Elle s'appelait Adrienne - Page 4

  • 22 rencontres (16)

    Était-ce déjà le printemps, quand la lettre est arrivée ? Non, probablement pas. 

    Une enveloppe qui ne ressemblait à aucune autre, à commencer par la texture du papier. Et sa couleur. 

    L’écriture aussi était différente

    L’enveloppe venait de Roumanie et ne portait que cette seule inscription : « Aux enfants de l’école de X***, Belgique » 

    Par quel miraculeux hasard était-elle arrivée dans le casier de l’Adrienne ? Dans la boîte aux lettres de son école ?
    Il y avait une dizaine d’autres adresses où elle aurait pu être délivrée : écoles maternelles, primaires, secondaires… Pourquoi la sienne ?
    Et dans la sienne, des tas d’autres casiers, d’autres profs, d’autres collègues de
    français langue étrangère. Pourquoi celui de l’Adrienne ? 

    A l’intérieur, une lettre : un message vibrant d’espoir et d’ouverture sur le monde, que l’Adrienne a lu avec émotion à toutes ses classes. 

    C’est ainsi qu’a débuté son histoire d’amour avec ce pays et ses habitants. 

    C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Violeta, de son mari, de ses enfants, de sa maman, de sa famille, de ses amies, de ses collègues, des amis de ses enfants. 

    Une rencontre cruciale et une amitié pour la vie. 

    *** 

    tous les billets sur cette rencontre ici ou en suivant le tag 'Roumanie' 

    amitié,roumanie,souvenir

    une des classes de l'école où Violeta enseignait à l'époque 

  • R comme Roumanie

    1.les prémices 

    C’est avec stupeur, ahurissement, admiration que l’Adrienne et l’Homme ont vu un premier pan de mur s’écrouler dans la nuit. Peur aussi, appréhension : quelles seraient les conséquences ? Les soldats, qu’on voyait ici et là, ne tireraient-ils pas sur cette foule ? Ils n’avaient pas hésité, auparavant… Le régime n’enverrait-il pas ses chars, comme les fois précédentes, en d’autres lieux ? Était-ce vraiment la fin d’un monde ? 

    Tous ceux qui ont vu ces images à la télé, en novembre 1989, ont dû ressentir cette même émotion, forte, prégnante, intense. 

    L’Adrienne en tout cas a pleuré en voyant les Berlinois de l’ouest ouvrir les bras et les refermer tendrement, fermement, joyeusement, sur ceux qui avaient escaladé les premières ruines du mur qui les séparait depuis 28 ans. 

    2.Geniul Carpaților 

    Dans les semaines d’après, l’Adrienne a suivi les évènements le cœur battant. Les uns après les autres, des régimes plient, des militaires baissent les armes, des dirigeants acceptent des réformes ainsi que l’organisation d’élections plus libres. Tous se rendent compte du sens de l’histoire, apparemment. Tous, sauf un : le Génie des Carpates, qui croit devoir durcir encore ses positions et les conditions de vie de son peuple, déjà si fortement éprouvé par ses diverses politiques, toutes aussi désastreuses… La précarité, les pénuries alimentaires ou autres s’en trouvent encore aggravées.

    Le 21 décembre, l’Adrienne est de nouveau devant sa télé, le cœur battant, et voit la foule scander « Timișoara » et « libertate » devant un Ceaușescu plutôt ahuri. Il avait précisément ordonné ce rassemblement populaire dans le but de montrer à tous le soutien du peuple roumain à son régime. La transmission est coupée. La révolution – ou était-ce un coup d’État déguisé ? dans la Roumanie d’alors, les rumeurs les plus folles sont colportées, et celle-là est peut-être la moins folle de toutes – la révolution est en marche. 

    Malheureusement, elle fera plus d’un millier de morts. 

    *** 

    La photo de Leiloona a donné lieu, le 9 janvier, à un texte-souvenir sur la Roumanie et depuis ce jour-là, quand j'écris, c'est sur ce sujet. 

    Il y aura donc quelques billets rappelant la découverte de ce pays et de quelques-uns de ses habitants. 

  • 20 miracles de la nature (2)

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    "ceci n'est pas un arbre" 

    *** 

    à moins que ce soit une punition divine 

    du genre de celle qu'a subie la femme de Loth 

    pauvre vieille femme obligée de fuir 

    changée en statue de sel pour avoir osé regarder en arrière vers la ville qu'elle doit quitter de toute urgence en y laissant ses filles aînées 

    dont elle sait que malgré leur innocence elles ne seront pas épargnées par la colère divine 

    Bref 

    ceci n'est pas un arbre 

    quoiqu'il en ait toutes les apparences 

    et d'ailleurs la photographe ne s'en est aperçue qu'en prenant la photo: 

    c'est une statue 

    de bronze 

    d'un arbre qui a désobéi 

    probablement

     

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • P comme Petit Palais

     Il est bien joli, le petit Palais, avec son jardin d'hiver 

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    et gratuit, en plus! 

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    On peut s'y promener à travers les collections de peintures et les expos temporaires, y boire un café, y manger, y photographier 

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    mais qui a piqué les cordes de la harpe Louis XVI?  

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    Rarement vu un instrument de musique plus inutile 

    tongue-out

  • O comme oiseaux parisiens

    Quelqu'un pourra sûrement m'expliquer la contradiction suivante: quand je suis à Paris, je me dis que j'aimerais y passer six mois ou un an, pour tout voir, tout connaître, et en même temps dès le deuxième jour je pars à la recherche d'arbres et de nature. 

    C'est ainsi que j'ai rencontré une vieille connaissance qui philosophait sur un banc des Tuileries 

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    admiré le vol d'une mouette 

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    souri aux pigeons en réunion à Beaubourg 

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    et photographié les arbres tourmentés du canal Saint-Martin cool 

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  • N comme naïve

    Elle s'affale dans le fauteuil où il est installé depuis qu'il est rentré du travail. 

    - Je suis fourbue! dit-elle dans un souffle. 

    Il pose une main sur ses cuisses, sans lever les yeux de sa lecture. 

    - Je me demande bien de quoi, répond-il. 

    Alors elle se tait. 

    C'est ce qu'elle a toujours le mieux su faire. 

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     tableau et consigne chez Lakévio que je remercie

  • M comme Made in Belgium

    Chaque mardi après la classe, elle vient chez Madame pour s'entraîner un peu à parler le français, qui pour elle n'est pas une langue seconde, mais la cinquième ou la sixième: elle connaît mieux l'ingouche, le russe, le néerlandais, l'anglais et l'allemand.  

    Moi, dit-elle, je suis Russe. Mais mon pays, c'est la Belgique. 

    Voilà qui fait réfléchir Madame. 

    Elle est née en Ingouchie, que ses parents ont dû fuir peu après sa naissance. Les Ingouches, surtout depuis Staline, n'ont que des problèmes avec leur "mère patrie" et avec leurs voisins tchétchènes ou ossètes. 

    Je me sens Russe mais je ne veux pas retourner en Russie, dit-elle. Mon pays c'est la Belgique. 

    Si tu devais faire un clip promotionnel pour la Belgique, lui demande Madame, qu'est-ce que tu montrerais? 

    Elle aura la réponse mardi prochain. 

    Ce ne sera sûrement pas M comme Magritte - car oui, il était prévu qu'aujourd'hui elle vous parle enfin de l'expo Magritte qu'elle a vue à Beaubourg - ni les moules, le Manneken Pis, Merckx ou la mer du Nord. 

    Elle est impatiente d'avoir la réponse... 

    Made in Belgium from Global Movie Production on Vimeo.

  • L comme Lagaffe

    C'était un grand bonus de trouver à Beaubourg, après la visite de l'expo Magritte, un espace consacré à Franquin, l'autre grand monsieur de la BD belge, et à une de ses créations que j'affectionne tout particulièrement, Gaston Lagaffe. 

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    Le voici, dans toute l'innocence de sa jeunesse, en 1957: il s'est fait tout beau pour venir se présenter à la rédaction du journal Spirou  

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    Ses mèches sont moins longues et il fume encore des cigarettes, 
    comme de nombreux autres héros de BD à l'époque. 
    Et comme Franquin lui-même. 

    Je n'ai pas compris comment faisaient les autres visiteurs pour garder leur sérieux: en relisant des planches que pourtant je connais par cœur, je ne pouvais m'empêcher de rire. 

    D'ailleurs, c'est simple, chez Gaston tout me fait rire et tout m'attendrit: ses inventions à la fois géniales et débiles, qui suscitent l'énervement et l'exaspération de ses collègues, de ses supérieurs, de l'agent Longtarin, et font rater toute tentative de signature de contrat avec monsieur De Mesmaeker...   

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    ici encore une planche des débuts, avec Fantasio comme chef de bureau 

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    à qui succédera Léon Prunelle et ses merveilleux Rogntudjuuu!!! 

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    Jidéhem (Jean De Mesmaeker), collaborateur de Franquin, trouvait que le personnage ressemblait à son père, alors on l'a appelé monsieur De Mesmaeker... Une photo de famille prise au mariage de Jidéhem est là pour témoigner de cette ressemblance physique tongue-out 

    J'allais presque oublier une autre source inépuisable de comique, en tout cas pour mon frère et moi, les combinaisons culinaires très hardies. Il me semble que tout a commencé avec une tartine de confiture restée coincée dans une machine à écrire et qu'au lieu de s'excuser pour sa maladresse ou d'expliquer pourquoi il mettait de la confiture avec des sardines, il a dit: 

    - Meuh non, c'est de la gelée de groseilles!

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     ah! génial Gaston! je ris encore en écrivant ce billet! 
    je crois que je vais vous en garder un peu pour le mois prochain cool 

    Petite expo visible jusqu'au 10 avril!

  • K comme Knocke ou Knokke

    D'abord, il y a eu ce tableau, au Petit Palais: 

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    Il est de la main de Camille Pissarro et s'intitule Le village de Knocke. 

    - Tiens, se dit l'Adrienne, Pissarro est allé à Knokke en 1894? Et sur quelle hauteur s'est-il perché pour avoir ce point de vue sur le village? Écrivait-on réellement "Knocke" avec un c à l'époque ou est-ce une erreur? 

    Bref, un tas d'interrogations devant ce joli tableau qui sent si peu la mer et les mondanités d'aujourd'hui. 

    La réponse à la première question est oui: en juillet 1894, Théo Van Rysselberghe est à Knokke et Pissarro vient l'y rejoindre. On peut lire dans sa biographie qu'une maladie des yeux l'empêchait de peindre en extérieur: c'est pourquoi, il le faisait de la fenêtre de sa chambre. 

    La troisième question a trouvé sa réponse dès le lendemain, à l'expo Hergé: 

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    Sur cette affiche publicitaire réalisée par Georges Remi entre les deux guerres on remarque la même graphie avec le c au lieu du k actuel. 

    C'est l'époque où le père de l'Adrienne, d'abord dans le ventre de sa mère, puis tout bébé et petit enfant, découvrait les plaisirs de la plage. 

    Il y a même dans les archives familiales une photo unique de la petite Ivonne dans ce genre de maillot de bain tongue-out

    De la grand-mère Adrienne aussi, d'ailleurs... 

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    Sur la plage de Knokke, entre la petite Ivonne et son mari, leur premier-né; 
    le père de l'Adrienne est encore au stade préparatif... 

     

  • J comme Jacquemart-André

    Une deuxième raison qui a incité l'Adrienne à son séjour parisien, c'est l'expo Rembrandt intime au musée Jacquemart-André. 

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    Malheureusement, les photos des chefs-d'oeuvre du grand maître hollandais étaient interdites, il faudra donc se contenter de cliquer sur le lien ci-dessus (un clic sur "galerie photos" permet de voir 7 des oeuvres exposées), la vidéo ci-dessous... ou aller les chercher sur internet tongue-out 

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  • I comme incipit impudique

    "Mathilde vient de filer, j'en suis certaine. Ses flacons, ses huiles, ses poudres, son parfum, tout s'est évaporé à l'instant. Les volets sont baissés. Sur les murs, le plafond, la vasque de l'évier et la baignoire immense creusée à même le sol pour lui donner encore plus d'ampleur, les tesselles de mosaïque turquoise scintillent comme poudrées d'or. 

    - Vous êtes au courant bien sûr, glisse Charles de Ripsens. Vous savez de qui votre grand-mère était la maîtresse..." 

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    source de la photo et article Le Monde 

    Suis-je la seule à voir un déballage impudique dans cette investigation familiale et dans cet étalage du passé d'une grand-mère et d'une mère? Passé que l'auteur a fouillé par le menu, au travers de lettres, de photos et de retours sur les lieux d'origine. Impudique et déplacé, surtout si la mère et la grand-mère ont tout fait pour garder intime ce qui devait l'être? 

    Outre celle du Monde, la critique du Figaro et de Télérama vont dans le même sens, et je serais d'accord s'il s'agissait d'une oeuvre purement littéraire, de personnages de fiction. 

    Mais ce n'est pas le cas

    Première partie, la vie et les amours de la grand-mère Mathilde: 

    "Depuis des mois, j'épluche son courrier et les photographies en vrac dans une cassette à bijoux en métal blindé. 

    Je me suis acheté une loupe pour scruter ses traits, le détail de ses toilettes, le visage des amis qui posaient avec elle." (p.20) 

    Puis on passe aux amours d'Anny, la mère: 

    "Bouclé dans un attaché-case de cuir roux, le courrier envoyé par Guillaume à ma mère empeste le moisi. 

    Plusieurs mois m'ont été nécessaires pour en venir à bout. Ouvrir les enveloppes, lire leur contenu, fustiger mon impudeur, ranger l'ensemble, me promettre de ne plus y toucher, retomber." (p.110) 

    Si l'auteure s'accorde à dire que lire les lettres d'amour de sa mère est impudique, il me semble qu'en faire la base d'un roman et en faire des citations l'est encore beaucoup plus. 

    "Après trente années de vie commune, un foyer plein de tendresse, de rires, de charme, de romans pris pour la réalité, de jardins multicolores, d'arias de Mozart, de vacances en Corse et d'une tentative de nouveau départ en Amérique, leur belle histoire d'amour s'achevait en mauvais fait divers." (p.166) 

     

     

  • H comme Hergé

    L'expo Hergé au Grand Palais était une des trois raisons qui ont poussé l'Adrienne à réserver une place dans le TGV pour Paris en ce début de janvier. 

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    Et franchement, elle valait le déplacement. 

    D'abord, parce qu'on y découvre un aspect peu connu de Georges Remi: sa carrière de graphiste et de concepteur d'affiches ou de logos publicitaires. 

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    Ensuite, parce que de nombreuses esquisses permettent d'admirer ses talents de dessinateur. C'est tout à fait impressionnant! 

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    esquisses pour le "mauvais" de Tintin au pays de l'or noir 

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    mauvaise photo d'un crayonné où Milou résiste à la tentation 

    Bien sûr, elle permet aussi de retracer toute sa carrière, la naissance et l'évolution de tous ses personnages de bandes dessinées, sa rencontre décisive avec Tchang et son souci croissant de perfectionnisme jusque dans les moindres détails. 

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    Hergé et Tchang à Bruxelles en 1931 

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    Enfin, parce qu'on y découvre encore un autre aspect méconnu de Georges Remi: son intérêt pour l'art moderne et sa pratique de la peinture à l'huile. Sa modestie seule faisait qu'il se considérait comme "un peintre du dimanche". 

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    Bref, vous avez encore jusqu'au 15 janvier pour y courir, si vous êtes dans le coin cool

  • G comme Grande Roumanie

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    Demain, dit Violeta, on va se lever tôt parce qu'on a une longue route à faire. 

    Nous on est d'accord. Ceux qu'il faut attendre, c'est Violeta et Traian, toujours à se précipiter dans une queue, dès qu'ils en repèrent une, pour acheter un paquet de cigarettes. 

    Ce matin, dit Violeta, il faut beaucoup manger, parce qu'on ne va pas s'arrêter en route et on ne va arriver en Bucovine que ce soir. 

    Là on n'est pas d'accord. Prendre un bon petit déjeuner ne nous empêchera pas d'avoir faim à midi et l'Homme, la faim le rend de très mauvaise humeur. 

    Pas question! dit-il fermement. 

    C'est que, tente d'expliquer Violeta, on va traverser un territoire magyar et là, on ne nous aime pas. Si on s'arrête, ils vont voir à notre voiture qu'on vient du Dolj et on va sûrement avoir des problèmes! 

    Parce que Violeta, depuis la chute du mur de Berlin puis celle toute récente de leur Conducător, s'attend à tout moment à une guerre civile: elle ne peut pas croire que les minorités allemandes ou hongroises accepteront de rester roumaines. 

    Pas question! répète l'homme. A midi, on s'arrête pour manger. 

    C'est ainsi qu'on a traversé les Carpates, Violeta avec la peur au ventre, Traian espérant que sa voiture ne retombe pas en panne comme elle l'avait déjà fait le matin même. Qu'on s'est arrêtés à Tîrgu Mures (70 000 magyarophones) et qu'au grand étonnement de Violeta les gens étaient comme elle. Gentils et accueillants. 

    Mănâncă frumos, dit-elle à son mari qui ouvrait juste tout grand la bouche, că te fotografiază Peter! 

    *** 

    L'Adrienne a laissé un gros bout de son cœur en Roumanie 

    alors merci pour cet atelier 248, Leiloona!

  • F comme folle histoire

    C'est la folle histoire d'un projet 

    celui d'une expo à Paris en 1915 

    soutenu par deux présidents 

    Fallières et Poincaré 

    trois artistes 

    Apollinaire, Duchamp et Satie 

    et d'un tas d'inventions toutes plus folles les unes que les autres, comme l'ataton (un réveil pour insomniaques), le chinophone, le rasoir thermohygrométrométrique ou les clochettes à mettre à l'intérieur du cercueil au cas où on serait mis en bière vivant. 

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    C'est la folle histoire des années folles et les deux auteurs se sont sans doute follement amusés à l'écrire, mélangeant allègrement histoire et fiction: personnages et événements historiques s'imbriquent parfaitement dans ceux qui sont sortis de leur imagination. 

    Côté histoire, outre les noms déjà cités plus haut, on trouve les suffragettes, les attentats, l'assassinat de Jaurès. 

    Côté fiction, des noms qui ne laissent aucun doute sur l'aspect inventé des personnages: le baron Jean-Aymar de Thou, les inspecteurs Ducran et Lapoigne, Monseigneur Quatorze-Dix-Huit, Baramine, Chiche-Portiche, Soupirail, la liste est longue. 

    Bref, une folle histoire que je ne vais même pas essayer de vous résumer: vous la lirez si le cœur vous en dit. cool 

    lire,lecture,lecteur,humour

    Le voilà donc cet objet 
    qui du pays de ses maîtres 
    a détruit l'harmonie! 
    Il en blanchit, le traître! 

    (photo prise à Beaubourg le 5 janvier)

     

  • 7 fois Emile (2)

    Les pauvres

    Il est ainsi de pauvres cœurs
    Avec, en eux, des lacs de pleurs,
    Qui sont pâles, comme les pierres
    D'un cimetière. 

    Il est ainsi de pauvres dos
    Plus lourds de peine et de fardeaux
    Que les toits des cassines brunes,
    Parmi les dunes. 

    Il est ainsi de pauvres mains,
    Comme feuilles sur les chemins,
    Comme feuilles jaunes et mortes,
    Devant la porte. 

    Il est ainsi de pauvres yeux
    Humbles et bons et soucieux
    Et plus tristes que ceux des bêtes
    Sous la tempête. 

    Il est ainsi de pauvres gens,
    Aux gestes las et indulgents,
    Sur qui s'acharne la misère,
    Au long des plaines de la terre. 

    in Les douze mois (1895)

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    Buste d'Émile Verhaeren dans le square André-Lefèbvre (Paris, 5e arr.) 

    (source de la photo)

  • E comme Eiffel

    Même si on comprend les artistes opposés à cette "odieuse colonne de tôle boulonnée", on ne peut s'empêcher de la photographier dès qu'elle paraît à l'horizon. 

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    "mercantile", "inutile et monstrueuse", "barbare", 
    vue depuis le Louvre 

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    "gigantesque cheminée d'usine
    vue depuis le jardin des Tuileries  

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    "cette horreur" vue depuis la Concorde 

    à Paris, Sttellla, 27 mars 2010, La Chapelle, MONS from slowbizz on Vimeo.

  • D comme déambulations parisiennes

    Sur le boulevard Haussmann, les grands magasins ont encore leurs vitrines de Noël: 

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    au Printemps, beaucoup d'automates et de féerie, 

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    aux Galeries Lafayette, des ours blancs dans des décors blancs. 

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    Par contre, aux Champs-Elysées, c'est fini de rigoler, comme on peut le lire ici: même si les affiches indiquent que le village de Noël durerait jusqu'au 8 janvier, tout est arrêté depuis le 2... On démonte dans la morosité et la patinoire est en train de fondre doucement.

     

  • C comme coiffeur de stars

    Les successeurs de Francis, coiffeur philosophe, ouvrent un autre monde à l'Adrienne quand elle décide qu'il est temps d'aller faire raccourcir ses tifs.

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    source de la photo et article 

    Pendant que Gentille Coiffeuse manie les ciseaux, l'Homme sculpte des têtes de stars du ballon rond. De mini-stars du ballon rond: Wout, sept ans et son frère Jasper, dix ans. Crâne rasé et mini-touffette fièrement dressée sur le front de Wout, nuque et oreilles bien dégagées, longue et large mèche tombant sur le côté du front de Jasper. 

    - Vous n'auriez pas une perruque Jean-Marie Pfaff? demande leur maman. 

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    source 

    - C'est pour le carnaval? demande le coiffeur. 

    - Non, c'est pour Jasper, qui doit faire un exposé en classe. Il voulait parler du football mais je lui ai conseillé de choisir Jean-Marie Pfaff. J'ai trouvé plein de choses sur lui, alors il pourra facilement parler trois minutes. 

    coiffeur,vie quotidienne,école

    pour les enfants d'aujourd'hui, la perruque aux boucles blondes ferait plutôt penser à Fellaini qu'à un footballeur d'il y a trente ans... mais que voulez-vous, quand les mères s'occupent de décider du sujet et de la préparation des exposés...

     

  • B comme brumes du Nord

    Il y a eu de ces jours, fin décembre, où l'Adrienne n'avait pas envie de sortir de chez elle. 

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    Pourtant la beauté se trouve aussi dans les brumes 

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    et les glaces. 

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  • Adrienne ronronne

    L'Adrienne a passé le week-end à ronronner 

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    à boire et à manger 

    à papoter 

    à pianoter 

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     Dix ans qu'elle est heureuse d'avoir sa nipotina pour l'aider à passer ce genre de journées

  • Premiers conseils

    Quand on sonne chez l'Adrienne le matin du 26 décembre - et on sonne fort, très fort! mais c'est de sa propre faute, elle n'avait qu'à ne pas écrire "hard bellen" à côté du bouton de la sonnette - elle hésite un moment avant d'ouvrir. 

    - Bonjour, dit le beau pompier en lui tendant un calendrier. 

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    Dans lequel il y a quelques pages de conseils et douze photos 

    de camions de pompiers 

    d'échelles de pompiers 

    de casques de pompiers 

    de caserne de pompiers 

    de vestes de pompiers 

    de lances de pompiers 

    ... 

    et aucune photo du beau spécimen de pompier qu'on a devant soi et à qui, sûrement, personne n'ose refuser les quatre euros que coûte son affreux calendrier 

    tongue-out 

    Bonne année!

  • Dernière...

    L'Adrienne a été fort paresseuse en cette fin d'année: elle n'a pas trouvé la force d'écrire des cartes de vœux. 

    Elle admire ses amis finlandais qui, année après année, sont les tout premiers: décembre est à peine entamé et voilà déjà les riches coloris de l'iconographie traditionnelle dans sa boite aux lettres: 

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    Bon réveillon et bonne année à vous tous qui passez par ici!

  • Z comme ZEP

    J'aime beaucoup l'hommage de Zep à Gotlib 

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    à voir sur son blog 

    où il se présente ainsi: 

    "L’auteur de Titeuf pose un regard sans concession sur l’actualité sociopolitique de son nombril. Il s’interroge sur la vanité des choses et s’engage pour un monde plus juste, sans guerre, sans peur de l’étranger et sans choux de Bruxelles."

  • Y comme Y a plus qu'à

    Tout est rouge, vert et blanc, le décor, les vêtements, la couverture du magazine que tient la jeune fille assise au pied du sapin. Les bougies sont déjà allumées, le réveillon va bientôt commencer. 

    La jeune fille américaine prônée par le magazine est élégante: bas de soie, fins escarpins à talons, robe blanche au grand col empesé, petit bibi posé sur ses savantes boucles brunes. 

    La jeune fille américaine est gourmande: le soir du 24 décembre, parmi tous les cadeaux entassés sous le sapin, elle en a déjà ouvert un. C'est une boite de chocolats. 

    La jeune fille américaine est égoïste et paresseuse: plongée dans la lecture de son magazine, la boite de chocolats contre le pied finement chaussé, elle reste insensible à la patte du chat et aux appels de sa mère. 

    Dans son décor rouge, vert et blanc, son image est répétée jusqu'aux profondeurs abyssales de l'abyme: la jeune fille américaine ne s'occupe que d'elle-même.

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    le titre et l'illustration viennent de chez Lakévio

  • X c'est l'inconnu

    Vers la fin du trimestre, une gentille collègue avait lancé un appel: pour pouvoir réaliser des travaux de fin d'année avec les petits de professionnelle, elle était à la recherche de boutons. 

    - Est-ce que ça peut être de très vieux boutons de grand-mère? a demandé Madame, qui pour la première fois de sa vie se sentait prête à se défaire de sa "collection" de vieux boutons, de ceux qui étaient déjà vieux quand elle avait six ans et qu'elle pouvait jouer à les classer, les mettre en rangs, les disposer pour former des dessins, pendant que sa grand-mère était penchée sur sa machine à coudre. 

    - C'est d'autant mieux s'ils sont très vieux, avait répondu la gentille collègue. 

    Alors Madame, avec de ces gestes très doux qui marquent le respect pour les vieilles choses qui n'ont de valeur que sentimentale, a ouvert l'étroit tiroir de l'antique machine à coudre, en a sorti toute la collection de boutons et s'est remise une dernière fois à les trier. 

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    vieux boutons de chemises, de pyjamas, de braguettes, de cardigans... 

    ne riez pas, il a été dur de s'en séparer: 

    Madame revoit les larges pyjamas rayés de son grand-père, 

    les longues chemises à liquette de son arrière grand-père, 

    le cardigan raglan en laine verte et beige de sa grand-mère 

    et ses porte-jarretelles vieux rose... 

    *** 

    Et puis, que s'est-il passé? 

    Madame est allée admirer les oeuvres réalisées - les photos se trouvent avec le billet d'hier - et a vu des bonshommes de neige en gobelets plastique, des rennes et des sapins en bouchons de liège, en papier, en métal, en bois, des cartes de vœux recouvertes de riches couleurs et de scintillantes paillettes... 

    Mais où étaient passés ses vieux boutons? 

    souvenirs d'enfance,adrienne

  • W comme wagon de train

    Si même à nos petits de professionnelle  

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    qui sont presque tous musulmans 

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    on fait faire des décos et des cartes de Noël 

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    quel train devrais-je prendre pour y échapper?

  • V comme voix (bis)

    Il y a ce petit chapitre chez Philippe Delerm qui redit exactement ce que je voulais exprimer dans le billet du mois dernier à propos de la voix de ceux que nous avons aimés et qui ne sont plus là. Leur voix et le souvenir qu'on a de leur voix... 

    En voici un extrait: 

    La voix qu'on cherche à retrouver en nous de ceux que nous avons aimés. Jamais leur voix dans l'absolu: seulement liée à certaines phrases, parfois les plus banales, mais dont la musique revenait souvent. Parfois cette douloureuse injustice d'entendre des voix qui nous étaient presque indifférentes, et l'impossibilité de redonner musique à celles que nous aimions le plus. 

    Philippe Delerm, Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre, éd. du Seuil, 2015, p.103

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  • U comme un, deux, trois gagnants

    Voilà plus de dix ans que notre radio classique flamande, Klara, s'adonne chaque année au petit jeu du "top 100" des oeuvres musicales "classiques" préférées de son auditoire, qui est prié de voter. 

    Pendant de nombreuses années, Bach a été le numero uno absolu et indétrônable, soutenu par des chorales et chefs de chœur qui incitaient leurs membres à voter en masse pour leur idole. 

    Il semblerait que depuis l'année dernière, leurs efforts soient vains - ou ralentis: en 2016 comme en 2015, c'est le Stabat Mater (1) de Pergolesi qui sort gagnant. Le voici dans une version que j'ai choisie pour trois raisons: c'est une femme qui est chef, l'alto est remplacée par un contre-ténor et enfin, c'est enregistré dans le fief de Berthoise, qui sait si elle n'est pas dans le public kiss...

    En numéro deux, ceci (no comment)

    Et en numéro trois, un chouchou du public international pour des raisons que j'ignore, Carl Orff et ses Carmina Burana. Son passé en général et cette musique-là en particulier, ont pour moi des relents trop troubles pour que je veuille l'écouter. 

    *** 

    Moi chaque année je vote pour l'ami Mozart 

    cool 

    Quatre de ses oeuvres sont au palmarès, le Lacrimosa de son Requiem, l'adagio du concerto pour clarinette, le grand air de la Reine de la nuit et l'air de Cherubino, Voi che sapete... 

     

    avec une toute jeune et excellentissime Frederica von Stade...  
    l'air commence après environ une minute 

    *** 

    (1) et non pas, comme le croit un commentateur américain, sans doute plus amateur de l'arme blanche que du latin, le "stabbed matter" tongue-out

  • T comme traduction

    Le discours sur la paix

    Vers la fin d’un discours extrêmement important
    le grand homme d’État trébuchant
    sur une belle phrase creuse
    tombe dedans
    et désemparé la bouche grande ouverte
    haletant
    montre les dents
    et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
    met à vif le nerf de la guerre
    la délicate question d’argent.


    Jacques Prévert, in Paroles, 1946

    tintin paix.jpg

    source du dessin

    El discurso sobre la paz

    Hacia el final de un discurso de extrema importancia
    el gran hombre de Estado tropieza
    con una bella frase hueca
    cae dentro
    y desesperado, la boca abierta,
    jadeante
    enseña los dientes
    y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
    pone en evidencia el nervio de la guerra
    el delicado asunto del dinero.

    traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

    Toespraak over de vrede

    Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
    struikelt de grote staatsman
    over een mooie holle frase
    valt erin
    en radeloos met wijdopen mond
    hijgend
    toont de tanden
    en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
    legt de oorlogszenuw bloot
    de gevoelige geldkwestie.
    traduction de l'Adrienne

    poésie,poème,espagnol,traduction

    source de l'image