P - Page 2

  • P comme patio

    Au sifflement aigu, il saisit et se retourne vivement. Dans le patio, une jeune fille en chemise natte sa chevelure. A terre, près d'elle, son chapeau de paille garni d'un ruban bleu et de roses blanches. C'est elle qui a émis ce sifflement?

    Sur une corde, des draps blancs sèchent et d'autres chemises, pareilles à celle qu'elle porte. Des chemises d'homme, sans col. Sur le bord de la fenêtre, un chat se lèche les pattes, consciencieusement, en fermant les yeux.

    La dernière fois qu'il a entendu un sifflement aussi strident, c'était pendant la guerre. 
    C'était une patrouille allemande qui avait découvert son ami Miguel. On ne l'avait plus jamais revu.

    A côté d'elle se trouve encore la grande bassine d'étain qui a contenu le linge à étendre.  Le patio respire la fraîcheur. Il doit faire bon s'y arrêter, s'y reposer, y bavarder.

    Pourquoi a-t-elle sifflé? Au plus il l'observe, au plus elle a l'air de se moquer de lui. Ses nattes faites, elle les enroule savamment autour de sa tête, comme si elle n'était pas consciente de sa présence. Ou plutôt comme si elle posait pour un peintre réalisant un tableau d'une jeune fille à sa toilette. Sur un banc de pierre est posée une cruche fêlée dans laquelle poussent des plantes grasses aux minuscules fleurs roses. Les fleurs sont envahies de papillons. 

    Sa coiffure terminée, elle se lève, prend d'une main l'escabeau sur lequel elle était assise et de l'autre la bassine d'étain d'où s'échappe encore un filet d'eau.

    C'est alors seulement qu'il remarque les langes qui sèchent sur un autre fil. 

    Debout derrière la grille dans la lumière du matin, il ne sait plus ce qu'il doit faire. Continuer sa route ou entrer par cette porte. Il a le souffle court d'un homme qui aurait fait des escaliers en courant.

    fiction

     

  • P comme peindre la mer

    Nous étions samedi à cette expo ostendaise, ce "salut d'honneur" à Jan Hoet et à la mer (1).

    Monsieur Neveu a des goûts très "classiques", ce qui est parfaitement normal à son âge. Il aime qu'un tableau représente quelque chose de réaliste et de reconnaissable et qu'il soit peint avec un minimum d'académisme. Son amour de la peinture s'arrête par conséquent aux impressionnistes.

    Il était tout juste d'accord pour trouver joli un tableautin représentant un canot de pêcheurs

    Oostende (6) - kopie.JPG
    Johan Barthold Jongkind
    Vissersboot op het strand, 1861 
    (musée d'Otterlo)

    Nous avons beaucoup rigolé en voyant l'oeuvre du Roumain Belu-Simion Fainaru: ce n'était pas une peinture mais un verre d'eau dans lequel il y avait un oeuf (cuit dur, je suppose). Sur la mini-surface d'eau flottait un minuscule bateau fait d'un peu de cire (ça ressemblait au dentier de mon arrière-grand-père), d'un cure-dents pour le mât et d'un triangle de papier pour la voile. On peut le voir ici: http://sofievandevelde.be/artists

     fainaru.jpg

    Après avoir scrupuleusement visité chaque recoin du musée que monsieur Neveu a trouvé joyeusement labyrinthique, nous étions tout de même d'accord que l'oeuvre qui nous plaisait le plus était absolument moderne. Il s'agissait l'une peinture de Thierry De Cordier, une mer très belle, comme palpable, sensuelle, et à la fois très menaçante, que je n'ai pas photographiée mais qu'on trouve en suivant ce lien: 
    http://www.xavierhufkens.com/artists/thierry-de-cordier

     de zee.jpg

    MER DU NORD, Étude n°1, 2011
    Oil paint and enamel on canvas
    120 × 150 cm | 47 ¼ × 59 inches

    (1) http://www.muzee.be/fr/muzee/t204250/la-mer-salut-d-honneur-jan-hoet

  • P comme pas peur?

    006 (3) - kopie.JPG

    pour le projet 52 de Ma

    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

    thème : sucré

    Voilà qui m'a fait penser à mon éducation sans sucre

    et sans crainte du dentiste

    Cool

  • P comme Pascal Perrat

    Il y a Elle et il y a Lui.

    Elle, toujours affairée, toujours une « loque à poussières » entre les mains ou un seau d’eau pour laver les vitres. Pas le temps de rigoler. L’envie lui en est passée depuis l’âge de quatorze ans.

    Lui, toujours affable, toujours vêtu d’un « cache-poussière » gris dont il ferme soigneusement tous les boutons. Toujours une casquette sur la tête, même à table. C’est peut-être parce qu’il en vend. Ou pour cacher sa calvitie. Il fait beaucoup rire la petite en lui disant « Pas op ! mijn haar ligt in een melksausje ».

    - Comment est-ce possible, demande-t-elle, puisque des cheveux, tu n’en as pas ?

    Parfois elle demande :

    - C’est quoi, « een melksausje » ?

    Parce que de sauce au lait, on n’en mange jamais. Pas même chez l’autre grand-mère, qui fait si bien la cuisine.

    Une semaine sur deux, il y a donc aussi la petite. Qui n’oublie jamais de me saluer, ni en arrivant, ni en partant, « Bonjour, Jules ! », « Au revoir, Jules ! ». Qui s’inquiète de ma santé, « Tu n’as pas trop froid, Jules ? », de mon appétit « Tu n’as pas faim, Jules ? ».

    Pour le reste, elle est aussi taiseuse que moi. Aussi petite mangeuse que moi, à picorer dans son assiette, même le mercredi, quand c’est le jour des frites. Mais moi je suis déjà très vieux et elle n’a pas cinq ans. Je pense qu’elle s’ennuie, comme moi.

     

    Elle aussi tourne en rond dans son bocal.

    ***

    Incipit 205 de Pascal Perrat:
    http://www.entre2lettres.com/exercice-inedit-decriture-creative-poisson-rouge/

    Racontez un repas de famille vu par un poisson rouge depuis son bocal

    J'ai déjà parlé de Jules ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2014/05/12/j-comme-jules-8177187.html

    jules.jpg

    image prise sur ce site:

    HTTP://WWW.20MINUTES.FR/PLANETE/777764-BOULES-AQUARIUMS-PRISON-POISSONS-ROUGES

  • P comme pistolet

    Un arbre qui se dénude,
    un nid de pies
    abandonné jusqu'à la saison prochaine, 
    un ciel sans nuages,
    promesse d'une claire journée d'automne...

    9 nov 14 (1) - kopie.JPG

    Qu'est-ce qui fait courir l'Adrienne
    en ce dimanche de novembre
    dès sept heures du matin?

    (et courir est à prendre au sens littéral)

    Rigolant

    Ceci!

      9 nov 14 (2) - kopie.JPG

    Comme c'était la toute première fois
    depuis plus de huit ans
    qu'elle allait manger des pistolets (1)

    (sauf ces beaux dimanches matins où elle se réveille chez des amis)

    elle n'a su que choisir

    Langue tirée

      

    (1) pour les non Belges qui me lisent:
    le pistolet est ce petit pain rond et blanc
    qui doit être 'cuit sur la pierre' (op steen gebakken)
    comme le précise mon boulanger,
    avec une croûte craquante
    et une mie à la fois fine, douce et ferme.

    C'est dans cette même boulangerie
    que mon père est allé fidèlement
    chaque dimanche matin
    tout au long de sa vie d'homme marié
    c'est-à-dire 50 ans.

    Et pendant ces 50 ans
    le nom du boulanger
    n'a changé qu'une seule fois.

  • P comme paraître

    Il est assis seul en bout de table. Il ne comprend rien aux paroles échangées. Il est rare que quelqu'un prenne la peine de s'adresser à lui en anglais. Mais même sans comprendre les mots, il a senti le ton, vu les gestes.

    Il est content de voir réapparaître Marie avec celle qui était sortie tellement fâchée. Tout le monde fait semblant qu'il ne s'est rien passé.

    - Tu peux enlever ta veste, lui dit Marie, voyant qu'il n'a pas osé.

    Elle l'a dit tout doucement. Pourtant, les regards se tournent vers lui, se posent sur son torse puissant, musclé.

    Eloquence des regards...

    Rien ne vient rompre le silence gêné qui s'est installé autour de la table depuis le retour de Christine. Il dispose soigneusement sa veste autour du dossier de la chaise, en faisant attention à ne pas abîmer les revers.

    Il voudrait que ce dîner se termine. Ou que les gens regardent ailleurs.

    Belle-sœur numéro 2 joue distraitement avec l'énorme diamant de son pendentif. Belle-sœur numéro un a allumé une cigarette. Tout en observant Muanza, elles s’adressent à Pierre, presque en même temps :

    - Et il est chez vous pour combien de temps, encore?
    - Aucune idée! Aucune idée des complications qui nous attendent encore dans ce dossier!

    Les enfants sont fatigués. Les plus jeunes ne cessent de demander si ce n'est pas bientôt l'heure du père Noël. Trois d'entre eux dorment dans le canapé. Un des garçons s'amuse à faire semblant de tirer sur Muanza avec son revolver en plastique.

    Beau-frère numéro deux a repris ses plaisanteries douteuses là où il les avait laissées avant l'altercation. Quand Mémé Jeanne sort triomphalement de sa cuisine en portant son gâteau au moka à bout de bras, les applaudissements et les cris de fausse joie réveillent les dormeurs.

    - Père Noël est là ? demande une petite ensommeillée.

    Marie a posé devant chacun les assiettes à dessert, les tasses pour le café. Elle se rassoit à côté de Pierre, rapproche sa chaise, se love contre lui. On serait tellement mieux chez nous, tranquilles, voilà ce qu'elle ne peut s'empêcher de penser. Toujours des drames dans cette famille.

     fiction,muanza,vive la famille

    Niemand is illegaal
    Personne n'est illégal
    Photo prise à Bruxelles, mur d'enceinte du Petit-Château

     

  • P comme photo de classe

    Dans le petit album blanc des années d'enfance, une photo carrée de mauvaise qualité. Les couleurs ont pâli, les visages sont flous. C'est l'unique photo de classe que j'aie jamais possédée.

    A Berlin, devant la porte de Brandebourg, dix gamines de 17 ans.

    P*, un bonnet rouge à pompon sur le sommet de la tête, assise sur son derrière, siffle entre les doigts. A quarante ans, elle sera toujours aussi maigrichonne et non-conformiste.

    M*, appuyée sur une jambe, les bras croisés, les cheveux longs sur un air supérieur qui ne la quittera plus. Elle sera juriste à la KBC.

    L* et son sourire à fossettes. Il lui viendra juste quelques rides et quelques cheveux gris.

    K* et ses gentilles rondeurs. Elle aura trois enfants qui seront latinistes comme elle.

    I* et son imperméable bleu à pois blancs, ses longues jambes sous sa minijupe, crie quelque chose au photographe. "Vous voyez bien que je suis géniale!" disait-elle à tous ses profs. Elle en est si peu convaincue qu'elle en fera une dépression.

    I* et sa tranquille assurance que nous prenions pour de la placidité. C'était de la détermination.

    M* et A*, les inséparables, qui trichaient aux interros, livre ouvert sur les genoux et faisaient faire leurs devoirs de maths par le grand frère ingénieur civil. J'aurai leurs enfants en classe.

    L*, déjà absente, cachée derrière les autres. Qui sentait le patchouli et les fumettes illicites. Elle partira en Inde avant la fin de ses études secondaires et n'en reviendra plus.

    Et puis il y a moi. Toujours un peu en retrait du groupe.

  • P comme peur

    Une enquête récente démontrait que notre peur numéro 1, c'est la peur de vieillir.

    En numéro 2 venait la peur de vieillir seul.

    En numéro trois, la peur de vieillir pauvre.

    ***

    Alors dites-moi, de quoi a-t-on peur quand on est vieux, seul et pauvre?

  • P comme peinture

    Vilnius 2014 6 - kopie.JPG

    le palais présidentiel

    Vilnius 2014 9 - kopie.JPG

    le palais grand-ducal

    voyage

    la cathédrale avec son beffroi

    partout on a utilisé la même peinture

    Cool

    (retournez donc voir Saint-Casimir que je vous ai montré hier)

  • P comme pavoisons

    Fiertel 2014 001 - kopie.JPG

    Tôt le matin, la rue libérée de toutes ses voitures est peu à peu envahie par des milliers de marcheurs.

    Fiertel 2014 002 - kopie.JPG

    Ma Tantine et moi sommes du nombre.

    Fiertel 2014 026 - kopie.JPG

    Tout ça pour trimbaler une châsse sur plus de 32 km

    Fiertel 2014 032 - kopie (2).JPG

    précédés d'un sonneur de cloches qui marque la cadence

    Fiertel 2014 024 - kopie.JPG

    et dans le vain espoir d'être guéris de notre folie

    Langue tirée

    jusqu'à l'année prochaine

    ***

    P comme pavoisons

    ou

    P comme Patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

     

  • P comme pigeons

    A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.

    - C’est la première fois que vous venez à Rome ? demande le chauffeur en se tournant légèrement vers eux.

    Ils répondent presque en chœur : « Oui ! Non ! » et se mettent à rire en se regardant dans les yeux.

    - C’est la première fois pour mon épouse, dit David.

    Puis il ajoute :

    - Nous sommes en voyage de noces.

    - Oh ! j’avais bien compris ! s’exclame le chauffeur. Quand on a ce regard-là, l’un pour l’autre, c’est qu’on est en pleine lune de miel. Ou alors, qu’on a dit à Madame qu’on est en voyage d’affaires et qu’on est venu faire une escapade romaine avec sa maîtresse…

    Dans le rétroviseur, il remarque le visage assombri de la jeune mariée. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? se dit-il. Pourquoi ce ton cynique ? Était-ce bien le moment de lui rappeler ces tristes réalités ?

    Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.

    ***

    écrit pour Magie des mots n°18
    avec cette consigne:

    Utiliser une de ces deux phrases du roman Crépuscule, de Michel Cunningham

    “ A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.” ou “ Pourquoi ce ton cynique ? Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.”

    http://mandrine6.wordpress.com/2014/05/10/la-magie-des-mots-n-18/

     cunningham.jpg

     Pour ceux que ça intéresse, les deux phrases sont dans un extrait qu'on peut lire ici:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/crepuscule-par-michael-cunningham_1075832.html

     

  • P comme papiers

    - Allume le lampadaire qui se trouve là derrière toi, fait mémé Jeanne d’un geste en direction de Muanza.

    Il la regarde un peu ahuri.

    - Il ne comprend pas, Ma.
    - Pas de français, pas de néerlandais ! Faudra bien qu’il apprenne, s’il veut rester ici et trouver du travail !
    - On verra ça plus tard, dit Marie, quand il aura ses papiers. Nous avons rendez-vous demain à l’Office des étrangers.

    Il fait tout à coup étrangement calme dans le grand salon où la famille termine la soirée d’anniversaire. La dernière clarté du jour fait peu à peu place à la nuit et l’éclairage indirect, au-dessus des portes-fenêtres de la terrasse, a changé la baie en un immense miroir sombre.

    - Alors bientôt vous saurez quoi, finit par dire fils aîné en se reversant un cognac.
    - Je l’espère, dit Pierre, qui tend son verre. L’attente a assez duré.
    - En tout cas, fait mémé Jeanne, il aurait déjà pu suivre des cours de néerlandais depuis le début ! C’était toujours ça de gagné !

    Fille cadette se lève, imitée par sa sœur, elles font le rappel de leurs enfants.

    - Quoi ! s’exclame mémé Jeanne, comme à son habitude. Vous partez déjà ?
    - Il y a l’école, demain, Maman. Faut que les enfants aillent se coucher.
    - Mais il n’est même pas dix heures !

    Parce que pour mémé Jeanne, un des critères d’une fête réussie, c’est quand les invités ne partent qu’à la lumière de l’aube. Ecole ou pas.

    ***

    écrit pour Désir d'histoires n°129
    avec les mots imposés: 
    lumière – éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube - début

     fiction, Muanza, vive la famille

     

  • P comme photos

    Je possède une photo de mon père et cinq photos de ma mère (au dos de la photo de mon père, j’ai essayé d’écrire, à la craie…) 
    La deuxième photo [...] ma mère a un grand chapeau de feutre entouré d’un galon, et qui lui couvre les yeux. Une perle est passée dans le lobe de son oreille. Elle sourit.
    Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, p.45 et p. 73-75

    Je possède une photo…

    Je possède une photo de mon père à dix-huit ans, sans doute la première où il porte un pantalon long. Sur celles de l’adolescence, il est soit en culotte courte, soit en pantalon de golf, comme Tintin… dont il a d’ailleurs aussi la coiffure, même si c’est sans le faire exprès : jusqu’à la fin de sa vie, il a gardé sur le dessus du front une grosse mèche de cheveux qui tenait absolument à boucler vers l’arrière.

    Il sourit sur cette photo, chose assez rare pour être soulignée. Généralement, il garde un air sérieux en fixant l’objectif, exactement comme moi durant toute mon enfance, alors qu’on me priait, exhortait, menaçait pour que je sourie. Je faisais des efforts, je croyais sourire, mais mon expression était de plus en plus triste, jusqu’au bord des larmes. Ça énervait beaucoup mon père, cette incapacité. Si j’avais su alors qu’il en avait été de même pour lui, ça m’aurait rassurée.

    Son veston de laine sombre est bien boutonné, sa cravate bien nouée, sa raie bien nette. Toute sa vie, il a eu un peigne en poche et se recoiffait au moindre coup de vent ou après avoir ôté son chapeau.

    - Une des choses dont je me souviens, m’a dit l’autre jour l’ami Gaëtan, c’est que la seule et unique fois où j’ai vu ton père, j’ai remarqué comme sa raie était bien tracée.

    ***

    Je possède de nombreuses photos de ma mère à dix-huit ans. On l’a habillée comme une princesse et emmenée chez un grand photographe. Ses cheveux ont été savamment bouclés dans une coupe courte qui la met en valeur. Autour du cou, elle porte un gros collier à trois rangs de perles. Au poignet droit, le lourd bracelet d’or qu’elle a reçu de ses parents pour son 18e anniversaire et qui a été réalisé par un orfèvre tout spécialement pour elle d’après un croquis. Il représente des feuilles dont j’ai toujours pensé que c’était du lierre.

    Elle est assise sur une banquette qui disparaît complètement sous les plis lâches et soyeux de la jupe. Elle a les bras nus et pose délicatement les mains sur les genoux. Sur la première prise, le corps est en profil et la tête tournée vers l’objectif. Elle sourit en ployant légèrement son joli cou, sa taille fine.

    Sur les autres photos, elle est debout et de face. Celles-là n’ont pas été jugées assez bonnes pour en faire un agrandissement à accrocher au salon.

    - Moi ? se récrie-t-elle avec véhémence. Moi, une enfant gâtée ? Pas du tout ! Absolument pas du tout !

    Ce n’est pas ce que racontent les photos.

    ***

    pour les fans de Perec
    une belle interview de l'auteur ici

    http://www.youtube.com/watch?v=AwMTvi3XdPU

    (durée 25 minutes)

  • P comme parodies et pastiches

     miletune47.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2013/11/sujet-semaine-47.html


    Ballade des (in)vendus

     

    Frères humains qui passez par ici
    Arrêtez-vous, admirez-nous aussi,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Vous sortirez votre portemonnaie.
    Vous nous voyez ci attachés aux pieds
    Et notre chair qui est trop peu 
    nourrie,

    Nous fait dans le dos de drôles de plis,
    Nos pieds nus sous des pantalons trop courts.
    De notre mal personne ne s'en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous veuillent un jour!

  • P comme parodies et pastiches

    lali 345.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-345/comment-page-1/#comment-493865

    Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
    De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
    Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
    Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ;
    Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
    Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
    Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
    Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
    Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
    Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
    Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
    Et mainte page blanche entre ses mains froissée
    Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers...

    ... mais bon dieu de bon dieu à l’âge qu’elle a aujourd’hui (et au mien !) elle devrait arrêter ces gamineries !

  • P comme parodies et pastiches

    L’automne est bleu comme le cuivre

    Dans la casserole cuisent aussi doux qu’une moquette

    Des pieds de porcs incongrus  tel  le sparadrap sur mes sourcils

    Parfois la vie est synonyme d’affichage publicitaire

    Parfois elle est juste un peu surréaliste

    Jamais une erreur les mots ne mentent pas.

    ***

     

    Casserole - cuivre - bleu -  automne - affichage – pied - synonyme – moquette - sparadrap - sourcil étaient les mots imposés pour ce logorallye d'écriture créative.

    oostende.jpg

  • P comme Patrimoine

    L'amie A*** aime me servir de guide à Bruxelles lors des journées du patrimoine et cette année le parcours nous a menées du palais d'Egmont jusqu'au siège d'une banque (où les photos étaient interdites) en passant par les joyeux arbalétriers du Grand Serment de Saint-Georges.

    Pour les arbalétriers, c'est ici: http://www.arbaletriers-saintgeorges.be/

    Pour le palais d'Egmont, c'est ici Cool

    bruxelles,amitié

    Il n'est pas tout à fait dix heures du matin mais la foule est déjà compacte

    bruxelles,amitié

    Par chance, si à gauche c'est la cohue jusqu'à l'autre bout de la grande cour, à droite il n'y a qu'une vingtaine de personnes: c'est la queue pour les néerlandophones Cool

    bruxelles,amitié

    Juste le temps de photographier le grand portail qui est encore celui de l'époque précédente, et nous pouvons entrer dans les marbres et les tapisseries du palais

    bruxelles,amitié

    L'escalier monumental, nous dit le guide, est une réplique de celui qu'il y a eu à Versailles à l'époque baroque (mais qui là-bas a été remplacé par un exemplaire rococo)

    bruxelles,amitié

    Dehors, ça ne s'arrange pas du côté des francophones
    ("Ils n'avaient qu'à faire attention à l'école, au cours de néerlandais!" dit l'impitoyable A***
    pour qui la vie est très simple, vu qu'en plus de sa langue maternelle, elle parle couramment l'anglais, l'allemand et même le français. En ce moment elle apprend le danois)

    bruxelles,amitié

    Peu de pièces sont visibles et chaque issue est aussi bien gardée que si elle recélait les joyaux de la reine d'Angleterre: c'est que le lendemain lundi a lieu ici même une rencontre "au sommet" qui met en état d'agitation fébrile les services de sécurité.

    bruxelles,amitié

    un coup d'oeil à la salle de bal, où le parquet vient d'être renouvelé

    bruxelles,amitié

    et nous voilà dehors, dans le joli petit parc d'Egmont avec vue sur le Sablon

    bruxelles,amitié

    Clin d'oeil à Joe Krapov, qui reconnaîtra peut-être la cycliste féline, à gauche
    (désolée pour le grand rayon de soleil qui la fait paraître toute blanche alors qu'elle est rose)

    bruxelles,amitié

    casques à pointe pour une des nombreuses fanfares qui animaient le centre de Bruxelles ce week-end

    bruxelles,amitié

    et fin du parcours à la gare Centrale, à l'heure de reprendre le train, pour un petit coup d'oeil à la Royale Salle d'Attente de Baudouin Ier. Bois de sycomore, nous dit le guide, et cuir de chez Delvaux.
    Selon l'amie A*** c'est du vulgaire skaï...
    Langue tirée
    En tout cas les grands fauteuils le long du mur sont très abîmés et on peut voir par les déchirures (Sic transit gloria mundi) que l'intérieur est de de la vulgaire mousse synthétique...
    (même si elle a reçu l'auguste derrière d'un roi de Thailande)

    Puis l'Adrienne est rentrée chez elle
    où elle a une fois de plus retrouvé sa cave inondée
     

     

  • P comme Picasso

    En grattant les portes de la maison de tante Fé, l'Adrienne retrouve des vestiges de sa période bleue

    augustus 2013 (4) - kopie.JPG

    et de sa période rose...

  • P comme patriarche :-)

    Quand la voiture des gendarmes s’arrête près de leur camionnette, le lendemain matin, ils dorment encore. Ils ont veillé tard, excités par leurs rêves de Perrette-au-pot-de-lait (de chèvre), échafaudant les plans les plus fous.

    - On a frappé à la vitre, dit Marine, toujours éveillée la première au moindre bruit, depuis la naissance de Maurice, deux ans auparavant.

    - C’est sûrement une branche, il y a du vent, dit Bruno en l’enlaçant sous la couette.

    - Non, non ! dit-elle, j’ai bien entendu ! Quelqu’un frappe.

    En effet, ce sont même des tambourinements. Bruno se lève à contrecœur, enfile son jean, ouvre la portière et se retrouve devant deux gendarmes, un grand jeune, imberbe, et devant lui un plus petit, qui porte la main à son képi en guise de bonjour.

    - Vous n’avez pas vu les plaques à l’entrée du village? dit-il. Le camping sauvage est interdit dans toute la commune.

    - Nous ne faisons pas du camping sauvage, dit Bruno avec toute l’autorité que peut avoir un homme torse nu, mal rasé et les cheveux en broussaille.

    Mais Marine est déjà à ses côtés, portant le petit Maurice qui s’est réveillé et qui suce son pouce en regardant les deux képis. Le plus âgé refait pour elle son petit salut puis répète :

    - Le camping sauvage est interdit dans toute la commune, Madame, je regrette. Vous allez devoir partir.

    - Nous ne partirons pas, dit Bruno d’un air noble. Son air de futur patriarche, dira Marine plus tard, toujours mi-rieuse, mi-émue quand elle racontera cette vieille histoire.

    - Nous ne partirons pas, répète-t-il en prenant le temps de bien articuler chaque syllabe, parce qu’ici, je suis chez moi.

    Il passe le bras autour de la taille de Marine. Le petit s’est lové dans le creux de son cou et garde les yeux bien ouverts, comme s’il comprenait la solennité du moment. Dans l’arbre au-dessus d’eux, les cigales commencent à striduler.

    - Je suis le petit-fils de Maurice et Adeline. Ceux de la montagne.

    roman de l'été

    y a pas à dire
    l'Adrienne s'est drôlement amusée
    en écrivant son roman de l'été
    Langue tirée 

  • P comme pensum

    - Madame, est-ce qu'on peut choisir un livre nous-mêmes? demandent parfois un ou deux francophones quand ils ne trouvent pas, parmi la quinzaine de titres proposés, celui qui ferait leur bonheur.

    Madame réprime un petit soupir...  et s'attend au pire.

    Parfois, c'est vrai, ça peut donner une bonne surprise. Comme cet élève qui a lu La mort n'oublie personne, de Daeninckx. Madame l'a dévoré d'une seule traite pendant sa pause de midi Cool.

    Mais dans le cas des filles, Madame sent venir la catastrophe dès que la question est posée. Alors elle émet un prudent:

    - Et bien... ça dépend de ce que tu me proposes... pas une oeuvre traduite, par exemple.

    Le problème avec Madame, c'est qu'elle a un mal fou à dire NON. Elle s'en console en se persuadant que le plus important, c'est qu'ils lisent, même si c'est une bête histoire de vampires...

    Le lendemain, l'élève apporte le livre en question. Parce que, bien sûr, elle ne connaissait ni le titre, ni l'auteur. Tout ce qu'elle pouvait vous en dire, c'est que c'est un TRES beau livre: sa mère l'a lu et le lui a conseillé...

    C'est ainsi que Madame se retrouve piégée: maman est fan de Musso Langue tirée

    Voilà pourquoi Madame lit Sauve-moi.

    Sauve-moi de ce pensum...

    ***

    Madame s'énerve dès la première ligne:

    "Aujourd'hui est le premier jour du reste de ma vie. Inscription anonyme gravée sur un banc de Central Park" (page 9)

    Le ton est donné: un zeste de Carpe diem, une cuillère à soupe de mindfulness et une grosse louche de psychologie à zéro franc.

    Chapitre 1, Juliette, chapitre 2, Sam, puis l'auteur a besoin de 400 pages pour réussir à nous raconter ce que nous savons dès le début. Bien sûr, il faut d'abord que l'un des deux meure et ressuscite au moins une fois, que des messagers viennent de l'au-delà et que la soupe cuise lentement.

    ***

    Page 159-160 - A votre avis, reprit Grace, qui décide de l'heure de la mort? (...) Imaginez que l'heure et les circonstances de notre mort soient programmées à l'avance (...) Imaginez qu'une jeune femme ait été destinée à périr dans un accident d'avion...

    Le problème avec ce genre de bouquin, c'est que si vous avez le malheur de le poser là, à la page 160, pour en reprendre la lecture le lendemain, vous avez oublié à peu près tout ce que vous avez lu.

    Vous vous souvenez juste de votre énervement. Et vous vous dites que plus jamais, jamais vous ne prendrez au sérieux une critique de Brice Depasse:

    "En quelques références, ce livre, c'est du Marc Levy mâtiné de Paul Auster (pour les délicieuses ambiances new-yorkaises), de James Cameron (pour le rythme et l'humour), de Ken Follet (pour les rebondissements) bref vous vous ferez votre film vous-même à la lecture de ce brillant roman populaire."

    http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2005/06/29/le-phenomene-guillaume-musso.html

  • P comme père et poème

    De hand van mijn vader                      La main de mon père

     
    Aan de buitenkant                                  Le revers
    is de hand van mijn vader                        de la main de mon père
    een polderland                                       est un pays de polders 
    met riet en pluimgras                              de roseaux, de pâturins
    blauw gezwollen beken                           de bleus ruisseaux gonflés
    en hier en daar                                       et ici ou là
    verstrooid                                               disséminés
    wat zonnebloemen.                                quelques tournesols.(1)

     
    Aan de binnenkant                                 La paume 
    is de hand van mijn vader                        de la main de mon père
    een stafkaart                                         est une carte d'état-major
    met snelwegen                                      avec des autoroutes
    en wandelpaden.                                   et des sentiers.
    Ik vind er altijd                                       J'y retrouve toujours
    de weg op                                             le chemin
    naar huis.                                             de la maison.


    Armand Van Assche 1940-1990, De zee is een orkest, Altiora Averbode, 1978 (c'est moi qui traduis)
     

    DSC00109 - kopie (2).JPG
    les mains de mon père
    Noël 2003

    (1) zonnebloem peut se traduire littéralement par "fleur de soleil", ce qui permet de mieux comprendre que l'auteur parle des petites taches de vieillesse sur les mains
  • P comme piano

     piano skriban.jpg

    Léo Rozé©Radio France

    Quand on vint annoncer au maire de Plogoff qu’un piano droit avait été signalé au bord de la falaise entre la pointe du Raz et la pointe du Van, il crut tout de suite à une blague. En effet, on était le premier avril, et l’année d’avant on lui avait fait une farce similaire. Toute la commune (1374 habitants au dernier recensement) s’en gaussait encore. Et probablement jusqu’au Cap Sizun. S’il n’y prenait pas garde, cette fois sa naïveté ferait même les choux gras de la presse locale et il serait obligé de s’exiler à Quimper.

    Il essaya donc de sauver la situation en refilant la blague à une autre victime. Cette fois-ci, on ne l’aurait pas ! Un coup de fil à Cléden-Cap-Sizun, et l’affaire serait réglée avec maestria :

    - Le Guenn ? Il y a un piano sur la falaise près de la pointe du Van. Oui, comme je te le dis. C’est pour un petit fest-noz, ce soir. Tu pourrais y aller voir ? Il a besoin d’être accordé, tu penses bien, les embruns, le transport, tout ça...
    - …
    - Bon, je compte sur toi, hein ?

    Pendant que le maire se frottait les mains avec satisfaction, trouvant son stratagème absolument génial, la nouvelle de ce fest-noz commençait sa propre vie. De sorte que ce soir-là, toute la commune se retrouva sur la falaise.

    Toute la commune (1374 habitants au dernier recensement) et même des familles entières de Cap-Sizun. Sauf monsieur le maire, qui continuait de se dire :

    - Ah ah ah ! on ne me la fera pas deux fois !

    écrit pour http://skribanworkshop.wordpress.com/2013/04/07/le-piano-du-bout-du-monde/

  • P comme peur

    Quand elle était petite, elle aimait beaucoup les chiffres.

    Ceux qu’on récite avec fierté dans les tables de multiplication, six fois sept quarante-deux...

    Ceux qu’on chantonne Un, deux, trois, nous irons au bois.

    Ceux qu’on danse à la corde, 1,2,3,4,5,6,7, Violette à bicyclette.

    Ceux qu’on décompte pour désigner le joueur, Un petit cochon pendu au plafond…

    Ceux qu’on frappe joyeusement du pied en marchant, Un kilomètre à pied, ça use les souliers.

    Mais aujourd’hui, ça a bien changé.

    Elle a peur de lire le thermomètre. Peur d’y voir un zéro ou un chiffre en-dessous de zéro. Car il ne fait plus que dix degrés dans la maison, et quatre dans la salle de bains.

    Elle a peur de lire les résultats de l’analyse de sang. Peur d’y voir des nombres trop élevés ou trop bas. Car ce n’est jamais le moment de tomber malade, et aujourd’hui moins que jamais.

    Elle a peur de lire son courrier. Peur d’y voir les montants à payer. Car elle craint de ne plus y arriver, un jour ou l’autre.

     

    Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept,
    Adrienne a fait des dettes !

    écrit pour le défi 237
    thème: la peur des nombres

  • P comme perfectible

    Il y aurait bien des choses à améliorer chez Adam et Eve.

    Ils pourraient par exemple courir plus vite, sauter plus haut ou plus loin. Faire des bonds comme les kangourous. Avoir une jolie fourrure.

    Ils pourraient voir avec plus d'acuité, avoir l'ouïe plus fine, des papilles plus performantes et un nez qui détecte le champignon ou la baie à ne pas manger.

    Mais surtout, de même qu'ils peuvent fermer les yeux sur ce qu'ils ne veulent pas voir ou clore les paupières pour dormir, ils devraient pouvoir fermer leurs oreilles...

    Ou alors il faudra que je demande au directeur de régler à la baisse le volume de la sonnerie du début et de la fin des cours.

  • P comme Petrus

    Il s'appuie à mains jointes sur le manche d'un outil.

    Il a de grandes oreilles décollées, un long nez, un menton pointu et deux larges rides au coin de la bouche. Pourtant, il n'est sûrement pas vieux. Il a le cheveu bien brun et bien dru, coupé court.

    A voir son cou mince et son torse étroit, on pourrait le prendre pour un gringalet. Mais les mains fortes font deviner que sous la veste bleu sombre se cache un corps sec, dur et musclé.

    Il ne sourit pas mais attend, paisiblement, que le peintre en ait fini avec son portrait.

    ***

    Boer Petrus (le fermier Petrus), tableau peint en 1938 et appartenant à la collection Van Hyfte. Vous pouvez voir cette oeuvre de Constant Permeke à 04'03" http://www.bozar.be/tv.php?vId=6891&cId=9529&wId=1758&mId=15093

    ***

    Vous avez jusqu'à dimanche pour vous dépêcher d'aller voir cette excellente rétrospective de l'expressionniste flamand né en 1886 et décédé en 1952.

    Tania en parle très bien ici http://textespretextes.blogs.lalibre.be/tag/permeke et de plus, c'est illustré Cool

  • P comme précoce

    C'était une enfant précoce.

    A l'âge de trois ans, elle était parfaitement bilingue.

    A quatre ans, elle skiait et obtenait ses premiers brevets.

    A cinq ans, elle jouait du piano. Elle connaissait par coeur toute une série de petites pièces.

     - ...

    - Et après? demande Madame.

    - Après?

    - Oui, après? A six ans, tu faisais quoi?

  • P comme Purée!

    L'Adrienne, vous le savez, a reçu une éducation très stricte. Une de celles qui laissent des traces indélébiles jusqu'à cinquante ans plus tard... et probablement au-delà Clin d'œil

    Une des conséquences directes les plus fortes en est que jamais au grand jamais on n'entendra l'Adrienne se lâcher à dire un gros mot. Elle a toujours laissé les G...V...D... à d'autres. En cas de grosse contrariété, l'Adrienne arrive tout juste à exhaler un "Purée!".

    Un jour, ça lui est arrivé en classe et ça a beaucoup fait rire ses élèves.

    Alors elle en a profité pour leur expliquer qu'elle préférait dire "Purée" au lieu de putain ou merde.

    En classe, bien sûr, pour des raisons purement pédagogiques, l'Adrienne emploie ces mots-là et même des pires: elle estime qu'il est impératif que ses élèves soient armés pour affronter les jeunes français, les films français et les chansons françaises Langue tirée (1)

    ***

    Ces derniers temps, l'Adrienne a souvent l'occasion de dire "Purée!

    Par exemple en étendant son linge au grenier et qu'elle bute contre le vieil aspirateur. Ou en farfouillant dans son congélateur et qu'un pain de 800 grammes lui tombe sur le pied. Ou en faisant tranquillement sa brasse à la piscine et qu'elle attrape un coup en plein sur l'orteil.

    Car vous le savez tous: il suffit d'avoir un bobo quelque part pour qu'il se rappelle constamment à vous. Ainsi, les coups et les heurts ne sont jamais pour un des neuf autres orteils, sortis indemnes de l'explosion du piano.

    Mais rassurez-vous: l'Adrienne a dû tellement happer l'air pour retrouver la parole et la vue (de trente-six chandelles) qu'elle n'a même pas réussi à sortir un "Purée!"

    ***

    (1) en tout cas de celles que l'Adrienne adore leur faire écouter de sa compil des années 80 de Renaud et qui sont encore bien gentilles comparées à ce qu'on entend parfois aujourd'hui Surpris

  • P comme piano

    Nous étions au début des années 80 et c'étaient les vacances d'été. Les dix derniers mois, l'Adrienne avait enfin gagné un premier vrai salaire et dès le mois de septembre l'école qui l'employait lui renouvelait son engagement et lui offrait même un horaire presque complet.

    Tout était bien. Pas encore de quoi se payer un petit voyage, mais ça viendrait. Chaque chose en son temps, comme disait sa grand-mère.

    - Il me faut un piano! annonça l'Homme un samedi matin. J'ai demandé conseil à GP et il va m'accompagner pour en choisir un bon.

    L'Adrienne ne douta pas un seul instant que les conseils de l'ami GP fussent judicieux, vu qu'il était un brillant pianiste et claveciniste. Par contre, elle émit quelques doutes prudents sur la nécessité d'un si gros achat et sur le coût total de l'opération.

    - Il me faut un piano, répéta l'Homme, en septembre je vais prendre des cours.

    Comment l'Adrienne, qui souffrait depuis l'âge de huit ans d'un rêve musicien brisé, aurait-elle pu mettre un frein à celui de l'Homme qu'elle aimait? Elle applaudit, félicita et encouragea. (1)

    L'Homme et l'ami GP allèrent donc chez le meilleur vendeur de pianos du pays et en revinrent très satisfaits d'eux-mêmes et de l'instrument de leur choix. Bien sûr, pour une telle qualité sonore et esthétique, il avait fallu mettre le prix, "mais ça gardait sa valeur".

    L'instrument arriva dans le courant de la semaine suivante, hissé, poussé, porté par deux hommes forts disposant de tout l'outillage nécessaire pour le faire passer de leur camion dans la maison. C'était grand, lourd, massif et d'un noir brillant. Le croirez-vous, l'Adrienne ne pensa pas mélodies ni sonates, elle pensa poussières à enlever et déménagements futurs...

    Il dut aussi venir un accordeur, évidemment, avant que l'Homme puisse poser les doigts sur les touches.

    Septembre arriva ainsi que les premiers cours de piano.

    L'Homme fut mortifié de voir la facilité avec laquelle des enfants d'à peine dix ans apprenaient leurs gammes et décréta qu'il avait "les doigts raides".

    Il abandonna le piano et prit un abonnement au magazine Diapason.

    (à suivre...)

    ***

    (1) pour ceux qui auraient raté cet épisode, c'est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/07/26/v-comme-vocation.html

  • P comme pain

     Petit frère

    - Va chercher un pain, dit-on à la petite en lui tendant quelques pièces.

    Parfois c’est le montant exact. Alors on lui dit :

    - Fais attention à ne pas perdre la monnaie !

    Parfois c’est un billet. Mais dans ce cas on lui dit la même chose. Au ton qu’on emploie, elle a compris que perdre le billet est encore plus grave.

    Ce qu’on ne manque jamais non plus de lui dire, c’est :

    - Et demande-le bien cuit !

    Toutes ces précautions sont inutiles : c’est toujours la petite qui va au pain, jamais elle n’a perdu la moindre piécette, ni à l’aller, ni au retour – elle les serre toujours bien fort dans son poing fermé – et jamais elle n’oublie de préciser à la boulangère, une fois son tour venu :

    - Un grand pain, s’il vous plaît, bien cuit !

    D’ailleurs elle se dit que la boulangère doit savoir elle aussi, depuis le temps, ce que la petite va lui demander…

    Puis elle se dépêche de rentrer, en tenant le grand pain rond et lourd serré contre elle d’une main et la monnaie dans l’autre. Des nuages de farine resteront collés à ses vêtements, mais elle n’y peut rien. Elle espère qu’on comprendra.

    A la maison, on retourne tout de suite le pain pour en vérifier la croûte :

    - Tu n’as pas oublié de demander du bien cuit ? fait-on d’un air soupçonneux.

    Car souvent on trouve qu’il n’est pas assez brûlé.

    « Brûlé », bien sûr, c’est le mot que pense la petite. Elle ne comprend pas pourquoi les grandes personnes tiennent tellement à ce que la croûte soit quasiment noire.

    Mais ces derniers temps, elle a un problème plus grave à résoudre que celui de la couleur des croûtes. Désormais le petit frère, qui a trois ans, veut l’accompagner à la boulangerie.

    - Je préfère y aller toute seule, dit-elle à sa mère.

    Mais le petit frère ne lâche pas prise. Elle est bien obligée de l’emmener.

    Avec lui, rien n’est simple. D’abord, il faut le tenir solidement par la main. Il est imprévisible et la route est dangereuse. Au retour, il faut porter le pain, bien garder la monnaie, tenir le petit frère. La petite aurait besoin de trois mains.

    Puis, à la boulangerie, il la fait rougir de honte :

    - Je peux avoir un bonbon ? demande-t-il bien fort à la boulangère.

    - Tu ne peux pas demander de bonbons, lui explique tout bas la petite, cramoisie. Ce n’est pas poli.

    Mais le petit frère fait la sourde oreille. Elle a beau le sermonner, si la boulangère n’est pas assez rapide pour lui tendre un caramel, il s’écrie :

    - Je peux avoir un bonbon ?

    Les efforts éducatifs de la petite finissent tout de même par produire leur effet. Au bout de quelques semaines, alors qu’elle tend la main pour recevoir la monnaie, le petit frère se tourne vers elle et lui dit :

    - Je suis sage, hein ? Je n’ai pas demandé de bonbon !

     défi,souvenirs d'enfance,vive la famille

    le scoop! une photo de moi, presque 8 ans à à l'époque

    texte écrit pour le défi 207

  • P comme prénom

    Il y a ceux qui sont très pour http://www.excessif.com/cinema/critique-le-prenom-7073188-760.html , il y a ceux qui sont très contre http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/le-prenom/ et d'un extrême à l'autre, toute la gammme, si vous le désirez, se trouve ici: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-188448/critiques/presse/

    Je suis allée le voir sans avoir lu aucune critique, pour ne pas me laisser influencer, la salle était presque vide - normal, pour quand moi j'y vais, le film est en fin de parcours et tout le monde l'a déjà vu - et j'ai tout de même pas mal rigolé Sourire

    Le début du film a un petit air d'Amélie Poulain mais on entre très vite dans le huis clos: normal, puisque c'est l'adaptation d'une pièce de théâtre qui réunit quatre ou cinq personnes autour d'un repas. Il y a bien quelques flash-backs, mais ils ne sont que l'illustration visuelle de ce qu'un des personnages raconte.

    On rigole, il y a des réparties drôles, on est dans une sorte de vaudeville, mais en même temps ça grince un peu, voire beaucoup, à certains moments. Heureusement, comme il était marqué "comédie", au moment où on prend peur que tout explose définitivement entre les personnages, on se rassure en se disant que ça ne peut que bien se terminer Langue tirée

    La fin, bof, elle n'est pas si importante, finalement... et sans doute oubliera-t-on très vite tout ça! mais on aura tout de même passé un bon moment Cool