amitie

  • Wagon de train

    DSCI6055.JPG

    Le jeudi 27 mars 2008 
    des gens sont morts, des gens sont nés, 

    en France les lycéens et les profs manifestaient contre les suppressions de postes 

    tongue-out déjà? ô ironie tongue-out 

    et un premier train est parti de chez l'Adrienne. 

    Elle ne savait pas grand-chose: 

    qui la lirait - combien de billets elle écrirait - de quoi elle parlerait 

    axel-zangavond 06.jpg

    3535 billets plus tard 

    - hé non, elle n'a pas réussi à en faire un par jour - 

    voici le 116e wagon de train  

    pour vous dire

    un grand merci à vous tous! 

    *** 

    photo 1, Bruxelles, gare du Nord, mars 2018 

    photo 2, les mains de notre bien-aimé chef de chœur, février 2018

  • O comme Oremus

    défi, souvenir

    Ils étaient trois amis qui à seize et dix-sept ans, possédaient déjà une vaste expérience d’enfant de chœur. Ils savaient exactement jusqu’où ils pouvaient aller « trop loin » et ne s’en privaient pas : c’était même une limite qu’ils s’amusaient à transgresser de temps en temps un brin de plus. Sans rien forcer, bien sûr, pour ne pas s’aliéner la sympathie de monsieur le curé. 

    La semaine pascale offrait les occasions les plus intéressantes de se divertir, en particulier la messe du samedi soir, celle où on renouvelle ses vœux de baptême. 

    Parmi les préparatifs à la sacristie – le bénitier et son goupillon, la grande croix d’argent et l’encensoir – il y avait aussi ce moment où ils procédaient à un discret tirage au sort pour décider lequel des trois aurait l’immense joie – et la grande responsabilité – de tenir le seau d’eau bénite. 

    Le goupillon, une énorme brosse à longs poils noirs, même trempée légèrement dans le seau, déversait une belle ondée sur les fidèles qui restaient stoïques, tête baissée. Il suffisait de peu de choses, enfoncer un peu plus le goupillon, rehausser légèrement le seau au moment du trempage, et c’était la grosse averse. 

    Le plus dur alors pour nos enfants de chœur, c’était de garder leur sérieux pendant toute la promenade dans la travée centrale, quand monsieur le curé aspergeait abondamment à gauche et à droite, et que les gens lui présentaient spontanément leur dos en rentrant la tête dans les épaules. 

    Après leur passage, il y avait de belles flaques par terre et les porteurs de lunettes sortaient un grand mouchoir pour essuyer leurs verres. 

    Seul celui qui marchait devant avec la lourde croix d’argent ratait ce beau spectacle et se promettait que l’an prochain, ce serait son tour de rigoler. 

    *** 

    écrit pour le Défi du samedi 

    E comme écouvillon 

    photo prise à Abbeville en novembre 2016

  • K comme Kaat

    Burreken 2013 004 - kopie.JPG

    En traversant le parking à pied, l'Adrienne remarque une coiffure si typique qu'elle la reconnaît tout de suite: elle ne peut appartenir qu'à son ancienne voisine, celle de l'heureux temps d'avant la ville, ses bruits et la fureur de ses camions. 

    Gentille voisine, en cinq ans, a changé de voiture mais se coiffe toujours de la même façon tongue-out 

    A la vitre arrière, un L est affiché: ils sont devenus grands, ses trois gamins, le petit dernier apprend lui aussi à rouler en bagnole, à présent. 

    Bizarrement, l'Adrienne n'a aucun mal à se souvenir tout de suite du prénom des trois garçons mais elle est déjà à mi-chemin de chez elle quand lui reviennent les noms des parents. 

    Kaat! bien sûr, gentille Kaat que l'Adrienne n'a pas osé aborder, le risque d'émotions étant trop élevé. 

    Tant de choses et tant de gens dont elle pensait qu'il serait difficile de vivre sans... elle vit toujours, cependant

    *** 

    photo prise un matin d'avril en 2013

  • X c'est l'inconnu

    DSCI5939 (3).JPG

    4

    Depuis le début, évidemment, Tobie chien avait eu ses préférences: une belle-sœur particulièrement douée pour le grattage derrière l'oreille, la fille cadette fervente amoureuse des chiens, une amie de la famille qui lui permettait de grimper sur ses genoux, même quand il était devenu grand et qu'il dépassait de partout au risque de tomber d'un côté ou de l'autre.

    Peu à peu, Tobie chien s'est mis à grogner et à montrer les dents à de plus en plus de gens. D'abord à tous ces ennemis potentiels que sont le facteur, le passant, le promeneur. Puis aux familiers qui ne lui avaient jamais montré une affection particulière. Enfin, un à un, à ces quelques privilégiés qui pouvaient lui gratter le ventre.

    Le maître, ça le faisait bien rire, et il se demandait chaque fois avec curiosité quel serait le répudié suivant.

    5

    Je me demande, disait le maître au téléphone chaque fois qu'il invitait l'amie, ce que fera Tobie chien quand il te verra! J'espère qu'il me connaîtra encore, répondait-elle invariablement, s'inquiétant de plus en plus au fil des semaines. Plus de deux mois sans me voir, saura-t-il encore que nous étions amis ou aurai-je droit moi aussi aux grognements et aux canines agressives? Je ne le pense pas, la rassurait-il, avec toi c'est une amitié pour la vie!

    Mais qu'en savait-il? Tobie chien avait mordu la belle-soeur préférée, montré les dents et grogné contre la fille cadette, qu'il aimait tant et qu'il voyait si souvent, bref seule l'amie était encore dans ses bonnes grâces, mais jusqu'à quand?

    Et c'est toujours le cœur battant, l'esprit inquiet, qu'elle gare sa voiture sur leur allée et sonne à leur porte. 

    *** 

    fin de cette histoire pour le Marathon d'écriture 2018 

    photo de janvier 2018 

  • U comme une fois...

    2011-07 (1).JPG

    3

    C'est à une petite fête de famille que ça s'est produit une première fois. Enfants et petits-enfants étaient réunis pour un anniversaire et Tobie chien, allez savoir pourquoi, a grogné et montré les dents. Son maître a supposé qu'il y avait une bonne raison, une solide explication, une parfaite justification... mais sous la pression familiale, il l'a tout de même enfermé dans la grande cage où Tobie chien passe ses nuits et ses quelques moments de solitude pensive et alerte. 

    Un des petits-enfants lui avait-il tiré la queue ou l'oreille? Marché sur une patte? S'était-il senti agressé? Les enfants criaient leur innocence, non! NON! Ils n'avaient rien fait! RIEN! Et les adultes, comme d'habitude à ce genre de réunion festive, n'avaient rien vu, rien soupçonné, trop occupés par les verres et les assiettes à remplir et à vider, les conversations diverses à mener, les allers et retours à la cuisine et à s'extasier sur la petite dernière encore au berceau. 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018 

    photo de juillet 2011 

    Tobie chien n'a pas encore sa taille adulte

  • T comme Tobie chien

    006 - kopie.JPG

    1

    Quand Tobie chien est arrivé chez eux, il aimait tout le monde: son maître, l'épouse du maître, les quatre enfants du maître, les beaux-enfants, les petits-enfants, les amis de passage, les voisins, les promeneurs du dimanche et même le facteur.

    Il saluait tout le monde de joyeux jappements et de gambades incontrôlées, heureux d'être là et d'annoncer à tous son allégresse.

    Puis son maître l'a emmené au dressage. Oh! Rien de bien méchant! Il lui a appris à obéir au doigt et à l’œil – à la voix, plutôt – assis, couché, attends, pas touche, viens... Tobie chien a tout appris avec facilité et bonheur. Son maître était visiblement content et fier de lui, alors lui aussi. Il s'asseyait, se couchait, attendait, rapportait, l'arrière-train tout frétillant de plaisir et d'impatience contenue. Il se promenait sans tirer sur sa laisse, ne sautait plus sur les gens pour leur lécher la figure, refusait les friandises les plus alléchantes aussi longtemps que le maître n'avait pas donné son assentiment.

    Un modèle de chien.

    2

    Le maître étant un grand sportif, Tobie chien se fait un devoir de l'imiter: ils font ensemble leur jogging du soir, à travers prés et bois, rentrent crasseux et très satisfaits l'un de l'autre. A tous ses visiteurs et familiers, le maître fait palper avec fierté la fine musculature de Tobie chien, en ajoutant chaque fois les mots "pas un gramme de graisse! Rien que du muscle!" et les visiteurs s'extasient comme il se doit. Au bout de quelques mois, Tobie chien avait sa taille adulte et ne se souvenait pas qu'il était né ailleurs: il avait trouvé son royaume. 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018 

    photo d'avril 2012 

    Tobie chien reste assis à la demande

  • P comme Proust

    amitié,lecture,littérature,proust

    Vers la fin de sa vie, Marcel Proust se faisait apporter dans le bordel pour hommes où il avait ses habitudes des rats qu'il s'amusait à tuer en les transperçant lentement à travers les barreaux de leur cage à l'aide de ces longues aiguilles à chapeaux comme en portaient les femmes à son époque (imaginer leur éclat métallique gris bleu, leurs têtes faites de cabochons de jais à facettes). Proust semblait éprouver un grand plaisir à leurs cris en même temps qu'au spectacle de leurs soubresauts et de leurs agonies.

    Claude Simon, Le jardin des plantes, éd. de Minuit, 1997, p.106 - lire les premières pages ici

    *** 

    voilà un aspect de Marcel qui m'était inconnu et je me demande si Claude Simon, dont l'oeuvre présente tant de points communs avec la Recherche, a un but en nous la racontant... 

    *** 

    spéciale dédicace à Walrus qui a dit ici même que les allusions à Marcel lui faisaient plaisir tongue-out

  • Dernière enquête

    mankell dernier.jpg

    Pour sceller ses adieux avec son personnage, l'auteur nous le décrit vieilli avant l'âge, malade, montrant les premiers signes d'oubli, ayant des "absences" de plus en plus inquiétantes: non, Wallander n'a pas droit à un peu de bonheur ni au repos, deux choses auxquelles il aspire pourtant très fort, à l'heure des bilans de vie. 

    Sa relation avec sa fille est meilleure que jamais, il est devenu grand-père d'une petite Klara, il s'est offert cette maison à la campagne qu'il désirait depuis si longtemps ainsi que le compagnon-chien qui lui faisait envie. Mais la déchéance physique et sa réelle solitude lui font peur. Il se demande s'il a des amis. Il constate qu'en dehors de son métier, il n'a rien. 

    De plus, ressassant sans cesse son passé (là d'accord je me suis amusée avec les allitérations mais je trouve qu'elles sont à leur place tongue-out) et se confrontant aux erreurs commises dans le cours de sa vie personnelle et professionnelle, il est poursuivi par des tas de pensées négatives. 

    Parallèlement, il y a l'enquête, une histoire de "peurs" aussi, peur de l'ennemi dans une atmosphère de Guerre froide qui - dans la pratique - est loin d'être terminée, peur des magouilles et autres tripotages qui ont lieu aux niveaux les plus élevés du pouvoir et contre lesquels on est impuissant. 

    C'est ce sentiment-là, je trouve, qui prédomine dans le livre: l'impuissance face aux aléas de la vie, à sa fin inéluctable qui s'annonce par toutes sortes de "pertes" physiques et intellectuelles, et l'impuissance face au mal dans le monde. 

    Bref, ce n'est pas un livre joyeux et on se demande quel sort attend la génération de la petite Klara... 

    *** 

    margotte nordique.jpg

    sixième participation au Challenge littérature nordique chez Margotte

    que je remercie!

     

  • T comme trois

    C'est grâce à l'ami José, celui qui avait toujours de bonnes idées, qu'un dimanche après-midi la petite, ses parents, son petit frère, l'ami José, sa femme et ses deux fils ont occupé quasiment toute une rangée au cinéma pour regarder Gone with the wind

    La petite, c'est évident, n'a pas tout compris mais elle a trouvé ce film déconcertant et violent. Elle a fourni de gros efforts pour suivre l'action ainsi que la psychologie des personnages et avec le recul elle s'étonne aujourd'hui que ce film ait été enfants admis. 

    Elle se souvient encore des morts, des flammes, des baisers imposés, de la chute dans l'escalier. Elle se souvient qu'elle n'a pas aimé Scarlett, qui aurait une longue liste de péchés à confesser, menteuse, manipulatrice, machiavélique, la liste est longue. Elle n'a pas aimé Rhett Butler, fat, violent. Sans scrupules l'un comme l'autre. Elle n'a pas compris pourquoi les adultes le trouvaient si beau. Elle a trouvé bien faibles les autres personnages. 

    Elle n'a plus jamais voulu revoir ce film. 

    *** 

    Quand ils sont sortis du cinéma en clignant des yeux à la lumière du jour, l'ami José lui a demandé: 

    - Alors, ça t'a plu?

    - Oh! oui! a-t-elle répondu, uniquement pour lui faire plaisir. 

    Mais rassurez-vous, ce mensonge a été confessé cool

    *** 

    sur une idée de François Bon 

    trois souvenirs de films

  • Questions de Pascal Perrat

    amitié,les joies d'internet,jeu,vie quotidienne

    La semaine dernière, 

    combien de fois avez-vous « liké » sur les réseaux? 

    combien de vidéos avez-vous regardées sur les réseaux? 

    combien de temps avez-vous passé sur Facebook? 

    combien d’articles y avez-vous lus? 

    combien de drôleries y avez-vous envoyées ou renvoyées?  

    combien de vidéos avez-vous regardées sur YouTube et autres? 

    combien de contenus avez-vous partagés? 

    combien de tweets avez-vous publiés ou lus? 

    nous demande Pascal Perrat, pour nous confronter ensuite à cette question-ci: pendant ce même laps de temps, combien avez-vous écrit de pages concourant à nourrir votre projet d’écriture ?  

    *** 

    Toute fière, l'Adrienne peut annoncer qu'elle n'a commis qu'un seul péché, elle a regardé des tas de vidéos sur youtube, mais c'est la faute à Joe Krapov tongue-out 

    De toute façon, son seul projet d'écriture est son blog. 

    Et deux ou trois blogamis qui offrent des petits jeux cool Merci à eux!

  • I comme internats chic

    - C'est un thé suisse, me dit ma mère en souriant, les yeux brillants. 

    Je n'avais jamais rien goûté d'aussi suave. Chaude et moelleuse dans la bouche, finement parfumée, la boisson que m'offrait l'hôtesse de l'air était une surprise que ma mère semblait ravie de me voir découvrir. Debout à côté de son chariot, l'hôtesse acquiesçait à la définition du "thé suisse", souriait elle aussi de toutes ses dents, belle et blonde comme sur les réclames, avec des traits épais et doux, premier contact merveilleux avec ma future terre d'adoption, celle où tout était toujours propre, et dont à Istanbul chacun parlait avec un respect qui confinait à la timidité: sur les rives du Bosphore, Isviçre, la Suisse, avait la consonance d'un mot magique. Le thé suisse n'était rien d'autre que du thé au lait, bien sûr. 

    Metin Arditi, Dictionnaire amoureux de la Suisse, Plon 2017, p. 289-290, Internats chic.

    suisse.jpg

    C'est à Metin Arditi, un Suisse d'adoption comme il le dit dans l'extrait ci-dessus, qu'a été confiée la tâche de rédiger ce dictionnaire. Il le fait de façon très personnelle, en y insérant son vécu et de nombreux extraits de ses œuvres. Par exemple, cet extrait vient de "La chambre de Vincent", un court récit autobiographique. D'autre part, il le fait de façon très "guide touristique", allant même jusqu'à proposer une bonne adresse où manger tongue-out 

    source de la photo et information ici, chez Plon et merci aux amis suisses qui m'ont offert le livre kiss  

    Suite de l'article "Internats chic" le mois prochain?

  • D comme défi nordique

    bivald.jpg

    Autant l'avouer tout de suite: j'ai détesté la façon dont le titre a été traduit en français et j'ai lu le livre en traduction néerlandaise. 

    Détesté pour deux raisons: d'abord parce qu'il ne s'agit pas d'une bibliothèque mais d'une librairie, ensuite parce que les "cœurs cabossés" mettent d'emblée l'accent sur l'aspect nunuche. Or le livre est un peu plus que ça. Un petit peu plus tongue-out 

    bivaldE.jpg

    Le titre en anglais est parfaitement fidèle à l'original suédois: Les lecteurs de Broken Wheel recommandent. Le néerlandais diffère, tout en restant assez neutre: Les livres de Sara Lindquist. Sous-titre: une petite librairie à aimer

    bivaldNl.jpg

    Et c'est vrai que c'est un livre pour amateurs de livres. J'ai résisté à la tentation de prendre papier et stylo pour noter les références aux lectures conseillées par la libraire tongue-out principalement parce que je voulais avancer vite, très vite, dans les 400 pages du bouquin. Pour arriver à la fin qu'on devine pourtant dès le début, un beau jeune homme dont le cœur est à prendre, une attachante jeune Suédoise en visite en Iowa, une petite communauté qui est décidée à la garder dans la bourgade moribonde de Broken Wheels: vous savez aussi bien qu'eux et moi que le meilleur moyen de contourner la loi et de prolonger indéfiniment le visa touristique, est le mariage avec un autochtone.  

    bivaldS.jpg

    Après vous avez aussi la dizaine de personnages bien typés pour entrer dans la version filmée par Hallmark: un couple gay, une vieille fille bigote, une tenancière de bar (lieu indispensable pour les rencontres et les infos), un ancien alcoolique qui veut retrouver sa fille, le révérend aimant jardiner, une mère de famille sortie des "Desperate  Housewives"... et pour être parfaitement politiquement correct, un homme à la peau noire. Sauf qu'ici il a vraiment sa raison d'être. 

    Mais je n'en dirai pas plus tongue-out 

    challenge 2017.jpg

    Bref, un moment de lecture agréable, tout à fait feel good, qui me permet d'ajouter ma cinquième participation au challenge nordique de Margotte, que je remercie! Merci aussi à Colo avec qui j'ai fait "lecture commune", une chouette façon de se sentir proches et d'abolir la distance en kilomètres qui nous séparent. 

    *** 

    photo de couverture en français: site du Figaro 

    couverture en anglais du site Good Reads

    couverture en néerlandais chez De Standaard Boekhandel 

    couverture d'origine en suédois sur le site de l'auteur

  • A comme Adrienne

    adrienne,amitié

    C'est une Adrienne que je ne connais pas mais à qui je souhaite de tout cœur d'être encore de ce monde, aujourd'hui 2 janvier 2018. 

    Elle est née peu avant la guerre. Son papa a été mobilisé et fait prisonnier. Il en est revenu. 

    Elle est restée fille unique. S'est mariée. N'a pas eu d'enfants. Son mari l'a quittée. 

    Cet automne, on lui diagnostique un cancer du pancréas. 

    - Quel âge avez-vous? lui demande son oncologue, comme s'il n'avait pas toutes ces données à sa disposition. 

    - Bientôt 80 ans, dit-elle. Le 2 janvier. 

    - Vous ne les aurez jamais, a-t-il répondu. 

    C'est exactement ce qu'il a déclaré, "u haalt dit nooit", à une femme qui affronte seule la maladie, sans frère ni sœur, sans enfant, sans neveu ni nièce. 

    - Adrienne, dis-je à l'ami qui vient de me raconter son histoire, c'était le prénom de ma grand-mère. Je parie que tout comme elle, c'est une très bonne personne. 

    - C'est effectivement la crème des vieilles dames, répond-il. 

    Alors vous comprenez pourquoi toute ma sympathie va à cette Adrienne inconnue, qui a décidé de donner tort à son oncologue, et de fêter ses 80 ans. 

    Aujourd'hui, le 2 janvier. 

     

  • H comme hortensia

    DSCI5749.JPG

    Une douzaine de grands hortensias, voilà ce qui est condamné à disparaître, si l'Adrienne ne se décide pas à les replanter ailleurs. 

    Quatre ans déjà qu'elle habite dans cette maison et qu'elle sait qu'un jour il y aura des travaux dans la rue, que le jardinet de ce côté-là de la maison est condamné à disparaître, à devenir trottoir et piste cyclable. 

    En octobre, une lettre est arrivée pour dire que les travaux commencent en 2018 et que toutes les plantations qui n'auront pas été récupérées seront irrémédiablement perdues. 

    Par bonheur, l'Adrienne a pu compter sur des bras et des muscles masculins pour déterrer cinq hortensias, qu'elle a aussitôt replantés. 

    Et les sept autres? 

    (soupir) 

    DSCI5750.JPG

     

  • X c'est l'inconnu

    DSCI5738.JPG

    - Il y a un ingrédient mystère dans ce petit dessert, dit la gentille Delfine en apportant une assiette surprise ornée de sa bougie d'anniversaire. A vous de le trouver! 

    Alors l'Amie et l'Adrienne dégustent à la petite cuiller et trouvent le spéculoos, le chocolat, le caramel, la banane, le fromage frais... et cette petite mousse au milieu, peu sucrée, au goût de... au goût de... 

    De quoi, au fait? 

    L'Amie est une ancienne collègue, à la retraite depuis sept ans déjà. Elle voyage beaucoup. Elle a passé septembre et octobre chez elle et s'embarque pour les Philippines la semaine prochaine. 

    - Toi, dit-elle, tu sais ce que tu as fait de septembre et d'octobre. Mais moi? qu'en ai-je fait? c'est passé, c'est tout ce que je sais. 

    Et autres considérations philosophiques sur le temps qui passe. 

    - On reviendra ici, dit l'Amie.

     

     

     

     

  • Reviens vite, ils sont 7!

    DSCI5700.JPG

    On peut être propriétaire d'une maison de vacances en pleine nature et avoir envie parfois de se promener au lieu d'attendre le client. Surtout si celui-ci n'a pas su dire s'il arrivait à quatorze heures ou en soirée. 

    En pleine forêt, le téléphone de l'ami émet sa chansonnette incongrue. C'est le vigilant voisin qui l'appelle. 

    - Reviens vite! il y a sept types sur ton parking. Des types un peu louches... basanés! 

    Alors il rentre le plus vite qu'il peut, courant presque. Sept types? Il en attendait deux. Basanés, ça le fait rigoler: ce sont des Portugais. Donc oui, plus petits et plus sombres que le germano-belge moyen du coin. 

    Sur le parking de sa maison de vacances, des types attendent en fumant. Un seul parle un peu de français. Il revient d'un chantier en Suède, est en Belgique pour un autre travail qui prendra une quinzaine de jours, et ainsi de suite. Ses collègues et lui seront logés deux à deux dans diverses locations. 

    Et le vigilant voisin? Il devait être tellement ému qu'il a mal compté: ils étaient huit tongue-out

     

  • C comme champignons

    DSCI5687.JPG

    L'ami-qui-l'a-vue-naître n'est pas un adepte du champignon. Sur l'autoroute, il roule tranquillement sur la bande de droite: par principe, il ne va jamais au-delà du 110 à l'heure. 

    DSCI5678.JPG

    Par principe aussi, il se maintient à 65 quand on peut faire du 70 et à 45 quand la limitation est à 50 km/h. Aussi peut-on aisément imaginer que le chauffeur derrière lui ait des envies de meurtre. L'Adrienne en tout cas en aurait. Lui, ça le fait rigoler, et il baisse encore la vitesse dès que quelqu'un "lui colle au cul". 

    DSCI5679.JPG

    On annonce des travaux ou un virage? L'ami relève déjà le pied (et le type derrière bouffe son volant) 

    DSCI5682.JPG

    - On va aller jusqu'à Clervaux, dit-il, on y trouvera bien un restaurant. 

    DSCI5683.JPG

    Mais comme avec lui le temps passe plus vite que les kilomètres, il change d'avis à mi-chemin: 

    - On ira plutôt à Troisvierges, fait-il. 

    DSCI5684.JPG

    On traverse deux fois le patelin sans découvrir le moindre endroit où se restaurer (l'Adrienne avait déjà faim à onze heures, comme d'hab tongue-out

    DSCI5686.JPG

    - On trouvera bien quelque chose en route, dit-il. 

    Les deux restaurants rencontrés "en route" affichent COMPLET, et ça étonne l'ami que tant de gens aient des envies de resto le dimanche midi tongue-out 

    DSCI5688.JPG

    - On va aller du côté allemand, dit-il, c'est plus rural, on y trouvera sûrement quelque chose. 

    DSCI5691.JPG

    C'est ainsi qu'en une heure et à l'allure pépère, l'Adrienne a visité trois pays cool 

    *** 

    toutes les photos de champignons ont été prises le premier octobre 
    sur un tout petit tronçon du GR
    entre Saint-Vith et la frontière allemande

  • B comme brumes matinales

    DSCI5662.JPG

    Quand on se lève, la lune veille et le cheval dort. 

    DSCI5664.JPG

    Le talus, la prairie, tout est bleu au petit matin. 

    DSCI5665.JPG

    La photographe a dérangé le sommeil du petit cheval. 

    DSCI5667.JPG

    Puis le soleil s'est levé derrière un rideau de brume 

    DSCI5673.JPG

    et l'attirance des arbres et des sentiers est devenue de plus en plus forte 

    DSCI5669.JPG

    l'automne a commencé à mettre des couleurs 

    DSCI5668.JPG

    le temps s'est éclairci 

    DSCI5672.JPG

    et l'Adrienne a vu des arbres 

    DSCI5676.JPG

    autant qu'elle en voulait cool 

    DSCI5690.JPG

    C'était bien. 

    C'était allokataplictique tongue-out

     

     

  • Première fois

    Un hameau de cent vingt habitants. Un environnement rural qui colle à la frontière allemande. Une petite communauté germanophone. 

    Voilà où l'Adrienne passe le week-end pour fêter l'anniversaire de l'ami-qui-l'a-vue-naître. 

    Il faudra attendre le retour pour avoir des photos et des réponses aux commentaires: il se pourrait que l'Adrienne, pour une fois, laisse l'ordi à la maison cool 

    Bon dimanche à tous!

    et ce dimanche soir 

    la photo smile 

    belgique,belge,nature,amitié

    là-bas dans le fond, c'est l'Allemagne

  • D comme découverte

    2017-08-22 (13).JPG

    C'est grâce à l'ami P*, celui qui se vante d'avoir vu naître l'Adrienne, sous prétexte qu'il a vingt mois de plus,  

    2017-08-22 (53).JPG

    qu'elle a enfin visité ce lieu merveilleux 

    2017-08-22 (61).JPG

    dans la ville natale d'un certain René. tongue-out 

    2017-08-22 (37).JPG

    Avec son grand jardin 

    2017-08-22 (35).JPG

    sa ferme 

    2017-08-22 (45).JPG

    sa glacière 

    2017-08-22 (28).JPG

    l'hôpital Notre-Dame à la Rose a fonctionné en autarcie dès le 13e siècle. 

    2017-08-22 (21).JPG

    Certains instruments de torture peuvent effrayer les iatrophobes tongue-out 

    2017-08-22 (23).JPG

    mais ils ne pourront conclure qu'une chose: quel bonheur de ne pas être né aux siècles précédents (voir par exemple l'intéressante collection d'instruments pour la trépanation ou l'amputation, sans anesthésie bien sûr) 

    2017-08-22 (27).JPG

     

     

     

  • Z comme zéro ami

    Ils vous envoient une demande sans vous connaître. Vous allez vérifier leur profil: zéro ami, une seule photo d'eux, généralement dans le genre quadragénaire sportif chic, qui a tous ses cheveux et des lunettes de soleil sur le front, et là où vous acquérez la certitude que vous ne les connaissez pas, c'est quand ils prétendent habiter en Californie ou à la côte d'Azur. 

    Facebook, machine de la visagéité et de l’amitié posthumaniste, titrait un article que vous auriez bien aimé lire, malheureusement il fallait se créer un profil et celui que vous avez déjà sur fb vous suffit. On peut également l'acheter sur Cairn

    Zéro ami, c'est l'immense peine de ma carissima nipotina. Une collègue qu'elle croyait être une amie vient de la définir ainsi: quelqu'un qui peut être à la fois à 90% autiste et tout de même d'un commerce généralement agréable. Ça lui a filé un sale coup de bourdon... 

    Alors que voulez-vous? Elle se tourne vers ses chats. 

    les joies d'internet,amitié

  • R comme racines

    lakévio67.jpg

    - Ça me fait quelque chose, me dit-elle, de passer par ici. 

    - Oui, à moi aussi! 

    Nous avions six ans et nous faisions la route ensemble quatre fois par jour. Sa maman était toujours là pour faire traverser la grand-route à ses enfants, surtout depuis qu'un garçonnet s'était fait écraser en sortant de l'école. 

    Nous étions dans la même classe et nous avons passé six ans côte à côte. Six ans d'une amitié indéfectible qui a suffi à nous faire traverser une moitié de vie, éloignées l'une de l'autre, et à nous retrouver comme si nous nous étions quittées la veille. 

    - Ça me donne des émotions, de passer par ici, me dit-elle. 

    - Bonnes ou mauvaises? 

    La question est difficile. Il y a eu des petits bonheurs et tant de grands malheurs, surtout dans sa vie à elle. 

    - En fait, dit-elle, je suis contente de repasser par ici. 

    Et moi je ne sais toujours pas pourquoi j'ai choisi de revenir vivre dans le quartier de mon enfance. 

     *** 
    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • J comme jubilé, jubilons!

    voyage,italie,musique,amitié

    C'est Antoinette qui s'en souvenait, il y a exactement 10 ans qu'on s'est rencontrées pour la première fois, à ce festival en pays siennois. 

    Nous avons donc levé notre verre à dix ans d'amitié. 

    Enfin, elle buvait de l'eau, avec son groupe elle était allée à Montepulciano où elle avait dégusté cinq vins différents pendant le repas, et elle avait l'estomac en compote. 

    Ce qu'il y a de bizarre à ce festival dans des villages toscans, c'est qu'on n'y voit et entend quasiment que des Flamands. Un ou deux francophones et presque aucun Italien. 

    On y fait donc salle comble, ou plutôt "église comble", rien qu'avec des gens venus spécialement de Belgique. 

    voyage,italie,musique,amitié

    Mais quels gens cool Que du beau monde élégant et bien coiffé, bien chaussé. Qui vient chaque année et qui porte le badge "abonné" ou "mécène" autour du cou, se connaît et se retrouve bien serré au coude à coude autour des amuse-gueule d'avant concert. 

    voyage,italie,musique,amitié

    C'est en admirant une dame particulièrement soignée, collier de perles, sac Delvaux, vertigineuses sandalettes dorées, que je me suis rendu compte que je portais la même robe qu'il y a dix ans tongue-out 

  • Stupeur et tremblements

    Burreken 2017-07 (1).JPG

    Ça faisait bien quatre ans que l'Adrienne n'était plus retournée dans son vert paradis, alors quand des amis le lui ont proposé comme but de promenade, un bel après-midi de juillet, elle a d'abord eu un peu d'appréhension. 

    L'émotion, vous comprenez? 

    Mais ô stupeur, les retrouvailles se sont bien passées cool 

    C'est juste que l'endroit a beaucoup changé: c'est fou ce qu'en quatre ans, les arbres ont grandi. 

    Burreken 2017-07 (6).JPG

    Les Exmore avaient choisi de se cacher à l'ombre d'un sous-bois qui n'existait pas encore il y a quatre ans - saules, aulnes, frênes... ont bien poussé! 

    Burreken 2017-07 (8).JPG

    ce ne sont pas les mêmes qu'il y a quatre ans, ceux-là venaient lécher la main de l'Adrienne (ou sa caméra, quand elle voulait les photographier) 

    *** 

    Et la maison d'autrefois? 

    Elle est maintenant bien cachée derrière un haut portail complètement fermé, avec caméra de surveillance et alarme... alors que l'Adrienne, à l'époque, laissait même la porte du garage grande ouverte, et oubliait souvent de la fermer la nuit. 

     

  • K comme KKK

    K comme Kristien! (1) 

    Madame a eu ses fils en classe et l'a revue de temps en temps, à une expo ou un concert. Elles se sont découvert des goûts communs. Celui de la musique, par exemple. Alors quand un jour Madame a évoqué son regret de ne jamais avoir appris à jouer du piano, Kristien a mis en marche le plan A: Amener Madame à s'inscrire à l'Académie de musique. 

    K comme Kristien (2) 

    - Qui tu me recommandes comme prof de piano? 

    - Demande Kristien! a répondu Kristien. C'est elle la meilleure. 

    C'est ainsi que Madame a rajouté une Kristien à sa liste. 

    K comme Kristien (3) 

    Restait à trouver un piano. 

    - Pas de problème! s'exclame la troisième Kristien, une gentille collègue de Madame, j'en ai un qui ne sert à personne, je te le prête. 

    C'est ainsi que Madame a fait la connaissance de "son" Roland. 

    L'autre matin, le téléphone sonne (4) 

    - Je voudrais recommencer le piano, dit Kristien numéro 3. Mais ne t'inquiète pas, tu peux le garder, j'en ai un autre. Ce que je voudrais, c'est que tu m'aides à reprendre... 

    Là, Madame a bien rigolé: elle qui n'a fait qu'un an de piano devrait servir de prof à quelqu'un qui a suivi des cours pendant de nombreuses années? même si c'est il y a TROIS ans? 

    Bref, Kristien est venue chez Madame, s'est mise au piano, et au bout d'une demi-heure l'a refermé toute contente: 

    - Ça va aller, je pense! Merci! 

    Il y a tout de même des gens qui sont incroyables tongue-out 

     *** 

    (1) (2) (3) prononcer Christine, tout simplement 

    (4) GRAND événement dans la vie de Madame: tout le monde sait qu'elle déteste ça et communique avec elle par mail 

    DSCI5022.JPG

    piano décoré pour la fête de l'académie de ma ville, juin 2017

  • I comme incipit

    C'est à la bibliothèque d'Ostende que j'ai enfin trouvé L'amica geniale, d'Elena Ferrante, volume 1. Je l'ai donc emprunté, ce qui m'obligera à retourner à la mer avant l'été cool

    Je ne sais pourquoi les traducteurs ou la maison d'édition ou tout autre instance dans la chaîne commerciale ont estimé que l'italien "geniale" devait se traduire ici par "prodigieuse", alors que c'est un mot qui a exactement le même sens d'une langue à l'autre. 

    Peut-être que ce choix se justifiera au fil de la lecture, mais pour le moment l'amie est justement "géniale", puisqu'elle a une intelligence largement supérieure à la moyenne. Et des tas d'idées "géniales" tongue-out

    Stamattina mi ha telefonato Rino, ho creduto che volesse ancora soldi e mi sono preparata a negarglieli. Invece il motivo della telefonata era un altro: sua madre non si trovava più.

    «Da quando?».

    «Da due settimane».

    «E mi telefoni adesso?».

    Il tono gli dev’essere sembrato ostile, anche se non ero né arrabbiata né indignata, c’era solo un filo di sarcasmo. Ha pro­vato a ribattere ma l’ha fatto confusamente, in imbarazzo, un po’ in dialetto, un po’ in italiano. Ha detto che s’era convinto che la madre fosse in giro per Napoli come al solito.

    «Pure di notte?».

    «Lo sai com’è fatta».

    «Lo so, ma due settimane d’assenza ti sembrano normali?».

    «Sì. Tu non la vedi da molto, è peggiorata: non ha mai son­no, entra, esce, fa quello che le pare».

    Comunque alla fine si era preoccupato. Aveva chiesto a tutti, aveva fatto il giro degli ospedali, si era rivolto persino alla polizia. Niente, sua madre non era da nessuna parte. Che buon figlio: un uomo grosso, sui quarant’anni, mai lavorato in vita sua, solo traffici e sperperi. Mi sono immaginata con quanta cura avesse fatto le ricerche. Nessuna. Era senza cervello, e a cuore aveva soltanto se stesso.

    «Non è che sta da te?» mi ha chiesto all’improvviso.

    La madre? Qui a Torino? Conosceva bene la situazione e parlava solo per parlare. Lui sì che era un viaggiatore, era venuto a casa mia almeno una decina di volte, senza essere invitato. Sua madre, che invece avrei accolto volentieri, non era mai uscita da Napoli in tutta la sua vita. Gli ho risposto:

    «No che non sta da me».

    «Sei sicura?».

    «Rino, per favore: t'ho detto che non c'è».

    «E allora, dov'è andata?».

    Ha cominciato a piangere e ho lasciato che mettesse in scena la sua disperazione, singhiozzi che partivano fine continuavano veri. Quando ha finit gli ho detto:

    «Per favore, una volta tanto comportati come vorrebbe lei: non la cercare».

    «Ma che dici?».

    «Dico quelle che ho detto. E inutile. Impara a vivere da solo e non cercare più nemmeno me».

    Ho riattaccato.

    Elena Ferrante, L'amica geniale, edizioni e/o, 2011, p.15-16 

    litterature,italie,italien,traduction,amitie

    https://www.edizionieo.it/book/9788866320326/l-amica-geniale 

    Ce matin, Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et je me préparais à le lui refuser. Mais le motif de son appel était différent: sa mère avait disparu. 

    - Depuis quand?
    - Deux semaines.
    - Et c'est maintenant que tu me téléphones?

    Mon ton a dû lui sembler hostile, même si je n'étais ni fâchée, ni indignée, c'était juste un brin de sarcasme. Il a essayé de répliquer mais l'a fait de manière confuse, embarrassée, un peu en dialecte, un peu en italien. Il s'est dit convaincu que sa mère faisait un tour à Naples, comme d'habitude. 

    - Même la nuit?
    - Tu sais comment elle est.
    - Je le sais, mais deux semaines d'absence, ça te semble normal?
    - Oui. Toi, il y a longtemps que tu l'as vue, ça s'est aggravé: elle n'a jamais sommeil, entre, sort, fait ce qui lui plaît.

    Finalement, il s'était tout de même inquiété. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux, s'était même tourné vers la police. Rien, sa mère n'était nulle part. Le bon fils! un homme lourdaud, la quarantaine, qui n'a jamais travaillé de sa vie, juste des petits trafics et du gaspillage. Je me suis imaginé avec quel soin il avait entrepris les recherches. Aucun. Il était sans cervelle et seule sa propre personne lui tenait à coeur. 

    - Elle n'est pas chez toi? m'a-t-il demandé tout à coup. 

    Sa mère? Ici à Turin? Il connaissait bien la situation et ne parlait que pour le plaisir de parler. Lui était un voyageur, il était venu chez moi une dizaine de fois sans y être invité. Sa mère, que j'aurais pourtant accueillie avec plaisir, n'avait jamais quitté Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu: 

    - Non, elle n'est pas chez moi.
    - Tu en es sûre?
    - Rino, s'il te plaît! je t'ai dit qu'elle n'y est pas.
    - Mais alors, elle est allée où?

    Il a commencé à pleurer et je l'ai laissé mettre en scène son désespoir, des sanglots feints qui devenaient vrais. Quand il a terminé, je lui ai dit: 

    - Je t'en prie, pour une fois, comporte-toi comme elle le voudrait: ne la cherche pas.
    - Mais qu'est-ce que tu dis? 
    - Je dis ce que j'ai dit. C'est inutile. Apprends à vivre seul et ne cherche plus, pas même moi. 

    Et j'ai raccroché. 

    *** 

    Il y a un truc bizarre dans ma tête: quand j'aime un texte, j'ai envie de le traduire. 

    tongue-out 

    Ceci était le chapitre 1 du prologue 

    *** 

    p.309, on arrive à la fin et le titre s'explique: "l'amica geniale" est utilisé pour la narratrice et non pour l'amie dont elle raconte l'enfance, l'adolescence, le mariage. La matin de ses noces, son amie lui demande de continuer les études: 

    "Non per te: tu sei la mia amica geniale, devi diventare la più brava di tutti, maschi e femmine."

     

  • P comme petite promenade pascale

    C'est grâce à une petite promenade printanière, le dimanche de Pâques, que j'ai pour la première fois vu "en vrai" une plante que je ne connaissais que "sur papier". Son nom en néerlandais est "eenbes", ce qui veut dire "une baie" ou "baie unique", pour des raisons évidentes, voyez plutôt: 

    Walrus Pasen 2017 (8).JPG

    J'ai dû attendre d'être rentrée chez moi pour rechercher son nom en français, il s'agit de la parisette (je ne sais pas si ça dit quelque chose à quelqu'un, en tout cas il n'y a qu'à cliquer sur le lien pour en apprendre davantage cool

    Me voici donc toute contente d'avoir enfin vu cette plante sur le sol belge laughing 

    Walrus Pasen 2017 (15).JPG

    à part ça, il y avait aussi l'ail des ours en abondance, des anémones, des jacinthes, cette année tout a fleuri en même temps 

    Walrus Pasen 2017 (18).JPG

    Walrus Pasen 2017 (12).JPG

    une belle découverte!

  • U comme unicité

    Elle est ma meilleure amie depuis la maternelle et j'ai la fatuité de trouver cela exceptionnel. 

    Unique. 

    En même temps, je vous le souhaite à tous tongue-out 

    Parce que c'est trop bien. 

    C'est bien d'avoir pu passer un mercredi ensemble 

    comme autrefois. 

    Comme autrefois avant nos huit ans et que la vie nous sépare. 

    Elle se souvient des tartines au choco de ma grand-mère 

    Je me souviens d'une soirée crêpes chez sa maman 

    Elle se souvient de mon tricycle 

    Je me souviens de leur téléviseur 

    Elle se souvient qu'on grimpait dans les arbres 

    Je me souviens que sa maman faisait pleuvoir des bonbons dans le couloir alors qu'elle se trouvait dans sa cuisine et qu'on criait: Saint Nicolas! Saint Nicolas! en y croyant dur comme fer 

    Elle aussi se souvient de Rudy 

    *** 

    Après nos 8 ans nous n'avons plus aucun souvenir commun 

    et comme internet n'existait pas

    on s'est écrit de longues lettres 

    jusqu'à ce que la vie nous réunisse 

     chat-meteo.png

    bon week-end à tous!

    source de l'illustration ici

  • 7 fois Emile (3)

    Emile_Verhaeren TheoVR.jpg

    Portrait d'Emile Verhaeren par son ami Theo Van Rysselberghe 
    source 

    Au passant d’un soir 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Elle est humble, ma porte, 
    Et pauvre, ma maison. 
    Mais ces choses n’importent. 

    Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon 
    A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre; 
    Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons 
    Sont la joie et la force et l’élan de mon être. 

    Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu 
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome, 
    Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de vœux, 
    Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues, 
    A cet homme qui s’en viendra 
    Du bout du monde, avec son pas; 
    Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues 
    Là-haut, au firmament, 

    Nous nous tairons longtemps 
    Laissant agir le bienveillant silence 
    Pour apaiser l’émoi et la double cadence 
    De nos deux cœurs battants. 

    Il n’importe d’où qu’il me vienne 
    S’il est quelqu’un qui aime et croit 
    Et qu’il élève et qu’il soutienne 
    La même ardeur qui monte en moi. 

    Alors combien tous deux nous serons émus d’être 
    Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain, 
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d’être humains 
    Et clairs et confiants sans encor se connaître! 

    [...] 

    Et maintenant 
    Que nous voici à la fenêtre 
    Devant le firmament, 
    Ayant appris à nous connaître 
    Et nous aimant, 
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance, 
    L’univers qui nous parle à travers son silence. 

    Nous l’entendons aussi se confesser à nous 
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes 
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes 
    Frôler en même temps et la rose et le houx. 

    Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe 
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs; 
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe 
    Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs. 

    Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble 
    Vivre et brûler d’un feu intensément humain, 
    Et dans notre être où l’avenir espère et tremble, 
    Nous ébauchons le cœur de l’homme de demain. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte 
    S’arrêtera ? 

    Emile Verhaeren, in Les flammes hautes (1917)

  • C comme choc culturel

    C’est quoi, un choc culturel ? 

    L’Adrienne, à l’époque, je me demande si elle connaissait ce mot. Mais depuis, elle connaît la sensation. 

    Le choc culturel, c’est arriver dans un pays qui, bien qu’il soit de l’Europe géographique, ressemble plus à l’idée qu’on se fait du Tiers monde. Peu ou pas d’asphalte ou d’éclairage sur les routes, des maisons basses, décrépites, avec des toits de tôle. 

    C’est être entouré d’enfants dépenaillés qui tendent la main, partout où on s’arrête. C’est constater qu’il n’y a pas de commerces indépendants, uniquement de rares points de vente où les gens font la queue. Pour un pain mou et sans goût ou un paquet de cigarettes. C’est le marché noir et la débrouille. Les « réseaux sociaux » de l’entraide et de l’échange: le copain d’un copain, d’un cousin, d’un copain d’un cousin, fournit la ţuică, les tomates, un bout de tissu, qu’on lui revaudra par un autre bien ou service rendu. 

    C’est l’eau courante qui est coupée la majeure partie de la journée. Alors quand il y en a, on remplit la baignoire, quelques seaux. Pour pouvoir verser un peu d'eau dans la cuvette des toilettes... geste dérisoire. 

    C’est le gaz qui est coupé parfois, sans crier gare. Tant pis pour vous si vous avez un plat au four ou une soupe sur le feu. 

    C’est le manque. Le manque de tout ce qui paraît pourtant tellement évident, comme le papier ou les stylos à bille, le sucre ou les pommes de terre. Les fruits frais. 

    C’est faire la queue pendant des heures à une pompe à essence. Chacun éteint son moteur et on pousse les voitures à la main, centimètre par centimètre. 

    Vous pensez bien que l’Homme, l’Adrienne et Chien Parfait, dans leur mobile home (ou camping-car) ne passaient pas inaperçus dans un pays où on ne voyait que de vieilles Dacia: à chaque arrêt, ils créaient l’attroupement. 

    C’est l’aspect de ce voyage que l’Adrienne a le moins aimé… au bout de quelques jours, elle n’avait plus aucun stylo, crayon, carnet, plus rien à offrir. 

    DSCI4585.JPG

    15 juillet 1990 
    les queues pour l'essence sous 40° C