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  • P comme ponctuel

    Le premier jour, Cristina m'annonce:

    - Aujourd'hui nous ne commencerons pas à l'heure parce que je dois tester le niveau des nouveaux étudiants...

    D'accord, je peux la comprendre, mais les nouveaux n'ont-ils pas fait comme moi et ne sont-ils pas arrivés bien à l'avance afin que cette sélection puisse se faire avant le cours? Ils sont tous là dans la cour intérieure du palazzo, personne ne parlant à personne, un peu perdus, en attente... et pour la plupart d'entre eux l'évaluation sera vite faite: ils savent à peine dire "Ciao!"

    Par contre la pause commence à l'heure Langue tirée

    Après la pause, changement de prof mais pas changement dans la ponctualité.

    Le lendemain, le surlendemain, toute la semaine, même jeu:

    - C'est l'heure, affirme Marco alors que la montre marque déjà 09.37 h., nous allons commencer.

    Puis il disparaît: il doit encore aller faire des photocopies, ou prendre un lecteur CD, ou aller chercher une chaise. Mais le mal n'est pas si grand: autour de la table, notre langue commune pour les échanges d'impressions - depuis la Russie et le Kazakhstan jusqu'aux Etats-Unis et au Brésil - c'est l'italien.

    ***

    Dans le couloir, ce cadre est accroché. Il dit ironiquement que l'Européen idéal devrait être...

    Roma juillet 2012 009 - kopie.JPG

    mais moi je dirais: ponctuel comme un Italien Cool

    ***

    Mon amie MC, qui est Wallonne, ne serait pas d'accord: ce qu'elle voit dans mon désir de ponctualité, c'est "que je suis Flamande"...

    Ainsi, on est toujours l'étrange étranger de quelqu'un, même de son plus proche voisin!

    Langue tirée

  • P comme paquet cadeau

    Mardi dernier, en rentrant chez moi, je trouve une boite devant ma porte de garage. Elle contient un assortiment de six bouteilles de vin. Et un petit mot. Quoique celui-ci ne soit pas nécessaire pour savoir qui est le généreux donateur Clin d'œil

    - Voici avec un peu de retard, m'écrit-il, un cadeau pour ton anniversaire.

    Fort bien. J'accepte avec joie et ça me fait vraiment plaisir qu'il ait eu ce geste.

    Malheureusement, comme à son habitude, il ne peut s'empêcher, quand il vous fait une fleur, de vous la jeter à la figure. Aussi ajoute-t-il:

    - Je ne peux accepter l'idée que tu t'approvisionnes en vin chez C*lr**t...!

    ***

    Le même soir, penchée sur mon ordi, je lui envoie un message pour le remercier de son cadeau surprise. Et je le rassure: pour mes commandes de vin, je n'ai qu'une seule adresse, la sienne.

    Je reçois aussitôt une réponse. Il est bien content, m'écrit-il, que le carton n'ait pas disparu avant que je ne rentre. Il me dit qu'il a aussi eu l'occasion d'admirer Zeta et Jones, qui se sont facilement laissé approcher. Il suppose que c'est parce que je m'en occupe beaucoup... Puis il ajoute:

    - Par contre, il faudra tout doucement débroussailler, on commence à avoir l’impression de passer à travers une forêt vierge pour arriver à la maison !

    ***

    Je vais vous dire un grand secret: j'ai osé lui répondre ceci:

    - Tu viens débroussailler quand tu veux ;-)

    Et ça m'a beaucoup fait rire. Vraiment beaucoup Rigolant

    En revanche, lui n'a pas apprécié:

    - Mais ce n’est pas moi qui y habite …

    Il a donc fallu que je redouble d'audace:

    - Très juste! alors no comment, je fais ce que je peux...même si je peux peu.

    ***

    N'est-ce pas qu'il est fait d'un mélange bizarre, l'ex-homme-de-ma-vie?
  • P comme...

    Une nuit, saisie d'une petite faim, j'ai grignoté un morceau de chambre.

    La saveur en était doucereuse et vaguement épicée. La cannelle dominait nettement, me sembla-t-il. Mais il devait y avoir aussi de la cardamone et de l'anis étoilé.

    Bien sûr, j'aurais aimé gardé la maison intacte aussi longtemps que possible. Mais que voulez-vous... c'était si tentant!

    Et puis, ça se verrait à peine.

    Ainsi me consolai-je, toute fière de n'avoir pas touché au toit ni aux fenêtres, pourtant bien plus tentants que les murs de la chambre!

    Le toit était fait de petites plaques de chocolat et les fenêtres en sucre filé.

    ***

    P comme... peperkoekenhuisje

    Langue tirée

    j'en ai trouvé une ici qui a l'air délicieuse:
    http://www.dominiquecordel.com/l-astuce-du-chef/

  • P comme Promesse

    C’est à l’âge de cinq ans qu’elle a su de façon définitive que les grandes personnes étaient peu fiables.

    « C’est sacré, une promesse », disait sa mère, qui aimait à répéter « Chose promise, chose due », surtout quand elle parlait à papa et qu’elle s’énervait un peu. Et les promesses à tenir ne manquaient pas.

    Dans la petite maison du haut de la ville, il y avait la grand-mère à qui il fallait promettre de manger sa soupe et de ne jamais rien accepter d’un monsieur, surtout pas s’il offrait des bonbons. Et le grand-père qui voulait qu’elle finisse son assiette, même ce qu’elle n’aimait pas, et en silence s’il vous plaît.

    Dans la grande maison du bas de la ville, il y avait l’autre grand-mère, à qui il fallait promettre de ne toucher à rien et de ne pas se montrer au magasin quand il y avait des clients. Des messieurs qui venaient acheter un chapeau ou une casquette et qui étaient peut-être de ceux dont on ne peut rien accepter, et surtout pas des bonbons ?

    Heureusement, il y avait l’autre grand-père, celui qui se promenait tout le temps en blouse grise, la faisait rire et lui offrait parfois une orangette en chocolat.

    - Tu as été bien sage ? disait-il en riant. Alors prends-toi une orangette. Mais ne dis rien à grand-mère !

    Et elle promettait.

    Ça ne lui coûtait aucun effort de ne rien dire à la grand-mère qui lui faisait toujours un peu peur, avec son air sévère, son bureau, son téléphone et son grand plumeau pour faire les poussières.

    Puis une semaine s’est passée sans qu’elle voie le joyeux grand-père et sa blouse grise. Elle s’en inquiétait :

    - Il est où grand-père ?
    - Il est à l’hôpital. Il est malade.
    - Je veux le voir !

    Elle avait osé dire le mot interdit : « je veux ! ». Elle avait même osé insister. Alors les grandes personnes avaient fait la promesse :

    - D’accord, on t’emmènera le voir.
    - Quand ?
    - Dès qu’il ira un peu mieux.

    Elle y a cru deux jours. Puis elle a commencé à se méfier et fronçait ses petits sourcils :

    - Quand c’est qu’on ira le voir, grand-père ?
    - Quand il ira mieux, on te l’a déjà dit !

    Il est mort le lundi d’après.

    Depuis ce jour-là, elle sait que les grandes personnes sont peu fiables. Aussi, quand aux Pâques suivantes sa mère lui a dit, avant de disparaître dans un sombre confessionnal : « Attends-moi là bien sagement, je reviens tout de suite ! » elle n’a pas eu confiance dans la suite des événements. Pourtant elle a chuchoté :

    - Tu me le promets ?

    Et elle a attendu sagement sur une mauvaise chaise de paille qui lui faisait de vilaines stries dans la peau.

    écrit pour Lu Si... numéro 2, mars 2012

  • P comme politique... et arithmétique

    Si au dernier tour des dernières élections, le candidat Sarkozy l'a emporté, c'est vraisemblablement parce qu'une moitié des Français avait voté pour lui.

    Or il m'arrive ceci d'étrange: chaque fois que je rencontre un Français, il m'assure dès le premier quart d'heure de conversation qu'il n'a pas voté Sarko (1). Doublement étrange, vu que je ne lui pose jamais la question de savoir ce qu'il a fait dans l'isoloir: j'estime que ça ne me regarde pas.

    Même situation en Italie où, à l'exemple de mon correspondant romain, on me conjure à l'avance:

    - Surtout, ne parlons pas de politique! (2)

    Et cinq minutes plus tard, l'ami italien aborde tout de même le sujet pour déclarer qu'il n'a pas voté Berlusconi.

    - Mais qui, alors, a voté pour lui?

    C'est la question que je pose à chaque fois.

    - Mon beau-père, m'a-t-on répondu en février dernier.

    - Ma belle-mère, m'a dit un autre.

    ***

    Voilà pourquoi, me suis-je tout à coup souvenue, à la table de mes beaux-parents, la politique était le sujet tabou absolu: le fils aîné votait orange, la fille aînée votait bleu, la troisième jaune, la quatrième et le petit dernier vert.

    vive la famille,france,italie

    Aussi vous comprenez que ça faisait une belle ambiance si par malheur un des enfants ou beaux-enfants, généralement l'aîné ou le plus jeune de mes beaux-fères, désobéissaient à la consigne:

    vive la famille,france,italie

    ***

    (1) Ceux qui l'appellent ainsi sont les plus polis; la plupart emploient pour le désigner des mots infiniment moins flatteurs que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici Langue tirée

    (2) j'en ai parlé ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/05/16/n-comme-nil-novi-sub-sole.html

    (3) Vous aurez reconnu le dessin de Caran d'Ache sur l'Affaire Dreyfus: Un dîner en famille.

  • P comme peur

    L'histoire se passe vers les onze heures du soir.

    Je suis à peine lovée sous la couette que j'entends comme des petits sifflements. Comme des cliquetis. Comme des petits bruits qu'émettent certains appareils électroniques quand ils veulent vous signaler quelque chose.

    Je me dis que ça va s'arrêter. Mais ça ne s'arrête pas. Je me dis que c'est peut-être un animal nocturne. Mais aucun de mes visiteurs nocturnes ne fait un bruit aussi "artificiel".

    Je me dis que c'est peut-être l'avertisseur sonore de mon congélateur. Peut-être ai-je laissé la porte ouverte en y prenant la viande du lendemain? Je descends à la cave. Mais bien sûr, la porte du congel est bien fermée. Ce n'est pas ça. Et dans l'autre cave, la chaudière ronronne. Tout va bien ici. Je retourne me coucher.

    Le bruit reprend dès que je suis allongée. Est-ce que ce seraient mes voisins, toujours très inventifs en nouvelles formes d'agressivité auditive? Je sors sur la terrasse (par moins dix degrés environ). Non, ça ne vient pas du dehors.

    A l'étage peut-être? J'y monte. Rien à signaler dans les chambres ni dans les greniers. Tout est calme là aussi.

    Je me recouche.

    Et c'est alors que la panique s'empara de la cité alertée par le tocsin (*): ce bruit ne venait pas de l'extérieur, il était dans ma tête.

    Plus exactement dans mon oreille gauche.

    - Ça y est! me suis-je dit. Je vais devenir sourde d'une oreille. Comme ma grand-mère Adrienne!

    ***

    (*) pardonnez-moi, j'aime citer à tort et à travers des passages d'une ou deux pièces de Ghelderode. Ici ça vient du "Ménage de Caroline", j'ai joué le rôle de Colombine à l'université, alors je connais encore la pièce par coeur Innocent

  • P omme pigeon

    C'était un beau soir de novembre, il faisait chaud comme (rarement) en été. J'ouvre ma boîte à mail:

    Bonsoir , Je tiens dans un premier temps à m’excuser pour cette intrusion dans votre vie même si j’avoue que cela est très important pour moi. Je suis Madame Catherine Pigeon, née le 12 mai 1951 à Provins en France. Je souffre d’un Cancer à la Gorge depuis maintenant plus de 3 ans et demi et là malheureusement, mon médecin traitant vient de m’informer que je suis en pleine phase terminale et que mes jours sont comptés du fait de mon état de santé assez dégradé.

    Je suis veuve et je n’ai pas eu d’enfant ce que je commence à regretter amèrement. Au fait, la raison pour laquelle je vous contacte est que je souhaite faire Don d’une partie de mes biens vu que je n’ai personne qui pourrait en hériter. J’ai presque vendu toutes mes affaires dont une entreprise d’exportation de bois et d’hévéa et une Sidérurgie en Afrique où je vis depuis maintenant plus de 48 ans. Une grosse partie de tous ces fonds récoltés a été versée auprès de différentes associations à caractères humanitaires un peu partout dans le monde mais surtout ici en Afrique.

    Pour ce qui est du reste de la somme qui s’élève exactement à 7.000.000 € présentement sur un Compte Personnel Bloqué, mon dernier souhait serait de vous en faire Don afin que vous puissiez investir dans votre secteur d’activité et surtout dans l’humanitaire. Je suis tout à fait consciente de ce que je compte faire et je crois malgré le fait que nous ne nous connaissons pas, que vous saurez faire bon usage de cette somme.

    Je vous prie donc de bien vouloir accepter ce legs sans toutefois ne rien vous demander en retour si ce n’est de toujours penser qu’à faire le bien autour de vous, ce que je n’ai pas su faire durant mon existence. Ceci dit, étant rassuré d’être tombé sur une personne Responsable et surtout de Bonne Foi, je vous demanderais de bien vouloir me recontacter au plus vite afin de vous donner plus d’explications sur les motifs de mon geste et sur le déroulement des choses.Merci et je suis a l entente de vos nouvelles Chaleureusement

    ***

    N'est pas Pigeon celui qui le prétend Langue tirée

  • P comme perles

    Les perles sont au correcteur ce qu'est le sourire offert au malade ou la tape amicale sur l'épaule du copain qui se laisse un peu aller: on se redresse, on rit, on respire, on reprend courage pour la suite.

    Voilà pourquoi la récolte des perles ne se fait jamais dans un but de moquerie: la perle, comme son nom l'indique, est précieuse. Et souvent le fruit de toute une culture Sourire

    La culture du dictionnaire ou comment bien l'utiliser:

    - C'est là que la chaussure me serre le pied! (*)

    La culture des verbes ou comment bien conjuguer:

    - Rien n'émeute cette fille

    La culture du surréalisme:

    - Epelle ne prend pas deux l

    La culture du mot juste:

    - Il tombe des flacons de neige

    Bref, vous l'aurez compris, et comme le dit si bien un de mes élèves: "Les études stipulent le reste de ta vie!"

    ***

    (*) en néerlandais on dit "waar het schoentje wringt" pour dire "voilà où le bât blesse"

  • P comme peur

    Les rayons du supermarché, la file à la caisse, le parking, voilà des endroits privilégiés pour des entretiens parents-professeur. J'en ai déjà parlé.

    L'autre jour, à l'entrée du magasin, je suis tombée sur un couple de parents d'élève: j'ai eu leur fille en classe il y a entre dix et quinze ans de cela. Preuve du temps qui passe, ils avaient dans leur caddie, bien installée sur le petit siège et toute souriante, une petite princesse blonde de bientôt 19 mois. C'est ce que l'heureuse grand-mère s'est empressée de me dire.

    Justement, ce soir-là leur fille, qui est aussi devenue prof de FLE, avait des entretiens parents-professeur.

    Après les compliments d'usage sur les beautés et le caractère avenant de leur princesse, j'ai filé faire mes courses.

    A la caisse, je les ai retrouvés.

    - Vous êtes au courant? me demande la dame de l'air de quelqu'un qui détient une grande nouvelle.

    Au courant de quoi? aurions-nous un gouvernement? le ministre voudrait-il supprimer les cours de FLE?

    - Il y a eu des cambriolages au village!

    Mon village, donc. Comme je n'étais au courant de rien, elle s'est fait un plaisir de me narrer les détails: chez qui, comment, à quelle heure...

    - Vous avez un chien? me demande-t-elle.
    - Hélas j'en ai eu un mais il est mort, lui dis-je, croyant qu'il s'agissait de parler chien-qui-aboie-et-qui-sauve-son-maître. Mais non:
    - Chez des gens qui avaient un chien ils ont même noyé le chien! Alors vous comprenez, me dit la dame, notre chien on ne le laisse plus seul à la maison, il est dans la voiture.

    C'est ainsi, chers lecteurs, que les gens vous instillent leur peur, vous inoculent leur angoisse, vous insinuent leur cauchemar, vous infusent leurs frayeurs.

    Mais je résiste Langue tirée

    La seule concession est que depuis cet entretien, je ferme à clé la porte du garage, la nuit: je m'en voudrais trop si des cambrioleurs noyaient mes chats.

    566 - kopie - eiland.JPG

    Dans cet îlot au milieu de la réserve naturelle il y a moi, à droite, du côté des peupliers, et il y a mes voisins, à gauche, du côté du gros chêne.
    Peut-être devrais-je les prévenir? Ils ont un chien, eux Langue tirée

     

     

  • P comme proverbe

     

    boite.jpg

    « L’ennui naquit un jour de l’uniformité », se dit Léo, instituteur à la retraite.

    boite1.jpg


    Alors il sortit ses couleurs et ses pinceaux, sa scie sauteuse et deux ou trois vestiges de jouets, puis passa un bel après-midi d’automne à faire de cette vilaine boite grisâtre imposée par la Poste un tabernacle digne de recevoir son courrier.

    défi 163.jpg

    Le soir, satisfait de l’œuvre accomplie, il se repassa une vieille cassette avec John Wayne …

    http://www.youtube.com/watch?v=MskUuuxncAo

     

    (participation au défi 163 écrite en pensant à mon grand-père, fan inconditionnel du duo John Ford et John Wayne)


  • P comme Proust... mais chez les autres!

    Je l'ai déjà dit des tas de fois, ma lecture de la Recherche n'avance pas, mais chaque livre pris en main me parle du petit Marcel.

    Chez Marine, j'ai lu les premiers chapitres de La fin des temps (Haruki Murakami, Seuil, collection Points n°828, 2001) Voici ce qu'on y trouve page 19:

    - Proust, fit-elle en me regardant.
    Elle n'avait pas exactement prononcé "Proust", mais il me semblait que ses lèvres avaient formé ce mot (...). Proust?
    - Marcel Proust? demandai-je.
    Elle me jeta un regard étonné avant de répéter "Proust".

    J'ai lu aussi Claudie Gallay, Seule Venise, éd. du Rouergue, coll. Babel, 2004:

    Les salons du Florian. Banquettes de velours rouge. Petites tables en marbre blanc. Avec la vue sur San Marco.
    - Il me faut la table sous le Chinois, je demande.
    Le serveur a l'habitude. Il m'accompagne.
    - Vous avez de la chance, il n'y a personne.
    Un salon. Une table avec le tableau au-dessus. Je regarde le tableau. Le prince (1) m'a expliqué. C'est à cause de Barrès, de Proust. Ils se donnaient rendez-vous ici, sous le Chinois. Et ils parlaient. Des après-midi entiers. (p.77)

    Lecture commune - Proust.png

    - Hemingway venait là (2) lui aussi. Et puis Barrès, Proust, Morand...
    On revient à cela, toujours, immanquablement.
    - Vous les aimez tant que ça tous ces gens?
    - Je les aime, oui.
    - Tellement?
    - Tellement.
    - Et vous venez là parce qu'ils y sont venus? Les livres ne suffisent pas?
    - C'est la vie qui ne suffit pas. (p.157)

    Car en effet, ce genre de pèlerinage n'aurait pas plu à Proust, qui condamnait cette "idolâtrie" (je cite) envers un artiste qu'on admire. Voir à ce sujet le chapitre 9 du livre d'Alain de Botton, Comment laisser tomber un livre. Mais qu'on se rassure si on a fait le voyage jusqu'à Illiers-Combray, personnellement je rêve de refaire les voyages de Montaigne ou de Stendhal... en Italie Cool

    ***

    (1) un vieux prince russe en exil qui vit dans la même pension vénitienne que la narratrice... bientôt les auteurs de romans devront trouver autre chose, je crois que les dernières victimes princières survivantes de la révolution de 1917 doivent se faire de plus en plus rares...
    (2) à Venise, au Harry's Bar, of course Clin d'œil

  • P comme Proust

    Vu que je n'avance pas dans ma (re)lecture de la Recherche, je vous offrirai, pour satisfaire au challenge proustien de Margotte - qui se termine déjà en septembre -, quelques extraits de ce que d'autres ont écrit sur lui.

    Toutes les excuses sont bonnes - si d'autres l'ont dit, n'est-ce pas? - pour déclarer que:

    "Le malheur, c'est qu'il faut que les gens soient très malades ou se cassent une jambe pour avoir le temps de lire La Recherche." (Robert Proust, frère de l'auteur et chirurgien comme leur père)

    A quoi Alain de Botton ajoute:

    "Et allongés dans leur lit, un membre fraîchement emprisonné de plâtre ou le poumon rongé par un bacille tuberculeux, ils se trouvent confrontés à une autre gageure devant la longueur de chacune des phrases aux constructions serpentines, dont la plus étendue, située dans le cinquième volume, couvrirait près de quatre mètres dans une taille de caractère normale, et s'enroulerait dix-sept fois autour de la base d'une bouteille de vin."

    Ce qui me fait penser à ces "chenilles" au crochet qu'on faisait à l'école primaire et dont on avait effectivement entouré une bouteille de vin pour la fête des pères. Sauf que la bouteille était vide... Mais ne nous éloignons pas du sujet.

    "Cher ami (écrit Alfred Humblet à Louis de Robert) je suis peut-être bouché à l'émeri, mais je ne puis comprendre qu'un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et retourne dans son lit avant de trouver le sommeil."

    Certains répondront: essayez donc d'en faire autant!
    D'autres, comme moi, sont heureux d'avoir lu Pennac et ses "droits imprescriptibles du lecteur". Depuis cette lecture, j'ose me permetre de tourner des pages sans les avoir lues. Jamais sans remords, et ça me coûte un effort inoui, mais parfois j'y arrive.
    Avec Proust, j'y suis arrivée Langue tirée

    "Au bout des sept cent douze pages de ce manuscrit, après d'infinies désolations d'être noyé dans d'insondables développements et de crispantes impatiences de ne pouvoir jamais remonter à la surface, on n'a aucune notion de ce dont il s'agit." (Jacques Madeleine)

    Voilà pourquoi les Monty Python ont organisé leur "Grand Prix d'Angleterre de résumé de Proust": vous avez 15 secondes pour synthétiser les sept volumes. Avis aux amateurs.

    Lecture commune - Proust.png

     

  • P comme Proust

    Quand Margotte a proposé de relire Proust, j'ai tout de suite accepté: ça fait très longtemps que je me dis que je devrais m'y mettre.

    Alors j'ai sorti mes exemplaires de la bibliothèque. J'ai constaté qu'il me manquait deux volumes. C'est embêtant, parce que j'ai l'intention de faire 'tout ou rien'.

    Puis j'ai vu cet article de l'Express: Quatre raisons de ne pas lire La Recherche cet été:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/4-raisons-de-ne-pas-lire-la-recherche-de-proust-cet-ete_1011195.html?xtor=EPR-618

    Je sais que "c'est de l'humour..." mais tout de même... Langue tirée

    ***

    Alors, chère Margotte, voici ce que j'ai déjà fait jusqu'à présent:

    1.sortir mes 6 volumes de la bibliothèque
    2.constater que la série est incomplète, garder le premier volume et remettre les autres à leur place, entre l'abbé Prévost et Raymond Queneau
    3.m'installer dans le fauteuil et feuilleter Du côté de chez Swann
    4.constater que la deuxième partie est très annotée au crayon, ce que j'ai dû faire à l'époque où je l'ai lu, en première ou en deuxième année à l'université, je ne sais plus très bien
    5.lire l'incipit: "Longtemps, je me suis couché de bonne heure." et sentir toute la fatigue de la journée me tomber dessus.
    6.refermer le volume en me demandant quand je trouverai le temps de relire "tout ça" d'ici le 23 septembre...

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  • P comme parc

    Ici et là, la vue sur le parc englobe un bout de serre ou de bâtiment et on se dit qu'on aimerait bien vivre là... à condition bien sûr d'avoir une armée de jardiniers à disposition Clin d'œil  j'ai déjà le plus grand mal à garder un semblant d'ordre dans ma trentaine d'ares...

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    faudra que je demande à mon amie MC qui habite là...

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    d'une serre à l'autre:

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    pas étonnant que de nombreux visiteurs aient pris ce petit bassin pour la fontaine de Trevi Rigolant

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    moi aussi j'espère bien revenir ici !
    (mais je me répète LOL)

     

     

     

     

     

  • P comme parc

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    A Laken, il n'y a pas que les serres et les merveilles florales qu'elles contiennent, il y a aussi tout le parc autour des serres. Et vraiment, l'endroit est enchanteur!

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    au loin on peut voir la tour japonaise

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

    toutes les photos ont été prises le premier mai: les rhododendrons sont déjà bien fleuris, avec deux ou trois semaines d'avance sur leur date de floraison "normale" en Belgique

    ***

    et devinez qui habite à côté de ces splendeurs?

    bruxelles,belgique,amitié,jardin

     

     

     

     

  • P comme plie et P comme Pacific

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    C'est dans un hôtel-pension-de-famille d'Ostende (mais je précise qu'il ne s'agit pas de celui-ci, seul le nom m'y a fait repenser) que l'ex-homme-de-ma-vie a travaillé pour la première fois l'été de ses 16 ans.

    Il y a tout appris, faire les lits, manier l'aspirateur, servir et desservir à table en tenant des assiettes en équilibre sur la main et l'avant-bras et quantité de verres entre les doigts.

    Il y a aussi appris que certaines catégories de touristes sont méprisées.

    Depuis, je me méfie des pensions de famille... et pourtant, pour la première fois de ma vie, en juillet je prendrai une semaine de vacances dans une véritable pension de famille. A la mer.

    Mais ce sera en Italie Cool

  • P comme poil de chameau

    J'avais 16 ans, j'avais atteint ma taille adulte, il me fallait un manteau pour l'hiver. C'est ce que ma mère constata, à mon grand étonnement. Il est vrai que les manches de mon anorak de l'hiver précédent m'arrivaient à la moitié de l'avant-bras. Mais il m'avait servi déjà deux ou trois saisons, pourquoi pas une de plus? D'ailleurs, je le mets encore aujourd'hui pour aller chercher des bûches au fond du jardin, retirer quelques poireaux ou cueillir des choux de Bruxelles.

    Quelques minutes plus tard, elle s'amena avec un long manteau beige caca (pardon pour le mot choquant, il n'y en a pas d'autre).

    - Voilà, dit-elle, essaie un peu celui-là!

    Mon étonnement se fit stupeur:

    - Mettre ça? C'est quoi, ça?
    - C'est un manteau à moi que j'ai porté quand j'étais jeune.

    Un manteau made in 1952 (ou aux alentours), carrure très large, grands revers, taille cintrée, dessous très évasé. C'est une silhouette qui est un peu revenue à la mode ces jours-ci mais qui, dans le milieu des années 70, ne cadrait pas du tout avec ce qu'on pouvait voir dans les rues de ma ville. Et surtout pas chez les filles de 16 ans!

    Il me venait presque aux chevilles, ses trois boutons étaient grands comme des soucoupes et l'échancrure si profonde que je me demandais comment un tel modèle pouvait être efficace contre le froid.

    - Il te va très bien, dit ma mère.
    - Mais je ne veux pas mettre ça!!!
    - Et pourquoi pas? fit-elle. C'est tout à fait à la mode! Et puis, c'est une qualité splendide, comme on n'en fait plus aujourd'hui: c'est du véritable poil de chameau!

    Argument qui, visiblement, devait fermer la bouche à tout.

    Je fis cependant une dernière tentative:

    - Mais alors, si tu le trouves si beau, pourquoi tu ne le mets pas toi-même?

    Je croyais que c'était imparable. Mais elle me répondit:

    - Moi, des manteaux, j'en ai assez.

    Et c'était vrai, bien sûr. Dont deux en fourrure.

    ***

    J'ai donc dû porter cette merveille et j'ai même dû l'user. Ce qui m'a pris plusieurs années. C'était en effet une qualité supérieure, ce poil de chameau. Mais moi qui étais déjà si timide et si mal dans ma peau, je n'y ai pas gagné en confiance en moi.

    Sans compter les malentendus que ça créait, autour de moi, quand on me voyait passer avec mon grand manteau bien cintré, ses larges revers et ses trois énormes boutons:

    - Regarde-là, la fière!

    Texte envoyé aux Impromptus littéraires pour le thème Timidité

  • P comme perles

    Les contrôles du mois de janvier sont corrigés: voilà l'occasion de vous offrir encore quelques perles Rigolant

    En 6e (Terminale), le thème était la gastronomie.

    Amis français, d'abord cet avertissement: les belles traditions culinaires et les bonnes recettes du terroir se perdent. Pensons par exemple à la blanquette de vo et au cocovin.

    J'ai bien aimé aussi la question suivante:

    - Voulez-vous de l'eau plate ou de l'eau pétulante?

    ***

    Il y en a qui ont lu Ni d'Eve ni d'Adam d'Amélie Nothomb et qui devront apprendre à bien utiliser le dictionnaire. Jugez-en vous-mêmes:

    - Amélie va donner des cours de français à Rinri et Rinri rabote le japonais d'Amélie

    Raboter, donner un coup de rabot, se dit en néerlandais "bijschaven", qui a également le sens de "perfectionner"

    Ou alors celle-ci:

    - Cette histoire est bombée d'émotions!

    L'élève voulait dire "bol staan van", ce qui signifie "être plein de"

    ***

    Et comme d'habitude j'avais mon Monsieur de la Palice qui n'a pas raté son coup:

    Question: Quand est-ce qu'on emploie la forme "soi"

    Réponse: On emploie "soi" quand c'est nécessaire.

  • P comme Perec

    Sur l'invitation de Coumarine... en brun, les citations de Perec, en noir, mes variations sur ses thèmes. Chez Perec, rien de vraiment très intime ni personnel, chez moi... euh... Sourire

    (2) Je me souviens que quand j'avais sept ou huit ans, ma tante avait une Mercedes décapotable bleu ciel et que je m'étonnais qu'on veuille donner de l'argent pour une voiture qui n'avait que deux places. 

    (4) Je me souviens qu'en 1990 nous avons emmené nos amis roumains voir les fêtes au Heysel à l'occasion des 60 ans (et des 40 ans de règne) du roi Baudouin et qu'il faisait un temps magnifique.

    (42) Je me souviens qu'en 1968 je confondais le "Rideau de Fer" avec la "Barrière de Fer", qui était de l'autre côté de la ville où j'habitais, de sorte que je m'attendais à voir des chars russes en allant à la boucherie de l'oncle Marcel, le samedi suivant.

    54 Je me souviens que Voltaire est l'anagramme de Arouet L(e) J(eune) en écrivant V au lieu de U et I au lieu de J.

    (87) Je me souviens que mon père nous a dit un jour qu'il avait eu dans son enfance la toute première édition de Tintin au pays des Soviets mais qu'il l'avait prêtée à un ami qui ne la lui avait jamais rendue.

    (95) Je me souviens que dans les films américains de mon enfance, tout le monde parlait le français, les cow-boys comme les indiens, et que je ne m'en suis étonnée que le jour où j'ai vu un western doublé en allemand. 

    (101) Je me souviens des matchs de tennis auxquels on assistait à la mer avec mon oncle qui était tout émoustillé à l'idée de rencontrer Jacky Brichant.

    105 Je me souviens de "Bébé Cadum".

    (101) Je me souviens que mon père avait un cousin Paul qui avait de splendides moustaches.

    112 Je me souviens que Colette était membre de l'Académie royale de Belgique.

    123 Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan.

    (125) Je me souviens que je me demandais ce que c'était que cette tache sur le front de Gorbatchev.

    (138) Je me souviens que nous avons vu passer une étape du Tour, lors de vacances en France, et que des gens criaient "Allez Eddy" comme des hystériques.

    (145) Je me souviens que j'ai vu le Bal des Sirènes avec Esther Williams et que je me suis demandé comment elle faisait pour pouvoir rester si longtemps sous l'eau sans respirer.

    152 Je me souviens que Warren Beatty est le petit frère de Shirley McLaine.

    (161) Je me souviens que mon grand-père ne ratait aucun film avec Mireille Darc parce qu'il était sûr que tôt ou tard elle s'y promènerait à poil.

    (167) Je me souviens qu'on chantait "Only you" avec les Platters et "Gigi l'Amoroso" avec Dalila.

    (177) Je me souviens que nos profs nous parlaient au moins une fois par an du Spoutnik alors qu'on n'était même pas nées lors de son lancement.

    (187) Je me souviens qu'à 18 ou 19 ans mon frère était tellement fan de Patrick Dewaere qu'il s'était fait permanenter pour avoir des bouclettes et qu'il s'était laissé pousser le même genre de moustaches.

    196 Je me souviens que Marina Vlady est la soeur d'Odile Versois.

    210 Je me souviens que Fausto Coppi avait une amie que l'on appelait "la Dame blanche"

    (211) Je me souviens que j'avais douze ans quand j'ai découvert le Nutella chez une amie. Chez nous c'étaient de grands pots de Kwatta, bien moins chers, mais sans noisettes.

    (230) Je me souviens que mon père racontait qu'à la fin de la guerre, une balle allemande avait fait voler en éclats la vitre de la chapellerie familiale.

    (242) Je me souviens qu'il me racontait aussi qu'en mai 1940, alors que toute la famille était fin prête pour partir en exode, son père avait brusquement changé d'avis et décidé de rester: mon père en avait été fort déçu, il avait déjà son sac au dos avec le saucisson pour le pique-nique.

    (259) Je me souviens que Charles de Gaulle a été pour moi un nom de rue avant d'être celui d'un homme politique.

    265 Je me souviens de Lee Harvey Oswald.

    (282) Je me souviens que Maurice Chevalier chantait en roulant les R et que je ne comprenais pas pourquoi, vu qu'il n'était pas Flamand.

    (291) Je me souviens que quand il était petit , mon frère aimait les films de Jerry Lewis et Dean Martin, et encore plus ceux avec les Charlots.

    (301) Je me souviens que Sidney Bechet jouait Petite Fleur.

    313 Je me souviens de Bourvil.
    Je me souviens d'un sketch de Bourvil dans lequel il répétait plusieurs fois en conclusion de chaque paragraphe de sa pseudo-conférence: "L'alcool,non, l'eau férrugineuse, oui!"  

    (329) Je me souviens que dans Le Ménage de Caroline (Michel de Ghelderode) je jouais le rôle de Colombine mais que mes parents ne s'étaient même pas dérangés pour venir me voir.

    (346) Je me souviens que des Provençaux avaient dit à mon père que le meilleur pastis était le Casanis, donc pour lui c'était "un Casanis, sinon rien".

    (363) Je me souviens du film de Kubrick, A Clockwork Orange, qui m'a causé des cauchemars pendant de longues années.

    (364) Je me souviens de ma joie quand une amie de ma mère m'avait offert toute sa collection de la Comtesse de Ségur.

    (382) Je me souviens des peintures d'Emile Claus qui avaient été exposées à Ostende.

    (416) Je me souviens que les meilleurs amis de mes parents avaient une "Peugeot" et que je me demandais où ça allait finir parce qu'à chaque nouvel achat le chiffre augmentait: 304, 404, 504... mais alors ils sont passés à Mazda.

    (451) Je me souviens d'Orson Welles quand il dit "Rosebud..." dans le film Citizen Kane.

    469 Je me souviens de Brigitte Bardot quand elle chantait Sidonie a plus d'un amant, Moi je ne crains personne en Harley-Davidson ou La fin de l'été

    A la demande de l'auteur, l'éditeur a laissé à la suite de cet ouvrage quelques pages blanches sur lesquelles le lecteur pourra noter les "Je me souviens" que la lecture de ceux-ci aura, espérons-le, suscités.

  • P comme Parisienne

    Je ne suis pas Parisienne
    ça me gêne ça me gêne
    Je ne suis pas dans le vent
    c'est navrant c'est navrant

    chantait Marie-Paule Belle vers 1976 et moi zaussi dans ma tête en arpentant les rues de la capitale française le premier novembre dernier.

    http://www.youtube.com/watch?v=kSTS8tKB4P0&feature=related

    Et puis j'ai fini par en rencontrer une, de Parisienne. Une vraie. C'était à l'auditorium du Grand Palais, pour l'expo Monet.

    - Moi qui suis Parisienne...

    Nous étions assises côte à côte à attendre l'heure du film sur Monet et toutes ses phrases commençaient ainsi. Ou par sa variante:

    - Nous autres Parisiens, nous avons nos petites combines...

    Dommage pour son fils, qui "habite à Montauban, un trou perdu" où jamais elle ne mettra les pieds, quoi qu'il fasse, Paris lui manquerait trop.

    - J'y ferais tout de suite une dépression, m'assure-t-elle.

    Son fils et les Montaubanais (est-ce ainsi qu'on les appelle?) seraient heureux de l'apprendre...

    Alors, quand elle m'a demandé où j'habitais, en Belgique, j'ai répondu en riant:

    - Dans un trou perdu.

    Mais ça ne l'a pas fait rire et j'ai vu, entendu et senti sa commisération Clin d'œil

    - Oooooohhhhhhhhh!

    Paris 21 - Saint-Michel.JPG

    Paris, à côté de la fontaine du boulevard Saint-Michel où j'avais rendez-vous avec Marine, ma Parisienne à moi et qui vit elle aussi dans un trou perdu Bisou

     

     

     

  • P comme Petit Prince

    De la même manière qu'on peut faire le test du serpent boa qui a avalé un éléphant, on peut faire le test du sourire.

    Selon la façon dont on y répond, on pourra se parler de forêts vierges et d'étoiles... ou de bridge, de cravates et de politique.

     

     

     

  • P comme poires

    Il y a mes voisins du dessus, ceux avec le chien, les lapins, le coq, les poules, les trois garçons, l'accordéon et la batterie.

    Il y a mes voisins du dessous, ceux qui ne sont là que le week-end, avec la tondeuse, la tronçonneuse et la débroussailleuse.

    Ceux du dessus ont des lapins baladeurs qui apprécient mes choux de Bruxelles.

    Ceux du dessous ont un verger. L'an dernier, j'ai reçu des pommes. Cette année, ils me font profiter de leurs poires.

    Elles sont mûres, elles tombent de l'arbre, ils m'en ont apporté toute une caisse.

    Peut-on congeler des poires?

    Vous le saurez bientôt Clin d'œil

  • P comme patrimoine

    Ce matin-là, ils avaient décidé de faire une randonnée vers les hauteurs. Un joli sentier partait du hameau, traversait des forêts et des alpages. Tout était beau, lumineux, frais, parfumé, tranquille.

    Le sentier grimpait. Ils ne rencontraient personne et marchaient pourtant depuis quelques heures.

    Au détour du chemin, tout à coup, une grosse cabane. Une sorte d’étable sur pilotis. Quelques vaches aux alentours, qui en broutant faisaient tinter doucement la cloche accrochée autour de leur cou. Il y avait différentes notes qui faisaient penser aux premières mesures du Pierrot lunaire.

    Un homme est sorti de l’étable et s’est avancé vers eux. Il parlait un dialecte  à consonance germanique qu’ils ne comprenaient pas très bien et lui ne comprenait aucune autre langue que celle-là. Pourtant, ils se sont compris. Il les a invités à l’intérieur. Ils l’ont suivi. Ils sentaient bien que refuser, ce serait lui faire un affront.

    Il leur a fait signe de s’asseoir. Ils ont deviné à son geste qu’il s’excusait pour le désordre. Il n’y avait pas de véritable désordre, juste un intérieur sombre, très rustique, d’un homme vivant seul et qui ne reçoit jamais de visites. Il y avait une table en bois grossier, et deux banquettes. Ils se sont installés. Au travers des fentes dans le plancher, ils pouvaient voir les litières des vaches. L’homme a disparu dans un appentis.

    Quand il est revenu, quelques minutes plus tard, il a déposé devant eux deux grands bols de faïence remplis de lait. Puis il est reparti dans les profondeurs de l’étable. Elle a jeté un regard désolé vers son compagnon : du lait, un bol plein de lait, elle à qui la moindre gorgée, l’odeur même du lait donne des nausées...

    Revoilà l’homme. Avec un bloc de fromage, une motte de beurre et un grand pain gris déjà bien entamé. Son pain de la semaine, ont-ils compris par la suite, que quelqu’un du village venait lui apporter le samedi. Lui ne redescendrait qu’à l’automne. Là-haut, tout là-haut, il restait seul tout l’été, avec ses vaches, leur lait, le beurre et le fromage qu’il faisait lui-même. Dans sa cabane-étable tout en bois sur pilotis.

    Il les incitait à boire, à manger. Elle a précautionneusement posé les lèvres contre le bord du bol de lait : il avait le parfum et le goût de toutes les fleurs de la montagne. Jamais au grand jamais elle n’a bu un lait comme celui-là, ni avant ni après ce jour.

    Il y a trente ans de cela. Aujourd’hui, il n’est plus permis de conserver du lait, d’en faire du beurre ou du fromage, si le local n’est pas carrelé du haut en bas, nettoyé au jet d’eau, désinfecté, stérilisé.

    Dommage pour les jeunes qui prendront le sentier de la montagne.

    Maintenant, « nous sommes tous président ».

    (ma participation au défi 114, qui portait ce simple énoncé: Patrimoine)

  • P comme Promenade verte

    "La Promenade Verte est une magnifique balade de plus de 60 km qui permet aux piétons et aux cyclistes de faire le tour de la Région et de traverser de nombreux parcs et espaces de nature préservée. La richesse de ce parcours réside en grande partie dans l'étonnante diversité de ses paysages."

    C'est ce que dit le site de l'Office du Tourisme (http://www.opt.be/informations/promenades_bruxelles__la_promenade_verte/fr/AP/53537.html) et je ne peux que le confirmer, même si je n'en ai vu que quelques tronçons, ils étaient effectivement très divers. Ceux qui sont déjà venus ici se souviendront peut-être que j'en parlais déjà le 26 juillet dernier à V comme Vert. Si vous y retournez, vous verrez les photos de cette année, prises du côté est.

    Voici deux photos prises l'an dernier, côté ouest:

    CS Brussel 2009 001 - kopie.JPG
    CS Brussel 2009 002 - kopie.JPG


    Vous trouverez ici le dépliant Bruxelles Environnement: http://www.ibgebim.be/uploadedFiles/Site/Particuliers/Th%C3%A8me_-_Espaces_verts,_faune_et_flore/Promenade_verte_FR.pdf et toutes les infos, cartes détaillées etc. ici: http://www.leefmilieubrussel.be/Templates/Particuliers/Informer.aspx?id=1854

    Qu'on se le dise! Ce genre de promenade est agréable quelle que soit la saison et les bus ou trams vous ramènent dans le centre au moindre petit coup de pompe Cool

  • P comme Pomone

    Les dernières cerises du verger de l'ami G***, mes encombrants buissons de framboisiers sauvages qui me donnent tant de fruits cette année, quelques fraises des bois au pied d'une haie, des pêches et des abricots au marché... c'est la belle saison de Pomone.

    Bloemaert,_Abraham_-_Vertumnus_en_Pomona_-_1620.jpg
    Tableau d'Abraham Bloemaert (1564-1651), Ventumne et Pomone, 1620, pris de Wikipedia Commons
    Ventumne, amoureux de Pomone, s'est déguisé en vieille femme pour pouvoir l'approcher, car la belle se refuse à tout contact avec les hommes. C'est en lui racontant une triste histoire d'amour qu'il réussit à la charmer.
    Personnellement, je préfère qu'on me fasse rire...
    ou qu'on m'offre des fruits :-)
  • P comme perles

    C'est la saison des perles.

    Je dois faire gaffe, à l'examen oral il m'est arrivé une fois ou deux d'éclater de rire.

    Je m'en excuse tout de suite auprès de l'élève, bien sûr, je lui explique qu'il / elle vient de faire une faute amusante... et comme ils savent que j'aime rire, on en rit ensemble, ça détend l'atmosphère ;-)

    Mais tout de même, faut que je fasse gaffe.

    Surtout que S*** n'avait pas tout à fait tort en déclarant que le Roman de Renart appartient à la littérature sadique. Dommage que nous n'ayons pas eu le temps d'approfondir.

    Ma mimique aussi, je devrais mieux la contrôler. Je n'ai pas réussi à cacher mon grand étonnement quand ce même élève m'a révélé que Léopoldine Hugo s'était noyée dans une piscine.

    - Non? fait-il en voyant la tête que je fais. Elle ne s'est pas noyée?

    Et puis il y a ce brave pépère Du Bellay, qui voudrait rentrer dans son village parce que la vie y est plus tranquille.

    - Ah? et il dit ça où, dans son poème?
    - Euh... Ben oui, Du Bellay, c'est bien celui qui était soldat à Rome? non? quand la France était en guerre avec l'Amérique?¨

     

    ***

     

    Mais je vous rassure: la toute grosse majorité a fait un excellent examen oral.
    Si, si, le prof est content :-)

  • P comme pensées paternelles


    "Il faut en garder pour la prochaine fois" disait mon père quand nous nous plaignions, enfants, qu'un plaisir soit déjà terminé. Et toujours il le disait avec une certaine dérision, comme quand mon frère voulait faire encore un tour de manège à la kermesse ou qu'on voulait continuer à jouer au lieu d'aller au lit.

    "Il faut en garder pour la prochaine fois", me suis-je dit alors que j'entrais dans le parc qui entoure les thermes de Dioclétien. Non, je ne les visiterai pas cette fois-ci, ainsi j'ai une bonne raison de revenir à Rome en mai prochain...

    Mais j'ai déjà pris une ou deux photos pour le futur calendrier des "gatti di Roma"
    ;-)

    Rome 2010 046 - kopie

     Rome 2010 049 - kopie

  • P comme plaques d'immatriculation

    Quand j'ai appris que les nouvelles plaques d'immatriculation françaises ne comporteraient plus obligatoirement le numéro du département, ça m'a fait un coup ;-)

    Si, si, tout de même.

    Et puis ça m'a rappelé des souvenirs d'enfance...

    Chaque année début juillet nous quittions la mère-patrie à quatre heures du matin en direction de l’Ardèche. En 1970, mon père était tombé amoureux du Vivarais et l'avait exploré du nord (Annonay, Lamastre) au sud (Vallon-Pont-d'Arc, Les Vans). Depuis, il nous y emmenait chaque été.

    Les 59, on connaissait, c’étaient nos voisins. On traversait Vervins (02) et Châlons (51) dans le calme du petit matin. Immuablement, à sept heures nous passions à Reims (51) juste avant la cohue et à neuf heures nous étions à Chaumont (52) où Auchan nous ouvrait ses portes. Nous avions droit à une halte.

    Entre Dijon (21) et Mâcon (71), c’était « la traversée du désert » comme disait mon père car c’étaient les heures les plus chaudes et nous n’avions pas la climatisation.

    Armée du guide rouge Michelin, pour passer le temps, j’apprenais par cœur les départements français. Jusqu’à 21 (Côte-d’Or) c’était facile comme cacao et chocolat (les Belges comprendront la fine allusion - LOL). Après, ma foi, l’alphabet et la géographie aidaient.

    On cassait la croûte dans la voiture et on ne s’arrêtait plus. Mon père était « sobre comme un chameau », comme il aimait à le dire, et surtout très pressé d’arriver. Une fois passé Lyon (69) on était vite à Valence (26). On traversait le Rhône à Pont-Saint-Esprit (30) et on faisait notre joyeuse (07) entrée en Ardèche. J’étais incollable sur les départements.

    Mais dorénavant, que feront les petits Belges pour passer le temps (utilement et agréablement) pendant le trajet vers le lieu de vacances en France? Sont-ils condamnés aux jeux vidéo et autres gadgets...?

    Moi j'en inventerais bien un sur les numéros des départements ;-)

  • P comme parodie

    Participation au défi du samedi numéro 97

    Ma chère bonne,

     

    Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus incroyable, la plus ridicule, la plus absconse, la plus banale, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus débile, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus bête, la plus new-yorkaise : enfin une chose dont on ne trouve qu’une telle dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que l’on ne peut pas croire dans votre petite Belgique (comment la pourrait-on croire dans votre village perdu ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie la presse à deux sous qui est grande croqueuse d’argousins ; une chose enfin qui a eu lieu ce lundi 28 décembre, jour des Saints-Innocents, et ceux qui l’ont vue ont cru avoir la berlue ; une chose qui s’est faite à grand renfort de moyens policiers, et pour laquelle on a même fait appel au service de déminage. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : savez-vous ce que nous avons trouvé devant la porte de notre bureau de police, ce lundi matin en arrivant au travail? Vous devinez quoi ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Ma concierge me dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c’est un cadavre coupé en morceaux. — Point du tout, Madame. — C’est donc un enfant trouvé ? — Point du tout, vous êtes bien provinciale. — Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est un sac poubelle contenant des dossiers secrets? — Point du tout. — C’est assurément une voiture de police brûlée ? — Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; nous avons trouvé ce lundi, devant la porte de l’immeuble, en présence de tous les employés, un ours… un ours…, un ours… devinez: un ours en peluche, ma foi ! par ma foi ! Ma foi jurée ! Un ours en peluche, un véritable, un authentique, un inoffensif, un pauvre, un malheureux petit ours abandonné, un ours perdu, un ours en peluche, bourré de paille, avec des boutons de nacre à la place des yeux, un sourire dessiné au fil de laine brune, les pattes un peu usées et décousues, le seul ours en peluche qui pût se vanter d’avoir mobilisé tous les services de sécurité du district ainsi que le laboratoire de radiologie et fait évacuer tout l’immeuble et le parking souterrain.

    Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer, si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison, nous en avons fait autant que vous.

    Adieu, les articles et les photos que je vous ferai parvenir par la Toile vous feront voir si nous disons vrai ou non.

     

    Adrienne de Ratubin-Chanal

    La consigne était la suivante:

    Dépêche (cf. France Soir)

    Le lundi 28 décembre dernier, dans l’Oregon, aux États-Unis, un ours en peluche, posé devant la porte d’un immeuble abritant les services de la police, a semé la panique : les employés ont cru à une bombe.

    Arrivant à leur bureau, les employés ont eu la surprise de découvrir un ours en peluche posé devant la porte de l’immeuble où ils travaillent.
    Une équipe de déminage a été appelée. L’immeuble a été évacué ainsi que le parking, mais une observation de la peluche aux rayons X a démontré que l’ours était en réalité tout à fait inoffensif et ne contenait pas de matériel explosif.

     

  • P comme pauvre petit paquet postal perdu pas parti pour Papeete

    Il y a quelques années, j'avais aussi une ou deux classes d'élèves plus jeunes, disons la tranche d'âge des 14-15 ans. Je n'avais pas encore de tableau numérique dans ma classe. Au dos du tableau noir, j'avais toujours en réserve une petite phrase amusante, un virelangue, un petit jeu verbal ou un truc du genre, histoire de remplir et d'égayer d'éventuelles cinq dernières minutes de cours. Quand ça ne vaut pas la peine de commencer un nouveau chapitre mais qu'on veut tout de même leur faire encore "un peu de français" et se quitter dans la bonne humeur générale.

    Mais l'autre jour je l'ai refait avec "mes grands" et ça marche tout aussi bien ;-)
    Pourquoi pas, d'ailleurs?

    Nous nous sommes bien amusés avec "Suis-je chez ce cher Serge?". Cette petite phrase est si courte qu'elle n'a l'air de rien mais elle a été une petite leçon de modestie pour les quelques francophones de la classe. 

    - Oh madame! me dit l'un d'eux, moi j'en connais une beaucoup plus difficile! le chasseur sachant chasser... euh... sans son chien...

    Ils se sont donc lancés pleins de confiance en leur supériorité de locuteur natif et leur langue a fourché coup sur coup.

    C'est bien quand les francophones et les non-francophones se retrouvent à égalité devant une difficulté. Alors nous avons passé cinq minutes à chasser sans chien de chasse et à nous demander si les chemises de l'archiduchesse étaient bien archisèches chez ce cher Serge ;-)

    Comme disait le petit Prince, c'est vraiment utile, puisque c'est joli... alors la prochaine fois, on s'occupera du pélican de Jonathan!