élève

  • X c'est l'inconnu

    Il a déjà 19 ans et redouble sa sixième (1). Sans gloire et sans investissement personnel. 

    Il court le risque d'un nouvel échec cette année et donne l'impression de ne pas s'en faire. Tu as révisé pendant les vacances de Pâques? lui demande Madame. Non, il n'a rien fait. Il n'est même pas capable de dire à quoi il a passé cette quinzaine de jours. Dormir longtemps, fumer des joints, traînasser avec des copains, jouer à des jeux vidéo. Ce qu'il fait aussi tout le reste de l'année. Il habite à deux pas de l'école et cumule les retenues pour cause de retard. 

    Tu as une moyenne de 32% en maths, lui dit Madame, est-ce que tu as déjà demandé des explications à ton prof pour ce que tu ne comprends pas? des exercices supplémentaires? Non, dit-il, mais ce qu'on voit en ce moment comme matière, je le comprends bien. Donc le test de demain sera bon? demande Madame. Oui, certainement, dit-il. Sauf qu'il n'a pas encore commencé à l'étudier. Et le test d'économie de cet après-midi? Il ne l'a pas étudié chez lui hier soir, non, il a profité d'une heure d'étude ce matin, vu qu'une prof était en sortie scolaire avec une autre classe. (2) 

    Il ne sait pas ce qu'il fera l'an prochain. Je vais travailler un an, dit-il, pour payer mes études supérieures. Il est persuadé qu'il trouvera facilement. Il n'a pas encore commencé à chercher. 

    Il se traîne dans la vie au jour le jour en accumulant les mauvaises notes et Madame se demande comment elle va réussir à le faire bouger. 

    prof, école, élève

    il est sur cette photo prise le jour où les Terminales ont fêté leurs derniers 100 jours dans le secondaire - le flou est intentionnel, évidemment... 

    *** 

    (1) donc la Terminale dans le système français 

    (2) résultat: 35%

  • W comme wagon de train

    La petite Julie, c'est celle qui un jour a confié à Madame qu'elle n'avait pas les deux euros nécessaires pour payer le bus en vue d'une sortie scolaire avec le prof de géo. C'est celle dont les parents s'étaient tellement endettés, qu'on leur prélevait une grosse part de leur salaire, chaque mois. 

    La petite Julie, avec son corps d'enfant et ses grands yeux sombres, n'est pas devenue sage-femme comme elle en rêvait à 17 ans. Elle a finalement opté pour une embauche immédiate à la SNCB où elle a suivi une formation de conductrice de train. 

    C'est avec fierté qu'elle montre quelles grosses machines elle fait glisser sur leurs rails. J'espère, lui dit Madame, qu'un jour tu seras ma conductrice. Madame est drôlement fière de la petite Julie. 

    2017-04-10 (31).JPG

    photo prise à Ostende en ce mois d'avril
    cliquer pour voir en grand le slogan sur la locomotive 

    Mais la semaine dernière, c'est sur sa ligne qu'il y a eu un "accident", celui qui est la hantise de tout conducteur de train et qui en a déjà réduit plusieurs à quitter cet emploi: un suicide. 

    La petite Julie sait qu'un jour, peut-être, ce sera elle qui verra sa locomotive lancée à toute vitesse sur un corps humain, que ce sera elle qui voudra freiner et n'y arrivera pas à temps, que ce sera elle la cause involontaire d'un drame pour une famille. Que ce sera elle qui aura des cauchemars la nuit et une énorme appréhension chaque fois qu'elle sera dans sa machine. 

    Au lieu d'éprouver ce plaisir qu'elle a aujourd'hui à filer sur les rails, comme une grande. 

    *** 

    en 2016, les trains belges étaient à l'heure dans 89,2% des cas et la cause numéro 1 des retards est externe à la SNCB: il s'agit de "phénomènes externes au rail, comme des alertes à la bombe, des promeneurs le long des voies ou des heurts de personnes (accidents, suicides)." (source ici)

     

     

  • 22 rencontres (19)

    Quand un ancien élève s'affiche sur le Messenger de Madame, elle a toujours un sentiment un peu double: s'agira-t-il d'une demande d'aide, de participation à une enquête en vue de la thèse, d'une quelconque autre requête? ou s'agira-t-il d'une véritable bonne petite conversation, comme ça, juste pour le plaisir de prendre et de donner des nouvelles? 

    Avec Henri arrive l'inévitable troisième cas, quand on veut diviser le monde en deux catégories cool

    Henri reste l'élève friandise, même des années après avoir quitté les bancs de l'école. 

    Henri, c'est celui qui demande: 

    - Chère Madame, ça fait trop longtemps! Avez-vous de nouvelles passions? 

    Comme si Madame avait "de nouvelles passions" tous les trois mois tongue-out 

    Henri, c'est celui avec qui Madame rêve de l'abbaye de Thélème qu'ils vont créer un jour cool

    prof,école,élève

    illustration de Gustave Doré
    source de l'image ici

     

  • Stupeur et tremblements

    Le jeudi matin, avant le congé du carnaval, Madame est seule dans le bureau des coordinatrices quand une élève de Terminale frappe à la porte. 

    - Je voudrais avoir la permission de rentrer chez moi, dit-elle, mais je passe par vous parce que je ne veux pas qu'on avertisse ma mère. 

    Madame n'a qu'une fraction de seconde pour décider si elle répond par oui ou par non, si elle se laisse attendrir ou non par l'air malheureux, le ton humble et les yeux baissés. 

    - Je ne peux pas t'accorder cette permission... Pourquoi tu ne veux pas avertir ta mère? demande-t-elle. 

    On s'assied, on parle, on pleure. Madame essaie en vain de joindre la psychologue - elle est déjà en vacances - et joue à la thérapeute. La jeune fille finit par rejoindre sa classe et ni ce jeudi ni le vendredi elle ne manque un cours.

    Mais Madame n'est pas tranquille et avec raison: le jeudi suivant, pendant les vacances, la jeune fille avale certains comprimés qui devraient arrêter radicalement toute souffrance future - et tout futur. Elle passe deux jours aux soins intensifs, elle revient de loin. Sa mère appelle Madame qui accourt à son chevet.

    - Quand tu étais venue me voir l'autre jeudi, c'était déjà dans cette intention? lui demande Madame qui maintenant est sûre de la réponse.

    - Oui. 

    Alors, dans les jours et les nuits qui ont suivi, Madame n'a cessé de trembler rétrospectivement à l'idée que si elle avait pris la mauvaise décision, si elle avait laissé la jeune fille rentrer chez elle à neuf heures du matin sans avertir sa mère, elle aurait une mort sur la conscience. 

    Voilà une des raisons pour lesquelles ce blog s'est arrêté le 10 mars.

  • 22 rencontres (18)

    Appelons-la Claudine, puisque déjà à 16 ans, quand Madame l'avait en classe, c'était une gamine délurée, à l'esprit vif et au franc-parler faussement naïf. 

    Mardi soir, Madame est allée l'écouter avec intérêt et ravissement: la petite Claudine a donné raison une fois de plus au proverbe flamand qui dit que le meilleur garde-chasse est l'ancien braconnier (1) 

    Elle fait aujourd'hui du "coaching" d'élèves et leur apprend à apprendre. 

    Bref, en voyant que Madame s'était dérangée pour venir l'écouter, elle a joué à l'élève stressée avant de faire un exposé évalué par son prof (2) et s'est - comme à peu près chaque ancien élève - étonnée que Madame fasse encore la classe. 

    C'est que quand on a 16 ou 17 ans et le prof pas encore 25, on le considère tout de même comme un vieux tongue-out  et trente ans plus tard on se rend compte avec stupeur qu'on est des contemporains. 

    prof,école,élève

    (1) Stropers zijn de beste boswachters

    (2) déjà à 16 ans elle était une excellente actrice dans les pièces qu'on montait à l'école cool

  • Adrienne est un âne

    La bonne personne qui t'en parle au bon moment, et hop! tu es repartie pour un tour, alors que tu t'étais juré qu'on ne t'y prendrait plus. 

    "Een ezel stoot zich geen tweemaal aan dezelfde steen", dit le proverbe en néerlandais, "un âne ne se cogne pas deux fois à la même pierre", autrement dit: si tu te laisses prendre deux fois, tu es plus bête qu'un âne. 

    Il y a quelques années, je m'étais engagée dans une action "panier de légumes bio", pour un prix fixe le fermier bio du coin proposait un petit assortiment. Les inconvénients étaient nombreux - pas de choix, parfois c'est trop ou trop peu ou pas intéressant ou pas ce qui était annoncé ou pas de la fort belle qualité - bref au bout d'un an j'avais décroché et juré que (etc. voir plus haut) 

    Il y a un mois, sous l'impulsion d'une gentille ancienne élève, je me suis réengagée pour un nouveau panier bio. 

    Autre fournisseur et mêmes désagréments mais au prix fort: j'avais cinq petites pièces pour 13,50 €, c'est-à-dire le double de ce que ces mêmes légumes, même en bio, m'auraient coûté au supermarché. 

    expert,vie quotidienne,élève

    vous voulez que je vous dise? 

    c'est du BROL!

  • 22 rencontres (17)

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    La première fois que Madame a revu Dorothée, c'était largement une quinzaine d'années après l'avoir eue en classe. Elle n'a pas su ce qui devait le plus l'étonner: de la retrouver mère de trois enfants et divorcée ou de recevoir trois bises sur les joues. 

    Cinq ans plus tard, c'est au tour de son fils aîné à se retrouver dans la classe de Madame. Le genre de gamin qu'elle affectionne, intelligent et rebelle, mais "avec un bon fond" comme on dit chez nous. 

    Une semaine chez son père, une semaine chez sa mère, tous les prétextes étaient bons pour ne pas avoir fait son travail et oublié ses affaires. Il a tout de même fini par comprendre que c'est pour lui qu'il devait étudier au lieu de gâcher ses talents. 

    Cette année, c'est un plaisir de rencontrer Dorothée. Elle a repris des cours de musique, fait du chant classique et encore trois bises à Madame. 

    Qui ne sait toujours pas ce qui doit le plus l'étonner.

  • Derniers et premiers

    damiaanstiften (1).jpg

    source de l'image 

    Samedi dernier, en allant faire ses courses, Madame les a vus de loin et a réprimé un "zut!": deux gamins emballés dans le plastique de la Fondation Damien tendaient à la générosité des passants leurs paquets de quatre stylos pour six euros. 

    Oui, elle a pensé "zut!" en se disant qu'à la sortie du supermarché, elle n'y échapperait pas. 

    Quelle ne fut pas sa surprise en reconnaissant Jack et Phil, le Congolais et l'Arménien, comme ils se désignent, bien que tous deux Belges depuis leur naissance, il y a 13 ans. 

    Jack et Phil, les enfants terribles de professionnelle - sinon, comment Madame les connaîtrait-elle, vu qu'elle ne s'occupe que des "grands"? - toujours à traîner là où il ne faut pas, à se bousculer dans les escaliers, à se mettre dans les problèmes avec leurs profs ou avec leurs condisciples. 

    En rendant la monnaie, Jack se trompe dans ses calculs - il y a une raison à sa présence en professionnelle, ils existent, ces enfants-là, qui pensent que vingt moins six, ça fait seize, ils existent et ils n'y peuvent rien de ne pas savoir calculer - mais Madame les félicite tout de même d'être là, tous les deux, à se dévouer pour la Fondation Damien

    En les quittant, elle ne pense plus du tout "zut!". Elle a le sourire aux lèvres et se dit que ces gamins-là, derniers partout à l'école, sont aux premiers rangs du cœur. 

     

  • M comme Made in Belgium

    Chaque mardi après la classe, elle vient chez Madame pour s'entraîner un peu à parler le français, qui pour elle n'est pas une langue seconde, mais la cinquième ou la sixième: elle connaît mieux l'ingouche, le russe, le néerlandais, l'anglais et l'allemand.  

    Moi, dit-elle, je suis Russe. Mais mon pays, c'est la Belgique. 

    Voilà qui fait réfléchir Madame. 

    Elle est née en Ingouchie, que ses parents ont dû fuir peu après sa naissance. Les Ingouches, surtout depuis Staline, n'ont que des problèmes avec leur "mère patrie" et avec leurs voisins tchétchènes ou ossètes. 

    Je me sens Russe mais je ne veux pas retourner en Russie, dit-elle. Mon pays c'est la Belgique. 

    Si tu devais faire un clip promotionnel pour la Belgique, lui demande Madame, qu'est-ce que tu montrerais? 

    Elle aura la réponse mardi prochain. 

    Ce ne sera sûrement pas M comme Magritte - car oui, il était prévu qu'aujourd'hui elle vous parle enfin de l'expo Magritte qu'elle a vue à Beaubourg - ni les moules, le Manneken Pis, Merckx ou la mer du Nord. 

    Elle est impatiente d'avoir la réponse... 

    Made in Belgium from Global Movie Production on Vimeo.

  • 22 rencontres (15)

    Comment ne pas la reconnaître, cette blondeur, ces yeux bleus, cette beauté, c'est Aurélie. 

    Elle est assise dans le large couloir qui sépare les locaux utilisés par divers profs de musique. A côté d'elle, une petite fille boudeuse est penchée sur ses devoirs. 

    Sa petite fille, à n'en pas douter: c'est ainsi qu'elle devait être elle-même quand elle avait huit ou neuf ans. 

    De part et d'autre, on s'exclame des "Aurélie!" et des "Madame!" et on s'embrasse. Toutes ces années qu'elles ne se sont plus vues! Madame reçoit l'indispensable mise à jour cool

    Aurélie, qui avait "la vocation" et était devenue une excellente institutrice - au point même d'avoir été suivie par une télé locale, Madame a fièrement montré cette vidéo pendant quelques années à ses classes de Terminale - a complètement changé son parcours: le deuxième homme de sa vie est un travailleur indépendant, il a besoin d'elle pour le seconder, elle a quitté la classe. 

    La seule, désormais, à profiter de ses talents d'institutrice, c'est sa petite fille. Qui n'a pas l'air d'apprécier... 

    - Tu te rattrapes avec elle, sourit Madame devant la mine renfrognée de la petite.

    - Ah! il faut tout le temps être derrière elle! soupire Aurélie. Sinon elle ne fait rien!

    - Je vois... c'est pour ça que tu fais le devoir à sa place...

    ***

    parce que, oui, elle est aussi comme ça, Madame, dès qu'il s'agit d'élèves, d'anciens élèves, d'enfants ou de jeunes en général: elle ne peut s'empêcher de se mêler de ce qui ne la regarde pas.  

    prof,école,élève,femme

    encore une autre mini-Aurélie 
    dont Madame a eu en classe
    le père et la mère 

    cool 

    ah! quel bonheur! 
    ces petites villes de province 

    tongue-out

     

  • N comme NDD

    Le manque de contact avec la nature fait du tort aux enfants, ça fait des années qu'on nous le dit et qu'on le constate. Il semblerait même que ça porte un nom: NDD, nature deficit disorder. 

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    Sur le chemin de l'école, je regarde le ciel et j'essaie de ne pas penser au nombre de "particules fines" que j'inhale. Chaque enfant de l'école primaire est amené individuellement en voiture jusqu'à la porte et sur le grand "drive-in" les papas et les mamans sont à l'arrêt dès huit heures. Les moteurs tournent. Dans l'habitacle, père, mère, fils, fille, chacun a les yeux rivés sur son smartphone en attendant la sonnerie du début des cours. La cour de récré, le préau, c'est trop froid, je suppose. Je longe la file de voitures en retenant ma respiration devant l'alignement de pots d'échappement. 

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    Même scénario l'après-midi: dès 14.00 h., les premiers grands-parents investissent les places de parking pour créer le grand chaos quotidien de la sortie des classes, deux heures plus tard. Pendant tout ce temps, leur moteur tournera. L'été pour la clim' et l'hiver pour le chauffage. Je crois que l'essence et le diesel sont encore trop bon marché. 

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    Le vélo, me disent-ils, c'est trop dangereux à cause de toutes ces voitures... 

    *** 

    photos prises en décembre sur le chemin de l'école (avec une pie dans l'arbre numéro 2 et la déco de Noël dans l'arbre numéro 3)

  • W comme wagon de train

    Au niveau de décibels, on croirait qu'il y en a un plein wagon. En réalité, ils ne sont que six, trois filles et trois garçons. 

    Ils ont treize ans, quatorze tout au plus: c'est l'âge bruyant. Ça rigole beaucoup, pour tout et pour rien, surtout pour rien. Ça ne parle pas, ça pousse des cris, se chamaille, se taquine, hurle de rire en se donnant des tapes. C'est leur façon de dire au sexe opposé: "Est-ce que tu me vois?"

    On essaie de se replonger dans sa lecture mais on a du mal. On ne peut s'empêcher de sourire en pensant à ces élèves qui disent, année après année:

    "Je ferais bien prof, mais jamais de la vie à des gamins de 12 à 15 ans!" 

    Car dès qu'ils ont un an de plus, ils préfèrent oublier qu'ils ont été pareils.

    Comme nous tous tongue-out  

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    gare de Gand, 11 novembre 2016 

  • P comme Premières Perles

    Les premières perles de l'année scolaire sont arrivées avec les premières pluies d'automne: c'est dire que la saison est bonne, elles se sont fait attendre les unes comme les autres. cool 

    Voici la toute première et provisoirement unique perle d'élève: 

    "J'ai une bonne santé parce que je vais chaque samedi chez le curé." 

    Madame n'a pas osé demander ce que ça signifiait tongue-out 

    *** 

    A l'entretien parents-professeurs, Madame a dû un peu jouer à la directrice et accueillir les papas et les mamans. 

    - Bonjour, monsieur, dit-elle à un papa-tout-seul et tout fringant, qui visiblement ne savait pas de quel côté se diriger. Je peux vous aider? 

    - J'attends mon ex-femme et ma fille. 

    - Vous avez rendez-vous avec quel prof? 

    - Je ne sais pas! 

    Pourtant, il était là sur invitation téléphonique.

    Comme la moitié des profs se trouvaient dans la salle du rez-de-chaussée et l'autre moitié dans celle juste au-dessus, Madame demande, afin de pouvoir le diriger du bon côté des escaliers: 

    - Votre fille est dans quelle classe? 

    - Je ne sais pas! 

    - Vous savez en quelle année elle est? 

    - Je ne sais pas... en cinquième, je pense. (1) Oui, c'est ça, en cinquième! 

    - Alors je devrais la connaître... Comment s'appelle-t-elle? 

    Heureusement il se souvenait du nom de sa fille. Mais à Madame, ce nom ne disait rien du tout. Vérification faite sur son ordinateur, Madame constate que ce papa s'est trompé. Non pas d'un an, mais de deux: sa fille n'est qu'en troisième. (2) 

    - Elle est en troisième économique, dit Madame en essayant de cacher sa stupeur (3) 

    - Ah oui, économique, c'est ça! 

    Comme quoi on peut être un jeune cadre dynamique au look arrogant, avoir une fille unique et juste savoir comment elle s'appelle. 

    *** 

    (1) la cinquième correspond à la première, en France. Sa fille devrait donc avoir 16 ans.

    (2) la troisième, c'est la seule année qui ait le même nom en France et en Belgique. Sa fille n'a donc que 14 ans. 

    (3) et ses tremblements... parce que je ne sais pas ce que vous en pensez, mais un père qui ne sait même pas en quelle année est sa fille...

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    quelques-uns des petits chéris de Madame, à la fenêtre avec leur prof d'histoire 

  • Z comme Ziméo

    Cette semaine, Madame et ses élèves discutaient d'un article qu'elle leur avait fait lire sur la "Génération Twee", supposée être la leur et avoir comme principales caractéristiques la douceur et le refus de grandir. 

    La discussion en vient tout naturellement aux réseaux sociaux et à internet - les Twee sont accro à leur portable - ce qui fait avouer à Madame qu'elle non plus ne pourrait se passer d'internet. 

    - Pouvez-vous vous imaginer, leur dit-elle, que quand j'avais votre âge et que j'étais séparée de ma meilleure amie, on s'écrivait des lettres? avec du papier et un stylo et une enveloppe avec un timbre et un facteur qui l'apporte?

    Ils ont bien rigolé laughing 

    - Je ne sais même plus, poursuit Madame sur sa lancée, comment je faisais avant pour réserver un billet d'avion... 

    Eux non plus, évidemment, ils sont nés en 2000 tongue-out 

    Et ce Ziméo, qui est dans le titre, vous demandez-vous? 

    Là, il s'agit d'un autre atout formidable de la Toile, son côté encyclopédique. Même s'il faut de plus en plus être patient et futé pour trouver la substantifique moelle dans le fouillis du pseudo et du commercial - Walrus en parlait aussi dernièrement. 

    Ziméo est un conte philosophique de Jean-François de Saint-Lambert (1716-1803), une oeuvre qui a parfaitement sa place parmi les grands textes des Lumières et que Madame vient seulement de découvrir: elle le leur fera sûrement lire l'an prochain, quand ses gentils Twee seront en Terminale et que, refus de voir les problèmes ou pas, il leur faudra bien se pencher sur la question de l'esclavage, celui d'hier et celui d'aujourd'hui.

    prof,école,élève,littérature

    source et article

  • Stupeur et tremblements

    Ce ne sont pas les causes de "stupeur et tremblements" qui manquent, même pour quelqu'un qui suit l'actualité de très très loin. Le triste soap-opera Hillary Trump à lui seul pourrait remplir la rubrique pendant de nombreux mois. 

    Mais il y a aussi les faits divers, comme cette nouvelle qui m'est parvenue le 11 octobre. 

    Une femme "de chez nous", âgée de 90 ans a déboursé environ 50 000 € pour être "cryogénée". 

    Le premier moment de stupeur passé, les questions se bousculent...  

    Ne pouvait-elle rien faire de mieux avec ces 50 000 €?
    Quelle sorte de foi (en l'homme, en la science, en l'avenir...) faut-il avoir pour être tenté(e) par ce genre de procédé de conservation du corps?
    Quelle sorte de résurrection attend-elle, dans son corps de femme de 90 ans? 
    Quelle sorte de vie espère-t-elle pouvoir mener, quand, où, avec qui, dans quelle sorte de monde? 

    En allant voir à gauche et à droite quelques articles sur le sujet, je me dis que vraiment, les Anciens avaient raison: Mundus vult decipi, le monde veut être trompé. 

    Il y a toujours quelqu'un qui en tirera profit, comme cet entrepreneur de pompes funèbres qui a eu l'honneur de préparer le corps et l'explique avec sérieux devant les caméras de la télévision flamande: rinçages, vitrification, six cents kilos de neige carbonique pour amener le corps à -80°, transport spécial jusqu'à Michigan, refroidissement supplémentaire et conservation à -196°, étonnez-vous après ça qu'on ait besoin de quatre planètes et demie pour subvenir à nos insensés besoins... 

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    source

     

     

  • 22 rencontres (14)

    Un sac de courses accroché à l'épaule gauche, un autre à l'épaule droite, Madame remonte la rue qui mène chez elle. Septembre est déjà bien avancé mais il fait chaud. Des voitures montent et descendent, Madame n'y fait pas attention, même pas quand il y a des coups de klaxon. Elle marche d'un bon pas. 

    Pourtant les coups de klaxon étaient pour elle. Une voiture s'est garée en catastrophe, un jeune en sort, traverse vivement entre la circulation tout en criant "Madame!" "Madame!". 

    Alors elle finit par s'arrêter et regarder plus sérieusement. 

    Il arrive près d'elle, hors d'haleine. 

    - J'ai réussi! J'ai réussi! 

    Son bonheur est si énorme qu'il est immédiatement contagieux. 

    - Je suis inscrit en médecine! J'ai déjà commencé! 

    Il avait raté l'examen d'entrée mais grâce à une controverse à propos d'une des questions, celle-ci a été retirée, les résultats ont été recalculés, et il a eu le demi-point qui lui manquait. 

    - Bravo! dit Madame. Je suis vraiment très contente pour toi, ça me fait vraiment plaisir que tu puisses réaliser ton rêve! Tu le mérites! 

    ***

    Ce jour-là, elle n'avait pas de banane dans ses sacs de courses, elle l'avait sur la figure 

    laughing  

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  • Question existentielle

    Une des choses indispensables dans le métier de prof, c'est de se retrouver le plus souvent possible dans le rôle de l'élève. 

    Ainsi, le cours de solfège me confronte sans cesse à la question numéro 1 de l'élève: "Mais à quoi ça sert de savoir ça?" 

    "Pourquoi on doit apprendre ça par cœur?

    l'ordre est si-mi-la-re-sol-do-fa pour les gammes en bémol majeur et le nom de la gamme est celui de l'avant-dernier bémol 

    l'ordre est fa-do-sol-re-la-mi-si pour les gammes en tierce majeure et le nom de la gamme est celui de la note qui suit la dernière tierce 

    Ou quelque chose comme ça... 

     

    si-mi-la.png

    source wikipedia 

    - Pfff!!! soupire l'Adrienne, dimanche midi au téléphone avec sa carissima nipotina, faut encore que j'apprenne mon solfège pour demain... On doit savoir déterminer la tonalité d'un morceau de musique... On doit connaître tout ça par cœur! 

    - Oh! fait-elle, moi j'ai déjà oublié tout ça depuis longtemps! 

    Devrais-je en conclure que ça ne sert à rien, finalement? Ma carissima joue du piano comme une pro... 

    Mozart, Divertimento KV 138, en fa majeur

  • C comme calme plat

    - C'est le calme plat, ici! s'exclame la nouvelle collaboratrice PMS (1). 
    - Ne t'inquiète pas, lui répond la directrice, ce n'est pas le travail qui manque! 

    La vérité est qu'au bout de quatre semaines de "collaboration", les quatre coordinatrices préfèrent s'occuper seules du suivi de leurs élèves à problèmes sociaux ou psychologiques. 

    Pour du vrai "calme plat", il faut aller au jardin: en deux mois de temps, il n'a fallu qu'une seule tonte, en encore... 

    2016-09-25 (1).JPG

    pelouse belge, 30 septembre 2016 
    quand même un brin plus verte du côté où elle a un peu d'ombre 

    2016-09-25 (2).JPG

    renversant, n'est-ce pas? 

    et ici quelques images prises à l'arboretum de Kalmthout après août et septembre quasiment sans une goutte d'eau... 

    ***

    (1) une auxiliaire qui vient deux ou trois fois par semaine à l'école pour aider en cas de problèmes psycho-médicaux-sociaux. 

    ***

    pour le projet du Hibou 

    semaine 40 - repos

  • Stupeur et tremblements

    Madame, on le sait, adore son métier: chaque élève devient tellement "son enfant" qu'elle ne supporte pas qu'on dise du mal de lui et donner une heure de cours est son remède miracle contre la migraine. 

    Quand elle apprend, cette année encore, qu'en Flandre il y a une nouvelle baisse d'une dizaine de pour cent d'étudiants inscrits dans des filières qui mènent au métier de prof, et puis qu'elle voit ce genre de vidéo, destinée à encourager les enseignants à tout mettre en oeuvre pour "motiver" leurs élèves, il lui semble voir un rapport entre les deux. 

    Il y a beaucoup de choses que Madame est prête à faire pour intéresser ou amuser son public, des imitations, des mimiques, du théâtre et même du chant (faut voir leur tête quand elle leur apprend le mot "truite" en leur chantant les premières mesures du Forellenquintett tongue-out puis comme elle joue l'étonnement quand, année après année, aucun sur les 25 ne connaît ce morceau)... beaucoup de choses, vraiment. 

    Mais jamais, je vous le dis, jamais elle ne pondra un œuf.

  • 22 rencontres (13)

    Voilà trois semaines que Madame peste à cause d'une paire de sandales qui lui ont coûté fort cher et dont une lanière s'est cassée net après seulement deux mois. 

    Deux mois! 

    - Il faut aller les rapporter au magasin, dit la mère de Madame. Ce n'est pas normal! 

    Mais vous connaissez Madame: les réclamations, ce n'est pas son truc. 

    Bref, il lui fallait de nouvelles sandales (vous vous souvenez qu'il faisait dans les 35°) alors elle est entrée dans un discount-articles-de-sport. 

    Et pendant qu'elle y était, elle s'en est acheté deux paires. Le genre hyper-élégant, sandale de trekking, grosse semelle en plastique et des tas d'épaisses brides à scratch. En beige et en noir. 

    En vue de la caisse, grands cris de joie: 

    - Manel!
    - Madame! 

    Grandes embrassades, grandes émotions, grandes ré-embrassades... 

    Manel, la plus adorable des belgo-tunisiennes, si chère au coeur de Madame! Tant de choses se sont passées pendant les deux années qu'elle était son élève... 

    Elle a mûri, elle va reprendre ses études de comptabilité, elle va bien. 

    *** 

    - Qu'est-ce que j'ai bien fait de venir ici aujourd'hui, se dit Madame en sortant de là un quart d'heure plus tard, toute contente.

  • M comme marronnier

    Dimanche dernier, un papa d'anciens élèves vient vers moi, smartphone en main. 

    - Je sais, me dit-il, que ça vous intéresse d'avoir des nouvelles de vos anciens élèves, alors je vais vous montrer quelques photos! 

    Et nous voilà partis pour l'équivalent de la soirée diapos d'autrefois: son fils est ingénieur et travaille pour une entreprise belge qui mène de grands chantiers de par le monde, ponts, plateformes de forage, tout ce qui est gigantesque et demande une présence de plusieurs mois, de l'Amérique du Sud jusqu'en Orient; sa fille a terminé sa médecine et enfile les stages à l'étranger, de préférence sur d'autres continents. Il s'estime heureux s'il les voit quelques jours par an. 

    - On a deux enfants, me dit une maman, mais on ne les voit jamais. 

    Elle aussi a une fille médecin (spécialiste aux Etats-Unis) et un fils ingénieur civil (toujours à l'étranger). 

    Alors quand l'autre jour, installée avec une amie à la terrasse surplombant son jardin, j'admirais les beaux arbres et remarquais un jeune marronnier, je me suis tue quand elle m'a dit avec un bel optimisme: 

    - Mon mari a planté ce marronnier parce qu'il veut que plus tard, nos petits-enfants puissent venir ramasser des marrons... 

     

  • Premier septembre

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    C'est étonnant comme jusqu'aux abords du premier septembre, les visages sont souriants. 

    Les parents sont heureux d'être enfin débarrassés de leurs enfants - nombreux sont ceux qui me l'ont confié sans la moindre gêne: on ne sait plus à quoi les occuper, ils sont embêtants, bref un tas de problèmes que ma mère n'a jamais eus avec moi, elle trouvait toujours des façons de me mettre au travail, des poussières à faire, des fruits à cueillir, des armoires à vider, du marbre ou des cuivres à faire briller. 

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    A l'école, la direction, le secrétariat, les profs, les femmes de ménage, on est tous contents de se revoir, curieux des nouvelles têtes. Les locaux et les couloirs sont plus propres que jamais, notre bureau repeint à neuf est si pimpant que chacun croit que nous avons reçu de nouveaux meubles, les pelouses sont rasées de près, rien ne traîne sur la cour de récré. 

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    ce sont pourtant les mêmes meubles qu'avant, on les a simplement placés différemment 

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    Depuis lundi, on fait la queue à la photocopieuse, on peaufine son entrée en scène, on rassure les nouveaux, on fixe les premiers rendez-vous pour des entretiens avec tous ceux dont on pense, pour des raisons diverses, qu'il faudra les suivre de très près. 

    Bref, on est prête. 

    prof,école,élève

    et les deux tableaux d'affichage sont encore tout blancs cool

  • 22 rencontres (12)

    C'est toujours vers Madame qu'on se tourne quand les parents d'élèves ne maîtrisent pas le néerlandais et Madame adore ça: chaque rencontre est unique et inoubliable. 

    Il y a six ans, on lui présentait une petite Louise, accompagnée de sa maman et de son grand-père. Elle venait d'une commune wallonne à plus d'une demi-heure de route et ne parlait pas dix mots de néerlandais. 

    Madame s'est donc sentie investie d'une grande mission tongue-out 

    Cette petite, excellente élève, largement première de classe, se retrouverait à ramer dur pour peu de résultat, pendant au moins un an ou deux. La plupart des profs n'auraient ni le temps, ni l'envie, ni le savoir-faire pour l'aider avec son problème de langue. A la maison non plus, elle ne pourrait compter sur aucune aide concrète. Seul le grand-père connaissait le néerlandais mais il habitait très loin dans les Ardennes. 

    Pendant six ans, Madame a fait de la haute diplomatie tongue-out pour convaincre ses collègues des talents de la petite et continuer à la suivre discrètement, comme au hasard d'un couloir ou de la cour de récré. 

    Pendant six ans, la maman et le grand-père sont venus fidèlement à chaque entretien avec les professeurs et Madame avait toujours droit à de longues et amusantes conversations. 

    Fin juin, la petite Louise devenue grande terminait ses études secondaires. Malheureusement, le grand-père n'avait pas pu faire la route depuis ses Ardennes profondes pour assister à l'événement et participer au couronnement de tous les efforts réunis de la jeune fille et de sa famille. 

    Madame a donc été très émue de les revoir tous les trois la semaine dernière, ainsi que le papa, la grand-mère, le petit frère et la petite sœur. 

    prof,école,élève

    l'événement que le grand-père a raté 

    cool

     

  • Le bilan du 20 août

    Madame est contente. 

    Madame est même très contente. 

    Sur la vingtaine d'élèves qui avaient un ou plusieurs examens de deuxième session, un seul n'a pas réussi... parce qu'il n'est tout simplement pas venu se présenter. Il préfère redoubler et connaître une seconde fois les joies inhérentes à la sixième année. 

    Tous les autres sont venus et ont vaincu: Youssef en économie, Jonas en maths, Patricia en néerlandais, Kevin en électricité, Amalia en physique, Alessandro en anglais, Emma en biologie... 

    Madame leur souhaite tout le bonheur du monde 

  • J comme Jeury

    Sur le présentoir des dernières acquisitions de notre bibliothèque publique, ce livre de Michel Jeury, L'année du certif. Un titre et une couverture qui sentent bon la France d'autrefois et qui me font sans doute déjà ressentir la nostalgie de l'école tongue-out.

    L'action se situe dans un village cévenol vers le milieu des années 1930: un couple d'instituteurs, leurs trois enfants, deux garçons et une petite fille qu'on surnomme Fofette.

    - Mon père est inspecteur primaire et moi je ne suis qu'un pauvre instituteur de campagne!
    Claire se recoiffe, met de l'ordre dans sa toilette de nuit. Elle sourit pour elle seule. Elle n'aime pas agiter les soucis ordinaires de la vie tout de suite après la balade dans la Voie lactée. Il est vrai qu'elle n'a pas vu beaucoup d'étoiles, ce soir. On dirait qu'il y en a de plus en plus dans le ciel d'été et de moins en moins dans son ciel de lit. Elle soupire, revient sur la terre sans trop d'effort.
    - Mon chéri, je te rappelle que tu as deux garçons.
    - Ninik... René est trop écervelé pour réussir jamais l'Ecole normale.
    - Il n'est pas heureux.
    - C'est un lunatique, un marchand de caprices, un minus habens. Il s'est mis en tête de s'engager à la coloniale!
    - A dix ans, un enfant ne peut pas savoir ce qu'il fera dans la vie.
    - N'importe. La pauvre Fofette, à huit ans et demi, tire encore la langue. Davy, euh... Antoine seul peut s'élever au-dessus de notre condition. L'année qui vient est capitale.

    Michel Jeury, L'année du certif, éd. Retrouvées, 2014, p.22-23

    Cet extrait contient déjà les moteurs principaux de l'histoire: le père préoccupé seulement de son prestige mais sans amour réel pour ses enfants, le fils aîné chargé de réaliser les rêves du père et les deux cadets traités par lui de 'minus habens' et de 'simplette'.

    Rassurez-vous, tout ça est raconté avec beaucoup d'humour et de bienveillance. Car le père, bien sûr, a lui aussi son vécu...

    Mais le livre est bien plus que l'histoire d'une famille. Il est aussi un merveilleux retour sur toute une époque de l'instruction publique et obligatoire. Ce qui l'illustre le mieux, ce sont les extraits mis en exergue de chaque chapitre: ils sont une magnifique illustration de la pédagogie de ces années 1930 et également en rapport parfait avec la suite de l'histoire racontée. Tous ces extraits proviennent des manuels scolaires utilisés à l'époque: à côté des exemples de récitations et de sujets de rédactions, il y a ces "problèmes" - tout à fait jouissifs - de robinets qui coulent et de trains qui se croisent. Quelques-uns sont offerts en annexe à la sagacité du lecteur d'aujourd'hui tongue-out  

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    http://www.editions-retrouvees.fr 

    sur l'auteur, Michel Jeury, ce bel article du journal Le Monde de novembre 2010.

  • Y comme y a de la joie

    Il y a toutes sortes d'émotions dans les souvenirs d'enfance évoqués par les élèves. La joie, la tristesse, la fierté, les regrets.

    Toutes les émotions, tous les défauts humains aussi.

    Est-ce pour faire bonne mesure ou est-ce pour la touche d'humour? Chaque petite histoire pourrait illustrer l'adage "On est toujours puni par où l'on pèche".  

    La gourmande est prise en flagrant délit, la bouche pleine de "pralines".
    La curieuse est tombée dans l'étang où elle voulait admirer les poissons.
    Le désobéissant est resté bloqué dans l'ascenseur qu'il avait élu comme terrain de jeux.

    Demain, l'élève qui un jour a fait brûler sa peluche préférée, raté complètement le petit déjeuner d'anniversaire préparé pour maman, perdu ses parents dans la foule en Allemagne, fait souffrir sa grande sœur, qui s'est fait chouchouter par une amie à qui elle avait fait croire qu'elle avait le bras cassé ou s'est ouvert la lèvre en tombant dans la cour... tous ceux-là reçoivent leur bulletin de fin d'année.

    Avec de nouvelles émotions de toutes sortes, joie, tristesse, fierté regrets.

    Et pour certains encore une fois la preuve qu'"on est toujours puni par où l'on pèche." tongue-out 

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    Madame et ses collègues voient les vacances s'approcher...

    cool 

    La plus drôle, c'est celle-ci:

    "Finalement, mon père a été d'accord pour qu'on ait un chien et c'est lui qui a choisi le nom. Il l'a appelé JP parce que son patron s'appelle Jean-Pierre alors ça l'amuse beaucoup de crier sur le chien."

  • 22 rencontres (11)

  • R comme Rodho

    prof,école,élève

    Rodho, le dessin de la semaine chez Diakritik 

    pour le projet du Hibou

    semaine 25 - oreille

    car il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre

    et nos gouvernements ne cessent de se faire tirer l'oreille

    chez nous en Flandre aussi:

    A quoi bon être parmi les plus performants en maths, en sciences et en compréhension de l'écrit, si c'est pour avoir les plus gros décalages selon l'origine sociale?

    un exemple? en maths, 1.Shanghai (Chine) 613 2.Singapour 573 3.Hong-Kong (Chine) 561 4.Taipei chinois 560 5.Corée 554 6.Macao (Chine) 538 7.Japon 536 8.Liechtenstein 535 9.Suisse et Belgique (Communauté flamande)531 (source  enquête Pisa 2012)

    autre exemple? "Shanghai (Chine) a obtenu le score le plus élevé en culture financière ; viennent ensuite la Communauté flamande de Belgique, l’Estonie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la République tchèque et la Pologne." (source enquête PISA 2012)

  • Question existentielle récurrente

    La question qui préoccupe Madame depuis ses débuts, c'est que l'école ne réussit pas assez à être l'"ascenseur social" qu'elle devrait être. 

    "Tout s’y (1) passe comme si le poids du déterminisme, des luttes et conflits de classe, les questions liées au travail, au logement, à la précarité, au manque d’argent, à la ségrégation sociale et géographique, etc. étaient vus comme un ensemble de données exogènes, jamais intériorisées, qui ne relèveraient ni de l’intime, ni du quotidien ni de la vérité profonde des êtres qui en sont l’objet." 

    Olivier Adam, source: Le Noubel Obs, 6 mars 2013 

    Deux élèves de Terminale sont déjà sûrs d'avoir raté leur année: ils ont décroché juste avant les examens.

    Le premier est dans une filière technique qui ne l'intéresse pas mais dans laquelle il a atterri faute de travail. Il vit avec sa mère et ses trois frères dans une petite maison dont les rideaux et les volets sont toujours fermés: sa mère travaille la nuit et dort le jour. 

    Le second est dans une filière professionnelle où il ne fournit que peu d'efforts: il a des problèmes de santé et des parents qui vivent la plupart du temps à l'étranger, lui laissant le soin des deux petits frères. 

    Dans les deux cas, les parents ne sont pas - ou à peine - joignables. Dans les deux cas, il y a précarité financière, obligeant les gamins à s'investir plutôt dans les petits boulots que dans les études. Dans les deux cas, Madame se heurte au déterminisme social. 

    Et elle déteste ça! 

    prof,école,élève
    photo prise à la journée portes ouvertes 

    (1) Dans l'article d'Olivier Adam, il s'agit du roman. Mais c'est parfaitement transposable à l'école. 

     

  • P comme perles de poésie

    Sur le pont Beaurami 

    Il attend son amie 

    Sur le pont Beaumira

    Jamais ne reviendra 

    Mirabeau 

    Rime à beau 

    *** 

    L'élève s'embrouille dans les syllabes 
    Madame s'évade dans les nuages 

    Barimo 
    Maribo 
    Robami 
    Mobari 

    On a ri! 

     

    mirabeau.JPG

    Le pont Mirabeau 
    sous lequel coulent la Seine 
    et les amours d'Apollinaire... 
    source
    de la photo