écrire

  • K comme Kristof

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    Un autre grand classique de tout atelier d'écriture: s'inspirer du Grand cahier d'Agota Kristof pour rédiger un texte d'où on ôte soigneusement tout ce qui ressemble à de l'affect, tout ce qui est expression d'un jugement, d'une appréciation, d'un sentiment. Des critiques du Grand cahier sont à lire ici.

    *** 

    Il marche face au vent qui s'engouffre sous son duffle-coat devenu beaucoup trop large. Il ne sait pas combien de temps il tiendra le coup. Arrivera-t-il jusqu'à la brasserie pour s'y réchauffer le cœur et le corps d'une gaufre et d'un café noir? Ou devrait-il faire demi-tour et rentrer chez lui? 

    Ces promenades sur la plage ne sont plus pour lui. Il devrait se rendre à l'évidence et ne plus sortir de chez lui sans son déambulateur. 

    *** 

    L'incipit était imposé (il marche face au vent). 

    D'autres avaient pioché "Le parc était désert", "Cette femme est un monstre d'égoïsme", "Un cri retentit dans la chaleur du matin", "Assise au milieu du bruit incessant" etc.

  • J comme japonaiseries

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    Je me demande si la notoriété de dame Sei Shonagon aurait atteint un tel retentissement sans les ateliers d'écriture. 

    Pas un, qu'il soit virtuel ou en présence réelle, qui ne fasse appel à ses Notes de chevet... 

    Vous savez bien, ces:

    • Choses désolantes
    • Choses dont on néglige souvent la fin
    • Choses que l'on méprise
    • Choses détestables
    • Choses qui font battre le cœur
    • Choses qui font naître un doux souvenir du passé
    • Choses qui égayent le cœur
    • Choses peu rassurantes
    • Choses que l'on ne peut comparer
    • Choses rares
    • Choses qu'il ne valait pas la peine de faire
    • Choses dont on n'a aucun regret
    • Choses qui paraissent agréables
    • Choses qui semblent éveiller la mélancolie
    • Choses splendides
    • Choses qui ont une grâce raffinée
    • Choses gênantes
    • Choses qui frappent de stupeur
    • Choses pénibles
    • Choses qui sont loin du terme
    • Choses qui perdent à être peintes
    • Choses qui gagnent à être peintes
    • Choses qui émeuvent profondément
    • Choses qui paraissent pitoyables
    • Choses qui donnent une impression de chaleur
    • Choses qui font honte
    • Choses sans valeur
    • Choses embarrassantes
    • Choses qui emplissent l'âme de tristesse
    • Choses qui distraient dans les moments d'ennui
    • Choses qui ne sont bonnes à rien
    • Choses qui sont les plus belles du monde
    • Choses effrayantes
    • Choses qui semblent pures
    • Choses qui paraissent malpropres
    • Choses qui semblent vulgaires
    • Choses qui remplissent d'angoisse
    • Choses ravissantes
    • Choses sans retenue
    • Choses dont le nom est effrayant

    etc, etc. 

    Bref, mardi soir on n'y a pas échappé. 

    sei shonagon.jpg

    *** 

    les deux illustrations représentent dame Sei Shonagon et sont du domaine public
    source wikipédia 

    *** 

    Choses qu'il ne valait pas la peine de faire 

    repasser un pantalon en lin 

    se priver de chocolat sous prétexte que c'est le carême et qu'on veut se prouver qu'on est capable de faire pénitence 

    cultiver un potager à côté d'une prairie d'où les vaches affamées s'échappent régulièrement 

    donner 100 € pour un GPS qui ne sait pas où se trouve l'Italie 

  • X c'est l'inconnu

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    On ne sait pas combien on sera. On ne sait pas qui seront les autres. On ne sait pas comment sera le meneur de jeu. 

    On ne sait pas où c'est. On ne sait pas si on trouvera une place de parking. On ne connaît ni la ville, ni l'endroit, on ne sait rien. 

    On espère qu'on échappera au traditionnel tour de table des présentations. On espère qu'on échappera aux premières consignes du genre "Je me souviens". 

    C'est raté. 

    Il a fallu se présenter. 

    Il a fallu compléter dix fois "Je me souviens..." 

     

  • Question existentielle

    Il semblerait qu'aucun auteur n'échappe à la question "pourquoi écrire?". 

    Voici une réponse: 

    "(...) et c'est pour ça justement qu'on se lance dans un livre, car les humains sont ainsi faits qu'ils cherchent toujours à mettre leurs émotions en mots..."

    Anny Duperey, Les chats de hasard, éd. Retrouvées, 2012, p. 41 

    Je remplacerais tout de même son "toujours" par "souvent" (1) parce qu'il y a aussi des tas de gens qui ne veulent pas mettre leurs émotions en mots ou qui n'y arrivent pas. 

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    mon "chat de hasard", finissant de manger le quart d'une boite de 85 grammes 

    ***

    (1) ou alors je dirais "la plupart des humains" et je laisserais tomber le "toujours" (Never say never tongue-out) 

  • Pourquoi va-t-on à un atelier d'écriture?

    Pourquoi va-t-on dans un atelier d'écriture? s'énerve-t-elle déjà alors qu'il doit encore commencer. 

    Il est dix heures: en principe, l'atelier devrait débuter. Sur les dix personnes inscrites, cinq seulement sont arrivées. Je propose qu'on attende encore un peu, dit l'animatrice. Un peu, qu'est-ce que ça veut dire, un peu? Cinq minutes? un quart d'heure? Bref, on attend dans un silence qui perdure, en essayant de ne pas se dévisager. L'animatrice joue avec son smartphone et les cinq participantes - car oui, il n'y a que des femmes - sont prêtes, papier et stylo posés sur la table, regard dans le vague. 

    Dix heures et quart. Il manque toujours trois personnes. L'animatrice suggère qu'on commence, ce qui signifie l'inévitable et détestable tour de table des présentations. Si c'est pour apprendre nos prénoms, c'est inutile: pendant les deux jours d'atelier, chacune recevra au moins trois fois la question "c'était comment, votre prénom?". Si c'est pour coller des étiquettes hâtives selon le lieu d'origine, le métier, la situation sociale, c'est réussi. 

    On finit par recevoir une première consigne: notez dix mots sur une feuille. Des substantifs concrets, précise l'animatrice. C'est quoi, un substantif? demande quelqu'un. Presque personne n'a compris "concret". On recommence. Certaines ont besoin de dix minutes pour réussir à noter dix mots désignant un objet. 

    Il faut écrire un petit texte avec les dix mots notés par la voisine de table. Après, annonce l'animatrice, chacune lira tout haut ce qu'elle a écrit: c'est la règle, dans les ateliers d'écriture. 

    Du temps passe. Beaucoup de temps. Le temps d'écrire trois textes au lieu d'un seul. Vient enfin le moment de la lecture. Qui veut commencer? Deux doigts se lèvent. X est désignée. 

    - C'est à moi? 
    - Oui, c'est à vous. 
    - Alors je lis? 
    - Allez-y! 

    X met ses lunettes, enlève ses lunettes, remet ses lunettes, se redresse sur son siège, range une boucle de cheveux déjà rangée trois fois derrière l'oreille, se racle la gorge: 

    - Vous savez, je ne suis pas très contente de mon texte... 
    - Ce n'est pas grave, allez-y... 
    - Bon, alors j'y vais... 

    ça se passe comme ça, écrire

    question subsidiaire: 
    quel est le rapport entre l'atelier d'écriture et l'aquarium? 

    (photo prise en juin 2012)

     

     

  • Z comme Zumkir

    Ma bibliothèque communale est un endroit magique comme internet (quoiqu'en plus modeste): tu cherches un truc et tu en trouves trois autres.

    Ainsi, c'est en passant en revue des rayonnages à la recherche de Roland Barthes que je suis tombée sur Michel Zumkir et sa tentative de décryptage de notre Amélie.

    De A à Z, je ne connais pas de meilleure méthode si on veut donner une illusion de classement et d'exhaustivité Langue tirée

    Le livre est d'une lecture facile et tout à fait sympathique, même si l'auteur fait tout pour garder un ton neutre et objectif, basé sur des témoignages et des documents, comme il sied à un chercheur. Evidemment, ce portrait date de 2003 et aurait besoin d'une bonne petite mise à jour...

    Amélie y est-elle "dévoilée"? Pas vraiment, et j'en suis bien contente, ce n'est ni un livre people, ni une intrusion dans sa vie privée. 

    Ceux qui espéreraient y trouver "le secret de son succès" seront déçus: on est plus dans la biographie que dans l'analyse littéraire, plus dans les faits, les chiffres et les anecdotes, même si certains personnages de ses romans sont expliqués en relation avec son vécu et ses lectures.

    Bref, un portrait d'une femme sensible et sympathique, pas du tout d'un "monstre" comme l'annonce le sous-titre du livre. 

    Mais je suppose qu'il fallait bien ça pour attirer le lecteur.

     amélie de a à z.jpg

    une bonne analyse du livre ici:

    https://textyles.revues.org/771

    Et pour Roland Barthes? Faudra que j'y retourne Clin d'œil

    ***

    Quelques extraits?

    p.14-15: Amitiés: Pour les personnes que l'on a interrogées, la romancière est ce que l'on nomme familièrement "une bonne amie", attentive, fidèle, très fidèle même, à l'écoute des autres, elle donne beaucoup, attend autant en retour.

    p.21: Belge: "Au début, je trouvais que la Belgique était un pays lourd. Je me sentais écrasée. Et je me demande si l'origine de beaucoup de talents belges n'est pas là. On a besoin de se créer une folie pour ne pas être englué dans cette espèce de conformisme épais. Quand on se met à délirer, on délire plus que nos voisins. Je dirais même, sans vouloir faire de la démagogie patriotique, qu'il y a plus d'écrivains originaux en Belgique qu'en France. Et l'humour belge est magnifique, beaucoup plus drôle due le français: Philippe Geluck, Stefan Liberski..."

    p.53: écrire: "Ecrire, c'est la plus grande nécessité, la plus grande jouissance, la plus grande passion de ma vie. Ecrire, c'est continuer l'enfance par d'autres moyens, c'est plus qu'un métier, c'est ma raison de vivre, mon moyen de supporter la vie. C'est tout à la fois. Oui, écrire, c'est tout."

    ***

    Après, c'est comme avec le "j'aime/je n'aime pas" de Roland Barthes, on peut s'amuser à se trouver des points communs: l'amour pour Bruxelles, la lecture, tout enfant, du dictionnaire explicatif pour se nourrir de mots nouveaux et de définitions, les humanités gréco-latines, la culture biblique, une mère qui refuse le sucre, l'isolement à l'université tellement on est "autre", l'amour des transports en commun comme lieu d'observation, d'inspiration et d'écriture.

    En toute modestie, bien évidemment.

  • I comme inspiration

    L'excuse que Madame déteste, quand ils sont à mordiller leur stylo devant la page blanche, c'est: "Je n'ai pas d'inspiration."

    Parce que jamais il n'est nécessaire d'en avoir: les consignes d'écriture ne demandent jamais d'inventer, d'imaginer, de créer à partir de rien.

    Mais lundi dernier, le tout récent orphelin de père (1) rêvassait et n'avançait pas dans son travail.

    Madame est allée prendre son stylo noir et a commencé à écrire à sa place:

    Ma mère aime raconter que quand j'étais petit, dès que j'ai su lire, je dévorais des livres très sérieux sur l'Egypte ancienne et qu'après ma lecture j'étais capable de raconter de mémoire ce que j'avais lu, tellement ça me passionnait...

    Ce déclencheur a suffi pour lui faire écrire deux pages.

    Après le cours, il vient voir Madame:

    - Mais comment vous le saviez? Des tas de souvenirs me sont revenus! C'est super!

    Et il se met à entretenir Madame de la hauteur de la pyramide de Gizeh et des moeurs des Aztèques, ces autres bâtisseurs de pyramides.

    Ils sauront de quoi parler à l'examen oral, la semaine prochaine, ces deux là Cool

    (1) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/06/06/e-comme-enumeration-8451200.html

  • L comme logorallye

    Ils sont installés dans le petit salon avec un couple d’amis, trempés comme des naufragés. Un orage les a surpris pendant la promenade et ils se réchauffent aux saveurs d’un thé, d’un café et de scones aux mûres. Paul a mis l’ambiance en colportant les dernières histoires comiques de son cabinet de médecine. Avec lui, il semble bien établi que son métier est le plus drôle au monde.

    Pourtant, la seule idée qui continue de tarauder Marie, la seule chose qu’elle ne comprend pas et qu’elle tourne et retourne dans sa tête, c’est comment des preuves aussi évidentes que les cicatrices que Muanza porte à la tête et son iris gauche amoché par les coups, n’ont pas suffi à lui offrir le sésame qui s’appelle permis de séjour.

    - Mon fils veut savoir s’il y a des éléphants dans ton pays, traduit Liesbeth en s’adressant à Muanza.

    - Oui, bien sûr ! Dans les parcs nationaux…

    - Tu en as vu en vrai ?

    Muanza rit et Pierre profite de cette hilarité pour lui tirer le portrait – il aime bien prendre des photos « sur le vif ».

    - En vrai ? ceux que j’ai vus en vrai portaient des maillots jaune et vert…

    - … ?

    - Muanza a joué dans l’équipe nationale de foot, explique Marie pendant que Muanza se tord de rire. Leurs adversaires de la Côte d’Ivoire s’appellent « les Eléphants »…

    ***

    écrit pour Ecriture créative 126 avec les mots imposés suivants: Idée - tarauder - éléphant - cicatrice - iris - portrait - établi - naufragé - colporter - saveur 

     fiction,muanza,écrire

     http://cotedivoire-lavraie.over-blog.fr/

  • 7 réponses

    On écrit parce que "quelque chose ne tourne pas rond"

    On écrit parce qu'on voudrait déplacer les montagnes

    ou faire passer un éléphant dans le chas d'une aiguille.

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, page 132

    "L'écrivain devrait vivre dans une ville qu'il n'aime pas." Je comprends cette formule comme une invitation à la prise de distance, comme une réinvention permanente de ce paradis perdu, égaré dans ce qui nous reste de souvenirs d'enfance. 

    J'aime toutes les villes que je traverse, je suis émerveillé par tous les lieux qui ne ressemblent pas à ceux de mon enfance. J'y arrive le coeur léger, la tête vide de toute pensée.

    C'est parce que l'endroit dans lequel nous vivons est tellement opposé à notre "milieu naturel" que resurgissent soudain les images de notre propre enfance (...)

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, page 133

    Et aux pages 158-159, une dernière réponse, formulée comme une question:

    Dans la mesure où le lecteur des littératures africaines est généralement européen - notamment à cause du coût du livre et de la diffusion - , comment créer en toute indépendance, sans obéir à la demande, aux fantasmes de ce "lectorat de raison"? 

     

    litterature,afrique,écrire

     

  • Y comme Yvonne

    Dans la grande pièce de séjour, dans le coin où on a installé le téléviseur, un cadre aux bords dorés. On y voit le visage grave d'une petite fille de quatre ans. Elle a les joues rondes, le nez un peu retroussé et des mèches blondes. Elle s'appelle comme moi.

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    Sur l'autre mur, à côté du poêle à charbon, un cadre noir aux bords ouvragés. On y voit une petite fille de huit ans au regard sombre et au sourire triste. Elle porte une robe à carreaux et un ruban retient ses boucles brunes, bien séparées par une raie au milieu.

    Ce sont les deux petites soeurs de mon père qui n'ont pas vécu au-delà de leur photo.

    Un troisième cadre a été retiré du mur.

    Celui d'une jeune femme, les pieds dans le sable, appuyée contre une barque, avec son ombrelle qui cache la mer derrière elle.

     

     

  • Y comme Yvonne

    Yvonne! Viens! Mets-toi là. Oui, là. Tu peux t'appuyer contre la barque, si tu veux. Non, ne t'inquiète pas, les enfants jouent dans le sable, on a bien le temps de prendre une photo. Non, laisse-les. C'est toi que je veux photographier.
    Voilà, c'est ça, ce sourire-là.
    Ton ombrelle, tiens-la un peu plus en arrière, elle te fait de l'ombre. Parfait! Ne bouge plus, maintenant! Magnifique!
    Ce sera pour nos dix ans de mariage.

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    Neuf mois plus tard, la belle photo avec la barque et l'ombrelle orne son faire-part de décès. Son quatrième enfant vient de naître.

    ***

    inspiré par une consigne de Daniel Simon que je remercie
    http://je-suis-un-lieu-commun-journal-de-daniel-simon.com/

     107 (2) - kopie (2).JPG

    mon père est entre son frère et sa soeur

  • V comme Vilnius

    J'ai pris le train, j'ai pris l'avion. Composition en abyme, composition symétrique. 
    J'ai pris la vue par la fenêtre de la chambre de l'hôtel sous la lumière rose au lever du soleil. Des églises baroques et orthodoxes en vue panoramique. Le fleuve avec ses miroitements, ses ponts et leurs cadenas d'amour déjà rouillés.
    J'ai pris le château fort et ses ruines en contre-jour. Les fleurs des parterres en mode macro. Les vieux arbres en contre-plongée.
    J'ai pris le manège à l'ancienne, avec ses chevaux de bois.

    Vilnius 2014 73 - kopie.JPG

    Sur le parvis de la cathédrale, des gens saluaient l'arrivée de leur Présidente. Je n'ai pas osé prendre de photo de cette grande femme blonde. Ni de ses gardes du corps, ni des nombreux jeunes gens en costume national.

     Vilnius 2014 33 - kopie.JPG

    Son service de presse s'en est chargé, comme on peut le voir ici:  

    http://www.president.lt/fr/service_de_presse/nuotrauku_galerija_fr/2014-07-12_8565.html et ici http://www.president.lt/fr/service_de_presse/nuotrauku_galerija_fr/2014-07-12_8573.html

    ***

    billet inspiré par une consigne de Daniel Simon
    http://je-suis-un-lieu-commun-journal-de-daniel-simon.com/
    que je remercie

  • Pourquoi écrire?

    J'ai enfin trouvé la vraie réponse, et c'est Mahigan Lepage qui l'a formulée. En lisant le passage ci-dessous, j'ai eu mon aha-erlebnis du jour. Que dis-je, du jour? Du mois, de l'année, de la décennie!

    Cool

    Il raconte comment, de sa Gaspésie natale, il est venu à l'écriture, puis conclut en élargissant le propos (c'est moi qui souligne la phrase clé):

    "Vous n’avez pas grandi dans les Appalaches. Vous n’êtes probablement pas fils ou fille de hippies. Vous n’avez peut-être pas souffert d’isolement. Mais il se trouve peut-être un autre endroit du monde où ça a coincé. Vous pouvez venir d’une grande ville, d’une petite ville, d’une banlieue, d’un village. Le monde, ses espaces, ses temps, ses rapports, le monde ne vous est-il jamais apparu comme immensément insatisfaisant, révoltant, en contradiction complète avec vos élans, vos impulsions ? Ne vous êtes-vous jamais sentis empêchés dans vos mouvements et vos désirs ?

    C’est la source noire de l’art. On n’écrit pas pour faire beau, pour avoir du succès, pour se divertir et donner du divertissement, ou je ne sais quoi encore. On écrit parce qu’il y a ce conflit avec le monde. Individuellement, on a besoin d’espace, or le monde nous refuse cet espace. Il nous isole, nous police, nous entrave ou nous relègue. Cela peut prendre diverses formes. Pour moi, ça a pris la forme concrète de la distance géographique, dans la profondeur de la campagne et de la forêt."

    http://mahigan.ca/spip.php?article312

    écrire,littérature

    pour moi, ça a pris la forme de mon quelque part
    Clin d'œil