Elle s'appelait Adrienne - Page 5

  • T comme traduction

    Le discours sur la paix

    Vers la fin d’un discours extrêmement important
    le grand homme d’État trébuchant
    sur une belle phrase creuse
    tombe dedans
    et désemparé la bouche grande ouverte
    haletant
    montre les dents
    et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
    met à vif le nerf de la guerre
    la délicate question d’argent.


    Jacques Prévert, in Paroles, 1946

    tintin paix.jpg

    source du dessin

    El discurso sobre la paz

    Hacia el final de un discurso de extrema importancia
    el gran hombre de Estado tropieza
    con una bella frase hueca
    cae dentro
    y desesperado, la boca abierta,
    jadeante
    enseña los dientes
    y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
    pone en evidencia el nervio de la guerra
    el delicado asunto del dinero.

    traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

    Toespraak over de vrede

    Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
    struikelt de grote staatsman
    over een mooie holle frase
    valt erin
    en radeloos met wijdopen mond
    hijgend
    toont de tanden
    en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
    legt de oorlogszenuw bloot
    de gevoelige geldkwestie.
    traduction de l'Adrienne

    poésie,poème,espagnol,traduction

    source de l'image

     
  • 22 rencontres (15)

    Comment ne pas la reconnaître, cette blondeur, ces yeux bleus, cette beauté, c'est Aurélie. 

    Elle est assise dans le large couloir qui sépare les locaux utilisés par divers profs de musique. A côté d'elle, une petite fille boudeuse est penchée sur ses devoirs. 

    Sa petite fille, à n'en pas douter: c'est ainsi qu'elle devait être elle-même quand elle avait huit ou neuf ans. 

    De part et d'autre, on s'exclame des "Aurélie!" et des "Madame!" et on s'embrasse. Toutes ces années qu'elles ne se sont plus vues! Madame reçoit l'indispensable mise à jour cool

    Aurélie, qui avait "la vocation" et était devenue une excellente institutrice - au point même d'avoir été suivie par une télé locale, Madame a fièrement montré cette vidéo pendant quelques années à ses classes de Terminale - a complètement changé son parcours: le deuxième homme de sa vie est un travailleur indépendant, il a besoin d'elle pour le seconder, elle a quitté la classe. 

    La seule, désormais, à profiter de ses talents d'institutrice, c'est sa petite fille. Qui n'a pas l'air d'apprécier... 

    - Tu te rattrapes avec elle, sourit Madame devant la mine renfrognée de la petite.

    - Ah! il faut tout le temps être derrière elle! soupire Aurélie. Sinon elle ne fait rien!

    - Je vois... c'est pour ça que tu fais le devoir à sa place...

    ***

    parce que, oui, elle est aussi comme ça, Madame, dès qu'il s'agit d'élèves, d'anciens élèves, d'enfants ou de jeunes en général: elle ne peut s'empêcher de se mêler de ce qui ne la regarde pas.  

    prof,école,élève,femme

    encore une autre mini-Aurélie 
    dont Madame a eu en classe
    le père et la mère 

    cool 

    ah! quel bonheur! 
    ces petites villes de province 

    tongue-out

     

  • R comme relire ses classiques

    La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s’étendent sur la pente d’une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées. 

    stendhal.jpg

    C'est ainsi que commence Le Rouge et le Noir dans mon édition établie et préfacée par Henri Martineau et parue chez Garnier. 

    Quel plaisir, après avoir été privée pendant presque deux ans de mon exemplaire, prêté à la fille d'une ancienne élève alors qu'on le trouve en ligne ou en format poche, quel plaisir de retrouver intact mon amour pour Julien Sorel. 

    – Je veux absolument prendre chez moi Sorel, le fils du scieur de planches, dit M. de Rênal ; il surveillera les enfants, qui commencent à devenir trop diables pour nous. C’est un jeune prêtre, ou autant vaut, bon latiniste, et qui fera faire des progrès aux enfants ; car il a un caractère ferme, dit le curé. 

    Lecture obligatoire dans ma première année de philologie romane, donc découverte à 18 ans, redécouverte aujourd'hui: bizarrement, je me souviens de chaque ligne et pourtant ma lecture est différente, mon appréciation pour Stendhal plus grande encore. 

    Au lieu de surveiller attentivement l’action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n’était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut-être pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses aînés ; mais cette manie de lecture lui était odieuse, il ne savait pas lire lui-même. 

    Beaucoup de choses seront dites sur Julien avant qu'on puisse se faire une idée de son physique ou de sa personnalité, contrairement à la façon dont sont traités les autres personnages, assez immédiatement décrits et mis en scène. Il faut attendre la fin du chapitre IV pour apprendre ceci: 

    C’était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l’expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et, dans les moments de colère, un air méchant. 

    Toute mon admiration pour Gérard Philipe ne peut m'empêcher de préférer donner à Julien Sorel les traits que j'imagine en lisant Stendhal, plutôt que les siens, si séduisants soient-ils cool 

    Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, madame de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette. Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de madame de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. 

    (début du chapitre VI) 

    Même un Gérard Philipe à l'allure éternellement juvénile, avec ses 32 ans au moment du film, est trop vieux pour le rôle, lui donne trop de maturité. Une maturité que Julien est loin de posséder et qu'il ne trouve que tout à la fin du livre, quand les dés sont définitivement jetés. 

    – Autrefois, lui disait Julien, quand j’aurais pu être si heureux pendant nos promenades dans les bois de Vergy, une ambition fougueuse entraînait mon âme dans les pays imaginaires. Au lieu de serrer contre mon cœur ce bras charmant qui était si près de mes lèvres, l’avenir m’enlevait à toi ; j’étais aux innombrables combats que j’aurais à soutenir pour bâtir une fortune colossale... Non, je serais mort sans connaître le bonheur, si vous n’étiez venue me voir dans cette prison. 

    Voilà ce qu'il dit à madame de Rênal dans le dernier chapitre, enfin réconcilié avec son destin. 

  • 20 miracles de la nature (1)

    2016-11-30 (2).JPG

    Quand l'étang est à moitié gelé,
    Saturnin et ses copains  

    2016-11-30 (1).JPG

     amusent les passants 
    et les enfants 

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    en leur refaisant 
    un numéro de Jésus 

    *** 

    pour le défi du Hibou 

    semaine 51 - miroir

  • Quel cadeau lui faire?

     Quand j'ai couru porter un collier de perles à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse en avait un en vrais diamants 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru porter mes rubans d'soie à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà fini d's'coiffer 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'offris pour étrenne un poudrier à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà du rose aux joues 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru tout chose au rendez-vous d'mon Eurypyle 
    La bell' posait toute nue pour un sal' typ' qui la peignait 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con 

    lakévio38.jpg

    tableau et consigne chez Lakévio

     (n'est-ce pas incroyable?
    voilà exactement 52 ans
    que l'ami Georges chantait cette chanson de la vidéo!)

  • P comme play it (again)

    A l'académie de musique, un examen ne s'appelle plus "examen": il s'appelle "toonmoment", ce qui veut dire "un moment où tu dois montrer ce que tu sais faire". Devant un jury et un public. 

    Même l'Adrienne, qui ne sait encore jouer que de simplissimes petites ritournelles de rien du tout, doit participer à ce genre d'évènement. 

    C'était prévu pour lundi dernier et vous pouvez compter sur l'Adrienne pour s'y être dûment préparée, jour après jour. Jusqu'à chantonner sa musiquette en marchant dans les couloirs de l'école: mi-ré-do, ré-mi-fa-mi-do-mi-ré, mi-fa-sol-sol-ré-do, ré-mi-mi-ré etc. 

    Au point qu'elle a réussi à s'y rendre quasiment sans stress, fredonnant ses mi-ré-do et se répétant des "Advienne que pourra" ou "A l'impossible nul n'est tenu". 

    Mais lundi dernier, la porte était close et l'affaire ajournée: la prof était malade. 

    Espérons que demain soir le jury et le public soient indulgents et que les dix doigts ne fourchent pas tongue-out

    Amen. 

  • O comme oral

    - En deuxième partie de l'entretien, avait annoncé Madame quelques semaines avant les examens, il s'agit de me montrer votre capacité à avoir une conversation. C'est vous qui en choisirez le sujet. 

    Voilà une des choses que Madame adore dans ce métier: qu'ils parlent d'eux, de ce qu'ils aiment, de ce qui les rend fiers ou heureux. 

    C'est ainsi qu'hier Madame ne s'est pas ennuyée une minute, à bavarder avec tout ce gentil monde.
    Celui qui lui a vanté les beautés du pays de ses grands-parents, la Tunisie.
    Celle qui fera dès la semaine prochaine son premier "job d'étudiante", pour lequel elle devra se lever très tôt parce que c'est dans une boulangerie. 
    Celui qui rêve de Broadway. 
    Celle qui a besoin de ses deux mains pour expliquer comment l'accident de voiture est arrivé et quelles en ont été les conséquences pour la carrosserie. 
    Ceux qui ont tout arrêté, le dessin, la musique, le sport, à cause de "tout ce travail pour l'école". 
    Celle qui fait de la danse contemporaine et du chant classique et est toute fière de dire que pour ces deux cours, elle a choisi un prof francophone. 
    Celle qui voulait parler de son border colleye parce que son chien "est son ami le plus fidèle". 
    Celle qui a apporté l'album photo de son voyage de rêve, en Thaïlande. 
    Ceux qui découvrent in extremis le sens d'un mot, d'une phrase, d'un texte, parce qu'on les y aide et qui s'écrient "aaahhh" en ouvrant de grands yeux devant cette révélation qui leur est enfin faite. 

    - Aaahhh!!! c'est lui l'auteur? 
    - Aaahhh!!! c'est pour ça que ça s'appelle une autobiographie! 
    - Aaahhh!!! maintenant je comprends! 

    N'est-ce pas magnifique cool 

    Et puis il y a celle qui dit tout le temps "excusez-moi": 

    - Tu peux t'asseoir ici... 
    - Excusez-moi! 
    - Les questions sont sur ces petits billets, tu peux en choisir un... 
    - Excusez-moi! 
    - Tu commences quand tu veux... 
    - Excusez-moi! 

    Comment fait-on pour ne pas les aimer? 

    Cette année, une fois de plus, ils sont trop choux kiss 

    prof,école,élèves,chien,voyage

     

  • N comme NDD

    Le manque de contact avec la nature fait du tort aux enfants, ça fait des années qu'on nous le dit et qu'on le constate. Il semblerait même que ça porte un nom: NDD, nature deficit disorder. 

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    Sur le chemin de l'école, je regarde le ciel et j'essaie de ne pas penser au nombre de "particules fines" que j'inhale. Chaque enfant de l'école primaire est amené individuellement en voiture jusqu'à la porte et sur le grand "drive-in" les papas et les mamans sont à l'arrêt dès huit heures. Les moteurs tournent. Dans l'habitacle, père, mère, fils, fille, chacun a les yeux rivés sur son smartphone en attendant la sonnerie du début des cours. La cour de récré, le préau, c'est trop froid, je suppose. Je longe la file de voitures en retenant ma respiration devant l'alignement de pots d'échappement. 

    2016-12-08 (1).JPG

    Même scénario l'après-midi: dès 14.00 h., les premiers grands-parents investissent les places de parking pour créer le grand chaos quotidien de la sortie des classes, deux heures plus tard. Pendant tout ce temps, leur moteur tournera. L'été pour la clim' et l'hiver pour le chauffage. Je crois que l'essence et le diesel sont encore trop bon marché. 

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    Le vélo, me disent-ils, c'est trop dangereux à cause de toutes ces voitures... 

    *** 

    photos prises en décembre sur le chemin de l'école (avec une pie dans l'arbre numéro 2 et la déco de Noël dans l'arbre numéro 3)

  • M comme medèn ágan

    Quand l'été dernier l'Adrienne a annoncé à l'amie Lutgart qu'elle passerait à un mi-temps dès la rentrée, celle-ci a applaudi en helléniste: 

    - Μηδὲν ἄγαν! 

    "Rien de trop", traduction littérale, ou "Point trop n'en faut", comme dit le proverbe en français, et "Qui trop embrasse mal étreint" (la mère de l'Adrienne ADORE ce proverbe). Bref: garder la juste mesure en toute chose. 

    Car s'il est une étiquette qui colle fâcheusement à l'Adrienne, c'est qu'elle "en fait trop". 

    Or, que lit-elle hier soir dans son magazine préféré? Exactement le même message, mais délivré comme une nouveauté made in Sweden, une panacée scandinave, une sagesse suédoise appelée lagom et qui dit exactement ce que disaient les Anciens: cherchez le juste milieu en toute chose. 

    Point trop n'en faut. 

    DSCI4318.JPG

    Ce n'est pas cette buveuse d'absinthe qui dira le contraire 

    tongue-out 

    tableau de Léon Spilliaert 
    photographié au MSK de Gand
    samedi dernier

     

     

  • L comme lumière

    Je disais hier dans un commentaire mon admiration pour le peintre impressionniste belge Emile Claus (1849-1924), voici les trois tableaux vus samedi dernier à Gand: 

    Claus meisjes in het veld.jpg

    Meisjes in het veld - 1892 (Petites filles au champ) 
    pastel sur papier - photo sur le site du musée 

    Elles ont enlevé leurs sabots pour marcher dans l'herbe en bord du champ prêt à être moissonné 

    DSCI4313.JPG

    Zonnige dag - 1899 (une journée ensoleillée)
    on en profite pour faire une lessive dehors
    et vérifier la blancheur des cols de chemise cool 

    à l'ombre légère de grands arbres
    qui laissent passer des taches de soleil 

    DSCI4314.JPG

    De ijsvogels - 1891 

    'ijsvogel' signifie 'martin-pêcheur' 
    en néerlandais cela permet le jeu de mots sur 'ijs' (glace) et 'vogel' (oiseau) pour désigner les gens qui s'amusent sur la glace avec leur petite luge 

    Les photos sur Wikipedia Commons sont bien meilleures que les miennes: 

    peinture,belge,belgique,flandre,flamand,expo

    Le titre en français est 'les patineurs' alors qu'ils n'ont pas de patins, ils sont en sabots, leurs deux bâtons servent à avancer plus vite avec la luge sur la surface gelée  

    peinture,belge,belgique,flandre,flamand,expo

     ces trois-là et des tas d'autres ici

  • K comme Khnopff

    - Les photos sans flash sont permises? demande ingénument l'Adrienne au charmant jeune homme chargé de surveiller les trois premières salles. 

    - Hélas non! dit-il. Les collectionneurs privés ne le veulent pas... 

    - C'est bien dommage! 

    Elle lui montre le tableau d'Adrien-Joseph HeymansBrugje in Houffalize (un petit pont à Houffalize), qui vient en effet d'une collection privée. 

    - Je ne l'avais encore jamais vu, celui-là. La photo, ça aide à se souvenir... 

    - C'est vrai, répond-il, mais vous pouvez la chercher sur internet. 

    Puis il se ravise: 

    - Ou acheter le catalogue! 

    Heymans.jpg

    le voilà, le petit pont, trouvé sur la page fb du musée, un comble tongue-out 

    Interdiction, donc, de sortir l'appareil photo pendant la visite des dix salles consacrées à l'exposition sur Emile Verhaeren et les artistes de son temps.  

    Interdiction de photographier ce KhnopffL'Encens, mais le jeune homme avait raison, on le trouve sans problème sur le net. 

    Khnopff_-_Wierook.JPG

    il est sur wikipedia commons... 

    Par contre, dans la riche collection permanente, on peut photographier autant qu'on veut. Là aussi, quelques Khnopff, comme cet inhabituel portrait masculin, celui qu'il a fait de son père Edmond: 

    DSCI4319.JPG

    Et dans la même salle, quel bonheur de retrouver l'ami Spilliaert, dans ce bel autoportrait tout en transparences: 

    DSCI4315.JPG

    Silhouette du peintre (1907) 

    Le prendre de côté n'a pas empêché qu'on y voie tout de même la photographe: de transparence en transparence, voilà la photo toute trouvée pour le projet du Hibou 

    semaine 50 - transparence

  • J comme je pense à lui

    lakévio37.jpg

    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • I comme incipit

    streuvels.jpg

    La grange au double portail largement ouvert ressemble à un théâtre où, dans la profondeur béante, à un rythme accéléré, une pièce est jouée par des miséreux. Le bâtiment se dresse tout seul dans des plaines désertes; un théâtre sans spectateurs et des comédiens s'activant derrière un voile de buée qui embrume tout. Chaque homme remplit son rôle, - actions qui se fondent comme un outil bien huilé tournant à vide - un spectacle qui se déroule en dehors du temps et de l'espace. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    *** 

    Het leven en de dood in den ast (1926)

    De schuur met de dubbele poortluiken breed open, gelijkt een tooneel waar, in de gapende diepte, door havelooze mannen, in haastig tempo, een spel wordt opgevoerd. Het gebouw staat er eenzaam op de verlatene vlakten; het tooneel zonder toeschouwers, en de spelers doende achter een sluier van watermist, die 't al omdoezeld houdt. De mannen vervullen elk zijne aangewezen rol, - handeling welke ineensluit als een geordend werktuig dat in 't ijle draait - een schouwspel dat in 't tijd- en ruimtelooze afspint. 

    (incipit de l'oeuvre de Stijn Streuvels, rééditée chez Lannoo au printemps de 2016 et gardant l'orthographe ancienne, un choix qui ne serait pas le mien mais on ne m'a pas demandé mon avis tongue-out

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, les 20 premières pages de cette réédition ici et source de la photo avec info sur l'ouvrage ici 

    Stijn_Streuvels_en_achterkleinkinderen.jpg

    l'auteur (1871-1969) en vénérable grand-père, entouré de sa femme, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants 

    source de la photo ici

  • H comme harmonium hollandais

    musique,humour,vie quotidienne

    Ils ont bien du mérite, se dit l'Adrienne, les organisateurs de concerts classiques dans ma petite ville. 

    Ils ont bien du mérite aussi les musiciens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes et un brin d'humour en plus, devant une cinquantaine de personnes. 

    - L'harmonium, dit-il avant de se mettre à jouer les petites pièces de Leoš Janáček, est un instrument dont on se moque beaucoup chez nous, on l'appelle hallelujah-commode (une commode à alléluia), psalmenpomp (une pompe à psaumes), gereformeerde hometrainer (home trainer réformé) ou cirkelzaag des geloofs (scie circulaire de la foi).  

    A cause, bien sûr, de son utilisation principale dans les églises réformées des Pays-Bas et du fait qu'il faut "pédaler" pour faire sortir du son. 

    Bref, de l'humour hollandais. 

    Si, si, ça existe cool

    C'est même là-bas que l'Adrienne va emmener sa mère et son neveu, l'été prochain. 

  • G comme Gotlib

    Dimanche dernier, j'étais tranquillement chez moi à tapoter l'ordi quand la nouvelle est arrivée sur le blog de Pierre Maury. Il titrait: "Gotlib, fini de rire." 

    Ça a tout de suite jeté un froid et j'aurais bien aimé me réchauffer aux vieux albums Pilote, avec sa Rubrique-à-brac, sa coccinelle, ce bon vieux Newton, et tous les autres délirants personnages. 

    Malheureusement, mon frère habite à 850 kilomètres.

     

    gotlib.jpg

    source Télérama 13-03-2014 

    site officiel

  • F comme folie du Friday

    Il n'y a pas tellement d'années que je sais à peu près ce que représente le Thanksgiving américain et quand il est célébré - les Hallmark Christmas movies auront eu au moins ce mérite-là tongue-out 

    Ce qui est neuf, par contre, c'est la notion du Black Friday: pour la première fois cette année j'ai reçu un tas "d'offres promotionnelles" - de la SNCF, d'agences de voyages, de parfumeurs, la liste est longue et étonnamment française - pour m'inciter à dépenser mes sous au lendemain du Thanksgiving. Ou même, dans un grand élan de largesse, pendant les quatre jours de ce week-end prolongé américain. 

    Étonnant, oui. J'ai trouvé étonnant que cette mode nous soit parvenue comme ça, d'un coup, PAF! tout le monde s'y est mis. 

    friday.jpg

    article et source de la photo 

    Les Américains, dit l'article, ont battu tous les records en dépensant pour ce Black Friday 2016 la somme de 5,3 milliards de dollars, soit 18% de plus que l'an dernier. En majeure partie pour des cadeaux de Noël.  

    Comme des drones ou des télés 4K 

    tongue-out

  • 7 fois Emile (1)

    Je suis en retard pour la commémoration du centenaire de la mort d'Emile Verhaeren, survenue à Rouen le 27 novembre 1916. Ce n'est que la semaine dernière que j'ai enfin eu le temps de fouiller dans les archives de notre bibliothèque communale et d'y rafler à peu près tout ce qui s'y trouvait de la main de l'auteur, plus l'essai sur le poète par son ami Stefan Zweig. 

    Le premier poème que j'ai lu m'a tout de suite frappée par sa série de "Je me souviens", bien avant que Perec n'en ait l'idée. Il s'agit du poème Liminaire de son recueil Toute la Flandre (composé entre 1904 et 1911). 

    En voici un extrait:  

    (...)
    Je me souviens du village près de l'Escaut, D'où l'on voyait les grands bateaux Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent Et merveilleux de voiles, Le soir, en cortège, sous les étoiles. Je me souviens de la bonne saison; Des parlottes, l'été, au seuil de la maison Et du jardin plein de lumière, Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière; Je me souviens des plus hauts peupliers, De la volière et de la vigne en espalier Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires. Je me souviens de l'usine voisine -Tonnerre et météores Roulant et ruisselant De haut en bas, entre ses murs sonores- Je me souviens des mille bruits brandis, Des émeutes de vapeur blanche Qu'on déchaînait, le Samedi, Pour le chômage du Dimanche. Je me souviens des pas sur le trottoir, En automne, le soir, Quand, les volets fermés, on écoutait la rue Mourir. La lampe à flamme crue Brûlait et l'on disait le chapelet Et des prières à n'en plus finir! Je me souviens du vieux cheval De la vieille guimbarde aux couleurs fades, De ma petite amie et du rival Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades. Je me souviens du passeur d'eau et du maçon, De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière, Et dont j'entends encore le son; Je me souviens du cimetière... Mes simples vieux parents, ma bonne tante! -Oh! les herbes de leur tombeau Que je voudrais mordre et manger!- C'était si doux la vie en abrégé! C'était si jeune et beau La vie, avec sa joie et son attente!
    (...)

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    Portrait d'Émile Verhaeren par Félix Vallotton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898) 
    A cette date, notre Emile a 43 ans (il est né en 1855) et déjà ses imposantes moustaches tongue-out 
    (source du document iconographique) 

    poème,poésie,belge,belgique,flandre

    gare de Gand, affiche pour l'expo au MSK que je vais devoir me dépêcher d'aller voir 

    cool

  • E comme envoi

    Ballade en octosyllabes 

    tongue-out 

    Madame en route vers la gare 
    Pense à eux tous, Alex, Oskar, 
    Si eux ne pensent plus à elle, 
    Patricia, Klara, Michaël: 
    Qu'est-ce qu'ils font, comment ils vont, 
    Latifa, Ellen et Simon? 

    Sont-ils satisfaits de leur choix, 
    Lisa, Ruben, Sofie, François? 
    Ils descendent du train de Gand, 
    Nabil, Araz, Noura, Laurent, 
    Crient "Bonjour, Madame! ça va?" 
    Joris, Fehmy, Tim, Vanessa. 

    C'est plus légère qu'elle part 
    Avec Sara, Viktor, Omar. 
    Il suffit de si peu de choses, 
    D'un sourire de Jan ou Roos. 
    Et pendant que Madame lit 
    Elle voit Sam et Beverly. 

    Envoi 

    Gentils élèves qui passez 
    De vous je n'ai jamais assez! 

    DSCI4262.JPG

    gare de Gand (Gent Sint-Pieters) le 11 novembre 2016 

    2016-11 (35).JPG

    gare d'Ostende: les nouveaux quais sont "en planches" et je les ai 

    photographiés pour le projet du Hibou 

    semaine 49 - mobilier urbain

  • D comme dehors!

    bikiniski.jpg

    source de la photo, en toutes lettres, pour que vous puissiez apprécier les connaissances grammaticales du journaliste: 

    http://www.sport365.fr/ski-alpin-insolite-filles-de-lequipe-de-france-se-devetissent-pouvoir-partir-stage-2652571.html 

    *** 

    - Moi, dit Aurélien, je suis dingue de sport! C'est pour ça que je me suis tout naturellement orienté vers le journalisme sportif. 

    - Mouais, mouais, fait la rédactrice en chef, qui a précisément sous les yeux sa dernière bafouille pour le site sportif où il a sa petite rubrique. Je vois, je vois. 

    - J'adore mettre mon nez dans les coulisses et faire découvrir les faces cachées, poursuit Aurélien, sans se rendre compte qu'il ne fait que s'enfoncer un peu plus.

    - Etant donné que vous m'avez été recommandé - elle se refuse à dire "pistonné" - je vais vous donner l'occasion de faire vos preuves. 

    C'est ainsi qu'Aurélien s'est retrouvé à suivre des tournois de golf avec quelques éminents confrères.

    Pendant que les autres profitaient de l'été austral, il potassait sa grammaire.

    A son retour, la rédactrice en chef lui avait promis une interrogation écrite sur les conjugaisons.   

    lakévio36.jpg

     toile de Hopper et jeu de Lakévio

     

  • C comme con permiso?

    Le samedi matin, l'Adrienne - qui ne voudrait rater ça pour rien au monde - est de nouveau installée dans un amphi parmi les premiers arrivés.

    Les intervenants entrent par petits groupes, prennent place. Tout le monde est d'excellente humeur: l'hôtel a été apprécié pour son confort, sa gastronomie et son buffet du petit déjeuner. De plus, il est largement antérieur à leur objet d'étude: il est attesté depuis le 14e siècle, les Belges ont clairement voulu faire honneur aux historiens. 

    Et on a pu 'tomar un café' avant de venir cool 

    - Con permiso? dit l'homme qui se penche vers le siège à côté de l'Adrienne. 

    - Buenos dias, Profesor! 

    Voilà notre Adrienne tout heureuse: elle va enfin pouvoir remercier celui grâce à qui elle comprend l'espagnol: 

    - C'est grâce à vous que je suis ici! C'est vous qui m'avez appris l'espagnol. 

    Le cher homme en est tout surpris. 

    - Rafraîchissez-moi la mémoire, demande-t-il. 

    Le pauvre! Lui faire ce coup-là alors que l'Adrienne elle-même ne se souvient parfois plus du nom d'élèves qu'elle a eus juste avant les vacances... 

    Ils font donc ensemble quelques calculs savants pour conclure que voilà bientôt quarante ans, elle faisait partie d'un troupeau d'une soixantaine d'aspirants-hispanisants... 

    Kulak 2016-11 (3).JPG

    Gracias a usted, Profesor!

  • B comme buenas tardes!

    Le car qui devait amener la joyeuse équipe d'érudits du "Siglo de Oro español" avait du retard. A deux heures, un coup de fil en avertit le jeune doctorant en costume-cravate qui sortait justement de chez son coiffeur. 

    - Ils sont en route, annonce-t-il à son collègue, et ils vont encore passer à leur hôtel pour y déposer les bagages avant de venir ici. 

    Deux rangs plus haut, l'Adrienne pouffe de rire. On sera donc à l'heure espagnole, se dit-elle. 

    Quand les conférenciers arrivent et entrent à la queue-leu-leu dans l'amphi, on entend quelques: 

    - Buenas tardes!

    Puis le premier se retourne brusquement vers les autres et annonce: 

    - Vamos a tomar un café! 

    Alors l'Adrienne s'est levée et s'est jointe à la queue pour aller prendre un café, elle aussi: on serait décidément à l'heure espagnole cool

    Kulak 2016-11 (1).JPG

    à chaque porte d'amphi, une affichette rappelle qu'il est interdit d'y boire ou d'y manger 

     

  • Adrienne s'amuse

    L'Adrienne s'est bien amusée, le week-end dernier, sur les bancs de l'université. A observer les profs, les doctorants, les étudiants. Surtout les étudiants, à dire vrai, au comportement infiniment intéressant. 

    Ils étaient une quinzaine à être assis tous ensemble sur un rang, juste devant elle. A tapoter plus ou moins discrètement leur Smartphone. Parfois si complètement pris par fb qu'ils en oubliaient toute prudence. 

    Pourtant, les intervenants, au cours de ces deux jours, étaient des gens passionnants. Chacun spécialiste de sa matière, à laquelle il consacre tout son temps, son énergie, son amour de l'histoire. D'un petit pan d'histoire.

    Chacun apportant sa petite pierre à une immense et fascinante mosaïque. 

    kulak.jpeg

    L'affiche de l'événement 

    source 

    Les étudiants de 2e année d'histoire, tous aussi motivés que mon jeune homme d'hier, apparemment, ne sont restés qu'une après-midi. Le samedi, ils ont pu tapoter tranquillement leur smartphone chez eux.
    Ce serait trop bête de rater un truc intéressant 

    tongue-out

  • Première fois

    Première fois depuis très longtemps que l'Adrienne est retournée sur les bancs de son université préférée. Celle où elle a passé quatre merveilleuses et bien trop courtes années. 

    La première série de conférences est annoncée pour quatorze heures et l'Adrienne est déjà installée dans l'amphi. Largement avant tout le monde, comme d'habitude tongue-out

    A 14.01 h. entre un étudiant, jeune homme à trois poils de barbe et bonnet de laine, l'air égaré: 

    - C'est ici, la conférence? 

    - Quelle conférence? demande un tout frais doctorant à la coiffure et au costume-cravate impeccables. 

    - Je ne sais pas... c'est notre prof qui nous oblige de venir... 

    Eclat de rire, oh oui grand éclat de rire de l'Adrienne, devant cette merveilleuse preuve de motivation. 

    Regard courroucé du gamin qui marmonne: 

    - Ben au moins, je suis venu! 

    histoire,ça se passe comme ça,prof

    photo prise le 25 novembre 2016 

  • Z comme Zichem

    Il arrive que la blogueuse aille voir d'où viennent ses visiteurs. Depuis quelque temps, elle voit apparaître le nom de la ville de Zichem, très célèbre en Flandre pour son illustre rejeton Ernest Claes (1885-1968), écrivain que chacun par chez nous connaît pour son roman "De Witte", dont il existe deux versions cinématographiques, "De Witte van Sichem".

    flandre,flamand,tele

    source cinematek

    De plus, ce roman a servi, ainsi que quelques autres de ses écrits, à réaliser une série télévisée culte des années 1969-1972, "Wij heren van Zichem". 

    Mon grand-père aimait beaucoup cette série, il avait lu Ernest Claes et connaissait certaines répliques par cœur. Les personnages et les situations le faisaient beaucoup rire. 

    Les quelques fois où j'ai vu ça, enfant, je n'y ai rien compris: c'est dans un dialecte beaucoup trop éloigné du mien. Je ne me souviens pas qu'il y avait des sous-titres. 

    D'ailleurs aujourd'hui encore notre télévision flamande, toujours férue de dialectes, ne met pas de sous-titres pour tout ce qui s'approche de l'anversois, qu'elle doit apparemment considérer comme étant notre koinè.

    Je vois que cette série vient de sortir en DVD et je me demande qui cela peut encore intéresser... même si, il y a quarante ans, elle a été suivie avec ferveur par des millions de téléspectateurs - les trois quarts de la population flamande, selon les chiffres de l'époque. 

    Un coup d’œil sur la vidéo ci-dessus vous fera comprendre que ça risque d'ennuyer le spectateur d’aujourd’hui, ne serait-ce qu'à cause de sa lenteur... 

    *** 

    Je vais juste en profiter pour saluer tous mes visiteurs 

    d'Annecy à Zichem 

    kiss

    Merci à vous tous!

  • Y comme Yasmina Reza

    Surtout, ne vous laissez pas induire en erreur par le titre Heureux les heureux car c'est une catégorie de gens que vous ne rencontrerez pas dans ce livre: l'épigraphe de Borges, "Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l'amour. Heureux les heureux." semble se trouver là par antithèse ou par ironie, surtout si on y revient après la lecture. 

    Les 21 petits chapitres sont autant de monologues du personnage qui leur donne leur titre. Quelques-uns de ces personnages apparaissent deux fois. Ça fait tout de même encore pas mal de monde, surtout si on y ajoute l'entourage, conjoint, enfants, amis, autres membres de la famille. 

    Aussi, après avoir commencé une lecture linéaire et m'être pas mal embrouillée dans le "qui est qui", j'ai changé de tactique et lu les chapitres dans le désordre, en regroupant ceux qui reprenaient le même personnage, puis son conjoint, ou un ami ou un membre de la famille, comme un jeu de piste. Ça m'a permis de mieux les situer et ça n'a pas nui à l'ensemble de savoir avant la fin qui mourrait et aurait ses cendres dispersées. 

    Ça m'a très fort fait penser à un opéra que j'ai vu à la Monnaie, il y a de nombreuses années, Reigenbasé sur une pièce de Schnitzler. La principale différence est que les personnages de Yasmina Reza sont tous issus de milieux très aisés, ceux du pouvoir, du journalisme, de la haute finance etc., tandis que Schnitzler entraîne dans sa ronde toutes les couches de la société. 

    Comme le bon bramin de Voltaire, ils ne manquent ni d'argent, ni de confort, ni d'un travail épanouissant, ni de partenaires sexuels. Pourtant ils ne sont pas heureux. 

    Tout dans ces couples légitimes ou illégitimes est sujet à agressivité - surtout verbale, mais pas seulement. Rancœurs, jalousies, incommunicabilité, désillusions, trahisons, - la liste est incomplète - la condition humaine semble franchement peu enviable.  

    Et tout ça est si finement observé, si finement écrit, il m'est même arrivé de rire. Je suis sûre que vous aussi y reconnaîtriez des gens ou des situations. C'est bien le comble, me direz-vous, après toutes ces préliminaires qui doivent vous sembler bien peu engageants. Mais Yasmina Reza sait sacrément écrire, se mettre dans la peau de gens très différents et nous entraîner dans sa sombre vision du monde. 

    Alors si jamais je me laissais de nouveau tenter par la vie de couple, rappelez-moi cette lecture, voulez-vous? 
    Merci! 
    tongue-out

    Heureux-les-heureux-Yasmina-Reza.jpg

    info de l'éditeur ici 

    "Les couples me dégoûtent [dit Chantal Audouin]. Leur hypocrisie. leur suffisance." (p.115) 

    "Les couples me dégoûtent [répète Chantal Audouin]. Leur ratatinement, leur connivence poussiéreuse." (p.119) 

    Mais ne désespérez pas, chers couples de mes amis: Chantal est malheureuse parce qu'elle aime un homme marié. 

    Écoutons plutôt celui-ci: 

    "(...) être heureux, c'est une disposition. Tu ne peux pas être heureux en amour si tu n'as pas une disposition à être heureux." (p.141, chapitre intitulé Luc Condamine

    Et terminons sur cette note semi-positive laughing

  • X c'est l'inconnu

    Tu vois cette photo, mon fils? Tu vois ces murs si hauts et cette rue étroite, comme pour empêcher le soleil de l'atteindre? 

    Ta grand-mère, le soleil, elle l'aimait. Elle ouvrait ses volets, elle ouvrait ses fenêtres. Les bruits de la rue aussi, elle les aimait. 

    Et puis tu vois, il est écrit "Epicerie". Ça, c'est nous, notre famille, c'est notre nom: El Attar. 

    Quand ton aïeul a dû se choisir un nom pour l'état-civil, il a choisi celui qui désignait son métier, le vendeur d'épices.  

    Toi, l'épicerie de la photo, tu ne l'as jamais connue, bien sûr. Il y a longtemps que ton grand-père a fermé sa boutique. 

    Mais c'est là, dans cette rue-là, que dans les années soixante il a été "l'Arabe du coin", celui qui est ouvert le dimanche. 

    Tu comprends maintenant pourquoi je tiens tellement à cette "vilaine photo", comme tu dis? 

    C'est notre histoire, mon fils. 

    C'est ton histoire.

    lakévio35.jpg

    source et consigne chez Lakévio

  • W comme wagon de train

    Au niveau de décibels, on croirait qu'il y en a un plein wagon. En réalité, ils ne sont que six, trois filles et trois garçons. 

    Ils ont treize ans, quatorze tout au plus: c'est l'âge bruyant. Ça rigole beaucoup, pour tout et pour rien, surtout pour rien. Ça ne parle pas, ça pousse des cris, se chamaille, se taquine, hurle de rire en se donnant des tapes. C'est leur façon de dire au sexe opposé: "Est-ce que tu me vois?"

    On essaie de se replonger dans sa lecture mais on a du mal. On ne peut s'empêcher de sourire en pensant à ces élèves qui disent, année après année:

    "Je ferais bien prof, mais jamais de la vie à des gamins de 12 à 15 ans!" 

    Car dès qu'ils ont un an de plus, ils préfèrent oublier qu'ils ont été pareils.

    Comme nous tous tongue-out  

    prof,école,élève,wagon de train

    gare de Gand, 11 novembre 2016 

  • V comme voix

    Quand j'ai perdu mon arrière-grand-père, mon grand-père, ma grand-mère, mon père, la première chose que j'ai perdue d'eux, c'est le son de leur voix. 

    Bien sûr, pour les visages il y a les photos: elles ravivent le souvenir, c'est certain. Aurais-je une vision si nette de ma grand-mère si je n'avais pas les photos pour me la rappeler? C'est possible. 

    De même, je me souviens très bien de leur écriture, à tous. Pourtant, pour deux d'entre eux je ne dispose d'aucun document écrit de leur main. Ma mémoire sera donc plus visuelle qu'auditive. 

    Avoir perdu le souvenir de leur voix est une chose que je regrette énormément. 

    Aussi, l'extrait ci-dessous me "parle" fort: 

    Il fut un temps où je conservais certains messages de mon grand-père, qui m’appelait de Tokyo, sur le répondeur de mon téléphone fixe parisien. La capacité d’enregistrement étant limitée, je faisais régulièrement le tri pour ne conserver que les messages les plus précieux. Les messages téléphoniques sont on ne peut plus privés, parce qu’ils portent une adresse personnelle, et que le nom de l’émetteur et du destinataire sont souvent prononcés. Je conservais ces messages, et sa voix qui m’interpellait. Mais lorsque, après son départ définitif, j’ai voulu réécouter ses messages comme un ultime recours, tous avaient disparu. J’avais dû les effacer à un moment, en pensant que… en pensant quoi ? 

    Ryoko Sekiguchi, La voix sombre, POL, 2015 

    souvenir,père

    Bizarrement, je me souviens mieux de la voix de José van Dam,
    qui ne chante pourtant plus depuis 2010 tongue-out 

    (rien à voir avec cette photo prise à Ostende en décembre 2015) 

     l'opéra entier ici avec Lucia Popp, Frederica von Stade, Gundula Janowitz... et notre José national sous la direction de Georg Solti en 1980.

  • U comme une, deux, trois...

    Hier après l'école, l'Adrienne est passée à la bibliothèque pour y prendre "un livre qui fait du bien". Elle en avait grand besoin, en ces temps où les gens sont maussades sous prétexte qu'on est en novembre et que la politique internationale est encore plus pourrie que le temps. 

    En passant en revue les rayonnages de livres en français, elle a aperçu celui-ci: 

    delerm2.jpg

    Une centaine de pages, quarante petits chapitres. On lit les titres et on les trouve plaisants. Ils donnent envie de lire: "Attention, peinture fraîche!" ou "Pitié pour Assurancetourix!". Certains donnent envie d'écrire parce qu'ils rappellent des souvenirs, "Brocanteur d'un jour" ou "Au troisième balcon". D'autres intriguent, comme "La mémoire de l'oubli" ou "Le temps est une plage".

    Bref, on se réjouit à l'avance de savourer les jolies phrases de Philippe Delerm et de découvrir toutes ces belles raisons d'habiter sur terre.  

    Une, deux, trois... jusqu'à quarante, qu'on essaiera de faire durer le plus longtemps possible. 

    *** 

    photo de la couverture et infos sur le site des éditions du Seuil 

    ce qu'en pensent l'Express et le Figaro

    et trois petits chapitres ici