E

  • E comme électricité

    L'Adrienne a été élevée comme ça: on ferme toujours soigneusement les portes et on éteint les lampes dès qu'on quitte une pièce. 

    Aussi ces temps-ci, alors qu'elle passe ses soirées à regarder des Christmas movies sur son ordi, elle remarque que dans chacun de ces films, absolument tous, quand un personnage rentre chez lui, il y trouve déjà toutes les lampes allumées. Y compris, Christmas movies oblige, les illuminations de Noël. Of course.

    Et bien l'Adrienne, ces orgies électriques, ça la choque. 

    *** 

     

    liste non exhaustive des choses bizarres dans ces full movies que Hallmark et compagnie produisent à la chaîne: 

    1.c'est l'hiver et il y a de la neige, mais l'héroïne porte une robe courte sans manches et d'élégants escarpins à talons aiguille 

    2.les protagonistes ont la peau blanche mais toujours un copain, une amie, un chef, un associé à la peau noire 

    3.comme par hasard, le noir tombe amoureux d'une noire, la blanche d'un blanc, idem pour l'asiatique ou le latino occasionnels (West Side Story était donc vraiment révolutionnaire)

    4.il n'y a pas plus de cinq domaines professionnels possibles pour les héros: c'est soit les hautes et froides sphères de la finance/de la justice, soit les bons sentiments du milieu hospitalier ou scolaire, soit la créativité artistique ou culinaire 

    5.les femmes gardent leur soutien-gorge pour dormir 

    6.Noël est tellement magique que la neige tombe toujours à point, même en Californie (du moment qu'on est dans la nuit du 24 au 25 décembre) 

    7.Noël est tellement magique qu'on n'est pas supposé s'étonner qu'une femme ayant donné son bébé en adoption en Californie le retrouve avocat à Boston mais momentanément dans un village du Montana où elle s'est réfugiée et où elle a sauvé l'héroïne d'un accident de voiture - l'héroïne bien sûr a fortuitement fait la connaissance de l'avocat de Boston et c'est le love at first sight 

    (bien sûr la dame fait du bénévolat et bien sûr la bonne oeuvre où elle officie généreusement va devoir fermer faute de moyens et bien sûr l'héroïne (parfois le héros, faut être juste) est riche à millions, bref la magie de Noël est infinie) 

    scénario transposable à l'infini aussi 

    *** 

    Vous suivez toujours ou vous vous êtes endormi? 

    Vous comprenez maintenant les vertus thérapeutiques de ce genre de films, le soir à l'heure du coucher? 

    *** 

    Et pour 54 minutes de That's entertainment, c'est ici: 

  • E comme édification

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    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • E comme Eupen

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    C'est long, le train jusqu'à Eupen. Surtout si le livre est lu, le casse-croûte avalé, la nuit tombée. On ne peut même plus admirer le paysage. 

    Le jeune homme à côté de l'Adrienne lit Tiens ferme ta couronne pendant que son ami, assis en face, feuillette le Guide bleu Belgique et en lit des passages à haute voix. On comprend qu'ils ont visité Bruges mais on ne voit pas l'intérêt de cette lecture après coup: pour chacune des "curiosités" recommandées, ils se demandent s'ils l'ont vue ou pas... 

    Ils descendent à Liège en emportant soigneusement tous les restes de leur repas, deux pommes, deux poires, du pain bio, un bloc de fromage de Bruges. 

    Eupen. Terminus. Depuis Verviers, il ne reste plus qu'un groupe d'hommes dans le wagon. Ils se quittent en se donnant de viriles accolades accompagnées de fortes tapes dans le dos. 

    Le rituel est amusant à voir mais on se dit qu'il faut être de construction solide, quand on a des amis germano-belges tongue-out

  • E comme étranger

    devinette, photo, wallonie, belgique

    la photo n'est pas truquée 

    la plaque "étranger" m'a bien fait rire 

    mais où se trouve-t-elle? 

    qui est cet étrange étranger ?

    tongue-out

  • E comme Encore est vive la souris!

    voyage,italie

    Maintenant elle peut l'avouer: l'Adrienne a eu peur. 

    Elle sait que c'est un peu fou de vouloir faire le trajet Belgique-Italie (Sienne) avec sa vieille petite bagnole, toute seule, sans carte et avec un vieux GPS de m... (comme disait Cambronne). 

    En plus un week-end comme celui-ci, que tous les visons butés d'Europe déconseillaient fortement. Files et encombrements à gogo. 

    Et en effet, ça s'est vérifié. Par exemple il a fallu quatre heures rien que pour traverser ce petit bout d'Autriche par Innsbruck et le Brenner. 

    On comprend pourquoi tous ceux à qui on avait demandé conseil: Gottardo? ou Brennero? n'avaient su quoi dire tongue-out 

    Bref. C'était fou, long et dur, mais ça en valait la peine. 

    La dernière centaine de kilomètres, l'Adrienne s'est mise à répéter sans arrêt: Che bellezza! che bellezza! 

    Ça doit être ça, le syndrome de Stendhal tongue-out 

    voyage,italie

    12 heures séparent les deux photos: files le matin, bellezza le soir, mieux vaut ça que le contraire cool 

    Et d'un bout à l'autre, la vaillante petite Mazda!

  • E comme épilogue

    Vous me demandez pourquoi je ne donne pas d'interviews. Vous me demandez pourquoi je n'aime pas faire le récit de cette histoire. Si moi-même je n'arrive toujours pas à y croire, comment le pourriez-vous? (...) Voyez-vous, nous étions huit sur ce bateau. Juste huit. Avec une seule bouée de sauvetage. 

    Je les voyais tous les jours. A la télévision, en photo dans les journaux, j'entendais leurs voix à la radio. Pourtant, je n'ai jamais fait attention. Je n'ai pas tendu la main. Pas avant ce jour en mer. 

    Quarante-sept. Nous en avons sauvé quarante-sept. Nous n'avons pas pu les sauver tous. 

    Je n'ai pas voulu jouer au héros. Quand je repense à cette journée, je me sens minuscule. Insignifiant. Je me souviens seulement des mains agrippées aux miennes, des doigts soudés. Je me souviens aussi des mains qui ont glissé, disparues à jamais. 

    Les cauchemars reviennent en rampant. Les mains huileuses et glissantes disparaissant sous l'eau. Les cris bestiaux que j'avais pris pour des mouettes, assourdis puis étouffés par les vagues. Ces cauchemars nous hantent tous les huit. 

    J'étais en mer ce jour-là. Demain, je serai en mer de nouveau. Cela arrivera encore, un autre jour, un autre bateau. (...) 

    Emma-Jane Kirby, L'opticien de Lampedusa, éd. Equateurs, 2016, Epilogue (p.165-166). Traduit de l'anglais par Mathias Mézard. 

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    Et mardi matin je lis dans la presse que l'Autriche va renforcer les contrôles militaires à la frontière, 750 soldats et quatre blindés: que l'Italie se démerde toute seule avec ses réfugiés!

  • E comme écriture et liberté

    "L'inconvénient du règne de l'opinion, qui d'ailleurs procure la liberté, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire; par exemple: la vie privée. De là la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre. Pour éviter de toucher à la vie privée, l'auteur a inventé une petite ville, Verrières, et, quand il a eu besoin d'un évêque, d'un jury, d'une Cour d'assises, il a placé tout cela à Besançon, où il n'est jamais allé." 

    Stendhal, Le Rouge et le Noir, note de l'auteur placée sous le mot 'Fin' à la page 489 de mon exemplaire des éditions Garnier. 

    On peut s'étonner et admirer que Stendhal se soit déjà fait cette remarque en 1829-1830. 

    On peut déplorer l'ampleur que ça a pris jusqu'à aujourd'hui. 

    Même - et aussi - en littérature. 

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  • E comme ermite

    Ils étaient une cinquantaine de candidats pour aller vivre en ermite à 1400 mètres d'altitude dans les Alpes autrichiennes. Il y avait parmi eux un Belge de 58 ans et c'est lui qui a été choisi, pour des raisons qu'on explique dans l'article que je donne en lien sous la photo. 

    Ermite, il le sera surtout du soir au matin, parce que pendant la journée le petit sanctuaire dont il aura la garde se trouve sur le chemin de pèlerins et de randonneurs. Ceux-ci sont d'ailleurs priés d'avoir l'obligeance de lui monter en même temps un jerrycan d'eau, une ou deux bûches pour le feu, sinon il a un quart d'heure de descente à faire pour aller chercher lui-même sa provision de bois. 

    Or le bois sera l'élément indispensable, vu que le froid sera son plus gros problème. Tout le reste, il s'en passera facilement, eau courante, électricité... (1) 

    Son prédécesseur n'a tenu le coup qu'une seule saison, à voir combien de temps celui-ci y restera cool 

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    copyright AFP, source et article ici (journal Le Soir)  

    d'autres photos du site se trouvent ici 

    (1) l'article ne dit pas en quoi consistera son régime alimentaire ni qui se chargera de lui procurer ses menus...

  • E comme experte

    Voilà bien longtemps - trois ans, au fait - que l'Adrienne se dit qu'il faudrait changer la poignée de la porte qu'elle utilise le plus. Elle n'est pas d'origine et tout à fait brinquebalante, bref, après avoir vu au fil des mois et des ans de si nombreuses publicités pour des poignées de portes, l'Adrienne a cru pouvoir en conclure qu'opérer ce petit changement était jeu d'enfant. 

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    l'ancienne et la nouvelle, réunies pour la photo 

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    la porte, dans son état actuel, trois semaines après l'échec de l'opération... 

    (heureusement, il y a une autre porte pour aller du salon vers le couloir) 

    tongue-out 

    experte,ca se passe comme ca,vie quotidienne,maison

    photo prise à l'expo Gaston Lagaffe à Beaubourg en janvier dernier

  • E comme écrire un mur

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    Il y a le mur qui sépare 

    et le mur qui protège 

    Il y a le mur qui interdit 

    et celui qui réunit 

    Des murs où on exprime sa haine 

    et ceux où on peint la beauté 

    Mais jamais ce n'est le mur 

    qu'il faut incriminer ou admirer. 

    ***

    merci à Lakévio pour l'image et la consigne

  • E comme élucubrations

    - Mais qu'est-ce que tu es encore allé crafouiller! vernifla sa tendre moitié, qui avait cessé de courouler au bout de trois mois de mariage.  

    - Et toi? se mit-il aussitôt à hurlir. Ça te fait jouir de me cagnasser les c... à tout bout de champ?  

    - Je berçois, essaya posément le conseiller conjugal, qu'entre vous deux tout est sujet à vichtailler. Or je suppose que, comme tout un chacun, vous préféreriez violoner plutôt que vous crascatuer comme des malpropres?  

    - Ah ça! pirpura-t-elle, pour ce qui est de violoner, avec lui, faudra repasser!  

    Et elle se mit à rire à gorge trochoyée tellement elle se trouvait loloyante et l'esprit d'à propos.  

    - Il faudrait cependant essayer d'hurspender les hostilités, sisselissait le conseiller conjugal de sa voix la plus épurlante, au lieu de vous écriper pour la moindre vétille...  

    - Mais qu'est-ce qu'il a à scrafougner, çui-là!?  

    - Tu l'as dit! groudit la tendre moitié. Y peut pas parler comme tout le monde?  

    - Et bien, flagit le conseiller conjugal, voilà qui est de bon augure, vous êtes enfin d'accord sur quelque chose! 

    *** 

    jeu,les joies d'internet

    L.H.O.O.Q.
    (Beaubourg, jeudi 5 janvier 2007)

    merci à Emma qui proposait ce petit jeu 
    il fallait utiliser 

    crafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoire, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoire, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir

     

  • E comme Eiffel

    Même si on comprend les artistes opposés à cette "odieuse colonne de tôle boulonnée", on ne peut s'empêcher de la photographier dès qu'elle paraît à l'horizon. 

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    "mercantile", "inutile et monstrueuse", "barbare", 
    vue depuis le Louvre 

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    "gigantesque cheminée d'usine
    vue depuis le jardin des Tuileries  

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    "cette horreur" vue depuis la Concorde 

    à Paris, Sttellla, 27 mars 2010, La Chapelle, MONS from slowbizz on Vimeo.

  • E comme envoi

    Ballade en octosyllabes 

    tongue-out 

    Madame en route vers la gare 
    Pense à eux tous, Alex, Oskar, 
    Si eux ne pensent plus à elle, 
    Patricia, Klara, Michaël: 
    Qu'est-ce qu'ils font, comment ils vont, 
    Latifa, Ellen et Simon? 

    Sont-ils satisfaits de leur choix, 
    Lisa, Ruben, Sofie, François? 
    Ils descendent du train de Gand, 
    Nabil, Araz, Noura, Laurent, 
    Crient "Bonjour, Madame! ça va?" 
    Joris, Fehmy, Tim, Vanessa. 

    C'est plus légère qu'elle part 
    Avec Sara, Viktor, Omar. 
    Il suffit de si peu de choses, 
    D'un sourire de Jan ou Roos. 
    Et pendant que Madame lit 
    Elle voit Sam et Beverly. 

    Envoi 

    Gentils élèves qui passez 
    De vous je n'ai jamais assez! 

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    gare de Gand (Gent Sint-Pieters) le 11 novembre 2016 

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    gare d'Ostende: les nouveaux quais sont "en planches" et je les ai 

    photographiés pour le projet du Hibou 

    semaine 49 - mobilier urbain

  • E comme experte

    Il serait temps que je me décide, s'est dit l'Adrienne au bout de trois semaines de réflexion. 

    Alors elle a saisi son téléphone. 

    - Allô! c'est toi, Michel?
    - Non, c'est Daniel. 
    - Bonjour Daniel! Dis-moi, vous faites les amortisseurs? 
    - Ah non, désolé, on faisait mais on ne fait plus... 

    Alors elle a repris son téléphone. 

    - Bonjour. Je suis bien chez Mazda? Oui, c'est l'Adrienne et sa Mazda3. Il me faudrait de nouveaux amortisseurs. Je pourrais passer un de ces jours? Ah bon? Si vous le dites... Désolée, toutes mes excuses! 

    Puis elle a repris son téléphone. 

    - Allô! c'est Daniel? 
    - Non c'est Michel. 
    - Bonjour, Michel. Daniel t'a dit que je viens de téléphoner pour des amortisseurs? En fait, c'est de nouveaux pneus que j'ai besoin... 

    *** 

    Alors après ça, comment voulez-vous qu'un garagiste prenne encore l'Adrienne au sérieux? 

    tongue-out 

    581 - kopie - Pipo.JPG

    la Mazda
    et le chat 
    à l'automne 2011 

    cool

  • E comme effroyable et extraordinaire

    Cependant le soir vient, le vent tombe, les prés, les buissons et les arbres se taisent, on n'entend plus que le bruit de l'eau. L'intérieur des maisons s'éclaire vaguement ; les objets s'effacent comme dans une fumée ; les voyageurs bâillent à qui mieux mieux dans la voiture en disant : nous serons à Liège dans une heure. C'est dans ce moment-là que le paysage prend tout à coup un aspect extraordinaire. Là-bas, dans les futaies, au pied des collines brunes et velues de l'occident, deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. Ici, au bord de la route, voici un effrayant chandelier de quatre-vingts pieds de haut qui flambe dans le paysage et qui jette sur les rochers, les forêts et les ravins, des réverbérations sinistres. Plus loin, à l'entrée de cette vallée enfouie dans l'ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s'ouvre et se ferme brusquement et d'où sort par instants avec d'affreux hoquets une langue de flamme. 

    Ce sont les usines qui s'allument. 

    Quand on a passé le lieu appelé la Petite-Flémalle, la chose devient inexprimable et vraiment magnifique. Toute la vallée semble trouée de cratères en éruption. Quelques-uns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate étoilée d'étincelles ; d'autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ; ailleurs les flammes apparaissent à travers les crevasses d'un groupe d'édifices. On croirait qu'une armée ennemie vient de traverser le pays, et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases de l'incendie, ceux-là embrasés, ceux-ci fumants, les autres flamboyants. 

    Ce spectacle de guerre est donné par la paix ; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l'industrie. Vous avez tout simplement là sous les yeux les hauts fourneaux de M Cockerill. 

    ***

    Voilà comment Victor Hugo, qui traverse la Belgique en 1840, décrit dans une lettre à sa famille le spectacle des hauts fourneaux... 

    Extrait cité dans La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie, éd. Luc Pire/Espace Nord, 2008, pages 146-147.

    On peut trouver ici un extrait encore un brin plus long: 

    http://expositions.bnf.fr/hugo/pedago/dossiers/voya/textes/44.htm

    hugo,littérature,belge,belgique,lire,lecture,lecteur

    Spectacle extraordinaire pour Hugo mais vie effroyable pour les travailleurs...

    Constantin Meunier, Le puddleur, 1887, source et autres oeuvres ici

  • E comme expert

    Certains se souviendront peut-être en quels termes dithyrambiques l'Adrienne avait décidé que la cafetière italienne était l'ustensile qu'il lui fallait en remplacement de son percolateur? 

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    dessin de Guillaume Long sur son blog

    Elle s'est donc rendue à Bruxelles dans un magasin spécialisé avec la ferme intention d'en rapporter un précieux exemplaire à la maison. 

    Malheureusement, ces cafetières étaient présentées en divers modèles (du plus classique au plus design), en plusieurs coloris (tons neutres, tons vifs, tons pastels) et bien sûr en différents formats, de sorte que l'Adrienne, après avoir passé une grosse demi-heure à comparer tailles, prix, modèles et couleurs... est ressortie du magasin sans avoir pu se décider. 

    Elle comprend bien, à présent, ce qu'ont dû ressentir ses amis roumains la première fois qu'ils étaient en Belgique, juste après la chute de leur Conducator, et qu'ils ont été confrontés à des hypermarchés où le choix d'un simple yaourt demande l'examen d'un rayonnage de plusieurs mètres sur quatre étages. 

     

  • E comme expérience nouvelle

    Pour la toute première fois, j'ai eu l'impression qu'il pouvait exister quelque part un chien aussi bon, aussi intelligent, aussi unique et irremplaçable que le mien, qui est mort depuis longtemps et jamais remplacé. 

    C'est un chien de papier, il s'appelle Jules et sort de l'imagination de Didier van Cauwelaert. 

    En cliquant sur ce lien, vous aurez la possibilité d'écouter un extrait, lu par l'auteur. Il s'agit de l'incipit et dure 10 minutes: vous saurez tout de suite si ce livre est fait pour vous. En tout cas, moi j'ai su qu'il l'était: des personnages principaux intéressants et attachants, un chien d'aveugle, quelques péripéties... et on sent tout de suite que ça finira dans le meilleur des mondes. 

    Expérience nouvelle aussi que cette "lecture" audio, grâce à une offre d'Audible (merci!). Cette lecture faite par Didier van Cauwelaert lui-même, qui met le ton et "joue" le jeu, tombait à pic: mes visiteuses ostendaises m'avaient ramené un gros sac de crevettes à éplucher, j'y ai passé deux bonnes heures, soit la moitié du temps d'écoute, et ça m'a permis de terminer ce fastidieux travail sans devenir zinzin. 

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    source de l'image et info sur Audible 

    Jules par Didier Van Cauwelaert 

    Jules 

    Jules 

    Didier van Cauwelaert

  • E comme école

    Au cas où vous vous demanderiez pourquoi l'Adrienne est si peu présente sur vos blogs et sur le sien, alors qu'elle est enfin en vacances depuis le premier juillet: 

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    Collègue Mieke a pensé que le local des coordinatrices avait besoin d'un coup de neuf 

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    donc les voilà lancées toutes les quatre dans un avant/après 

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    avec du matériel de pro 

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    et la porte, terminée ce matin, impeccable cool

  • E comme édulcorant

    Le peintre a rajouté des reflets d'or dans ses cheveux 

    Il lui a mis du rose aux lèvres et aux joues 

    Il a corrigé son léger strabisme 

    Il lui a mis un gros bouquet de reines-marguerites entre les mains 

    Il a assorti le décor à la couleur de sa robe et de ses yeux 

     

    Et tout le monde a trouvé très beau 

    et très ressemblant 

    le portrait de la petite fille morte. 

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    pour Lakévio 

    en souvenir d'une blondinette

  • E comme e-mail

    Ce sont 272 millions de mots de passe qui ont été "volés" par des hackers russes: 57 millions appartiennent à des adresses mail russes mais 40 millions sont des adresses Yahoo, 33 millions Hotmail et 24 millions gmail, selon les spécialistes de Hold Security.

    Comment s'y prend-on pour se les approprier? Quel usage compte-t-on en faire? et bien d'autres questions pourraient être posées autour de la sécurité de nos données...

    Un seul conseil de la part du "spécialiste" Alex Holden: changer votre mot de passe. Surtout si vous l'avez utilisé pour d'autres choses encore. J'aurais pu vous le donner moi aussi, ce conseil-là tongue-out.

    Car bien sûr, vu le nombre d'activités pour lesquelles on a besoin de se fabriquer un mot de passe, on finit souvent par avoir recours au même. Je me suis beaucoup compliqué la vie avec mes différentes versions, les plus anciennes où 4 lettres (ou chiffres) suffisaient, puis cinq, six et enfin huit signes.

    Chez Microsoft, on a réagi laconiquement en disant que "dergelijke diefstallen nu eenmaal een onaangename realiteit zijn" (de tels vols sont une désagréable réalité) alors que "Yahoo en google weigerden commentaar" (Yahoo et google ont refusé de commenter) conclut De Standaard d'hier matin.

    Refuser de commenter, voilà bien le comble, quand on s'appelle Yahoo ou gmail tongue-out

     actualité,les joies d'internet

    source de la photo météo du vendredi 5 mai

    Mais qu'importent tous les problèmes du monde, aujourd'hui nos contrées sont les plus chaudes d'Europe et ça rend mes copines très heureuses. Il n'est plus question que de soleil, de bronzette et de soirées barbecues

    cool

  • E comme Ensor

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    En 1964, Félix Labisse peint ce portrait de James Ensor (décédé en 1949) Il s'y représente à ses côtés, avec la mer comme décor. Le troisième personnage est une figure "folklorique" ostendaise qu'on appelait par dérision "Col & manchette" parce qu'il s'habillait uniquement à la mode de la Belle Epoque, avec haut col dur et grandes manchettes.

    Le titre du tableau est Bonjour Monsieur Ensor
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    La peinture de Labisse et cette photo-ci ont été prises dans la maison de James Ensor

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    Sur cette gravure de 1888, Ensor se représente tel qu'il sera en 1960. Il a 28 ans et ne pense pas devenir centenaire...

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    Et ici le jeune homme de 23 ans smile

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    "Masque constant et sourire sans fin"

  • E comme ECO-logiques

    Lundi dernier, comme thème pour le débat qu'il devait mener, Ruben avait choisi le sujet des "comportements responsables". 

    Vous voyez d'ici le bonheur de Madame après toutes ces années où personne parmi les élèves ne semblait vraiment s'intéresser à ces problèmes, voire en être conscient (1). 

    - Jetez-vous parfois un détritus à terre? demande Ruben en préambule. 

    Oui, répond à peu près le tiers de la classe devant Madame qui ouvre des yeux grands comme des soucoupes Boch frères n°2. (2) 

    - Mais uniquement sur un sol dur, jamais quand je suis dans la nature, précise Sam, persuadé que ça rend la chose moins grave. 

    D'autres questions leur font avouer leurs petits péchés écologiques: ils oublient souvent d'éteindre en quittant une pièce, ils aiment rester longuement sous la douche et préfèrent encore prendre des bains, ils se font conduire partout en voiture au lieu d'aller à pied ou à vélo...  

    Madame regarde cette belle jeunesse dorée (3) avec attendrissement et inquiétude: que feront-ils si la grande crise annoncée survient? 

    Elle ne peut qu'espérer qu'ils auront du ressort et trouveront les bonnes réponses. 

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    dans la classe de Madame, vous ne trouverez pas un détritus à terre 

    cool

    (1) quant à Madame, elle frise l'éco-fanatisme et la radicalisation tongue-out 

    (2) voir le billet d'hier 

    (3) Madame les trouve bien "dorés" parce qu'à 17 ans ils ont vu une bonne partie de la planète, ont le permis de conduire et parfois déjà une voiture personnelle, font du ski l'hiver, la fête chaque week-end et du shopping tous les quatre samedis...

  • E comme Er was eens...

    Il était une fois l'eau - Peter Verhelst 

    Il était une fois l'eau
    Où était-ce?
    Au bord de l'eau
    Là où ça touche terre
    Où dis-tu?
    Là où l'eau touche terre
    De qui?
    Là où notre eau devient notre terre, tu veux dire
    Là où notre eau est notre terre et notre sable est notre sable
    C'était là
    Là où les nuages et les ciels sont à nous, je veux dire
    C'était là
    Comment c'était là
    Comment c'était couché là, les mains à côté de la tête
    Comment on l'a emporté et il restait couché
    Même quand on l'a emporté, il restait, pendant qu'on l'emportait, couché là dans le sable
    Même quand on ne regardait plus
    Surtout là où on ne regardait plus il restait couché sur le sable
    Que ça partirait bien un jour de lui-même, pensions-nous parfois
    Mais qu'il devenait nôtre au moment où on l'emportait
    Nous le savions
    Il était une fois, avons-nous encore essayé de penser, mais
    Aussi fort que nous le pouvions, nous avons essayé de continuer à penser
    Il était une fois, il était une fois

    (traduction française de l'Adrienne)

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    photo prise à Bruxelles samedi dernier en allant à la BRAFA

    Er was eens het water - Peter Verhelst

    Er was eens het water
    Waar was het?
    Aan de rand van het water
    Waar het aan land komt
    Waar zeg je?
    Waar het water aan land komt
    Van wie?
    Waar ons water ons land wordt, bedoel je
    Waar ons water ons land is en ons zand ons zand is
    Daar was het
    Waar de wolken en de luchten van ons zijn, bedoel ik
    Daar was het
    Hoe het daar lag
    Hoe het voorover lag, zo, met de handen naast het hoofd
    Hoe we het wegnamen en het voorover bleef liggen
    Zelfs toen we het wegnamen, bleef het, terwijl we het wegnamen, voorover op het zand liggen
    Zelfs toen we niet meer keken
    Vooral waar we niet meer keken bleef het op het zand liggen, voorover
    Dat het op een dag wel uit zichzelf zou vertrekken, dachten we soms,
    Maar dat het van ons werd toen we het wegnamen
    Wisten we
    Er was eens, probeerden we nog te denken, maar
    Zo luid we konden, probeerden we er was eens, er was eens te blijven denken 

    L'original ici, avec la photo que chacun connaît et aura sans doute reconnue, ainsi qu'une traduction en anglais:

    http://www.ntgent.be/fr/news/er-was-eens-het-water-once-upon-a-time-peter-verhelst/c/plus

  • E comme expert, experte

    L'Adrienne, c'est celle qui demande la clé de la chambre 205 alors qu'elle a la 206. 

    Le plus étrange, ce n'est pas qu'elle se trompe dans les chiffres, c'est que le patron en personne lui remette cette clé. 

    A experte, expert et demi tongue-out

    expert

    Ostende, fin décembre 2015, a room with a view... 

    au 206

  • E comme experte

    "Génial!" s'est dit l'Adrienne au moment où l'idée lui est venue - car oui, il lui arrive aussi de se complimenter.

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    Pour le thème gants et écharpes, au lieu de photographier les siens, elle profiterait de la négligence, de la distraction, de la nonchalance des élèves et photographierait un des couloirs vides où pendent, même en plein hiver, des tas de vêtements "oubliés".

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    Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Vendredi dernier, elle n'oublie pas d'emporter l'appareil photo à l'école. A sept heures et demie, elle commence sa série d'oraux dans la classe de sciences humaines. Elle termine vers 16.30 h.

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    Puis elle rentre tranquillement chez elle, après avoir fait quelques courses.

    Oubliant l'appareil photo à l'école.

    Négligence? Distraction? Nonchalance?

  • E comme experte

    L'autre samedi, en passant devant la pâtisserie, l'Adrienne a eu une idée de génie. Bien que chargée de deux gros sacs de courses, elle est entrée d'un pas ferme et a déclaré:

    - Je voudrais deux petits gâteaux à la mousse au chocolat.

    Car elle se dit qu'elle fait une bonne action en choisissant, dans le vaste étalage, ces quelques pâtisseries qui sont l'oeuvre du fils. Le père, quant à lui, s'occupe de la tradition: tartes au riz, aux pommes, à la frangipane, à la confiture.

    Double bonne action même, puisqu'elle téléphonera à sa mère dès qu'elle sera rentrée, pour l'inviter à déguster ensemble ces délices.

    - ça ira, comme ça? demande le jeune homme, qui a soigneusement déposé ses deux petits chefs-d'oeuvre dans une boite en carton.

    - Oui, oui, sourit l'Adrienne, qui repart en les tenant bien haut, comme le Saint-Sacrement, après avoir chargé un gros sac de courses sur son épaule gauche et un autre sur son épaule droite. Il lui reste même une main pour ouvrir et fermer la porte.

    La rue monte, les sacs sont lourds, mais la récompense est au bout. Devant sa porte, l'Adrienne pose délicatement la boite de pâtisserie sur le bord de la fenêtre - elle est en pente - trouve ses clés, rentre, dépose ses sacs, dépose la précieuse boite.

    - Ouf, se dit-elle. Mission accomplie.

    Et à ce moment-là, la boite décide de tomber par terre.

    En se renversant, bien entendu.

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    Heureusement, l'Adrienne n'avait pas encore téléphoné à sa mère.

    Langue tirée

     

     

  • E comme élucubrations

    Sur le manteau de la cheminée, un amour de bronze inspecte la plante de son pied droit. A côté de lui, son carquois et ses flèches attendent la prochaine victime.

    Il n'a pas le charme du gamin qu'elle a admiré à Rome, tout occupé à se retier une épine du pied. Mais que diable! on s'entoure d'oeuvres d'art accessibles.

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    Rome, mai 2009

    Elle se sert un verre d'eau pour y diluer deux aspirines. Alors qu'elle est en repos en ce jour de fête, c'est la guerre dans sa tête.

    L'homme, ce prédateur, est retourné sur son île pour s'y livrer à ses jeux favoris: la chasse, la pêche, et tout ce qui le rapproche du temps des cavernes.

    Dans son kimono trop léger pour la saison, elle essaie de s'intéresser à son livre, mais c'est de mers qu'elle rêve, d'océan et de vagues. De néant et d'oubli. Plus de promesses à tenir ni de questions à se poser. Le rêve, ce gros scarabée brillant, toujours inaccessible. Trop de travail. La vie comme utopie. 

    En vérité, elle prendrait bien l'avion pour l'Andalousie, le week-end prochain. Boire du xérès, les yeux dans les yeux avec ce drôle de zèbre à qui elle a donné son coeur.

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    Malaga, février 2012

     

    exercice proposé par Hubert Haddad à la page 240 de son Nouveau magasin d'écriture: écrire un texte en y insérant ces 26 mots dans l'ordre alphabétique:

    amour, bronze, charme, diable, eau, fête, guerre, homme, île, jeu, kimono, livre, mer, néant, oubli, promesse, question, rêve, scarabée, travail, utopie, vérité, week-end, xérès, yeux, zèbre.

  • E comme émotion

    Son prénom commence par un A et finit par un Z. Il est le symbole du pays de ses ancêtres. 

    Cet été, elle l'a vu pour la première fois. L'Arménie.

    - Quelle émotion ça a dû être! dit Madame.

    On parle un peu de ce beau pays - des connaissances de Madame y sont allées il y a un an - et de cette langue, qui malgré les années et la diaspora, est encore utilisée au sein de la famille.

    - J'ai vu dans ton dossier que tu es née à Aleppo, dit Madame.

    Alep, Aleppo, deuxième ville de Syrie, grand centre économique et culturel, patrimoine mondial, aujourd'hui en ruines. Une partie de la famille est encore là-bas.

    - C'est difficile, pour eux, là-bas, dit-elle sobrement.

    - C'est terrible, dit Madame, qui se sent au bord des larmes.

    Et qui espère que ce soir-là, quand ils entendront pour la énième fois parler de milliers de réfugiés, les autres élèves de la classe auront un regard plus nuancé.

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    j'ai la très nette impression qu'on s'émeut plus pour la perte du patrimoine culturel que pour la souffrance de millions de gens

    http://www.rtl.be/info/monde/international/de-palmyre-a-alep-la-syrie-en-guerre-perd-son-patrimoine-751022.aspx

     ***

    Son prénom commence par un A et finit par un Z. Il contient tout le malheur du pays de ses ancêtres.

  • E comme Echenoz

    L'Adrienne, il y a un mois ou deux, s'étonnait de la politique d'achat de sa bibliothèque communale (1). L'autre jour, elle a décidé d'en avoir le coeur net:

    - Est-ce que vous pourriez me dire sur quelle base sont choisis les livres que vous achetez?

    - Attendez! Je vais vous appeler la personne ad hoc!

    La personne ad hoc, quel heureux hasard, est une ancienne élève.

    ***

    Mardi après-midi, nouvel étonnement de l'Adrienne: sur le présentoir des dernières acquisitions, deux auteurs francophones, mais en traduction. Le 14 de Jean Echenoz (2) et le livre de Lola Lafon sur Nadia Comaneci (3).

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     lolalafon.jpg

     - Zut! a pensé l'Adrienne.

    Ou peut-être même quelque chose de plus fort.

    Alors elle est allée voir dans le rayon de la littérature en français et a emprunté le seul Echenoz qui s'y trouvait, Je m'en vais.

    Faut juste espérer que ce titre ne soit pas annonciateur du sort qui attend ce rayon-là.

    ***

    (1) il en a été question ici:
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/07/21/r-comme-resine-de-coumarone-8470784.html

    (2) "Un des auteurs français les plus originaux et les plus amusants du moment", dit l'extrait de la critique de Trouw en couverture. Quoique "geestig" puisse aussi se traduire par "spirituel", on peut supposer qu'ici - comme dans la critique francophone - on tient à souligner son côté humoristique.

    (3) on peut se demander pourquoi la version néerlandaise remplace "communiste" par "Roumaine" dans le titre...

  • E comme eau

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    © Vincent Héquet

    http://www.bricabook.fr/2015/07/atelier-decriture-en-ligne-183e/

    Quand elle arrive à la Gare du Nord, elle dépasse rapidement la foule. Voyageuse sans bagages, elle se dirige d’un bon pas vers les portillons du métro.

    Montparnasse, huit heures cinquante, train pour Granville. Trois heures de trajet, largement le temps de finir le Maupassant qu’elle a emporté. Elle le laissera sur le petit banc de l’abribus quand elle prendra la ligne 4, qui va jusqu'à Avranches.

    Elle est prête, plus besoin de lecture. Elle ferme les yeux pour mieux respirer l’air du large. Il fait doux et humide, c’est normal, en cette saison.

    Le bus longe la côte: Saint-Pair-sur-Mer, Jullouville, Carolles, Champeaux, chaque nom de lieu lui fait venir un léger sourire aux lèvres.

    Après Champeaux, c’est tout de suite Saint-Jean-le-Thomas. Comme elle s’y attendait, elle ne reconnait rien dans ce village. C’est sans importance. Elle n’est pas venue pour remuer des souvenirs. Elle est venue pour la mer, avec ses marées basses qui laissent découvertes de longues distances de sable et ses marées hautes qui vous surprennent d’un coup, vous obligeant à retrouver la côte à la nage, ou qui vous engloutissent inexorablement.

    Comme l’été de ses huit ans. Elle se promenait avec le petit frère à la main et la mer montante les avait surpris. Elle en a eu des cauchemars pendant des années, elle se revoyait tirer l’enfant vers la plage où leur mère lisait tranquillement un magazine. Seul le père avait été inquiet, ne les voyant plus :

    - Où étiez-vous tout ce temps ? avait-il demandé.
    - Là-bas…

    Elle avait fait un geste vers la baie et le Mont.

    - On a été loin ! a dit le petit frère, dont elle tenait toujours solidement la main, alors que tout danger était écarté.
    - A l’avenir, vous resterez toujours là où on vous voit, c’est compris ?

    Elle avait bien senti à son ton et à sa voix qu’il s’était fait du souci. Il avait peur de l’eau et ne savait pas nager, qu’aurait-il pu faire, sur cette plage déserte ?

    Tout ça est bien loin. A présent, elle n’a plus de promesse à tenir pour personne. Elle s'offre un dernier café pour feuilleter une ultime fois le calendrier des marées. Il s’agit de ne pas se tromper.

    Elle paie sa consommation et se rend aux toilettes, où elle fait disparaître dans les profondeurs des poubelles à clapet le peu de choses qu’elle a encore sur elle, son portefeuille, ses papiers d’identité.

    Puis elle se dirige vers la plage Saint-Michel.

    La marée est effectivement au plus bas et le flux promet d’être sans pardon.