Elle s'appelait Adrienne - Page 5

  • R comme rengaine

    lakévio34.jpg

    En ouvrant sa porte, Maria a vu cette marée de parapluies. 

    - Zut! il pleut! 

    Elle a vite saisi le sien, l'a ouvert et a emboîté le pas à tous ces gens qui défilent dans les deux sens, la tête rentrée dans les épaules, les yeux fixés au sol pour éviter de marcher dans une flaque. 

    - Revoilà les jours sombres, disent les uns. 

    - On est repartis pour des semaines de grisaille, marmonnent les autres. 

    - La pluie, quand ça commence, ça ne s'arrête plus. 

    - Triste temps, triste pays! 

    Maria ne peut s'empêcher de sourire en entendant ces rengaines qui reviennent dans toutes les conversations chaque fois qu'une goutte d'eau tombe. 

    Arrivée à la grand-place, elle cherche des yeux son amie Nicole, avec qui elle a rendez-vous. La voilà, qui lui tourne le dos. Maria sourit en voyant cette grande distraite qui n'a de nouveau rien prévu pour se protéger de l'intempérie. 

    - Nicole! Viens vite te mettre à l'abri! 

    - A l'abri de quoi? 

    Ce n'est qu'en tendant son parapluie à son amie que Maria se rend compte qu'il ne pleut pas.

     

    *** 

    consigne et tableau chez Lakévio 
    que je remercie. 

  • 20 questions loufoques (2)

    11. Quels mots trouver pour faire l'éloge de la paresse ? 

    Rien ne sert de courir, il faut dormir à point. 

    12. Citez le dernier livre que vous avez lu et le dernier film que vous avez vu, en mêlant les mots de façon à produire deux titres originaux. 

     J'ai la mémoire qui flanche... 

    13. La question 13 vous fait-elle peur ? Pourquoi ? Imaginez une question qui flanque la trouille. 

    Je ne suis pas superstitieuse, je marche sous les échelles et j'aime tous les chats - même noirs - et toutes les araignées - même du matin tongue-out 

    Question qui me flanque régulièrement la trouille: Quoi! on est dimanche midi et le frigo est vide???

    14. De quelle couleur devrait être la prochaine déclaration d'impôt ? 

    Limpide... 

    15. Racontez-moi une loufoquerie que vous auriez aimé faire si vous aviez osé. 

    Aller à l'école avec sur la tête le chapeau boule de mon arrière-grand-père... un jour, j'oserai, je le sens tongue-out 

    16. Quelle musique entendez-vous en ce moment ? (ou aimeriez-vous entendre) 

    Mozart, sonate n°11 en fa majeur, KV 331 

    17. Citez un homme dont le prénom est Alain et une femme dont le prénom est Danielle. 

    Cousin Alain: "à trois ans, on voit déjà à la façon dont l'enfant tient une raquette de tennis s'il sera bon ou pas"
    Danielle la femme de Jacques: "mon fils n'a que huit ans et il est déjà en CM2"
    (malheureusement pour Danielle, l'Adrienne ne savait que très vaguement à quel âge un enfant se retrouve normalement en CM2) 

    18. Monsieur et madame "ça m'gratte quand je dors à cause des couvertures" ont une fille ? Quel est son prénom? 

    Ils ont hésité entre Moltonelle et Flanelle mais se sont finalement décidés pour Couette 

    19. Trouvez-vous que ce questionnaire est trop long ? Quelle question avez-vous préférée ? 

    Joker! je devrais aller voir les 10 premières pour faire un bon choix  

    20. Fermez les yeux et tapez 10 lettres sur votre clavier. Qu'est-ce que ça donne ? 

    cccclf, ,vd  (et encore, je manquais d'inspiration!) 

    ***

    Ce questionnaire est la suite du billet du 20 octobre et est l'oeuvre d'Obni 
    http://www.obni.net/questionnaire/questionnaire 

    jeu,vive internet,musique,mozart

    je préfère garder les yeux ouverts pour voir les incroyables couleurs du ciel 

    cool 

    et les anciennes cheminées d'usine!

  • Question existentielle

    Il semblerait qu'aucun auteur n'échappe à la question "pourquoi écrire?". 

    Voici une réponse: 

    "(...) et c'est pour ça justement qu'on se lance dans un livre, car les humains sont ainsi faits qu'ils cherchent toujours à mettre leurs émotions en mots..."

    Anny Duperey, Les chats de hasard, éd. Retrouvées, 2012, p. 41 

    Je remplacerais tout de même son "toujours" par "souvent" (1) parce qu'il y a aussi des tas de gens qui ne veulent pas mettre leurs émotions en mots ou qui n'y arrivent pas. 

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    mon "chat de hasard", finissant de manger le quart d'une boite de 85 grammes 

    ***

    (1) ou alors je dirais "la plupart des humains" et je laisserais tomber le "toujours" (Never say never tongue-out) 

  • P comme Premières Perles

    Les premières perles de l'année scolaire sont arrivées avec les premières pluies d'automne: c'est dire que la saison est bonne, elles se sont fait attendre les unes comme les autres. cool 

    Voici la toute première et provisoirement unique perle d'élève: 

    "J'ai une bonne santé parce que je vais chaque samedi chez le curé." 

    Madame n'a pas osé demander ce que ça signifiait tongue-out 

    *** 

    A l'entretien parents-professeurs, Madame a dû un peu jouer à la directrice et accueillir les papas et les mamans. 

    - Bonjour, monsieur, dit-elle à un papa-tout-seul et tout fringant, qui visiblement ne savait pas de quel côté se diriger. Je peux vous aider? 

    - J'attends mon ex-femme et ma fille. 

    - Vous avez rendez-vous avec quel prof? 

    - Je ne sais pas! 

    Pourtant, il était là sur invitation téléphonique.

    Comme la moitié des profs se trouvaient dans la salle du rez-de-chaussée et l'autre moitié dans celle juste au-dessus, Madame demande, afin de pouvoir le diriger du bon côté des escaliers: 

    - Votre fille est dans quelle classe? 

    - Je ne sais pas! 

    - Vous savez en quelle année elle est? 

    - Je ne sais pas... en cinquième, je pense. (1) Oui, c'est ça, en cinquième! 

    - Alors je devrais la connaître... Comment s'appelle-t-elle? 

    Heureusement il se souvenait du nom de sa fille. Mais à Madame, ce nom ne disait rien du tout. Vérification faite sur son ordinateur, Madame constate que ce papa s'est trompé. Non pas d'un an, mais de deux: sa fille n'est qu'en troisième. (2) 

    - Elle est en troisième économique, dit Madame en essayant de cacher sa stupeur (3) 

    - Ah oui, économique, c'est ça! 

    Comme quoi on peut être un jeune cadre dynamique au look arrogant, avoir une fille unique et juste savoir comment elle s'appelle. 

    *** 

    (1) la cinquième correspond à la première, en France. Sa fille devrait donc avoir 16 ans.

    (2) la troisième, c'est la seule année qui ait le même nom en France et en Belgique. Sa fille n'a donc que 14 ans. 

    (3) et ses tremblements... parce que je ne sais pas ce que vous en pensez, mais un père qui ne sait même pas en quelle année est sa fille...

    prof,école,élève,stupeur,perles

    quelques-uns des petits chéris de Madame, à la fenêtre avec leur prof d'histoire 

  • O comme oncle

    La petite a une Tantine de vingt ans qu’elle aime beaucoup. 

    Ce dimanche, elle est accompagnée d’un grand maigre aux yeux bleus. 

    - C’est ton oncle, annonce-t-elle joyeusement. 

    La petite ne comprend pas comment elle peut tout à coup avoir un oncle de plus. Elle ne dit rien et l’observe en gardant les mains derrière le dos. Il se baisse pour l’embrasser. 

    - C’est mon fiancé, explique Tantine. 

    Le nouvel oncle est plein de bonne volonté. 

    - Tu viens avec nous au Memling ?  

    Elle ne sait pas ce que c’est, le Memling, mais elle voit tant de gentillesse dans les yeux bleus qu’elle décide d’accorder sa confiance. 

    Ils s’asseyent tous les trois autour d’une des petites tables de bois sombre, dans le coin près du comptoir. 

    - Tu veux un coca ? 

    A bientôt cinq ans, elle ne connaît pas ce breuvage mais elle fait oui de la tête. 

    - Avec une paille ? 

    L’oncle n’a décidément que de bonnes idées. Elle lui sourit. 

    La boisson a une couleur et une odeur bizarres pour quelqu’un qui n’a bu que de l’eau plate et de la limonade jaune-qui-pique. Elle la déguste à petites gorgées espacées pour montrer qu’elle est une enfant bien élevée. 

    Elle s’ennuie et la chaise de paille s’imprime douloureusement dans ses cuisses. Pour passer le temps, elle admire la collection de porte-clés accrochée au-dessus du comptoir et suçote sa paille qui fait tout à coup des gargouillis incongrus, attirant l’attention des deux amoureux. Que va penser l’oncle, qu’elle est mal élevée, plus jamais il ne lui demandera de l’accompagner, elle fera honte à sa Tantine… 

    - Tu veux encore un coca ? demande-t-il gentiment en voyant la bouteille vide. 

    Elle secoue la tête « Non, non, merci ! ». 

     

    C’est ainsi que dimanche après dimanche, son cœur se gonfle d’amour. Semaine après semaine, c’est un privilège de s’ennuyer sur une chaise de paille à siroter une boisson bizarre. À observer une immuable collection de porte-clés, pendant que l’oncle et Tantine parlent de choses qu’elle ne comprend pas. 

    C’est si bon. Jusqu’au jour où sa mère voit ce bonheur et lui dit : 

    - Oh ! il ne faut surtout pas te faire des illusions et croire que c’est parce qu’ils t’aiment bien, qu’ils t’emmènent avec eux. 

    vive la famille,

    la Tantine en robe de mariée, l'oncle au second rang et la petite en robe bleue 

  • N comme Nelly et Lisette

    - Mon Dieu! comme je suis contente de te voir! s'exclame Lisette. 

    Elle serre les mains de Nelly qui serre les siennes, elles se touchent les épaules, les joues, s'embrassent. Deux petites vieilles dames en pantoufles et robe à fleurs. 

    - Ça fait si longtemps qu'on ne s'était pas vues! ajoute Nelly sans lui lâcher les mains. 

    Non mais tu entends ça, bougonne Roger. M'est d'avis qu'il y a toute une vie qu'elles ne se sont pas vues! Et elles risquent pas de se voir un jour, godverdomme! 

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    Quand l'Adrienne avait 16 ans, elle pensait que le pire malheur serait de perdre la vue. 

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    photos prises à Ostende le 11 novembre 2016 

     

     

  • M comme maison

    C'est au début de 2015 que l'Adrienne a disposé de la somme nécessaire pour s'offrir quelques armoires supplémentaires dans la cuisine. 

    Parce que là à gauche 

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    et là à droite 

    2016-11-10 cuisine (1).JPG

     et là devant les portes 

    maison,photo,hibou

    il y a de la place pour quelques rangements supplémentaires. 

    La sélection du cuisiniste n'est pas chose aisée mais finalement ça se décante tout seul: la plupart refusent de se déranger pour "seulement trois armoires". 

    Reste une maison de confiance qui accepte le travail et au fil des rendez-vous avec la responsable, l'Adrienne se sent de plus en plus enthousiaste. 

    Les semaines, les mois passent. On est déjà en septembre 2015 quand elle reçoit enfin le premier projet. Il y a quelques modifications à y apporter. 

    Les semaines, les mois passent. En mars 2016, l'offre envoyée est tout de suite signée et l'acompte payé. Les meubles seront installés dans un délai de six à huit semaines.

    Les semaines, les mois passent. En septembre 2016, l'Adrienne reçoit un message annonçant l'arrivée des armoires pour le jeudi 10 novembre. Elle sera au travail à ce moment-là, mais qu'importe! Elle n'ose imaginer quels nouveaux délais lui seraient imposés si elle voulait changer la date... 

    Le jeudi 10 novembre, au retour de l'école, là à gauche 

    maison,photo,hibou

    et là à droite 

    maison,photo,hibou

    et là devant les deux portes 

    maison,photo,hibou

    il y a enfin toutes les armoires demandées. 

    *** 

    photos choisies pour illustrer à contre-sens 

    le thème du Hibou 

    semaine 46 - uniforme 

    car, vu que l'ennui naquit un jour de l'uniformité 

    les nouvelles armoires ont une couleur totalement différente des anciennes 

    cool

     

  • L comme Lakevio

    Roger. Il s'appelait Roger. Quel âge avait-il? La quarantaine, peut-être. Difficile à évaluer quand on est une gamine de 16 ans. 

    Il aimait qu'elle passe dans sa chambre, le matin. Il prétendait ne pas trouver la prise pour son rasoir. Il voulait lui soumettre les vêtements choisis pour la journée: en tâtant l'étoffe du polo, il disait: c'est le bleu, je vais le mettre avec ce pantalon-là, d'accord? 

    Elle était toujours d'accord. Le lendemain pour le polo bordeaux à rayures ou le beige uni du surlendemain. Jamais il ne se trompait dans les couleurs. 

    - C'est ma soeur, disait-il, qui m'explique comment tout combiner. 

    Quand il arrivait dans la salle du petit déjeuner, il aimait qu'elle le remarque, vienne vers lui, l'accompagne jusqu'à sa place, lui serve son café. D'un doigt, il vérifiait si les tartines étaient bien beurrées sur les deux faces intérieures. 

    L'après-midi, chaque bénévole emmenait un ou deux de ses protégés en promenade. Généralement pas bien loin, dans la pinède. Le temps était très beau en août cette année-là. 

    Vous pourriez prendre le bus jusqu'à Bruges et longer le canal qui va à Damme, avait proposé le responsable. 

    C'est là, sur le chemin du retour, à cause d'un merveilleux soleil couchant, qu'elle a dit la phrase. Cette phrase. 

    Hoe mooi, die ondergaande zon! 

    Elle s'est tue, subitement honteuse. 

    - Pardon, Roger! J'oublie que tu ne le vois pas, ce beau soleil... 

    - Ce n'est rien! Ne t'inquiète pas! Le soleil, je le sens. Et je sens bien que c'est magnifique. Tu as raison de le dire. 

    canal brugge damme.jpg

    Ce tableau d'Ian Ledward chez Lakevio 
    qui représente le canal de Bruges à Damme 
    m'a rappelé cet épisode que je n'oublierai jamais

  • K comme Krapoverie

    La journée avance et le bus avec les grands-parents n'est toujours pas en vue. Ernest n'a plus un radis et il ne reste quasiment rien du petit pécule de Bernadette. Vont-ils pouvoir planter leur tente quelque part dans les environs? C'est douteux! Ils ont déjà eu l'occasion de remarquer que rien - ou presque - n'est gratuit à Lourdes. 

    - On pourrait essayer les maisons religieuses, propose Bernadette, jamais à court de bonnes idées. Séparément, bien sûr! parce que ça m'étonnerait que les bonnes sœurs acceptent de nous loger ensemble. 

    Où trouve-t-elle encore la force de rire, se demande Ernest, qui devient plus sombre d'heure en heure, lui qui n'était déjà pas franchement gai pendant le voyage. 

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    Ils finissent par trouver une congrégation posant pour la photo souvenir comme un jeu de quilles, en quinconce et d'une symétrie tirée au cordeau. 

    - On dirait ma grand-tante Gudule et ses copines, s'esclaffe Bernadette. Celle qui est chez les bonnes sœurs à Lokeren. Attends-moi là, je vais me renseigner. 

    Malheureusement, ce n'étaient pas des Flamandes, mais des Polonaises. 

    - Tant pis, dit Bernadette, retournons dans le centre... 

    DSCI3986 - Copie.JPG

     C'est là qu'ils tombent enfin sur le groupe de touristes belges avec le grand-père, la grand-mère, le chauffeur du bus et un tas d'inconnus: tout le monde pose gravement devant un des autels extérieurs. 

    - Qu'est-ce que je suis contente de vous voir, tous les deux! s'écrie Bernadette en se jetant au cou de son grand-père et de sa grand-mère. Venez que je vous présente Ernest.  

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    C'est ainsi qu'Ernest, en prenant congé des grands-parents de Bernadette trois jours plus tard, a appris une petite phrase essentielle pour la suite des événements le concernant: 

    - Il faut vraiment que j'y aille, dit-il en remerciant une dernière fois le grand-père. Mes affaires m'attendent! 

    - Ah! s'exclame le grand-père, vous avez bien raison, mon garçon: les affaires, c'est comme les brouettes! Quand on ne les pousse pas, elles s'arrêtent! 

    - Merci, je m'en souviendrai, dit Ernest. 

    ***

    c'est avec cette photo chez Joe Krapov que tout a commencé 

    cool 

    le premier épisode est ici 

    toutes les autres photos proviennent des archives de mes grands-parents

  • J comme joueur

    Il semblait si tranquille, en bordure du terrain. Les mains dans les poches, la casquette à carreaux bien vissée sur le crâne, il se taisait. C’est tout juste si parfois il hochait la tête au commentaire de ses voisins.

    Eux n’hésitaient pas à élever la voix, à interpeller violemment les joueurs des deux camps, à crier des injures en menaçant du poing dès qu’ils croyaient voir une faute ou une maladresse.

    Lui semblait toujours si tranquille.

    Peut-être parce que lui seul, parmi tous ces spectateurs surchauffés, connaissait le jeu de l’intérieur.

    Lui seul, autrefois, s’était trouvé à la place des joueurs. 

    père,fiction,leuze

    *** 

    ce texte écrit en 2014 est une fiction 

    père,fiction,leuze

    dont le personnage ressemble à mon père 

    wink

  • I comme incroyable

    Le matin du 9 novembre, j'apprends en même temps que le gagnant des élections américaines n'est (évidemment) pas une femme et que le site canadien dédié à l'immigration a crashé. 

    La nouvelle incroyable n'est pas le résultat des élections, d'ailleurs moi non plus je n'aurais pas su choisir entre la Peste et le Choléra. 

    L'incroyable est que dans la nuit même, en voyant venir ce résultat, des tas d'Américains ont tout de suite voulu se renseigner sur les conditions d'une immigration au Canada. 

    immigration canada.jpg

    source et article (en néerlandais) 

    et la même info en français...  
    source et article dont voici un extrait: 
    "Les tendances de Google montrent la même chose. En quelques minutes, les Américains ont demandé frénétiquement au moteur de recherche comment "déménager au Canada", comme le révèle cette courbe affolante." 

    actualité

    Yes, great! 

  • H comme heureux hasard

    Pour son cours de mardi où manquait la moitié des effectifs, les économistes étant en sortie scolaire, Madame avait prévu de faire écouter un petit reportage sur un "job de rêve": testeur

    - Vous êtes peut-être encore un peu jeunes, commence Madame, vous n'avez que 16 ans, mais sans doute certains d'entre vous ont déjà fait un job de vacances? 

    Tous les doigts se lèvent, sauf deux. Mais leur premier job est déjà réglé pour les vacances de Noël. On dirait bien que les jeunes n'ont plus le droit de ne rien faire... 

    Pauline est d'accord pour s'exprimer la première et raconter quel genre de job elle a fait: 

    - C'était pour le Lotto, dit-elle, la loterie nationale cherchait des jeunes de moins de 18 ans. On devait aller acheter des billets de loterie, pour voir si les vendeurs respectaient la loi. 

    - Incroyable! s'exclame Madame. Tu as donc fait un job de testeur! C'est exactement le sujet du reportage que je vais vous montrer! 

    Quel prof peut rêver d'une meilleure introduction au sujet choisi pour son cours? 

    - Pour ce job, continue Pauline, il fallait avoir l'air jeune, moi on me trouvait un peu trop grande. Mais mon visage, ça allait, on voyait que je n'ai pas 18 ans. 

    - Je suis bien contente d'entendre que la loterie nationale s'inquiète de savoir si la loi est respectée et fait ce genre de tests, conclut Madame après avoir écouté les commentaires et les témoignages des uns et des autres.

    On peut donc passer au reportage: une jeune fille a testé des appartements et une autre des maillots de bain... aux Caraïbes. 

    - Vous aimeriez faire un de ces jobs? demande Madame. 

    Hélas oui: pour 1000 €, les filles sont prêtes à s'exhiber en bikini et à se faire photographier sous toutes les faces. Surtout aux Caraïbes. 

    - Vous vous rendez compte, dit Madame en jouant l'effarement, où ce raisonnement peut vous mener? Que seriez-vous prêts à faire pour 10 000 €? 50 000 €? 

    La classe rigole en prenant des airs choqués. 

    Tout va bien, ils ont compris. 

    testeur.jpg

    Et pour terminer, le rêve de nombreux élèves...  
    source de la photo et article: 
    testeur de jeux vidéo

     

     

     

  • G comme guerre

    Chaque fois que mon père remontait de la cave de mes grands-parents, il ne manquait pas de dire: 

    - Il y a là de quoi soutenir un siège! 

    Sur les étagères, grand-mère Adrienne avait des bocaux de haricots verts, des bouteilles de sauce tomate, des petits pois en conserves, des sardines à l'huile, des pilchards... et j'oublie sûrement des tas de choses. 

    Il est vrai qu'elle ne cessait de nous l'annoncer, la guerre, chaque fois qu'au journal télévisé elle voyait des politiciens se chamailler, chaque fois qu'ils élevaient la voix, c'est-à-dire à peu près tous les jours: 

    - 't Gaat nog oorlog worden! (1) 

    Alors les autres adultes se moquaient d'elle, de ses kilos de café et de sucre planqués dans une grande armoire à l'étage. Et quand elle leur rappelait l'aveuglement de Chamberlain et de Daladier, en 1938, ils riaient de plus belle. 

    Ma chère petite grand-mère... 

    Aussi ai-je bien pensé à elle en voyant ceci, chez ma nipotina

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    la table, côté gauche  

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    la table, côté droit 

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    le salon 

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    la cuisine 

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    et tout ça pour un chat qui ne veut plus se nourrir... 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 45 - guerre 

    ***

    (1) on va encore avoir une guerre!

     

  • F comme femme au carnet rouge

    Une lecture plaisante de ma semaine ostendaise: 

    Lorsqu'il arriva, ils étaient déjà attablés au fond de l'établissement, devant un kir champagne vert – qui s'avéra être un champagne au sirop de basilic. [...] 

    Après l'entrée constituée d'un tartare de saumon bio aux fruits rouges équitables, ils passèrent à des filets de poulet vapeur et leurs légumes (bio toujours) agrémentés d'une sauce épicée issue d'une ancestrale recette péruvienne ramenée d'un voyage effectué par l'un des deux graphistes devenu restaurateur. Tout cela était très en phase avec l'époque, très tendance, très bobo. [...] Laurent se prit à rêver de ces Relais et Châteaux de province où l'on vous souhaite, dans des salles à manger aux cheminées crépitantes, une "bonne continuation" à chaque plat.

    Antoine Laurain, La femme au carnet rouge, éd. Flammarion 2014, p.103-105

    Avec ici et là des choses qui font sourire 

    Travaillez-vous sur un prochain roman? Oui, oui, j'y travaille... répondit Pichier, laconique.

    Il était en fait en train de se fourvoyer depuis deux mois et demi dans une intrigue qu'il qualifiait lui-même de "merdique" à ses proches et qu'il s'était bien gardé de raconter à son éditeur. [...] En panne dans son récit, il pouvait, après avoir écrit trois phrases à peine, passer le reste de sa journée devant son écran d'ordinateur à surfer sur le Web [...]. Aussi, tapait-il – comme tous ses semblables – son nom et le titre de ses romans, guettant les critiques sur les blogs et sites littéraires, souriant à une bonne et pestant contre une mitigée [...]. Parfois, sous couvert de pseudonymes, il en écrivait lui-même [...] s'envoyant des fleurs et saluant le talent immense de Frédéric Pichier.

    idem, p.113-114

    Des choses qui semblent sortir du vécu de l'auteur (1)

    Comme de nombreux écrivains, Pichier avait un autre métier. Il était professeur de français pour les secondes et premières. Dans un lycée de grande banlieue [...]. Après vingt et un ans d'enseignement, une usure avait commencé à se faire sentir. Une usure nerveuse. Encouragé par son éditeur et ses proches, Pichier avait pris "une année sabbatique" afin de se consacrer uniquement à l'écriture. Depuis qu'il était bloqué sur son texte, seul, tous les jours chez lui, il regrettait cette décision qui l'avait privé de ses élèves. Ils avaient beau être turbulents, rusés, retors, d'une inculture parfois abyssale, il devait en convenir, ses journées avec eux étaient infiniment plus vivantes que celles qu'il passait désormais devant son écran.

    idem, p.114-115

    Du vécu qui serait bien observé et bien raconté 

    Sur les genoux de Chloé, le chat dans son sac émettait des feulements intermittents qu'elle faisait aussitôt cesser en passant ses doigts le long du grillage. [...]

    Là-bas aussi il y avait un chat? dit Chloé. On aurait dit qu'elle évoquait un pays lointain où l'on ne reviendrait jamais, à la manière de ces exilés qui se remémorent la contrée de leur enfance. Oui, dit sobrement Laurent. Il était comment? Noir. C'était quoi son nom déjà? Belphégor [...].

    Poutine (2), annonça distinctement le vétérinaire en entrant dans la salle d'attente. Deux dames à petit chien levèrent les yeux de leurs magazines et se regardèrent. La première haussa les sourcils d'un air consterné, l'autre hocha la tête, pauvre bête, murmura-t-elle.

    idem, p. 207-208

    à la fin du livre, l'auteur en fait lui-même le résumé: 

    C'est l'histoire d'un libraire qui trouve un sac de femme un matin dans la rue, il le ramène chez lui, en sort les objets et se décide à retrouver la femme du sac, il y arrive et lorsqu'il l'a trouvée, il fuit bêtement. (3) 

    idem, p. 232

    De nombreux clins d'oeil à des auteurs contemporains: 

    A trois arrondissements de là, le stylo-plume en suspens, Patrick Modiano se demandait depuis une demi-heure s'il devait ou non mettre une virgule après le premier mot de la dernière phrase de son nouveau roman. (4)

    idem, p. 236 

    Bref, un agréable moment de lecture. 

    ***

    (1) ceci est un compliment cool 

    (2) Chloé a un chat qui s'appelle Poutine 

    (3) mais rassurez-vous, tout s'arrange à la fin tongue-out 

    (4) Modiano a un petit rôle sympathique dans l'histoire 

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    photo sur le site de Flammarion 

    critique de RTL et Elle

  • 7 choses

    Quand elle a vu cette vieille Remington, elle n'a pas réfléchi, pas pensé qu'elle n'avait jamais appris la dactylographie: elle s'est juste souvenue de l'interview de Dany Laferrière, son idole, lue le matin même dans le bus en allant au travail. 

    Elle ferait comme lui et écrirait son premier livre, sa première oeuvre, son premier best-seller exactement comme lui, à un ou deux doigts, sur une machine identique. 

    Elle avait déjà le papier bleu comme Colette, les carnets de moleskine comme Hemingway, l'encre et la plume sur un pupitre comme Hugo, les plans détaillés et minutieux comme Flaubert.  

    Maintenant que tout était en place, ça devait marcher. 

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    Ce n'est qu'au moment où elle s'est installée - avec force cafés, oui, comme Balzac - qu'elle s'est aperçue que sa Remington n'en était pas une: elle était en caractères cyrilliques. 

    ***

    sources possibles de l'image ici 

    encore un coup de l'experte Adrienne 

    qui a cru, erronément, 

    que cette photo était celle de la consigne de la semaine 

    chez Bricabook

    tongue-out

  • E comme experte

    Il serait temps que je me décide, s'est dit l'Adrienne au bout de trois semaines de réflexion. 

    Alors elle a saisi son téléphone. 

    - Allô! c'est toi, Michel?
    - Non, c'est Daniel. 
    - Bonjour Daniel! Dis-moi, vous faites les amortisseurs? 
    - Ah non, désolé, on faisait mais on ne fait plus... 

    Alors elle a repris son téléphone. 

    - Bonjour. Je suis bien chez Mazda? Oui, c'est l'Adrienne et sa Mazda3. Il me faudrait de nouveaux amortisseurs. Je pourrais passer un de ces jours? Ah bon? Si vous le dites... Désolée, toutes mes excuses! 

    Puis elle a repris son téléphone. 

    - Allô! c'est Daniel? 
    - Non c'est Michel. 
    - Bonjour, Michel. Daniel t'a dit que je viens de téléphoner pour des amortisseurs? En fait, c'est de nouveaux pneus que j'ai besoin... 

    *** 

    Alors après ça, comment voulez-vous qu'un garagiste prenne encore l'Adrienne au sérieux? 

    tongue-out 

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    la Mazda
    et le chat 
    à l'automne 2011 

    cool

  • D comme déconnexion

    Une des particularités de ma carissima nipotina, c'est le refus d'une connexion internet à domicile. Elle, le téléphone ne lui fait pas peur tongue-out. Et pour d'éventuelles autres utilisations d'internet, elle a sa connexion à son lieu de travail: sa pause déjeuner lui suffit amplement pour vérifier le temps qu'il fera à Bologne quand elle y sera ou quel est le taux de glucides du brownie aux noix.  

    Ce qui fait que si vous lui envoyez une carte virtuelle, il se peut qu'elle ne l'ouvre que cinq ou six semaines plus tard. Et que si elle a un avion à prendre, elle vous demande de régler les réservations à sa place. 

    Rien ne lui fera avouer que ce serait pratique d'avoir un ordi et une connexion chez elle. 

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    Alors, quand l'Adrienne garde les chats de sa nipotina, il faut qu'elle se trouve d'autres occupations que la lecture et les commentaires chez ses blogamis: les soins et les câlins aux félins ne remplissent pas la journée. 

    Heureusement, il y a la bibliothèque de la ville jusqu'où trimbaler l'ordi en espérant que là, ça marchera, la connexion cool 

    ostende,chat

    et qu'on pourra y boire un cappuccino laughing

  • C comme cheminées

    Dans ma petite ville au passé textile, comme dans les grandes villes du nord de la France, les hautes cheminées d'usines étaient omniprésentes

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    Je dis 'étaient' parce que nombreuses sont celles qui, faute d'entretien, se sont écroulées, ou ont été abattues pour laisser la place à d'autres projets urbanistiques. 

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    Je ne sais pas s'il faut attendre une reconnaissance de l'Unesco pour sauvegarder celles qui restent, parfois amputées de la moitié de leur hauteur et juste restées là "pour faire couleur locale" quand une usine est transformée en lofts. 

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    En tout cas, celles que je vois dans ma ville, je ne peux m'empêcher de les trouver belles et émouvantes, parce qu'elles symbolisent tout le passé industrieux des hommes et des femmes de ma famille depuis la moitié du 19e siècle jusqu'au milieu du 20e. 

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    Filature, bobinage, teinturerie, ourdissage, tissage, toutes les usines avaient leur chaufferie pour produire la vapeur, l'énergie nécessaire au fonctionnement des machines. 

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    Et tout autour grouillent les maisons ouvrières, souvent encore aujourd'hui les quartiers les plus défavorisés, où il n'y avait qu'une pièce à vivre, deux chambres à l'étage, une cour avec la pompe et les toilettes.

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    ce qui explique la présence, à l'arrière de ces maisons, de constructions basses rajoutées pour agrandir une cuisine et avoir une salle de bains. 

  • B comme balade bruxelloise

    Sur le chemin du retour, entre le Cinquantenaire et la gare du Nord: 

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    La maison de Paul et Caroline Cauchie, architecte et décorateurs, rue des Francs 

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    Paul Cauchie est le grand spécialiste des sgraffites

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    La maison du peintre Georges Saint-Cyr, conçue par l'architecte Gustave Strauven, square Ambiorix,  

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    fait à peine 4 mètres de large 

    (un bijou de ferronnerie d'art devant lequel cette personne tenait à rester tongue-out)

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    L'hôtel Van Eetvelde, oeuvre de Victor Horta, avenue Palmerston 

    *** 

    Pour ceux qui voudraient tout voir, la liste complète est des bâtiments bruxellois art nouveau est ici et cinq belles balades (une par quartier concerné) sont proposées ici 

    Je me demande bien pourquoi les photos sont interdites à la maison Cauchie, on les trouve par centaines sur internet... 

    *** 

    Merci à Tania, grâce à qui j'ai découvert la maison Cauchie!

  • Adrienne aime les arbres

    C'est tout de même incroyable, se dit l'Adrienne, 

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    de se promener en plein Bruxelles 

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    et de ne voir que des arbres! 

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    Bien verts encore, fin octobre 

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    et sur tout ce long parcours, du centre ville jusqu'au Cinquantenaire,  

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    épuiser sa batterie à ne photographier que des arbres 

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    avec des jets d'eau 

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    et avec quelques "vieilles pierres" 

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    et pour terminer, un clin d’œil à Walrus: 
    le promeneur-du-petit-matin-avec-son-chien 
    (le chien est petit, on ne le voit pas sur la photo)

    cool

  • Premier novembre

    Premières couleurs automnales 

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    douceur des fleurs de saison 

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    cyclamens du parc et anémones de mon jardin 

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    pour le projet du Hibou

    semaine 44 - douceur

     

     

  • Derniers potins

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    Généralement, c'est ma bonne qui m'emmène au parc. Elle discute si fort avec les autres bonnes que je peux aller jusqu'au bassin, je les entends encore. Elles ont des conversations peu intéressantes sur leur amoureux et très instructives sur nos mamans et nos papas. Elles oublient un peu qu'on est là et qu'on a des oreilles mais on joue en faisant semblant de rien.

    Parfois, c'est maman qui m'emmène au parc. Ces jours-là, elle retrouve son amie Clotilde et je fais mes pâtés de sable le plus près possible pour ne rien perdre de leur conversation. Même si elles se parlent tout bas, même si Clotilde me tourne le dos, je n'en perds pas une miette, surtout quand elles parlent des bonnes et des papas. 

    Ces jours-là, je peux garder mes gants pour faire mes pâtés de sable - je n'aime pas avoir ces grains qui collent sous les ongles - maman ne le remarque même pas! 

    tableau et jeu chez Lakévio 
    que je remercie!

  • Z comme Ziméo

    Cette semaine, Madame et ses élèves discutaient d'un article qu'elle leur avait fait lire sur la "Génération Twee", supposée être la leur et avoir comme principales caractéristiques la douceur et le refus de grandir. 

    La discussion en vient tout naturellement aux réseaux sociaux et à internet - les Twee sont accro à leur portable - ce qui fait avouer à Madame qu'elle non plus ne pourrait se passer d'internet. 

    - Pouvez-vous vous imaginer, leur dit-elle, que quand j'avais votre âge et que j'étais séparée de ma meilleure amie, on s'écrivait des lettres? avec du papier et un stylo et une enveloppe avec un timbre et un facteur qui l'apporte?

    Ils ont bien rigolé laughing 

    - Je ne sais même plus, poursuit Madame sur sa lancée, comment je faisais avant pour réserver un billet d'avion... 

    Eux non plus, évidemment, ils sont nés en 2000 tongue-out 

    Et ce Ziméo, qui est dans le titre, vous demandez-vous? 

    Là, il s'agit d'un autre atout formidable de la Toile, son côté encyclopédique. Même s'il faut de plus en plus être patient et futé pour trouver la substantifique moelle dans le fouillis du pseudo et du commercial - Walrus en parlait aussi dernièrement. 

    Ziméo est un conte philosophique de Jean-François de Saint-Lambert (1716-1803), une oeuvre qui a parfaitement sa place parmi les grands textes des Lumières et que Madame vient seulement de découvrir: elle le leur fera sûrement lire l'an prochain, quand ses gentils Twee seront en Terminale et que, refus de voir les problèmes ou pas, il leur faudra bien se pencher sur la question de l'esclavage, celui d'hier et celui d'aujourd'hui.

    prof,école,élève,littérature

    source et article

  • Y comme yatsuhashi

    Yatsuhashi, nous dit le conférencier, signifie 'huit ponts'. C'est un thème pictural qui trouve son origine dans un recueil de poèmes et de récits du 10e siècle, Ise monogatariun grand classique de la littérature japonaise traditionnelle. 

    Vous verrez donc de nombreuses estampes sur ce thème, dont certaines vraiment exquises, avec des iris bleus. 

    Vous les verrez, si vous allez à l'expo au Cinquantenaire tongue-out et certainement aussi en cherchant un peu dans l'immense grenier-à-fouillis qu'est la Toile. 

    Cependant, ce ne sont pas celles-là que j'ai photographiées: comme d'habitude, mon appareil photo commençait à montrer des signes de fatigue - trop d'arbres avaient attiré son attention en cours de route - et je devais opérer une sélection sévère, comme à l'époque des films à 36 photos... 

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    Par contre, j'ai photographié ce pont-ci, sur une estampe qui ressemble à une planche de BD, où des gens se pressent sous la pluie. Ne me demandez pas de qui est cette oeuvre: comme je l'ai expliqué précédemment à Tania, on devait déposer nos sacs au vestiaire mais on pouvait photographier sans flash. Je ne me suis donc pas encombrée de mes habituels stylo et carnet, j'ai juste pris l'appareil photo. Inutile de dire qu'avec ma formidable mémoire - et ma merveilleuse connaissance du japonais - je n'ai retenu aucun nom. 

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    merveilleux rendu d'une nuit étoilée et de lumignons dans une ville japonaise du 19e siècle 

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    Et en fin de parcours, des oeuvres dans l'esprit "ukijo-e" de Dimitri Piot, auteur de BD et illustrateur. 

    C'est vraiment très beau, très poétique et en même temps un peu étrange de voir des paysages bruxellois représentés dans le style des estampes japonaises, comme ci-dessus, l'arc du Cinquantenaire sous la neige.

  • X c'est l'inconnu

    Ce bel inconnu qui entre dans votre maison et dans votre vie, avec sa patte de velours et la force de son regard, Anny Duperey l'appelle "le chat de hasard". 

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    éditions Retrouvées, 1999 

    "Il vint me rendre visite tous les jours et j'étais ravie de cette compagnie. Le matin, quand j'ouvrais la porte ou la fenêtre il apparaissait presque tout de suite, refaisait un petit tour dans les pièces comme pour s'assurer qu'on n'avait rien changé en son absence, puis il grimpait sur ma table. Je lui installai vite un coin sous la lampe avec un foulard douillet pour éviter qu'il ne se couche en travers du cahier, ce que les chats font toujours. Quand ils sont étalés un peu en dehors du papier et qu'il n'y a qu'une queue à pousser pour finir une phrase, ça va, mais si c'est le corps entier, c'est plus gênant." (p.81) 

    *** 

    Dans cinq jours je retrouve mon chat de hasard 

    bien vieux et bien malade 

    pendant que ma carissima nipotina découvre un joli coin de l'Italie 

    et ce sera un vrai bonheur 

    de le soigner 

    et de l'entendre ronronner 

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    le voici à l'époque où il était encore plus rapide que sa photographe 

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    le dernier été ensemble 

    Relire Anny Duperey, c'est retrouver, très forte, l'envie d'avoir un chat à ses côtés. 

    "Comme les minutes, les heures, paraissent plus légères, plus vivantes, lorsqu'un discret ronron les accompagne. Ce simple bonheur d'être, qui n'a à compter ni avec l'effort ni avec le temps, vous console de tous les moments à vide (...)" (p.82) 

  • W comme wonder

    "De wonderen zijn de wereld nog niet uit" (1) 

    s'est dit l'Adrienne 

    quand après une troisième injonction en douze mois 

    elle a fini par recevoir cette réponse: 

    "Les armoires de cuisine seront livrées et installées le 10 novembre" 

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    (1) parfois un miracle arrive 

    (et les "trous" dans la cuisine vont finir par se remplir) 

    alleluia 

    cool

  • V comme voyage, voyage

    Dimanche dernier, l'Adrienne est allée au musée du Cinquantenaire pour voir l'expo sur les estampes japonaises: http://www.kmkg-mrah.be/fr/expositions/ukiyo-e

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    c'est la célèbre vague de Hokusai (1760-1849) qui sert d'affiche à l'expo 

    mais on commence par le 18e siècle

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    Suzuki Harunobu (1724-1770), le premier à imprimer plusieurs couleurs (en 1765) 

    la dame en vert a un chat sur les genoux 

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    triptyque de Kubo Shunman (1757-1820)
    avec trois phases du travail des draps de laine (à gauche le foulage) 

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    un de mes préférés de Hokusai 
    surtout pour le point de vue original, à hauteur du faîte, avec dans le bas la ville cachée par les nuages d'où sort un cerf-volant et bien sûr dans le fond, le pic neigeux du mont Fuji 

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    et pour terminer, un aspect de Hokusai qui m'était inconnu 

    mais qui cadre bien avec Halloween qui s'approche 

    yell

     

  • U comme une fois...

    Une fois, juste une fois, l'Adrienne est allée à l'académie, a demandé la clé du local 217 et s'est installée à ce piano: 

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    le beau piano à queue du local 217 

    Une fois, juste une fois et pendant une heure entière, elle s'est amusée à jouer tous ses petits morceaux simplets - sur lesquels pourtant ses doigts trébuchent encore - et quand au bout de l'heure elle a rendu à la secrétaire la clé du local numéro 217, elle avait sur la figure un grand, tout grand sourire de bonheur qui ne l'a plus quittée de la journée laughing 

    Quelle différence de 'toucher' avec ce piano qu'elle a chez elle et qui a besoin d'une prise de courant pour fonctionner! 

    musique,photo,hibou,vie quotidienne

    et le piano-qui-marche-à-l'électricité cool 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 43 - électricité

     

  • T comme Torrinha

    Lui, c'est Dirk. Son père possède une supérette dans une station balnéaire belge. Il est prévu qu'il reprenne l'affaire dès que possible: il est l'unique héritier et il est prêt. Depuis toujours. 

    Elle, c'est Lurdes. Ses parents, ses jeunes frères et sœurs habitent un village de chèvres dans la montagne. Elle termine ses études d'hôtellerie et fait un stage à Funchal. 

    Là-bas, dans le bateau qui s'éloigne, il y a Dirk. Il se dit qu'il reviendra. Il se dit qu'il convaincra son père. Qu'il a trouvé la femme de sa vie. Qu'il a quelques mois devant lui pour apprendre le portugais. 

    Là-haut, sur la route de Torrinha, il y a Lurdes. Elle se dit qu'il reviendra. Elle se dit qu'elle convaincra ses parents. Que son avenir est dans ce pays inconnu. Qu'elle doit commencer à apprendre le néerlandais. 

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    photo et atelier de Leiloona

  • Stupeur et tremblements

    Ce ne sont pas les causes de "stupeur et tremblements" qui manquent, même pour quelqu'un qui suit l'actualité de très très loin. Le triste soap-opera Hillary Trump à lui seul pourrait remplir la rubrique pendant de nombreux mois. 

    Mais il y a aussi les faits divers, comme cette nouvelle qui m'est parvenue le 11 octobre. 

    Une femme "de chez nous", âgée de 90 ans a déboursé environ 50 000 € pour être "cryogénée". 

    Le premier moment de stupeur passé, les questions se bousculent...  

    Ne pouvait-elle rien faire de mieux avec ces 50 000 €?
    Quelle sorte de foi (en l'homme, en la science, en l'avenir...) faut-il avoir pour être tenté(e) par ce genre de procédé de conservation du corps?
    Quelle sorte de résurrection attend-elle, dans son corps de femme de 90 ans? 
    Quelle sorte de vie espère-t-elle pouvoir mener, quand, où, avec qui, dans quelle sorte de monde? 

    En allant voir à gauche et à droite quelques articles sur le sujet, je me dis que vraiment, les Anciens avaient raison: Mundus vult decipi, le monde veut être trompé. 

    Il y a toujours quelqu'un qui en tirera profit, comme cet entrepreneur de pompes funèbres qui a eu l'honneur de préparer le corps et l'explique avec sérieux devant les caméras de la télévision flamande: rinçages, vitrification, six cents kilos de neige carbonique pour amener le corps à -80°, transport spécial jusqu'à Michigan, refroidissement supplémentaire et conservation à -196°, étonnez-vous après ça qu'on ait besoin de quatre planètes et demie pour subvenir à nos insensés besoins... 

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    source