Questions existentielles

  • Question existentielle

    Mais qu'est-ce que j'irais y faire? s'exclame l'Adrienne en lisant l'injonction qui lui est faite par Brussels Airlines: 

    "Madame Adrienne, envolez-vous vers l’Afrique en Business Class et cumulez le double de Miles !" 

    Qu'est-ce que j'irais y faire, se demande-t-elle une seconde fois, je ne trouve déjà pas le temps d'aller passer un second week-end à la mer!  

    Chère Mme Adrienne,

    Ne manquez pas cette occasion de cumuler le double de Miles sur nos vols vers quelques-unes des destinations les plus surprenantes de l'Afrique, tout en profitant du confort et du service hors-pair de notre Business Class.

    Cumulez le double de Miles de prime en Business Class sur tous nos vols entre Bruxelles et :

    • Accra
    • Freetown
    • Kinshasa
    • Monrovia
    • Douala
    • Yaoundé

    Pour bénéficier de cette offre exceptionnelle, enregistrez-vous ici avant le 30 juin 2017, réservez votre vol Brussels Airlines en Business Class et voyagez entre le 1er mai et le 30 juin 2017. 

    Et puis, si le voyage est à faire entre le premier mai et le 30 juin 2017, l'Adrienne est désolée, mais elle n'a pas de congés. 

    Enfin, si c'est une photo comme celle-ci qui doit appuyer l'argument de vente, l'Adrienne est re-désolée. En néerlandais, ça s'appelle "een afknapper", le truc, le détail, la chose qui te fait définitivement renoncer.

    brussels airlines.jpg

    Ne cherchez pas, il n'y a pas de traduction française pour "afknapper", mais je pense que vous aurez compris tongue-out

  • Question existentielle: le droit de parler d'un autre

    ernaux.jpg

    A-t-on le droit, quand on est dans l'écriture de l'intime - que ce soit sous forme de livre ou de blog - de dévoiler des choses sur d'autres personnes que soi? 

    Annie Ernaux pense que oui: 

    "Je ne sais pas ce qu'elle est devenue", dit-elle à propos d'une femme qui était son amie à vingt ans, et cette ignorance la conforte dans l'idée qu'elle a le droit de parler d'elle dans son livre le plus intime de tous, Mémoire de fille, celui qui parle de ses désastreuses et traumatisantes premières expériences sexuelles:

    "C'est tout ce temps écoulé et cette ignorance qui ont agi sur moi comme une autorisation à relater des faits qui l'ont impliquée. Comme si celle qui a disparu de ma vie il y a plus d'un demi-siècle (1) n'avait plus aucune existence nulle part - ou que je lui en dénie toute autre en dehors de celle qu'elle a eue avec moi. En commençant d'écrire sur elle, par une ruse inconsciente, j'ai laissé sans arrêt en suspens la question de mon droit à la dévoiler. En quelque sorte j'ai bloqué mes scrupules afin d'en arriver au point - actuel - où je sais qu'il m'est impossible d'enlever - de sacrifier - tout ce que j'ai déjà écrit sur elle. Cela vaut pour ce que j'ai écrit sur moi. C'est toute la différence avec un récit de fiction. Il n'y a pas d'arrangement possible avec la réalité, avec le ça a eu lieu, consigné dans les archives d'un tribunal de Londres, avec nos noms, elle d'accusée et moi de témoin à décharge." 

    Annie Ernaux, Mémoire de filleGallimard 2016, p.141

    Trois arguments, là-dedans, qui me semblent absolument faux: d'abord l'argument autobiographique, puisque chaque auteur ayant entrepris ce travail l'avoue généralement plus ou moins ouvertement, on arrange les faits, on donne sa propre vision, on escamote ou on accentue, on décide de la couleur de notre récit autobiographique. Même ceux qui affirment n'avoir écrit que la vérité, toute la vérité, comme ce grand pendard de Jean-Jacques (2) 

    Deuxièmement, le temps ne fait rien à l'affaire: ce n'est pas parce qu'une personne a disparu de notre vie qu'on est autorisé à la salir.  

    Enfin, tout auteur, même autobiographique, peut parfaitement se relire, raturer, censurer, réécrire, anonymiser... Tout auteur - surtout celui qui jouit d'une telle reconnaissance internationale - a le droit et le devoir de réviser ce qui sera publié sous son nom. 

    Bref, une lecture qui m'a dérangée, dirais-je, en clin d’œil à Simone de Beauvoir et à Bianca Lamblin

    Si vous voulez lire une bonne critique positive, c'est ici.

    (1) les faits relatés débutent en 1958 

    (2) petit rappel du Préambule de l'autobiographie de Rousseau (Les Confessions) qui souffre d'une forme bizarre de défaillance de la mémoire tongue-out

    "Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
    Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été ; j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Etre éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables : qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là." 

     

  • Questions existentielles

    Refuse-t-on une offre de livre de la part de Masse Critique? 

    Non, bien sûr, surtout si au nom de l'auteur (qui nous est inconnu) se trouve accolé celui de Philippe Grimbert (qu'on aime beaucoup depuis 2004 et Un Secret, qu'on fait lire à ses élèves) 

    A-t-on le droit de ne pas être enthousiaste à 100% à propos d'un livre offert? 

    Voilà qui va se vérifier tout de suite tongue-out

    lire,lecture,lecteur

    C'est une lecture que j'ai entamée dès la réception de l'ouvrage et que j'ai poursuivie à un bon rythme, aux dépens de mes heures de sommeil. Ça veut donc dire qu'on y trouve un certain intérêt. 

    Mais en même temps, cet intérêt se double très vite d'un malaise. D'un double malaise. 

    D'abord, on se sent voyeur. Complètement voyeur. Car même si c'est raconté en termes choisis, avec respect, avec pudeur, on a ici un homme qui dévoile tout son être et ses blessures intimes, toute sa vie même ainsi que l'intimité de son père et de sa mère. 

    Ensuite, on se sent agacé. On ne peut s'empêcher de voir en lui un gosse de riche (de très riche, il le souligne à plusieurs reprises, très fortuné et privilégié socialement) qui a beaucoup de temps et d'argent à consacrer à "sa névrose", comme il l'appelle: une quinzaine d'années de séances hebdomadaires de psychothérapie chez trois thérapeutes successifs - dont le dernier est Philippe Grimbert, qui s'immisce dans le récit en le ponctuant ici et là de quelques réflexions sur le chemin parcouru. 

    Pourtant, on poursuit sa lecture. C'est qu'on y trouve aussi quelques échos à sa propre vie, ou à sa propre névrose, s'il est vrai que chacun a la sienne. Point sur lequel je ne me prononcerai pas tongue-out

    Bref, ça se lit facilement et chacun y trouvera assurément son grain à moudre. Mais j'en reviens à mon double malaise: j'ai l'impression que ce livre fait partie de la thérapie et qu'il aurait dû rester dans le tiroir du bureau de son auteur. 

     

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • Quel cadeau lui faire?

     Quand j'ai couru porter un collier de perles à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse en avait un en vrais diamants 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru porter mes rubans d'soie à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà fini d's'coiffer 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'offris pour étrenne un poudrier à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà du rose aux joues 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru tout chose au rendez-vous d'mon Eurypyle 
    La bell' posait toute nue pour un sal' typ' qui la peignait 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con 

    lakévio38.jpg

    tableau et consigne chez Lakévio

     (n'est-ce pas incroyable?
    voilà exactement 52 ans
    que l'ami Georges chantait cette chanson de la vidéo!)

  • Question existentielle

    Il semblerait qu'aucun auteur n'échappe à la question "pourquoi écrire?". 

    Voici une réponse: 

    "(...) et c'est pour ça justement qu'on se lance dans un livre, car les humains sont ainsi faits qu'ils cherchent toujours à mettre leurs émotions en mots..."

    Anny Duperey, Les chats de hasard, éd. Retrouvées, 2012, p. 41 

    Je remplacerais tout de même son "toujours" par "souvent" (1) parce qu'il y a aussi des tas de gens qui ne veulent pas mettre leurs émotions en mots ou qui n'y arrivent pas. 

    2016-11 (8).JPG

    mon "chat de hasard", finissant de manger le quart d'une boite de 85 grammes 

    ***

    (1) ou alors je dirais "la plupart des humains" et je laisserais tomber le "toujours" (Never say never tongue-out) 

  • Question existentielle

    Une des choses indispensables dans le métier de prof, c'est de se retrouver le plus souvent possible dans le rôle de l'élève. 

    Ainsi, le cours de solfège me confronte sans cesse à la question numéro 1 de l'élève: "Mais à quoi ça sert de savoir ça?" 

    "Pourquoi on doit apprendre ça par cœur?

    l'ordre est si-mi-la-re-sol-do-fa pour les gammes en bémol majeur et le nom de la gamme est celui de l'avant-dernier bémol 

    l'ordre est fa-do-sol-re-la-mi-si pour les gammes en tierce majeure et le nom de la gamme est celui de la note qui suit la dernière tierce 

    Ou quelque chose comme ça... 

     

    si-mi-la.png

    source wikipedia 

    - Pfff!!! soupire l'Adrienne, dimanche midi au téléphone avec sa carissima nipotina, faut encore que j'apprenne mon solfège pour demain... On doit savoir déterminer la tonalité d'un morceau de musique... On doit connaître tout ça par cœur! 

    - Oh! fait-elle, moi j'ai déjà oublié tout ça depuis longtemps! 

    Devrais-je en conclure que ça ne sert à rien, finalement? Ma carissima joue du piano comme une pro... 

    Mozart, Divertimento KV 138, en fa majeur

  • Question existentielle

    - Tu portes encore ton uniforme! soupire sa mère sur ce ton excédé dont elle lui parle la plupart du temps. 

    "Ton uniforme", c'est le T-shirt noir et le jean, sa tenue préférée en toute saison. Seule concession à la météo, les T-shirts ont parfois des manches et s'il fait vraiment très froid, elle rajoute un pull. Noir aussi, évidemment. 

    - Et dire qu'il y a tant de jolies choses dans ton armoire! l'entend-elle encore gronder au moment où elle passe la porte. 

    "De jolies choses", ces jupettes et ces falbalas, ces couleurs écœurantes, ces trucs à vomir? 

    - Juste une question, dit-elle en se retournant vers sa mère. Donne-moi une bonne raison, une seule raison VALABLE, pour laquelle je devrais m'habiller autrement! 

    Comme elles en discutent déjà depuis ses quatorze ans, elles ont eu le temps de faire le tour des arguments maternels: elle est bien tranquille, aucun n'est valable à ses yeux.

    lakevio28.jpg

    Ce mois-ci, la question existentielle que m'inspire le tableau de chez Lakévio cool est: 

    a-t-on le droit de s'habiller comme on le veut?

  • Pourquoi va-t-on à un atelier d'écriture?

    Pourquoi va-t-on dans un atelier d'écriture? s'énerve-t-elle déjà alors qu'il doit encore commencer. 

    Il est dix heures: en principe, l'atelier devrait débuter. Sur les dix personnes inscrites, cinq seulement sont arrivées. Je propose qu'on attende encore un peu, dit l'animatrice. Un peu, qu'est-ce que ça veut dire, un peu? Cinq minutes? un quart d'heure? Bref, on attend dans un silence qui perdure, en essayant de ne pas se dévisager. L'animatrice joue avec son smartphone et les cinq participantes - car oui, il n'y a que des femmes - sont prêtes, papier et stylo posés sur la table, regard dans le vague. 

    Dix heures et quart. Il manque toujours trois personnes. L'animatrice suggère qu'on commence, ce qui signifie l'inévitable et détestable tour de table des présentations. Si c'est pour apprendre nos prénoms, c'est inutile: pendant les deux jours d'atelier, chacune recevra au moins trois fois la question "c'était comment, votre prénom?". Si c'est pour coller des étiquettes hâtives selon le lieu d'origine, le métier, la situation sociale, c'est réussi. 

    On finit par recevoir une première consigne: notez dix mots sur une feuille. Des substantifs concrets, précise l'animatrice. C'est quoi, un substantif? demande quelqu'un. Presque personne n'a compris "concret". On recommence. Certaines ont besoin de dix minutes pour réussir à noter dix mots désignant un objet. 

    Il faut écrire un petit texte avec les dix mots notés par la voisine de table. Après, annonce l'animatrice, chacune lira tout haut ce qu'elle a écrit: c'est la règle, dans les ateliers d'écriture. 

    Du temps passe. Beaucoup de temps. Le temps d'écrire trois textes au lieu d'un seul. Vient enfin le moment de la lecture. Qui veut commencer? Deux doigts se lèvent. X est désignée. 

    - C'est à moi? 
    - Oui, c'est à vous. 
    - Alors je lis? 
    - Allez-y! 

    X met ses lunettes, enlève ses lunettes, remet ses lunettes, se redresse sur son siège, range une boucle de cheveux déjà rangée trois fois derrière l'oreille, se racle la gorge: 

    - Vous savez, je ne suis pas très contente de mon texte... 
    - Ce n'est pas grave, allez-y... 
    - Bon, alors j'y vais... 

    ça se passe comme ça, écrire

    question subsidiaire: 
    quel est le rapport entre l'atelier d'écriture et l'aquarium? 

    (photo prise en juin 2012)

     

     

  • Quels ont été tous ces anonymes?

    Hommage

    Annevoie 2016-07-08 (20).JPG

    à tous ces anonymes

    Beloeil 2016-07-07 (49).JPG

    qui pendant plus de 250 ans

    Annevoie 2016-07-08 (26).JPG

    ont planté, soigné, taillé, entretenu

    Beloeil 2016-07-07 (32).JPG

    phots prises à Beloeil et à Annevoie

    les 7 et 8 juillet

    pour le projet du Hibou - semaine 29 - hommage

     

  • Question existentielle récurrente

    La question qui préoccupe Madame depuis ses débuts, c'est que l'école ne réussit pas assez à être l'"ascenseur social" qu'elle devrait être. 

    "Tout s’y (1) passe comme si le poids du déterminisme, des luttes et conflits de classe, les questions liées au travail, au logement, à la précarité, au manque d’argent, à la ségrégation sociale et géographique, etc. étaient vus comme un ensemble de données exogènes, jamais intériorisées, qui ne relèveraient ni de l’intime, ni du quotidien ni de la vérité profonde des êtres qui en sont l’objet." 

    Olivier Adam, source: Le Noubel Obs, 6 mars 2013 

    Deux élèves de Terminale sont déjà sûrs d'avoir raté leur année: ils ont décroché juste avant les examens.

    Le premier est dans une filière technique qui ne l'intéresse pas mais dans laquelle il a atterri faute de travail. Il vit avec sa mère et ses trois frères dans une petite maison dont les rideaux et les volets sont toujours fermés: sa mère travaille la nuit et dort le jour. 

    Le second est dans une filière professionnelle où il ne fournit que peu d'efforts: il a des problèmes de santé et des parents qui vivent la plupart du temps à l'étranger, lui laissant le soin des deux petits frères. 

    Dans les deux cas, les parents ne sont pas - ou à peine - joignables. Dans les deux cas, il y a précarité financière, obligeant les gamins à s'investir plutôt dans les petits boulots que dans les études. Dans les deux cas, Madame se heurte au déterminisme social. 

    Et elle déteste ça! 

    prof,école,élève
    photo prise à la journée portes ouvertes 

    (1) Dans l'article d'Olivier Adam, il s'agit du roman. Mais c'est parfaitement transposable à l'école. 

     

  • Question existentielle

    "Cette vieille question: 'Qui sommes-nous?', trouve une réponse décevante dans le monde où nous devons vivre. Nous ne sommes, en effet, que les sujets de ce monde prétendument civilisé, où l'intelligence, la bassesse, l'héroïsme, la bêtise, s'accommodant fort bien les uns des autres, sont à tour de rôle d'actualité. Nous sommes les sujets de ce monde incohérent et absurde, où l'on fabrique des armes pour empêcher la guerre, où la science s'applique à détruire, à construire, à tuer, à prolonger la vie des moribonds, où l'activité la plus folle agit à contresens; nous vivons dans un monde où l'on se marie pour de l'argent, où l'on bâtit des palaces qui pourrissent abandonnés devant la mer. Ce monde tient encore debout tant bien que mal, mais on voit déjà briller dans la nuit les signes de sa ruine prochaine.

    Il paraîtra naïf et inutile de redire ces évidences pour ceux qu'elles ne gênent pas et qui profitent tranquillement de cet état de choses. Ceux-là qui vivent de ce désordre aspirent à le consolider et les seuls moyens qui lui soient compatibles étant de nouveaux désordres, ils concourent, en replâtrant le vieil édifice à leur manière dite "réaliste", à précipiter sans le savoir sa chute prochaine."

    ***

    Je lis ce texte et je me demande en quelle année il a été écrit. Je vérifie. En 1938. Bien, on comprend: ça se vérifie, pour l'époque.

    Et pour la nôtre? Pour la nôtre aussi, il me semble.

    Vous voulez savoir qui en est l'auteur? Ou vous préférez deviner?

    tongue-out 

    Je vous mets sur la piste: c'est le début d'une conférence donnée à Anvers le 20 novembre 1938.

    Par René Magritte.

    Oui, oui, celui-là même dont tout le monde connaît la pipe.

    Je vous rajoute un petit paragraphe?

    ***

    "Cependant, il nous faut nous défendre de cette médiocre réalité façonnée par des siècles d'idolâtrie pour l'argent, les races, les patries, les dieux et j'ajouterai d'idolâtrie pour l'art."

    Conférence reprise dans "Les mots et les images", éd. Espace Nord, 2012, p.39.

    histoire,art,actualité,lire,lecture,lecteur

    un Guernica signé par les enfants de l'école primaire
    ne risque pas l'idolâtrie
    tongue-out

  • Question: un panier, oui, mais lequel?

    J'ai failli opter pour le plus prosaïque de tous, l'énorme panier de linge sale qui attend d'être lavé et étendu au soleil. 

    Puis j'ai pensé au panier rapporté de Tunisie par une amie: il est à l'école, avec les bottillons rouges que Madame met parfois quand elle a un sursaut d'élégance. 

    Finalement, c'est celui-ci qui a gagné:

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    Pour moi, "panier" sera toujours associé à "chats" 

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' 

    Projet 52 - 2016 

    semaine 11 - panier 

  • Question existentielle

    La question existentielle du mois est:

    êtes-vous bricoleur?

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    la prise de la salle de bains

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    la peinture

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    le bouton et la tuyauterie du radiateur

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    il y a du boulot dans la chambre de Marilyn!

  • Question existentielle du voisinage

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    - Bonjour! dit charmante voisine numéro 2 au moment où l'Adrienne sort de chez elle avec son plus grand balai brosse.

    - Bonjour! répond l'Adrienne avec l'esprit de répartie qu'on lui connaît.

    Il faisait beau dimanche dernier mais la neige tombée la veille avait formé une énorme flaque juste devant le sentier qui mène à la maison de tante Fé. C'est que là, exactement à cet endroit du trottoir, il y a "un trou" large et assez profond qui se transforme en plan d'eau dès qu'il tombe trois gouttes. Ou en patinoire comme en ce moment. 

    - Je vais une fois de plus faire un travail désespéré, dit l'Adrienne, montrant la grosse flaque et le balai.

    Charmante voisine numéro 2 compatit:

    - Mais quand donc vont-ils y commencer, à la réfection de notre rue? Voilà plus de dix ans qu'on l'attend!

    C'est ainsi que l'Adrienne a trouvé un nouveau sujet de consolation: pour elle, ça ne fait que deux ans qu'elle attend un trottoir bien plat.

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    Même après le plus vigoureux des brossages, il reste toujours de l'eau dans le creux... 

    https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

    thème: reflet

  • Question existentielle

    De la plage d'Accra vient une petite musique mièvre, guimauve pour touristes sexagénaires qui se laissent courtiser par de jeunes ghanéens au corps luisant. Une de ces chansonnettes où le manque d'inspiration est compensé par les "chabadabada" et un baragouinage en mauvais anglais, baby baby I love you...

    Mais qu'importe pour ces petites comédies de l'amour et ces liaisons éphémères qui se déroulent sous le soleil africain: nul n'est dupe dans ces jeux amoureux organisés. Les dignes vieilles dames batifolent comme les belles héroïnes de roman Harlequin. C'est pour ça qu'elles sont venues. Tant pis si le film est un navet, elles y tiennent le premier rôle. Ou en tout cas elles le croient.

    Dans son atelier encombré de tissus, Rosemonde pousse languissamment son balai. Elle n'a pas le moral. Plus d'espoir. Voilà trois mois que Muanza est à Lagos, chez son ami Kingsley. Trois mois qu'il ne bouge plus de là, qu'il s'incruste au Nigéria. Ce n'était pas ça, le plan, et c'est louche. 

    Ou plutôt non, ce n'est pas louche, c'est clair comme de l'eau de roche, c'est le coup classique. Kingsley a une sœur. Elle est jeune. Elle est jolie. Elle est terriblement attirante. Rosemonde le sait bien.

    Il n'y a aucune égalité dans son monde à elle, ni entre le blanc et le noir, ni entre l'homme et la femme.

    Pleurer ne sert à rien. Alors elle pousse plus vigoureusement son balai et chantonne baby baby I love you...

    ***

    écrit très en retard pour les plumes d'Asphodèle

    https://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2015/12/14/les-plumes-47-resultats-de-la-collecte-chabada/

    avec les mots imposés:

    Espoir, guimauve, comédie, musique, plage, liaison, mièvre, baragouinage, égalité, classique, chanson, inspiration, balai, navet, louche, roman, amoureux(se) et batifoler.

    asphodèle.jpg

  • En parler? Et comment?

    Lundi première heure. On fera comme si de rien n'était? On en parlera? Et si oui, comment? 

    Etre prof, c'est comme être papa ou maman: on sait qu'on peut s'attendre à des questions. On devra donner des réponses.

    On se dit qu'on attendra: on verra s'ils sont demandeurs. Peut-être qu'après un week-end passé à voir des images d'horreur, ils auront envie de "business as usual".

    On prévoit deux ou trois choses parmi lesquelles on pourra choisir au moment voulu. Heureusement, on est prof de langues. Ce qui veut dire qu'on trouve toujours un beau texte, un bon article, une belle chanson, un poème appropriés à la circonstance.

    Cette fois-ci - car oui, il y a eu d'autres fois - on opte pour un poème d'Eluard, La victoire de Guernica, et pour une chanson de l'ami Renaud, qui chantait en 1985 Morts les enfants.

    Ils ont voulu entendre Renaud.


    Renaud Morts les enfants par gerald_w-a

    La victoire de Guernica

    I

    Beau monde des masures
    De la nuit et des champs

    II

    Visages bons au feu visages bons au fond
    Aux refus à la nuit aux injures aux coups

    III

    Visages bons à tout
    Voici le vide qui vous fixe
    Votre mort va servir d'exemple

    IV

    La mort coeur renversé

    V

    Ils vous ont fait payer le pain
    Le ciel la terre l'eau le sommeil
    Et la misère
    De votre vie

    VI

    Ils disaient désirer la bonne intelligence
    Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
    Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
    Ils saluaient les cadavres
    Ils s'accablaient de politesses

    VII

    Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

    VIII

    Les femmes les enfants ont le même trésor
    De feuilles vertes de printemps et de lait pur
    Et de durée
    Dans leurs yeux purs

    IX

    Les femmes les enfants ont le même trésor
    Dans les yeux
    Les hommes le défendent comme ils peuvent

    X

    Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
    Dans les yeux
    Chacun montre son sang

    XI

    La peur et le courage de vivre et de mourir
    La mort si difficile et si facile

    XII

    Hommes pour qui ce trésor fut chanté
    Hommes pour qui ce trésor fut gâché

    XIII

    Hommes réels pour qui le désespoir
    Alimente le feu dévorant de l'espoir
    Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir

    XIV

    Parias la mort la terre et la hideur
    De nos ennemis ont la couleur
    Monotone de notre nuit
    Nous en aurons raison.

    Paul Eluard, Cours naturel, 1938
  • Question existentielle

    - Y a-t-il des taches de moisissure, sur les murs?

    L'agent immobilier ne sut pas tout de suite quoi répondre. Jasper insista:

    - Les taches de moisissure sont essentielles, vous comprenez?

    Non, il ne comprenait pas. Mais si c'était ce que voulait ce drôle de client, il allait être servi.

    - Je crois bien qu'il y en a, dit-il.

    - Parfait! Parfait! répétait Jasper avec une évidente satisfaction.

    Il avait enfin trouvé le local qui correspondait à ses besoins.

    bricabook192.jpg

  • Question pas existentielle

    Jaune ou rouge? demande Ma' pour son Projet 52.

    Je réponds rouge, sans hésiter!

    Rouge comme cette peinture d'Isabel

    DSC01172.JPG

    Rouge comme les portes des trains

    Oostende (11) - kopie.JPG

    Rouge comme les rideaux à la Monnaie

    brussel mei 2014 (2) - kopie.JPG

    reste à voir à quoi ils ressembleront après les travaux de restauration!

    Rouge comme les tenues préférées de l'Adrienne

    Paris 121.JPG

    la robe achetée en 1986, qu'elle considère toujours comme "sa plus belle" et qui a été de toutes les fêtes, depuis le mariage du frère jusqu'aux noces d'or des beaux-parents et quelques proclamations de fin d'année...

    009 - kopie.JPG

    le manteau rouge grâce auquel tous ses anciens élèves la reconnaissent tout de suite
    (il sera bientôt plus vieux que certains d'entre eux Langue tirée)
    Remarquez aussi le joli foulard assorti!

    bottillons (2).JPG

    les fameux bottillons déjà montrés ici quand ils étaient neufs
    et qui ont toujours le même aspect
    vu qu'ils ne servent qu'à parader à l'école
    et que les trajets à pied se font en baskets
    Cool

    pour le projet 52 de Ma' - thème: jaune ou rouge

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

    Définitivement ROUGE, la question ne se pose même pas!

  • Questions existentielles

    Hier soir, Madame lit rapidement la presse en ligne et n'y découvre que des questions.

    Nos enfants peuvent-ils encore jouer dehors? Qui a assassiné Julien Lahaut? Que faut-il aller voir à Pukkelpop? A quoi s'attendre pour le match contre la Bosnie? Que faire si le destinataire ne va pas chercher votre lettre recommandée? Pourquoi la pilule pour les hommes n'existe toujours pas? Est-ce qu'une bonne retraite sera bientôt réservée aux 'happy few'? Quelles sont les meilleures destinations pour cet automne? Peut-on utiliser les écochèques pour les fournitures scolaires?

    Mais pour demain, Madame a une question existentielle à résoudre qui lui a été soumise par sa directrice:

    Tu prends toutes les classes de 4 h. de français en sixième? (= la Terminale) Ou tu veux celles des langues modernes en 5e (= la Première) et en 6e?

    Et ça, c'est un vrai dilemme.

    De plus, dans un cas comme dans l'autre, Madame n'aura plus ses chéris qui font les maths fortes et qu'elle a si bien "élevés" l'an dernier.

     actualité,prof,école,élèves

    Bref, Madame a besoin d'un gourou

    Langue tirée

     

  • Question existentielle

    POURQUOI

    est-ce que je ne comprends rien

    - mais alors plus rien du tout - 

    à ce qui se passe en Europe

    et dans le monde?

    ***

    POURQUOI

    est-ce que la lecture

    de nombreux journaux, blogs et magazines

    ne m'aide pas du tout?

    ***

    POURQUOI

    est-ce que tout ça

    me rend tellement triste?

     

  • Question d'un champion

    Le veille de l'examen de FLE en "Terminale sciences et maths fortes" (1), Madame reçoit cette étrange requête:

    Chere madame

    J'ai une question qui est un peu bizarre... Est-ce que je peux faire un truc de magie pour mon examen oral? Je sais faire une histoire avec des cartes et comme ça parler de mes projets pour l'avenir.

     Mes meilleures salutations

    K***

    Devinez ce que Madame a répondu Langue tirée

    ***

    (1) tant mieux si vous comprenez à peu près à quoi ça correspond dans le système scolaire flamand, wallon, français, suisse ou canadien Cool

  • Question pour un champion

    "Combien y a-t-il de fortes femmes à Westende?"

    Voilà la question-pour-un-champion que se posait récemment quelqu'un... et que ça a mené jusqu'à mon blog!

    Intriguée, je fais à l'ami g**gl* la même demande.

    Et à mon grand étonnement, à la page 4 des résultats, j'arrive à ceci:

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/04/27/wagon-de-train.html#comments

    Un billet "wagon de train" qui date d'avril 2012. Je vois avec émotion que Jaku était encore parmi nous.

    ***

    Sinon, pour une raison que je ne m'explique pas, les mots clés qu'on introduit dans les moteurs de recherche sont généralement "censurés", ces derniers temps (keywords unavailable)

    C'est un peu frustrant.

    Cependant, on voit à quels billets ils mènent.

    Ce qui permet de conclure que le top du top reste toujours ma tirade du pied (faut croire que ce genre de pastiche est beaucoup demandé par des profs, ça fait trois ans que ça a un "succès fou" Avare sans que ça ne me rapporte rien, pas même un commentaire, ça se trouve ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/22/22-ou-la-tirade-du-pied.html) et la question de savoir comment se débarrasser d'un piano (ah! j'ai dû en décevoir, des gens, avec ma réponse!) 

     bottillons (2).JPG

     

     

  • Question existentielle

    - Serait-ce inné ou est-ce que ça s'acquiert par l'éducation? demande l'Adrienne à sa carissima nipotina au bout de trois jours pendant lesquels les Irlandais rencontrés se sont tous montrés plus affables, gentils, prévenants et serviables les uns que les autres.

    Jeunes et vieux, hommes et femmes, dans la rue et dans les pubs, aux guichets et au restaurant, chacun dit bonjour, sourit et est d'un abord facile. Dans chaque salle, les gardiens de musées vous engagent à leur poser toutes vos questions, les serveurs et serveuses palabrent longuement avec la nipotina pour être sûrs de ne rien lui donner auquel elle soit allergique, sans montrer le moindre signe d'énervement.

    - C'est inné, répond la nipotina, qui croit que tout est écrit là-haut.

    Puis elle concède - serait-ce l'effet de la courtoisie ambiante?

    - Peut-être que l'éducation joue un rôle aussi.

    Ierland4 050 - kopie.JPG

  • Question existentielle: et demain?

    La question qui ne vous lâche jamais, quand vous êtes prof, pas même le dimanche, c'est "est-ce que je suis prête pour demain?"

    Le "qu'est-ce que je vais leur raconter demain?" peut hanter tout votre dimanche, surtout si vous avez sept cours différents à assumer le lundi.

    Les seuls moments où vous soyez à peu près à l'aise dans votre tête, c'est le vendredi soir quand vous tombez d'épuisement ou le samedi quand c'est le moment de faire les travaux ménage-nettoyage-linge-courses-jardin.

    Sauf bien sûr ces six à sept week-ends sur l'année où l'école organise des entretiens parents-professeurs le samedi ou une de ces nombreuses activités destinées à faire entrer quelques deniers dans les caisses toujours trop vides.

    eetfestijn - kopie.JPG

    Comme ces repas pour cinq cents personnes
    où vous vous retrouvez le samedi comme serveur/serveuse
    et le dimanche comme sponsor
    ou vice-versa

    ***

    ça intéresse quelqu'un?
    on cherche deux introuvables
    un prof de maths
    et un prof de FLE
    niveau master

    Langue tirée

    Projet 52 - semaine 12 - thème: demain

     http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

     

  • Question existentielle

    Pourquoi

    les livres n'ont-ils pas tous

    le même format?

    ***

    Ils seraient tellement plus pratiques à ranger

    et le résultat final

    serait infiniment plus esthétique

    boeken (1) - kopie.JPG

    les boîtes de livres ne seraient pas des puzzles

    boeken (4) - kopie.JPG

    et ça ferait moins désordre

  • Question existentielle

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    Romaric Cazaux

    écrit pour Leiloona
    atelier Bricabook n°151

     http://www.bricabook.fr/2015/01/atelier-decriture-151e-une-photo-quelques-mots/

    Tiens, se dit Mamie Josiane en tombant en arrêt devant l’étalage du numéro 50 de l’avenue de la Toison d’Or, voilà qui serait une bonne idée de cadeau pour le petit Arthur ! J’y ajouterai ses bonbons préférés, il sera content !

    Le dimanche 18 janvier, le gamin a ouvert ses paquets, a remercié tout le monde, s'est laissé embrasser, a soufflé ses bougies, les gâteaux à la crème et au chocolat ont été mangés presque sans faire de dégâts à la nappe et au nouveau pull.

     

    Non mais tu as vu ? demande-t-il le soir à sa mère en lui montrant la petite boite de caleçons. Du rose, du rouge, du jaune, du bleu… Je me demande quand Mamie Josiane aura enfin intégré que je suis supporter des mauve et blanc !

  • Question existentielle

    Ce troisième billet consacré au roman de Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, se doit de parler de la question identitaire. 

    Sorte de fil rouge au travers de l'oeuvre, la question de l'identité se pose pour chacun des protagonistes, non seulement le simple "qui suis-je" comme individu, mais aussi: quelle est ma place dans la famille, qui suis-je pour mon père, pour ma mère, mes frère et soeur? Ainsi que l'appartenance à un groupe, à une profession, à une ethnie, à un pays. Un continent. Une couleur de peau.

    D'abord le père, Kweku. Parti du Ghana pour faire des études de médecine, devenu un grand chirugien aux Etats-Unis. Revenu au Ghana après avoir été victime d'une injustice professionnelle.

    Il ne faisait pas le compte - perte de sa soeur, de sa mère; absence du père, fléau du colonialisme, naissance dans la misère -, ne se plaignait pas d'avoir eu une vie triste, injuste, ne brandissait pas les poings en demandant pourquoi. Ne fulminait pas. Il réfléchissait simplement à ses origines, à son parcours, à son identité, et concluait que rien n'était mémorable. Il n'éprouvait pas le besoin de se souvenir comme si les détails importaient et sombreraient dans l'oubli s'il les oubliait. Les pertes absurdes, les souffrances sans larmes arriveraient à un autre, à une myriade d'autres gens.

    Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, Gallimard 2014, p.44

    Folásadé, la mère, est d'origine nigériane. La mort de son père lors d'un attentat met fin à une enfance heureuse, quoique privée de mère (elle est morte à sa maissance). Elle découvre très tôt que ce qui définit l'identité, c'est souvent le regard de l'autre:

    Elle le sentit en Amérique, à son arrivée en Pennsylvanie (...): ses camarades de classe et ses professeurs, blancs ou noirs, considéraient que l'événement, pour tragique qu'il fût, était normal en quelque sorte. Elle avait cessé d'être Folásadé Somayina Savage pour devenir la représentante d'une nation générique ravagée par la guerre. (...) Elle ne regrettait pas Lagos, la splendeur, la vie formidable, l'impression de richesse - mais son identité livrée à l'absurdité de l'histoire, l'étroitesse et la naïveté de son ancienne individualité.

    Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, Gallimard 2014, p.130

    Par touches successives le lecteur apprend peu à peu le parcours des six protagonistes: les parents et les quatre enfants. Tous ont dû, à leur façon, résoudre les mêmes questions d'identité et d'appartenance. Depuis leur plus jeune âge. Voyez par exemple ces réflexions du fils aîné, Olu:

    Ses parents avaient beau le cacher, il se doutait qu'ils avaient souffert, continuaient de souffrir d'une manière invisible, et que la pensée de voir leurs enfants épargnés les rassérénait - pourtant, il en était là. Le premier de sa classe: dans un lycée qu'il exécrait, surtout parce qu'un bus scolaire l'y emmenait, comme un immigré, un étranger, né intelligent mais exclu des privilèges (...)

    Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, Gallimard 2014, p.259

    Un livre mosaïque, dense, où tout finit par s'imbriquer parfaitement au fil des 366 pages qu'on voudrait dévorer d'une traite et en même temps faire durer le plus longtemps possible.

    litterature,lecture,lecteur,lire

     

  • Question existentielle

    Au détour d'un exercice de grammaire surgit la question: "Que va devenir l'humanité?".

    Voilà le genre de faux hasard que Madame saisit toujours à pleines mains. Alors elle s'adresse à Sam: "Tu en penses quoi, toi?" et ensuite à Tibo, Simon, Klara, Ellen, Ruben, Suzan... pour entendre dans la classe un tour complet de scénarios pour film catastrophe.

    - Je ne pense pas, dit Sam, qu'on va pouvoir émigrer vers une autre planète. Je pense que l'humanité va disparaître, tout comme les dinosaures ont disparu, et que la vie va de nouveau évoluer...

    - Moi, dit Tibo, je crois que des millions de gens vont mourir de maladies...

    - Je ne crois pas en l'apocalypse, dit Simon, mais il y aura sûrement de grandes catastrophes à cause du réchauffement climatique!

    Tous les autres acquiescent, il faut croire que ce message-là est bien passé, depuis l'Inconvenient truth d'Al Gore, que bon nombre d'écoles se sont empressées de montrer.

    Et ça continue avec les guerres et tous ces autres fléaux de notre temps (et de tous les temps)

    - Je trouve, dit Ruben, que ce monde est trop injuste. Il y a tellement de pauvres! C'est immoral d'avoir une maison grande comme un château et d'y vivre presque tout seul, alors que tant de gens sont dans la misère. Tout devrait être repartagé et redistribué sur toute la planète, le travail et l'argent.

    Quelques-uns l'ont gentiment traité de communiste, mais personne n'a dit qu'il avait tort. 

    ***

    Quand Madame a refait sa fausse ingénue dans son autre classe de Première avec le même exercice, elle a entendu des choses comme celle-ci:

    - Moi, dit Noah, je pense qu'on aura tous une petite machine pour voler dans les airs...

    C'est que cette classe ne fait pas les langues modernes, mais les sciences Langue tirée

     

    ***

    au cas où vous auriez raté Al Gore en 2006:

    https://www.youtube.com/watch?v=Bu6SE5TYrCM

    https://www.youtube.com/watch?v=UD-KBDp5_EQ

  • Que faire des enfants pendant les vacances?

    Chère Maman, cher Papa

    Au pays de Plonk et Replonk, on s’amuse bien, comme le dit notre chanson « Que l’été soit doux et ensoleillé, que l’on s’amuse bien ! »

    On fait un tas d'activités!
    On chasse sans chien (Sachons chasser, dit monsieur Plonk)

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    On joue à la statue (le gagnant est celui qui attire un pigeon)

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    On construit des pyramides belges (c'est avec des pommes)

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    On résout des problèmes rigolos (Monsieur et Madame Plonk ont six filles et chaque fille a un frère : combien ont-ils d’enfants ? combien de kilos de frites belges peut-on faire avec ces pommes de terre hollandaises? )

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    On cherche des araignées au plafond (ça fait beaucoup rire madame Plonk)

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    On fait des bulles

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    On joue à vache-vache (c'est trop drôle!)

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    On apprend le code de la route 

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    Mais tout de même, je voudrais bien savoir pourquoi Monsieur Plonk a une serpilière rose sur la tête?

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    Pourquoi Madame Plonk arrose les nénuphars dans l’étang ?

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    Et pourquoi, en haut du phare, il y a un casque de viking avec des skis dedans?

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    Bisous

    Adrien

    P-S: à la pétanque, c'est moi qui lance les boules le plus haut! 

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