M

  • M comme moi, Rudy, 7 ans

    souvenirs d'enfance,françois bon

    Pas de vent entre les haies épaisses jusqu'à la grand-route; le bruit des pas, du babillage et des chants d'oiseaux; la grand-route, le vacarme, la circulation, un passage zébré, des camions lancés à toute vitesse dans la descente; un enfant mort, de guingois dans le caniveau, anorak ensanglanté, cartable dix mètres plus bas, au milieu de la chaussée; ne pas regarder, ne pas regarder et tout voir quand même; remonter la rue, le magasin de bonbons, le boulanger, les maisons si pareilles, des autos, des autos, des autos, des enfants qui rentrent de l'école et une maman qui hurle sa peine; la semaine suivante, un adulte pour aider à traverser au passage zébré. Une tache de sang qu'on verra longtemps. 

    *** 

    souvenir remonté de la petite enfance 
    suite à la consigne 2
    de l'atelier hiver 2016-17 
    chez François Bon

  • M comme Made in Belgium

    Chaque mardi après la classe, elle vient chez Madame pour s'entraîner un peu à parler le français, qui pour elle n'est pas une langue seconde, mais la cinquième ou la sixième: elle connaît mieux l'ingouche, le russe, le néerlandais, l'anglais et l'allemand.  

    Moi, dit-elle, je suis Russe. Mais mon pays, c'est la Belgique. 

    Voilà qui fait réfléchir Madame. 

    Elle est née en Ingouchie, que ses parents ont dû fuir peu après sa naissance. Les Ingouches, surtout depuis Staline, n'ont que des problèmes avec leur "mère patrie" et avec leurs voisins tchétchènes ou ossètes. 

    Je me sens Russe mais je ne veux pas retourner en Russie, dit-elle. Mon pays c'est la Belgique. 

    Si tu devais faire un clip promotionnel pour la Belgique, lui demande Madame, qu'est-ce que tu montrerais? 

    Elle aura la réponse mardi prochain. 

    Ce ne sera sûrement pas M comme Magritte - car oui, il était prévu qu'aujourd'hui elle vous parle enfin de l'expo Magritte qu'elle a vue à Beaubourg - ni les moules, le Manneken Pis, Merckx ou la mer du Nord. 

    Elle est impatiente d'avoir la réponse... 

    Made in Belgium from Global Movie Production on Vimeo.

  • M comme medèn ágan

    Quand l'été dernier l'Adrienne a annoncé à l'amie Lutgart qu'elle passerait à un mi-temps dès la rentrée, celle-ci a applaudi en helléniste: 

    - Μηδὲν ἄγαν! 

    "Rien de trop", traduction littérale, ou "Point trop n'en faut", comme dit le proverbe en français, et "Qui trop embrasse mal étreint" (la mère de l'Adrienne ADORE ce proverbe). Bref: garder la juste mesure en toute chose. 

    Car s'il est une étiquette qui colle fâcheusement à l'Adrienne, c'est qu'elle "en fait trop". 

    Or, que lit-elle hier soir dans son magazine préféré? Exactement le même message, mais délivré comme une nouveauté made in Sweden, une panacée scandinave, une sagesse suédoise appelée lagom et qui dit exactement ce que disaient les Anciens: cherchez le juste milieu en toute chose. 

    Point trop n'en faut. 

    DSCI4318.JPG

    Ce n'est pas cette buveuse d'absinthe qui dira le contraire 

    tongue-out 

    tableau de Léon Spilliaert 
    photographié au MSK de Gand
    samedi dernier

     

     

  • M comme maison

    C'est au début de 2015 que l'Adrienne a disposé de la somme nécessaire pour s'offrir quelques armoires supplémentaires dans la cuisine. 

    Parce que là à gauche 

    2016-11-10 cuisine (2).JPG

    et là à droite 

    2016-11-10 cuisine (1).JPG

     et là devant les portes 

    maison,photo,hibou

    il y a de la place pour quelques rangements supplémentaires. 

    La sélection du cuisiniste n'est pas chose aisée mais finalement ça se décante tout seul: la plupart refusent de se déranger pour "seulement trois armoires". 

    Reste une maison de confiance qui accepte le travail et au fil des rendez-vous avec la responsable, l'Adrienne se sent de plus en plus enthousiaste. 

    Les semaines, les mois passent. On est déjà en septembre 2015 quand elle reçoit enfin le premier projet. Il y a quelques modifications à y apporter. 

    Les semaines, les mois passent. En mars 2016, l'offre envoyée est tout de suite signée et l'acompte payé. Les meubles seront installés dans un délai de six à huit semaines.

    Les semaines, les mois passent. En septembre 2016, l'Adrienne reçoit un message annonçant l'arrivée des armoires pour le jeudi 10 novembre. Elle sera au travail à ce moment-là, mais qu'importe! Elle n'ose imaginer quels nouveaux délais lui seraient imposés si elle voulait changer la date... 

    Le jeudi 10 novembre, au retour de l'école, là à gauche 

    maison,photo,hibou

    et là à droite 

    maison,photo,hibou

    et là devant les deux portes 

    maison,photo,hibou

    il y a enfin toutes les armoires demandées. 

    *** 

    photos choisies pour illustrer à contre-sens 

    le thème du Hibou 

    semaine 46 - uniforme 

    car, vu que l'ennui naquit un jour de l'uniformité 

    les nouvelles armoires ont une couleur totalement différente des anciennes 

    cool

     

  • M comme Muanza

    Quand l'ascenseur s'est arrêté pour Muanza au premier étage, il y avait déjà trois autres personnes dans la cabine, un vieux monsieur et une dame tenant un petit garçon par la main. 

    - Regarde, maman! Il est tout noir, le monsieur! 
    - Chut, a dit la mère en lançant un regard gêné vers Muanza, qui s'est placé dans un coin après avoir appuyé sur le bouton du 8e. 

    Son téléphone a sonné. C'était Rosemund, évidemment.

    - Il parle une drôle de langue, le monsieur tout noir, a dit le petit garçon. C'est de l'anglais, ça, maman? 
    - Chut, a répété sa mère. Ne dis pas ça, non ce n'est pas de l'anglais. 

    Dans l'autre coin, le vieux monsieur rigolait doucement en regardant Muanza, quand tout à coup, après quelques hoquets, l'ascenseur s'est arrêté entre deux étages. 

    - Ça y est! s'est exclamé le vieux monsieur. C'est la panne! 
    - C'est la faute du monsieur tout noir? a demandé le petit. 
    - Chut, non, ne dis pas ça, a soufflé la mère en regardant Muanza avec inquiétude pour la troisième fois. 

    Celui-ci tapotait sereinement son clavier pour appeler Atuahene, qu'il les tire de là, quand la lampe s'est éteinte dans la cabine. 

    - Je ne veux pas rester dans le noir avec ce monsieur tout noir! a gémi l'enfant. J'ai peur! 
    - Ce n'est rien, a dit la mère, tu verras, ça ne va pas durer longtemps. 
    - C'est l'affaire de quelques minutes, a renchéri le vieux monsieur. 

    L'enfant s'est mis à hurler: 
    - C'est la faute au monsieur tout noir! 

    L'ascenseur s'est ébranlé, la lampe s'est rallumée. 
    - Ouf! a dit Muanza. La dernière fois, on est restés bloqués plus d'un quart d'heure! 

    C'est alors que la mère a donné une taloche à son gamin. 
    Il n'a jamais compris pourquoi. 

    ***

    écrit pour la consigne 402 des Kaléïdoplumes 

    "Panne d'ascenseur" 

  • M comme marronnier

    Dimanche dernier, un papa d'anciens élèves vient vers moi, smartphone en main. 

    - Je sais, me dit-il, que ça vous intéresse d'avoir des nouvelles de vos anciens élèves, alors je vais vous montrer quelques photos! 

    Et nous voilà partis pour l'équivalent de la soirée diapos d'autrefois: son fils est ingénieur et travaille pour une entreprise belge qui mène de grands chantiers de par le monde, ponts, plateformes de forage, tout ce qui est gigantesque et demande une présence de plusieurs mois, de l'Amérique du Sud jusqu'en Orient; sa fille a terminé sa médecine et enfile les stages à l'étranger, de préférence sur d'autres continents. Il s'estime heureux s'il les voit quelques jours par an. 

    - On a deux enfants, me dit une maman, mais on ne les voit jamais. 

    Elle aussi a une fille médecin (spécialiste aux Etats-Unis) et un fils ingénieur civil (toujours à l'étranger). 

    Alors quand l'autre jour, installée avec une amie à la terrasse surplombant son jardin, j'admirais les beaux arbres et remarquais un jeune marronnier, je me suis tue quand elle m'a dit avec un bel optimisme: 

    - Mon mari a planté ce marronnier parce qu'il veut que plus tard, nos petits-enfants puissent venir ramasser des marrons... 

     

  • M comme Mateiu

    Le temps des vacances, on se sent toujours obligée de faire un peu de rangement mais cette année-ci une sorte de miracle a eu lieu: on s'est attaquée à trois grandes boites de "souvenirs" qui traînaient depuis trois ans dans le salon et on a réussi à en jeter la majeure partie. 

    Evidemment, on est de nouveau tombée sur quelques trucs qu'on ne peut ni jeter, ni donner, comme cet énorme livre de Mateiu Caragiale

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    Il s'agit d'une édition bilingue roumain-français de poèmes de Mateiu Caragiale, reçue en cadeau de mes amis roumains lors de notre première rencontre, l'été qui a suivi la chute du conducator. 
    Comme cet épais bouquin fait 34 cm sur 24, il n'entre dans aucune des boîtes de la bibliothèque... 

    ***

    Bref, les trois grandes boîtes se trouvent réduites à un demi-carton, c'est une véritable prouesse, du jamais vu sur la planète Adrienne.

     

  • M comme miroirs

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    Les jardins du château d'Annevoie

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    sont traversés par des canaux

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    et les dénivellations naturelles

    Annevoie 2016-07-08 (6).JPG

    alimentent les nombreux jets d'eau,

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    les cascades de formes diverses

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    et de grands miroirs...

    http://www.annevoie.be/ 

    photos prises le 8 juillet

  • M comme Miller

    Vous êtes tombé sur une photographie d'Adamine dans le Jamaica Star et vous l'avez découpée. C'est une photo en noir et blanc, au grain prononcé, d'une jeune femme de vingt-cinq ans. Le visage est flou, on dirait que le flash a déformé ses traits plutôt qu'il ne les a fait ressortir. Elle est debout derrière une table, on ne la voit donc qu'à partir de la taille. [...]

    Vous avez épinglé cette photo sur la porte, espérant que lorsqu'elle passerait devant, Adamine saisirait soudain un reflet d'elle-même, que le passé lui reviendrait au galop et la submergerait. Ça fait un bail que vous avez commencé ce petit jeu: essayer de lui rendre la mémoire. [...]

    Vous espérez que les souvenirs lui reviennent. Mais surtout, vous voudriez qu'un jour, elle se souvienne de vous.

    Kei Miller, L'authentique Pearline Portious, éd. Zulma 2016, p. 110-111 (traduction de Nathalie Carré)

    littérature, traduction

    J'en avais déjà parlé ici il y a une dizaine de jours...

    Magistral roman à deux voix: il y a d'abord celle du narrateur, qui avance peu à peu à la fois dans l'écriture de son livre et dans son enquête sur son personnage principal, Adamine Bustamante.

    A la voix du narrateur se mêle celle d'Adamine, clairement reconnaissable à son langage mêlé de mots et d'accent antillais.

    Coup de chapeau au travail de la traductrice!

    Les fils se nouent, les pièces s'assemblent, le tout est une construction parfaite qui tient en haleine jusqu'au bout.

    Et non, je n'en dis pas plus, de peur de dévoiler l'intrigue ou le dénouement cool 

    Un coup de coeur!

     

  • M comme merci!

    De retour en classe, jeudi dernier, après un voyage de quatre jours à Paris, les élèves de Première font le bilan.

    Ceux qui ont - comme Madame les y avait encouragés - osé s'adresser en français à quelques autochtones, que ce soit lors d'un trajet en métro, dans un bar ou un resto, ont reçu trop souvent la réaction suivante:

    - Vous êtes Belges? Vous êtes de Molenbeek?

    Ainsi que quelques rires gras.

    Paris 2012 039 - kopie.JPG

     

  • M comme musique

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    Le grand escalier de l'académie est aussi le lieu où se donnent les concerts: 

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    soit les marches servent de siège au public et les musiciens sont au niveau du sol - les pianistes, par exemple - soit chœur et orchestre sont disposés sur les marches et le public est au niveau du sol. 

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    Pour l'Adrienne, ce sera bientôt l'heure des examens de solfège: clé de sol et clé de fa...

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' 

    Projet 52 - 2016 

    semaine 15 - sol 

    il y a le sol de l'académie

    et la clé de sol 

  • M comme merveille

    Samedi matin 

    il fait -1°C 

    et au moment d'aller à la gare 

    tu vois ton pot de fleurs 

    qui commence à devenir bien bleu 

    alors tu sors l'appareil 

    2016-03-11 - kopie.JPG

    Samedi soir 

    il fait 10°C 

    quand tu reviens de la gare 

    et tu vois ton pot de fleurs 

    devenu tout à fait bleu 

    alors tu reprends ton appareil 

    2016-03-12 (1) - kopie.JPG

    et tu remercies 

    tes crocus et tes jacinthes 

    pour leur vélocité: 

    grâce à elles

    tu as enfin trouvé 

    comment illustrer 

    le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 11 - rapidité

  • M comme mer

    A l'hôtel simple mais confortable, la vue sur la mer était comprise dans le prix - fort modique - de la chambre. 

    2016-02-12 (17) - kopie.JPG

    Malheureusement, on avait dû construire un immeuble devant, juste après que l'Adrienne avait réservé.

    Des bâtisseurs polonais, très probablement, puisque à peine trois semaines s'étaient écoulées depuis la réservation 

    tongue-out

     

     

  • M comme Michon

    L'Adrienne s'est fait avoir. Complètement. Jusqu'à la dernière page. A tel point que ce billet a failli s'intituler G comme gefopt (bien attrapée). 

    Dès l'incipit, on apprend que Tiepolo a fait son portrait. Au chapitre deux, on reçoit sa biographie et celle de ses ascendants. Au chapitre trois est décrit le tableau. Les Onze. On se dit qu'il est urgent de retourner visiter le Louvre et qu'on a raté quelque chose d'important, la dernière fois qu'on est entrée au Pavillon de Flore. Il faut dire que c'était il y a longtemps. On est dans un train et pour la toute première fois on regrette de ne pas avoir ce merveilleux joujou qui permettrait de vérifier tout ça en ligne.

    Alors on fait confiance à l'auteur et aux "mille biographes dont [il s]'inspire librement" (p.45) et on poursuit avidement sa lecture. La deuxième partie du livre raconte avec une foule de détails dans quelles circonstances le tableau a été commandé. 

    Tout cela vous l'avez lu aussi, dans les encadrés de l'antichambre. Vous vous êtes même arrêté devant la reproduction de l'esquisse à l'huile de Géricault qui n'est pas ici au Louvre, qui dort parmi les Girodet dans le musée de Montargis: Corentin en ventôse reçoit l'ordre de peindre les Onze.

    Pierre Michon, Les Onze, Folio 5193, p.117

    C'est là qu'on se dit encore une fois que l'acquisition d'un Smartphone devient inéluctable. Voir! On veut voir, ces tableaux, ces musées, ces références. Surtout quand arrive celle qu'on croit vraiment solide, Michelet. Lui aussi a vu ce tableau du Louvre et en parle "dans les célèbres douze pages" (p.124) "dans le chapitre III du seizième livre de l'Histoire de la Révolution française." (p.119)

    On ajoute mentalement Michelet à la liste des livres à lire.

    Bref, on est gefopt jusqu'à la dernière ligne, où après un dernier conseil (1) l'auteur termine sur cet excipit:

    Et les puissances dans la langue de Michelet s'appellent l'Histoire.

    Pierre Michon, Les Onze, Folio 5193, p.132

    On peut en dire autant de Michon. Magistral Michon!

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    le 3e à partir de la droite: ce n'est qu'après le retour à la maison et après vérification sur internet qu'on comprend pourquoi en couverture se trouve un extrait d'un tableau de Goya, et non Les Onze.

    ***

    (1) (...) si comme je vous le conseille vous vous écartez du tableau, si vous lui tournez résolument le dos, si vous revenez carrément sur vos pas, si vous sortez de la pièce et faites quelques pas dans la galerie du Bord-de-l'Eau, et de nouveau faites volte-face, de nouveau par artifice pénétrez dans la grande salle où à l'exclusion de tout autre tableau se tient Les Onze; si vous vous arrêtez alors sur le seuil et regardez Les Onze comme si vous les voyiez pour la première fois - alors oui, vous savez presque à quoi cela vous fait penser. (p.130)

  • M comme musique

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    Bon, ça y est! 

    L'Adrienne sait enfin jouer Au clair de la lune... 

    OK, pas encore sans partition: 

    ce n'est pas demain qu'elle jouera Allegri par cœur  

    après l'avoir entendu juste une fois 

    comme l'ami Mozart.

    Si vous écoutez deux minutes, vous entendrez la soprano 

    cool 

    et si un jour l'Adrienne joue Mozart 

    vous serez les premiers avertis 

    bien sûr!

    tongue-out

  • M comme Magritte

    Ceci n'est pas un chapeau boule

    Torino 2015-5 020 - kopie.JPG

    C'est un lampadaire...

    ***

    Bon, je sais quoi faire avec les chapeaux
    de mon arrière-grand-père...

    Langue tirée

  • M comme Magritte

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    http://miletune.over-blog.com/2015/10/sujet-semaine-42.html

    Oeuf d'acacia

    Chaussure mal lunée

    Chapeau boule de neige

    Lumière au plafond

    Verre de jus d'orage

    Marteau du désert

    http://www.dailymotion.com/video/x2avazo_arma-3-coop-tfr-mcc-marteau-du-desert-annulee_videogames

    Acacia ovoïde

    Lune mal chaussée

    Neige en deuil

    Plafond qui brûle

    Orage de verre

    Le désert rend marteau

     http://www.lefigaro.fr/livres/2015/09/15/03005-20150915ARTFIG00254-eric-emmanuel-schmitt-une-drole-de-nuit-dans-le-desert.php 

    En hommage à Magritte

    Roi de la flibuste 

    Des mots et des images

     

  • M comme milieu

    Ce jour-là, les flots bleus de l’Adriatique étaient cachés par la grisaille de l’automne qui s’annonçait mais le ciel au-dessus du Gargano était joliment illuminé par des nuages étincelants de blancheur. De doux rayons éclairaient la terrasse où Alberto poursuivait sa lecture, sans se rendre compte que la femme à côté de lui n’était plus au diapason avec lui depuis longtemps. Elle redevenait cette belle inconnue rencontrée deux mois plus tôt.

    Balançant mollement une jambe, elle rêvassait. Non, ils n’étaient décidément pas du même milieu, ne partageaient aucun intérêt, et les violons de l’amour s’étaient tus depuis longtemps. Elle se dit qu’il était temps de passer à autre chose.

    Lali439.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-439/

    la photo publiée chez Lali
    combinée avec les mots imposés de Filamots:
    flot, inconnue, poursuivre, grisaille, violon, illuminé, milieu.

     

  • M comme mobile

    Par groupes de quatre, les plaisanciers quittent le bassin intérieur. 

    Il faut d'abord passer sous le pont mobile.

    De la chambre d'hôtel, on entend la sonnerie et on ne voit passer que les mâts des voiliers.

    Oostende 2015 030 - kopie.JPG

    Piétons et automobilistes ont à peine deux minutes d'attente. 

    Après, il y a encore une écluse. Les quatre voiliers patientent jusqu'à ce que l'eau soit au bon niveau et que les portes de l'écluse s'ouvrent.

    Oostende 2015 031 - kopie.JPG

    De l'autre côté du "vaargeul" (chenal?) il y a un autre port pour le yachting. Sans pont mobile, sans écluses, accès direct à la mer. Mais beaucoup semblent préférer celui qui est au coeur de la ville.

    Oostende 2015 060 - kopie.JPG

    une partie de l'autre port de plaisance, le 6 août en début de soirée

    Oostende 2015 061 - kopie.JPG

     et les ombres sur le pont

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: pont

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • M comme Muanza

    Chère Adrienne

    Voilà déjà une paire d'années que tu as créé mon personnage, que tu composes mon histoire par bribes et par morceaux, au gré de jeux d'écriture et de mots imposés, de sorte que je me demande comment tu t'y retrouves et surtout: comment tu veux que tes lecteurs s'y retrouvent?

    Par conséquent, je me permets de te donner deux conseils:

    1.tout d'abord, tu devrais rassembler tous les éléments de ce puzzle et bien les poser à plat sur la table. Je sais, il t'en faudra une grande pour pouvoir tout disposer dans un ordre à peu près chronologique. Cette première étape te semblera fastidieuse (je te connais) mais elle est indispensable: elle te permettra de voir les redites, les trous, les incohérences. Car je peux te l'affirmer: il y en a. Ainsi par exemple, au bout de quelques mois tu as décidé de faire de moi un Ghanéen. Je suis désolé de devoir te le dire: dans ce cas, il faudra changer mon nom, qui n'appartient pas à la langue ashanti, supposée être celle de mes ancêtres.

    2.ensuite, tu choisiras le bon angle d'attaque pour faire un bel incipit. Et tu dérouleras le fil de l'histoire. Libre à toi d'y mettre quelques retours en arrière, mais dans l'état actuel des choses, on passe du territoire ashanti à Anvers, Bruxelles, Accra ou ta verte campagne, et il me semble que c'est un peu trop demander à tes lecteurs - même de très bonne volonté - de s'y retrouver entre l'avant/après de mon arrestation à Accra, de mon évasion de prison, de mon arrivée en Belgique, de ma demande d'asile et de son refus.

    Je te le dis sans détour: je ne m'y retrouve plus moi-même alors que c'est ma propre histoire!

    J'espère que tu prendras la peine de réfléchir un peu à tout ça.

    Bien amicalement

    Muanza

  • M comme matin

    Il est 07.08 h.

    Trois camions passent (pas le temps de noter), deux entreprises de construction, transport de farines, Maxi Cleaning, camion de déménagement, entreprise de plomberie, Allgro (transport de pommes de terre), De Keyzer (transport d'automobiles), camion luxembourgeois, entreprise de construction, installateur de climatisation, installateur de vérandas, de panneaux solaires, tracteur bleu avec remorque jaune, Servibox (cartonnages), Waterbouwwerken (http://www.dmvh.be/index.html), Stortbeton, Vuylsteke (transport), Interieur meubelen op maat...

    Il est 07.18 h.

    On atteint le sentier qui longe le couvent et on laisse les camions derrière soi.

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     Projet 52 de Ma' - thème: matin

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • M comme Moment Magique

    Ce moment magique où on va lâcher les amarres

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    et où, dans un énorme vrombissement, le bateau s'éloigne du quai...

    Nous n'étions pourtant que deux à l'admirer, une autre dame et moi.

    - C'est magique, lui dis-je.

    - C'est ma première fois, me répond-elle.

    - Première fois ou pas, pour moi ça reste magique..., lui dis-je. Je me sens chaque fois sur le Titanic quittant Southampton.

    - Oh! non! fait-elle, horrifiée.

    Je m'étais sans nul doute mal exprimée Langue tirée

  • M comme merveille

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    On ne peut pas, tous les guides touristiques sur l'Irlande vous le diront, passer par le pays sans s'arrêter dans un de ses merveilleux pubs, endroits conviviaux pleins de rires et de chansons.

    Nipotina a donc soigneusement sélectionné celui qui aurait l'honneur de représenter THE PUB national irlandais.

    Un qui a pignon sur rue et six cents ans ans d'existence et d'expérience.

    Avec "live music" et "authentic irish food"

    A sa grande surprise, elle a constaté que les clients étaient américains, australiens, français, allemands.

    - Il n'y a aucun Irlandais dans ce pub? s'étonne-t-elle.

    Si, le musicien et les serveurs, c'est déjà ça Langue tirée

  • M comme mulch

    Voilà une paire de semaines - oui, deux exactement - qu'il fait sec et ensoleillé. L'Adrienne et supercollègue-ancienne-élève commencent à sentir les titillements dans les doigts (verts). C'est le moment de sortir pour la première fois la tondeuse à gazon, se sont-elles dit.

    L'Adrienne et supercollègue-ancienne-élève sont bien d'accord: la première fois, on y va de gaieté de coeur, et au fil des tontes, ça devient la corvée numéro un du week-end. L'Adrienne tient à jour ses statistiques de tonte et le but du jeu est, année après année, de réduire leur nombre au minimum.

    Dix-sept tontes en 2007, quinze en 2008, treize en 2009, onze en 2010, à cette allure-là il n'en faudrait bientôt plus qu'une seule Langue tirée 
    Malheureusement, à partir de là le chiffre est resté stable.

    Cette année, c'est mal parti pour le record, d'abord parce que la première tonte n'a encore jamais eu lieu si tôt, et ensuite parce que l'Adrienne a eu l'excellente idée de ne pas ramasser l'herbe coupée. Elle appelle ça la technique du mulching. Mais si elle est honnête, elle avouera que c'est surtout la technique de la paresseuse.

     jardin,jardinage

    voilà un bout de pelouse et un bout de potager
    avec encore un peu de mâche, de navets et de chicorée de Chioggia

    jardin,jardinage

    et voilà le "mulch"

     Cool 

    la question du pour ou contre vous intéresse?
    une réponse ici:
    http://www.jardipartage.fr/une-tondeuse-mulching-ou-avec-bac-de-ramassage/
    e
    t une véritable étude de la question ici:
    http://cthgx.be/Mulching.pdf

  • M comme montagne

    On était trois semaines avant Noël. J'étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onze heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m'avait-on dit.
    C'était où, le bout? C'était quoi?
    Le train a passé le pont, a ralenti dans la courbe. Il a longé le chenil. Je me suis plaqué le front à la vitre, j'ai aperçu les grillages, les niches, les chiens. Plus loin, la scierie sombre et la route droite. Le bungalow de Gaby, la boutique à Sam, les boîtes aux lettres sur des piquets, le garage avec ses deux pompes et le bar à Francky.

    Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud, 2013, page 7

    Voilà, dès l'incipit le décor est bien planté, l'atmosphère suggérée, et la narratrice va avancer subtilement sur 445 pages sans nous lasser une seule minute.

    C'est qu'il y en a des choses à dire, des questions à poser et des personnages à étoffer au fil du texte. Chacun prend vie dans toute sa complexité, les habitants d'un rude village de montagne, la famille et ses étranges liens, ses absents et ses non-dits.

    Entre le 3 décembre et le 20 janvier, la narratrice a le temps de renouer avec le lieu de son enfance et ceux qui n'ont jamais cessé d'y vivre. Mais aussi de batailler avec quelques démons personnels, comme sa place dans la fratrie, l'amour de sa mère, l'échec tout récent de son couple et l'absence de ses deux filles, parties vivre en Australie.

    Le train a ralenti encore dans un grand bruit de freins, il est venu s'immobiliser le long du quoi. Les portes se sont ouvertes.
    J'ai posé ma valise sur le marchepied. La sacoche à côté. Tout ce que Gaby venait de me confier se bousculait en images dans ma tête. Et tout se recomposait.
    Un train est arrivé dans l'autre sens, celui de Modane, il s'est arrêté sur le quai en face. Dans les wagons, des voyageurs debout s'apprêtaient à descendre.
    Je suis revenue vers Gaby.
    - Pourquoi tu me racontes tout ça maintenant?
    - Avant, tu ne pouvais pas comprendre.
    - Et maintenant, je peux?
    Elle a penché la tête de côté, m'a regardée avec un sourire doux comme une étreinte. Une caresse qui s'est gravée sur les parois de mon âme.
    - Maintenant, oui, tu peux.

     Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud, 2013, page 445

    ***

    claudiegallay.jpg

     http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/une-part-de-ciel

    Je me retrouve entièrement dans ces deux excellents articles, la critique du Figaro http://www.lefigaro.fr/livres/2013/09/18/03005-20130918ARTFIG00475-claudie-gallay-une-part-de-ciel.php et celle du Huffington Post http://www.huffingtonpost.fr/francois-xavier/rentree-litteraire-2013-claudie-gallay_b_3788950.html. Un bon article aussi pour La libre Belgique, sauf que le petit Moïse s'appelle en réalité Marius 
    http://www.lalibre.be/culture/livres/l-envoutante-part-de-ciel-de-claudie-gallay-52522cf93570458368c16d5b.
    Je vous épargne les autres, qui n'ont d'intérêt que si vous désirez jouer à "chercher les erreurs" Langue tirée

     

     

  • M comme Mozart

    parce que Mozart console de tout

    et que c'est tout simplement beau

    ***

    Pour ceux qui auraient le temps de l'écouter en entier

  • M comme manteau et mémento

     bricabook146.jpg

     photo de Romaric Cazaux

    http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-146e/

    Elle a envie de lui arranger le col de son manteau.

    Elle a envie de lui dire de bien fermer tous les boutons. Elle voit qu’il gèle et qu’un insidieux vent du nord chasse la brume pour s’infiltrer par le moindre interstice.

    Elle a envie de lui tenir le bras. Elle aurait été si fière de marcher à ses côtés, même si pour cela il lui aurait fallu avoir de meilleures jambes. De meilleurs poumons.

    Elle a envie qu’il se retourne, une dernière fois. Elle garde la main levée, toute prête à lui envoyer un dernier petit salut, un dernier baiser.

    Elle sait qu’il ne se retournera pas. Qu’elle ne marchera jamais à ses côtés. Qu’elle ne le reverra plus.

    Elle laisse retomber  la tête sur l’oreiller qu’une infirmière cale dans le haut du fauteuil.

    - Faites venir l’aumônier, lui dit-elle. Je suis prête.

  • M comme mutir

    - Mais qu’est-ce qui lui a pris de mutir comme ça ! s’exclame Yolande.

    - Tu sais bien qu’il mutit comme il respire… fait Joséphine.

    - Je sais, hélas ! et s’il a cru que j’allais sortir mon puchoir, il se trompait ! Je n’ai pas versé une levantine !

    - Bravo ! ça lui fera les pieds ! toujours à courtauder à droite et à gauche derrière tout ce qui porte jupon ! A propos, tu la connais, cette freloche ?

    - Laquelle ? La dernière en date ? C’est une collègue de travoul. Il me semble qu’elle s’appelle Ailin… ou Ajla… un prénom nummulitique, en tout cas.

    - Ah oui, c’est vrai, elle vient d’Oslo !

     ***

    écrit pour le Défi du samedi 324
    avec les mots imposés

    tirés du "Dictionnaire des mots rares et précieux" :

    - LEVANTINE (nom féminin)

    - NUMMULITIQUE (adjectif)

    - PUCHOIR (nom masculin)

    - TRAVOUL (nom masculin)

    - FRELOCHE (nom féminin)

    - COURTAUDER (verbe) 
    - MUTIR (verbe)
    A la manière de Tardieu "Un mot pour un autre"
    mais sans tenir compte de la deuxième partie de la consigne
    qui demandait de raconter un vol dans un magasin

  • M comme mains

    Il regarde ses mains. Vous aussi, regardez-les. Regardez les mains du père.

    Jusqu’à ses dix-huit ans, elles n’avaient tenu que des crayons, des livres et des stylos à plume. Leur écriture était fine et légèrement penchée. Elles rêvaient de tenir du fusain, une palette et des pinceaux. Elles ont tenu des viandes de boucherie et des couteaux. Elles se sont épaissies, blessées, couturées.

    Cet apprentissage à peine fait, elles ont tenu un fusil Mauser pendant de longs mois. Sur le canal Albert, alors qu’elles rêvaient d’être à Ostende pour y caresser le corps d’une épouse d’à peine 20 ans.

    Les mains du père ont été désarmées par des Allemands et ont dû rester inactives dans un stalag. Après, elles se sont jetées dans la viande et les couteaux à désosser pour ne plus penser à rien d’autre. Jusqu’à l’heure de la retraite.

    Il leur a fallu quarante ans pour enfin pouvoir tenir les fusains, la palette et les pinceaux.

    Sauf pour Noël. Alors elles doivent se replonger dans les chairs à pâté.

    ***

     

    jeu,fiction,françois bon,vive la famille

     

    écrit pour l'atelier d'été
    de François Bon
    (6e partie)

  • M comme mendiants

    Que ce soit à Bruxelles, à Rome ou à Vilnius, ceux qui me tendent la main ou sont agenouillés devant leur sébille me plongent dans la gêne.

    Parfois je m'en défais en leur offrant la moitié de mon casse-croûte. Le plus souvent, je ne sais que faire.

    Un reportage sur les sans-abris m'apporte la réponse. Tous y déclarent que la pire des choses, quand on est à la rue, c'est l'absence du regard des autres. 

    C'est comme si nous n'existions pas, disent-ils. Même quand on nous jette une piécette, nous n'avons droit ni à un mot, ni à un regard. Nous sommes moins que des chiens.

    Je décide de ne plus participer à cette négation de la souffrance humaine. Le premier mendiant bruxellois que je rencontre reçoit un regard souriant. Il m'invective. Je dis gentiment bonjour à un autre. Il se met dans une colère noire et m'injurie. Un mendiant que je suis bien obligée de voir, puisqu'il est installé au milieu des marches qui mènent au Parc de Bruxelles, m'insulte.

    Que ce soit à Bruxelles, à Rome ou à Vilnius, ceux qui me tendent la main ou sont agenouillés devant leur sébille me plongent dans la gêne.

     vie quotidienne,actualité,ça se passe comme ça,bruxelles,rome,vilnius

     

    beauté et laideur
    août 2014