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  • P comme parodie

    Participation au défi du samedi numéro 97

    Ma chère bonne,

     

    Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus incroyable, la plus ridicule, la plus absconse, la plus banale, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus débile, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus bête, la plus new-yorkaise : enfin une chose dont on ne trouve qu’une telle dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que l’on ne peut pas croire dans votre petite Belgique (comment la pourrait-on croire dans votre village perdu ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie la presse à deux sous qui est grande croqueuse d’argousins ; une chose enfin qui a eu lieu ce lundi 28 décembre, jour des Saints-Innocents, et ceux qui l’ont vue ont cru avoir la berlue ; une chose qui s’est faite à grand renfort de moyens policiers, et pour laquelle on a même fait appel au service de déminage. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : savez-vous ce que nous avons trouvé devant la porte de notre bureau de police, ce lundi matin en arrivant au travail? Vous devinez quoi ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Ma concierge me dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c’est un cadavre coupé en morceaux. — Point du tout, Madame. — C’est donc un enfant trouvé ? — Point du tout, vous êtes bien provinciale. — Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est un sac poubelle contenant des dossiers secrets? — Point du tout. — C’est assurément une voiture de police brûlée ? — Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; nous avons trouvé ce lundi, devant la porte de l’immeuble, en présence de tous les employés, un ours… un ours…, un ours… devinez: un ours en peluche, ma foi ! par ma foi ! Ma foi jurée ! Un ours en peluche, un véritable, un authentique, un inoffensif, un pauvre, un malheureux petit ours abandonné, un ours perdu, un ours en peluche, bourré de paille, avec des boutons de nacre à la place des yeux, un sourire dessiné au fil de laine brune, les pattes un peu usées et décousues, le seul ours en peluche qui pût se vanter d’avoir mobilisé tous les services de sécurité du district ainsi que le laboratoire de radiologie et fait évacuer tout l’immeuble et le parking souterrain.

    Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer, si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison, nous en avons fait autant que vous.

    Adieu, les articles et les photos que je vous ferai parvenir par la Toile vous feront voir si nous disons vrai ou non.

     

    Adrienne de Ratubin-Chanal

    La consigne était la suivante:

    Dépêche (cf. France Soir)

    Le lundi 28 décembre dernier, dans l’Oregon, aux États-Unis, un ours en peluche, posé devant la porte d’un immeuble abritant les services de la police, a semé la panique : les employés ont cru à une bombe.

    Arrivant à leur bureau, les employés ont eu la surprise de découvrir un ours en peluche posé devant la porte de l’immeuble où ils travaillent.
    Une équipe de déminage a été appelée. L’immeuble a été évacué ainsi que le parking, mais une observation de la peluche aux rayons X a démontré que l’ours était en réalité tout à fait inoffensif et ne contenait pas de matériel explosif.

     

  • P comme pauvre petit paquet postal perdu pas parti pour Papeete

    Il y a quelques années, j'avais aussi une ou deux classes d'élèves plus jeunes, disons la tranche d'âge des 14-15 ans. Je n'avais pas encore de tableau numérique dans ma classe. Au dos du tableau noir, j'avais toujours en réserve une petite phrase amusante, un virelangue, un petit jeu verbal ou un truc du genre, histoire de remplir et d'égayer d'éventuelles cinq dernières minutes de cours. Quand ça ne vaut pas la peine de commencer un nouveau chapitre mais qu'on veut tout de même leur faire encore "un peu de français" et se quitter dans la bonne humeur générale.

    Mais l'autre jour je l'ai refait avec "mes grands" et ça marche tout aussi bien ;-)
    Pourquoi pas, d'ailleurs?

    Nous nous sommes bien amusés avec "Suis-je chez ce cher Serge?". Cette petite phrase est si courte qu'elle n'a l'air de rien mais elle a été une petite leçon de modestie pour les quelques francophones de la classe. 

    - Oh madame! me dit l'un d'eux, moi j'en connais une beaucoup plus difficile! le chasseur sachant chasser... euh... sans son chien...

    Ils se sont donc lancés pleins de confiance en leur supériorité de locuteur natif et leur langue a fourché coup sur coup.

    C'est bien quand les francophones et les non-francophones se retrouvent à égalité devant une difficulté. Alors nous avons passé cinq minutes à chasser sans chien de chasse et à nous demander si les chemises de l'archiduchesse étaient bien archisèches chez ce cher Serge ;-)

    Comme disait le petit Prince, c'est vraiment utile, puisque c'est joli... alors la prochaine fois, on s'occupera du pélican de Jonathan!

  • P comme portes du paradis

    Au P comme... de novembre dernier, je vous ai révélé les portes de mon paradis. Portes de verdure, mais portes tout de même à mes yeux car mon paradis ce n'est pas seulement la maison, c'est encore bien plus toute la nature qui l'entoure.

    Les portes du paradis d'I sont à l'honneur ce mois-ci.

    D'abord celle que personne n'utilise. Elle est belle, grandiose même, mais son hall d'entrée sert de débarras.

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    Ensuite celle que tout le monde utilise, qui ne se ferme que pendant les quelques heures où tout le monde dort et qui se trouve stratégiquement entre la cuisine et le séjour. Remarquez d'ailleurs que la clé se trouve à l'extérieur.

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    Enfin, il y a la porte-fenêtre qui est ouverte jour et nuit, car c'est la porte des chats, ces souverains véritables au royaume d'I

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    Alors en guise d'envoi de cette bal(l)ade, pour toi, I, qui n'aime pas la poésie (?), ce texte écrit par Rimbaud en 1871 et auquel j'ai beaucoup pensé pendant mon séjour chez toi:

    Les Mains de Jeanne-Marie

    Jeanne-Marie a des mains fortes,
    Mains sombres que l'été tanna,
    Mains pâles comme des mains mortes.

    Sont-ce des mains de Juana ?

    Ont-elles pris les crèmes brunes
    Sur les mares des voluptés ?
    Ont-elles trempé dans les lunes
    Aux étangs de sérénités ?

    Ont-elles bu des cieux barbares,
    Calmes sur les genoux charmants ?
    Ont-elles roulé des cigares
    Ou trafiqué des diamants ?

    Sur les pieds ardents des Madones
    Ont-elles fané des fleurs d'or ?
    C'est le sang noir des belladones
    Qui dans leur paume éclate et dort.

    Mains chasseresses des diptères
    Dont bombinent les bleuisons
    Aurorales, vers les nectaires ?
    Mains décanteuses de poisons ?

    Oh ! quel Rêve les a saisies
    Dans les pandiculations ?
    Un rêve inouï des Asies,
    Des Khenghavars ou des Sions ?

    Ces mains n'ont pas vendu d'oranges,
    Ni bruni sur les pieds des dieux :
    Ces mains n'ont pas lavé les langes
    Des lourds petits enfants sans yeux.

    Ce ne sont pas mains de cousine
    Ni d'ouvrières aux gros fronts
    Que brûle, aux bois puant l'usine,
    Un soleil ivre de goudrons.

    Ce sont des ployeuses d'échines,
    Des mains qui ne font jamais mal,
    Plus fatales que des machines,
    Plus fortes que tout un cheval !

    Remuant comme des fournaises,
    Et secouant tous ses frissons,
    Leur chair chante des Marseillaises
    Et jamais les Eleisons !

    Ça serrerait vos cous, ô femmes
    Mauvaises, ça broierait vos mains,
    Femmes nobles, vos mains infâmes
    Pleines de blancs et de carmins.

    L'éclat de ces mains amoureuses
    Tourne le crâne des brebis !
    Dans leurs phalanges savoureuses
    Le grand soleil met un rubis !

    Une tache de populace
    Les brunit comme un sein d'hier ;
    Le dos de ces Mains est la place
    Qu'en baisa tout Révolté fier !

    Elles ont pâli, merveilleuses,
    Au grand soleil d'amour chargé,
    Sur le bronze des mitrailleuses
    À travers Paris insurgé !

    Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,
    À vos poings, Mains où tremblent nos
    Lèvres jamais désenivrées,
    Crie une chaîne aux clairs anneaux !

    Et c'est un soubresaut étrange
    Dans nos êtres, quand, quelquefois,
    On veut vous déhâler, Mains d'ange,
    En vous faisant saigner les doigts !

     

    Pour ceux que le contexte de ce poème intéresse, allez voir sur le site d'un collègue prof de français, http://abardel.free.fr/petite_anthologie/les_mains.htm

  • P comme perles

    Revoici la saison des perles. Je n'aime pas les examens, je n'aime ni les rédiger, ni les corriger, mais de temps à autre une réponse à la beauté nacrée vient détendre l'atmosphère.

    Oui, j'ose rire. Mais je ne me moque pas. Moi aussi je produis des perles quand je m'essaie à une langue étrangère - tu te souviens, Violeta, de ce que j'ai osé dire à ton mari en roumain, lors de votre premier séjour? Nu te plac? Alors que je voulais parler des crevettes qu'on mangeait ce jour-là, et évidemment pas de ma petite personne ;-)

    Mes élèves, quant à eux, se bagarrent avec le français:

    "Comme sport, je fais des courants d'air" me dit une élève dans le vent - courant d'air et randonnée peuvent tous deux se traduire par le mot néerlandais 'tocht' - et une autre sportive a "gagné un cours à pied". Sans doute la méthode socratique?
     
    Une élève de Terminale a peur pour l'an prochain: elle pense qu'à l'université "les étudiants vont disparaître en masse". Elle voulait parler de l'anonymat des amphis, bien sûr, et pas de la traite des blanches.
    "Je suis un radeau", ai-je entendu vers la fin de la journée. Radeau? Rat d'eau? Il s'agissait d'un fan de natation. Waterrat.
     
    Bref, "la réalité dépasse parfois la friction", comme l'a si bien résumé un dernier!
  • P comme les Portes du Paradis

    Voici quelques portes de mon paradis

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    souvent le paysage me fait penser à ce poème de Paul Verlaine, surtout que ce jour-là était précisément un dimanche:

    L'échelonnement des haies

    L'échelonnement des haies
    Moutonne à l'infini, mer
    Claire dans le brouillard clair
    Qui sent bon les jeunes baies.

    Des arbres et des moulins
    Sont légers sur le vert tendre
    Où vient s'ébattre et s'étendre
    L'agilité des poulains.

    Dans ce vague d'un Dimanche
    Voici se jouer aussi
    De grandes brebis aussi
    Douces que leur laine blanche.

    Tout à l'heure déferlait
    L'onde, roulée en volutes,
    De cloches comme des flûtes
    Dans le ciel comme du lait.

  • P comme pas de Panique

    Depuis le 1er septembre, ma directrice ne passe plus que quelques heures par semaine à l'école: de plus en plus, les profs et les élèves font ce qu'ils ont envie de faire et de moins en moins ce qu'ils doivent faire...

    Pas de panique, la terre continue de tourner.

    Mon réservoir d'essence est presque vide, arriverai-je à la prochaine station? Mon pneu avant se vide, arriverai-je à temps au garage?

    Pas de panique, pense à Y que les pompiers ont dû sortir au chalumeau de sa bagnole ratatinée par un fou qui roulait sur la mauvaise bande.

    Une amie sera là dans quelques heures, les courses ne sont pas faites, ni le ménage, sa chambre n'est pas prête, les feuilles mortes ne sont pas balayées et je ne sais pas ce que je vais lui préparer à manger.

    Pas de panique, réjouis-toi simplement de la revoir bientôt et mets en pratique ce Carpe diem que tu prônes à tes élèves.

    Ah ! que la terre est belle

    Pierre Menanteau (1895-1992)

    Pour un enfant poète, Bestiaire, 1953

                               

    Pour Isabelle

     

    Ah ! que la terre est belle

    Crie une voix, là-haut,

    Ah ! que la terre est belle

    Sous le beau soleil chaud!

     

    Elle est encor plus belle,

    Bougonne l'escargot,

    Elle est encor plus belle

    Quand il tombe de l'eau.

     

    Vue d'en bas, vue d'en haut,

    La terre est toujours belle,

    Et vive l'hirondelle

    Et vive l'escargot !


  • P comme première perle

    La première perle se trouve dans le premier devoir reçu le jeudi 3 septembre d'une classe d'élèves de 5e en Belgique (donc de 1e en France).

    Il s'agissait d'une série de vingt questions qui me permettent de me faire une première idée de leur attitude face à cette langue (souvent très étrange) étrangère qu'est le français.

    A ma 20e question: "Tu navigues parfois sur des sites francophones?" un élève m'écrit: "Non, je nasique surtout sur des sites néerlandais ou anglais."

    Les cruciverbistes parmi vous auront reconnu le mot qui correspond à la définition: "singe de Bornéo"

     

  • P comme pilchards

    Vous savez sans doute qu'après le concile de Vatican II, beaucoup de choses ont changé dans l'Eglise: la fin de la messe en latin - ça me donne toujours l'envie de chanter Brassens "sans le latin sans le latin la messe nous em..." le texte complet est ici pour ceux que ça intéresse http://www.frmusique.ru/texts/b/brassens_georges/tempetedansunbenitier.htm - et puis aussi la fin de l'obligation de "faire maigre" le vendredi.

    Mais même après la levée de l'interdiction de manger de la viande, mes parents ont longtemps continué à considérer le vendredi comme un jour spécial; le vendredi soir, c'était la fin de la semaine d'école ou de travail, on prenait notre bain hebdomadaire et on mangeait du fromage à tartiner.

    Ou des pilchards à la sauce tomate!

    J'y repensais subitement l'autre jour en voyant une publicité pour des pilchards à la sauce tomate. Voilà presque quarante ans que je n'en ai plus mangé et il me semblait que cet article ne se vendait plus. Ce en quoi je me trompais, voyez donc ici: http://www.imperialfish.be/content/default.asp?page=3511

    pilchards

    On les prenait de cette marque mais il me semble que le design de la boîte a évolué ;-)

    Pour ceux qui ont envie de rigoler, allez donc voir ici pour toutes les infos pilchardiennes: http://armorance.free.fr/page10.htm

    Quant à moi, je cours en acheter quelques boîtes en super-promo! On a la madeleine qu'on peut, n'est-ce pas, Marcel?

  • P comme perles

    A-t-on ou n'a-t-on pas le droit de rire un peu des perles de nos élèves?

    Puis-je publier ici que Madame de Sévigné écrit à sa fille qu'après le suicide de Vatel "l'ambiance était un peu cassée" ou est-ce que je suis en train de me moquer?

    Et si je vous raconte que ce passage de La dive bouteille (Rabelais) est une allusion à la fameuse citation latine "in vino vida", est-ce que j'outrepasse les règles de la bienséance?

    En la tant divine liqueur,

    Qui est dedans tes flancs reclose,

    Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,

    Tient toute vérité enclose.

    Vin tant divin, loin de toi est forclose

    Tout mensonge et toute tromperie.

    Je vous le demande...

  • P comme pères

    En moins de six mois, j'ai vu la mort de mon père (cancer), la mort du père de ma voisine (cancer), la mort du père d'une amie (cancer), la mort du père d'une autre amie (cancer), la mort du père d'une très jeune collègue (cancer), la mort du père d'un ancien élève (cancer) et la mort du père d'une ancienne élève (cancer)

    J'ai l'impression que les gens ne deviennent plus très vieux.

  • P comme Pratolini

    Quand je voyage, j'aime m'imprégner aussi de l'ambiance du pays, de la région ou de la ville que je visite en lisant des oeuvres qui ont un rapport direct avec l'endroit.

    Ainsi, pour Florence, je me suis acheté Le ragazze di Sanfrediano, de Vasco Pratolini.

    pratolini

    Le livre est publié chez Oscar Mondadori et coûte 7,80 €.

    Pratolini y raconte "la chute" d'un don Juan de quartier.

    Il suffit de quelques jours pour que le beau Bob, adulé par cinq ou six jeunes filles de son quartier populaire de Florence, de l'autre côté de l'Arno, commette une paire d'erreurs irréparables.

    Hybris, comme chez les anciens Grecs. Et Narcisse.

    Alors les jeunes filles, le ragazze, se vengent.

  • P comme pieds

    Au bal pour les anciens élèves, samedi dernier, les jeunes filles rivalisaient d'élégance ;-)

    Beaucoup m'ont raconté qu'elles s'étaient acheté une jolie robe spécialement pour cet événement. Pour certaines, l'achat avait eu lieu en dernière minute, le jour même. C'est le cas de celle-ci, par exemple. Prenez aussi le temps d'admirer les chaussures assorties.

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    Mais samedi soir, l'une après l'autre se défaisait de ses chaussures. Neuves aussi, donc. Et lors de l'achat, ce n'est apparemment pas toujours le confort qui a été le critère déterminant ;-)

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  • P comme plaisir (minuscule)

    Mouiller ses espadrilles
    PAR PHILIPPE DELERM
    Je ne passe pas ma vie à chasser les plaisirs minuscules. Cette quête serait par définition infructueuse, car ils ne fonctionnent qu'en associant au goût du jour une part de mémoire involontaire. Mais savoir qu'ils existent, d'autant plus désirables qu'ils demeurent secrets, est en soi un plaisir. C'est d'une certaine manière sentir que la terre est habitée, habitée de moi, d'une infime partie de moi qui attend peut-être sa révélation. On a pu comprendre sans souci que j'appelle plaisir la dégustation d'une première gorgée de bière, ou la satisfaction délicieusement inutile de sentir la présence d'un Opinel dans sa poche. J'ai vu qu'on tiquait davantage quand j'évoquais le bien-être causé par le ronronnement d'un réfrigérateur. Le tout premier de mes « plaisirs minuscules », celui qui m'a donné une piste d'écriture, était pourtant d'une essence assez particulière. Une sensation d'été. Traduire l'irrémédiable débâcle occasionnée par le gonflement de la semelle d'espadrilles en train de se mouiller m'a pourtant semblé à la fois être un plaisir et un sujet. Sujet, parce que sans doute personne n'en avait parlé avant moi. Plaisir, parce que la vie la plus banale pouvait receler un secret. Il se passe quelque chose. Le rien devient tout. Pour moi, le plaisir, c'est ça.
    PHILIPPE DELERM, ÉCRIVAIN. DERNIER OUVRAGE PARU : «LA TRANCHÉE D'ARENBERG ET AUTRES VOLUPTÉS SPORTIVES» (PANAMA, JANVIER 07)

  • P comme Panique? Pas de Panique!

    Dimanche, des amis qui devaient venir prendre le café l'après-midi sont arrivés vers 11.30 h. J'ai juste eu le temps de mettre une bouteille au frais pour improviser un apéro. Et après? et bien, heureusement que les congélateurs ont été inventés et que j'avais fait les courses en grand la veille, ce qui m'a permis de leur faire tout un repas, comme s'ils avaient effectivement été attendus pour un menu en trois services ;-)

    Lundi je casse mes lunettes. Je suis myope et n'ai pas de paire en réserve. J'ai juste des lunettes de soleil qui sont aussi des lunettes de vue, mais avec ce temps gris, ce brouillard persistant, et la nuit qui tombe vers 16.30 h, les verres solaires ne sont pas d'un réel secours. Heureusement, ma bagnole et moi, on connaît la route. Et si tout va bien, j'aurai ma nouvelle paire de lunettes d'ici une dizaine de jours...

    Mercredi, en rentrant du travail, je vois une souris qui trottine dans le salon. Mille pensées me traversent l'esprit en un éclair (et surtout la question encore restée sans réponse jusqu'à ce jour: comment et par où est-elle entrée ici?). Heureusement la solution immédiate est toute proche: mon matou Pipo Rossi qui avait justement l'intention de faire une sieste au garage a été invité à entrer au salon et dans la minute même il a croqué la visiteuse. Ni fleurs ni couronnes.

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    voici une photo du nemrod de service, le bien nommé Pipo Rossi ;-)

  • P comme père

    La mort du père, Roger Martin du Gard.

    Dans La mort du père, la sécurité se convertit en vide de l'esprit, absence de la pensée et abolition du futur:

    «Un vide, tout à coup se creuse à la place où, quelques minutes plus tôt, régnait cette sécurité sans laquelle vivre devient impossible; et ce vide est si soudain que tout l'équilibre est rompu. La lucidité même lui échappe: il ne parvient plus à réfléchir. L'intelligence humaine est si essentiellement nourrie du futur que, à l'instant où toute possibilité d'avenir se trouve abolie, lorsque chaque élan de l'esprit vient indistinctement buter contre la mort, il n'y a plus de pensée possible.»

  • P comme Privilège

    Dans l'avion qui nous mène de Bruxelles à Hambourg, nous ne sommes qu'une vingtaine de passagers. Quelques-uns sont disséminés sur les rangs 1 à 7. Ce sont les "Privilèges": on leur offre un journal avant le départ. Je me demande pourquoi on ne distribue pas ceux qui restent car il est déjà relativement tard et après notre arrivée à Hambourg ces nouvelles n'intéresseront plus grand-monde et iront sans doute tout droit à la poubelle.

    Ensuite on leur offre aussi un plateau-repas.

    A partir du 8e ou du 9e rang (moi, par exemple) on observe. Et on se demande combien ils ont payé en plus pour avoir le journal et le plateau.

  • P comme Panzanella

    La panzanella, c'est une de ces recettes italiennes à classer dans la rubrique "idée géniale pour recycler de manière succulente des restes sans le moindre intérêt".

    Vous prenez du pain rassis. Carrément sec. Vous le réduisez en miettes. Vous le mouillez, un peu, beaucoup, modérément, comme vous l'aimez. Mais sans le détremper. Vous l'assaisonnez de bonne huile d'olive et de balsamico. Ou de ce que vous aimez. Vous y ajoutez des légumes coupés menu, des tomates, bien sûr, et pour le reste vous voyez ce que vous avez. Et vous servez bien frais.

    C'est extra... à déguster à la cuiller.

  • P comme Petit Belge

    "Appellation affectueuse ou familière, mais un brin réductrice, qui abaisse le Belge au rang du petit-beurre, du petit pois, du petit rien, du petit coin, du petit doigt, du Petit Chose, du Petit Poucet, du Petit Prince ou, mieux, du Petit Larousse. Ce préjugé paternaliste suppose que, du haut de son piédestal, le français considère le PETIT BELGE non pas comme son égal mais bien comme un blanc-bec, une demi-portion, un avorton, un minus, un gnome. Et la Belgique comme une province de la France (...)"

    Patrick Roegiers, Le mal du pays, autobiographie de la Belgique, éd. du Seuil, coll. Points, 2005, p.336

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  • P comme Pietro Paleocapa

    A La Spezia, la via Pietro Paleocapa est bordée d'une magnifique rangée d'orangers. Ils sont pleins de gros fruits mûrs... qui tombent à terre, pourrissants.

    Pourquoi personne ne les cueille?

    Aucun rapport avec Pietro Paleocapa qui, selon Wikipedia, s'est occupé principalement de politique et d'hydraulique.

     

  • P comme Pomone et Pub

    J'étais à la recherche de recettes pour utiliser les baies de sureau qui mûrissent en ce moment dans la haie et voilà que je tombe sur un beau blog bien belge, Les Jardins de Pomone.

    Je sais bien qu'avec mes 3800 et quelques visiteurs en cinq mois, ce n'est pas la pub placée ici qui leur apportera la foule, mais bon bref, pour ceux que la nature et les bonnes recettes intéressent, allez-y donc faire un tour!

    Légumes anciens, biodiversité, fleurs sauvages et un brin de militantisme, j'aime!

  • P comme putois

    Douce euphorie, naïf enthousiasme et optimisme écologique dans notre petite réserve naturelle: notre conservateur a observé la présence d'un putois!

    putois

    Comme il ne boit pas d'alcool (notre conservateur, hein! pas le putois) et qu'il était accompagné d'un deuxième témoin, nous ne mettrons pas sa parole en doute Clin d'oeil

    Instant de bonheur... pourvu que les fermiers et les chasseurs du coin lui laissent vie!
     

  • P comme poèmes pour la postérité

    Récemment, un prof de Lettres (c'est comme ça qu'on dit en France, hein) posait la question suivante sur notre liste d'échanges: "Si on ne pouvait garder que 10 poèmes de la littérature française, lesquels retiendriez-vous?"

    Voilà le genre de question que je DETESTE. Presque autant que celle des 3 (ou 5) objets qu'on emporterait sur notre île déserte... est-ce qu'il y aura l'électricité, sur mon île? est-ce que j'aurai besoin d'un précis de botanique pour savoir quelle plante manger ou est-ce que ce sera le moment de lire A la recherche du temps perdu? hamac ou moustiquaire? crème solaire ou boîte à outils?

    Enfin bref, je n'ai malgré tout pas pu m'empêcher d'y réfléchir, à cette horrible question des 10 poèmes à sauver pour l'éternité.

    Serons-nous équitable et en prendrons-nous un ou deux par siècle? Bernard de Ventadour, Charles d'Orléans, François Villon, Christine de Pisan,... faut déjà que je m'arrête, désolée Marie de France, pauvre Rutebeuf, le 16e siècle m'attend.

    Clément Marot, Ronsard, Du Bellay, ne pas oublier ma chère et folle Louise Labé, zut, ça en fait déjà quatre.

    Pas grave, au 17e siècle je ne prendrai que La Fontaine et au 18e juste André Chénier.

    Bon, ça en fait déjà 10 quand même. Et on n'a pas encore décidé quel poème UNIQUE on garderait de chacun!

    Alors le 19e siècle, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé... ?

    Et le 20e? Verhaeren! Jammes, Apollinaire, Eluard, Aragon, Prévert, Michaux, Senghor, Césaire... ?

    Help! je veux les sauver tous, moi! même cette pauvre Marceline Desbordes-Valmore et sa couronne effeuillée...

     

  • P comme poème, parodie et pastiche

    A  16 ans, j'étais complètement sous le charme du Desdichado de Nerval, je croyais même que je le comprenais... d'autant plus que l'ami Gérard est né le même jour que moiClin d'oeil

    Je vous remets le fameux poème ci-dessous pour rafraîchir vos éventuels souvenirs scolaires.

    Mais le top du top, c'est le site de Nicolas Graner, où vous trouverez, par les bons soins de l'Oulipo, une centaine de réécritures (parodies, pastiches) toutes plus hilarantes les unes que les autres. Je vous en offre une aussi, en guise d'apéritif...

    Bon amusement à tous les Nervaliens!

    nerval

      

      

      

      

      

    El Desdichado

    Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
    Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
    Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
    Porte le soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
    J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

    Gérard de Nerval

    http://graner.net/nicolas/desdi/textes/begu.php3 

    Bègue
    Alain Chevrier  

    El Begueyado

    Je suis le thé, le tétée, le tes nez, le tes nénés, le ténébreux, - le voeu, le veuf, - l'incon, l'inconcon, l'inconsolé,
    Le prince d'à qui, d'acquitter, d'Aquitaine - à la toutou, à la tour à bobo, abolie :
    Ma seule est toi, ma seule étoile, est momo, est morte, - et mon lu, mon lulu, mon luth, zut, non, pas ma flûte, mon luth con, mon luth constellé
    Porte le sot, le sol, le soleil noir, - de la mémé, de la mélancoco, de la mélancolie.

    Dans la nu, dans la nuit du tonton, du bobo, du tombeau, toi qui m'as con, toi qui m'as con sot, toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le pot, le pause, le Pausilippe et la merde, oui, la mer, dix tas, d'Italie,
    La fleur qui plaisait tante à, tant à mon c..., à mon coeur, des eaux, des zozos, désopilé, pardon, désolé,
    Et la treille ou le paon, où le pan pan, ou le pampre, à l'art, à la rose sale, à la rose s'allie.

    Suis-je à mou, Amour ou foetus, fardon, Phoebus, lulu, l'usine, Lusignan, gnan gnan, ou bibi, Biron ?
    Mon front est rouge enc..., encor du b..., du bey, du baiser, de la raie, de la reine...
    J'errais, j'ai rêvé dans la crotte, pardon, dans la grotte, où nana, où nage la sissi, la cirée, la sirène,

    Et j'ai deux fois vingt, quarante, pardon, deux fois vains coeurs, vainqueur, trave, traversé la, l'à quai, l'Achéron :
    Momo, modulant toutou, tour à tour sur la la, sur la lie, sur l'hallali, sur la lili, sur la lyre d'or, dort, d'Orphée,
    Les sous, les sourires, non, les soupirs de la s..., de la sainte, et l'écrit, les cricris, les cris de la f..., de la fée.

    Gégérard de Nénerval


    Nénervant, non ?
  • P comme poésie

    Ballade – Christine de Pisan (1364-1431)

    Pisan

    Christine de Pisan offre son livre à Isabeau de Bavière (miniature du XVe siècle)


    Seulette suis et seulette veuil être,
    Seulette m’a mon doux ami laissée,
    Seulette suis, sans compagnon ni maître,
    Seulette suis, dolente et courroucée,

    Seulette suis en langueur mésaisée[1],
    Seulette suis plus que nulle égarée,
    Seulette suis sans ami demeurée.

    Seulette suis à huis ou à fenêtre,
    Seulette suis en un anglet muciée
    [2],
    Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
    Seulette suis, dolente ou apaisée,
    Seulette suis, riens n’est qui tant me siée,

    Seulette suis en ma chambre enserrée,
    Seulette suis sans ami demeurée.
     
    Seulette suis partout et en tout être,
    Seulette suis, ou je voise
    [3] ou je siée,
    Seulette suis plus qu’autre rien terrestre,
    Seulette suis, de chacun délaissée,
    Seulette suis, durement abaissée,
    Seulette suis souvent toute éplorée,

    Seulette suis sans ami demeurée.

    Princes, or est ma douleur commencée :
    Seulette suis de tout deuil menacée,
    Seulette suis plus teinte que morée
    [4],
    Seulette suis sans ami demeurée.



    [1] malheureuse, qui a de la peine, qui souffre
    [2]cachée, soustraite aux regards
    [3]où que j'aille
    [4]plus sombre que le brun