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  • H comme Hannon

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    Théo Hannon et son copain James Ensor s'amusent autour d'un même thème... 

    (photos prises au Mu.Zee d'Ostende)

    ici, on peut voir un des portraits de Théo Hannon par James Ensor  

  • H comme heureux!

    Le Journal d'un homme heureux débute le mardi 6 septembre 1988 et d'emblée on voit de quelle sorte de bonheur il s'agit: celui qui consiste à ne pas se lamenter pour ce qui va mal (par exemple avoir complètement oublié qu'on a invité des tas de gens à passer à la maison pour cette veille de rentrée) mais à se réjouir de tout ce qui est beau et bon dans l'existence (chacun a apporté quelque chose à manger et la soirée a été belle et conviviale).

    Au fil des pages, on découvre un Philippe Delerm plus intime que d'habitude - évidemment, c'est un journal, il l'a tenu pendant environ un an et demi - son amour pour sa femme et pour son fils, pour son métier de prof, qu'il exerce avec enthousiasme et respect, pour les livres et la littérature. 

    On y découvre la vie dans un village normand, une vieille maison, un grand jardin, et le choix d'une carrière à mi-temps, malgré la précarité financière, pour avoir le temps d'écrire. L'auteur, à ce moment-là, n'est pas encore une célébrité. Il aime cette vie loin de Paris, dans la lenteur des jours ordinaires, comme il les appelle. 

    Ici et là, c'est le Delerm d'aujourd'hui qui a ajouté une ou deux pages de réflexion de 2015 pour éclairer ou commenter ce qu'il a écrit vingt-sept ans plus tôt. C'est un plus. 

    En 1988, il en train d'écrire un premier roman, Autumn (sur les peintres préraphaélites), il n'a pas encore écrit La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, mais c'est déjà ce style-là, ces petites touches et descriptions précises des petits bonheurs quotidiens, de ceux qu'on trouve généralement si évidents qu'on ne s'y arrête pas, comme le signale Victor Hugo après la mort de Léopoldine: avoir une maison, une famille, des amis, des conversations près d'un bon feu, "j'appelais cette vie être content de peu". 

    J'aime les gens qui, comme Philippe Delerm, se rendent compte que c'est beaucoup, au contraire, et qui réussissent à jouir de l'instant. 

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    photo, info, texte, critiques etc sur le site de l'éditeur Seuil 

    "Ecrire, dessiner, travailler au jardin, faire l'amour, allumer un feu, lire, goûter avec Vincent quand il revient du collège. Tout cela dans la lenteur d'un temps qui nous ressemble, dans un silence chaud, patient, habité. Il n'y a pas de vie meilleure à boire que la mienne, ces jours-là. Ce sont les jours ordinaires. J'aime moins les jours extraordinaires." (p.11-12) 

     

  • H comme Hutsebolle

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    Un jour que le père revenait du marché – par une fenêtre ouverte il avait dû regarder à l'intérieur d'une maison bourgeoise et y voir un fauteuil – ce meuble lui avait frappé l'imagination. - "Les enfants, dit-il, le jour où on le pourra, on s'achètera un fauteuil!" La mère a haussé les épaules parce qu'elle savait, la pauvre, que même à force d'épargne et d'économies on ne réussissait jamais à joindre les deux bouts, - dès qu'on avait mis un sou de côté, on aurait pu l'utiliser dix fois pour acheter l'essentiel; - les vêtements des enfants tombaient en loques, le père avait les souliers percés aux orteils, ou il fallait payer le fermage; et le fauteuil était de nouveau remis à l'année suivante. 

    Vader kwam ne keer terug van de markt - door een open venster moet hij in een rijk huis naar binnen gekeken hebben, en daar een zetel zien staan - dat meubel stak hem alevel de oogen uit. - ‘Jongens, zei hij, als we 't ne keer kunnen doen, koopen we 'n en zetel!’ Moeder trok de schouders op, want ze wist, de sloore, dat we met sparen en krebbebijten, toch nooit de einden 't hoope kregen, - als er een stuiver weglag, kon hij al tien kanten gebruikt worden om 't hoognoodige te koopen; - de jongens hun kleeren hingen van 't lijf, vader liep met de teenen door zijn schoenen, of de pacht moest betaald worden; zoo wierd de zetel weer een jaar in 't dak gestoken. 

    Mais les soirs d'hiver, quand on était tous assis autour de l'âtre, on en revenait à ce fauteuil: le père en a parlé si longtemps qu'on a fini par y croire. Dans notre imagination, ce fauteuil représentait le bonheur suprême; on se forçait à y croire et à l'espérer aussi fort que lui. Quand on parlait du fauteuil, c'était le signe que tout allait bien, sinon – en temps de misère et de manque – il aurait été stupide de mentionner cet objet. Le père et la mère ont vieilli avec cette idée; toute la vie j'ai entendu parler de ce fauteuil, comme d'une merveille qui nous était promise et apporterait l'abondance. 

    Maar bij winteravonde, als we allen rond den heerd zaten, kwam de zetel opnieuw te berde: vader praatte er zoolang over tot we er aan geloofden als aan iets dat komen moest. Die zetel verbeeldde in ons gedacht het hoogste geluk; we drongen het malkaar op, zoodanig dat we er al zoo fel aan geloofden en naar verlangden als vader zelf. Wanneer er van den zetel gesproken werd, was 't teeken dat 't goed zat, anders - in tijden van krot en meserie - ware 't te gek geweest dat ding te vernoemen. Vader en moeder zijn met dit gedacht en verlangen, oude menschen geworden; heel mijn leven heb ik thuis van dien zetel hooren spreken, als van een wonder dat ons voorbeschikt was en de weelde zou meebrengen... [...]  

    - ... Ça a continué comme ça jusqu'à ce que les enfants aient grandi et que les aînés commencent à gagner un peu d'argent, - alors on aurait pu se le permettre, mais ni le père ni la mère ne le mentionnaient plus. 

    - ...Dat bleef alzoo aanhouden tot de jongens al grootgekweekt waren en de oudsten begonnen geld in te brengen, - toen mocht het er af, maar vader noch moeder repten geen woord meer van den zetel. [...]  

    - ... Et pourtant il a fini par arriver. On s'était mis d'accord et un dimanche on est allés à pied en ville, tous ensemble. On est passés par toutes les rues, on a regardé tous les magasins, et on a fini par trouver notre affaire. On a acheté un fauteuil de cinquante-huit francs. Comme j'étais l’aîné, je pouvais le porter. Je l'ai posé sur la tête et le tenais par les pieds. Ma nuque en devenait raide et mes bras douloureux, mais pour rien au monde je ne l'aurais lâché: on a porté notre trésor en triomphe jusque chez nous. On était tous heureux et fiers de cet achat. 

    - ...En toch is 't er van gekomen. Onder ons wierd het besloten, en op een Zondag trokken wij te voet naar stad, heel de bende. We liepen al de straten af, keken aan al de winkels, en eindelijk ontdekten we ons affaire. We kochten een zetel van acht en vijftig franken. Omdat ik de oudste was, mocht ik hem dragen. Ik plaatste hem met de zate op mijn hoofd en hield hem bij de pikkels. Mijn nek wierd stijf en mijn armen blamot van 't dragen, maar voor geen geld ter wereld had ik hem willen lossen: we brachten onzen schat triomfantelijk naar huis. We waren allen om 't even welgezind en preusch met den koop. 

    Le premier soir c'était la fête: le père, la mère, s'y asseyaient à tour de rôle comme sur un trône. Avec leurs plus beaux habits, ça allait, mais le lendemain le vent a tourné: la mère a fait la première remarque, que ça ne convenait pas à une maison de pauvres gens. Le père pensait pareil sans oser le dire, - lui aussi trouvait que ce n'était pas pour nous. Ce fauteuil était un élément "étranger" qui "jurait" dans le ménage; c'est ce que nous voyions aussi et nous avions peur que les voisins s'en moquent; il devait disparaître, plus personne n'était à l'aise avec ce fauteuil près de l'âtre; plus personne n'osait ni ne voulait s'y asseoir, il gênait partout où il se trouvait, et un beau matin il avait disparu: avant qu'on se lève, le père l'avait fendu à la hache et déposé comme bois à brûler à côté de l'âtre – plus jamais personne n'en a parlé – on se sentait de nouveau à l'aise.  

    Den eersten avond was 't feest: vader, moeder, gingen er beurtelings in zitten, lijk op een troon. Met hun beste kleeren aan ging dat nog, maar 's anderen daags keerde 't blad: moeder miek 't eerst de opmerking, dat 't niet ‘stond’ in een huis van arme werkmenschen. Heur uitspraak was 't geen vader uit eerlijke schaamte niet had durven zeggen, - hij ook vond dat het geen ding was voor ons. Die zetel deed daar ‘vreemd’, hij ‘vloekte’ in 't huishouden; wij zagen het evengoed en wierden beschaamd dat de geburen er zouden mee lachen; hij moest uit onze oogen, we waren geen van allen op ons gemak met dien zetel bij den heerd; niemand dorst of wilde er nog in gaan zitten, hij stond overal in den weg, en op een schoonen uchtend was hij verdwenen: eer we opstonden had vader hem gekloven en als brandhout aan den heerd gelegd - nooit heeft er nog iemand naar gevraagd, - we voelden ons weer gemakkelijk. 

    *** 

    traduction de l'Adrienne des pages 52 à 55 (éd. Lannoo 2016)

    première parution en 1926 

    le narrateur - Hutsebolle - parle de sa jeunesse, donc du tournant du siècle, dans un coin de la Flandre Occidentale

  • H comme Hergé

    L'expo Hergé au Grand Palais était une des trois raisons qui ont poussé l'Adrienne à réserver une place dans le TGV pour Paris en ce début de janvier. 

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    Et franchement, elle valait le déplacement. 

    D'abord, parce qu'on y découvre un aspect peu connu de Georges Remi: sa carrière de graphiste et de concepteur d'affiches ou de logos publicitaires. 

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    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    Ensuite, parce que de nombreuses esquisses permettent d'admirer ses talents de dessinateur. C'est tout à fait impressionnant! 

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    esquisses pour le "mauvais" de Tintin au pays de l'or noir 

    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    mauvaise photo d'un crayonné où Milou résiste à la tentation 

    Bien sûr, elle permet aussi de retracer toute sa carrière, la naissance et l'évolution de tous ses personnages de bandes dessinées, sa rencontre décisive avec Tchang et son souci croissant de perfectionnisme jusque dans les moindres détails. 

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    Hergé et Tchang à Bruxelles en 1931 

    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    Enfin, parce qu'on y découvre encore un autre aspect méconnu de Georges Remi: son intérêt pour l'art moderne et sa pratique de la peinture à l'huile. Sa modestie seule faisait qu'il se considérait comme "un peintre du dimanche". 

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    Bref, vous avez encore jusqu'au 15 janvier pour y courir, si vous êtes dans le coin cool

  • H comme harmonium hollandais

    musique,humour,vie quotidienne

    Ils ont bien du mérite, se dit l'Adrienne, les organisateurs de concerts classiques dans ma petite ville. 

    Ils ont bien du mérite aussi les musiciens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes et un brin d'humour en plus, devant une cinquantaine de personnes. 

    - L'harmonium, dit-il avant de se mettre à jouer les petites pièces de Leoš Janáček, est un instrument dont on se moque beaucoup chez nous, on l'appelle hallelujah-commode (une commode à alléluia), psalmenpomp (une pompe à psaumes), gereformeerde hometrainer (home trainer réformé) ou cirkelzaag des geloofs (scie circulaire de la foi).  

    A cause, bien sûr, de son utilisation principale dans les églises réformées des Pays-Bas et du fait qu'il faut "pédaler" pour faire sortir du son. 

    Bref, de l'humour hollandais. 

    Si, si, ça existe cool

    C'est même là-bas que l'Adrienne va emmener sa mère et son neveu, l'été prochain. 

  • H comme heureux hasard

    Pour son cours de mardi où manquait la moitié des effectifs, les économistes étant en sortie scolaire, Madame avait prévu de faire écouter un petit reportage sur un "job de rêve": testeur

    - Vous êtes peut-être encore un peu jeunes, commence Madame, vous n'avez que 16 ans, mais sans doute certains d'entre vous ont déjà fait un job de vacances? 

    Tous les doigts se lèvent, sauf deux. Mais leur premier job est déjà réglé pour les vacances de Noël. On dirait bien que les jeunes n'ont plus le droit de ne rien faire... 

    Pauline est d'accord pour s'exprimer la première et raconter quel genre de job elle a fait: 

    - C'était pour le Lotto, dit-elle, la loterie nationale cherchait des jeunes de moins de 18 ans. On devait aller acheter des billets de loterie, pour voir si les vendeurs respectaient la loi. 

    - Incroyable! s'exclame Madame. Tu as donc fait un job de testeur! C'est exactement le sujet du reportage que je vais vous montrer! 

    Quel prof peut rêver d'une meilleure introduction au sujet choisi pour son cours? 

    - Pour ce job, continue Pauline, il fallait avoir l'air jeune, moi on me trouvait un peu trop grande. Mais mon visage, ça allait, on voyait que je n'ai pas 18 ans. 

    - Je suis bien contente d'entendre que la loterie nationale s'inquiète de savoir si la loi est respectée et fait ce genre de tests, conclut Madame après avoir écouté les commentaires et les témoignages des uns et des autres.

    On peut donc passer au reportage: une jeune fille a testé des appartements et une autre des maillots de bain... aux Caraïbes. 

    - Vous aimeriez faire un de ces jobs? demande Madame. 

    Hélas oui: pour 1000 €, les filles sont prêtes à s'exhiber en bikini et à se faire photographier sous toutes les faces. Surtout aux Caraïbes. 

    - Vous vous rendez compte, dit Madame en jouant l'effarement, où ce raisonnement peut vous mener? Que seriez-vous prêts à faire pour 10 000 €? 50 000 €? 

    La classe rigole en prenant des airs choqués. 

    Tout va bien, ils ont compris. 

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    Et pour terminer, le rêve de nombreux élèves...  
    source de la photo et article: 
    testeur de jeux vidéo

     

     

     

  • H comme heure bleue

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    Une table minuscule, un petit cendrier de verre, une couchette dans le coin de l'unique pièce. 

    Deux croûtes de fromage, un verre vide, la bouteille d'un litre soigneusement rebouchée, une carafe d'eau. 

    Une fenêtre sur cour et le froid qui s'infiltre par tous les interstices. Le froid, le bruit et les odeurs. 

    Sauf en cet instant magique. C'est l'heure bleue.

    *** 

    fiction écrite pour le jeu et le tableau de Lakévio

  • H comme héros

    - Moi, dit-il, je serais Dédé-la-Terreur. Aujourd'hui, je vais organiser l'attaque du wagon postal. Et toi, tu serais le machiniste, d'accord? 

    - D'accord. 

    - Alors avec mon colt je vais t'obliger à arrêter ta locomotive et puis je vais t'attacher les pieds et les mains avec mon lasso. 

    - Bon... Mais avant que tu me ficelles comme un saucisson, si on mangeait une petite mousse au chocolat? 

    Elle n'attend pas la réponse pour ouvrir son frigo et retourne au jardin avec deux coupes. Ce gamin va la rendre gaga avec ses jeux mais elle le trouve attendrissant, dans ce vieux veston de son défunt mari, avec son revolver en plastique jaune et son chapeau mou qui lui tombe sur les yeux. Il chevauche la tondeuse à gazon en tenant des rênes imaginaires et en donnant de fougueux coups d'éperons. 

    - Là! s'écrie-t-elle. Là! une coulée de boue! Le train va dérailler! 

    C'est plus fort qu'elle; elle ne peut s'empêcher, chaque mercredi après-midi, d'apporter son grain de sel au scénario qu'il a imaginé. 

    *** 

    texte de fiction 

    la consigne était

    - de créer deux personnages dont le nom serait Dédé-la-Terreur et Joséphine Delacour 

    - d'utiliser les mots saucisson, chapeau et tondeuse à gazon 

    fiction,jeu

  • H comme Histoire et hüzün

    "Dans un Istanbul écartelé entre culture traditionnelle et culture occidentale, entre une petite poignée de personnes extrêmement riches et des quartiers périphériques où vivent des millions de pauvres, dans une ville perpétuellement exposée aux vagues migratoires et structurellement divisée, personne, en cent cinquante ans, n'a vraiment pu se sentir pleinement chez lui." 

    Orhan Pamuk, Istanbul, Folio 4798, 2007, p.170 
    traduit par S. Demirel, V. Gay-Aksoy et JF Pérouse 

    Pamuk parle de la période pendant laquelle le pays est passé de la culture ottomane à la république mais il me semble que celui qui a dit "l'histoire se répète" en trouve ici un nouvel exemple. (1) 

    "Dans mon enfance et ma jeunesse (2), les riches Stambouliotes ayant gagné de l'argent grâce à leur créativité ou leurs trouvailles commerciales, et continuant à s'enrichir selon la même logique, donnaient moins l'impression d'avoir confiance en eux que de chercher à cacher(...), à protéger cette fortune qu'ils avaient acquise d'un seul coup par le passé, grâce à une opportunité bien exploitée et à leurs relations avec l'Etat et la bureaucratie entretenues à coups de pots-de-vin."

    idem, p.287

    histoire,littérature

    source de l'image et info
    http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio/Istanbul2

    (1) il y en a une qui est attestée de Paul Morand et une autre de Marx. 

    (2) Pamuk est né en 1952

  • H comme horizons wallons

    L'Adrienne a emmené sa mère et monsieur neveu à la découverte du parc et du château de Beloeil, domaine des princes de Ligne.

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    dans le bâtiment à droite, un resto-tea room-snack

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    et sa fenêtre des toilettes avec vue tongue-out 

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    et voilà deux personnes que vous allez commencer à bien connaître cool 

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    des horizons formés de beaucoup d'arbres et de plans d'eau, on ne s'en lasse pas...

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    bref, l'Adrienne y a pris une cinquantaine de photos...

    wink

     

     

  • H comme Hong Kong

    Quand il a dit à ses parents qu'il voulait étudier la sinologie, ils ont manqué d'enthousiasme. A quoi pourrait mener ce genre d'études? se demandait sa mère. D'où lui vient cette idée bizarre? s'interrogeait le père.

    Mais ils ont laissé faire...

    Quand il a été question, deux ans plus tard, d'effectuer un stage de longue durée en Chine, les parents ont manqué d'enthousiasme. C'est tout de même très loin, la Chine, a dit sa mère. Je me demande comment tu vas te débrouiller, là-bas, a dit le père.

    Mais ils ont dû s'incliner et ont installé skype...

    Quand il est revenu de Chine, il avait une fiancée là-bas qui n'attendait que son retour, et des projets plein la tête pour une vie de l'autre côté de la Grande Muraille. Les parents n'ont plus rien dit.

    Ils ont pris l'avion pour aller voir les lieux, les gens, l'appartement, la famille.

    - Ce n'est pas si loin que ça, la Chine, a dit la mère.

    - Il se débrouille bien, là-bas, a dit le père.

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     pour A 1000 mains 

  • H comme horrible

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    De l'horrible danger de la lecture...

    ***

    jeu 17 chez La Licorne

    (le texte illustrant une photo choisie
    doit comporter un titre célèbre)

    et

    semaine 19 chez Le Hibou

    (thème doublement illustré:
    monument de pierre et monument littéraire)

    ***

    et pour ceux qui voudraient relire ce toujours fringant Voltaire...

  • H comme hippocampe

    Un jour que mini-Adrienne devait faire un exposé à l'école primaire, elle a choisi de parler de l'hippocampe. Son titre était: "L'hippocampe ou cheval marin". 

    Voilà un épisode que j'avais complètement oublié et qui m'est revenu en mémoire en visitant l'Aquarium d'Ostende.

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    Où je suis tombée en arrêt, fascinée par ce petit hippocampe qui se déplaçait du haut en bas, par légers frétillements. 

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    Il fait à peine quelques centimètres. Pourtant, à l'époque de mon exposé, ce sont les mots "cheval marin" qui m'avaient attirée. Le cheval occupait une des premières places dans mon cœur de petite fille. En rentrant de l'école, je ne manquais jamais de caresser le museau de celui qui était dans une prairie non loin de chez moi. Un jour que son propriétaire m'a vue, il m'a soupçonnée de lui donner des friandises, ce qui était faux. 

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    Ces drôles de sachets, c'est la nursery où les petits sont à l'abri des prédateurs.

     

     

  • H comme humanité

    Il y a un tas d'arguments pour les rejeter à la mer. 

    Les arguments économiques, d'abord. 

    Les arguments plus ou moins ouvertement racistes, ensuite.  

    Et toutes ces peurs qui nous sont inoculées... 

    ***

    Il n'y a qu'un seul argument 

    pour les accueillir, 

    c'est l'humanité. 

     

    http://www.amnesty.be/je-veux-agir/agir-en-ligne/signer-en-ligne/article/forteresse-europe-changeons-de-cap-en-2016

  • H comme homochronie

    Quand voisine Casque d'Or remonte ses volets, l'Adrienne ouvre son piano

    c'est l'homochronie de huit heures

    Quand sa mère l'appelle au téléphone juste au moment où les pâtes sont al dente 

    c'est l'homochronie habituelle

    Quand deux élèves sont "malades" précisément pendant cette demi-journée où ils ont un grand test de français

    c'est l'homochronie honni-soit-qui-mal-y-pense  

    Quand l'amie Anne l'appelle au téléphone à l'instant où l'Adrienne se demande comment elle va

    c'est l'homochronie heureux hasard

    Quand 40 000 personnes s'inscrivent pour participer ensemble à la journée du végétarisme

    c'est l'homochronie herbivore

    Quand le soleil se couche et l'Adrienne aussi

    c'est l'homochronie horizontale

    ***

    jeu, prof, école, élève, vie quotidienne
     

    si après ces exemples

    le mot homochronie

    n'entre pas encore dans les dictionnaires

    c'est qu'ils sont mal faits

    tongue-out

     

  • H comme hédonisme

    "L'hédonisme, c'est le pur plaisir d'exister". 

    Voilà. 

    Fan de Michel Onfray, depuis de nombreuses années.

    pour ceux qui auraient 50 minutes de disponibilité 

    wink 

    (on peut aussi aller vers la 37e minute pour entendre la définition ci-dessus)

  • H comme Herman

    Voilà deux ans que l'Adrienne habite la maison de tante Fé.

    Voilà deux ans qu'elle reçoit dans sa boite aux lettres toute sorte de courrier pour Herman, pour Filip, pour Frederik et pour Caroline.

    Il y a plus de trois ans que Caroline et Frederik n'y habitent plus.

    Il y a plus de cinq ans que Filip n'y habite plus.

    Herman en a été propriétaire mais n'y a jamais habité.

    ***

    Voilà deux ans que l'Adrienne transmet scrupuleusement tout ce courrier.

    Les invitations à des réceptions, à des vernissages, à des défilés de mode sont transmises à Herman et à son épouse.

    Les promotions pour les propriétaires de garage, pour les vols de Brussels Airlines, pour une grande marque de vêtements sont transmises à Frederik et Caroline.

    Le courrier de la Croix-Bleue de Belgique est transmis à Filip.

    ***

    Ne vous semble-t-il pas qu'à partir du premier janvier 

    l'Adrienne peut jeter tout ce courrier 

    au panier?

     

  • H comme hyperbole

    Tout est grand, tout est immense, tout se doit d'être à la hauteur du passé royal de la ville.

    La plupart des cages d'escaliers - même celles d'un "simple" condominio comme celui où était situé mon B&B - respirent cet air de faste et de grandeur et montrent bien que l'espace, rare et cher dans une ville aussi surpeuplée, est un véritable luxe depuis des siècles.

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      une des volées d'escaliers du Museo Egizio

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    une de celles du palazzo Madama

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    escaliers qui ne mènent à "rien", si ce n'est à un balcon donnant sur la place et à la grande salle dite "du Sénat"
    (qui ne l'a été que pendant 3 ans, de 1861 à 1864)

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    bref, un bel endroit pour y boire un cappuccino
    (même pas plus cher qu'ailleurs)

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    et on y est tout seul!

    (ils sont fous ces Turinois Langue tirée)

  • H comme Henning

    Jusqu'à présent, je n'avais lu de lui que Les Chaussures italiennes. Le livre m'avait énormément plu mais j'avais peur de me lancer dans ses romans policiers que je croyais très noirs. Du genre à me filer des cauchemars pour un demi-siècle Langue tirée.

    Mercredi dernier, j'ai rapporté ceci de la bibliothèque:

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    trois d'un coup!

     (si jamais je réussis à les lire, j'en reparlerai...)

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: art

    et en hommage à l'art d'écrire de Henning Mankell (1948-2015)

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     

  • H comme heures intimes

    Quand on vient de l’extérieur, il y a une marche à monter. Le plus souvent, on vient de l’intérieur et il faut en descendre une. Les marches sont hautes, en pierre bleue légèrement veinée de blanc, polie par les ans – la maison date de 1912 – et par le savon noir.

    On pourrait dire que c’est un réduit : ferait-il deux mètres carrés ? Probablement pas. Le plafond est élevé. Il y a une petite fenêtre trop haut placée pour qu’on puisse voir de l’extérieur ou de l’intérieur et la moitié supérieure de la porte est à claires-voies. Les lattes sont posées de façon que le jour puisse entrer, pas les regards.

    Tout est peint en gris clair, les murs, le cadre de la petite fenêtre et la porte. Le sol est en ciment auquel sont mélangées toutes sortes de petites pierres de différentes couleurs.

    Il y règne été comme hiver – cette pièce n’est pas chauffée – une odeur plus ou moins insupportable de fosse d’aisances. C’est en effet là-dessus qu’une cuvette « moderne » a été installée en remplacement de la simple banquette en bois percée d’un trou rond, qu’il y avait autrefois.

    Mais il n’y a toujours pas de chasse d’eau.

     ***

    billet inspiré par la consigne 2 de François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4194

     

    souvenir d'enfance,françois bon,fiction

    https://www.google.be/search?q=%22how+are+you+writing+today%22&espv=2&biw=1280&bih=666&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0CAYQ_AUoAWoVChMIyaCjrZ_ixwIVyFsUCh2bRga8

  • H comme hécatombe

    Ce qui faisait la une de l'indignation des journaux régionaux, papier et télévisé, fin juillet en Bretagne, c'était ceci:

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/vendee/lucon-31-arbres-abattus-pour-laisser-passer-un-convoi-exceptionnel-779121.html

    Deux semaines ont passé et ça m'énerve toujours autant.

    Vous allez me dire qu'il y a des choses pires, que des enfants meurent de malaria et que des jeunes privés d'avenir se noient dans la Méditerranée.

    C'est vrai. Mais pour moi, tout ça entre dans le même sac.

    ***

    Il parait qu'"on" va replanter.

    Qui vivra, verra.

    Comme disait ce septuagénaire habitant le coin, lui ne le verra plus.

    http://www.franceinfo.fr/vie-quotidienne/environnement/article/vendee-31-arbres-abattus-illegalement-pour-laisser-passer-un-convoi-exceptionnel-711017

  • H comme histoire drôle

    Elle trempe son fin pinceau dans la peinture rouge et trace de mignons petits pois sur le pourtour de la feuille. D'abord un premier rang, puis un deuxième, en quinconce.

    Elle prend plaisir à le faire avec un soin minutieux, sans penser à rien d'autre qu'au dosage parfait de la gouttelette de peinture d’un beau rouge translucide.

    A côté d'elle, le bébé dort, mains ouvertes. Ses quelques cheveux lui collent au front. Ses paupières fines, presque transparentes, augmentent encore l'impression de fragilité qui se dégage de lui.

    La famille a fait toute une histoire au sujet de son prénom.

    - Ils finiront par s'habituer et l'accepter, se dit-elle, en rajoutant un troisième rang de pointillés carmin.

    Depuis qu'elle l'allaite, elle ne cesse de maigrir. Sa belle-mère s'en inquiète pour l'enfant, sa mère pour son ménage. Son mari la trouvera-t-il encore séduisante, quand il reviendra et la trouvera réduite à un sac d'os?

    Elle seule n'a aucune inquiétude pour sa santé ni pour celle de son fils.

    Les jours passent, s'étirent à l'infini, les nuits aussi, rien ne vient rompre la monotonie des levers et des courtes siestes, des bains, des couches et des tétées. Ses quelques visiteuses s'accordent à dire qu'elle fait tout cela avec grand naturel, alors que c'est son premier né.

    Feuille après feuille, elle décore ce qui deviendra un bel album de photos pour le bébé.

    Personne n’a jamais remarqué qu’en séchant, la peinture rouge perd toute sa clarté et sa brillance.

    Personne n’a jamais remarqué les traces laissées au pli du coude par la seringue.

  • H comme heureuse

    Le dimanche, l'Adrienne est heureuse dans sa "maison de tante Fé".

    Bien sûr, ça manque d'arbres, de chants d'oiseaux, de nature.

    Bien sûr, ce n'est pas le Midi, pas l'Italie.

    Il n'y a ni la mer, ni la montagne, ni l'intense vie culturelle de la grande ville.

    Mais le dimanche, l'Adrienne s'y plaît, dans la maison de tante Fé.

    Parce que le dimanche, il n'y a pas de camions non plus....

    et elle se trouve au coeur du folklore local Cool

     maison à vendre,vie quotidienne

     maison à vendre,vie quotidienne

    maison à vendre,vie quotidienne

    maison à vendre,vie quotidienne

     Nobles et manants se préparent pour la procession

  • H comme honte

    - Tu sais, me dit-elle, M*** m'a demandé où tu habitais, mais je ne le lui ai pas dit.

    - ...?

    - Je suis restée évasive. C'est en bas de la rue ***, je lui ai dit.

    - ...?

    - Elle a insisté, elle voulait savoir où exactement, mais j'ai chaque fois répondu: c'est en bas de la rue.

    - Tu as bien fait, ai-je fini par répondre.

    Lâchement.

    ***

    Depuis, je ne cesse d'y penser: elle a donc tellement honte de l'humble maisonnette où je vis aujourd'hui?

  • H comme Harlequinades

    Vous voulez vous offrir une bonne tranche de rigolade?
    Voici un article écrit par un "rewriter" des éditions H*

    Cool

    http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/05/29/au-secours-hurla-t-elle-voix-basse-ecrire-a-l-eau-de-rose-232545

    lecture,lire,lecteur,humour

    Après avoir bien ri (1), on peut passer aux choses sérieuses et découvrir l'expérience "rose" d'un auteur d'une collection francophone:

    http://www.telerama.fr/livre/moi-vanessa-ecrivain-a-l-eau-de-rose,70941.php#nav-left

    lecture,lire,lecteur,humour

    (1) on comprendra que cet humour n'a pas fait rire la maison d'édition en question, comme on peut le lire en ce début d'article:

    http://www.lesinrocks.com/2013/04/27/livres/la-fabrique-de-lamour-11388629/

    lecture,lire,lecteur,humour

    pour vous amuser à faire des couvertures:
    http://www.omerpesquer.info/untitre/

  • H comme horresco referens

    Hier, il y avait une semaine très exactement que Madame, pour la première fois de toute sa longue carrière, a ressenti une si énorme lassitude qu'elle s'est laissé tomber sur sa chaise et a déclaré à une de ses classes:

    "Vivement qu'on invente la machine-à-donner-cours, parce que je commence à comprendre pourquoi plus personne ne veut faire ce métier!"

    Horresco referens, mais ce qui est dit, est dit.

    D'ailleurs, Madame le pense encore aujourd'hui.

    Ils existent, malheureusement, ces élèves à qui on voudrait pouvoir dire:

    - Voilà: la machine est là. Débrouille-toi avec elle.

     

    prof,école,élève

    jeune et courageux collègue
    prêt à recevoir des parents d'élèves
    pour une longue journée d'entretiens

     

     

  • H comme histoire, la petite et la grande

    "S'il est une dimension qui importe au psychanalyste, c'est bien celle de la vérité, ce tissu de souvenirs remaniés, embellis par la mémoire, dans lequel nous nous drapons, romanciers de notre propre histoire. Tout souvenir est fiction, récit imaginaire dont nous sommes les auteurs, bousculant lieux et dates, et c'est sur cette fiction que nous construisons, plus sûrement que sur la réalité des faits."

    Philippe Grimbert, Rudik l'autre Noureev, éd. Plon, janvier 2015, p.39

     

    rudik.jpg

    Voilà le passage qui pour moi explique le mieux la démarche de l'auteur: écrire une fiction (1) construite sur des faits (2). Philippe Grimbert combine ainsi des éléments de la biographie de Rudolf Noureev, sa connaissance de la psychanalyse et plus que probablement des détails de sa propre histoire.

    Le tout donne un livre que je n'ai plus lâché dès que j'en ai entamé la lecture Cool

    On est tout de suite "pris" par le narrateur qui commence son histoire au moment où Noureev, après un quart de siècle d'exil, a enfin pu retourner au pays pour y revoir sa mère mourante... qui ne le reconnaîtra pas.

    C'est ainsi que peu à peu se dévoile un homme qui présente les blessures et les failles que nous sommes si nombreux à avoir: le besoin d'être reconnu et aimé dans ce que nous faisons et dans ce que nous sommes, surtout de la part de nos proches, notre père, notre mère.

    Seulement voilà, son propre père le rejette à partir du moment où il décide de devenir danseur et le renie quand il choisit de passer à l'Occident. Sa mère, qu'il revoit enfin grâce à la nouvelle politique de Gorbatchev, ne le reconnaît plus: "Ona ne ouzmala menya" (3) est la première phrase échangée entre l'artiste et son psychanalyste.

    Un livre qui est probablement à la fois très proche de la vérité et très universel.

    Un bon livre, quoi Cool

     ***

    si vous voulez voir l'appartement parisien du danseur, il est ici, tel qu'il est scrupuleusement décrit par l'auteur: http://haute.decoration.over-blog.com/article-rudolf-noureev-son-appartement-du-quai-voltaire-a-paris-72330589.html 

    une petite vidéo de Noureev jeune http://www.ina.fr/video/CPF07009903

    la première partie d'un reportage biographique qui lui a été consacré sur les chaînes françaises et qui retrace ses débuts et son passage à l'Occident: http://www.dailymotion.com/video/xzkjx7_rudolf-noureev-le-prix-de-la-liberte-part-i_creation

    ***

    (1) il est bien marqué "roman" sur la couverture...

    (2) en fin d'ouvrage, Philippe Grimbert remercie Ariane Dollfus, dont la biographie de Noureev lui "a permis de donner à [son] roman sa touche de réalité et (...) ses accents de vérité" 

    (3) "elle ne m'a pas reconnu" (p.29)

     ***

    merci à Masse critique
    qui m'a offert le livre!

  • H comme héritier

    Il faisait si chaud chez la vieille dame qu'elle sentait des gouttes de sueur couler dans le dos. Elle étouffait dans ce salon vieillot, avec ses tentures aux motifs orientaux et ses grands portraits d'ancêtres aux murs.

    - C'était la tasse de mon fils. Je vous la donne. Pour le vôtre.

    D'une belle armoire d'acajou où s'entassent de fines porcelaines de Chine, elle a sorti un mug assez grossier sur lequel on peut voir un petit personnage de bande dessinée. Les couleurs en sont délavées.

    Sa main gauche ne cessait d'enrouler son collier de perles autour de ses doigts. Ce devait être le signe d'un trouble profond.

    - Merci, dit la jeune femme en acceptant le cadeau des deux mains, comme s'il s'agissait de la pièce la plus précieuse de toute sa collection de chinoiseries.

    Et de fait, elle l'était.

    - Il vit loin d'ici, votre fils?

    - Il est mort à dix-huit ans. Accident de moto.

    ***

    fiction
    en souvenir de M. et Mme C***

  • H comme Henriette

     fiction, jeu

    © Romaric Cazaux

     Pour leur premier rendez-vous, il l’a invitée à la brasserie « Le Central ». Elle est passée chez le coiffeur ce matin-là et bien sûr, il l’a encore ratée. Les oreilles trop dégagées, la nuque trop rasée, des bouclettes de caniche blanc. Sans compter cette exécrable odeur de salon de coiffure qu’on traîne avec soi pour le reste de la journée et qui se retrouve même sur l’oreiller.

    Mais n’anticipons pas.

    En trente ans de veuvage, elle n’a jamais accepté qu’un homme se rapproche trop d’elle. D’abord parce qu’il y avait le magasin à tenir, les enfants à établir, les petits-enfants à garder, ensuite parce que le pli était pris et sa vie bien organisée. C’est ce qu’elle disait à tous ceux qui abordaient le sujet, ses filles y compris.

    Georges, elle le connaît depuis toujours. C’est chez elle qu’il venait acheter ses chapeaux et ses cravates. Toujours affable, toujours le mot pour rire, toujours accompagné de son épouse. La pauvre est décédée au printemps dernier, des suites d’une longue maladie. C’est ce qui était marqué sur le faire-part.

    Quand dernièrement il a rejoint le club de bridge où elle va depuis dix ans, c’est tout naturellement qu’ils ont fini par devenir partenaires. Bien sûr, il lui a d’abord beaucoup parlé de son épouse, de ses deux années de calvaire. Elle a bien compris qu’il avait toujours été présent, attentif et qu’il avait même appris à cuisiner et à repasser. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir le col impeccable de sa chemise.

     

    C’est pourquoi, elle espère qu’il se déclarera avant qu’apparaissent les premiers signes de la maladie qui la ronge, elle aussi.

    ***

    écrit pour Leiloona et son atelier Bricabook
    http://www.bricabook.fr/2014/11/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-141e/#comment-42245

  • H comme humour

    Tranche d'humour ministériel:

    http://www.standaard.be/cnt/dmf20141005_01303634?_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=ochtendupdate&&M_BT=110935810948&adh_i=

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes constats sont faits (j'en ai déjà parlé ici dans le passé):

    1.on manque de profs pour certaines matières
    2.de moins en moins de jeunes commencent une formation de prof (encore une baisse de 10% cette année)
    3.parmi ceux qui obtiennent le diplôme, un quart quitte l'enseignement dans les cinq ans
    4.le manque de prof va encore beaucoup augmenter

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes solutions sont annoncées par le ou la ministre flamand(e) de l'Enseignement:

    1.het beroep aantrekkelijker maken: rendre le job plus attractif
    2.de planlast verminderen: réduire la lourdeur des tâches administratives 

    Année après année, ministère après ministère, les mêmes constatations sont faites par les profs:

    1.le salaire, grâce à des mesures diverses et instaurées comme "provisoires" dans les années 80, n'augmente pas
    2.la charge administrative ne cesse de croître

    Voilà pourquoi j'ai éclaté de rire en lisant que notre nouvelle ministre de l'Enseignement a déclaré qu'elle allait faire une priorité de deux choses:

    1.het beroep aantrekkelijker maken: rendre le job plus attractif
    2.de planlast verminderen: réduire la lourdeur des tâches administratives 

    Or la même dame, dans une interview précédente, estimait qu'on pourrait fort bien travailler une heure ou deux de plus pour le même salaire Cool

    ***

    Pas étonnant, dis-je à ma carissima nipotina le soir au téléphone, que des parents dont le fils se sent la "vocation-prof" font tout pour le persuader de choisir une autre carrière!