J

  • J comme Joe, jeu et je me souviens

    Je me souviens qu'avec mon père il y avait du sport à la radio toute l'année. 

    Je me souviens que le premier janvier, quand la famille était réunie pour le nouvel an dans la chapellerie familiale, mon père et son frère étaient collés à la télé devant le saut à ski à Garmisch-Partenkirchen. Je me souviens que je ne comprenais pas ce que ça pouvait avoir de si passionnant ni pourquoi ils faisaient de grands "chut", alors que les noms, la nationalité et les temps étaient affichés à l'écran. 

    Je me souviens que la saison cycliste était une succession de moments forts et de victoires belges: Eddy Merckx, Lucien Van Impe, Freddy Maertens, Roger De Vlaeminck et tant d'autres gagnaient à peu près toutes les courses. 

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    mon père à 13 ans 

    Je me souviens de cet été où nous avons par hasard croisé une étape du tour de France et où ma mère, cette dame si respectable, si comme-il-faut, si digne, s'est égosillée à hurler des encouragements au passage d'Eddy Merckx. Je me souviens que grand-mère Adrienne trouvait qu'il gagnait trop de courses et qu'il aurait mieux fait d'en laisser pour les autres. 

    Je me souviens de l'admiration de mon père pour une toute jeune gymnaste roumaine qui nous a tous stupéfiés l'été 1976. Je me souviens que j'avais peur à chaque seconde qu'elle se rompe le cou mais son pied se posait toujours aussi miraculeusement que gracieusement sur la poutre. Je me souviens qu'elle savait absolument tout faire à la perfection et voltigeait avec la même souriante facilité sur le tapis ou aux barres asymétriques. 

     

    Je me souviens que sa passion prédominante était le football, probablement parce que c'était le sport dans lequel il avait atteint le meilleur niveau, capitaine de son équipe qu'il a menée au championnat. 

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    Je me souviens que mon frère n'avait aucune motivation pour les études mais qu'il connaissait parfaitement par cœur les noms, dates de naissance, taille, poids et curriculum sportif de tous les footballeurs des équipes belges, grâce à ses figurines et albums Panini. 

    Je me souviens qu'il me soumettait ses figurines en me demandant de désigner quels footballeurs je trouvais les plus beaux. Je me souviens que de guerre lasse, j'ai désigné un joueur du RWDM qui avait de beaux cheveux blonds tongue-out

    Je me souviens que mon père appréciait Paul Van Himst

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    Paul Van Himst, à l'âge de 21 ans, source de la photo ici 

    Je me souviens qu'un été on est allé voir les matchs de tennis à Westende - Jacky Brichant était venu y soutenir un tournoi en jouant quelques matchs avec des jeunes - et que je n'ai jamais réussi à comprendre les règles de ce sport ni surtout le bizarre comptage des points. 

    Je me souviens que pour moi depuis toujours, le sport est une chose qui se pratique mais qui n'offre aucun intérêt à la vue ni à l'ouïe. 

    *** 

    consigne du jeu
    "Je me souviens du sport, d'athlètes et d'événements sportifs" 
    chez Joe Krapov

  • J comme Jacquemart-André

    Une deuxième raison qui a incité l'Adrienne à son séjour parisien, c'est l'expo Rembrandt intime au musée Jacquemart-André. 

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    Malheureusement, les photos des chefs-d'oeuvre du grand maître hollandais étaient interdites, il faudra donc se contenter de cliquer sur le lien ci-dessus (un clic sur "galerie photos" permet de voir 7 des oeuvres exposées), la vidéo ci-dessous... ou aller les chercher sur internet tongue-out 

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  • J comme je pense à lui

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    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • J comme joueur

    Il semblait si tranquille, en bordure du terrain. Les mains dans les poches, la casquette à carreaux bien vissée sur le crâne, il se taisait. C’est tout juste si parfois il hochait la tête au commentaire de ses voisins.

    Eux n’hésitaient pas à élever la voix, à interpeller violemment les joueurs des deux camps, à crier des injures en menaçant du poing dès qu’ils croyaient voir une faute ou une maladresse.

    Lui semblait toujours si tranquille.

    Peut-être parce que lui seul, parmi tous ces spectateurs surchauffés, connaissait le jeu de l’intérieur.

    Lui seul, autrefois, s’était trouvé à la place des joueurs. 

    père,fiction,leuze

    *** 

    ce texte écrit en 2014 est une fiction 

    père,fiction,leuze

    dont le personnage ressemble à mon père 

    wink

  • J comme Joseph

    Quelle famille européenne n'avait pas, au début du 20e siècle, un oncle d'Amérique? On peut se le demander, vu que le nombre de migrants partis du seul port d'Anvers s'élève à deux millions. (1)

    Dans la famille de grand-mère Adrienne, l'oncle d'Amérique s'appelait Joseph. 

    L'oncle d'Amérique, celui qui rime avec mythique: grand-mère Adrienne se souvenait de cette fois où il était revenu en Belgique et où, petite fille, elle avait reçu de lui une pièce d'or. 

    Dernièrement, en reclassant quelques vieilles photos, j'ai eu l'idée d'aller voir sur le site internet d'Ellis Island s'il était possible de l'y retrouver. 

    Il n'y est mentionné que pour son dernier voyage, sa dernière arrivée sur le sol américain, le 28 septembre 1923, venu d'Anvers avec le paquebot Belgenland. (2) 

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    source http://professionals.redstarline.org/ 

    En 1923, il a déjà 40 ans et la nationalité américaine. Son lieu de résidence est Pawtucket, Rhode Island. Tout ça est bien répertorié sur le site. On y apprend également qu'il est célibataire et qu'il voyage avec un ami natif de notre même bonne petite ville, Rémy, marié, 37 ans, domicilié à Pawtucket et citoyen américain lui aussi. 

    A sa famille restée en Belgique, l'oncle Joseph envoie de temps en temps une photo. Grand-mère Adrienne en avait conservé quelques-unes, dont une où il est assis dans un side-car, portant chemise et cravate, accoudé nonchalamment, la casquette en arrière et le cigare entre les doigts. L'homme en costume cravate chevauchant la moto est peut-être son ami Rémy. 

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    source http://maritimematters.com/2013/10/red-star-line-museum-opens-in-antwerp/ 

    Mais ce que j'aurais aimé savoir, c'est à quel âge il est parti, comment s'est déroulé ce voyage-là, comment il s'est débrouillé dans les premiers temps... 

    Et aussi pourquoi il est revenu juste avant la guerre de 40, ce qui l'a obligé à se présenter à la Kommandantur une fois par semaine, à cause de sa nationalité américaine. 

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    petit émigrant de 1929 - source http://www.allaboutshipping.co.uk/

    Le musée de la Red Star Line à Anvers et des témoignages ici, comme l'histoire de la famille Hutlet 

    *** 

    (1) dans ma belle-famille ostendaise, ils cumulaient: ils avaient des émigrés aux Etats-Unis et en Australie (où ils avaient été obligés de traduire leur nom flamand en anglais, c'est ainsi qu'ils sont devenus la famille Richman) tongue-out 

    (2) traduction littérale: pays des Belges; capacité de 2600 passagers (500 en première classe, 600 en seconde et 1500 en troisième)

  • J comme j'arrête

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    Quand elle est descendue à la cuisine, ce matin-là, bien sûr elle a vu les taches de café répandues à côté du fourneau. Elle a vu les minuscules brins de tabac échappés au bourrage de la pipe. Le bouton de col tombé par terre. Elle ne s'en est pas inquiétée. 

    L'été est fini et elle sait qu'il n'aime pas gaspiller les bougies ou la lampe à pétrole. Il préfère se débrouiller dans la semi-obscurité. Pas besoin de voir très clair, ses bottines, sa cartouchière et son fusil sont prêts depuis la veille. Jamais il n'a manqué l'ouverture de la chasse. 

    Elle s'étonne de le voir assis à la table de la salle à manger. Dos voûté, regard dans le vide, c'est une attitude qui ne lui ressemble pas. Ô mon papa, pense-t-elle avec attendrissement, à peine un cheveu gris, la moustache blonde, toujours fort et vaillant à l'ouvrage... et maintenant ça! 

    Elle le voit se tordre les mains en silence. Ses mains, ses mains fortes et sûres de paysan, ses mains ne lui obéissent plus. Depuis quelque temps, il lui est devenu impossible de verser du café sans en renverser, de bourrer sa pipe d'un seul doigt, de fermer son bouton de col. 

    Il s'en trouve humilié. 

    - C'est fini..., j'arrête, dit-il à sa fille qui est venue s'asseoir silencieusement à table en face de lui. 

    Cette année, la saison de la chasse s'est ouverte sans lui.  

    ***

    fiction d'après un tableau de James Ormsbee Chapin chez Lakévio

  • J comme Jeury

    Sur le présentoir des dernières acquisitions de notre bibliothèque publique, ce livre de Michel Jeury, L'année du certif. Un titre et une couverture qui sentent bon la France d'autrefois et qui me font sans doute déjà ressentir la nostalgie de l'école tongue-out.

    L'action se situe dans un village cévenol vers le milieu des années 1930: un couple d'instituteurs, leurs trois enfants, deux garçons et une petite fille qu'on surnomme Fofette.

    - Mon père est inspecteur primaire et moi je ne suis qu'un pauvre instituteur de campagne!
    Claire se recoiffe, met de l'ordre dans sa toilette de nuit. Elle sourit pour elle seule. Elle n'aime pas agiter les soucis ordinaires de la vie tout de suite après la balade dans la Voie lactée. Il est vrai qu'elle n'a pas vu beaucoup d'étoiles, ce soir. On dirait qu'il y en a de plus en plus dans le ciel d'été et de moins en moins dans son ciel de lit. Elle soupire, revient sur la terre sans trop d'effort.
    - Mon chéri, je te rappelle que tu as deux garçons.
    - Ninik... René est trop écervelé pour réussir jamais l'Ecole normale.
    - Il n'est pas heureux.
    - C'est un lunatique, un marchand de caprices, un minus habens. Il s'est mis en tête de s'engager à la coloniale!
    - A dix ans, un enfant ne peut pas savoir ce qu'il fera dans la vie.
    - N'importe. La pauvre Fofette, à huit ans et demi, tire encore la langue. Davy, euh... Antoine seul peut s'élever au-dessus de notre condition. L'année qui vient est capitale.

    Michel Jeury, L'année du certif, éd. Retrouvées, 2014, p.22-23

    Cet extrait contient déjà les moteurs principaux de l'histoire: le père préoccupé seulement de son prestige mais sans amour réel pour ses enfants, le fils aîné chargé de réaliser les rêves du père et les deux cadets traités par lui de 'minus habens' et de 'simplette'.

    Rassurez-vous, tout ça est raconté avec beaucoup d'humour et de bienveillance. Car le père, bien sûr, a lui aussi son vécu...

    Mais le livre est bien plus que l'histoire d'une famille. Il est aussi un merveilleux retour sur toute une époque de l'instruction publique et obligatoire. Ce qui l'illustre le mieux, ce sont les extraits mis en exergue de chaque chapitre: ils sont une magnifique illustration de la pédagogie de ces années 1930 et également en rapport parfait avec la suite de l'histoire racontée. Tous ces extraits proviennent des manuels scolaires utilisés à l'époque: à côté des exemples de récitations et de sujets de rédactions, il y a ces "problèmes" - tout à fait jouissifs - de robinets qui coulent et de trains qui se croisent. Quelques-uns sont offerts en annexe à la sagacité du lecteur d'aujourd'hui tongue-out  

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    http://www.editions-retrouvees.fr 

    sur l'auteur, Michel Jeury, ce bel article du journal Le Monde de novembre 2010.

  • J comme jalon

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    le 8 juillet
    à Annevoie
    monsieur neveu apprenait enfin
    ses résultats à l'EAF

    un jalon de plus
    dans un parcours scolaire
    qui lui a toujours permis ses propres choix

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    pour le projet du Hibou

    semaine 28 - rouge

  • J comme (in)justice

    "Un homme, un Monégasque, pas un de ces étrangers errants qu'on rencontre par légions sur ces côtes, un mari, dans un moment de colère, tua sa femme." 

    Ainsi commence la nouvelle de Maupassant, Le condamné à mort.

    "Un homme, un brave père de famille de ma ville, époux soumis et employé modèle, dans un moment de désespoir, tua sa femme."

    Ainsi pourrait commencer la chronique judiciaire du procès dont je parlais hier.

    Dix ans après, les questions restent.

    Dans quelle mesure cet homme était-il coupable et dans quelle mesure était-il victime? Jusqu'à quel point peut-on tenir compte des circonstances qui ont mené au crime? Faut-il prendre en compte le fait qu'il n'y avait aucun risque de récidive, qu'il ne représentait pas de danger pour la société? S'est-on laissé attendrir par sa honte, ses regrets, ses aveux... et ses larmes pendant le témoignage de ses filles?

    Lors du procès, j'ai été pleinement satisfaite de l'heureuse issue - pour lui, pour ses filles. Issue pour laquelle j'avais mis tout mon poids dans la balance.

    Ensuite, en le rencontrant par hasard en ville faisant son marché, j'ai chaque fois eu comme un choc. Une gêne.

    Cet homme, finalement, avait tout de même tué.

  • J comme Jourdain

    On m'écrit qu'il a besoin de moi. Que 600 familles ont besoin de moi, besoin de nous. Pour leur survie.

    600 familles de petits agriculteurs à qui on a interdit l'accès à leurs propres terres. Alors aujourd'hui ils essaient de survivre grâce au seul élevage de moutons.

    Mais sans l'accès à leurs terres, ils sont obligés d'acheter du fourrage. C'est cher.

    Obligés de garder leurs animaux confinés dans de trop petits espaces. Ce qui cause des maladies. Des fausses couches chez les brebis. Il faut des vaccins et des soins vétérinaires. C'est cher aussi. 

    Je crois bien que ce qui se passe là-bas, envers et contre tous les accords internationaux, c'est ce qui me fâche le plus au monde.

    Et me fait honte.

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    Destruction par l’armée israélienne du réseau de transport électrique financé par la Belgique dans le village palestinien de Khirbet al Tawil en Cisjordanie, dans la région de Naplouse (2014)

    source et article de presse: ONG 11.11.11 http://www.cncd.be/Destructions-israeliennes-de-biens

  • J comme jetée

    Depuis juin 2011, un service de bac gratuit relie le centre d'Ostende au Linkeroever. 

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    L'Adrienne, qui rêve de croisière transatlantique tongue-out, l'a donc pris un beau samedi de début avril. 

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    Il part à hauteur de l'Aquarium 

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    et vous dépose de l'autre côté du chenal en quelques minutes. 

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    Le soir on fait longuement la queue 

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    pour le retraverser dans l'autre sens. 

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    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 15 - bac

     

  • J comme João

    Pour toi, GBalland, en portugais kiss

    En 2011, João Pereira de Souza découvre un pingouin entre les rochers, sur un îlot non loin de Rio de Janeiro. L'animal est très mal en point et il ne faut pas moins d'une semaine pour le débarrasser de tout le mazout qui lui colle au corps. 

    Quand le pingouin est rétabli, il est remis à la mer. 

    Quelques mois plus tard, le revoilà sur l'île. Il retrouve l'homme qui l'a soigné et reste huit mois auprès de lui. Puis retourne sur les lieux de reproduction. 

    On estime que ce pingouin, depuis 2011, nage chaque année environ 8000 kilomètres pour retrouver son sauveur. 

    Les scientifiques et biologistes trouvent cette histoire tout à fait exceptionnelle... 

    Moi je la trouve exceptionnellement belle.

  • J comme je m'en vais...

    Comme Ferrer, je m'en vais. Non pas au pôle Nord, mais à Ostende.

    Certaines mauvaises langues vous diront que la différence n'est pas bien grande, vu les moins quarante que nous avons ici généralement en hiver, comme on a pu l'entendre de la bouche de Galabru au début du film Bienvenue chez les Ch'tis.


    Bienvenue chez les Ch'ti extrait 2 par manudelac

    Bref, je vais passer un week-end (pardon, un weekend) de fête de la saint-trucmachin à Ostende.

    Il y aura la carissima nipotina, Pipo Rossi, la mer, des livres, de la bonne bouffe et plein de musées et de galeristes ouverts samedi soir avec accompagnement musical en nocturne.

    Je m'en vais mais je reviens dimanche soir cool

    Je parlerai peut-être une autre fois de Jean Echenoz, Je m'en vais, éd. de Minuit, 1999. Ceux qui le désirent peuvent en lire ici les premières pages

    Bon week-end (pardon, weekend) à tous!

  • J comme je gère

    Le Hibou propose "papier" comme thème 2. L'occasion rêvée pour l'Adrienne de se vanter encore une fois du désordre sur son bureau. En voici donc les photos les plus récentes - elles datent de dimanche dernier. Je vous laisse admirer le tout et le détail.

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    Finalement, comme ma ville a dignement fêté le carnaval, je préfère encore vous montrer ce papier-ci: 

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    https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

  • J comme jour et nuit

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    L'étoile du matin... 

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    et celles du soir 

    laughing

    pour le projet 52 de Ma' - thème: étoile

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     

  • J comme jardin

    A l'arrière du palazzo Madama on peut encore parfaitement voir la construction qui date du moyen âge, en briques rouges, avec ses deux tours de garde. C'est là aussi qu'on a reconstitué le "jardin médiéval", dont voici le plan:

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    C'est tout mimi et entretenu par des bénévoles. En les voyant balayer les trois feuilles tombées sur une minuscule pelouse, je me suis dit que moi aussi, si j'étais torinese, je porterais leur badge et je gratterais la terre...

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    les carrés de potager sont entourés de claies d'osier

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    les tours très imposantes "écrasent" le jardinet

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    le jardin de ruines, voir à gauche du plan ci-dessus

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    le "potager"

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    le "jardin du prince", avec fontaine et berceau de roses blanches simples, très parfumées.
    (voir à droite sur le plan)

  • J comme jour de merde

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    Au numéro 832, BSMT veut dire Bart et Suzan Metdepenninckx-Timmermans. Vu la taille réduite de leur boîte aux lettres, ils ont dû se contenter de leurs initiales.

    Quand la lampe à côté de la porte d'entrée est allumée, on peut voir un jeune homme sortir des appartements d'en face, traverser la rue et s'introduire discrètement au 832. Il a la clé.

    Jusqu'au jour de m... où cet ingénieux système a foiré.

    Bart ayant par mégarde laissé la lampe allumée, s'est trouvé bien étonné de voir entrer chez lui, à une heure aussi tardive, un jeune homme inconnu qui se déshabillait en montant les marches.

     

  • J comme Jubilate!

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    Gelukzak

    signifie veinard, veinarde.

    Il se compose du mot geluk

    - qui veut dire bonheur -

    et de zak

    qui désigne le sac.

    ***

    C'est celui que l'Adrienne utilise quotidiennement, 

    ce qui fait dire à sa mère:

    - Mais tu n'as vraiment rien de plus beau comme sac!?

    ***

    Si, bien sûr, l'Adrienne a de jolis sacs en cuir.

    Mais celui-ci est tellement plus... jubilatoire!

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: sac

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     quel bonheur de vivre sur ce coin-ci de notre terre

  • J comme journée ostendaise

    09.00 h. Les étudiants qui bossent sur leur deuxième session attendent que s'ouvrent les portes de la bibliothèque. C'est là qu'ils étudient le mieux, même si on peut voir encore certains lancer de furtifs regards à leur smartphone. Presque toutes les places de la salle de lecture vitrée (et parfaitement silencieuse) sont occupées par eux, toute la journée.

    10.00 h. Les jeunes sauveteurs verrouillent leur bicyclette et vérifient une dernière fois leur smartphone avant de le glisser au plus profond de leur sac soigneusement zippé. Une rude journée de soleil, de sable, de baigneurs indociles et d'enfants perdus les attendent. Malgré les repères visuels et les bracelets offerts, cinq cents enfants "perdus" rien qu'en juillet.

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     rue perpendiculaire à la digue

    11.00 h. Derrière leur grande baie vitrée avec vue sur la mer, ils font exactement ce qu'ils feraient s'ils étaient restés chez eux, à l'intérieur du pays: lire le journal, envoyer des SMS, laver les vitres. Sauf quelques-uns, équipés de jumelles ou d'une longue vue, qui peuvent ainsi pratiquer le voyeurisme à une échelle bien supérieure à la normale.

    12.00 h. Assis au bord du coffre ouvert de leur break garé dans une rue parallèle à la digue, le père, la mère, le fils, la fille, piquent à tour de rôle leur fourchette dans un grand bol en plastique. Quand ils auront terminé leur salade de fruits, ils iront sur la plage. Parasol, matelas, jouets, tout est déjà entassé à côté de la voiture.

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    à côté du Fort Napoléon, 6 août

    13.00 h. De vieux tatoués, édentés, burinés, noueux, sucent un énième mégot et boivent des canettes. De jeunes tatoués, grassouillets, piercés, débraillés, mangent leur énième glace, gaufre, hamburger, paquet de frites. Ils font penser à cette petite phrase du livre de Lola Lafon sur Nadia C.: à l'Ouest, leurs mâchoires ne sont jamais en repos, les gens mangent tout le temps.

    14.00 h. De courageuses mémés se déplacent seules avec leur déambulateur à roulettes. D'autres sont tirées par un chien. Certains couples de retraités en ont trois. Parfois les chiens sont dans un landau. De grandes affiches dans la ville rappellent gentiment que toute cette frénésie canine apporte 80 000 kilos de crottes par an. Je me demande toujours qui s'amuse à de tels calculs.

     

  • J comme jeu

    Le jeu du mot valise

    un clopinel: nom masculin formé de ‘clope’ et ‘opinel’ – cigarette camouflée en canif pour ceux qui prétendent avoir arrêté de fumer ou canif camouflé en cigarette pour ceux qui ont l’intention d’abréger leur voyage en avion.

     jeu

    été 2011
    la mère de l'Adrienne s'apprête à découvrir Venise

     

  • J comme jeudi j'ai lu

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    Ce n'est pas bien

    de lire tant de livres à la fois,

    d'en commencer un

    avant d'avoir fini le précédent.

    Je sais.

    ***

    A gauche, lectures légères et faciles, terminées.

    Au milieu, lectures intéressantes et chargées d'histoire.

    A droite, la dégustation à petites doses.

    ***

    Et puis encore deux autres, que j'ai oublié de mettre sur la photo, Eden utopie  (Fabrice Humbert) et L'aménagement du territoire (Aurélien Bellanger)

    Je sais, trop is teveel

    ***

    Projet 52 de Ma' - thème: livre

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • J comme Jill

    Elle est étudiante, elle a 20 ans, et nos journaux flamands ont à peu près tous parlé d'elle. Pourquoi? Parce qu'elle a décidé, pendant tout le mois d'avril, de se nourrir uniquement de ce que les magasins d'alimentation jettent à la poubelle.

    Elle a créé un blog, Leven op restjes (vivre de restes) où elle relate jour après jour ses expériences: http://jilldegraaf.wix.com/levenoprestjes

    Enfin, consécration suprême Langue tirée, la télé régionale a fait un petit reportage sur son action:

    Sur 10 détaillants auxquels on s'adresse, dit-elle, trois sont d'accord pour donner des produits qu'ils ne peuvent plus vendre, principalement - presque uniquement - des fruits et légumes. Le plus généreux étant le Surinamien du coin Cool

  • J comme journée

    Journée chargée, journée de route.

    En principe, départ d'Ostende vers sept heures du matin à destination de Cherbourg. Selon viamichelin, il nous faut compter à peu près six heures de route. Sans les arrêts, bien sûr, ni d'éventuels aléas de la circulation.

    Carissima nipotina sera au volant et s'arrêtera toutes les deux heures Cool

    ***

    A Cherbourg, embarquement de la voiture et de ses deux passagères à destination de l'Irlande. Où on devrait arriver lundi matin à 08.15 h. après une soirée et une nuit à bord.

     stena Horizon.jpg

    http://www.directferries.fr/stena_line_stena_horizon.htm

     

     

  • J comme je récidive

    Peut-on aimer à ce point la musique dite "classique" et être incapable de lire une note ou de jouer d'un instrument?

    Non, me suis-je dit, même si le musicologue à qui j'en ai fait la remarque un jour prétend que oui.

    Aussi, après avoir consciencieusement fait démolir le piano (et le gros orteil gauche) j'ai décidé de m'inscrire à un cours de musique en septembre prochain.

    Option piano.

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    les premiers outils de démolition 

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    la responsable des travaux (une experte, elle aussi Langue tirée)

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    signature pyrogravée de monsieur Cannoot

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     petite note de bas de page: les statistiques du blog m'apprennent que, parmi les demandes qui mènent le plus souvent des gens chez moi, figure en bonne place la question suivante:
    "comment se débarrasser d'un piano"
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/19/question-existentielle-comment-se-debarrasser-d-un-piano.html
    J'en profite pour leur dire que j'espère que ça s'est mieux passé pour eux que pour moi!

    Et à tous les autres: prière de lire attentivement la consigne!
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/21/r-comme-revanche.html

    Cool

    Projet 52 - semaine 11 - thème: classique

     http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

    ***

    comment le piano entra dans ma vie:
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/18/p-comme-piano.html

  • J comme jour sans

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  • J comme je ne suis pas Charlie

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     © Julien Ribot

     Je suis l’homme, je suis l’enfant,
    Je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche,
    L’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.

     Je suis l’oiseau
    Et le poisson et la tortue
    Et le cheval qui court.
    Je suis l’herbe et l’arbre.
    Je suis la mer et la montagne.

    Si je fais du mal à une partie de moi,
    A l’enfant qui est en moi,
    A la femme qui est en moi,
    De n’importe quel pays,
    De n’importe quelle couleur,
    Je me fais du mal à moi-même.

    Aussi ai-je souvent mal
    A toutes ces parties de moi
    Mutilées, torturées, affamées,
    En quelque lieu du monde.

     Le jour approche
    Où je serai entière et entier,
    Où j’aurai assumé ma féminitude,
    Ma mâlitude, ma négritude, ma jaunitude.

     Je suis l’homme, je suis l’enfant,
    Je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche,
    L’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.

     Julos Beaucarne

    http://julosland.skynetblogs.be/

    ***

    pour Leiloona
    du blog Bricabook

    Merci Leiloona!

    http://www.bricabook.fr/2015/01/atelier-decriture-150e-une-photo-quelques-mots/

     

    ***

    à lire aussi

    http://leblogalupus.com/2015/01/09/je-ne-suis-pas-charlie-par-bruno-bertez/

    http://www.les-crises.fr/

    et

    http://mo.michelonfray.fr/non-classe/lintegralite-de-larticle-de-michel-onfray-dans-le-point-du-10-janvier-2015/

     

  • J comme je jette ou je garde?

    C’est un ciré que ma mère m’a donné parce que la fermeture éclair est foutue. Il est si pratique pour les promenades hivernales ou pour aller chercher du bois au fond du jardin. Sauf que maintenant j’habite en ville.

    Ce sont des tabliers que grand-mère Adrienne a cousus. Il y en a plus de vingt. Il ne m’en faut que deux, tout au plus. Ceux que je préfère sont précisément ceux qui sont le plus usés.

    C’est un pull de belle-sœur aînée. Celle qui est morte en 1987 dans un accident de voiture. Un beau pull noir dont, dernièrement, j’ai retiré les épaulettes. J’aurais peut-être dû les y laisser ? Je ne l'ai porté qu’à des enterrements.

    Ce sont des mouchoirs de mon père. De grands mouchoirs à carreaux dans des tons de beige ou de bleu, sa couleur préférée. Il n’y en a pas dix en tout, ils sont devenus tout minces et la plupart sont troués. Je n’utilise plus que ceux-là.

     

    - Jette tout ça ! dit l’amie Antoinette. Jette ! Jette !

    ***

    écrit pour le défi 136
    des Croqueurs de Mots
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/12/22/defi-n-136-vetements-and-co-5518569.html?c

    sur le thème du vêtement qu'on garde...

    merci Enriqueta!

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    photo prise à Rome en avril 2011

     

  • J comme je refais du Delerm

    - N'oubliez pas d'éteindre vos portables, dit Madame au moment de distribuer les questions de l'examen. Qu'il n'y ait pas de discussion possible.

    Alors on fouille dans les poches de pantalon, on en sort de rutilants objets à 500 € l'unité, on les tripote en deux ou trois pichenettes et on les remet bien au chaud contre la cuisse.

    Bizarrement, c'est pendant les examens qu'on fait une entorse au règlement qu'on applique toujours si strictement: les portables, à l'école, on ne peut ni les voir, ni les entendre.

    On ne les voit jamais autant que ces jours-ci, surtout dans les classe les plus peuplées, où Madame exige qu'on les pose à terre.

    - Fais attention, dit Madame à un étourdi qui l'a déposé sous sa chaise, quand tu vas te lever tu vas l'écraser.

    Et ça le fait sourire, le bougre.

    ***

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils, les uns après les autres.

    Pendant la conversation qu'on a en particulier avec chacun, pour l'examen oral, on apprend sur eux un tas de choses. En particulier - mais s'en étonnera-t-on? - que leurs idoles sont toutes anglo-saxonnes. Ils écoutent Ed Sheeran ou un certain Smith dont on a déjà oublié le prénom. Téléchargent le texte des chansons, en recherchent le vocabulaire, le connaissent par coeur.

    - Tu devrais te trouver une vedette francophone et faire pareil en français, leur dit Madame.

    C'est vrai, ils l'accordent, ce serait une bonne chose, mais seul Stromae est jugé assez bon.

    - Et Cyprien? demande Madame, qu'est-ce que tu en as pensé?

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils les uns après les autres. J'ai presque tout compris.

    Puis ils ajoutent, et le coeur de Madame accélère un peu sa cadence, mais ça c'est de l'allégresse pure:

    - Je crois bien que je vais encore regarder ses vidéos.

    Alors on remercie youtube d'avoir créé des Norman et des Cyprien.

    Et on félicite l'élève pour ses bonnes résolutions. 

    ***

    Cyprien: https://www.youtube.com/watch?v=RL7grUEo960

    Norman: https://www.youtube.com/watch?v=zt-LbzrS2lI

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

    Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse - N’oubliez pas d’éteindre vos portables - Moi j’ai bien aimé - C’est le soir que c’est difficile - Je voulais voir ce que c’était - D’abord, merci de prendre ma question - On ne vous fait pas fuir au moins - Je préfère Trouville à Deauville - C’est pas vrai ! - Ca va refroidir - Voilà, tu la connais l’histoire - Faut arrêter ! – Y a pas d’souci - Il faut le voir sur scène - Ca devrait toujours rester comme ça - J’ai horreur de cette phrase - Chez nous, c’est comme ça ! - Du côté de mon mari - Je vais prendre les matches un par un - Ca a été ? - J’ai une contrainte - C’est maintenant qu’il faut en profiter - On était écroulées - Qui lit encore Duhamel ? - Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ? - Il pourrait bien neiger - Par contre je veux bien un stylo - On peut le changer - Quel est votre plus gros défaut ?

  • J comme je cède

    À céder : lit des années 30 en bois peint de couleur claire, très bon état avant d’avoir été réduit en cendres. S’adresser à GPT1Kble

    À céder : lettres d’amour très bien tournées et sans aucune faute d’orthographe ; ont déjà démontré leur efficacité. S’adresser à LHOOQ

    À céder : photos d’une vie à deux ; prix spécial pour les amnésiques. S’adresser à CKC

    À céder : lunettes invisibles permettant de voir les défauts des gens ; prendre une option, la personne qui les porte ne veut pas encore s’en défaire. S’adresser à m’R-par-fête

    À céder : voyage de rêve à Bali, 3 semaines tous frais payés, réservation réglée pour le 5 au 27 juillet 2007. S’adresser à CKdo

    À céder : matériel d’aquarelliste contre outils de plomberie et/ou d’électricité. S’adresser à Cmal1

     

    À céder : connaissances et savoir-faire devenus inutiles mais pouvant encore servir à d’autres. Liste disponible sur demande. S’adresser à coQ5pa  

    ***

    Merci à Joe Krapov
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2014/11/08/30918285.html

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  • J comme je te comprends

    Petite belle-sœur est venue la rejoindre, en toute discrétion. Elle l’entoure de ses bras, lui met des lainages autour des épaules. Elle croit comprendre. Je te comprends, dit-elle. Je comprends ton sentiment. Mais tu es toi. Moi je t’aime comme tu es, tu le sais, n’est-ce pas ? C’est là qu’elle a envie de fondre en larmes mais elle répond juste qu’elle sait. Oui, elle sait. Elle sait que si la famille était un poulailler, petite belle-sœur serait la dernière à avoir le droit de s’approcher de la mangeoire. Alors oui, sans doute qu’elle comprend. Et tes enfants, dit-elle encore, tes enfants sont merveilleux ! Tu le sais, ça ? Oui, c’est vrai, ses enfants sont sa fierté. Ils feront des études, eux. Ils gagneront beaucoup d’argent, comme sœur aînée, comme tous les autres qui gagnent plus qu’elle et vont en vacances à l’hôtel et vont au restaurant et aux sports d’hiver et mangent du homard même quand ce n’est pas Noël. Il fait trop froid pour rester ici, viens, rentrons, Mémé Jeanne va s’inquiéter… Mémé Jeanne, a-t-elle jamais su, jamais deviné comme son enfant « du milieu » souffrait d’être « celle du milieu » ? Sans doute que non. Mémé Jeanne est persuadée d’avoir élevé ses cinq enfants exactement de la même façon. Ah ! tu es là aussi, fait-elle à sœur aînée qui sort de la maison à son tour. Nous allions justement rentrer, ajoute-t-elle en espérant que ce soit vrai et que Christine s’y décide enfin. Viens, on va boire un café, ça nous réchauffera.

    ***

    écrit pour l'atelier d'été
     de François Bon
    (4e partie)