élucubrations

  • V comme vocabulaire

    Il avait l'esprit alcyonien et défiait les puissances chthoniennes. Malgré les rigueurs hyperboréennes et les parfums génésiques, il vivait dans une béatitude diaprée. Loin des scolies, loin des lemmes et faisant fi des monades.

    Pourtant, la maïeutique gestuelle n'avait aucun secret pour lui. Il l'utilisait uniquement à des fins sotériologiques.

    Qui aurait cru que ce thaumaturge psychopompe était en même temps un tel solipsiste? (1) Et que c'était par entropie et sans autre athanor qu'il vivait pleinement sa nature agonistique, en dépit de la flaccidité de son entourage?

    Avouez qu'il y a là de quoi subsumer le réel!

    ***

    (1) Pas moi, en tout cas Langue tirée

    ***

    délire lexical suite à une lecture de Michel Onfray, La sculpture de soi, Grasset 1993
    la plupart des mots savants utilisés ici se trouvent dans les 40 premières pages...
    sur les 269 que compte l'ouvrage
    Cool

    La_Sculpture_de_soi.jpg

    photo trouvée ici:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sculpture_de_soi

  • M comme musique, maestro!

    défi232.jpg

    Quand le vieux Maestro quitta la scène définitivement
    toutes les notes de musique
    qui avaient empli l'espace
    et charmé tant d'auditeurs
    prirent les couleurs de l'arc-en-ciel
    et retombèrent doucement
    en virevoltant:
    frémissement lumineux
    pour un ultime hommage

    ***

    texte écrit pour le défi 232
    et puis pas envoyé
    heureusement, d'ailleurs
    car là où je croyais voir des notes de musique
    et un homme qui quitte une salle par une porte
    la plupart des participants ont vu des spermatozoïdes
    Langue tirée

  • N comme nez

    La première fois qu'elle s'en était rendu compte, elle avait dix ans.

    En embrassant la grand-tante Léonie, elle avait ressenti un profond malaise causé par une odeur indéfinissable, jamais sentie auparavant. Un peu doucereuse, un peu âcre, avec une pointe d'acidité en finale. Une odeur qui rend triste.

    Cette nuit-là, elle avait rêvé de la mort de la grand-tante.

    Quand on la lui avait annoncée le lendemain, elle n'avait pas été étonnée.

    - Je sais, dit-elle doucement à sa mère. Je l'ai rêvé cette nuit.
    - Allons, allons! la bouscula-t-elle, mais qu'est-ce que tu racontes, encore! ce n'est pas possible!

    Se pouvait-il qu'on rêve d'avoir rêvé quelque chose? se demandait la petite fille.

    En y réfléchissant, elle se sentit coupable. N'était-ce pas de sa faute, si la grand-tante était morte? Et que se passerait-il si elle sentait et rêvait la mort de son papa? Comment s'empêcher de sentir les odeurs? de rêver en dormant?

    Heureusement, elle ne rêva pas la mort de son papa. Un dimanche de l'automne suivant, ce fut celle du chien d'Odilon.

    Et ça, c'était bien fait, parce que c'était un méchant chien, qui voulait toujours lui mordre la jambe et avait même fait un trou dans sa robe.

    Ce qui avait beaucoup fait rire ce sans coeur d'Odilon.

  • P comme perfectible

    Il y aurait bien des choses à améliorer chez Adam et Eve.

    Ils pourraient par exemple courir plus vite, sauter plus haut ou plus loin. Faire des bonds comme les kangourous. Avoir une jolie fourrure.

    Ils pourraient voir avec plus d'acuité, avoir l'ouïe plus fine, des papilles plus performantes et un nez qui détecte le champignon ou la baie à ne pas manger.

    Mais surtout, de même qu'ils peuvent fermer les yeux sur ce qu'ils ne veulent pas voir ou clore les paupières pour dormir, ils devraient pouvoir fermer leurs oreilles...

    Ou alors il faudra que je demande au directeur de régler à la baisse le volume de la sonnerie du début et de la fin des cours.

  • X comme xa xa xa xa xa

    - Xa xa xa xa xa

    Voilà ce qu'écrit ma collègue grecque sur fb.

    C'est tout de même mieux que le hébreu:

    - khakhakhakhakha

    Et plus compréhensible que le chinois:

    - 哈哈哈哈哈

    Heureusement, le "propre de l'homme" ne divise pas Flamands et francophones: c'est

    - Ha ha ha ha ha

    de part et d'autre de la frontière linguistique Cool

  • V comme voeux

    Chers élèves de mon cœur (boum boum)

    A l’occasion de cette nouvelle année (tsoin tsoin)
    Je tiens à vous présenter mes meilleurs vœux (bla bla bla bla)

    Que 2013 soit pour vous Ouaaahhh !
    Sans snif sans atchoum
    Sans gnagna sans beurk
    Pleine de hahaha et de hihihi
    Une année qui clac et qui clap
    Une année miam miam et smack
    Pleine de vlan et de vroum vroum
    Et de tagada boum boum !

    Votre prof de français (cocorico)

    Raide Dingue-Dong

    ***

    le défi 229 nous demandait de formuler des voeux sous forme d'onomatopées...

  • La fiction, c'est le X

    Ecrire de la fiction suppose la création d'un personnage.

    Alors allons-y, créons et appelons-le X puisqu'il nous est encore inconnu.

    Et puis tiens, prenons un homme, ça nous changera des Adrienne, des Yvonne ou du moi si haïssable.

    Quel âge? La quarantaine bien entamée mais qui se soigne. Taille moyenne. Se laisse pousser un peu de barbe. Sensible à la mode. Ne boit pas, ne fume pas. Estime qu'il a assez guindaillé pendant sa jeunesse. Tient à préserver son "capital-santé".

    Marié, deux enfants. Des garçons aussi (évitons les Yvonne, les Adrienne etc.)

    Travaille en milieu hospitalier comme aide-soignant dans un chef-lieu de département. A fait avant ça un tas d'autres choses: a vendu des glaces, des montres, des voitures (évitons le métier de prof).

    Fait du VTT et du foot. Aimerait que ses fils fassent du VTT et du foot. Malheureusement l'aîné fait du rugby et le cadet du divan-télé.

    Passe ses vacances sur la Côte d'Azur parce que madame n'aime que se faire bronzer. Lui sue et souffre sur son VTT. L'aîné mène sa propre vie, ailleurs. Le cadet s'ennuie.

    ...

    ?

    Incertain

    Mais que voulez-vous que je raconte sur ce type?

  • M comme mosaïque

    Emile

    Honteux! Oui, il se sentait honteux.

    Planté sur le trottoir devant sa porte, il regardait d'un air indécis l'amoncellement de cartons et de sacs qui attendaient le passage des éboueurs.

    Si Germaine savait! Elle en mourrait une seconde fois!

    Mais personne n'en voulait, de ses broderies au point de croix. Alors il en avait rempli trois cartons et cinq sacs poubelles.

    Parmi les vieilleries qu'il avait remuées au grenier, il avait retrouvé un vieux diabolo. Il le donnerait à son petit-fils, à sa prochaine visite.

    Cette pensée le rasséréna et le tira vers l'avenir. Allons, il fallait rentrer. C'était décidé, les napperons, les serviettes et les tableautins finiraient à la déchetterie.

    - Le passé, c'est le passé! se dit-il en refermant la porte derrière lui.

    Lucie

    J'avais déjà le téléphone en main pour t'appeler et t'annoncer la nouvelle quand j'ai entendu la sonnette. C'était le gamin de mon frère. Il avait l'air tout heureux, le pauvre petit, et sans même prendre le temps de me dire bonjour il m'a lancé:

    - Tante Lucie! Devine ce que j'ai derrière le dos!

    C'était un diabolo. Le vieux diabolo de quand on était gosses, Bernard et moi.

    Pauvre Bernard... Comme d'habitude, il sera le dernier à savoir!

    Bernard

    J'étais en train de biner les poireaux quand j'ai trouvé le diabolo que le gamin avait perdu l'autre jour et qui lui avait coûté tant de larmes. Je l'ai fourré dans ma poche et j'ai poursuivi mon travail.

    Puis je l'ai vue elle, au bord de la pelouse, en tenue de sortie. Pour la première fois de sa vie, elle avait mis du rouge à lèvres. Je m'en suis étonné, bien sûr. Mais au moment où j'ai voulu ouvrir la bouche pour lui en faire la remarque, j'ai vu qu'elle tenait le tuyau d'arrosage bien serré dans ses deux mains. Elle a prestement donné un demi-tour à l'embout et l'eau a giclé sur moi.

    - Je n'y crois pas...

    Voilà tout ce que j'ai réussi à dire. J'étais tout dégoulinant.

    Mais elle était déjà loin.

    Daisy

    Oui, elle était stupide. Et alors? Quelle importance? Et peut-être même assez moche, il en était d'accord. Mais au moins elle ne lui ferait pas de misères.

    Il l'avait entraînée vers la clairière de leur jeunesse, il lui avait sauté dessus, comme ce jour lointain de ses quinze ans. Ils avaient roulé par terre. Il s'était dépêtré de son caleçon, d'une seule main, toujours aussi malhabile qu'autrefois. Il lui avait quasiment arraché ses vêtements. Elle se laissait faire, pourtant...

    Du pantalon descendu jusqu'à ses chevilles s'est échappé le diabolo de son fils.

     

  • T comme traduttore traditore

    Kertész leszek, fát nevelek, Que fait-elle, la nuque grasse,
    kelő nappal én is kelek, Sur la nappe la tête lasse,
    nem törődök semmi mással, Dans son giron les mains croisées,
    csak a beojtott virággal. Et le couteau bien aiguisé.
       
    Minden beojtott virágom Le couteau de la virago
    kedvesem lesz virágáron, Qui lui tient lieu de belle-mère,
    ha csalán lesz, azt se bánom, Elle s’en ira tout de go,
    igaz lesz majd a virágom. Sans dire adieu à belle-mère.
       
    Tejet iszok és pipázok, Son mari n’est qu’un pauv’pipo,
    jóhíremre jól vigyázok, Un clown triste sous son chapeau,
    nem ér engem veszedelem, Pourquoi donc l’a-t-elle épousé,
    magamat is elültetem. Il n’a jamais su la bai… (1)
       
    Kell ez nagyon, igen nagyon, Ni mal d’amour ni mal de dents,
    napkeleten, napnyugaton – N'ayant ni argent ni enfants –
    ha már elpusztul a világ, Elle quittera ce village,

    legyen a sírjára virág.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    József Attila (1905-1937)

    Tournera sans peur le virage.


    Traduction d'Adrienne

    qui demande bien pardon

    aux magyarophones

    de s'être amusée ici

    à du n'importe quoi Cool

    (1) mot que mon éducation très stricte

    m'interdit d'utiliser... mais la rime peut

    vous aider Langue tirée



  • H comme histoire gluante

    J'étais bien tranquille, à l'ombre, en attendant la fraîcheur du soir. Fraîcheur toute relative en cette belle journée déjà très estivale, il est vrai, mais les soirées étaient agréables: ce mois de juin ne connaissait pas encore les moiteurs chaudes ni l'air parfois étouffant qu'on peut avoir même la nuit, au plus fort de l'été.

    Pour le repas du soir, j'avais prévu une petite salade. La laitue était une Grosse blonde paresseuse douce et craquante, avec une pointe d'amertume en finale. L'estragon avait bien poussé et son parfum si fin me ravissait.
    Le persil plat était au mieux de sa forme et les radis grossissaient. Bref, tout baignait.

    C'est à ce moment-là qu'elle est arrivée, avec son mini-sarcloir et son seau aux mauvaises herbes. Elle a soulevé une des tuiles placées là pour empêcher le filet de s'envoler. Le filet, elle le met plus contre les chats qui viennent gratter la terre pour y faire leurs crottes que contre les oiseaux, mais moi ça m'arrange bien. Surtout les tuiles.

    Hélas, en la soulevant elle m'a évidemment tout de suite repérée. Alors, comme elle a horreur de la glu visqueuse que je laisse sur les doigts, elle m'a délicatement prise entre deux outils et est allée me jeter dans le fossé, à cinquante mètres du jardin.

    Il me faudra des jours, - et surtout des nuits, pleines de dangers, avec tous les hérissons qu'elle attire chez elle - des heures et des heures à ramper dans la poussière trop sèche pour ma santé et toute la longueur de la dangereuse terrasse à traverser avant de retrouver les délices de son potager.

  • 7 trompe-odeurs

    Répandre une odeur de savonnette sur un certain monsieur que je croise plsieurs fois tous les jours dans les couloirs de l'école

    Répandre une odeur de jeune fille en fleur sur une certaine collègue qui empeste la cigarette

    Répandre une odeur d'authentique cave à vin dans ces chais modernes où tout est béton, aluminium et murs carrelés rutilant de propreté

    Répandre une odeur de sainteté sur tous les Jean Valjean de la planète (bon 150e anniversaire, Les Misérables!)

    Répandre une odeur d'embruns (de préférence avec le bruit des vagues en fond sonore) dans ma classe

    Répandre une odeur de chocolat dans la maison... dans l'espoir de cesser d'y être accro.
    Un ancien élève ayant travaillé tout un été dans une chocolaterie m'a dit que ce parfum constant de chocolat lui avait ôté toute envie d'en manger, alors qu'il n'avait qu'à tendre la main pour se servir.

    Le trompe-odeurs, voilà l'invention du siècle!

    Si j'en avais eu l'idée plus tôt, elle m'aurait aussi été utile pour répandre une bonne odeur de dentifrice dans la gueule de mon chien Langue tirée

  • P comme...

    Une nuit, saisie d'une petite faim, j'ai grignoté un morceau de chambre.

    La saveur en était doucereuse et vaguement épicée. La cannelle dominait nettement, me sembla-t-il. Mais il devait y avoir aussi de la cardamone et de l'anis étoilé.

    Bien sûr, j'aurais aimé gardé la maison intacte aussi longtemps que possible. Mais que voulez-vous... c'était si tentant!

    Et puis, ça se verrait à peine.

    Ainsi me consolai-je, toute fière de n'avoir pas touché au toit ni aux fenêtres, pourtant bien plus tentants que les murs de la chambre!

    Le toit était fait de petites plaques de chocolat et les fenêtres en sucre filé.

    ***

    P comme... peperkoekenhuisje

    Langue tirée

    j'en ai trouvé une ici qui a l'air délicieuse:
    http://www.dominiquecordel.com/l-astuce-du-chef/

  • H comme histoire à dormir debout

    Appelée à coboïndre devant le tribunal, la victime s'était vulturnée avec le plus grand soin. Fulpageant ses chaussures neuves, elle se leva à l'appel de son nom, toute bétourdie.

    - Est-il vrai, lui demanda le juge de son air le plus paterne, que l'accusé vous obligeait à vous fornidre?

    La pauvre petite voulut commencer sa triste histoire mais elle se mit à mouligner si fort que trois ou quatre bras se tendirent pour lui offrir un mouchoir.

    Sur le banc de la presse, les crivanosses noircissaient leur papier, épuisant les synonymes dépréciatifs pour ce gnomide, cette gavalouse, qui avait sali la mignonne. Le colbasson à vie, voilà tout ce qu'il méritait.

    ***

    ces irrésistibles petits mots appartiennent à Léon-Paul Fargue
    http://books.google.fr/books?id=Fvzkwu6FTV0C&pg=PA201&lpg=PA201&dq=l%C3%A9on+paul+fargue+mouliguer&source=bl&ots=HZoxc2vj13&sig=XBsQqr4GBnhhF1q2txWZxiXnM0A&hl=fr&sa=X&ei=u2qlT5jELsXE8QOdrNHrBA&ved=0CDoQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false

  • G comme grimper aux rideaux

    - Un mot de travers, me dit-elle, et le voilà qui grimpe aux rideaux.

    Voilà. Vous en savez autant que moi. V*** a un mari qui grimpe aux rideaux.

    Le mien heureusement ne l'a jamais fait. Enfin, heureusement, je ne sais pas: il m'aurait bien fait rire s'il avait voulu escalader les rideaux. Surtout qu'avec son mètre nonante (je ne traduis pas, d'accord?) il touchait le plafond sans effort. Et puis les rideaux sont d'une étoffe si légère que s'il avait voulu y grimper, il les aurait déchirés. Ou arrachés de leurs rails.

    Mais V*** a donc un mari qui grimpe aux rideaux.

    ***

    - Celui-là, me dit ma mère en désignant un homme assis deux tables plus loin dans ce petit restaurant italien, celui-là il a un verre dans le nez!
    - Ah bon! dis-je en me retournant légèrement pour voir de mes propres yeux ce phénomène.

    Mais j'ai été déçue. Son nez avait l'air tout à fait normal.

    ***

    Ça me rappelle le jour où mon père a utilisé devant moi pour la première fois une expression qu'il affectionnait. Ma mère trouvait qu'il rentrait un peu tard, ce soir-là, alors il lui dit:

    - Qu'est-ce que tu veux, j'ai rencontré André Machin et il m'a tenu la jambe pendant plus d'une demi-heure!

    Alors moi j'imaginais André Machin, un gros monsieur à moustache, se plier en deux pour tenir la jambe de mon père. Ça me faisait rire aussi, mais j'ai toujours eu le rire facile Rigolant

    - Tu sais qu'il aime tailler une bavette, disait-il encore.

    Et de bavettes, à l'époque, je ne connaissais que celles qu'on mettait autour du cou de mon petit frère, qui avait deux ans.

    ***

    Alors vous comprendrez que moi qui ai l'imagination très visuelle, ça me fait vraiment beaucoup rire si on me dit de quelqu'un qu'il "lèche les bottes" ou qu'il "se casse le cul".

    C'est bien pour ça que personnellement, je "pèse mes mots" Clin d'œil

  • E comme exercice de style

     Dix petits nègres

    Je suivis ce mauvais garçon
    Qui sifflotait les mains dans les poches

    Je sulfatai ce méchant gardien
    Qui signalait les mairies dans ses podzols (1)

    Je superposai ce méconnaissable gargantua
    Qui signait les maïs dans ses poêles

    Je supervisai ce mécontent garibaldien
    Qui signifiait les maisons dans ses poèmes

    Je supplantai ce mécréant garnement
    Qui silhouettait les majordomes dans ses pognes

    Je suppléai ce médicamenteux gaspilleur
    Qui simplifiait les majorettes dans ses poignes

    Je suppliciai ce médiocre gâte-papier
    Qui simulait les majuscules dans ses poïkilothermes (2)

    Je suppliai ce médisant gâteux
    Qui singeait les makis dans ses poils (3)

    Je supportai ce méditerranéen gaucher
    Qui siphonnait les malagas dans ses poings

    Je supprimai ce mauvais gaulois
    Qui sirotait les malandrins dans ses poisons

    ***

    (1)    sol cendreux des climats humides  et souvenir d’un défi du samedi

    (2)    comme on peut s’y attendre avec un médiocre gâte-papier

    (3)    ça ne s’invente pas !

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires; les deux premiers vers d'Apollinaire étaient imposés.

  • R comme répulsion

    Ça commence par une odeur.

    Dès que vous le mettez à bouillir, ses relents de basse fosse envahissent la cuisine et même toute la maison.

    C'est un légume incommodant d'abord pour le nez.

    En fait, il incommode dès qu'on y enfonce un couteau pour le découper: il laisse sur tout ce qu'il touche une teinture bleuâtre. Les doigts, la planche à découper, tout garde comme des traces d'encre fort peu appétissantes.

    Pour ne pas avoir l'odeur, on peut bien sûr le manger cru. Mais son goût nauséeux et sa texture grossière sont désagréables au palais. Il faut alors le découper très finement, le mélanger à plusieurs autres ingrédients et l'arroser d'une bonne quantité de vinaigrette. Le noyer dans la masse, en quelque sorte.

    Cependant, c'est quand il est cuit qu'il est vraiment irrécupérable: rien ne peut l'améliorer ni le masquer, ni l'ajout de vinaigre, ni le sucre, ni la compote de pommes, ni les raisins secs. Ses exhalaisons et le jus bleu dans lequel il baigne détruisent immanquablement le goût de tout ce qu'il touche.

    Un jour, croyant avoir trouvé la recette miracle, je l'ai préparé au vin rouge. C'était infect.

    J'ai beaucoup regretté d'avoir gaspillé une bonne bouteille à la préparation d'un légume aussi pestilentiel que le chou rouge.


  • F comme fusion

    Si j'étais un métal, je n'entrerais jamais en fusion, parce que j'ai peur des flammes et je ne supporte pas la chaleur.

    Cool

    Si j'étais un métal, je n'aurais pas envie d'être coulée, laminée, violentée par des machines bruyantes et fumeuses, lourdes et malodorantes.

    Déçu

    Si j'étais un métal, je résisterais à tout... et ne serais donc utile à rien.
    On ne ferait de moi ni des ponts, ni des canons.

    Langue tirée

  • B comme bruits

    La nuit, quand toute la maison dort, le plancher se libère des vieux bruits de pas qui lui reviennent en mémoire.

    Il y a le pas un peu lourd et traînant de Jean-Baptiste, celui qui est revenu de la guerre de 14.
    Ceux de sa femme, qui avait eu la bonté de l'attendre quatre ans.
    Ceux de leurs cinq enfants. L'aîné qui n'avait pas voulu suivre les traces de son père, à qui il ressemblait pourtant tellement. Les filles qui s'étaient toutes dépêchées de s'installer très vite ailleurs, dans des villes. Même la cadette, sa préférée, était partie loin. L'avait-elle assez regretté, d'ailleurs!
    Et puis l'autre fils, celui dont on ne parlait plus jamais en sa présence.

    Sabots, chaussons, bottines cloutées, chaussures de ville au cuir qui craque...

    La nuit, quand toute la maison dort, elle entend parler le plancher.

  • Stupeur et temblements de blogueuse

    Parfois, il arrive à notre Adrienne - alors que rien ne l'y invite et qu'elle n'est sous l'effet d'aucun psychotrope - d'écrire un texte comme celui-ci:

    Selon certains chercheurs, les nouilles ont meilleur goût si on leur fait écouter les Quatre Saisons de Vivaldi pendant leur cuisson. Ce phénomène s'expliquerait par le profond plaisir ressenti par le grano duro en entendant des sons qui lui rappellent sa pianura padana près de la lagune.

    Voilà pourquoi les recherches vont s'orienter à présent vers l'étude du rapport entre Bach et la bière, Mozart et l'escalope panée, Rossini et le tournedos.

    Elle a donc pensé ouvrir un second blog, dans l'anonymat le plus complet Langue tirée afin de s'y débarrasser de ces gênantes élucubrations.

    Chez Blogger, par exemple.

    Cela lui simplifierait drôlement la vie quand elle veut déposer un commentaire chez un(e) de ses blogami(e)s de Blogger, le matin entre six et sept, et que le temps lui est tellement compté avant de partir à l'école.

    Car chez la plupart, c'est galère de chez galère, et ça ne va pas en s'améliorant: non seulement il faut retaper chaque fois toutes ses coordonnées, mais depuis peu, les chapkas (comment ça s'écrit, ces trucs affreux?) sont devenus encore plus vicieux et chez certains il faut cliquer TROIS FOIS sur publier avant que la chose se fasse.

    Alors vous comprenez, c'est tellement chronophage (ah le vilain mot) que parfois elle y renonce...

    Mais pour les nouilles mélomanes, rien n'est encore décidé Cool