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  • D comme Danielle

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    Il y a des jours où Danielle change de coiffure et laisse ses cheveux libres, au lieu de les serrer dans un chignon. 

    Des jours où elle tourne le dos aux autres et se colle à la vitre avec un livre. 

    Des jours où elle garde ses lunettes noires, même à l'intérieur d'une rame de métro. 

    Des jours où elle dit à sa gentille collègue, en riant un peu trop fort, qu'elle s'est encore malencontreusement cogné le coin de l’œil à sa table de nuit.  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio
    que je remercie!

  • D comme dix petits nègres

    - Combien d'entre vous sont traducteurs ou traductrices? demande l'homme qui nous a gentiment accueillis dans les deux langues. 

    Autour de la table, neuf mains se lèvent et l'Adrienne se conforte dans l'idée qu'elle fera bien de garder le profil bas parmi cette assemblée de professionnels: un auteur francophone, sa traductrice émérite (1) et neuf traducteurs de tous les âges. La dame à côté de l'Adrienne est fière de glisser incidemment dans la conversation qu'elle a traduit en néerlandais des ouvrages polonais. Une autre précise qu'elle est non seulement traductrice littéraire mais qu'en plus elle a suivi des cours de création littéraire. (2) 

    Bien, bien, bien. 

    La traductrice émérite est celle qui a sélectionné et annoté les dix traductions retenues. Sur celle de l'Adrienne, les remarques concernent la mise en page: l'interligne doit être 1,5, un nouvel alinéa doit être marqué par un retrait, non par un interligne blanc, les guillemets pour une citation, en néerlandais, doivent être simples, pas doubles. En français Crétacé prend une majuscule, mais ce n'est pas le cas de krijttijd. Et si dans le texte français on écrit Tyrannosaurus rex en italiques, il ne faut pas en mettre en néerlandais. 

    Bien, bien, bien. 

    Et l'auteur? me demanderez-vous. Que faisait-il pendant que les professionnels discutaient âprement de chaque mot, de chaque tournure de phrase? 

    Assis à son coin de table, il riait. Il ne comprenait pas un mot de néerlandais mais trouvait toutes ces discussions très amusantes. 

    Heureux homme cool 

     *** 

    (1) on apprend qu'elle a traduit Emmanuel Carrère, entre autres Limonov, qui lui a valu un prix. 

    (2) ce qui expliquait, selon elle, pourquoi dans les passages difficiles elle s'éloignait tellement du texte original. 

  • D comme désolée!

    C'est avec ce petit poème de Maurice Carême que Madame faisait faire connaissance à ses élèves avec le passé simple, à l'époque où elle avait devant elle des gamins et gamines de quatorze ans. 

    Le chat et le soleil 

    Le chat ouvrit les yeux, 
    Le soleil y entra. 
    Le chat ferma les yeux, 
    Le soleil y resta. 

     Voilà pourquoi, le soir 
    Quand le chat se réveille, 
    J'aperçois dans le noir 
    Deux morceaux de soleil. 

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    Mon chat Pipo a définitivement fermé les yeux et ma carissima nipotina est allée à la Croix-Bleue pour y adopter un nouveau petit soleil. 

    La photo vient de leur site, le lendemain de son adoption. 

    Au refuge, on l'avait baptisée Siska mais à cause de ses airs de princesse je l'appelle Sissi tongue-out 

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    En attendant de faire sa connaissance le week-end prochain, et pour continuer le "mois belge" - quoiqu'ici ce soit "mois belge" tous les mois - je vous offre le chat de Geluck. 

    La photo a été prise à la foire des antiquaires à Tour et Taxis le 30 janvier 2016.

     

     

  • D comme désuet

    jeu,fiction,souvenirs d'enfance

    Dès potron-minet, après de courtes ablutions, ils partaient, l'humeur primesautière et la tête pleine des mirifiques choses qu'ils feraient là-bas, dès leur arrivée, en récompense des moult kilomètres avalés. 

    Le petit frère embarquait toujours subrepticement quelques jouets de plus dans la voiture déjà pleine à craquer. Leur père le subodorait mais préférait épargner ses forces pour fustiger tous ces paltoquets, ces gougnafiers, ces pleutres mous du volant qui avaient choisi de prendre la même route le même jour que lui. 

    Plusieurs fois, la gamine vérifiait si le billet de 20 francs reçu du grand-père était toujours bien plié en quatre dans son escarcelle. Le petit frère jouait à la guerre en faisant tous les bruitages puis à brûle-pourpoint s'enquérait: "c'est encore loin?". 

    Leur pusillanime mère se gardait bien d’intervenir jusqu’à ce que le père, excédé, intime le silence. Mais toujours le petit frère prenait ses menaces pour galéjades et poursuivait allègrement ses calembredaines. 

    "C’est encore loin?" répétait-il au moment même où on lui promettait punitions et fessées, prouvant par là qu’il n’y voyait que rodomontades. 

    Au bout de douze heures de route, ils finissaient tout de même par arriver au pays des vins gouleyants, vénus callipyge et commerçants chafouins qui la nuit peignaient "NL go home" sur toutes leurs départementales et le jour vendaient du pastis aux NL en leur faisant croire que c’était du cognac. 

    *** 

    merci à Filigrane pour ce jeu où il fallait utiliser 10 des 20 mots désuets suivants: 

    ablutions, brûle-pourpoint, calembredaines, callipyge, chafouin, escarcelle, fustiger, galéjade, gougnafier, gouleyant, mirifique, moult, paltoquet, potron-minet, pleutre, primesautier, pusillanime, rodomontades, subrepticement, subodorer 

    *** 

    photo prise à l'expo Hergé 

    dessin pour le Lotus bleu

  • D comme Défi du samedi

    parodie,pastiche,défi,poésie

    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

    parodie,pastiche,défi,poésie

     

  • D comme déambulations parisiennes

    Sur le boulevard Haussmann, les grands magasins ont encore leurs vitrines de Noël: 

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    au Printemps, beaucoup d'automates et de féerie, 

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    aux Galeries Lafayette, des ours blancs dans des décors blancs. 

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    Par contre, aux Champs-Elysées, c'est fini de rigoler, comme on peut le lire ici: même si les affiches indiquent que le village de Noël durerait jusqu'au 8 janvier, tout est arrêté depuis le 2... On démonte dans la morosité et la patinoire est en train de fondre doucement.

     

  • D comme dehors!

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    source de la photo, en toutes lettres, pour que vous puissiez apprécier les connaissances grammaticales du journaliste: 

    http://www.sport365.fr/ski-alpin-insolite-filles-de-lequipe-de-france-se-devetissent-pouvoir-partir-stage-2652571.html 

    *** 

    - Moi, dit Aurélien, je suis dingue de sport! C'est pour ça que je me suis tout naturellement orienté vers le journalisme sportif. 

    - Mouais, mouais, fait la rédactrice en chef, qui a précisément sous les yeux sa dernière bafouille pour le site sportif où il a sa petite rubrique. Je vois, je vois. 

    - J'adore mettre mon nez dans les coulisses et faire découvrir les faces cachées, poursuit Aurélien, sans se rendre compte qu'il ne fait que s'enfoncer un peu plus.

    - Etant donné que vous m'avez été recommandé - elle se refuse à dire "pistonné" - je vais vous donner l'occasion de faire vos preuves. 

    C'est ainsi qu'Aurélien s'est retrouvé à suivre des tournois de golf avec quelques éminents confrères.

    Pendant que les autres profitaient de l'été austral, il potassait sa grammaire.

    A son retour, la rédactrice en chef lui avait promis une interrogation écrite sur les conjugaisons.   

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     toile de Hopper et jeu de Lakévio

     

  • D comme déconnexion

    Une des particularités de ma carissima nipotina, c'est le refus d'une connexion internet à domicile. Elle, le téléphone ne lui fait pas peur tongue-out. Et pour d'éventuelles autres utilisations d'internet, elle a sa connexion à son lieu de travail: sa pause déjeuner lui suffit amplement pour vérifier le temps qu'il fera à Bologne quand elle y sera ou quel est le taux de glucides du brownie aux noix.  

    Ce qui fait que si vous lui envoyez une carte virtuelle, il se peut qu'elle ne l'ouvre que cinq ou six semaines plus tard. Et que si elle a un avion à prendre, elle vous demande de régler les réservations à sa place. 

    Rien ne lui fera avouer que ce serait pratique d'avoir un ordi et une connexion chez elle. 

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    Alors, quand l'Adrienne garde les chats de sa nipotina, il faut qu'elle se trouve d'autres occupations que la lecture et les commentaires chez ses blogamis: les soins et les câlins aux félins ne remplissent pas la journée. 

    Heureusement, il y a la bibliothèque de la ville jusqu'où trimbaler l'ordi en espérant que là, ça marchera, la connexion cool 

    ostende,chat

    et qu'on pourra y boire un cappuccino laughing

  • D comme detecting dogs

    Devant la maison de tante Fé passent tous les malheurs du monde - et les bonheurs aussi, peut-on espérer. 

    Parfois, dans le soir qui tombe, le bureau se trouve tout à coup baigné de lumière bleue, quand passe une voiture de police. De lumière orange, quand passe une ambulance. 

    Parfois une visiteuse sursaute et s'effraye en entendant les sirènes. 

    - Ce n'est rien, dit l'Adrienne. Nous sommes sur la route de la clinique. 

    Ce sont des choses auxquelles on s'habitue, même si on ne peut s'empêcher de penser à ceux qui sont dans cette ambulance et de se demander si un jour ils rentreront chez eux. On ne peut s'empêcher de penser à cette ambulance qui, un soir de novembre, il y aura bientôt huit ans, a fait un aller simple avec un père qu'on aimait. 

    - On s'habitue! dit la voisine d'en face. Mais ça nous a tout de même pris huit ans. 

    Puis un jour on aperçoit une "nouveauté": une fourgonnette blanche est stationnée devant une maison. Sur ses flancs, on lit en grosses lettres noires "Detecting dogs unit". 

    Et on se demande ce qu'il y a à détecter. 

    Le lendemain, le surlendemain, la fourgonnette est toujours là. On finit même par apercevoir le "detecting dog": un beau berger malinois se frotte câlinement contre la jambe de son accompagnateur qui se penche pour lui caresser la tête et lui gratter le cou. 

    - Tout va bien, se dit l'Adrienne. Il l'aime, son "detecting dog". 

    Car ce qu'elle désire par-dessus tout, c'est que règne l'harmonie smile

    maison,vie quotidienne,père,chien

    source de la photo et info ici

     

     

  • D comme Donc, c'est non!

    Savoir dire non, chaque fois qu'on a envie de dire non, ce n'est pas donné à tout le monde. Certains ont un mal fou à le faire, je suppose que vous en connaissez tongue-out

    Samedi dernier, j'ai fait la connaissance du champion du NON, Henri Michaux. Un homme qui, de ses 28 ans (en 1927) à sa mort en 1984, n'a quasiment rien fait d'autre que refuser tout ce qui lui était offert: les interviews, les rééditions, les prix littéraires, les représentations de ses écrits, tout ce qui pourtant fait partie de la carrière d'un auteur et lui permet de vivre de sa plume. 

    Il préférait avoir du mal à joindre les deux bouts. 

    Peut-on imaginer un auteur qui refuse d'être édité en Pléiade?
    Qui refuse un prix d'une valeur de 50 000 € alors qu'il n'a pas les moyens de faire encadrer ses œuvres picturales? 
    Qui refuse d'être l'objet d'un numéro spécial dans une revue spécialisée? 

    Jean-Luc Outers a passé de longs mois à retracer les lettres de refus de Michaux. Un travail difficile, vu que ce dernier a détruit autant que possible sa correspondance. Ironie du sort: on peut imaginer la valeur qu'ont acquise ses lettres aujourd'hui... 

    Toutes des lettres de refus, donc. Et pourtant on les lit avec plaisir. Il y a une sorte de comique de répétition mais la variation dans les formulations de refus est incroyable. Son obstination fait sourire et finit par forcer l'admiration tellement il refuse des choses incroyablement élogieuses et/ou financièrement intéressantes.  

    Michaux est un virtuose du NON. 

    littérature,lettre,belge,belgique

    Source photo et info sur le site de Gallimard.

    Lire les premières pages ici.

    Présentation du livre, lecture d'extraits et interview avec Jean-Luc Outers ici (Passa Porta). Le lecture commence après environ 3 minutes.

  • D comme débris de bric et de broc

    J'avais 17 ans quand j'ai fièrement annoncé à mon père que je savais ce que je voulais devenir: archéologue. Il m'a tout de suite remis les pieds sur terre en me traitant de folle. 

    - Si tu crois, a-t-il ajouté, que c'est avec ça que tu vas gagner ta croûte! 

    Tout était dit et j'ai étudié les langues romanes. 

    Lors de ce voyage dans l'antique Pisidie, nous étions au moins cinq participants avec ce même vécu: notre vœu de devenir archéologue a été très mal accueilli par ceux qui devaient financer la chose. Tous ceux de ma génération ont fini par céder et choisi un autre chemin. Le papa du pharmacien et celui du chimiste se seront sans doute autant réjouis que le mien que nous soyons "rentrés dans le rang".  

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    Mais nous nous sommes vite reconnus à notre acharnement autour du moindre débris, 

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    à notre émotion devant ce bric-à-brac, 

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    à être toujours au premier rang, la caméra au poing, 

    à poser mille questions 

    et à prendre des notes sur de petits carnets 

    tongue-out 

    photos prises à Sagalassos le 31 juillet

     

      

  • D comme déguster

    1. 

    C'est un verre à pied en simple verre blanc, celui qui porte bonheur quand on le casse, comme a dit ma tante le jour où elle en a laissé tomber un chez ma mère en l'aidant à la vaisselle. 

    Il est d'un format assez petit: petit pied, rondeur très légère, petite ouverture sur le dessus. 

    Le bord est fin. C'est important. 

     

    2. 

    Tout est est important: le pied pour faire valser le fond de vin qu'on va déguster, le verre fin et parfaitement transparent, pour admirer la robe à la lumière, l'ouverture pas trop grande, exactement à la mesure de la narine qu'on va y introduire pour humer ses parfums. 

     

    3. 

    Sur son galbe léger, le nom en petites lettres blanches du viticulteur qui l'a offert après la dégustation. Il porte fièrement le logo des vignerons indépendants comme un gage de qualité. De ceux qui disent le nom de l'homme qui fabrique ses fûts à la main, vous expliquent de A à Z comment ils maîtrisent la fermentation malolactique et qui dorment à côté de leurs cuves pour mieux les contrôler aux moments délicats. 

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    4. 
    Le logo des vignerons indépendants représente un personnage stylisé portant sur son épaule gauche une cuve de vin. 
    Ce qui ne correspond plus à aucune réalité d'aujourd'hui. 
    D'autant plus qu'après trois ou quatre générations de viticulteurs de père en fils, ce sont maintenant deux jeunes femmes qui se trouvent à la tête de l'entreprise familiale. 

     

    5.

    Le pied est solide même si le bord supérieur est très fin. Le verre peut aller au lave-vaisselle. Cependant, après l'avoir soigneusement rincé à l'eau claire, on préfère l'essuyer à un torchon propre qu'on vient de sortir de l'armoire et dont on "casse" d'abord un peu la raideur.

    Avant d'y verser du vin, on hume le verre pour s'assurer qu'aucune odeur étrangère ne viendra interférer avec la dégustation. C'est qu'on prend ces choses-là très au sérieux. 

     

    6. 

    Sur le galbe du verre, à l'endroit le plus large, il y a de légères stries, dues aux frottements. Car dans le secret de l'armoire, derrière la vitre opaque, les verres se touchent, se frôlent, se caressent, se griffent. 

     

    7. 

    Depuis leur dernier déménagement, les verres sont bousculés: ils s'entrechoquent à chaque passage d'un poids lourd. Ils émettent de plaintives musiques cristallines. Ils sont pris de soubresauts et manquent tomber de leur étagère. 

     

    8. 

    Finies les belles dégustations bien orchestrées: les grands crus, les beaux cépages, les années prestigieuses, les gloires du terroir ont été remplacés par la modeste bouteille de supermarché. 

    Plus besoin de faire valser et goûter, le bouchon est remplacé par la capsule à vis métallique. 

     

    9. 

    Sur la table de travail, dans ce fouillis inextricable de papiers et de livres, juste à droite de l'ordinateur, il y a parfois un verre à pied légèrement galbé. On le remplit peu et on le déguste à petites gorgées espacées, en essayant de bien avoir le goût du vin. Comme le préconise Colette. 

    Si c'est du blanc, on fait en sorte que les rayons du soleil ne viennent pas le réchauffer. 

    Parfois on est tellement pris par le travail qu'on oublie complètement le verre à pied dans lequel le lendemain se trouve toujours un fond de vin. 

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     ***

    Quatorze fois vers le même objet – à la manière de Francis Ponge.

    http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PONGE_oeillet.pdf 

    et pour le projet du Hibou

    semaine 27 - robe

  • D comme débile

    Le chocolat, tous les aficionados vous le diront, est excellent pour la mémoire. 

    Aussi, l'Adrienne ne manque pas de s'en offrir une plaquette, de temps en temps. Du noir sucré à la stévia, pour mettre toutes les chances de son côté. 

    Comme on en vend dans son supermarché préféré, il n'y a rien de plus facile: la plaquette passe du rayon dans le caddie et de la caisse au sac à provisions.  

    Dans le fond duquel l'Adrienne l'oublie.

    stevia.jpg

    source image 

    écrit pour le défi du samedi: j'ai la mémoire qui flanche

  • D comme déclaration

    Inopia 

      Fernando del Paso

    He despilfarrado el arcoíris.
    Las golondrinas que tenía destinadas a varios poemas
    están en números rojos.
    Mi cuenta de atardeceres está congelada.
    Le debo al fisco tres mil quinientas mariposas.
     
    INDIGENCE

                  Fernando del Paso

    J'ai gaspillé l'arc en ciel.
    Les hirondelles que j'avais destinées à divers poèmes
    sont dans le rouge.
    Mon compte de crépuscules est congelé.
    Je dois au fisc trois mille cinq cent papillons.
     
    BEHOEFTIGHEID
     
    Fernando del Paso
     
    Ik heb de regenboog verkwist.
    De zwaluwen die bestemd waren voor verscheidene gedichten
    staan rood.
    Mijn bedrag zonsondergangen is bevroren.
    Ik moet de fiscus nog drie duizend vijfhonderd vlinders.  
    (traduction de l'Adrienne)
     
    Tout ça pour vous dire que l'Adrienne trouve toujours de nouvelles raisons de stresser: en ce moment, c'est l'idée qu'elle devrait se mettre à sa déclaration d'impôts tongue-out
     poème, espagnol, traduction

    signe extérieur de richesse

  • D comme direct et définitif

    Mardi dernier, je trouve cette petite carte dans ma boite aux lettres: 

    carte (1) - kopie.JPG

    Ne laissez pas les problèmes envahir votre vie!
    me dit le professeur Alyfa, medium, spécialiste des cas urgents, même des plus désespérés. 

    Et il ajoute: "Grâce à mes dons, je résous vos problèmes une fois pour toutes, quels qu'ils soient: famille, dépression, impuissance, commerce, affaires, agriculture, sorcellerie, chance au jeu, travail, malheur, maladies inconnues et incurables, retour direct et définitif de l'être aimé.

    Le seul don qui lui manque, c'est celui d'écrire sans fautes. 

    ***

    Madame aussi a sa carte de Prof.
    Sauf qu'il n'est pas marqué Prof.
    Ni quels dons elle possède 
    Ni aucune promesse du genre 
    Résultat direct - 100% garantie
    tongue-out

    carte (2) - kopie.JPG

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 14 - carte

  • D comme détail

    Chez grand-mère Adrienne, le "service de tous les jours" était ce Boch Frères made in Belgium (La Louvière) à motifs bleus dont je parlais hier. 

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    Il y a les grandes tasses pour le café au lait du petit déjeuner - voyez le numéro 2 gravé à côté du logo - et les petites - elles portent un numéro 3 - pour le café de l'après-midi avec la cousine Marguerite, la tante Jeanne et l'amie Yvonne. 

    J'aime les utiliser même si leur forme ronde est désuète et leur épaisseur peu raffinée. 

    Ce sont les tasses qui rappellent la toile cirée fleurie ou à rayures, selon les années, le sucre de Tirlemont, si dur à casser en deux, les speculoos Lotus, les biscuits Delacre et Destrooper dans leur boîte en fer blanc, le lait frais qui a bouilli dans son poêlon émaillé et laisse d'horribles "peaux" épaisses dans le café. 

    Ce sont les tasses qui font revivre l'amie Yvonne, la tante Jeanne et la cousine Marguerite, vieilles dames du temps jadis, qui ont connu deux guerres - elles s'en vantaient bien assez tongue-out - l'apparition du téléphone, des automobiles, de la télévision et de tant d'autres choses qu'elles abordaient avec circonspection. 

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' 

    Projet 52 - 2016 

    semaine 9 - gros plan 

  • D comme donne-moi la main

    - Donne-moi la main!  

    Depuis mes cinq ans, combien de fois ai-je dit cette petite phrase?

    - Donne-moi la main! Reste sur le trottoir! 

    Nous revenions de l'école. J'étais le tracteur, lui la remorque qui se faisait de plus en plus lourde, de plus en plus capricieuse. 

    - Donne-moi la main! Ne va pas trop loin! 

    Nous étions à la côte et tout à coup je ne le voyais plus, caché par une vague. Je savais tout juste nager et lui pas encore. 

    - Donne-moi la main pour traverser! 

    Il filait sans regarder ni à droite ni à gauche et moi j'étais responsable. 

    Il faut croire qu'il y a un ange gardien spécialisé dans les petits frères.

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    photo de Plume d'Ambre

    https://amillemains.wordpress.com/2016/02/01/atelier-n1/

  • D comme décor

    Ce n'est pas du tout le but de faire de ce blog un blog-photos mais je n'ai pas pu résister à un second appel à participation, cette fois de la part du Hibou. Le thème de la première semaine est "parquet". 

    https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-sujets/

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    Voilà qui commence bien, s'est dit l'Adrienne, de parquet, je n'en ai point.

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    Par contre, il y a du plancher à l'étage. Un plancher qui a vécu - je paraphrase Maurice Fombeure quand il écrit à propos de sa plus très jeune épouse, "Et plus belle d'avoir vécu". 

    Ces deux photos doivent donc vous montrer un plancher "plus beau d'avoir vécu". Un plancher où chaque tache, chaque griffe, chaque trou est une belle marque du temps qui passe. 

  • D comme désirs d'hiver

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    Plaisirs d'hiver 

    Désirs d'hiver 

    A Bruxelles pour Noël

    Avec les gants, l'écharpe et le bonnet...

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: gants et écharpes

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • D comme décor

    Quand on se promène dans une ville italienne, surtout dans la moitié nord du pays, on ne peut s'empêcher de penser que le décor - ou le décorum - est une notion réellement essentielle.

    Derrière d'imposantes façades se trouvent de vastes cours intérieures et des cages d'escaliers mènent à une multitude d'appartements. Si on en franchit la porte, on peut constater qu'à l'intérieur également, le décor est riche, "baroquisant", surchargé.

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    une des nombreuses cours intérieures de la via Carlo Alberto
    (avec de gros pavés sur lesquels, dès six heures et demie du matin, les "portiere" font rouler à grand fracas d'énormes poubelles)

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    splendeurs un peu fanées des galeries si on les regarde de plus près

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    les étages supérieurs du bâtiment d'en face
    (tous se ressemblent tellement qu'au bout de trois jours je passe encore devant la porte de mon B&B sans m'en rendre compte, et je dois revenir sur mes pas... ou j'essaie d'introduire la clé dans la serrure d'une autre porte)

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    carrelages somptueux, meubles ouvragés, cadres en bois doré sur tous les murs et grands lustres à pendeloques de cristal... ou en verre de Murano, comme dans ma chambre:

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    Mais c'est à la nuit tombée que le décor prend vraiment toute sa glorieuse importance

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  • D comme drague

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    © Kot

    http://www.bricabook.fr/2015/09/atelier-ecriture-190/

    Depuis qu'il avait lu dans un magazine féminin, en attendant son tour chez le dentiste, qu'un homme qui lit, ça plaît aux femmes, il en avait fait sa nouvelle technique de drague.

    Malheureusement, jusqu'à présent, il avait juste réussi à se faire mordre.

    Il n'avait pas remarqué le minuscule chienchien caché dans le giron de sa maîtresse.

  • D comme dernière activité agricole

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    La dernière activité agricole à laquelle l'Adrienne ait assisté

    (quoique de loin)

    c'est le vol de son bois de chauffage.

    Elle n'a même pas osé porter plainte.

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: agricole

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

    ***

    je me suis longtemps creusé la tête

    à me demander ce que je pourrais bien montrer

    vu que j'habite en ville depuis deux ans...

    et bien voilà

    Langue tirée

  • D comme délices bretonnes

    Trois fois, je n'ai pu résister à l'envie de prendre en photo la jolie assiette qu'on nous apportait. C'est qu'on mange bien, en Bretagne. De bons produits, bien cuisinés et souvent aussi joliment présentés.

    07-28 001 Clarté - kopie.JPG

    28 juillet

    les amuse-bouche à la Clarté

    alors qu'on n'avait même pas pris d'apéritif

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    27 juillet

    les crevettes en entrée à Perros-Guirec

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    28 juillet

    les moules en entrée à La Clarté

    ***

    Et tout ça dans des petits menus d'à peine 20 €

    Qui dit mieux?

    Sourire

     

    Ah! si! 

    il y a mieux!

    les galettes bretonnes que ma mère a dégustées à la fest-noz

    bretagne,gastronomie,voyage

  • D comme dortoir

    Elle dit qu'elle a choisi cet endroit pour sa situation stratégique: comme directrice française pour un institut de cours de langues, elle est à une heure et demie de Marseille et à autant de Lyon.

    Elle dit qu'elle a mis des années pour trouver cette maison, qu'elle en a visité au moins cent cinquante, que toutes ses vacances y passaient. Mais elle a fini par trouver ce qu'elle cherchait: une belle maison de maître.

    Puis, pendant six ans, elle y a vécu seule: son mari avait encore son travail ailleurs et elle le rejoignait le week-end.

    Elle dit qu'ici, c'est une ville dortoir, où une main-d'oeuvre bon marché s'est installée, venue d'Algérie et d'Espagne, pour la culture des tomates. Elle dit que toute la vallée était recouverte de serres.

    Les serres ont été remplacées par les installations nucléaires. C'est là maintenant que les gens travaillent. Et dans les "zones d'activités" qui se sont développées tout autour. Oui, c'est une ville dortoir, où rien ne bouge pendant la journée, derrière les volets fermés.

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    Les vieux sortent à dix heures du soir et s'installent sur le pas de leur porte. Ils passent des coups de fil d'une voix tonitruante. Les gens se hèlent comme s'ils étaient tous sourds: "Fait chaud, hein?". C'est la seule chose qu'ils trouvent à se dire.

    Les jeunes passent en voiture dans l'étroite ruelle sans trottoirs. Leur radio est poussée à fond. Ils n'écoutent que du rap. Au milieu de la nuit, les motos pétaradent.

    Elle dit que c'est à cause du ramadan.

    J'ai compris au bout de deux ou trois nuits que c'est une ville dortoir où on dort probablement en journée.

     

  • D comme DCD

    Juin en sixième (la Terminale), Madame fait lire en classe un dernier texte. La touche finale. 

    http://mo.michelonfray.fr/chroniques/la-chronique-mensuelle-de-michel-onfray-n108-mai-2014/

    - Ce qu'il y a de bien, dit-elle, avec un philosophe vivant, c'est qu'on peut lui écrire pour lui demander la permission d'utiliser son texte, et qu'il vous répond.

    - Il est encore en vie? 

    Il y a toujours ce moment magique où R*** passe de sa torpeur à son hyperactivité. Mais là n'est pas le propos. C'est son étonnement qui étonne Madame.

    Pourquoi donc les élèves pensent-ils qu'un auteur est forcément mort? Madame a veillé toute l'année à ce que dans chaque thème abordé, il y ait des écrivains contemporains. Pas un mais plusieurs.

    Bref, la stupéfaction de Madame était si grande qu'elle n'a trouvé rien de mieux à dire qu'un:

    - Ben oui! bien sûr qu'il est vivant! Il a mon âge!

    Ce qui n'est évidemment pas une preuve ni une raison suffisante pour être encore en vie.

    En fait, elle aurait dû réagir ainsi:

    - Bien sûr qu'il est vivant! Tout comme un tas d'autres auteurs que nous avons lus cette année et l'an dernier.

    Et s'amuser à leur faire trouver tous les vivants parmi les quelques morts.

     

     

  • D comme défi

    Mon cher Muanza

    Comme tu le sais, après le referendum du 28 avril 1992, je suis venu travailler ici, à Abu Dhabi, dans une exploitation pétrolière. Je me suis bien accoutumé au climat, un peu moins à un certain nombre de choses dont je te parlerai une autre fois. Pourrais-tu me rassurer à propos de l’argent que j’ai envoyé à ma femme ? J’ai toujours supposé qu’elle le recevait mais je commence à en douter.

    Bien à toi

    Atuahene

    consigne 1: Une carte postale d'un premier continent – mots imposés : referendum, exploitation, accoutumé, supposé

    ***

    Muanza tourne et retourne cette feuille de papier qui est arrivée ce matin. Dans cette page et demie d’un effrayant charabia administratif, il ne sait pas ce qui l’étonne et le révulse le plus. Etrangement, ce n’est pas le refus qui lui est fait de se reconstruire une vie en Europe : c’est cette image qu’on essaie de donner de son pays natal, où tout serait paisible, où personne n’a rien à craindre pour sa vie, quelles que soient ses opinions ou ses activités politiques. Où le pouvoir en place serait représentatif du vote des citoyens.

    Comme le gibier rabattu par la meute, il ne sait plus où aller.

    consigne 2: une lettre d'un second continent – mots imposés : paisible, représentatif, effrayant, rabattre

    Quinze ans plus tard, il est vrai, le discours peut être différent : le pays n’est pas resté enlisé dans ses marasmes et essaie d’exploiter ses atouts touristiques. Il a même droit à son guide L*n*l* Pl*n*t (made in Australia):

    Le festival Kwafie offre de grandes réjouissances populaires en commémoration des ancêtres qui auraient apporté au pays leur connaissance du feu. Les chants et les danses se succèdent pendant une dizaine de jours et se terminent en apothéose par un gigantesque feu d’artifice.

    Muanza tourne encore quelques pages puis est pris d’un rire inextinguible. Marie vient lire par-dessus son épaule :

    - Qu’est-ce qu’il y a ?

    Du doigt, il montre un bout de texte :

    Pour valoriser la culture locale, un musée a été ouvert afin de présenter le médecin traditionnel Nzema.

    - On aura vraiment tout vu, dit-il après un dernier hoquet de rire. 

    consigne 3: un guide touristique d'un troisième continent – mots imposés : médecin, discours, festival, enliser

    selon les consignes de "Tu dînes ce soir"

    https://tudinescesoir.wordpress.com/2015/03/22/qui-veut-jouer-on-ouvre-latelier-cest-le-printemps/

    qui en a fait un véritable défi

    avec 4 auteurs et styles différents, 4 continents différents, et des mots imposés.

    Le quatrième continent suit...

    et bien sûr ce sera enfin l'Afrique elle-même!

    Sourire

    petite précision:
    tous les textes sont de moi, que les guides toutistiques se rassurent, je ne les ai pas copiés Langue tirée

  • D comme dimanche en Flandre

    Quand il est devenu clair que l'Adrienne devrait quitter sa chère campagne, sa belle maison au milieu de sa merveilleuse réserve naturelle, elle s'efforçait de se trouver des éléments consolateurs.

    Ainsi, par exemple, quand au volant de sa bagnole elle pestait derrière la énième horde de cyclotouristes lui barrant la route avec toute l'arrogance possible et en dépit du code, quand son chemin campagnard était bloqué par la énième course cycliste passant et repassant sur les collines et les pavés avoisinants, quand les hélicoptères de la presse et de la police circulaient en vrombissant du tonnerre de dieu pendant des heures au-dessus de sa tête pour filmer et surveiller ces héros "flandriens", l'Adrienne se récitait comme un mantra:

    - Retiens! retiens bien ça! retiens bien comme tu t'énervais pour tout ça! penses-y quand ta campagne te manquera! souviens-t-en quand tu seras en ville!

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     "Roger de Vlaeminck". Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Roger_de_Vlaeminck.jpg#/media/File:Roger_de_Vlaeminck.jpg

    Et maintenant qu'elle est en ville?

    Toutes les courses passent devant sa porte. Absolument toutes. Parfois même trois fois de suite. Trois jours durant.

    Ainsi que les hordes de cyclotouristes.

    Et les hélicoptères dans le ciel.

    Mais ce n'est pas grave: ici, ça n'empêche pas les oiseaux de chanter.

    Il n'y a tout simplement pas d'oiseaux qui chantent Langue tirée

    ***

    Ici en ville, il y a même un bonus:

    les sirènes des ambulances.

     ***

    Le point de vue français sur cette folle kermesse flamande:

    http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Infos/Le-tour-des-flandres-comme-vous-ne-l-avez-jamais-vu/547843

  • D comme débats

    Voyez comme Madame a des idées géniales pour faire parler ses élèves, en sixième (en Terminale) ils sont invités à diriger un débat avec la classe. 

    Voyez comme les élèves de Madame ont des idées géniales, deux garçons ont tenu à mener un débat sur la peur du terrorisme.

    Fin du cours, tout le monde a bien discuté et émis des avis, argumenté et donné des exemples. Sauf une élève.

    - Et toi, Rania, pourquoi tu n'as rien dit?

    - C'est lundi, Madame!

    - ...?

    - Ben oui, disent deux ou trois élèves pour lui venir en aide, le lundi elle est trop fatiguée.

    ***

    C'est étonnant comme Madame, après plus de 30 ans de métier, continue de s'étonner.

     prof,école,élève

    lundi matin

     

  • D comme demeurées

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    http://www.avuedoeil.fr/avo3/livres/livre.php?item=30136&cat=&url=&rg=0

    envie de lire les premières pages? c'est ici:

    http://www.avuedoeil.fr/avo3/imagelivres/AVUE/Les_Demeurees.pdf

    Je vous parlerai peut-être une autre fois de cet excellent livre - dévoré en moins d'une heure vendredi dernier - parce qu'aujourd'hui sous ce titre il faut que je vous raconte une petite histoire...

    ***

    Quand Nadia s'affale sur le divan, en rentrant du travail, tout est à sa place habituelle. Mounir devant la télé, les enfants dans leur chambre.

    - Je crois bien qu'aujourd'hui j'ai touché le fond!

    Avec cette entrée en matière, elle a tout de suite capté son attention.

    - Regarde le billet qu'une dame avait laissé dans sa chambre:

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    - Et alors?

    - Et alors? j'ai pas réagi, j'ai cru que c'était une blague! et quand elle est rentrée, dans l'après-midi, elle est venue me trouver pour m'expliquer son problème, j'ai bien vu que c'était pas une blague!

    - Et alors?

    Mounir n'y comprend pas grand-chose, mais le mieux à faire, avec Nadia, c'est de lui laisser terminer son histoire.

    - Alors? je l'ai accompagnée dans sa chambre et je lui ai expliqué, pour les interrupteurs...

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    Que le grand, c'était pour la lampe du couloir et que pour éteindre celles autour du lit, il fallait appuyer sur les petits boutons gris...
    Ah! je te jure, j'en vois de toutes les sortes, dans cet hôtel, mais là, vraiment, j'ai touché le fond de la bêtise humaine! une demeurée, je te dis, une véritable demeurée !!!

  • D comme débarquement

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    © Julien Ribot

     http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-149e/

    Il était seul sur le quai, ce matin-là, attendant le 10.13 h. pour rentrer chez lui après deux jours de fêtes bien arrosées entre copains.

    Sur le quai d’en face, quand le train s’est arrêté, il en est sorti un flot de voyageurs pressés, des hommes mais surtout des femmes, presque tous munis d’une grosse valise qui semblait bien légère malgré sa taille, à voir avec quelle facilité chacun la soulevait pour la déposer à terre en quittant le wagon. Des gens pressés, très pressés, qui se bousculaient sans aménité, au risque de faire tomber quelqu’un sur la voie.

    - Ce n’est encore rien, se dit-il, en comparaison de ce qui se passera tout à l’heure.

    Les mains dans les poches, le sourire aux lèvres, il les regardait défiler et avait presque pitié d’eux.

     

    C’était le premier jour de l’enfer des soldes.