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  • F comme Fon (et fer)

    Quand son fils unique est mort électrocuté à vingt ans, Fonne a reporté tout son amour sur le petit dernier de ses patrons. C'est lui qui l'a appelée Fonne, sans doute que pour ses premiers babils de bébé "Yvonne" était trop difficile. 

    C'est elle qui l'a élevé, sa mère étant occupée à la boucherie du matin tôt au soir tard, surtout de Pâques à septembre. La pauvre Fonne, tout en faisant le ménage et la cuisine, devait continuellement le prendre sur le bras. 

    En grandissant, il est resté son préféré, celui à qui on passe tous ses caprices, qu'on défend contre les taquineries des aînés, qu'on excuse de tout, même les rares fois où sa mère veut intervenir de son autorité. 

    Puis un jour le gamin se marie. Et Fonne, qui toute sa vie a repassé des montagnes de torchons et de serviettes, de nappes et de chemises, de draps et de taies, de robes et de jupes, d'uniformes scolaires et de grands tabliers blancs de boucher, décide d'offrir en cadeau de mariage un fer à repasser. 

    Quand la future mariée le déballe, belle-maman déclare: 

    - Et bien! je suis déçue! elle aurait au moins pu acheter un fer à vapeur! 

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    c'est pourtant ce fer-là, déjà vieillot il y a 30 ans, qui est toujours vaillant aujourd'hui! 

     

     

  • F comme fuite du temps

    jeu,fiction,peinture

    Ça s'est passé là-bas, dans la grande prairie aux pissenlits. Il portait son pull orange.

    Le mois de mai offrait ses premiers beaux jours. Ils s'étaient roulé dans l'herbe puis tout à coup il lui a demandé: «Alors, dis-moi, qu'est-ce qui s'est passé en fin de compte?».

    Les yeux à moitié cachés par le bonnet qu'elle portait malgré le beau soleil de mai, elle le fixait sans répondre. Pouvait-elle lui faire confiance? Il était si jeune! 

    Il s'amusait à arracher tous les pissenlits à sa portée, ne s'inquiétant pas de leur jus laiteux. Le soir, il s'étonnerait d'avoir les mains couvertes de taches brunâtres.

    Le soir, il aurait déjà tout oublié.

    Elle regardait leurs jambes trop blanches, leurs pieds nus et toute cette apparente innocence du monde. «Viens, finit-elle par dire, l'herbe devient humide, on va remonter la colline.»



    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • F comme found in translation

    Nul ne sait ce que, du langage d’autrui, Robinson, qui ne parle pas du tout, comprend ou ne comprend pas. À certaines expressions courtes prononcées dans des circonstances précises, il répond par un comportement approprié : il se dirige vers la cuisine si je lui dis « On va manger » et, quand je répète « Trampoline », il se rend dans mon bureau, pièce qui contient bel et bien, à son intention, un petit trampoline. À « Dis au revoir », il réagit par un geste minimal, en levant l’avant-bras et en pliant l’index, et à « Donne un bisou » en tendant la joue sans pour autant bouger les lèvres. S’il vient de jeter un objet par terre, par exemple sa casquette lors de notre promenade, il me prouve, en le récupérant, qu’il connaît la signification de « Ramasse ! » Lorsqu’il est de bonne volonté, il obtempère aussi à « Appuie sur le bouton », « Éteins la lumière », « Assis » ou « Ferme la porte. » Et, quand il s’est emparé d’une tranche de pain et qu’ayant à peine mordu celle-ci, il désigne le frigo, en geignant, pour demander un yaourt à la vanille, il comprend « D’abord ton pain ! », ce qui suppose tout de même une forme de conditionnel. Mais, à ma connaissance, son rapport au langage ne va guère au-delà. 

    Extrait de Robinson, du Liégeois Laurent Demoulin, publié chez Gallimard en 2016, un livre autobiographique qui parle de la relation entre un père et son fils autiste.

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    source de la photo et interview avec l'auteur ici 

    Passa Porta propose un Found in translation, c'est-à-dire une rencontre avec l'auteur et sa traductrice (http://passaporta.be/passa-porta-lab/found-in-translation) rencontre à laquelle on peut participer si notre traduction néerlandaise de ce texte est retenue. 

    Niemand weet wat Robinson, die helemaal niet spreekt, van andermans taal begrijpt of niet begrijpt. Enkele korte uitdrukkingen, uitgesproken in welomschreven omstandigheden, beantwoordt hij met gepast gedrag: hij begeeft zich naar de keuken als ik hem zeg "We gaan eten" en als ik "Trampoline" herhaal, gaat hij naar mijn bureau, een ruimte waar inderdaad ter zijne intentie een kleine trampoline staat. Op "Zeg gedag" reageert hij met een minimaal gebaar, een geheven voorarm en geplooide wijsvinger, en bij "Geef een zoen" reikt hij de wang aan, weliswaar zonder de lippen te bewegen. Als hij een voorwerp op de grond gooit, bijvoorbeeld zijn pet tijdens onze wandeling, bewijst hij mij, door die terug te nemen, dat hij de betekenis kent van "Oprapen!". Als hij van goede wil is, geeft hij ook gevolg aan "Druk op de knop", "Doe het licht uit", "Zit" of "Sluit de deur". En als hij een sneetje brood genomen heeft en al kreunend naar de koelkast wijst om een vanilleyoghurt te vragen, terwijl hij nog maar een beet van zijn brood nam, begrijpt hij "Eerst je brood", wat toch een zekere notie van de voorwaardelijke wijs veronderstelt. Maar bij mijn weten reikt zijn verhouding tot taal niet veel verder.

     

  • F comme fou de dieu

    Ça commence comme un péplum: 

    Cela se passe en Corinthe, en Grèce, vers l'an 50 après Jésus-Christ - mais personne, bien sûr, ne se doute alors qu'il vit "après Jésus-Christ". Au début, on voit arriver un prédicateur itinérant qui ouvre un modeste atelier de tisserand. Sans bouger de derrière son métier, celui qu'on appellera plus tard saint Paul file sa toile et, de proche en proche, l'étend sur toute la ville. Chauve, barbu, terrassé par de brusques attaques d'une maladie mystérieuse, il raconte d'une voix basse et insinuante l'histoire d'un prophète crucifié vingt ans plus tôt en Judée. 

    Emmanuel Carrère, Le Royaume, P.O.L. 2014, p.12 

    Vous voyez le décor? le personnage? Le film commence... 

    Mais en fait, ça ne commence pas comme un péplum. Ça commence, comme tous les livres de Carrère depuis de nombreuses années, par un "je" qui prend beaucoup de place dans l'histoire racontée. Qui pousse son ego jusqu'à nous livrer les choses les plus intimes - comme sa façon de faire jouir une femme ou quelle sorte de films porno il aime regarder. Qui se plaît à répéter qu'il est un nanti et une intelligence supérieure, deux choses qui lui rendront "la porte étroite". 

    Or, cette porte, il n'a pas à s'en préoccuper, puisqu'il ne cesse de dire qu'il n'a pas la foi. Et le "Je ne sais pas" sur lequel se termine le livre à la page 630 (oui, c'est un gros pavé tongue-out) n'est pas sa réponse à une question existentielle ou ontologique, mais une réaffirmation de ce qu'il est comme être humain, à ses propres yeux: 

    Ce livre que j'achève là, je l'ai écrit [...] encombré de ce que je suis: un intelligent, un riche, un homme d'en haut [...] 

    et la réponse à la question qu'il se pose comme écrivain: ai-je été fidèle au jeune homme que j'ai été et à la foi que j'ai eue à un moment de ma vie? 

    Bref, ce gros pavé mélange érudition, invention et égotisme, dans un bon dosage qui fait qu'on tourne allègrement les pages en ayant l'impression qu'on est près, très près de ce qui s'est réellement passé aux débuts du christianisme. 

    A l'issue de cette lecture, je me suis demandé ce qu'en pensaient les exégètes et autres biblistes et à mon grand étonnement, mis à part quelques réserves sur les parties "inventées", les "trous de l'histoire" comblés par l'imaginaire de l'auteur, la critique catholique est presque unanimement élogieuse. 

    Sans doute parce que ce livre est un merveilleux cours de catéchisme et que Carrère a bien pris soin de ne rien écrire qui puisse heurter ceux qui ont la foi. 

    Evidemment, vu qu'il est intelligent tongue-out 

    lire,lecture,lecteur,littérature

    résumé, lecture en ligne, bio, biblio et toutes les infos possibles sur le site de l'éditeur P.O.L. 

    des résumés de critiques ici

    et beaucoup d'avis de lecteurs ici

     

     

  • F comme Fiat 509

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    Fiat 509 peinte aux couleurs de celle de Gaston Lagaffe  

    salon de l'auto de Bruxelles en 2006 

    auteur et source de la photo 

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    Gaston, sa Fiat 509 et l'agent Longtarin 

    photos prises à Beaubourg le 5 janvier 2017 

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  • F comme folle histoire

    C'est la folle histoire d'un projet 

    celui d'une expo à Paris en 1915 

    soutenu par deux présidents 

    Fallières et Poincaré 

    trois artistes 

    Apollinaire, Duchamp et Satie 

    et d'un tas d'inventions toutes plus folles les unes que les autres, comme l'ataton (un réveil pour insomniaques), le chinophone, le rasoir thermohygrométrométrique ou les clochettes à mettre à l'intérieur du cercueil au cas où on serait mis en bière vivant. 

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    C'est la folle histoire des années folles et les deux auteurs se sont sans doute follement amusés à l'écrire, mélangeant allègrement histoire et fiction: personnages et événements historiques s'imbriquent parfaitement dans ceux qui sont sortis de leur imagination. 

    Côté histoire, outre les noms déjà cités plus haut, on trouve les suffragettes, les attentats, l'assassinat de Jaurès. 

    Côté fiction, des noms qui ne laissent aucun doute sur l'aspect inventé des personnages: le baron Jean-Aymar de Thou, les inspecteurs Ducran et Lapoigne, Monseigneur Quatorze-Dix-Huit, Baramine, Chiche-Portiche, Soupirail, la liste est longue. 

    Bref, une folle histoire que je ne vais même pas essayer de vous résumer: vous la lirez si le cœur vous en dit. cool 

    lire,lecture,lecteur,humour

    Le voilà donc cet objet 
    qui du pays de ses maîtres 
    a détruit l'harmonie! 
    Il en blanchit, le traître! 

    (photo prise à Beaubourg le 5 janvier)

     

  • F comme folie du Friday

    Il n'y a pas tellement d'années que je sais à peu près ce que représente le Thanksgiving américain et quand il est célébré - les Hallmark Christmas movies auront eu au moins ce mérite-là tongue-out 

    Ce qui est neuf, par contre, c'est la notion du Black Friday: pour la première fois cette année j'ai reçu un tas "d'offres promotionnelles" - de la SNCF, d'agences de voyages, de parfumeurs, la liste est longue et étonnamment française - pour m'inciter à dépenser mes sous au lendemain du Thanksgiving. Ou même, dans un grand élan de largesse, pendant les quatre jours de ce week-end prolongé américain. 

    Étonnant, oui. J'ai trouvé étonnant que cette mode nous soit parvenue comme ça, d'un coup, PAF! tout le monde s'y est mis. 

    friday.jpg

    article et source de la photo 

    Les Américains, dit l'article, ont battu tous les records en dépensant pour ce Black Friday 2016 la somme de 5,3 milliards de dollars, soit 18% de plus que l'an dernier. En majeure partie pour des cadeaux de Noël.  

    Comme des drones ou des télés 4K 

    tongue-out

  • F comme femme au carnet rouge

    Une lecture plaisante de ma semaine ostendaise: 

    Lorsqu'il arriva, ils étaient déjà attablés au fond de l'établissement, devant un kir champagne vert – qui s'avéra être un champagne au sirop de basilic. [...] 

    Après l'entrée constituée d'un tartare de saumon bio aux fruits rouges équitables, ils passèrent à des filets de poulet vapeur et leurs légumes (bio toujours) agrémentés d'une sauce épicée issue d'une ancestrale recette péruvienne ramenée d'un voyage effectué par l'un des deux graphistes devenu restaurateur. Tout cela était très en phase avec l'époque, très tendance, très bobo. [...] Laurent se prit à rêver de ces Relais et Châteaux de province où l'on vous souhaite, dans des salles à manger aux cheminées crépitantes, une "bonne continuation" à chaque plat.

    Antoine Laurain, La femme au carnet rouge, éd. Flammarion 2014, p.103-105

    Avec ici et là des choses qui font sourire 

    Travaillez-vous sur un prochain roman? Oui, oui, j'y travaille... répondit Pichier, laconique.

    Il était en fait en train de se fourvoyer depuis deux mois et demi dans une intrigue qu'il qualifiait lui-même de "merdique" à ses proches et qu'il s'était bien gardé de raconter à son éditeur. [...] En panne dans son récit, il pouvait, après avoir écrit trois phrases à peine, passer le reste de sa journée devant son écran d'ordinateur à surfer sur le Web [...]. Aussi, tapait-il – comme tous ses semblables – son nom et le titre de ses romans, guettant les critiques sur les blogs et sites littéraires, souriant à une bonne et pestant contre une mitigée [...]. Parfois, sous couvert de pseudonymes, il en écrivait lui-même [...] s'envoyant des fleurs et saluant le talent immense de Frédéric Pichier.

    idem, p.113-114

    Des choses qui semblent sortir du vécu de l'auteur (1)

    Comme de nombreux écrivains, Pichier avait un autre métier. Il était professeur de français pour les secondes et premières. Dans un lycée de grande banlieue [...]. Après vingt et un ans d'enseignement, une usure avait commencé à se faire sentir. Une usure nerveuse. Encouragé par son éditeur et ses proches, Pichier avait pris "une année sabbatique" afin de se consacrer uniquement à l'écriture. Depuis qu'il était bloqué sur son texte, seul, tous les jours chez lui, il regrettait cette décision qui l'avait privé de ses élèves. Ils avaient beau être turbulents, rusés, retors, d'une inculture parfois abyssale, il devait en convenir, ses journées avec eux étaient infiniment plus vivantes que celles qu'il passait désormais devant son écran.

    idem, p.114-115

    Du vécu qui serait bien observé et bien raconté 

    Sur les genoux de Chloé, le chat dans son sac émettait des feulements intermittents qu'elle faisait aussitôt cesser en passant ses doigts le long du grillage. [...]

    Là-bas aussi il y avait un chat? dit Chloé. On aurait dit qu'elle évoquait un pays lointain où l'on ne reviendrait jamais, à la manière de ces exilés qui se remémorent la contrée de leur enfance. Oui, dit sobrement Laurent. Il était comment? Noir. C'était quoi son nom déjà? Belphégor [...].

    Poutine (2), annonça distinctement le vétérinaire en entrant dans la salle d'attente. Deux dames à petit chien levèrent les yeux de leurs magazines et se regardèrent. La première haussa les sourcils d'un air consterné, l'autre hocha la tête, pauvre bête, murmura-t-elle.

    idem, p. 207-208

    à la fin du livre, l'auteur en fait lui-même le résumé: 

    C'est l'histoire d'un libraire qui trouve un sac de femme un matin dans la rue, il le ramène chez lui, en sort les objets et se décide à retrouver la femme du sac, il y arrive et lorsqu'il l'a trouvée, il fuit bêtement. (3) 

    idem, p. 232

    De nombreux clins d'oeil à des auteurs contemporains: 

    A trois arrondissements de là, le stylo-plume en suspens, Patrick Modiano se demandait depuis une demi-heure s'il devait ou non mettre une virgule après le premier mot de la dernière phrase de son nouveau roman. (4)

    idem, p. 236 

    Bref, un agréable moment de lecture. 

    ***

    (1) ceci est un compliment cool 

    (2) Chloé a un chat qui s'appelle Poutine 

    (3) mais rassurez-vous, tout s'arrange à la fin tongue-out 

    (4) Modiano a un petit rôle sympathique dans l'histoire 

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    photo sur le site de Flammarion 

    critique de RTL et Elle

  • F comme Francis, successeurs

    - Le temps commence à se rafraîchir, n'est-ce pas?

    - Oui, un peu, mais c'est normal, on est tout de même déjà en octobre!

    - C'est vrai, vous avez raison... mais j'espère qu'il ne va pas se mettre à pleuvoir! 

    - Ah bon? vous n'avez pas de jardin, vous? il fait tout sec! 

    - Oui, mais quand il commence à pleuvoir, ça ne s'arrête plus et c'est mauvais pour le commerce... 

    - Mauvais pour le commerce? Comment ça? 

    - Ben oui, quand il pleut, les gens ne sortent pas de chez eux. Ou quand il fait froid... 

    *** 

    Vous l'avez compris, amis lecteurs: 

    les conversations avec les successeurs de Francis sont beaucoup moins philosophiques 
    mais au moins on y apprend pourquoi depuis deux mois 
    il ne pleut plus sur ma ville 
    (sauf une nuit, pour ne pas gêner le commerce) 

    francis,vie quotidienne,automne

     

  • F comme fin

    Le matin du 19 mars, elle a libéré un mètre carré du potager. Entre les derniers poireaux et les choux de Bruxelles, elle a semé deux rangs de radis ronds et de laitue à couper, comme il le lui avait demandé la veille: 

    - Demain, avait-il dit comme chaque année à la même époque, demain c'est la Saint-Joseph. N'oublie pas de semer de la salade et des radis. 

    Ce travail fait, elle a soigneusement nettoyé ses outils et les a rangés avec ses bottes, dans la cabane. 

    A la maison, elle a replié le linge sec, repassé une dizaine de chemises et refait le pli des pantalons. Ciré et fait reluire des chaussures. Elle sait combien tout ça est important pour lui. 

    Pour le repas du soir, comme on était vendredi, elle avait prévu du poisson. Elle ferait une purée et des épinards. Avec un beurre blanc ou une sauce mousseline. Une bouteille de riesling était au frigo depuis le matin. 

    Ce soir-là, il est rentré tard, comme d'habitude. Il s'est mis à table après un rapide baiser et a ouvert son journal. 

    Il a quand même fini par s'apercevoir qu'il mangeait seul. Alors il a dit: 

    - Tu viens? 
    - Non. 
    - Tu fais quoi? 
    - Je pars. 

    fiction

    les cotylédons de radis sont vrais, 
    le texte est une fiction tongue-out 

    La consigne était: 

    Placer un mini-dialogue dans un texte narratif 

     

  • F comme Figaro

    Tout le mérite revient à Philippe Didion, grand découvreur de pépites figaresques.
    Voici la dernière en date:
     
    “La coiffure est inutile pour les personnes endurcies.
       Il faudrait aussi supprimer la coiffure; au moins les enfants ne devraient pas en porter, et les adultes devraient aussi s’habituer peu à peu dans la saison chaude à rester tête nue. La calvitie, si fréquente chez les hommes, vient dans la plupart des cas de ce qu’ils se couvrent toujours la tête, parce que cela empêche la transpiration du cuir chevelu. Quand la transpiration est arrêtée, la racine des cheveux finit par tomber malade et la chute des cheveux en est la conséquence. Les chapeaux des femmes n’empêchent pas la transpiration de la tête et ne gênent pas l’arrivée de l’air comme les chapeaux et les casquettes des hommes. Aussi la calvitie est-elle beaucoup plus rare chez les femmes que chez les hommes. Tous les hommes devraient porter la tête entièrement nue, au moins au printemps, en été et en automne, afin qu’elle puisse transpirer comme il faut, et être baignée par l’air et la lumière. Alors le nombre des chauves diminuerait bientôt avec le temps.”
    Bilz, L'Etat social de l'avenir : esquisse d'un nouvel état : nouvelle théorie du monde, Librairie universelle, 1904.

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    la preuve!

  • F comme filles, femmes et futur

    On en a déjà parlé quelques fois ici, mais sans doute qu'avec les Spice Girls le message touchera plus de monde cool 

    https://www.youtube.com/watch?v=sZQ2RUFd54o 

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    ces deux-ci et quelques autres sur: 

    http://www.globalgoals.org/fr/join-the-movement-girls/ 

  • F comme figaro

    Pour ceux qui aiment lire un petit compte-rendu 
    de la visite chez les successeurs du coiffeur-philosophe 
    il faudra revenir en fin de journée 
    quand l'Adrienne se sera fait couper les cheveux

    smile 

    extrait du Mariage de Figaro 

    sous la direction de René Jacobs

    Figaro: Se a caso Madama la notte ti chiama, din! din! in due passi da quella puoi gir.
    Vien poi l’occasione che vuolmi il padrone, don! don! in tre salti lo vado a servir...

    Susanna: Così se il mattino il caro Contino, din! din! e ti manda tre miglia lontan,
    don! don! a mia porta il diavol lo porta, ed ecco in tre salti … 

     Se vuol ballare, signor Contino, il chitarrino Le suonerò.
    Se vuol venire nella mia scuola, la capriola Le insegnerò.
    Saprò... Ma, piano: Meglio ogni arcano, dissimulando, scoprir potrò.

  • F comme fleurette

    Il n'avait pas eu besoin d'entendre la chanson de Pierre Perret pour en avoir l'idée: chaque fois qu'il avait fait une bêtise - déchiré sa chemise aux barbelés, troué son pantalon en faisant du toboggan sur des troncs râpeux, perdu une chaussure dans la boue du ruisseau - il revenait une petite fleur à la main.

    Avec la manie de sa mère, ça ne ratait jamais: elle oubliait de gronder pour donner une leçon de botanique:

    - Oh! s'écria-t-elle ce jour-là, quelle jolie pulmonaire!

    Il était temps qu'il grandisse: bientôt il aurait épuisé toute la flore locale.

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    https://amillemains.wordpress.com/2016/04/01/atelier-n3/#comment-765

  • F comme Francis, coiffeur-philosophe

    Il y a de ces moments où il faut se résigner à utiliser un téléphone: trois ou quatre fois par an, pour fixer un rendez-vous avec les successeurs de Francis, coiffeur-philosophe. 

    - Vous savez, précise l'Adrienne après avoir donné son nom, celle qui vous demande de lui couper les cheveux à sec. 

    Ah! oui, elle voit. 

    Il n'y a personne dans la boutique en ce mardi matin et la coiffeuse s'affaire autour de la tête de l'Adrienne. Dans le miroir, on la voit se bagarrer avec les mêmes épis qui énervaient tellement Francis. Elle s'arrête de couper, perplexe. Ça fait beaucoup rire l'Adrienne: 

    - Vous avez un problème avec mes "corniches"? 

    Car c'est ainsi que dans la famille du père on désignait les mèches qui rebiquent à hauteur des oreilles. 

    Cette coiffeuse-ci appartient à une autre école philosophique: elle croit qu'il ne faut pas contrarier la nature et laisse à l'Adrienne ses ponts d'Avignon. 

    On papote. Ou plutôt elle papote. Elle raconte qu'elle est allée visiter la mosquée de la ville. Qu'elle y a été très bien reçue. Que parfois au salon vient une maman voilée avec sa petite fille et que ça lui a valu le commentaire d'une vieille dame, que "ce n'est pas bon pour le commerce". 

    Le téléphone sonne. La coiffeuse décroche, lève les yeux au ciel, essaie un inutile "je te rappellerai, là je suis au travail". Peu après, elle reprend ses ciseaux. 

    - C'était ma mère, dit-elle.

    Ça, on l'avait deviné. Elle a perdu tout son entrain. 

    - Elle me dit: il y a ta photo dans le journal. De la visite de la mosquée. Elle me dit: Et ça, c'est mauvais pour le commerce! 

    ***

    Alors vous savez quoi? 

    L'Adrienne a décidé de l'aimer doublement, sa nouvelle coiffeuse. 

    Pour preuve de son estime, elle l'appellera désormais 

    Francine, coiffeuse-philosophe.

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    été 1927 
    l'oncle n'a que deux ans et pas encore de "corniches"

     

  • F comme fotoboek

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    Sur la couverture de l'épais album, le titre est en anglais: Birth Day. Peut-être pour indiquer dès l'emblée son approche internationale. Planétaire.

    Le sous-titre est en néerlandais: Comment le monde accueille ses enfants. Ou plus littéralement: leur souhaite la bienvenue

    Lieve Blancquaert est une photographe belge (d'expression néerlandaise) qui est très célèbre en Flandre grâce à ses reportages pour la télévision et son engagement humanitaire en faveur des femmes, principalement pour améliorer les conditions précaires (et trop souvent mortelles) dans lesquelles des millions de femmes de par le monde doivent accoucher. 

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    L'idée de Birth Day a germé dans la capitale afghane, Kaboul. C'est là que j'ai vu pour la première fois dans quelles horribles circonstances des femmes devenaient mères. Plus tard, je l'ai revu au Burundi et au Congo.

    Où et comment un enfant naît, c'est un miroir de la société. Toute sa vie semble déjà fixée par ces deux mètres carrés où sa mère l'a mis au monde. Dans l'utérus, il n'y a pas de place pour la frime. Pauvre, riche, blanc, noir, croyant ou pas... chaque enfant commence par un même premier cri. Ce moment ne dure pas plus d'une fraction de seconde. Après, nous sommes tous différents. Le premier contact, le premier lange définiront le reste de notre vie.

    Ça m'a tellement touchée que l'idée m'est venue de parcourir le monde pour voir de mes propres yeux comment ce monde accueille ses enfants. J'ai rencontré des parents, des grands-parents, des sages-femmes, du personnel médical et des tas d'autres gens qui s'investissent pour les mamans et leurs enfants. Ce que je raconte est basé sur mes expériences personnelles, émouvantes et effarantes. J'ai surtout essayé de ne pas juger mais de comprendre.

    ***

    Voulez-vous que je vous dise? 

    C'est un très beau livre. 

    Émouvant, toujours. 

    Effarant, souvent. 

    ***

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 10 - couverture

    Des photos du livres sont visibles sur le site de Lieve Blancquaert 

    http://www.lieveblancquaert.be/portfolio/birth-day/193

    Et moi, en voyant le thème "couverture", j'avais d'abord pensé à celle-ci: 

    Christine de Pisan: Virelai

       

    Je chante par couverture,
    Mais mieulx plourassent mi œil,
    Ne nul ne scet le traveil
    Que mon pouvre cuer endure.
     
    Pour ce muce ma doulour
    Qu’en nul je ne voy pitié,
    Plus a l’en cause de plour
    Mains treuve l’en d’amistié.
     
    Pour ce plainte ne murmure
    Ne fais de mon piteux dueil ;
    Ainçois ris quant plourer vueil,
    Et sanz rime et sanz mesure
    Je chante par couverture.
     
    Petit porte de valour
    De soy monstrer dehaitié,
    Ne le tiennent qu’a folour
    Ceulz qui ont le cuer haitié
     
    Si n’ay de demonstrer cure
    L’entencion de mon vueil,
    Ains, tout ainsi com je sueil,
    Pour celler ma peine obscure,
    Je chante par couverture.

  • F comme folie bergère

    À la fin tu es las de ce monde ancien 

    Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin 

    Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine 

    Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes 
    La religion seule est restée toute neuve la religion 
    Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation 

    Zone - Guillaume Apollinaire

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    photo de Leiloona

    À la fin tu en veux à ce monde ancien 

    Horlogère ô tour Eiffel le troupeau fait tic tac ce matin

    Tu en as assez de vivre dans le rat race à l'américaine

    Ici même les aspirines ont l'air d'être tacticiennes
    La folie seule est restée toute simple la folie
    Est restée entière comme la citadelle de Tripoli

    ***

    élucubrations d'Apollinaire et de l'Adrienne
    pour l'atelier de Leiloona bricabook 208

     

  • F comme filles

    Je suis bien contente d'être une fille, écrit Nina, parce que j'aime avoir raison tout le temps.

    Ce n'est pas du tout mon vécu, pense Madame, mais peut-être que les temps ont changé?

    Je suis bien contente d'être une fille, écrit Amelie, parce que j'ai le droit de pleurer devant un beau film.

    Je suis bien contente d'être une fille, écrit Kaat, parce que je peux dormir avec mon ours en peluche, même si j'ai seize ans.

    Quand il y a un insecte qu'on n'aime pas, écrit Julia, on a le droit de crier et de partir en courant.

    On peut regarder des émissions enfantines sans que ce soit bizarre, écrit Emilie.

    Je peux me sentir comme une princesse, de temps en temps, écrit Alicia.

    La seule à penser comme Madame au même âge est celle qui porte un nom d'oiseau:

    Je voudrais être un gars parce que les garçons ont vraiment beaucoup d'avantages.

  • F comme fleurs de décembre

    Décembre, mois des fleurs!

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    Dans le parc, les rosiers pourtant sévèrement taillés en vue de l'hiver, refleurissent...

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    Dans le jardin de l'Adrienne, les campanules refont des pousses à clochettes bleues...

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    et les anémones, supposées rester à l'abri du gel jusqu'au printemps prochain, sont déjà là.

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    Ah! et ça?

    ce sont les iris bulbeux plantés fin octobre.

     

    Frimaire se confond avec Floréal. 

    surprised

  • F comme fer forgé

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    Palazzo Madama

    Torino 2015-4 003 - kopie.JPG

    via dei Mercanti
    (immeuble particulier)

    Torino 2015-4 007 - kopie.JPG

    Museo Egizio

    ***

    trois exemples parmi des centaines d'autres

     

  • F comme flamme de fouet

    A la flamme des fouets II           Paul Eluard  

    Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
    Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
    Porte couteau, souillure vaine, lampe inondée,
    Souhait d’amour, fruit de dégoût, glaces prostituées

    Bien sûr, bonjour à mon visage !
    La lumière y sonne plus clair un grand désir qu’un paysage.
    Bien sûr, bonjour à vos harpons,
    À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache ! 

    J’ai perdu, j’ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

    Capitale de la douleur, 1926

     krapov,jeu,poesie,parodie,pastiche

     http://www.ebooksgratuits.org/html/eluard_capitale_de_la_douleur.html

    la consigne est ici:
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/10/03/32720288.html

    Au Figaro Francis

    Coiffeur de nuit, coiffeur de jour, coiffeur au lit,
    Geste à frayeur, regard qui fuit, peigne vorace,
    Porte ciseaux, mouture naine, sombre et sans grâce,
    Souhait d'amour, fruit de dégoût, grand hallali.

    Bien sûr, bonjour à mon visage!
    La lumière y sonne plus clair au grand désir qu'un bronzage.
    Bien sûr, bonjour à vos miroirs,
    A vos coupes, à vos boucles, à vos accoudoirs!

    J'ai perdu Francis, j'ai gagné Figaro,
    Voyez mes cheveux sur le carreau.

    Capital de mon coiffeur, 2015

  • F comme France

    Je te sens dans mon coeur, mais je sais que j'aurais la paix si je pouvais te voir là, sur le fauteuil en train de fumer ta pipe.

    Si encore tu étais mort pour des choses honorables: si tu t'étais battu pour des femmes ou en allant chercher la pâture de tes petits. Mais non, d'abord on t'a trompé et puis on t'a tué à la guerre.

    Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse de cette France que tu as, paraît-il, aidé à conserver, comme moi? Qu'est-ce que tu veux que nous en fassions, nous qui avons perdu tous nos amis? Ah! S'il fallait défendre des rivières, des collines, des montagnes, des ciels, des vents, des pluies, je dirais: "D'accord, c'est notre travail. Battons-nous, tout notre bonheur est là." Non, nous avons défendu le faux nom de tout ça. Moi, quand je vois une rivière, je dis "rivière"; quand je vois un arbre, je dis "arbre"; je ne dis jamais "France". Ça n'existe pas.

    Ah! Comme je donnerais tout entier ce faux nom pour qu'un seul de ceux qui sont morts, le plus simple, le plus humble, vive. Rien ne peut être mis en balance avec le coeur d'un homme. 

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p.322

    lecture,littérature,lire,lecteur

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Giono#/media/File:Leon_MOULIN_3eme_debout_en_partant_de_la_gauche.jpg

    Jean Giono est au deuxième rang, le deuxième à droite.

    De belles pages sur l'absurdité de la guerre et sur la douleur d'y avoir perdu un ami.

    Tu es ombre, toi là, derrière ma chaise. Je ne toucherai plus ta main. Tu ne t'appuieras plus jamais sur mon épaule. Je n'entendrai plus ta voix. Je ne verrai plus ton bon regard avec son honnêteté et son grand rayon. Je sais que tu es là, près de moi, comme tous les morts que j'aime et qui m'aiment, comme mon père, comme un ou deux autres.

    Mais tu es mort.

    Je n'en veux pas à celui qui t'a tué d'un coup de fusil dans le ventre. On l'avait trompé comme toi. On lui avait dit que les rivières s'appelaient "Allemagne".

    Jean Giono, Jean le Bleu, Grasset, 1972, p.323

    Humaniste, pacifiste, chantre de la vie simple et de l'amour de la nature, comment voulez-vous que je ne sois pas fan Cool

     

    ***

    plus d'info?

     

    http://www.centrejeangiono.com/pages/oeuvre-biographie.php 

  • F comme fous

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    - Regarde! dit une mère à son petit garçon. Regarde là! On dirait le Kilimandjaro! Tu vois? Avec ses neiges éternelles!

    Le gamin ne m'a pas semblé convaincu, et à raison. Ce que sa mère lui montrait, c'était l'île Rouzic.

    Si on s'en approche, la tache blanche qui fait penser à de la neige se précise.

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     Ainsi que le tournoiement au-dessus de nos têtes.

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     On finit par distinguer une multitude de points blancs,

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     22 000, selon notre guide, contre 19 000 l'an dernier.

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    Ce sont les fous de Bassan sur leur nid avec leur oeuf unique

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    qu'ils couvent à tour de rôle.

    ***

    Pour ceux qui veulent tout savoir sur les Sept-Iles,
    leurs oiseaux et la réserve naturelle:

    https://sept-iles.lpo.fr/

     voyage,bretagne,nature,mer

    photos prises le 29 juillet en fin d'après-midi

     

  • F comme Francis ou Fontainebleau

    Vous vous souvenez que mon coiffeur-philosophe allait ranger ses ciseaux? (1)

    Alors je me suis dépêchée, la veille de mon départ pour le pays de Grignan, d'aller lui faire une ultime visite.

    - C'est la dernière fois..., me dit-il, après m'avoir emballée dans un de ses horribles tabliers de nylon noir.

    Mais c'est sans nostalgie: son salon de coiffure sera repris par un couple qui est d'ores et déjà assuré de mon inestimable clientèle. (2)

    - Que diriez-vous si je me faisais faire une coupe au carré?

    Il reste silencieux, longuement.

    - Vous croyez que ça ne m'irait pas?

    - Non, ce n'est pas ça.

    - Je n'ai peut-être pas le bon cheveu? (3)

    - Non, ce n'est pas ça...

    - Alors c'est quoi?

    Silence. Puis il dit:

    - Je propose qu'on garde ça pour la prochaine fois.

    Le malin refile donc cette patate chaude à ses successeurs Langue tirée

     

    ***

    (1) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/05/08/f-comme-francis-coiffeur-philosophe-8430967.html  

    (2) comme le relevait très justement gballand dans le billet du 8 mai, ce n'est pas moi, au rythme où je me montre chez un coiffeur, qui pourrai leur assurer la prospérité. 

    (3) mes fidèles se souviendront de ses regards accablés avant qu'il commence à son travail de coupe... les autres peuvent toujours suivre le tag "coiffeur", si mes péripéties figaresques les intéressent Cool

  • F comme fleuve

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     http://www.bricabook.fr/2015/06/atelier-decriture-179e/

    Il a ce pouvoir, le fleuve, de refléter nos sentiments. 

    D'être "l'onde si lasse" de celui qui le regarde alors qu'il souffre d'un chagrin d'amour.

    De refléter nos pensées.

    La Seine, ainsi que moi, laissait son flot vermeil 
    Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil 
    Faisait évaporer à la fois sur les grèves 
    L'eau du fleuve en brouillards et ma pensée en rêves !

    De nous refléter.

    Des fois au printemps elle s’arrête
    et vous regarde comme un miroir
    et elle pleure si vous pleurez
    ou sourit pour vous consoler
    et toujours elle éclate de rire
    quand arrive le soleil d’été

    ***

    écrit pour Leiloona
    que je remercie
    ainsi que Guillaume Apollinaire, Victor Hugo et Jacques Prévert

    Cool

  • F comme Francis, coiffeur-philosophe

    Surprise de l'Adrienne, en passant dans la petite rue de son Francis préféré: une double pancarte accolée à la vitrine annonce en lettres noires sur fond bleu et blanc que le commerce et la maison sont à vendre.

    Où donc l'Adrienne trouvera-t-elle quelqu'un qui, pour vingt euro, sera prêt à lui donner quelques regards de commisération sur ses cheveux qui rebiquent aux mauvais endroits, quelques réflexions bien profondes sur le temps qui passe, les choix de vie, le triste sort réservé aux greyhounds en Espagne (http://www.greyhoundsinnood.be/nieuws/spanje-update)... et à manier les ciseaux entre deux phrases?  

    coiffeur,vie quotidienne,espagne,chien

    Gustave Courbet - Les Greyhounds du Comte de Choiseul 
    Saint Louis Art Museum official site. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons
    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gustave_Courbet_-_The_Greyhounds_of_the_Comte_de_Choiseul.jpg#/media/File:Gustave_Courbet_-_The_Greyhounds_of_the_Comte_de_Choiseul.jpg

  • F comme fleurs

     okt 2013 (7a) (2).JPG

    Je ne sais pas de quelles fleurs je suis le plus contente...

    celles du mur

    qui sont supposées remplacer la campagne perdue

    april 15 (1) - kopie.JPG

    ou celles des orchidées

    qui sont de nouveau en pleine forme en cet avril 2015

    sans que je fasse rien de spécial pour elles

    Sourire

     et qui représentent chacune

    un cadeau d'amitié

    ***

    BisouProjet 52 - semaine 15 - thème: fleurs

     http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/312277...

     

  • F comme farine

    Elle balance ses jambes dans le vide et tout en elle respire cette volupté qui vous envoie au septième ciel ou en enfer. Ça dépend de votre religion.

    Son corps vous promet bien d'autres voyages que ceux des brochures du club Med', d'autres découvertes que le plus illustré des dictionnaires médicaux.

    - Alors, dis-moi... Qui est-ce qui a gagné, en fin de compte?

    Elle, c'est sa paresse qui la mènera en enfer. Mais elle a cette perfection du mouvement et la certitude d'être admirée, quoi qu'elle fasse.

    Tibo a remonté les marches, lentement, presque à reculons, sans la quitter des yeux, sans lui répondre. Il sait bien que sa conversation ne l’intéresse pas. Sous lui, la roue du moulin à eau tourne à grands fracas. Il a encore des tas de commandes à préparer pour demain et si le patron le surprend trop près de sa gamine...

    Son amour pour elle date du premier jour où il l'a vue. Quel âge avait-elle, alors? Treize ou quatorze ans, maximum, et une longue chevelure qui flottait librement jusqu'au ras de ses fesses. Etrange et troublant assemblage de femme et de fillette.

    Une promenade nocturne, voilà ce qu'il devrait lui proposer. S'il osait courir le risque d'un refus.
    Parfois il se fait peur. Parfois il se dit qu'il est prêt à toutes les folies pour cette lolita. Puis il la voit faire ses chatteries à tout homme qui passe, même au gros Hubert qui a le triple de son âge.

    C'est encore une enfant, se dit-il. Prenons patience.

    Et il retourne à ses sacs de farine.

     001 - kopie (2).JPG

    photo que j'ai prise d'une photo
    (oui je sais la vie est inutilement compliquée, parfois Langue tirée)

     F comme farine, fiction et femme, bien entendu

  • F comme finalement

    Finalement, je n'ai pas pu me résoudre à l'abandonner.

    Pourtant "on" me disait:

    - à quoi bon?

    - ce vieux truc?

    - et ça ne marche même plus!

    - tu n'as pas la place!

    - et pour en faire quoi?

    - mais c'est affreux, laisse ça!

    - c'est tout rouillé! 

    - le bois est tout abîmé!

    Mais c'était plus fort que moi.

    La toute dernière fois que j'étais dans l'ancienne maison, je l'ai vue là, toute seule, abandonnée, j'ai pris mon tournevis, je l'ai démontée, je l'ai transportée à grand-peine jusqu'à ma voiture et je l'ai installée dans mon nouveau chez-moi.

    Et vous savez quoi?

    J'étais toute contente.

    nov kopie.JPG

    abandonner la vieille singernaaimasjien de ma grand-mère
    c'était lui manquer de foi

    c'est à cause de - ou grâce à? - cette machine à coudre que mes grands-parents ne se sont pas jetés sur les routes de l'exode, en mai 1940.

    - Jamais! disait Adrienne, jamais je n'abandonnerai ma nouvelle Singer aux Allemands!
    (c'est pourtant de là qu'elle venait Langue tirée)
    Alors toute la famille, le père, la mère, Adrienne, son mari et leur petite fille,
    toute la famille est restée auprès de la machine à coudre.

    Rigolant

     

    F comme fidélité

    ***

    et pour ceux qui lisent le néerlandais:

    http://www.dbnl.org/tekst/osta002gedi02_01/osta002gedi02_01_0103.php

  • F comme français

    "le français (...) est une langue de cérémonie et ses codes, à la fois grammaticaux et culturels, ont quelque chose d'intimidant."

    Phrase extraite de l'interview de l'auteur sénégalais, Boubacar Boris Diop, qu'on peut lire ici: 

    http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP999bbd.html

    Je suis sûre que mes élèves seraient tout à fait d'accord.

    Le français est ressenti comme plein de "pièges" et la peur de la faute est paralysante.