anorexie

  • K comme kilo

    Il y a toutes celles qui estiment qu'elles ont un, deux ou quatre kilos à perdre (jamais trois, c'est bizarre...) que ce soit avant ou après les fêtes, à l'arrivée du printemps et de ses tenues légères ou en vue de l'été et de la plage.

    Et puis il y a celles qui fondent littéralement en quelques semaines. De (très) jeunes filles, généralement. A l'école, j'en vois une de temps en temps qui est dans ce cas. J'en suis toujours véritablement et profondément alarmée.

    J'observe un moment son comportement: comment fonctionne-t-elle dans le groupe? comment réagissent ses amies? y a-t-il d'autres indices? d'autres collègues ont-ils remarqué quelque chose?

    Après vient le plus dur. Le plus difficile, ce n'est pas d'en parler ouvertement avec la jeune fille en question. Souvent elle est soulagée de pouvoir (enfin) en parler, se raconter et déverser le trop-plein de toutes ses émotions.

    Le plus dur, ce sont les parents.

    Il y a les mamans qui n'ont rien remarqué (ou qui veulent vous le faire croire, car ça me semble difficile de ne pas voir que votre fille passe brutalement de la taille 40-42 à un 34) et qui vous certifient que leur fille mange beaucoup - "Elle mange plus que moi", me disait une maman il y a quelque temps. Elle omettait de dire qu'elle-même suivait un régime draconien. - "Je lui fais un repas chaud complet tous les midis", me dit une autre, comme si je mettais en doute ses qualités de cuisinière. - "Ce matin nous avons mangé une tranche de pain avec des fraises nature et hier soir des asperges..." - silence de ma part - "... mais c'est vrai que ma fille n'a pas voulu prendre de beurre fondu et qu'elle n'a pas non plus mangé d'oeuf." Bon, nous y sommes.

    Il y a les mamans qui applaudissent des deux mains et félicitent leur fille pour sa force de caractère: pour elles, perdre tous ces kilos est la preuve que leur fille a de la volonté. Et elles sont fières de l'exhiber: nouvelle garde-robe, séance de soins de beauté, séance de photos chez un "vrai" photographe pour mannequins. Bon, vous y êtes aussi, je suppose?

    Il y a les mamans qui s'accrochent à l'idée que la cause ne peut être que médicale: un méchant virus? une vilaine maladie? couverait-elle quelque chose? "On devrait peut-être aller voir un médecin?" me disent-elles. Bon, nous y sommes.

    Et puis il y a les mamans qui sont soulagées de pouvoir enfin en parler. De leur inquiétude. Des conflits. Du mal-être. Des parties de bras de fer que sont devenus les repas. Ou comment être sûre qu'elle ne se fait pas vomir après avoir mangé. Du tabou et du sentiment de culpabilité. Celles-là, je les admire.

    Et les pères? me direz-vous. Etrangement, jusqu'à ce jour, les pères ont été totalement absents dans ce débat.