naître de leur amour; et, s'il est permis de le croire, il le renferma dans sa cuisse, et l'y conserva tout le temps que sa mère aurait dû le porter. Sœur de Sémélé, Ino l'éleva secrètement dès le berceau, et le confia bientôt après aux nymphes de Nysa, qui le cachèrent dans leurs grottes profondes, et firent du lait son premier aliment.

    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Meta/03.htm

  • O comme onze

    Généralement, j'ai deux ou trois livres en route, parfois quatre. Cela me permet de lire en fonction de mes envies ou humeurs du moment. Mais hier soir j'ai constaté que j'en avais pas moins de onze en route. Une sorte de record, sans aucun doute.

    Les voici dans l'ordre alphabétique des auteurs, puisque c'est plus ou moins ainsi que je compte réorganiser ma bibliothèque:

    1. Daniel Arasse, Histoires de peintures, chapitre 4, L'invention de la perspective. C'est un livre qu'il faudrait pouvoir lire dans une bibliothèque spécialisée car sa lecture vous met sur la piste de tant d'autres ouvrages qu'à tout moment vous avez envie de le poser pour aller en consulter un autre. Ce qui fait que je le dépose pour aller rechercher des noms et des oeuvres sur Internet et que ma lecture devient "plurielle". C'est là où on voit qu'on croyait connaître déjà un petit quelque chose mais qu'en fait on a à peine mis le bout de l'orteil dans un océan de savoirs.
    2. Carol Clewlow, Not married, not bothered, chapitres non numérotés mais suivant l'ordre alphabétique - hé oui, comme mon blog -, je suis au K is for... Kinder. J'ai pris ce livre pour deux raisons, l'utile (entretenir mon anglais) et l'agréable (rigoler). C'est agréable et moins futile qu'il n'y paraît.
    3. Jean-Paul Dubois, Une vie française, j'ai terminé le chapitre Charles de Gaulle et dois commencer à Alain Poher mais je serais sûrement plus avancée dans sa lecture si je ne m'étais pas dispersée dans dix autres livres.
    4. Guareschi, Mondo piccolo Don Camillo, acheté à Rome en mai dernier pour me faire plaisir. Je savoure un chapitre à la fois et revois les films avec Fernandel dans ma tête. Prochain épisode: Delitto e castigo.Mon édition BUR 2008 est illustrée de 38 dessins de l'auteur, ce qui est un plus.
    5. Arthur Japin, Een schitterend gebrek, qui m'a été prêté par des amis à qui j'avais dit que je ne lisais que très rarement en néerlandais. Mais la "conversion" n'aura pas lieu grâce à ce livre-ci, qui a le tort, à mes yeux, de trop s'inspirer d'oeuvres que je connais bien, comme Les liaisons dangereuses, par exemple. L'auteur raconte le premier amour de Casanova: il a dix-sept ans quand il rencontre Lucia. C'est elle la narratrice. Arrêt page 79.
    6. Amin Maalouf, Léon l'Africain, en rade page 48 depuis plus d'un an, chaque fois que je le reprends en main je le redépose, allez savoir pourquoi. Il faudra que je recommence depuis le début en espérant être "prise" par l'histoire.
    7. Diane Meur, Les vivants et les ombres, mon coup de coeur de ces derniers mois, celui-là je l'ai dévoré et terminé: 633 pages dans mon édition de poche mais on voudrait que ça ne s'arrête pas... Ce livre a tout pour me plaire, belle histoire, leçon d'histoire, magnifique écriture, originalité du point de vue, de la construction. Je le recommande.
    8. Alberto Moravia, Racconti romani, que je me suis aussi acheté à Rome en mai dernier. A Florence, dans le quartier de San Frediano, j'ai lu Le ragazze di San Frediano. A Rome, j'ai lu les Racconti romani mais je n'ai pas pu terminer le livre. J'ai lu encore quelques histoires dans le train la semaine passée mais en fait je me garde ce livre pour mon prochain séjour romain.
    9. Orhan Pamuk, Istanbul, dans le but de me cultiver un peu en vue d'un voyage à Istanbul. C'est un gros pavé, c'est très dense, et pour moi assez exotique. Quoique. J'avance à petites doses dans cette lecture, je suis au chapitre 10 et il y en a 37.
    10. Jean Teulé, Le Montespan, je crois bien que c'est une interview de l'auteur qui m'a décidée à acheter ce livre. Hier je suis allée voir sur Google images si sa Madame était vraiment si belle mais j'ai eu tort car de fil en aiguille je me suis mise à lire sa biographie et j'aurais préféré en savoir le moins possible sur elle avant d'avoir terminé ma lecture. Je suis au chapitre 33, le marquis arrive en exil en Guyenne.
    11. Bertrand Vergely, Petite philosophie de l'esthétique, troisième partie, L'art, chapitre un, A quoi sert l'art? Même problème qu'avec Daniel Arasse, le livre me met sur la voie de Kant, de Platon et d'autres que je me mets à lire en ligne et ça n'en finit pas. Il y a des chapitres que j'aimerais lire en classe avec mes élèves mais je crains que ça n'intéresserait que moi, finalement ;-)
  • O comme on voit de tout

    Il y a ceux qui n'ont pas apporté de quoi écrire et qui vous demandent de leur prêter un stylo

    ceux qui n'ont pas pensé à prendre un mouchoir et suent à grosses gouttes... ça fait ploc ploc sur leur feuille

    ceux qui sont venus en bermudas à fleurs

    ceux qui vous fixent intensément en guettant le moindre signe d'approbation pour continuer leur exposé

    ceux qui arrivent rouges, essoufflés, les mains pleines de cambouis, parce que leur chaîne de vélo les a lâchés en route

    ceux qui se sont aspergés de déodorant à vous en donner la nausée

    ceux dont les mains ou la voix tremblent, ceux qui bégaient, ceux qui soupirent, ceux qu'il faut mettre à l'aise avant de pouvoir les interroger

    ceux qui en partant vous demandent si c'était bien

    ceux qui vous demandent la permission de s'asseoir, vous disent bonjour, au revoir, merci et bonnes vacances

    ceux qui essaient de vous faire croire que ce texte-là, celui sur lequel vous les interrogez, est précisément le seul qu'ils ont un peu moins bien étudié

    ceux qui ont visiblement très peu dormi ces derniers temps

    ceux qui vous régurgitent textuellement ce que vous avez raconté et ceux qui prennent quelques libertés avec l'histoire littéraire

    ceux qui s'embrouillent tellement dans ce qu'ils disent que je ne peux pas m'empêcher de "faire cours" au lieu de les laisser se dépêtrer tout seuls

    ceux qui n'osent pas me regarder et me parlent en fixant leur feuille

    ceux qui me font le bonjour de la part d'un frère ou d'une soeur aînés

    tous ceux-là que je ne verrai plus l'an prochain et qui me manquent déjà

     

     

  • O comme Ortie

    Ces derniers mois, j'ai dégusté quelques "belles sauvages" de mon jardin, comme l'ail des ours, l'égopode ou le pissenlit (voir mon message du 7 mai dernier) mais ma grande vedette reste l'ortie.

    Je vais donc me dépêcher d'en faire encore une quiche ou un plat de pâtes - hé oui, moi je suis une grande fan des glucides ;-) et je ne pourrais pas me passer de mon pain quotidien - me dépêcher, disais-je, avant que mon champ d'orties ne fleurisse et monte en graines.

    Allez hop, mettons nos gants de ménage jaune fluo et allons cultiver notre jardin!

    ortie

  • O comme obèse

    Un monsieur assis juste devant moi est si gros que l'hôtesse de l'air vient lui tendre une "rallonge" pour la ceinture de sécurité.

    - Vous savez comment ça marche? lui demande-t-elle du ton dont on parle aux patients en phase terminale et qu'on se sent presque coupable d'être en bonne santé.

    Il fait oui de la tête.

    Je crois qu'on a la honte perpétuelle à partir d'un certain nombre de kilos en trop.

    Au moment où on peut quitter l'avion, il est debout et tient sa "rallonge" à la main.

    - Tu sais quoi en faire? lui demande sa femme.

    De nouveau il fait oui de la tête. Et tend discrètement l'objet à l'hôtesse. Qui le fait disparaître d'un geste preste.

  • O comme Orval

    J'étais en train de pédaler devant un film romantique (voir mon post du 13 février, k comme kiné) quand je remarque tout à coup que sur le bar où Angelina Jolie est accoudée pour vider son malheur on peut voir un verre d'Orval.

    Orval! Nos bons moines ont-ils payé pour ce genre d'apparition (si j'ose ce mot dans ce contexte)? Est-ce que ce genre d'apparition fait vendre une bière de plus? Est-ce que d'autres que moi ont relevé ce détail? Est-ce que ça ajoute à la notoriété de cette trappiste?

    Alors je me dis que je vais commencer une liste-des-films-où-apparaît-une-marque-de-bière.

    Cette affection particulière pour le petit jeu des listes est une chose que j'ai en commun avec quelques célébrités littéraires, comme Georges Perec ;-) Je le dis en toute modestie car sans Philippe Didion, je ne m'en serais sans doute pas aperçue. Lui aussi est un mordu de petites et de grandes listes. Ce qui fait que maintenant j'ose m'y adonner sans traîner la honte de passer mon temps à des puérilités: c'est une activité hautement littéraire cautionnée par de grands noms!

    lifeorsomethinglikeit

  • O comme oublier

    Oublier son odeur, oublier le son de sa voix, oublier comment c'était d'être dans ses bras, oublier le grain de sa peau, oublier sa chaleur, oublier.

    Oublier le début, le milieu et la fin de l'histoire.

  • Oui

    Oui aux bougies et à la jolie table. On ira au jardin chercher du lierre, du houx, du sapin... on verra ce qu'on trouve et ce qui nous inspire.

    Oui au repas préparé avec amour, au petit cadeau choisi avec soin. Comme le dit Brillat-Savarin dans ses Aphorismes:

    X.- Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger.

    XVIII.- Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé n’est pas digne d’avoir des amis.

    Oui aux chants de Noël, musique sacrée ou cantiques traditionnels. On chantera 'Il est né le divin enfant' et 'Maria die zoude naar Bethlehem gaan' même si on ne connaît plus toutes les paroles.

    Oui à l'ambiance calme et coin de feu, un bon verre et une bonne conversation.

    XX.- Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous votre toit.

  • O comme obiit

    Vénus Khoury Ghata         La voix des arbres            (extrait) 

     

    Qui a dit qu’il était mort
    On a simplement clos les volets de ses paupières
    et allumé un cierge pour rassurer son ombre
    Son nom gravé dans la pierre ?
    c’est pour apprendre aux oiseaux la dictée
    et ce trou de cimetière ?
    c’est pour compter les orteils du cyprès
    pour l’abriter puisqu’il pleut dans sa maison
    Qui parle d’enterrement ?
    Il a déménagé dans la terre
    pour percer avec un chardon.

  • O comme oui

    Oui j'aime la ponctualité, le sourire, la bonne humeur, l'humour, la décontraction.

    J'aime que ceux qui me demandent d'où je suis, en Belgique, soient au moins capables de situer trois villes belges... sinon que leur vaut ma réponse?

    J'aime les villes de bord de mer, les ports, les bateaux.

    J'aime les villes où on a laissé des arbres, beaucoup d'arbres. De grands arbres qu'on ne se sent pas obligés de mutiler chaque année sous divers prétextes.

    Héhé je finirai par dire j'aime Hambourg...

  • O comme Orti di via Elisa

    En cette année 2008, la ville de Lucca se doit de célébrer elle aussi un de ses 'enfants' les plus illustres, Giacomo Puccini. Il est né à Lucca il y a 150 ans, le 22 décembre 1858.

    Ce qui explique l'omniprésence du compositeur dans sa ville natale cette année, des parcours, des événements divers et des menus Puccini au restaurant.

    Ainsi au restaurant Orti di via Elisa où j'arrive un midi du mois d'août. Ce qui fait que j'ai le resto et tout le personnel pour moi toute seule. Le garçon est si désoeuvré qu'il surveille mon assiette et me la retire la dernière bouchée avalée pour m'apporter aussitôt la suivante.

    Mais le menu Puccini est excellent et je paie 28 euro tout compris, le pain, l'eau et le vin... c'est très biblique, n'est-ce pas.

     

  • O comme Osteria dei Cavalieri

    scamorza

     

    Osteria dei Cavalieri, via San Frediano, Pisa

    Je me régale un mercredi midi du mois de juillet pour 16 € avec un des trois plats du jour proposés (11 €)

    J'ai choisi la tagliata di manzo (du boeuf grillé) qui est servie avec le scamorza al forno (le fromage à droite sur la photo) et verdure grillate (voir photo).

    Questo è l'Italia!

  • O comme oser

    J'ai osé, j'ai enfin osé, il y a une quinzaine de jours, entrer dans un restaurant, un vrai restaurant, toute seule, et dire avec l'aplomb nécessaire au garçon qui s'avance vers vous: Une table pour une personne s'il vous plaît (ou quelque chose dans le genre)

    Et bien figurez-vous que ce jeune homme n'a pas trouvé ça anormal et qu'il s'est montré courtois et prévenant jusqu'au bout.

    Incroyable, non?Clin d'oeil

  • O comme ou

    Aujourd'hui ou demain (promesse)

    Le bien ou le mal (jeu vidéo)

    Oui ou non (vas-tu nous dire où tu as caché Bolivar? Montserrat, Emmanuel Roblès)

    L'un ou l'autre (François Coppée)

    Mort ou vif (The Quick and the Dead)

    Vaincre ou mourir (bataille des Thermopyles, 480 a.C.)

    L'aile ou la cuisse (Claude Zidi)

    Le Tartuffe ou l'imposteur (Molière)

    Le mariage de Figaro ou la folle journée (Beaumarchais)

    Ici ou là-bas (Diden Zegaoui)

    Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée (Alfred de Musset)

    L'oeuf ou la poule (Ménandre 1er et Nagasena)

    C'est lui ou moi (complexe d'Oedipe)

    Ici ou ailleurs (IAM)

    Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir (La Fontaine)

  • O comme oui oh oui!

    Oui j'aime les fruits, les fleurs, les arbres, les animaux, et même les humains la plupart du tempsClin d'oeil.

    J'aime la poésie, la peinture, l'histoire, l'archéologie. La mer! Oh la mer par tous les temps! J'aime avoir une bonne conversation avec les gens, apprendre plein de choses, d'autres idées, d'autres cultures, d'autres langues, d'autres cuisines. J'aime vivre là où je vis. Mon chien qui est mort. Les voyages qui font découvrir d'autres lieux et d'autres gens. Marcher dans la neige. Écouter une belle musique. Lire un bon livre. Prendre un bain chaud. Allumer un feu. Boire un litre de thé. Dormir toute une nuit. Entendre des enfants qui jouent. Voir des gens qui s'aiment. Admirer le jardin quand la pelouse est fraîchement tondue. Faire une bonne promenade dans la nature. Manger un bon petit plat, boire un bon vin. Faire des projets. L'odeur du foin coupé. L'odeur du bébé. J'aime que la vaisselle se fasse toute seule dans la machine pendant que j'écris mes bêtises sur mon blog.
  • O comme ortie

    La quiche à l'ortie (ou tarte à l'ortie) On en trouve une variation infinie sur les sites et blogs culinaires. Voici la mienne.Garnir un moule à tarte de pâte feuilletée. Hacher grossièrement 250 à 300 grammes de jeunes pousses d'ortie et les mettre deux fois une minutes au micro-ondes. En garnir la pâte feuilletée et ajouter par-dessus un œuf battu avec deux décilitres de crème et du parmesan à volonté. Enfourner pour 30 minutes.Simple, rapide et excellent!