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  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • I comme inspiration chez les Plumes

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    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • I comme inspiration chez...

    Si vous donnez à l'Adrienne cet incipit à continuer:

    "Je n'ai peur de rien, sauf...

    Que croyez-vous qu'elle écrive? 

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    source des images ici 
    (mais on les trouve aussi ailleurs tongue-out)

    *** 

    Malheureusement, dans l'histoire il fallait utiliser une orange, un cintre ou une horloge cassée. 

    Tant pis, s'est dit l'Adrienne, je reste avec mes amis les Gaulois... 

    *** 

    Parce que franchement, vous avez envie, vous, de dévoiler vos vraies peurs? 

     

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • I comme illogique

    voyage,italie

    Antoinette est venue en voyage organisé. Elle loge avec le groupe dans un hôtel très étoilé, situé à une dizaine de kilomètres de la petite ville. La vue sur les collines siennoises est merveilleuse. Il y a une piscine et tout l'hôtel est parfaitement climatisé. 

    L'Adrienne est venue toute seule et loge comme vous savez cool. Elle n'a vue sur rien, sauf sur une porte qu'elle doit garder bien fermée et protégée du soleil. Il n'y a évidemment pas de piscine ni de climatisation. 

    Antoinette a un buffet de petit déjeuner avec œufs, fromages, charcuteries, viennoiseries toutes plus délicieuses les unes que les autres. Mais vu qu'elle a déjà des repas gastronomiques avec force vins, tous les jours, elle a l'estomac dérangé et se contente d'une pomme. 

    L'Adrienne déjeune comme vous savez. Le cake maison qui a suivi celui des trois premiers jours est jaune, en forme de couronne, et brûlé par en-dessous. Vous préférez celui-ci ou celui d'avant, a demandé la dame, et l'Adrienne a longuement hésité avant d'être capable de trancher... 

    Antoinette dès le matin tôt n'a pas de temps à perdre: se préparer, déjeuner, retrouver le groupe pour le départ en excursion avec le minibus. Elle ne rentre que très tard le soir. La nuit est tombée depuis longtemps. 

    L'Adrienne en journée reste dans sa chambre: même sans clim', il y fait plus frais que dehors. Elle sort juste un peu le matin, pour une balade, un musée, et le soir, pour un concert. Elle passe son temps à lire-au-lit. 

    Au bout de cinq jours, Antoinette n'a toujours pas eu l'occasion de profiter de la piscine.  

    voyage,italie

    Eglise de Sant'Agata, le soir. 
    Sant'Agata est la sainte patronne de la ville. 

  • I comme incipit

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    La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du xxe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens. Et son cours au Collège de France, intitulé « La préparation du roman », s’est soldé par un échec qu’il peut difficilement se dissimuler : toute l’année, il aura parlé à ses étudiants de haïkus japonais, de photographie, de signifiants et de signifiés, de divertissements pascaliens, de garçons de café, de robes de chambre ou de places dans l’amphi – de tout sauf du roman. Et ça va faire trois ans que ça dure. Il sait forcément que le cours lui-même n’est qu’une manœuvre dilatoire pour repousser le moment de commencer une œuvre vraiment littéraire, c’est-à-dire qui rende justice à l’écrivain hypersensible qui sommeille en lui et qui, de l’avis de tous, a commencé à bourgeonner dans ses Fragments d’un discours amoureux, déjà la bible des moins de vingt-cinq ans. De Sainte-Beuve à Proust, il est temps de muer et de prendre la place qui lui revient au panthéon des écrivains. Maman est morte : depuis Le Degré zéro de l’écriture, la boucle est bouclée. L’heure est venue. 

    Laurent Binet, La septième fonction du langage, Grasset 2015, p.9-10 (incipit) - info, source de la photo et extrait plus long ici 

    *** 

    C'est à la fois drôle et érudit, ça tient en haleine, ça divertit, ça donne envie de retrouver ses notes de cours sur Ferdinand De Saussure et de relire Roland Barthes d'un œil neuf tongue-out, bref j'essaie de faire durer un peu les 495 pages de ce bouquin que je viens seulement de commencer... mais je suis déjà conquise cool 

    Dans une autre vie, Laurent Binet a été prof, comme on peut le lire ici. Et en découvrant cet article, on ne peut qu'être content pour lui d'avoir trouvé une place - et une place bien meilleure - en dehors des mesquineries de l'enseignement... 

  • I comme incipit

    D'octobre 1976 jusqu'en 1979, je ne suis plus retournée vivre à Naples et j'ai évité de rétablir des rapports stables avec Lila. Ça n'a pas été facile. Elle a tout de suite cherché à entrer de force dans ma vie, et moi je l'ignorais, je la tolérais, je la subissais. Même si elle se comportait comme si elle ne désirait rien d'autre qu'être à mes côtés dans un moment difficile, je ne réussissais pas à oublier le mépris avec lequel elle m'avait traitée. 

    Aujourd'hui je pense que s'il n'y avait eu de blessant que l'insulte - tu es une crétine, m'avait-elle hurlé au téléphone quand je lui avais dit pour Nino, et jamais, jamais ce n'était arrivé qu'elle me parle de cette façon - je me serais vite calmée. En réalité, plus que cette offense, c'est l'allusion à Dede et à Elsa qui a compté. Pense au mal que tu fais à tes filles, m'avait-elle admonestée, et sur le moment je n'y avais pas prêté attention. Mais avec le temps, ces mots ont acquis de plus en plus de poids, j'y revenais de plus en plus souvent. Jamais Lila n'avait manifesté le moindre intérêt pour Dede et Elsa, plus que probablement elle ne se souvenait même pas de leur nom. Les fois où au téléphone j'avais fait allusion à une de leurs remarques intelligentes, elle avait coupé court et était passée à autre chose. Et quand elle les avait rencontrées pour la première fois, dans la maison de Marcello Solara, elle s'était limitée à un regard discret et à quelques généralités, elle n'avait même pas eu un peu d'attention pour leurs jolis vêtements, leur belle coiffure, ni comme elles étaient capables toutes les deux, malgré leur jeune âge, de s'exprimer correctement. Pourtant c'est moi qui les avais faites, c'est moi qui les avais élevées, elles étaient une part de moi, son amie de toujours: elle aurait dû faire un peu de place - je ne dis pas par affection, mais au moins par gentillesse - à ma fierté de mère. Bien au contraire, elle n'a même pas eu recours à un peu d'ironie débonnaire, elle avait montré de l'indifférence et c'est tout. Ce n'est que maintenant - sûrement par jalousie, puisque j'avais pris Nino pour moi - qu'elle s'était souvenue des petites et avait voulu souligner à quel point j'étais une mauvaise mère et que j'étais en train de causer leur malheur. Dès que j'y pensais, je m'énervais. Est-ce que Lila s'était jamais préoccupée de Gennaro, quand elle avait quitté Stefano, quand elle avait abandonné l'enfant à sa voisine pour aller travailler en usine, quand elle me l'avait envoyé comme pour s'en débarrasser? Ah, j'avais commis des erreurs, mais j'étais sans nul doute plus mère qu'elle. 

    (traduction de l'Adrienne)

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    source et info ici

    A partire dall’ottobre 1976 e fino a quando, nel 1979, non tornai a vivere a Napoli, evitai di riallacciare rapporti stabili con Lila. Ma non fu facile. Lei cercò quasi subito di rientrare a forza nella mia vita e io la ignorai, la tollerai, la subii. Anche se si comportava come se non desiderasse altro che starmi vicina in un momento difficile, non riuscivo a dimenticare il disprezzo con cui mi aveva trattata. 

    Oggi penso che se a ferirmi fosse stato solo l’insulto – sei una cretina, mi aveva gridato per telefono quando le avevo detto di Nino, e non era mai successo prima, mai, che mi parlasse a quel modo – mi sarei presto acquietata. In realtà, più di quell’offesa, contò l’accenno a Dede e a Elsa. Pensa al male che fai alle tue figlie, mi aveva ammonito, e lì per lì non ci avevo fatto caso. Ma quelle parole acquistarono nel tempo sempre più peso, ci tornai su spesso. Lila non aveva mai manifestato il minimo interesse per Dede e per Elsa, quasi certamente non si ricordava nemmeno i loro nomi. Le volte che avevo accennato per telefono a qualche loro sortita intelligente, aveva tagliato corto, era passata ad altro. E quando le aveva incontrate per la prima volta a casa di Marcello Solara, si era limitata a uno sguardo distratto e a qualche frase generica, non aveva avuto nemmeno un po’ di attenzione per com’erano ben vestite, ben pettinate, capaci entrambe, pur essendo ancora piccole, di esprimersi con proprietà. Eppure le avevo fatte io, le avevo tirate su io, erano parte di me, la sua amica di sempre: avrebbe dovuto lasciare spazio – non dico per affetto ma almeno per gentilezza – al mio orgoglio di madre. Invece non era ricorsa nemmeno a un poco di ironia bonaria, aveva mostrato indifferenza e basta. Solo adesso – per gelosia sicuramente, perché mi ero presa Nino – si era ricordata delle bambine e aveva voluto sottolineare che ero una pessima madre, che pur di essere felice io, stavo causando la loro infelicità. Appena ci pensavo mi innervosivo. Lila si era preoccupata forse di Gennaro quando aveva lasciato Stefano, quando aveva abbandonato il bambino alla sua vicina di casa per via del lavoro in fabbrica, quando l’aveva mandato da me quasi per sbarazzarsene? Ah, io avevo le mie colpe, ma ero senza dubbio più madre di lei. 

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. e/o, 2015 (chapitre 1)

  • I comme incipit

    C'est à la bibliothèque d'Ostende que j'ai enfin trouvé L'amica geniale, d'Elena Ferrante, volume 1. Je l'ai donc emprunté, ce qui m'obligera à retourner à la mer avant l'été cool

    Je ne sais pourquoi les traducteurs ou la maison d'édition ou tout autre instance dans la chaîne commerciale ont estimé que l'italien "geniale" devait se traduire ici par "prodigieuse", alors que c'est un mot qui a exactement le même sens d'une langue à l'autre. 

    Peut-être que ce choix se justifiera au fil de la lecture, mais pour le moment l'amie est justement "géniale", puisqu'elle a une intelligence largement supérieure à la moyenne. Et des tas d'idées "géniales" tongue-out

    Stamattina mi ha telefonato Rino, ho creduto che volesse ancora soldi e mi sono preparata a negarglieli. Invece il motivo della telefonata era un altro: sua madre non si trovava più.

    «Da quando?».

    «Da due settimane».

    «E mi telefoni adesso?».

    Il tono gli dev’essere sembrato ostile, anche se non ero né arrabbiata né indignata, c’era solo un filo di sarcasmo. Ha pro­vato a ribattere ma l’ha fatto confusamente, in imbarazzo, un po’ in dialetto, un po’ in italiano. Ha detto che s’era convinto che la madre fosse in giro per Napoli come al solito.

    «Pure di notte?».

    «Lo sai com’è fatta».

    «Lo so, ma due settimane d’assenza ti sembrano normali?».

    «Sì. Tu non la vedi da molto, è peggiorata: non ha mai son­no, entra, esce, fa quello che le pare».

    Comunque alla fine si era preoccupato. Aveva chiesto a tutti, aveva fatto il giro degli ospedali, si era rivolto persino alla polizia. Niente, sua madre non era da nessuna parte. Che buon figlio: un uomo grosso, sui quarant’anni, mai lavorato in vita sua, solo traffici e sperperi. Mi sono immaginata con quanta cura avesse fatto le ricerche. Nessuna. Era senza cervello, e a cuore aveva soltanto se stesso.

    «Non è che sta da te?» mi ha chiesto all’improvviso.

    La madre? Qui a Torino? Conosceva bene la situazione e parlava solo per parlare. Lui sì che era un viaggiatore, era venuto a casa mia almeno una decina di volte, senza essere invitato. Sua madre, che invece avrei accolto volentieri, non era mai uscita da Napoli in tutta la sua vita. Gli ho risposto:

    «No che non sta da me».

    «Sei sicura?».

    «Rino, per favore: t'ho detto che non c'è».

    «E allora, dov'è andata?».

    Ha cominciato a piangere e ho lasciato che mettesse in scena la sua disperazione, singhiozzi che partivano fine continuavano veri. Quando ha finit gli ho detto:

    «Per favore, una volta tanto comportati come vorrebbe lei: non la cercare».

    «Ma che dici?».

    «Dico quelle che ho detto. E inutile. Impara a vivere da solo e non cercare più nemmeno me».

    Ho riattaccato.

    Elena Ferrante, L'amica geniale, edizioni e/o, 2011, p.15-16 

    litterature,italie,italien,traduction,amitie

    https://www.edizionieo.it/book/9788866320326/l-amica-geniale 

    Ce matin, Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et je me préparais à le lui refuser. Mais le motif de son appel était différent: sa mère avait disparu. 

    - Depuis quand?
    - Deux semaines.
    - Et c'est maintenant que tu me téléphones?

    Mon ton a dû lui sembler hostile, même si je n'étais ni fâchée, ni indignée, c'était juste un brin de sarcasme. Il a essayé de répliquer mais l'a fait de manière confuse, embarrassée, un peu en dialecte, un peu en italien. Il s'est dit convaincu que sa mère faisait un tour à Naples, comme d'habitude. 

    - Même la nuit?
    - Tu sais comment elle est.
    - Je le sais, mais deux semaines d'absence, ça te semble normal?
    - Oui. Toi, il y a longtemps que tu l'as vue, ça s'est aggravé: elle n'a jamais sommeil, entre, sort, fait ce qui lui plaît.

    Finalement, il s'était tout de même inquiété. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux, s'était même tourné vers la police. Rien, sa mère n'était nulle part. Le bon fils! un homme lourdaud, la quarantaine, qui n'a jamais travaillé de sa vie, juste des petits trafics et du gaspillage. Je me suis imaginé avec quel soin il avait entrepris les recherches. Aucun. Il était sans cervelle et seule sa propre personne lui tenait à coeur. 

    - Elle n'est pas chez toi? m'a-t-il demandé tout à coup. 

    Sa mère? Ici à Turin? Il connaissait bien la situation et ne parlait que pour le plaisir de parler. Lui était un voyageur, il était venu chez moi une dizaine de fois sans y être invité. Sa mère, que j'aurais pourtant accueillie avec plaisir, n'avait jamais quitté Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu: 

    - Non, elle n'est pas chez moi.
    - Tu en es sûre?
    - Rino, s'il te plaît! je t'ai dit qu'elle n'y est pas.
    - Mais alors, elle est allée où?

    Il a commencé à pleurer et je l'ai laissé mettre en scène son désespoir, des sanglots feints qui devenaient vrais. Quand il a terminé, je lui ai dit: 

    - Je t'en prie, pour une fois, comporte-toi comme elle le voudrait: ne la cherche pas.
    - Mais qu'est-ce que tu dis? 
    - Je dis ce que j'ai dit. C'est inutile. Apprends à vivre seul et ne cherche plus, pas même moi. 

    Et j'ai raccroché. 

    *** 

    Il y a un truc bizarre dans ma tête: quand j'aime un texte, j'ai envie de le traduire. 

    tongue-out 

    Ceci était le chapitre 1 du prologue 

    *** 

    p.309, on arrive à la fin et le titre s'explique: "l'amica geniale" est utilisé pour la narratrice et non pour l'amie dont elle raconte l'enfance, l'adolescence, le mariage. La matin de ses noces, son amie lui demande de continuer les études: 

    "Non per te: tu sei la mia amica geniale, devi diventare la più brava di tutti, maschi e femmine."

     

  • I comme impressions ostendaises

    ostende,mer,belgique

    la même plage qu'avant-hier, mais parfaitement vide le lundi matin, comme l'aime Brigou cool 

    ostende,mer,belgique

    sur le mur du jardin japonais, le même canard que l'an dernier, toujours vivant laughing 

    ostende,mer,belgique

    les cabines de plage, toujours aussi symétriques, malheureusement par manque de vent vous ne pouvez pas admirer le drapeau pirate 

    ostende,mer,belgique

    les jeunes arbres de la bibliothèque ouvrent leurs feuilles (c'est bien normal) 

    ostende,mer,belgique

    de plus en plus de particuliers restaurent les maisons anciennes 

    (la grande baie vitrée du rez-de-chaussée reflète la maison d'en face) 

    ostende,mer,belgique

    les lavabos de la brasserie du Parc (1932) 

    et ci-dessous, la cage d'escalier 

    ostende,mer,belgique

  • I comme imaginons...

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

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    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

     

    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • I comme incipit impudique

    "Mathilde vient de filer, j'en suis certaine. Ses flacons, ses huiles, ses poudres, son parfum, tout s'est évaporé à l'instant. Les volets sont baissés. Sur les murs, le plafond, la vasque de l'évier et la baignoire immense creusée à même le sol pour lui donner encore plus d'ampleur, les tesselles de mosaïque turquoise scintillent comme poudrées d'or. 

    - Vous êtes au courant bien sûr, glisse Charles de Ripsens. Vous savez de qui votre grand-mère était la maîtresse..." 

    isabelle spaak.jpg

    source de la photo et article Le Monde 

    Suis-je la seule à voir un déballage impudique dans cette investigation familiale et dans cet étalage du passé d'une grand-mère et d'une mère? Passé que l'auteur a fouillé par le menu, au travers de lettres, de photos et de retours sur les lieux d'origine. Impudique et déplacé, surtout si la mère et la grand-mère ont tout fait pour garder intime ce qui devait l'être? 

    Outre celle du Monde, la critique du Figaro et de Télérama vont dans le même sens, et je serais d'accord s'il s'agissait d'une oeuvre purement littéraire, de personnages de fiction. 

    Mais ce n'est pas le cas

    Première partie, la vie et les amours de la grand-mère Mathilde: 

    "Depuis des mois, j'épluche son courrier et les photographies en vrac dans une cassette à bijoux en métal blindé. 

    Je me suis acheté une loupe pour scruter ses traits, le détail de ses toilettes, le visage des amis qui posaient avec elle." (p.20) 

    Puis on passe aux amours d'Anny, la mère: 

    "Bouclé dans un attaché-case de cuir roux, le courrier envoyé par Guillaume à ma mère empeste le moisi. 

    Plusieurs mois m'ont été nécessaires pour en venir à bout. Ouvrir les enveloppes, lire leur contenu, fustiger mon impudeur, ranger l'ensemble, me promettre de ne plus y toucher, retomber." (p.110) 

    Si l'auteure s'accorde à dire que lire les lettres d'amour de sa mère est impudique, il me semble qu'en faire la base d'un roman et en faire des citations l'est encore beaucoup plus. 

    "Après trente années de vie commune, un foyer plein de tendresse, de rires, de charme, de romans pris pour la réalité, de jardins multicolores, d'arias de Mozart, de vacances en Corse et d'une tentative de nouveau départ en Amérique, leur belle histoire d'amour s'achevait en mauvais fait divers." (p.166) 

     

     

  • I comme incipit

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    La grange au double portail largement ouvert ressemble à un théâtre où, dans la profondeur béante, à un rythme accéléré, une pièce est jouée par des miséreux. Le bâtiment se dresse tout seul dans des plaines désertes; un théâtre sans spectateurs et des comédiens s'activant derrière un voile de buée qui embrume tout. Chaque homme remplit son rôle, - actions qui se fondent comme un outil bien huilé tournant à vide - un spectacle qui se déroule en dehors du temps et de l'espace. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    *** 

    Het leven en de dood in den ast (1926)

    De schuur met de dubbele poortluiken breed open, gelijkt een tooneel waar, in de gapende diepte, door havelooze mannen, in haastig tempo, een spel wordt opgevoerd. Het gebouw staat er eenzaam op de verlatene vlakten; het tooneel zonder toeschouwers, en de spelers doende achter een sluier van watermist, die 't al omdoezeld houdt. De mannen vervullen elk zijne aangewezen rol, - handeling welke ineensluit als een geordend werktuig dat in 't ijle draait - een schouwspel dat in 't tijd- en ruimtelooze afspint. 

    (incipit de l'oeuvre de Stijn Streuvels, rééditée chez Lannoo au printemps de 2016 et gardant l'orthographe ancienne, un choix qui ne serait pas le mien mais on ne m'a pas demandé mon avis tongue-out

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, les 20 premières pages de cette réédition ici et source de la photo avec info sur l'ouvrage ici 

    Stijn_Streuvels_en_achterkleinkinderen.jpg

    l'auteur (1871-1969) en vénérable grand-père, entouré de sa femme, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants 

    source de la photo ici

  • I comme incroyable

    Le matin du 9 novembre, j'apprends en même temps que le gagnant des élections américaines n'est (évidemment) pas une femme et que le site canadien dédié à l'immigration a crashé. 

    La nouvelle incroyable n'est pas le résultat des élections, d'ailleurs moi non plus je n'aurais pas su choisir entre la Peste et le Choléra. 

    L'incroyable est que dans la nuit même, en voyant venir ce résultat, des tas d'Américains ont tout de suite voulu se renseigner sur les conditions d'une immigration au Canada. 

    immigration canada.jpg

    source et article (en néerlandais) 

    et la même info en français...  
    source et article dont voici un extrait: 
    "Les tendances de Google montrent la même chose. En quelques minutes, les Américains ont demandé frénétiquement au moteur de recherche comment "déménager au Canada", comme le révèle cette courbe affolante." 

    actualité

    Yes, great! 

  • I comme Ivo

    Ivo Pogorelich joue Mozart 

    Sonate pour piano n°11 en fa majeur, KV 331 

    Morceau choisi pour illustrer le thème de la semaine 41 chez le Hibou 

    légèreté 

    jeu,hibou,musique,mozart,photo

    légèreté des graminées et de la lumière automnale 

    jeu,hibou,musique,mozart,photo

    légèreté de la promenade et des nuages 
    légèreté au cœur pour l'amie sur la photo
    qui ces dernières semaines 
    a subi de derniers tests 
    et termine sa cure de chimio 

  • I comme incipit

    "L'aventure que je vais vous raconter par le menu ne ressemble pas mal au rêve d'un homme éveillé. J'en suis encore ébloui et étourdi tout ensemble, et la légère trépidation du wagon-lit vibrera très probablement jusqu'à demain matin dans ma colonne vertébrale. Il y a exactement treize jours que je quittais les bords de l'Oise pour aller prendre le train rapide de l'Orient à la gare de Strasbourg; et dans ces treize jours, c'est-à-dire en moins de temps qu'il n'en fallait à Mme de Sévigné pour aller de Paris à Grignan, je suis allé à Constantinople, je m'y suis promené, instruit et diverti, et j'en suis revenu sans fatigue, prêt à repartir demain si l'on veut, par la même voiture, pour Madrid ou Saint-Pétersbourg. Et notez que nous avons fait une halte de vingt-quatre heures dans cette France orientale qui s'appelle la Roumanie, assisté à l'inauguration d'un palais d'été dans les Carpathes, pris le thé avec un roi et une reine et banqueté somptueusement chez le Pignon de Bucarest. On dit avec raison que notre temps est fertile en miracles; je n'ai rien vu de plus étonnant que cette odyssée dont la poussière estompe encore mon chapeau."

    Edmond About, De Pontoise à Stamboul, éd. Hachette, 1884 

    Quel bonheur de lecture que cette plongée dans l'Europe de la fin du 19e siècle et ce voyage de rêve - voyage dont je rêve - prendre l'Orient-Express pour faire le trajet jusqu'à Istanbul... 

    Dans ces quelques lignes de l'incipit, il y a déjà (presque) tous les éléments du récit: l'émerveillement devant la rapidité et le confort du voyage, la découverte d'Istanbul et une foule de choses aussi sur les contrées traversées, à la fois si différentes et si pareilles à aujourd'hui. 

    Le voyage inaugural de l'Orient-Express a lieu en octobre 1883: la Turquie est encore l'empire ottoman, en Roumanie règne le roi Carol Ier, qui fête l'inauguration de son château de Sinaïa lors du passage du train dans la région, la Hongrie fait partie de l'empire austro-hongrois, la Bulgarie se libère difficilement de cinq siècles d'emprise turque...

    Edmond About semble bien informé sur tout ce qu'il nous relate et il ne manque pas d'humour. 

    Bref, je crois bien que j'en reparlerai cool 

    wagons-lits.jpg

    source et info ici 

    La Compagnie des Wagons-Lits est fondée par le Belge Georges Nagelmackers (né à Liège en 1845) qui en a eu l'idée et a tout mis en oeuvre pour la réaliser.

  • I comme incipit

    La maison est petite, il y a trop peu de place pour les livres, ils sont entassés dans des boites - ça permet d'en mettre plus sur moins d'espace - et la mort dans l'âme j'en ai donné quelques-uns, par-ci, par-là... 

    Puis, avec ce qu'on me connaît comme "suite dans les idées", j'arrive dans une ville nouvelle - Lyon, par exemple - et dès le premier jour il y a la visite obligatoire d'une librairie. 

    Le second jour aussi, d'ailleurs. 

    Pas pour acheter, me dis-je en entrant, vu que (etc. voir plus haut) mais pour le simple plaisir de voir et de manipuler des bouquins, de découvrir les nouveautés, de lire des incipits, des excipits et des pages 99 tongue-out

    Après évidemment on sort de là avec un ou deux livres qui ont été tellement irrésistibles que les bonnes résolutions n'ont pas été tenues. 

    Ce qui est le sort de la plupart des bonnes résolutions. 

    "Madera était lourd. Je l'ai saisi sous les aisselles, j'ai descendu à reculons les escaliers qui conduisaient au laboratoire. Ses pieds sautaient d'une marche à l'autre, et ces rebondissements saccadés, qui suivaient le rythme inégal de ma descente, résonnaient sèchement sous la voûte étroite. Nos ombres dansaient sur les murs. Le sang coulait encore, visqueux, qui suintait de la serviette-éponge saturée, glissait en traînées rapides sur les revers de soie, se perdait dans les plis de la veste, filets glaireux, très légèrement brillants, qu'arrêtait la moindre rugosité de l'étoffe, et qui perlaient parfois jusqu'au sol, où les gouttes explosaient en tachetures étoilées. Je l'ai déposé au bas de l'escalier, tout près de la porte du laboratoire, et je suis remonté pour prendre le rasoir et éponger les taches de sang avant qu'Otto ne revienne. Mais Otto est rentré presque en même temps que moi, par l'autre porte." 

    Georges Perec, Le Condottière, coll. Points, 2013 (incipit) 

    Une oeuvre de jeunesse de Perec qui avait été refusée à l'époque par les maisons d'édition et dont la publication est largement posthume; une histoire de faussaire écrite en 1960, il avait 24 ans. Perec est mort en 1982, le livre a été publié 30 ans plus tard. 

    condottiere.jpg

    source de l'image, info et extrait ici: 
    http://www.seuil.com/ouvrage/le-condottiere-georges-perec/9782021030532

  • I comme indiscrétion

    Il suffit d'un affichage de ce genre

    Annevoie 2016-07-08 (24) - Copie.JPG

    pourtant clair, net et à hauteur du regard

    Annevoie 2016-07-08 (24).JPG

    photos prises au château d'Annevoie le 8 juillet

    et film de 1958, Stanley Donen, Indiscreet

     

  • I comme (in)justice

    Il y aura bientôt dix ans que l'Adrienne a été appelée à siéger dans un jury d'assises.

    Comme le meurtrier était un homme de "sa" ville, vous devinez la suite: elle avait eu sa plus jeune fille en classe.

    L'Adrienne comptait bien sur cet argument pour être dispensée de corvée: comment juger avec équité si on connait de si près une des personnes intéressées? Voilà l'argument qu'elle a utilisé face aux juges et aux avocats.

    Mais c'est le contraire qui a eu lieu: ayant apprécié sa franchise et ses scrupules, c'est précisément elle que le "comité de sélection" voulait voir figurer parmi les membres du jury.

    L'Adrienne a donc dû sécher les cours pendant une semaine et décider si cet homme qui avait tué sa femme était coupable d'avoir agi avec préméditation.

    Aujourd'hui encore elle se demande si elle a bien fait...

    ***

    Dernièrement, ses deux filles ont mis une petite annonce dans le journal pour annoncer le décès de celui qui a tué leur mère.

    Comment vit-on après un tel drame?

  • I comme ineffable affabilité

    Quand on voyage en Finlande, on a l'impression d'être dans un pays véritablement bilingue: l'étiquetage dans les supermarchés, par exemple, est en finnois et en suédois. Le nom des rues aussi et si vous écrivez à vos amis finlandais, votre lettre arrivera sans encombres, que vous ayez opté pour l'adresse en finnois (katu) ou en suédois (gatan).

    Vous ne manquez pas de trouver ça admirable.

    Puis vous apprenez que les "suédophones" de Finlande ne forment qu'une toute petite minorité d'à peine 6% et vous admirez encore plus, que pour une tranche aussi infime de la population, on fasse de tels coûts et de tels efforts d'affabilité.

    Enfin, votre admiration devient émerveillement quand vous lisez l'histoire de ce pays: quoi, nul ressentiment envers celui qui a toujours été l'envahisseur? le "colonisateur"? nul rejet de la langue "de l'ennemi"?

    Finland Lempisaari Naantali.jpg

    source wikipedia 

    merci à Ralf et Pirkko
    qui m'ont fait découvrir leur pays aux mille lacs
    "et aux millions de moustiques"

    cool

     

  • I comme inspiration chez Tania

    On lui avait certifié qu'il y avait des sirènes. 

    Qu'on connaissait l'endroit. 

    Qu'on pourrait l'y amener. 

    Bien sûr, ça coûterait de l'argent. 

    Il faut bien vivre, n'est-ce pas? 

    Bien sûr, il faudrait l'attacher au mât. 

    A cause du chant des sirènes, n'est-ce pas? 

    Bien sûr, eux, les marins, se mettraient de bons bouchons d'oreilles. 

    Pour la même raison, n'est-ce pas? 

    Tania1.jpg

    Sur un tableau d'Albert Droesbeke (1896-1929)

    toute l'info chez Tania que je remercie

  • I comme inspiration chez Lali

    A une certaine époque, ceux qui voulaient taquiner l'Adrienne lui posaient cette question:

    - Mais dis-moi, tu as combien de chats?

    Comme elle maîtrise très mal l'art du mensonge - sauf peut-être celui par omission - elle rougissait et balbutiait:

    - Euh... quatorze... je pense...

    184 - kopie.JPG

    Elle ajoutait "je pense" au cas où l'une de ses chattes aurait donné naissance, entre-temps, à une nouvelle nichée.

    La réponse - pour une raison inconnue d'elle jusqu'à ce jour - faisait toujours beaucoup rire son auditoire:

    - Quatorze chats! hahahahahahaha!

    On s'esclaffait, on se tordait, on en avait des larmes aux yeux et des crampes dans les muscles abdominaux... 

    lali464.jpg

    probablement parce qu'on s'imaginait ce tableau-ci... 

    Lali 464 

    La seule fois où on n'a pas ri, c'est quand elle a répondu "Vingt!" d'un air de défi. Personne n'a voulu le croire tongue-out.

    C'était pourtant l'exacte vérité: quatre matous castrés et trois chattes lubriques qui avaient chacune une nombreuse progéniture.

    La blague n'a pris fin que le jour où l'Adrienne a répondu:

    - Des chats? J'en ai deux.

    Deux chats, ça ne faisait plus rire personne et tout le monde était très déçu.

    C'était pourtant un duo très comique.

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    Pipo et Moussa lisant le journal

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    Pipo et Moussa dormant comme des bûches 

     

  • I comme Icare

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    © Ada

    http://www.bricabook.fr/2016/01/atelier-decriture-204e/

    Quand il lui a dit qu'il logeait au Harbour Hotel, elle a compris qu'elle touchait enfin au but.

    Le Harbour Hotel, le lieu de rendez-vous des armateurs et des agents maritimes: tout le gratin du port s'y retrouvait, c'était bien connu.

    C'est avec joie et ivresse qu'elle est montée avec lui jusqu'à sa suite à l'étage supérieur. Qu'elle s'est grisée au champagne et à la vue de l'estuaire et du bras de mer au coucher du soleil. Qu'elle s'est donnée à lui.

    Le lendemain matin, l'estuaire et le bras de mer baignaient dans une douce lumière bleutée. Elle était seule dans le lit défait.

    Il ne lui avait laissé que la note à payer.

     

     

  • I comme imitateur

    En allant chez ma mère, l'autre jour, je tombe sur un artiste en plein travail.

    On était pourtant dimanche tongue-out.

    dec 15 (7b).JPG

    - Vous permettez que je prenne une photo? lui dis-je alors que lui prenait du recul pour admirer son oeuvre.

    - Allez-y, répond-il, mais ce n'est pas terminé...

    - Oh! ça, je le vois bien! Je repasserai et j'en ferai une autre quand vous aurez fini!

    Mais ce que j'aurais vraiment voulu lui dire, c'est ceci:

    - Tiens! vous êtes fan de Pénélope Bagieu?

    http://www.penelope-jolicoeur.com/page/5/

  • I comme illuminations

    Un beau projet ayant comme nom "Luci d'artista", Lumières d'artiste, rendait les artères principales de la ville particulièrement agréables dès le coucher du soleil, c'est-à-dire déjà à 17.30 h.

    Torino 2015-1 021 - kopie.JPG

    via Roma, Planetario

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    piazza San Carlo, Regno dei fiori: nido cosmico de tutte le anime

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    Galleria Subalpina, Migrazione

    Torino 2015-5 026 - kopie.JPG

    via Accademia delle Scienze, Ancora una volta

    Torino 2015-5 029 - kopie.JPG

    via Pietro Micca et via Cernaia, Volo su...

     Torino 2015-5 030 - kopie.JPG

    via Garibaldi, Lui e l'arte di andare nel bosco

    Torino 2015-5 031 - kopie.JPG

    une longue histoire que je n'ai pas lue jusqu'au bout

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    parce qu'elle m'aurait valu un torticolis

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    piazza Palazzo di Città, My noon

    Torino 2015-5 034 - kopie.JPG

    via San Francesco d'Assisi, Il Mito

    ***

    Les illuminations seront encore visibles jusqu'au 10 janvier

    Toute l'info ici:

    http://www.contemporarytorinopiemonte.it/

  • I comme impressions d'automne

    Ce n'est pas "Un dimanche à la campagne".

    herfst 2015 - kopie.JPG

    Mais on a tout de même de grands projets jardiniers Cool

    ***

    Ce n'est pas encore le grand flamboiement de l'automne.

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    Mais c'est tout de même une fort jolie saison.

     

  • I comme illogisme

    Surtout, disait-elle, ne jamais rien accepter d’un homme qui t’offre quelque chose, même s’il a l’air gentil, et surtout, surtout ne jamais le suivre, jamais jamais il ne faut suivre un inconnu ! et puis voilà qu’elle se tourne vers la petite, qu’elle lui désigne Bob, ou Robert, d’abord on avait dit « c’est Robert » et maintenant tout le monde l’appelait Bob, elle lui montre Bob et elle lui dit : Bob doit aller en ville acheter des cigarettes mais il ne connaît pas bien le chemin, va donc avec lui ! et là elle n’avait pas compris, suivre un homme qu’elle ne connaissait pas ? où donc grand-mère avait-elle la tête ! et l’envoyer en ville, elle qui n’est jamais allée à pied plus loin que l’école qui se trouve en bas de la rue et l’autre grand-mère une rue plus loin ? Mais je ne veux pas ! dit-elle à grand-mère tout en ayant peur de faire de la peine à ce Bob qu’elle ne connaît pas et qui est là à écouter sans comprendre, forcément il ne parle que l’anglais – comment prendra-t-il ce refus ? Mais non, c’est la peur qui est la plus forte, la peur inoculée et plus forte que toute son habituelle obéissance de petite fille de sept ans.

    ***

    inspiré par l'atelier d'été de François Bon, consigne n°3

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4197

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    photo prise dans ma ville, 1er novembre 2014

  • I comme impressions ostendaises

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    c'est l'aurore aux doigts de rose dont parlait Homère
    (le plus beau moment de la journée)

    Oostende 2015 038 - kopie.JPG

    c'est avoir la salle du petit déjeuner pour soi seule à huit heures du matin
    (alors que l'hôtel est complet)

     Oostende 2015 040 - kopie.JPG

     ce sont des commerçants qui ne savent plus en quelle langue s'adresser au touriste
    (mais pas en français)

    Oostende 2015 042 - kopie.JPG

    ce sont les rares villas 1900 échappées aux promoteurs
    (et qui maintenant valent des fortunes)

    Oostende 2015 052 - kopie.JPG

    ce sont des promoteurs jamais en peine d'investir de nouveaux terrains
    (Visserijdok - quai de la pêche - Vuurtorenwijk - quartier du phare)

    Oostende 2015 028 - kopie.JPG

    c'est partout la preuve que nous sommes au pays d'Ensor et des surréalistes
    (il suffit de lever les yeux)

    Oostende 2015 066 - kopie.JPG

    c'est le détail qui fait tout
    (et qui fait que j'aime)

    ***

    photos prises à Ostende du 5 au 7 août 

  • I comme inventaire

    - Il vous reste de la place pour ce soir, pour une personne?

    La dame semble réfléchir et vous jauger, l'air sévère:

    - On va voir si on peut vous arranger ça...

    Vous traversez un restaurant vide et arrivez sur une terrasse vide. On vous montre à quelle table vous installer. Sans un mot. Comme une faveur accordée à contre-coeur. Quand vous sortez de là une heure plus tard, le restaurant est toujours aussi vide et il n'y a que trois autres personnes en terrasse.

    ***

    - Ce petit menu, il est aussi servi le soir? demande l'Adrienne, qui a l'habitude de voir que les menus meilleur marché ne sont servis qu'à déjeuner.

    Haussement d'épaules:

    - Bin évidemment! sinon ça serait pas affiché hein!!!

    ***

    Placardé à la porte du restaurant:

    "Vu la chaleur, le restaurant ouvrira une demi-heure plus tard." 

    ***

    A la billetterie du château de Grignan:

    - La visite libre est à cinq euro et la visite guidée à six euro. Avec la visite libre il y a trois pièces que vous ne pouvez pas voir. Vous sortez ici sur la droite puis vous [... brouhaha énorme sous la salle voûtée, l'Adrienne ne capte plus rien de ce que la dame marmonne...]

    - Pardon? Je n'ai pas bien compris...

    - Quoi? coupe la dame, excédée, vous ne voulez quand même pas que je recommence depuis le début?

    ***

    - Bonsoir! Il vous reste une table pour une personne?

    - Dehors ou dedans?

    - Je préfère dedans, si c'est possible...

    - Là? près de la porte? mais ne venez pas me dire après que vous n'êtes pas bien!

    ***

     on s'arrête là
    l'exhaustivité serait lassante

     voyage,france

     et ici, on était bien
    chez une gentille dame
    belge
    Cool

  • I comme inspiration

    L'excuse que Madame déteste, quand ils sont à mordiller leur stylo devant la page blanche, c'est: "Je n'ai pas d'inspiration."

    Parce que jamais il n'est nécessaire d'en avoir: les consignes d'écriture ne demandent jamais d'inventer, d'imaginer, de créer à partir de rien.

    Mais lundi dernier, le tout récent orphelin de père (1) rêvassait et n'avançait pas dans son travail.

    Madame est allée prendre son stylo noir et a commencé à écrire à sa place:

    Ma mère aime raconter que quand j'étais petit, dès que j'ai su lire, je dévorais des livres très sérieux sur l'Egypte ancienne et qu'après ma lecture j'étais capable de raconter de mémoire ce que j'avais lu, tellement ça me passionnait...

    Ce déclencheur a suffi pour lui faire écrire deux pages.

    Après le cours, il vient voir Madame:

    - Mais comment vous le saviez? Des tas de souvenirs me sont revenus! C'est super!

    Et il se met à entretenir Madame de la hauteur de la pyramide de Gizeh et des moeurs des Aztèques, ces autres bâtisseurs de pyramides.

    Ils sauront de quoi parler à l'examen oral, la semaine prochaine, ces deux là Cool

    (1) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/06/06/e-comme-enumeration-8451200.html