les derniers

  • Derniers

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    Derniers concerts de l'été dans ma ville 

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    Derniers moments de tranquillité sur la pelouse de la petite école d'en face 

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    Les derniers canetons ont atteint leur taille adulte 

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    Derniers vestiges d'un rang de petites maisons ouvrières,
    la faïence-support-à-savonnette... 

    automne,nature,école,chat

    et première fois que la bagnole est sous son carport cool

     

     

  • Dernières volontés

    Quand tu seras morte, demande Monsieur Neveu, tu veux être enterrée ou incinérée? Incinérée, répond l'Adrienne. M'enfin! quelle drôle de question, dit Madame Mère. Mais c'est pour savoir quoi faire, dit Monsieur Neveu. Bien sûr, dit l'Adrienne, donc maintenant tu sais, prends-en bonne note pour le jour où. 

    C'est bien, le train, ça laisse le temps à d'intéressantes conversations. 

    A l'aller il s'était déjà enquis d'un autre aspect de la chose: 

    Quand tu seras morte, qui c'est qui hérite? 

    Ma mère, a répondu l'Adrienne. 

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    pluie à hauteur de Rotterdam, 23 juillet

  • Dernière fois

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    Les matins d'été, elle est toujours la première à faire entrer le soleil. La première à se lever, à ouvrir ses rideaux, à se préparer, à descendre à la cuisine. 

    Elle prend soin de ne faire aucun bruit, de ne réveiller personne. C'est une chose qu'elle sait très bien faire: ouvrir une porte si lentement que rien ne crisse, bien tenir la poignée baissée en passant d'une pièce à l'autre et la laisser doucement, très doucement, remonter à sa position initiale. Descendre pieds nus et ne mettre ses sandales qu'une fois dehors. 

    Alors, si tout se passe bien, elle a une ou deux heures de liberté devant elle. Une ou deux précieuses heures à courir dans les champs et à embrasser les arbres. Jusqu'à ce que la vie de la maison la reprenne. Jusqu'au lendemain matin.  

    Elle n'en peut plus. Elle a décidé que cet été-là serait différent. Elle a bien réfléchi. 

    Ce matin sera le dernier à vivre ici. Elle a douze ans et elle est prête. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne

     

  • Les derniers patoisants

    Depuis que grand-mère Adrienne n'est plus là, je n'ai plus beaucoup l'occasion d'exercer mes connaissances de notre patois. Et je ne suis pas la seule. Les derniers à avoir été élevés en patois appartiennent généralement à la génération de ma mère. 

    La troupe de théâtre qui monte la revue traditionnelle, avec des personnages tirés du folklore de la ville, dans une action pimentée par l'actualité politique et économique du jour, a de plus en plus de mal à trouver des acteurs-chanteurs capables de pratiquer le "vrai" patois de façon plus ou moins convaincante. 

    Même la connaissance passive se perd et parmi le public, de plus en plus de gens ont des difficultés à tout comprendre. Au point que pour les chansons, cette année on a mis des sous-titres tongue-out 

    Aussi suis-je toujours un peu étonnée d'entendre Monsieur l'Entrepreneur s'adresser en patois à ses ouvriers, même à celui qui s'appelle Ahmed. 

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  • Derniers et premiers

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    source de l'image 

    Samedi dernier, en allant faire ses courses, Madame les a vus de loin et a réprimé un "zut!": deux gamins emballés dans le plastique de la Fondation Damien tendaient à la générosité des passants leurs paquets de quatre stylos pour six euros. 

    Oui, elle a pensé "zut!" en se disant qu'à la sortie du supermarché, elle n'y échapperait pas. 

    Quelle ne fut pas sa surprise en reconnaissant Jack et Phil, le Congolais et l'Arménien, comme ils se désignent, bien que tous deux Belges depuis leur naissance, il y a 13 ans. 

    Jack et Phil, les enfants terribles de professionnelle - sinon, comment Madame les connaîtrait-elle, vu qu'elle ne s'occupe que des "grands"? - toujours à traîner là où il ne faut pas, à se bousculer dans les escaliers, à se mettre dans les problèmes avec leurs profs ou avec leurs condisciples. 

    En rendant la monnaie, Jack se trompe dans ses calculs - il y a une raison à sa présence en professionnelle, ils existent, ces enfants-là, qui pensent que vingt moins six, ça fait seize, ils existent et ils n'y peuvent rien de ne pas savoir calculer - mais Madame les félicite tout de même d'être là, tous les deux, à se dévouer pour la Fondation Damien

    En les quittant, elle ne pense plus du tout "zut!". Elle a le sourire aux lèvres et se dit que ces gamins-là, derniers partout à l'école, sont aux premiers rangs du cœur. 

     

  • Dernière...

    L'Adrienne a été fort paresseuse en cette fin d'année: elle n'a pas trouvé la force d'écrire des cartes de vœux. 

    Elle admire ses amis finlandais qui, année après année, sont les tout premiers: décembre est à peine entamé et voilà déjà les riches coloris de l'iconographie traditionnelle dans sa boite aux lettres: 

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    Bon réveillon et bonne année à vous tous qui passez par ici!

  • Derniers potins

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    Généralement, c'est ma bonne qui m'emmène au parc. Elle discute si fort avec les autres bonnes que je peux aller jusqu'au bassin, je les entends encore. Elles ont des conversations peu intéressantes sur leur amoureux et très instructives sur nos mamans et nos papas. Elles oublient un peu qu'on est là et qu'on a des oreilles mais on joue en faisant semblant de rien.

    Parfois, c'est maman qui m'emmène au parc. Ces jours-là, elle retrouve son amie Clotilde et je fais mes pâtés de sable le plus près possible pour ne rien perdre de leur conversation. Même si elles se parlent tout bas, même si Clotilde me tourne le dos, je n'en perds pas une miette, surtout quand elles parlent des bonnes et des papas. 

    Ces jours-là, je peux garder mes gants pour faire mes pâtés de sable - je n'aime pas avoir ces grains qui collent sous les ongles - maman ne le remarque même pas! 

    tableau et jeu chez Lakévio 
    que je remercie!

  • Derniers témoins

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    Ici et là 

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    entre deux blocs de béton et de verre 

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    subsistent les derniers témoins 

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    de la Belle-Epoque 

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    "A Ostende, nous dit le guide de la promenade maritime de dimanche soir, dès qu'un bâtiment a plus de 30 ans, on commence à se dire qu'il vaudrait mieux l’abattre pour construire du neuf!"

    Hélas, je sais bien qu'il a raison, j'avais un beau-frère roi de la brique et du béton... Il se vantait chaque fois qu'il avait reçu un permis de construire sur un bout de dunes...  

    "Imaginez, ajoute-t-il en nous montrant une photo du front de mer vers 1910, que nous ayons gardé ces bâtiments-là? D'accord, c'est bien joli, mais combien de gens on aurait pu loger? Avec des plafonds à quatre mètres de hauteur! Et sans le confort d'aujourd'hui!"

    Bref, le guide et mon beau-frère, ils étaient du même avis... 

     

  • Dernière fois!

    C'est bien la dernière fois, se dit l'Adrienne à la fin d'une journée particulièrement tendue, que j'emmène ma mère en vacances!

    Le lendemain, avec la suite dans les idées qu'on lui connaît, elle proposait déjà une destination pour l'été suivant.

    - Oh mais! a dit sa mère, on ne doit pas attendre jusqu'à l'an prochain! On peut y aller au mois d'août!

    vive la famille, voyage, ça se passe comme ça

    l'infatigable mère de l'Adrienne dans les traboules

    vive la famille, voyage, ça se passe comme ça

    entre le musée des Tissus et celui des Arts décoratifs

    vive la famille, voyage, ça se passe comme ça

    lisant scrupuleusement chaque écriteau
    (ici au musée gallo-romain de Fourvière)

    vive la famille, voyage, ça se passe comme ça

    montant et descendant des tas d'escaliers
    (ici en revenant d'une visite à la Croix-Rousse)

  • Dernier refuge

    Depuis qu'elle avait trouvé ce travail chez un vieux savant 

    plus rien ne faisait obstacle à sa passion dévorante 

    des livres et de la lecture... 

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    Lali 476 et Le Hibou semaine 22 
    thème: obstacle

  • Dernier jour, dernier roman

    Le dernier roman de Régine Deforges m'est tombé dans les mains l'autre jour: il trônait parmi les "nouveautés" et si je l'ai lu, c'est parce qu'il parle de Victor Hugo et de la naissance de son oeuvre magistrale, Le dernier jour d'un condamné. 

    Drôle de coïncidence, d'ailleurs, puisque Régine Deforges est décédée alors qu'elle était occupée à la rédaction de ce livre, dont le titre est La Bergère d'Ivry, même si ladite bergère n'est qu'un prétexte vite oublié au fil des pages. 

    Le véritable protagoniste, c'est donc l'ami Victor, jeune et fougueux artiste de 25 ans, apparemment déjà célébrissime (1) et entouré d'amis qui sont toutes les grosses pointures de son temps (2). Heureux homme laughing 

    Dans une préface, Pierre Wiazemsky s'explique sur deux choses: le livre est inachevé mais on n'a pas effectué de corrections, pas même rectifié "certaines invraisemblances" (p.7) et l'auteur a "oublié la Bergère en route" (p.7) mais avait l'intention d'y revenir (3). C'est dommage pour ce qui concerne les corrections et sans doute aussi pour la Bergère, morte deux fois tongue-out

    deforges.jpg

    https://www.ladifference.fr/la-bergere-d-ivry

    Sinon, qu'en dire? La lecture est facile, agréable et il vaut mieux être fan du grand Victor, parce que ça frise l'hagiographie. 

    Fan sans être pointilleux parce qu'on est souvent assez loin de la biographie ou de l'exactitude historique dans la chronologie. 

    On le pardonnera à Régine Deforges, de mortuis nil nisi bene...

    ***

    (1) au point que même les servantes d'auberge le connaissent et savent réciter ses vers...

    (2) Châteaubriand, Lamartine, Sainte-Beuve, Daumier, Gautier, Béranger, La Fayette, Dumas, Nerval, Pétrus Borel, Charles Nodier... et même Balzac.

    (3) Je me demande bien comment...

  • Dernière trouvaille

    Combiner le shopping et la bienfaisance, vous connaissiez sans doute déjà sous forme de piécette dans la sébile posée devant une femme agenouillée, avec ou sans bébé, un homme enroulé dans des couvertures, avec ou sans chien, un jeune ou un vieux mendiant, avec ou sans moignons. 

    Et puis il y a TOMS. Qui vous promet de fournir des chaussures à ceux qui n'en ont pas, en échange de celles que vous leur achèterez. D'offrir des soins oculaires pour votre achat de lunettes. D'offrir de l'aide à l'accouchement en échange de l'achat d'un sac. 

    Une sorte de troc, donc.

    On ne peut qu'espérer que Toms tienne ses promesses... car on s'y est laissé prendre smile 

    toms.jpg

    et on s'est offert de jolies pantoufles 

    en espérant que là-bas, quelque part, 

    ça aiderait un enfant 

    http://www.toms.fr/

    http://www.toms.fr/ce-que-nous-donnons-chaussures

    http://www.toms.fr/partenaires-chaussures

  • Dernier alphabet de l'année

    Arbre de Noël sur la Grand-Place

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    Bruxelles, évidemment, deux jours hors du temps

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    Crinolines comme dans la chanson de Brel

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    Dentelles aussi, évidemment

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    Étalages de fête rivalisant d'originalité

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    Folie footballistique comprise

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    Galeries illuminées

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    Hôtel avec vue

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    Illuminations à la rue Neuve

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    Jaco Van Dormael au cinéma
    http://www.climaxfilms.be/fr/films/le-tout-nouveau-testament

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    Kado

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    La brouette (quand on ne la pousse pas elle s'arrête)

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    Magritte (après la lampe turinoise, le porte-clé bruxellois, 190 €)

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    Non, il n'y a pas qu'à Turin qu'on trouve du fer forgé

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    Ors tout neufs du côté du Roy d'Espagne

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    Poeti e Barbari (deux titres de gloire cool)

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    Question: qui se préoccupe du bien-être de ces chevaux?

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    Repas pris dans un petit resto que je ne connaissais pas

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    Sapins autour de la crèche

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    Train du matin et train du soir

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    Unique, cette merveilleuse robe d'un couturier bruxellois des années 1880

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    Violette, robe d'après-midi des années 1850

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    Waar is dat feestje? http://www.lavenir.net/cnt/dmf20110407_029

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    Y en a plus? Y en a encore... de l'or!

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    Zorro, en néerlandais, de Vos

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  • Dernières photos

    Dimanche 25 octobre

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     au Parc du Cinquantenaire

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    à Bruxelles

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    les dernières photos prises à l'extérieur.

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    Et pour ceux qui n'aiment pas l'automne...

    Langue tirée

    pour le projet 52 de Ma' - thème: extérieur

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     

  • Derniers rayons, derniers zéphyrs

    Les derniers rayons éclairent les sucettes géantes

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     changements dans le sens de la circulation à cause des fouilles archéologiques

    Les derniers zéphyrs caressent les pelouses

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     vue du parc en centre ville, lendemain de soirée "musicale", 21 août 2015

     Dès demain il faudra de nouveau donner des devoirs et des leçons.

    ***

    Je demande pardon à mon grand ami André Chénier

    d'avoir utilisé ses vers

    à si mauvais escient

    http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/andre_ch_nier/comme_un_dernier_rayon_comme_un_dernier_zephyre.html

  • Dernier venu

    Dernier venu

    Que voulez-vous il pleuvinait
    Que voulez-vous je suis entrée
    Que voulez-vous il me cherchait
    Que voulez-vous j'y suis allée

    Que voulez-vous il m'a attirée
    Que voulez-vous je l'ai regardé
    Que voulez-vous il a été agréé
    Que voulez-vous je l'ai acheté

    ainsi que deux autres
    Langue tirée 

    bruxelles,lire,lecteur,livre,lecture,litterature,art,parodie,pastiche,poesie

    et ceci bien sûr est un pastiche de

    COUVRE-FEU

     Que voulez-vous la porte était gardée
    Que voulez-vous nous étions enfermés
    Que voulez-vous la rue était barrée
    Que voulez-vous la ville était matée

    Que voulez-vous elle était affamée
    Que voulez-vous nous étions désarmés
    Que voulez-vous la nuit était tombée
    Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

     Paul ÉLUARD (1895 - 1952), Poésie et Vérité

     

     

  • Dernières nouvelles de Muanza

    Attendre, toujours attendre. Deux ans bientôt qu’elle ne l’a plus vu. Qu’elle s’autocensure quand elle lui envoie une cassette audio avec des nouvelles d’elle ou de l’enfant. L’amour d’un homme est chose si éphémère, lui dit-on. Surtout s’il est si loin de toi, et si longtemps, lui dit-on. Il suffit d’une étincelle pour faire vibrer l’envie. Le corps a ses gourmandises, tapies dans les plis les plus obscurs.

    Elle sait bien tout cela, Rosemonde, il est inutile de le lui répéter.

    Elle contemple une vieille photo où ils sont tous les deux. Elle en a si peu, deux ou trois, peut-être. Lui chocolat noir, elle caramel doré, lui sérieux, elle tout sourire. Lui dans sa pose de play-boy, la tête rejetée un peu en arrière, elle la petite abeille ouvrière, toujours une pelote dans les mains, un vêtement à raccommoder, une couture qui a cédé.

    Elle se lève, craque une allumette, rallume le feu pour le fufu et la soupe du soir. Son dernier soir. Ce n’est pas le moment de regretter et de se mettre à pleurer. Courage ou folie ? L’avenir le dira.

    Trop de temps est passé depuis que Muanza s’est évadé de prison. Qui sait combien de belles Nigérianes ou Européennes lui ont fait croquer la pomme ? Elle préfère ne pas y penser.

    Elle est prête pour le voyage : ongles vernis, une touche de parfum au creux des articulations, une dernière lessive séchant aux branches, des sacs de courses pleins à ras bord. Elle va abandonner son petit atelier de couture, tout laisser derrière elle.

     

    Même son petit garçon.

  • Dernière fois

    La dernière fois que des élèves ont joué une pièce de théâtre à l'école, c'était fin février.

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    à droite, Madame le bourgmestre, à côté d'elle, sa nièce, jeune fille à marier, et sa fille, une jeunesse révoltée. Entre les deux jeunes filles se penche la dame un peu fofolle qui tient la cantine.
    Bref, on a bien rigolé.

    Et Madame, vous savez quel rôle elle a joué?

    Trrrrrès important!

    Indispensable!

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    maquilleuse

    Cool

    Elle qui ne se maquille jamais
    et ne s'est jamais maquillée
    a consciencieusement tartiné de fond de teint
    les joues bien lisses de ses élèves

    Langue tirée

     

  • Dernière lettre

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    photo de l'hiver 2010-2011

    Le jardin est une scintillante symphonie de blanc, une aquarelle où se détachent les mésanges et les merles gloutons. Ils se disputent avec ténacité un kilo de graisse de bœuf. Ils ont conscience que leur vie en dépend.

    La fourgonnette rouge vif remonte l'allée sinueuse, en fait le tour dans un crissement de pneus et de freins, s'arrête pile devant la boîte aux lettres rouillée. Bruit de portière qui claque.

    En l'espace de quelques secondes, le silence est revenu. Muanza sort prendre le courrier et le chien en profite pour aller jusqu'à la rue, provoquant au passage un nouvel envol autour de la mangeoire aux oiseaux.

    Le journal, deux enveloppes. Muanza a un frisson au cœur en voyant celle qui est bleutée avec trois grands timbres aux couleurs vives. Lagos, Nigeria, cette ville immense composée d’îles qu’aucun pont ne relie. Il lui semble entendre les rythmes yoruba. Et le rire de Theresa.

    Theresa, la belle parenthèse dans le fardeau des premiers mois d’errance. Theresa et sa façon d'enrouler son pagne. Theresa qui se coiffe à petits coups secs ou se peint les ongles des doigts de pied en grenat. Theresa qui se penche vers lui pour lui tendre un bol de fufu. Le parfum de Theresa, la sueur de Theresa. Et ses caprices de jeune et jolie femme.

    Malgré le froid de janvier, il ressent une violente zébrure de chaleur, comme une secousse. Il rentre prestement, le chien sur les talons. Déchire l'enveloppe d'un coup sec, déplie le fragile feuillet bleu, lit les mots de Theresa, son langage coloré d'expressions en yoruba et son anglais bancal.

    Theresa qui l’appelle chéri, lui dit sa douleur, ses regrets, le vide, le temps qui passe… Qui ne comprend pas pourquoi il ne lui écrit jamais, qui lui fait presque une scène. Qui ne sait pas qu’il y a Rosemonde. Et une autre encore, au Niger.

    Parce que c’est aussi ça, pour Muanza, la résilience (1).

    Plus tard, il cache soigneusement la lettre entre ses T-shirts propres. Il ne faudrait pas que Pierre ou Marie la trouvent. Ils ne comprendraient pas. L’Europe, ce n’est pas l’Afrique, se dit-il.

     ***

    (1) capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité (définition de Boris Cyrulnik)

    ***

    Le texte combine deux consignes

    les mots du dernier défi du samedi

    Espace - Bruit - Frisson – Rythme - Couleurs- Langage- Caprice - Lire - Déchirer - Pont

    et les mots des plumes d'Asphodèle

    temps, lire, ténacité, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience,  cœur, douleur, scintiller et symphonie, scène, sinueux

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  • Dernières nouvelles

    Aux dernières nouvelles, les chats de l'Adrienne sont plus heureux et plus florissants que jamais.

    Ils font des siestes du matin au soir, entrecoupées de petites visites à leurs assiettes à croquettes et à leurs petits bacs à eau du rez-de-chaussée.

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    Pipo Rossi et Mama Moussa
    surpris en train de s'adonner activement
    à leur occupation favorite
    qui nécessite, comme on peut le voir,
    d'être faite les yeux fermés
    car elle demande de gros efforts
    de concentration

    Puis ils refont des siestes du soir au matin, entrecoupées de petites visites à leurs assiettes à croquettes et à leurs petits bacs à eau du premier étage.

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     Pipo Rossi et Mama Moussa
    feignant d'ignorer royalement ce vilain profiteur de numéro 3,
    qui sous prétexte qu'il reste maigre comme un clou
    reçoit ses petits plats dans des endroits surélevés
    leur restant inaccessibles

    Vous les voyez donc le plus souvent débordant d'activités physiques diverses, privilégiant les muscles de la langue (on se lèche soi et l'autre) et de la mâchoire (quoiqu'on préférerait les petits pâtés de luxe de chat numéro 3 aux croquettes dures à croquer)

    Chaque soir, ils montent les marches pour se rendre dans leurs quartiers nocturnes. Mais ils le font par petites étapes.

    Il ne faudrait pas que le coeur lâche en cours de route.

    ***

    "Les dernières minutes d'une année sont toujours les meilleures.
    On les passe avec nos amis."
    écrit V***, un de mes garçons de Terminale.

    Heureuse Adrienne, qui les passe avec sa carissima nipotina

    et trois chats
    (mais sans connexion internet - Rien n'est parfait, soupira le renard)

    Cool

    Bonne année à tous!

  • Derniers beaux arbres

    Walrus sept 2014 022 - kopie.JPG

     Walrus sept 2014 024 - kopie.JPG

    de beaux arbres, de beaux troncs, de belles branches  

    Walrus sept 2014 029 - kopie.JPG

    de belles pelouses où il ne manque que les petits moutons

    http://www.youtube.com/watch?v=mEXpNu2ZbOA 

    Walrus sept 2014 030 - kopie.JPG

    et de jolis jeux d'ombre et de lumière avec reflets dans l'eau 

    Walrus sept 2014 031 - kopie.JPG

    photos prises à Bruxelles le 28 septembre
    et c'était encore l'été

    Cool

    Merci aux amis pour ce bain de nature! 

     

  • Derniers adieux

    Mercredi dernier, profitant qu'elle s'y trouvait toute seule, Madame a fait beaucoup de bruit dans son bureau de coordinatrice. Pendant une paire d'heures, elle a passé à la déchiqueteuse (1) tous les dossiers des élèves de sixième (2).

    Non sans émotion.

    Ce n'est pas qu'elle ait pris le temps de tout relire, mais en les manipulant, elle n'a pu s'empêcher de voir le contenu de certaines feuilles. Et de repenser à tous ces élèves qui viennent de quitter l'école en juin dernier. 

    Ceux qui sont arrivés à douze ans avec un passé familial déjà lourd. Ou avec un dossier médical chargé. Ceux qui ont collectionné les heures de colle ou qui ont failli être renvoyés trois fois pour indiscipline. Ceux qui ont un problème chronique pour être à l'heure. Parfois c'est leur père ou mère qui sont responsables des retards mais c'est l'enfant qui est puni.

    Ceux qui ont un dossier tout mince après six années de secondaire et ceux qui l'ont bien épais. Ceux qui ont réussi à battre le record d'épaisseur alors qu'ils sont arrivés seulement il y a deux ans.

    Les jolis mots d'excuse, les belles promesses, les blagues de potache. C'est juré, plus jamais ils ne se moqueront de leur prof de géo. Plus jamais ils ne saupoudreront le rétroprojecteur avec le contenu de leur taille-crayons. Plus jamais ils n'oublieront de préparer leurs exercices de maths.

    Parfois aussi une lettre de parents inquiets. Comme ce papa militaire de carrière qui prévient l'école qu'il est envoyé en mission en Afghanistan et que son fils, alors en troisième (3), pourrait en être perturbé.  

    Madame espère que tous ses pirates vont bien et qu'ils poursuivront de bonnes études, adaptées à leurs goûts et à leurs talents.

    Et elle a bien envie de remettre ici une dernière fois cette photo de leurs "cent jours"

     

    prof,école,élèves

     ou une du cross de l'école, voilà bientôt un an

     prof,école,élèves

     ***

    (1) il me semble que papierversnipperaar, c'est bien une déchiqueteuse?

    (2) c'est-à-dire de Terminale, en France

    (3) la troisième, c'est la seule année où on dit pareil en Belgique et en France Sourire. On y entre en principe à 14 ans.

  • Dernière c... sur les profs

    Dans la salle d'attente de l'ophtalmo, l'Adrienne a entamé la lecture d'un bouquin dont elle espère un moment de détente. Patrick Cauvin, Haute-Pierre. Arrivée à la page 62, elle a un haut-le-corps en lisant cette phrase:

    Il n'y avait qu'un enseignant pour pouvoir aussi pleinement faire abstraction d'un enfant. (LdP 6307)

    Il s'agit d'un directeur d'école primaire qui, au moment où un couple vient inscrire un petit garçon, s'intéresse plus à l'histoire du vieux manoir qu'ils viennent d'acquérir dans la région qu'à l'enfant qui les accompagne.

    Quand l'Adrienne se trouve dans une assemblée où il y a un seul enfant, un seul jeune, c'est vers lui qu'ira surtout son attention, c'est à lui qu'elle s'adressera le plus facilement, c'est lui qu'elle fera parler.

    Et à son humble avis, la plupart des enseignants sont du même acabit: plus à l'aise avec la tranche d'âge à laquelle ils ont affaire chaque jour qu'avec les "grandes personnes".

  • Dernier jour

    - Mon dernier jour est arrivé.

    Voilà sa pensée prédominante, alors qu'il est couché par terre dans une cellule sans fenêtre.

    Depuis la veille… Non! depuis la mort de Baako, il s'interroge sur le chemin parcouru par sa famille. Y aurait-il eu, quelque part, une querelle oubliée dont il subirait les conséquences aujourd'hui? Pourquoi le sergent boiteux, avec qui il a si souvent joué à l'awélé, l'a regardé avec une telle rage et si durement frappé dans le cou et sur la tête?

    Il a mal partout et sa blessure se rouvre de temps en temps. Pourtant ses pensées le ramènent surtout aux jours heureux. Depuis qu'il a épousé Rosemonde, ils vivent en paix, vaquant à leurs occupations, Rosemonde à son atelier de couture, lui à son atelier mécanique: nul problème sérieux ne vient alourdir le cours des jours et leur petit garçon grandit en bonne santé.

    Il sait maintenant que cette paix était une fiction: à l'armée, ses supérieurs n'oublient rien, ne pardonnent rien. Le jour où le régime l'a exigé, ils ont ressorti le dossier Muanza et son sort a été scellé.

    Deviendrait-il ce fils prodigue qui enlève avant l'heure à sa famille sa part d'héritage? Rosemonde, il en est sûr, est en train de multiplier les démarches pour le sauver, mais il faut de l'argent, beaucoup d'argent! Il se l’imagine, le visage tendu, faisant le tour de tous ceux qui n’ont pas encore payé ses travaux de couture. Ce ne sont que de petites sommes dérisoires mais elle glisse chaque billet sale et froissé dans une poche cachée sous les plis de sa longue jupe.

    C'est l'armée qui est venu l'arrêter et il n'a même pas pu prendre un vêtement de rechange. C'est pour cette raison qu'il s'attend au pire. Il se dit qu'il aurait dû aller à Londres, quand il en était encore temps, ou au Canada. Là où se sont exilés les chefs du parti de l'opposition. Aujourd'hui il faudrait presque un miracle pour le sortir à temps de sa prison et rassembler l'argent du voyage. Le Canada! Muanza ne sait pas ce que c'est que l'hiver.

    Oui, il a participé activement à la campagne électorale, cette année-là, quand sous les pressions internationales les partis de l'opposition avaient été admis. Il a visité de nombreux villages dans le nord du pays, la région de ses parents, de tous ses ancêtres, pour expliquer aux gens comment voter. Pour leur dire aussi les enjeux de ces élections, les premières à être véritablement démocratiques. Pendant les mois qu'a duré cette tournée, il a revu les maisons traditionnelles pareilles à celles de son enfance, avec leur Nyame dua protecteur et les mares où se concentrent les activités des femmes et les jeux des enfants.

     

    Mais les gens ont eu peur: le dictateur en place a encore obtenu 58,3% des voix.

    fiction,jeu,muanza

    http://www.wmf.org/project/asante-traditional-buildings

    ***

    Les éditions Zulma, dont je parlais hier, c'est aussi cette page: http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html que je n'avais pas explorée et que Joe Krapov m'a fait connaître (remerciements éternels Clin d'œil) ... Ce qui m'a permis de continuer l'histoire de Muanza en insérant des mots pris dans les premières pages de L'Oeuvre au noir, de Marguerite Yourcenar.

  • Der de der

    On était tous assis devant la télé le samedi soir.

    - Vous allez voir, disait-elle, vous allez voir qu’il y aura encore une guerre ! Ça ne va plus durer longtemps !

    On se moquait d’elle, les uns un peu plus gentiment que les autres :

    - Mais qu’est-ce que tu racontes !
    - Mais qu’est-ce que tu en sais, Adrienne ! Tais-toi plutôt, et laisse-nous écouter les nouvelles !
    - Mais non, c’est fini, les guerres, disait la plus jeune, la plus optimiste, celle qui n’avait pas connu les précédentes, pas même l’indépendance du Congo ni la crise de Cuba.

    On riait et on haussait les épaules devant son visage grave et son doigt levé pour nous admonester.

    - Vous verrez bien !

    C’était le milieu des années 70. A l’école, on nous apprenait que la guerre froide était finie, que les accords SALT étaient un très bon signe et que le lointain Viêt-Nam connaissait enfin la paix. Nous étions donc bien tranquilles. La guerre, c’était du passé.

    Mais pas pour grand-mère Adrienne, qui voyait dans chaque politicien à la télé des ressemblances avec Neville Chamberlain :

    - Lui non plus, disait-elle, ne croyait pas qu’il y aurait la guerre. Et pourtant ! hein ? vous avez vu !

    Mais déjà plus personne ne lui répondait, sauf par un « chut » ici ou là.

    Dès le lundi suivant, grand-mère Adrienne s’achetait encore deux kilos de café et un grand paquet de spéculoos. Qu’elle stockait avec ses autres réserves, pour les jours sans. Ce qui faisait dire à son beau-fils, chaque fois qu’il ouvrait une armoire à provisions :

    - Il y a de quoi soutenir un siège, ici !

    Alors c’était au tour de grand-mère Adrienne, de hausser les épaules .

    - Ils ne seront que trop  contents, tous, le jour où ils n’auront plus que de la chicorée et des glands torréfiés, de venir boire un vrai café.

    ***

    C'est en entendant et en lisant l'actualité autour de la Crimée, que je me suis souvenue de cette petite scène qui se répétait le samedi soir devant la télé à chaque nouvelle "crise" ou tension internationales.

    Texte écrit pour l'atelier d'écriture de Daniel Simon à Leuze. La consigne était "Pour les jours sans"

    http://traverse.unblog.fr/2014/02/13/un-seul-etre-nous-manque/

  • Dernières perles

    Cette semaine, Madame nous a régalés d'un gros test de vocabulaire. Comme je n'avais appris qu'à peu près un mot sur deux, j'ai dû improviser. On ne sait jamais, me suis-je dit, il y aura peut-être quelque chose de bon dans ce que j'écris. Ou alors je réussis à la faire rire, ce sera toujours ça de pris.

    Voyons voir... morue? kèksèksa? 

    Ne mange pas ça! C'est tout morue!

    Ouais, pas mal, pas mal, ça peut passer. Et l'autre mot, c'est quoi? levure? jamais entendu ce mot-là de ma vie!

    Je n'aime pas ce plat, il est trop levure.

    Hop, voilà qui est réglé! Et après, elle demande quoi? blanchisserie? hmmmm...

    La blanchisserie de cette sauce, c'est à cause de la crème fraîche.

    Ah! enfin une question à laquelle je sais répondre: "arrête de dire du mal des autres" c'est "occupe-toi de tes boeufs!". Et celle-là aussi, je sais: "J'ai travaillé pour rien" c'est "J'ai travaillé pour des patates".

    Un petit coup d'oeil chez mon voisin Jason, pour vérifier:

    - Le fromage morue est très bon avec du jambon.
    - Nous avons une belle levure dans le jardin.

    Bon, je crois que je vais garder ce que j'avais mis.

    "C'est un mauvais film"... je l'ai sur le bout de la langue, là... attends, attends... ah! oui! "c'est un chou!"

    Et voilà. Signé Kenneth.

    prof,école,élèves

     

  • Dernière lecture de 2013

    J'ai repris ce matin le premier carnet noir
    qui raconte mon arrivée à Montréal.
    C'était durant l'été 1976.
    J'avais vingt-trois ans.
    Je venais de quitter mon pays.
    Aujourd'hui, cela fait trente-trois ans
    que je vis loin du regard de ma mère.

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 27

    J'ai fini mon année de lectrice par une véritable découverte, en tout cas une découverte pour moi, puisqu'il m'a fallu l'annonce de son élection à l'Académie française et la lecture de quelques articles le concernant pour emprunter enfin un de ses livres à la bibliothèque: Dany Laferrière, L'énigme du retour.

    Quel beau livre! Si riche, si dense que je ne sais par où commencer pour vous en parler.

    Seul le voyage sans billet de retour
    peut nous sauver de la famille, du sang
    et de l'esprit de clocher.
    Ceux qui n'ont jamais quitté leur village
    s'installent dans un temps immobile
    qui peut se révéler, à la longue,
    nocif pour le caractère.

    Pour les trois quarts des gens de cette planète
    il n'y a qu'une forme de voyage possible
    c'est de se retrouver sans papiers
    dans un pays dont on ignore
    la langue et les moeurs.

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 42 

    Longue réflexion sur l'exil et pourtant il parle aussi très fort à quelqu'un comme moi, qui n'ai rien connu de tel. Sauf à considérer qu'on est tous un peu "étrangers" où que nous soyons, et même souvent au sein de notre propre famille. Comme le narrateur.

    Il arrive toujours ce moment.
    Le moment de partir.
    On peut bien traîner encore un peu
    à faire des adieux inutiles et à ramasser
    des choses qu'on jettera en chemin.
    le moment nous regarde
    et on sait qu'il ne reculera plus.

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 39 

    Longue réflexion sur l'exil, mais aussi retour vers les lieux d'où on est parti, où on a été un enfant heureux veillé par une grand-mère attentive. Retour aussi vers les lieux d'où est parti le père. Exil de deux générations d'hommes. Et la troisième s'y prépare à son tour, en la personne du jeune neveu à qui le livre est dédicacé.

    Tout me ramène à l'enfance.
    Ce pays sans père.

    Ce qui est sûr c'est que
    je n'aurais pas écrit ainsi si j'étais resté là-bas.
    peut-être que je n'aurais pas écrit du tout.
    Ecrit-on hors de son pays pour se consoler?
    Je doute de toute vocation d'écrivain en exil. 

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 35 

    Belle évocation de Haïti, par petites touches successives, par les descriptions, les rencontres, les bribes de conversation, les choses vues. Tous les sens sont sollicités: on voit, on entend, on sent, on goûte, on hume... et on s'imprègne peu à peu d'un pays qu'on n'a jamais vu  et qu'on ne connaît que par quelques clichés.

    Du balcon de l'hôtel
    je regarde Port-au-Prince
    au bord de l'explosion
    le long de cette mer turquoise.
    (...) 

    Le jeune homme qui balaie
    avec tant d'énergie la cour de l'hôtel
    si différent du vieux d'hier matin
    semble avoir la tête ailleurs.
    Balayer, parce qu'elle permet de rêver,
    est une activité subversive. 

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 81

    Beau discours poétique et on voudrait à tout moment prendre des notes: de belles phrases, justes et percutantes, de belles pensées, originales et profondes.

    Pas un livre politique, même si elle est partout.

    Si Haïti a connu trente-deux coups d'Etat
    dans son histoire
    c'est parce qu'on a tenté de changer
    les choses au moins trente-deux fois.
    On semble plutôt intéressé par les militaires
    qui font les coups d'Etat
    que par les citoyens qui renversent
    ces mêmes militaires.
    La résistance silencieuse est invisible.

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 133 

    ***

    Vous voulez l'incipit?

    La nouvelle coupe la nuit en deux.
    L'appel téléphonique fatal
    que tout homme d'âge mûr
    reçoit un jour.
    Mon père vient de mourir.

    Dany Laferrière, L'énigme du retour, Grasset 2009, page 13

    Voilà, je l'ai à peine posé et j'ai déjà envie de le relire Langue tirée

    Vous voulez en savoir plus? Suivez le lien de la maison d'édition canadienne de l'auteur: 

    http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/enigme-retour-1683.html

    ***

    Passez une douce nuit et à demain, en 2014

    Cool

  • Dernières nouvelles... de 1963

    L’année 1963 en Belgique

    En janvier, l’inflation est de 0,40%... 50 ans plus tard, elle est de -0,02%

    Le 9 février, une émission télévisée récompense les millionièmes possesseurs d’un téléviseur : 10 francophones et 10 néerlandophones ont été tirés au sort puisqu’il était impossible de déterminer qui était le seul et unique millionième. Le prix gagné, à côté de quelques cadeaux, est un séjour à Bruxelles. Trois jours à Bruxelles, dit une gagnante wallonne, quel merveilleux cadeau, je n’y suis encore jamais allée !

    Le 4 mars prend fin une vague de froid qui a duré 73 jours. On a noté une température record de – 16,8°. Le 31 une manifestation est organisée à Bruxelles en faveur de l’unité de la Belgique. Aucun rapport entre les deux événements sauf que l'un comme l'autre reviennent par intermittence.

    Le 24 avril, la Belgique bat le Brésil par 4 à 2 dans un match amical qui a lieu au Heysel. Les trois premiers buts sont marqués par un concitoyen de tante Fé, le quatrième par Paul Van Himst.

    En mai, un avion de la Turkish Airlines dépose les premiers travailleurs turcs sur le sol belge. Le directeur de la mine monte à bord en personne pour se faire photographier au milieu d'eux. Dans leur regard se lit l'anxiété devant ce qui les attend. Ou peut-être était-ce surtout de la fatigue?

    Le 26 juin, lors de manœuvres en Allemagne, un C-119 de l’armée belge est torpillé par un obus britannique malgré le cessez-le-feu. Trente-huit morts.

    Le 21 juillet, Rik Van Looy gagne le championnat de Belgique cycliste sur le tout nouveau circuit de Zolder. Mais le 11 août il se fait doubler par Benoni Beheyt lors du championnat du monde qui a lieu à Renaix. On parle encore aujourd’hui de cette « trahison ». En 1988 la même mésaventure arrivera à Criquielion, poussé par Bauer. Dans cette même bonne petite ville folle de cyclisme.

    Au même moment, les lois concernant la frontière linguistique continuent d’être publiées : celle du 30 juillet règle la langue de l’administration et celle du 2 août la langue de l’enseignement. Avec quelques exceptions pour les communes dites « à facilités linguistiques ».

    Le 2 septembre, le Palais des Beaux-Arts et le théâtre du Rideau de Bruxelles jouent la première de Fantasio, d’Alfred de Musset, avec Philippe Volter dans le rôle du prince de Mantoue. Ensuite la troupe part en tournée en Allemagne et en Belgique. De Liège à Anvers…

    Le 19 octobre naît le prince Laurent, celui que cinquante ans plus tard on appellera « l’électron libre » de la famille royale.

    Le 30 novembre, les éditions Dupuis sortent un nouvel album de Peyo, Les Schtroumpfs noirs.

    Le 13 décembre meurt Hubert Pierlot, premier ministre en 1940 puis chef du gouvernement belge en exil à Londres après une abracadabrante odyssée à travers la France de Pétain, l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar.

    addendum: Pendant tout le mois de décembre, Sœur Sourire est numéro 1 de la vente des disques aux Etats-Unis. Ce fragment de reportage se termine en précisant qu'elle détestait ce nom de scène qu'on lui avait donné, qu'elle le jugeait risible. http://www.youtube.com/watch?v=qUzY-W2klT4

    ***

    Troisième (non-)participation à l'atelier d'été de François Bon.
    La consigne était de relater, pour notre lieu et une époque choisie,
    "tout ce qui résonne du monde extérieur"
    Précédentes (non-)participations:
    - le lieu: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/07/14/l-comme-le-lieu.html
    - le lieu et ses personnages: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/07/26/v-comme-variations-sur-un-lieu-7873039.html 
     

  • Dernières nouvelles de Muanza

    Le mois de juin approche et au Petit-Château se prépare une fête pleine d’ambiance et de musique. L’aire de jeux des enfants a été transformée en bateau de pirates et juste à côté quelques Albanaises prépareront des crêpes comme de vraies Bigoudènes. Il y aura un stand de coiffure africaine où on vous enfilera perles et cristaux en fines tresses et en savants chignons. A l’intérieur du polygone formé par les tours se tiendra une exposition photo qui doit montrer les multiples facettes de la vie des réfugiés. Et cette fois, ce sera à travers le prisme de leur propre regard…

    Jusqu’au crépuscule, les visiteurs seront initiés à quelques danses et chants traditionnels. On espère en effet que le soleil sera de la partie.

    - Et pourquoi on ne ferait pas un feu d’artifices en fin de soirée ? avait proposé Bart lors de la première réunion.

    Bart, c’est ce mec baraqué qui est la terreur des petits voyous du centre commercial City2, où il travaille comme vigile, et qui depuis peu est bénévole au Petit-Château… certains se demandent d’ailleurs ce qui l’y a motivé.

    Muanza se tient à l’écart de cette effervescence. Il ne sait ni chanter ni danser. Son principal talent, c’est le foot, mais c’est un talent en déclin : depuis des mois, il n’a pas touché un ballon, pas fait de jogging ni de musculation et pris quelques kilos.

    http://www.fedasil.be/home/nieuws_detail/i/22293

    ***

    écrit pour Désir d'histoires 103 avec les mots imposés 
    pirate – bateau – Bigoudène – crêpe – chignon – perle – cristal – facette – prisme – polygone – soirée – crépuscule – déclin – fin – vigile

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    https://desirdhistoires.wordpress.com/2013/05/27/liste-des-mots-81/#comment-15677

     

  • Der de der!

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    On était à la mi-mars mais si je voulais rentrer l'auto au garage, il fallait encore une fois déblayer de la neige.
    Admirez, en haut de la photo, l'ustensile ad hoc et la première bande dégagée.
    Et en bas, les traces de mes pas.

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    Un beau soleil printanier mettait du coeur à l'ouvrage et faisait disparaître les dernières traces de neige, là où la pelle était passée. Le plus gros du travail était fait et l'auto, qui attendait trois kilomètres plus loin, devait probablement déjà sentir l'écurie...

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    Bientôt, il ne restait plus que quelques mètres carrés. Il était temps, parce que le dos faisait mal.

    ***

    C'est alors que le ciel s'assombrit

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    et que tout un nuages de gros flocons anéantit les efforts fournis.

    Non, le 13 mars, ce n'était pas la der de der... loin s'en faut!
    Mais j'ai été têtue: je n'ai plus voulu reprendre la pelle en main
    Langue tirée

    ***

    C'est en pensant à ça que je me réjouis à l'idée d'habiter en ville, l'hiver prochain, où je n'aurai que le trottoir à déblayer Sourire