belgique

  • M comme Monniksgier

    Il s'appelle Sirius et il est né le 23 mai au Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, dans l'Ain. Il est arrivé au zoo d'Anvers cinq jours plus tard pour y être adopté et élevé par le couple de vautours moines Sir et Snowflake. Ses parents biologiques ayant cessé de couver leur oeuf, il avait été mis en couveuse et on lui avait cherché des parents adoptifs parce qu'il est primordial pour leur comportement futur que les bébés vautours moines soient élevés par leurs congénères au lieu d'être nourris par des humains.

    Adoption pleinement réussie, sa nouvelle maman s'est tout de suite mise à régurgiter de la nourriture pour la lui donner.

    Voici une photo du bébé 

    monnik.jpg

    © ZOO Antwerpen
    source photo et article ici

    et sur la page fb de l'événement, des Français s'indignent qu'on ait enlevé le petit à ses vrais parents et aimeraient savoir quand on le leur rendra 

    tongue-out

  • F comme Fon (et fer)

    Quand son fils unique est mort électrocuté à vingt ans, Fonne a reporté tout son amour sur le petit dernier de ses patrons. C'est lui qui l'a appelée Fonne, sans doute que pour ses premiers babils de bébé "Yvonne" était trop difficile. 

    C'est elle qui l'a élevé, sa mère étant occupée à la boucherie du matin tôt au soir tard, surtout de Pâques à septembre. La pauvre Fonne, tout en faisant le ménage et la cuisine, devait continuellement le prendre sur le bras. 

    En grandissant, il est resté son préféré, celui à qui on passe tous ses caprices, qu'on défend contre les taquineries des aînés, qu'on excuse de tout, même les rares fois où sa mère veut intervenir de son autorité. 

    Puis un jour le gamin se marie. Et Fonne, qui toute sa vie a repassé des montagnes de torchons et de serviettes, de nappes et de chemises, de draps et de taies, de robes et de jupes, d'uniformes scolaires et de grands tabliers blancs de boucher, décide d'offrir en cadeau de mariage un fer à repasser. 

    Quand la future mariée le déballe, belle-maman déclare: 

    - Et bien! je suis déçue! elle aurait au moins pu acheter un fer à vapeur! 

    DSCI5010.JPG

    c'est pourtant ce fer-là, déjà vieillot il y a 30 ans, qui est toujours vaillant aujourd'hui! 

     

     

  • Z comme Zigzags (2)

    Pour terminer le mois belge, voyons ce que dit Théophile Gautier à propos de son voyage dans notre pays: 

    Belgique.png

    extrait 1: Mons 

    "Mons est une vraie ville flamande. Les rues y sont plus propres que les parquets en France ; on les dirait cirées et mises en couleur. Les maisons sont peintes, sans exceptions, du haut en bas, et de teintes fabuleuses. Il y en a de blanches, de bleu cendré, de ventre de biche, de roses, de vert pomme, de gris de souris effarouchée, et de toutes sortes de nuances égayées, inconnues dans ce pays-ci. Le pignon découpé en forme d’escalier s’y montre assez fréquemment. La toiture de l’Ambigu-Comique peut donner aux Parisiens, qui ne sont pas très-cosmopolites en général, une idée assez nette de ce genre de construction : cela produit un effet d’une bizarrerie assez agréable." (p.60) 

    Madonna.jpg

    extrait 2: la "catholicité" dans le paysage traversé 

    "Plus on avance, plus on sent dans l’air un vague parfum de catholicité totalement inconnu en France ; presque à chaque maison il y a une vierge ou un saint dans une niche, et non point un saint ou une vierge avec des nez cassés et des doigts de moins comme ici, mais jouissant de tout leur nez et très-peu manchots. Dans beaucoup de villages les vierges sont habillées en robe de soie et ornées de couronnes, d’oripeaux et de moelle de sureau ; elles ont une lampe devant elles comme en Espagne ou en Italie ; les églises sont aussi parées avec une recherche et une coquetterie amoureuse tout à fait méridionales." (p.66) 

    jour 1 Bruxelles (1) - Copie.JPG

    extrait 3: Bruxelles 

    "Après avoir traversé une infinité de rues bordées de maisons avec des toits en escaliers, nous débouchâmes tout d’un coup sur la place de l’Hôtel de Ville, c’est la plus vive surprise que j’aie éprouvée dans tout mon voyage.

    Il me sembla que j’entrais dans une autre époque, et que le fantôme du moyen âge se dressait subitement devant moi ; je croyais que de pareils effets n’existaient plus qu’au Diorama et dans les gravures anglaises.

    Qu’on se figure une grande place dont tout un côté est occupé par l’Hôtel de Ville, un édifice miraculeux avec un rang d’arcades, comme le palais ducal à Venise, des clochetons entourés de petits balcons à rampes découpées, un grand toit rempli de lucarnes historiées, et puis un beffroi de la hauteur et de la ténuité la plus audacieuse, tailladé à jour, si frêle que le vent semble l’incliner, et tout en haut, un archange doré, les ailes ouvertes et l’épée à la main.

    À droite, en regardant l’Hôtel de Ville, une suite de maisons qui sont de véritables bijoux, des joyaux de pierre ciselés par les mains merveilleuses de la Renaissance. On ne saurait rien voir de plus amoureusement joli ; ce sont de petites colonnettes torses, des étages qui surplombent, des balcons soutenus par des femmes à gorge aiguë, terminées en feuillages ou en queues de serpent, des médaillons aux cadres fouillés et touffus, des bas-reliefs mythologiques, des allégories soutenant des écussons armoriés, et tout ce que la coquetterie architecturale de ce temps-là peut imaginer de plus séduisant et de plus amusant à l’œil. Toutes ces maisons sont admirablement conservées, il n’y manque pas une pierre ; la triple chemise de couleur dont elles sont couvertes les conserve comme dans un étui." (p.78-80) 

    Zigzags a paru en 1845

     

     

  • N comme Nel

    Brussel 2017-03 (13).JPG

    Quand il la voit pour la première fois, il a vingt ans. C'est un grand Flamand blond aux yeux bleus, un solide gaillard, à peine sorti de l'atelier de menuiserie de son père pour perfectionner son art à Bruxelles. 

    Elle est une petite brune de 16 ans, une francophone de Schaarbeek. Hélène, qu'il appellera Nel et qui sera la femme de sa vie. Ils se marient trois ans plus tard, en 1905, et seule la guerre les séparera. La guerre, puis la mort de Rik, en 1916. 

    Ils ont donc droit à une dizaine d'années ensemble, comme mon grand-père et la petite Yvonne. Pour Rik et Nel, ce sont dix intenses années de production artistique et de vie de couple fusionnelle. 

    C'est Nel qu'il peint, dessine, sculpte. Nel avec sa "plus jolie robe" - celle qui est à rayures rouges et blanches - ou Nel nue. Nel en pleine activité ménagère - à son repassage, par exemple - ou au repos, lisant le journal. Nel en souriante santé ou alitée et malade. 

    Brussel 2017-03 (12).JPG

    Brussel 2017-03 (18).JPG

    fusain de 1912, Nu au fauteuil d'osier 

    Brussel 2017-03 (39).JPG

    aquarelle et encre de Chine, 1915, Le mouillage du linge 

    Brussel 2017-03 (16).JPG

    Nel au chapeau rouge (1909)  

    Brussel 2017-03 (28).JPG

    Nel en blouse blanche (La femme en blanc) 

    Brussel 2017-03 (30).JPG

    Femme en noir lisant le journal (1912) 

    Brussel 2017-03 (32).JPG

    La malade au châle blanc (1912) 

    Brussel 2017-03 (41).JPG

    Malade au lit (aquarelle sans date) 

    Brussel 2017-03 (38).JPG

    trois fois Nel en sculpture 

    vous avez jusqu'au 2 juillet pour y aller cool

     

  • M comme Masereel

    A travers toute son oeuvre, Frans Masereel a fait preuve d'un regard critique sur son époque et d'un indéfectible pacifisme. Son engagement est aussi celui d'un homme qui a toujours voulu rester positif: il montre de la confiance en l'avenir du genre humain, malgré tout. 

    Le Mu.ZEE d'Ostende lui consacre une expo qui a comme titre "la résistance en images"

    art, peinture, belge, belgique, ostende

    Je vous montre d'abord cette gravure sur bois, "Le voyageur" (1922) parce qu'elle symbolise bien ce qu'il a beaucoup fait dans sa vie, voyager pour aller voir ailleurs par lui-même comment les choses s'y passent ou pour se mettre en sécurité, vu ses activités antinazies. 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    "Amerika" (1922)
    Il fait deux voyages en URSS  

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    Char et église, 1935-36

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    Moscou, maisons anciennes et nouveaux buildings, 1935 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    Ouvriers de chemin de fer en Russie, 1935-36, qui me font penser aux 'moujiks' dans le Général Dourakine, de la comtesse de Ségur wink 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    Le Front populaire, 1936 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    illustration pour le texte de Jules Laforgue (cliquer pour voir en grand) 

    L'expo se termine sur la grande fresque qu'il a réalisée pour l'Exposition universelle à Paris (1937) dans laquelle il exprime - un peu à la manière des affiches russes - sa foi en l'avenir: "La famille en lecture" le fait entrer dans la compagnie de ceux qui croient que l'art, la culture, la connaissance sont indispensables au genre humain, donc aussi à l'ouvrier. 

    art,peinture,belge,belgique,ostende

    partie centrale du tableau

     

  • L comme Léon

    2017-04-08 (15).JPG

    La vie de Léon Spilliaert, né en 1881, donc 21 ans après James Ensor, présente tout de même pas mal de similitudes avec celle du grand maître qui le précède. Lui aussi naît à Ostende dans une famille de commerçants. Son père crée et vend des parfums pour lesquels dès l'enfance le petit Léon crée et dessine de jolies étiquettes et publicités. 

    Dans leur ville natale, tous deux ont fréquenté la même école, qui s'en enorgueillit aujourd'hui par une belle plaque de cuivre apposée à côté de l'entrée principale. Non, je ne l'ai pas photographiée tongue-out 

    2017-04-08 (24).JPG

    Parmi les documents écrits, cette lettre de nouvel an permet d'admirer sa belle calligraphie. On comprend que le papa lui confie la rédaction de ses étiquettes de parfums cool 

    En 1900, le jeune homme de 19 ans peut accompagner son père à l'Exposition universelle, à Paris. Il y reçoit sa première belle grande boîte de pastels. 

    Léon_Spilliaert_(1903)_-_Dame_met_voile.jpg

    J'y ai surtout admiré cette oeuvre que je n'avais pas encore vue, oeuvre fragile - de l'encre sur du papier - représentant une "Dame avec voile" (1903).

    Avis aux amateurs: beaucoup de ses oeuvres se trouvent en photo sur wikipedia commons.  

  • K comme Kapellestraat

    C'est en retournant vers le parking que j'ai remarqué cette oeuvre du Porto-ricain Alexis Diaz, devant laquelle des tas de gens passaient sans la regarder, la Kapellestraat étant une rue piétonnière à vocation uniquement commerçante.

    2017-04-10 (29).JPG

    Ce curieux mélange de terre et de ciel, de vie et de mort, de références bibliques et de symboles, est pourtant placé à hauteur des yeux. 

    En face du casino, dans le bassin, le duo Schellekens et Peleman a installé son "inflatable refugee", qui a déjà pas mal voyagé, comme on peut le voir ici

    2017-04-10 (26).JPG

    A côté d'oeuvres en rapport avec les problèmes de notre temps - et de tous les temps - il y a celles qui se veulent purement esthétiques, comme celle-ci, qui n'était toujours pas achevée lundi, deux jours après l'ouverture 

    2017-04-10 (2).JPG

    Son concepteur est le Brugeois Stefaan De Croock, designer de formation. L'oeuvre est constituée de bois de récupération, vieilles planches, portes, parties de meubles mis au rebut. 

    Bref, entre les peintures de l'an dernier et celles de 2017, il y a encore de quoi remplir quelques séjours ostendais cool

    Et l'inachevé de l'autre jour? Lundi il était bel et bien terminé: 

    2017-04-09 (8).JPG

    2017-04-09 (9).JPG

     

  • J comme James

    Au Mu.ZEE d'Ostende, la nouvelle aile consacrée aux deux "enfants du pays", James Ensor et Léon Spilliaert, vaut vraiment la visite. 

    peinture,art,ostende,belge,belgique

    Voici maître James, âgé de 66 ans, contemplant la mer depuis la terrasse du Kursaal, en 1926. 

    peinture,art,ostende,belge,belgique

    Sa "Grande Marine", dont Verhaeren, dans sa monographie sur James Ensor publiée en 1908, disait ceci: "l'horizon déchiqueté de lueurs saumonées et de nuages violets multiplie le ton et fait songer à quelque énorme oiseau de flamme qu'on déplumerait, au bord de l'espace. La mer fut pour l'oeil d'Ensor une admirable éducatrice. Rien de plus ténu et de plus frêle que la coloration d'une vague avec ses infinies désinences, avec sa mobilité lumineuse et myriadairement changeante." 

    peinture,art,ostende,belge,belgique

    Parmi les documents écrits, ce feuillet sur lequel il s'est amusé - avec pas mal de dérision - à répondre au fameux questionnaire de Proust. Vous pouvez ouvrir la photo pour la voir en plus grand si vous cliquez dessus. 

    Enfin, on y apprend aussi davantage sur le sérieux qu'il mettait à son travail de compositeur et la fierté qu'il en retirait. On peut y écouter "La gamme d'amour" musique de ballet pour lequel il a dessiné les décors, les costumes et écrit la musique ainsi que le scénario. 

    Sacré bonhomme tongue-out 

    et après-demain, L comme Léon!

  • I comme impressions ostendaises

    ostende,mer,belgique

    la même plage qu'avant-hier, mais parfaitement vide le lundi matin, comme l'aime Brigou cool 

    ostende,mer,belgique

    sur le mur du jardin japonais, le même canard que l'an dernier, toujours vivant laughing 

    ostende,mer,belgique

    les cabines de plage, toujours aussi symétriques, malheureusement par manque de vent vous ne pouvez pas admirer le drapeau pirate 

    ostende,mer,belgique

    les jeunes arbres de la bibliothèque ouvrent leurs feuilles (c'est bien normal) 

    ostende,mer,belgique

    de plus en plus de particuliers restaurent les maisons anciennes 

    (la grande baie vitrée du rez-de-chaussée reflète la maison d'en face) 

    ostende,mer,belgique

    les lavabos de la brasserie du Parc (1932) 

    et ci-dessous, la cage d'escalier 

    ostende,mer,belgique

  • H comme Hannon

    2017-04-08 (19).JPG

    2017-04-08 (18).JPG

    Théo Hannon et son copain James Ensor s'amusent autour d'un même thème... 

    (photos prises au Mu.Zee d'Ostende)

    ici, on peut voir un des portraits de Théo Hannon par James Ensor  

  • F comme found in translation

    Nul ne sait ce que, du langage d’autrui, Robinson, qui ne parle pas du tout, comprend ou ne comprend pas. À certaines expressions courtes prononcées dans des circonstances précises, il répond par un comportement approprié : il se dirige vers la cuisine si je lui dis « On va manger » et, quand je répète « Trampoline », il se rend dans mon bureau, pièce qui contient bel et bien, à son intention, un petit trampoline. À « Dis au revoir », il réagit par un geste minimal, en levant l’avant-bras et en pliant l’index, et à « Donne un bisou » en tendant la joue sans pour autant bouger les lèvres. S’il vient de jeter un objet par terre, par exemple sa casquette lors de notre promenade, il me prouve, en le récupérant, qu’il connaît la signification de « Ramasse ! » Lorsqu’il est de bonne volonté, il obtempère aussi à « Appuie sur le bouton », « Éteins la lumière », « Assis » ou « Ferme la porte. » Et, quand il s’est emparé d’une tranche de pain et qu’ayant à peine mordu celle-ci, il désigne le frigo, en geignant, pour demander un yaourt à la vanille, il comprend « D’abord ton pain ! », ce qui suppose tout de même une forme de conditionnel. Mais, à ma connaissance, son rapport au langage ne va guère au-delà. 

    Extrait de Robinson, du Liégeois Laurent Demoulin, publié chez Gallimard en 2016, un livre autobiographique qui parle de la relation entre un père et son fils autiste.

    Demoulin.jpg

    source de la photo et interview avec l'auteur ici 

    Passa Porta propose un Found in translation, c'est-à-dire une rencontre avec l'auteur et sa traductrice (http://passaporta.be/passa-porta-lab/found-in-translation) rencontre à laquelle on peut participer si notre traduction néerlandaise de ce texte est retenue. 

    Niemand weet wat Robinson, die helemaal niet spreekt, van andermans taal begrijpt of niet begrijpt. Enkele korte uitdrukkingen, uitgesproken in welomschreven omstandigheden, beantwoordt hij met gepast gedrag: hij begeeft zich naar de keuken als ik hem zeg "We gaan eten" en als ik "Trampoline" herhaal, gaat hij naar mijn bureau, een ruimte waar inderdaad ter zijne intentie een kleine trampoline staat. Op "Zeg gedag" reageert hij met een minimaal gebaar, een geheven voorarm en geplooide wijsvinger, en bij "Geef een zoen" reikt hij de wang aan, weliswaar zonder de lippen te bewegen. Als hij een voorwerp op de grond gooit, bijvoorbeeld zijn pet tijdens onze wandeling, bewijst hij mij, door die terug te nemen, dat hij de betekenis kent van "Oprapen!". Als hij van goede wil is, geeft hij ook gevolg aan "Druk op de knop", "Doe het licht uit", "Zit" of "Sluit de deur". En als hij een sneetje brood genomen heeft en al kreunend naar de koelkast wijst om een vanilleyoghurt te vragen, terwijl hij nog maar een beet van zijn brood nam, begrijpt hij "Eerst je brood", wat toch een zekere notie van de voorwaardelijke wijs veronderstelt. Maar bij mijn weten reikt zijn verhouding tot taal niet veel verder.

     

  • 7 fois Emile (5)

    Emile VERHAEREN_la lecture.jpg

    Emile Verhaeren, extrait du tableau de Theo Van Rysselberghe, La lecture (1903), date à laquelle notre Emile est l'heureux époux de Marthe depuis 12 ans. 
    Tableau à voir au musée de Gand (MSK) 

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
    Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,
    Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes
    Usent l'amour le plus tenace et le plus fort. 

    Je te regarde, et tous les jours je te découvre, 
    Tant est intime ou ta douceur ou ta fierté : 
    Le temps, certe, obscurcit les yeux de ta beauté, 
    Mais exalte ton cœur dont le fond d'or s'entr'ouvre. 

    Tu te laisses naïvement approfondir,
    Et ton âme, toujours, paraît fraîche et nouvelle ;
    Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,
    Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs. 

    C'est en nous seuls que nous ancrons notre croyance,
    A la franchise nue et la simple bonté ;
    Nous agissons et nous vivons dans la clarté
    D'une joyeuse et translucide confiance.

    Ta force est d'être frêle et pure infiniment ;
    De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres,
    Et d'avoir conservé, malgré la brume ou l'ombre,
    Tous les rayons de l'aube en ton âme d'enfant. 

    in Les heures d'après midi (1905)

  • D comme désolée!

    C'est avec ce petit poème de Maurice Carême que Madame faisait faire connaissance à ses élèves avec le passé simple, à l'époque où elle avait devant elle des gamins et gamines de quatorze ans. 

    Le chat et le soleil 

    Le chat ouvrit les yeux, 
    Le soleil y entra. 
    Le chat ferma les yeux, 
    Le soleil y resta. 

     Voilà pourquoi, le soir 
    Quand le chat se réveille, 
    J'aperçois dans le noir 
    Deux morceaux de soleil. 

    siska.jpg

    Mon chat Pipo a définitivement fermé les yeux et ma carissima nipotina est allée à la Croix-Bleue pour y adopter un nouveau petit soleil. 

    La photo vient de leur site, le lendemain de son adoption. 

    Au refuge, on l'avait baptisée Siska mais à cause de ses airs de princesse je l'appelle Sissi tongue-out 

    DSCI2814 (2).JPG

    En attendant de faire sa connaissance le week-end prochain, et pour continuer le "mois belge" - quoiqu'ici ce soit "mois belge" tous les mois - je vous offre le chat de Geluck. 

    La photo a été prise à la foire des antiquaires à Tour et Taxis le 30 janvier 2016.

     

     

  • C comme cyclisme

    DSCI4792.JPG

    Je ne sais pas si ça convient comme participation au "mois belge", mais à la lettre C je ne peux mettre que le mot cyclisme. 

    Ce genre de plaque, la police vient en déposer une tous les dix mètres, dès le mois de mars. Après, il suffit de coller une nouvelle feuille sur la précédente, avec la date du week-end suivant, et ainsi de samedi en dimanche, toutes les courses cyclistes passant en Flandre font le détour par ma rue. Pour ensuite entamer une montée sur de vrais pavés bien inégaux. 

    C'est là qu'est massée la foule des supporters et que sont installés les journalistes et leurs caméras. Pour bien voir les visages crispés par l'effort, les muscles tendus et qui sait, avec un peu de chance, une ou deux chutes mémorables. 

    Le mythe du "flandrien" et de ses pavés a attiré environ 17 000 cyclotouristes samedi - trop, est-ce assez? - pour finir en apothéose dimanche, avec vrombissements d'hélicoptères, de motards, haut-parleurs de caravane publicitaire et sirènes d'ambulances. 

    Cette année, j'avais choisi de ne pas m'exiler à Ostende ou à Bruxelles. Occupée à enlever les pissenlits du potager, j'entends au loin les quatre premières notes de la symphonie numéro 5 de Beethoven... 

    C'était une publicité Rodania! 

  • V comme voyage

    C'est un hôtel qui ne paie pas de mine dans un quartier qui lui ressemble. Mais les gens y sont gentils et le rapport qualité-prix absolument imbattable. 

    Devant la machine à café, dans l'attente d'un cappuccino, un homme demande à l'Adrienne d'où elle vient. Il semble trouver amusant qu'elle lui réponde "From Belgium!" mais il est vrai qu'elle en riait la première. 

    - We are from Greece, dit-il en désignant son groupe de mecs attablés autour d'une montagne de croissants et de petits pains. 

    Il précise qu'ils sont là pour le match du soir. L'Adrienne a failli demander si c'était pour le Panathinaikos - la seule équipe grecque qu'elle connaisse de nom - heureusement elle s'est retenue et a appris que c'était pour leur équipe nationale contre les Diables Rouges. 

    Elle s'est demandé à quoi ils allaient remplir leur journée en attendant 20.45 h. et surtout dans quel état ils allaient rentrer à l'hôtel... 

    A l'heure où vous lirez ce billet, la réponse à cette question sera connue, ainsi que le résultat du match: https://www.rtbf.be/sport/football/diablesrouges/detail_le-calendrier-des-diables-rouges-en-route-pour-le-mondial-2018?id=9415791 

    diables.jpg

  • G comme gros lot

    Chapitre 1: G comme Gino 

    Gino a un passe-temps qu'il partage avec de nombreux Belges, aussi bien du côté flamand que wallon. Il est colombophile. Ça veut dire que dans son jardin il a un kot à pigeons qu'il entraîne à la course. Le dimanche matin, ces petites bêtes acheminées par paniers entiers vers un lieu éloigné de leur domicile, sont relâchées dans un ciel plus ou moins clair et supposées rentrer dare-dare chez elles, retrouver leur duivenkot, leur partenaire, leur nid. Gino et ses copains colombophiles les attendent de pied ferme pour les attraper dès leur arrivée et pouvoir enregistrer leur temps de vol grâce à la bague à faire passer dans la petite machine. (1)

    gino.jpg

    Chapitre 2: G comme Golden Prince 

    Gino est un pro dans son hobby et ses pigeons sont des "coulons futés" (2) qui gagnent tous les concours. Comme son Golden Prince, par exemple, qui a battu tous les records de palmarès en 2014. Alors Gino s'est dit que c'était le moment de rentabiliser son hobby et de passer à autre chose. On peut supposer que madame Gino a envie de prendre des vacances. 

    Chapitre 3: G comme gros lot 

    C'est ainsi qu'une vedette internationale comme Golden Prince s'est retrouvée à une vente aux enchères - tout se vend aux enchères, même les œufs à couver - et qu'il vient de faire remporter l'ultime gros lot à son propriétaire, 316 000 €, le meilleur prix jamais donné pour un pigeon. Non pas, comme c'est généralement le cas ces dernières années, par un acheteur chinois, mais par un Sud-Africain. 

    Article et photos ici... 

    cette folie colombophile est à l'origine de quelques chansons narquoises, comme ik zie zo geiren mijn duivenkot, j'aime tant mon pigeonnier, ou cette ode ironique en patois anversois au "blauwe geschelpte", le pigeon aux taches bleutées 

     

     (1) comme je l'ai vu faire par de vieux colombophiles quand j'avais huit ans, je ne sais pas dans quelle mesure ça a évolué cool 

    (2) les Wallons d'à côté de là où j'habite disent 'coulon' pour pigeon

  • 7 fois Emile (4)

    Le printemps jeune et bénévole

    Le printemps jeune et bénévole
    Qui vêt le jardin de beauté
    Élucide nos voix et nos paroles
    Et les trempe dans sa limpidité. 

    La brise et les lèvres des feuilles
    Babillent, et lentement effeuillent
    En nous les syllabes de leur clarté. 

    Mais le meilleur de nous se gare 
    Et fuit les mots matériels ; 
    Un simple et doux élan muet 
    Mieux que tout verbe amarre 

    Notre bonheur à son vrai ciel : 
    Celui de ton âme, à deux genoux,
    Tout simplement, devant la mienne,
    Et de mon âme, à deux genoux,
    Très doucement, devant la tienne. 

    in Les heures claires (1896)

    Émile_Verhaeren_-_Les_Hommes_du_jour_-_1909.PNG

    Les Hommes du jour, n°82, 14 août 1909, dessin d'Aristide Delannoy. 
    (source
    )

  • B comme Bruxelles ma belle

    Quelle chance que Monsieur Neveu ait exprimé le désir d'aller au musée Magritte, ça nous a permis de nous promener dans notre capitale bien-aimée tongue-out 

    Détour par la grand-place, Albertine, parc de Bruxelles, palais royal, partout Monsieur Neveu tenait à être immortalisé. Il fait du théâtre aussi dans la vie courante cool  

     

    jour 1 Bruxelles (2).JPG

    Ne regarde pas l'appareil, dit-il à ma mère, regarde vers le haut. 

    Alors tous les deux regardent le ciel de Bruxelles tongue-out

  • H comme Hutsebolle

    streuvels.jpg

    Un jour que le père revenait du marché – par une fenêtre ouverte il avait dû regarder à l'intérieur d'une maison bourgeoise et y voir un fauteuil – ce meuble lui avait frappé l'imagination. - "Les enfants, dit-il, le jour où on le pourra, on s'achètera un fauteuil!" La mère a haussé les épaules parce qu'elle savait, la pauvre, que même à force d'épargne et d'économies on ne réussissait jamais à joindre les deux bouts, - dès qu'on avait mis un sou de côté, on aurait pu l'utiliser dix fois pour acheter l'essentiel; - les vêtements des enfants tombaient en loques, le père avait les souliers percés aux orteils, ou il fallait payer le fermage; et le fauteuil était de nouveau remis à l'année suivante. 

    Vader kwam ne keer terug van de markt - door een open venster moet hij in een rijk huis naar binnen gekeken hebben, en daar een zetel zien staan - dat meubel stak hem alevel de oogen uit. - ‘Jongens, zei hij, als we 't ne keer kunnen doen, koopen we 'n en zetel!’ Moeder trok de schouders op, want ze wist, de sloore, dat we met sparen en krebbebijten, toch nooit de einden 't hoope kregen, - als er een stuiver weglag, kon hij al tien kanten gebruikt worden om 't hoognoodige te koopen; - de jongens hun kleeren hingen van 't lijf, vader liep met de teenen door zijn schoenen, of de pacht moest betaald worden; zoo wierd de zetel weer een jaar in 't dak gestoken. 

    Mais les soirs d'hiver, quand on était tous assis autour de l'âtre, on en revenait à ce fauteuil: le père en a parlé si longtemps qu'on a fini par y croire. Dans notre imagination, ce fauteuil représentait le bonheur suprême; on se forçait à y croire et à l'espérer aussi fort que lui. Quand on parlait du fauteuil, c'était le signe que tout allait bien, sinon – en temps de misère et de manque – il aurait été stupide de mentionner cet objet. Le père et la mère ont vieilli avec cette idée; toute la vie j'ai entendu parler de ce fauteuil, comme d'une merveille qui nous était promise et apporterait l'abondance. 

    Maar bij winteravonde, als we allen rond den heerd zaten, kwam de zetel opnieuw te berde: vader praatte er zoolang over tot we er aan geloofden als aan iets dat komen moest. Die zetel verbeeldde in ons gedacht het hoogste geluk; we drongen het malkaar op, zoodanig dat we er al zoo fel aan geloofden en naar verlangden als vader zelf. Wanneer er van den zetel gesproken werd, was 't teeken dat 't goed zat, anders - in tijden van krot en meserie - ware 't te gek geweest dat ding te vernoemen. Vader en moeder zijn met dit gedacht en verlangen, oude menschen geworden; heel mijn leven heb ik thuis van dien zetel hooren spreken, als van een wonder dat ons voorbeschikt was en de weelde zou meebrengen... [...]  

    - ... Ça a continué comme ça jusqu'à ce que les enfants aient grandi et que les aînés commencent à gagner un peu d'argent, - alors on aurait pu se le permettre, mais ni le père ni la mère ne le mentionnaient plus. 

    - ...Dat bleef alzoo aanhouden tot de jongens al grootgekweekt waren en de oudsten begonnen geld in te brengen, - toen mocht het er af, maar vader noch moeder repten geen woord meer van den zetel. [...]  

    - ... Et pourtant il a fini par arriver. On s'était mis d'accord et un dimanche on est allés à pied en ville, tous ensemble. On est passés par toutes les rues, on a regardé tous les magasins, et on a fini par trouver notre affaire. On a acheté un fauteuil de cinquante-huit francs. Comme j'étais l’aîné, je pouvais le porter. Je l'ai posé sur la tête et le tenais par les pieds. Ma nuque en devenait raide et mes bras douloureux, mais pour rien au monde je ne l'aurais lâché: on a porté notre trésor en triomphe jusque chez nous. On était tous heureux et fiers de cet achat. 

    - ...En toch is 't er van gekomen. Onder ons wierd het besloten, en op een Zondag trokken wij te voet naar stad, heel de bende. We liepen al de straten af, keken aan al de winkels, en eindelijk ontdekten we ons affaire. We kochten een zetel van acht en vijftig franken. Omdat ik de oudste was, mocht ik hem dragen. Ik plaatste hem met de zate op mijn hoofd en hield hem bij de pikkels. Mijn nek wierd stijf en mijn armen blamot van 't dragen, maar voor geen geld ter wereld had ik hem willen lossen: we brachten onzen schat triomfantelijk naar huis. We waren allen om 't even welgezind en preusch met den koop. 

    Le premier soir c'était la fête: le père, la mère, s'y asseyaient à tour de rôle comme sur un trône. Avec leurs plus beaux habits, ça allait, mais le lendemain le vent a tourné: la mère a fait la première remarque, que ça ne convenait pas à une maison de pauvres gens. Le père pensait pareil sans oser le dire, - lui aussi trouvait que ce n'était pas pour nous. Ce fauteuil était un élément "étranger" qui "jurait" dans le ménage; c'est ce que nous voyions aussi et nous avions peur que les voisins s'en moquent; il devait disparaître, plus personne n'était à l'aise avec ce fauteuil près de l'âtre; plus personne n'osait ni ne voulait s'y asseoir, il gênait partout où il se trouvait, et un beau matin il avait disparu: avant qu'on se lève, le père l'avait fendu à la hache et déposé comme bois à brûler à côté de l'âtre – plus jamais personne n'en a parlé – on se sentait de nouveau à l'aise.  

    Den eersten avond was 't feest: vader, moeder, gingen er beurtelings in zitten, lijk op een troon. Met hun beste kleeren aan ging dat nog, maar 's anderen daags keerde 't blad: moeder miek 't eerst de opmerking, dat 't niet ‘stond’ in een huis van arme werkmenschen. Heur uitspraak was 't geen vader uit eerlijke schaamte niet had durven zeggen, - hij ook vond dat het geen ding was voor ons. Die zetel deed daar ‘vreemd’, hij ‘vloekte’ in 't huishouden; wij zagen het evengoed en wierden beschaamd dat de geburen er zouden mee lachen; hij moest uit onze oogen, we waren geen van allen op ons gemak met dien zetel bij den heerd; niemand dorst of wilde er nog in gaan zitten, hij stond overal in den weg, en op een schoonen uchtend was hij verdwenen: eer we opstonden had vader hem gekloven en als brandhout aan den heerd gelegd - nooit heeft er nog iemand naar gevraagd, - we voelden ons weer gemakkelijk. 

    *** 

    traduction de l'Adrienne des pages 52 à 55 (éd. Lannoo 2016)

    première parution en 1926 

    le narrateur - Hutsebolle - parle de sa jeunesse, donc du tournant du siècle, dans un coin de la Flandre Occidentale

  • F comme Fiat 509

    fiat 509.jpg

    Fiat 509 peinte aux couleurs de celle de Gaston Lagaffe  

    salon de l'auto de Bruxelles en 2006 

    auteur et source de la photo 

    2017-01-05 (87).JPG

    Gaston, sa Fiat 509 et l'agent Longtarin 

    photos prises à Beaubourg le 5 janvier 2017 

    2017-01-05 (88).JPG

     

  • 7 fois Emile (3)

    Emile_Verhaeren TheoVR.jpg

    Portrait d'Emile Verhaeren par son ami Theo Van Rysselberghe 
    source 

    Au passant d’un soir 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Elle est humble, ma porte, 
    Et pauvre, ma maison. 
    Mais ces choses n’importent. 

    Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon 
    A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre; 
    Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons 
    Sont la joie et la force et l’élan de mon être. 

    Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu 
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome, 
    Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de vœux, 
    Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues, 
    A cet homme qui s’en viendra 
    Du bout du monde, avec son pas; 
    Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues 
    Là-haut, au firmament, 

    Nous nous tairons longtemps 
    Laissant agir le bienveillant silence 
    Pour apaiser l’émoi et la double cadence 
    De nos deux cœurs battants. 

    Il n’importe d’où qu’il me vienne 
    S’il est quelqu’un qui aime et croit 
    Et qu’il élève et qu’il soutienne 
    La même ardeur qui monte en moi. 

    Alors combien tous deux nous serons émus d’être 
    Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain, 
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d’être humains 
    Et clairs et confiants sans encor se connaître! 

    [...] 

    Et maintenant 
    Que nous voici à la fenêtre 
    Devant le firmament, 
    Ayant appris à nous connaître 
    Et nous aimant, 
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance, 
    L’univers qui nous parle à travers son silence. 

    Nous l’entendons aussi se confesser à nous 
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes 
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes 
    Frôler en même temps et la rose et le houx. 

    Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe 
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs; 
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe 
    Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs. 

    Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble 
    Vivre et brûler d’un feu intensément humain, 
    Et dans notre être où l’avenir espère et tremble, 
    Nous ébauchons le cœur de l’homme de demain. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte 
    S’arrêtera ? 

    Emile Verhaeren, in Les flammes hautes (1917)

  • W comme wagon de train

    Ils étaient huit et remplissaient donc exactement les quatre sièges en duo vis-à-vis de part et d'autre de l'allée. Huit jeunes quadragénaires conquérants, le verbe haut, le smartphone dernier cri en main, le vêtement chic. 

    Ils revenaient d'un congrès organisé par leur firme à Paris: chacun avait encore son badge autour du cou. Ils se montraient les uns aux autres les mêmes photos du Thalys qu'ils auraient dû prendre en direction de Bruxelles et d'Amsterdam, mais qui était arrêté depuis des heures à la frontière française, en direction opposée, à cause d'un incendie dans la locomotive. 

    C'était à qui raconterait l'anecdote la plus forte, la plus spectaculaire, à propos des voyages en train en général et des Thalys en particulier. Ils en faisaient profiter tout le wagon, à condition bien sûr de comprendre le néerlandais. 

    Ils avaient ce sentiment de supériorité du nanti face au démuni quand ils se gaussaient de leurs collègues hollandais qui, eux, n'avaient pas eu la chance de voir leur billet pour Amsterdam échangé contre celui pour Lille. Il est vrai que ça ne les aurait pas beaucoup avancés. 

    Ils vérifiaient sur leur smartphone comment ils rentreraient chez eux. En taxi, bien sûr. En taxi de Lille à Bruxelles, pour l'un, Gand pour deux autres, Anvers, Malines... Chacun donnait l'impression que des centaines d'euros pour le trajet en taxi, c'était "peanuts". 

    - On sera chez nous ce soir, quoi qu'il arrive, a conclu fermement un monsieur à lunettes. 

    Dans son coin, l'Adrienne se garde d'intervenir et de leur suggérer de poursuivre leur voyage en train. Il y en a, à Lille, qui les feraient tout aussi sûrement rentrer chez eux le même soir... 

     *** 

    C'était le vendredi 6 janvier, voir ici: 5 heures d'arrêt pour 130 passagers qui se plaignent surtout du manque d'information 

    Nouveau problème la semaine d'après: 180 voyageurs ont passé une douzaine d'heures - toute la nuit - dans un thalys qui allait de Bruxelles à Paris et a dû s'arrêter près d'Arras à cause d'une chute d'arbre: rien à boire ni à manger, plus d'électricité, de lumière, de chauffage, de courant pour recharger les batteries du portable ou de l'ordi

    source de l'article

    thalys.jpg

    source de l'image

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • M comme Made in Belgium

    Chaque mardi après la classe, elle vient chez Madame pour s'entraîner un peu à parler le français, qui pour elle n'est pas une langue seconde, mais la cinquième ou la sixième: elle connaît mieux l'ingouche, le russe, le néerlandais, l'anglais et l'allemand.  

    Moi, dit-elle, je suis Russe. Mais mon pays, c'est la Belgique. 

    Voilà qui fait réfléchir Madame. 

    Elle est née en Ingouchie, que ses parents ont dû fuir peu après sa naissance. Les Ingouches, surtout depuis Staline, n'ont que des problèmes avec leur "mère patrie" et avec leurs voisins tchétchènes ou ossètes. 

    Je me sens Russe mais je ne veux pas retourner en Russie, dit-elle. Mon pays c'est la Belgique. 

    Si tu devais faire un clip promotionnel pour la Belgique, lui demande Madame, qu'est-ce que tu montrerais? 

    Elle aura la réponse mardi prochain. 

    Ce ne sera sûrement pas M comme Magritte - car oui, il était prévu qu'aujourd'hui elle vous parle enfin de l'expo Magritte qu'elle a vue à Beaubourg - ni les moules, le Manneken Pis, Merckx ou la mer du Nord. 

    Elle est impatiente d'avoir la réponse... 

    Made in Belgium from Global Movie Production on Vimeo.

  • L comme Lagaffe

    C'était un grand bonus de trouver à Beaubourg, après la visite de l'expo Magritte, un espace consacré à Franquin, l'autre grand monsieur de la BD belge, et à une de ses créations que j'affectionne tout particulièrement, Gaston Lagaffe. 

    2017-01-05 (79).JPG

    Le voici, dans toute l'innocence de sa jeunesse, en 1957: il s'est fait tout beau pour venir se présenter à la rédaction du journal Spirou  

    2017-01-05 (82).JPG

    Ses mèches sont moins longues et il fume encore des cigarettes, 
    comme de nombreux autres héros de BD à l'époque. 
    Et comme Franquin lui-même. 

    Je n'ai pas compris comment faisaient les autres visiteurs pour garder leur sérieux: en relisant des planches que pourtant je connais par cœur, je ne pouvais m'empêcher de rire. 

    D'ailleurs, c'est simple, chez Gaston tout me fait rire et tout m'attendrit: ses inventions à la fois géniales et débiles, qui suscitent l'énervement et l'exaspération de ses collègues, de ses supérieurs, de l'agent Longtarin, et font rater toute tentative de signature de contrat avec monsieur De Mesmaeker...   

    2017-01-05 (80).JPG

    ici encore une planche des débuts, avec Fantasio comme chef de bureau 

    2017-01-05 (81).JPG

    à qui succédera Léon Prunelle et ses merveilleux Rogntudjuuu!!! 

    2017-01-05 (85).JPG

    Jidéhem (Jean De Mesmaeker), collaborateur de Franquin, trouvait que le personnage ressemblait à son père, alors on l'a appelé monsieur De Mesmaeker... Une photo de famille prise au mariage de Jidéhem est là pour témoigner de cette ressemblance physique tongue-out 

    J'allais presque oublier une autre source inépuisable de comique, en tout cas pour mon frère et moi, les combinaisons culinaires très hardies. Il me semble que tout a commencé avec une tartine de confiture restée coincée dans une machine à écrire et qu'au lieu de s'excuser pour sa maladresse ou d'expliquer pourquoi il mettait de la confiture avec des sardines, il a dit: 

    - Meuh non, c'est de la gelée de groseilles!

    2017-01-05 (92).JPG

     ah! génial Gaston! je ris encore en écrivant ce billet! 
    je crois que je vais vous en garder un peu pour le mois prochain cool 

    Petite expo visible jusqu'au 10 avril!

  • K comme Knocke ou Knokke

    D'abord, il y a eu ce tableau, au Petit Palais: 

    2017-01-04 (28).JPG

    Il est de la main de Camille Pissarro et s'intitule Le village de Knocke. 

    - Tiens, se dit l'Adrienne, Pissarro est allé à Knokke en 1894? Et sur quelle hauteur s'est-il perché pour avoir ce point de vue sur le village? Écrivait-on réellement "Knocke" avec un c à l'époque ou est-ce une erreur? 

    Bref, un tas d'interrogations devant ce joli tableau qui sent si peu la mer et les mondanités d'aujourd'hui. 

    La réponse à la première question est oui: en juillet 1894, Théo Van Rysselberghe est à Knokke et Pissarro vient l'y rejoindre. On peut lire dans sa biographie qu'une maladie des yeux l'empêchait de peindre en extérieur: c'est pourquoi, il le faisait de la fenêtre de sa chambre. 

    La troisième question a trouvé sa réponse dès le lendemain, à l'expo Hergé: 

    2017-01-04 (56).JPG

    Sur cette affiche publicitaire réalisée par Georges Remi entre les deux guerres on remarque la même graphie avec le c au lieu du k actuel. 

    C'est l'époque où le père de l'Adrienne, d'abord dans le ventre de sa mère, puis tout bébé et petit enfant, découvrait les plaisirs de la plage. 

    Il y a même dans les archives familiales une photo unique de la petite Ivonne dans ce genre de maillot de bain tongue-out

    De la grand-mère Adrienne aussi, d'ailleurs... 

    002.jpg

    Sur la plage de Knokke, entre la petite Ivonne et son mari, leur premier-né; 
    le père de l'Adrienne est encore au stade préparatif... 

     

  • I comme incipit impudique

    "Mathilde vient de filer, j'en suis certaine. Ses flacons, ses huiles, ses poudres, son parfum, tout s'est évaporé à l'instant. Les volets sont baissés. Sur les murs, le plafond, la vasque de l'évier et la baignoire immense creusée à même le sol pour lui donner encore plus d'ampleur, les tesselles de mosaïque turquoise scintillent comme poudrées d'or. 

    - Vous êtes au courant bien sûr, glisse Charles de Ripsens. Vous savez de qui votre grand-mère était la maîtresse..." 

    isabelle spaak.jpg

    source de la photo et article Le Monde 

    Suis-je la seule à voir un déballage impudique dans cette investigation familiale et dans cet étalage du passé d'une grand-mère et d'une mère? Passé que l'auteur a fouillé par le menu, au travers de lettres, de photos et de retours sur les lieux d'origine. Impudique et déplacé, surtout si la mère et la grand-mère ont tout fait pour garder intime ce qui devait l'être? 

    Outre celle du Monde, la critique du Figaro et de Télérama vont dans le même sens, et je serais d'accord s'il s'agissait d'une oeuvre purement littéraire, de personnages de fiction. 

    Mais ce n'est pas le cas

    Première partie, la vie et les amours de la grand-mère Mathilde: 

    "Depuis des mois, j'épluche son courrier et les photographies en vrac dans une cassette à bijoux en métal blindé. 

    Je me suis acheté une loupe pour scruter ses traits, le détail de ses toilettes, le visage des amis qui posaient avec elle." (p.20) 

    Puis on passe aux amours d'Anny, la mère: 

    "Bouclé dans un attaché-case de cuir roux, le courrier envoyé par Guillaume à ma mère empeste le moisi. 

    Plusieurs mois m'ont été nécessaires pour en venir à bout. Ouvrir les enveloppes, lire leur contenu, fustiger mon impudeur, ranger l'ensemble, me promettre de ne plus y toucher, retomber." (p.110) 

    Si l'auteure s'accorde à dire que lire les lettres d'amour de sa mère est impudique, il me semble qu'en faire la base d'un roman et en faire des citations l'est encore beaucoup plus. 

    "Après trente années de vie commune, un foyer plein de tendresse, de rires, de charme, de romans pris pour la réalité, de jardins multicolores, d'arias de Mozart, de vacances en Corse et d'une tentative de nouveau départ en Amérique, leur belle histoire d'amour s'achevait en mauvais fait divers." (p.166) 

     

     

  • H comme Hergé

    L'expo Hergé au Grand Palais était une des trois raisons qui ont poussé l'Adrienne à réserver une place dans le TGV pour Paris en ce début de janvier. 

    2017-01-04 (84).JPG

    Et franchement, elle valait le déplacement. 

    D'abord, parce qu'on y découvre un aspect peu connu de Georges Remi: sa carrière de graphiste et de concepteur d'affiches ou de logos publicitaires. 

    2017-01-04 (60).JPG

    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    Ensuite, parce que de nombreuses esquisses permettent d'admirer ses talents de dessinateur. C'est tout à fait impressionnant! 

    2017-01-04 (53).JPG

    esquisses pour le "mauvais" de Tintin au pays de l'or noir 

    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    mauvaise photo d'un crayonné où Milou résiste à la tentation 

    Bien sûr, elle permet aussi de retracer toute sa carrière, la naissance et l'évolution de tous ses personnages de bandes dessinées, sa rencontre décisive avec Tchang et son souci croissant de perfectionnisme jusque dans les moindres détails. 

    2017-01-04 (65).JPG

    Hergé et Tchang à Bruxelles en 1931 

    voyage,paris,belge,belgique,bd,peinture,art

    Enfin, parce qu'on y découvre encore un autre aspect méconnu de Georges Remi: son intérêt pour l'art moderne et sa pratique de la peinture à l'huile. Sa modestie seule faisait qu'il se considérait comme "un peintre du dimanche". 

    2017-01-04 (35).JPG

    Bref, vous avez encore jusqu'au 15 janvier pour y courir, si vous êtes dans le coin cool

  • 7 fois Emile (2)

    Les pauvres

    Il est ainsi de pauvres cœurs
    Avec, en eux, des lacs de pleurs,
    Qui sont pâles, comme les pierres
    D'un cimetière. 

    Il est ainsi de pauvres dos
    Plus lourds de peine et de fardeaux
    Que les toits des cassines brunes,
    Parmi les dunes. 

    Il est ainsi de pauvres mains,
    Comme feuilles sur les chemins,
    Comme feuilles jaunes et mortes,
    Devant la porte. 

    Il est ainsi de pauvres yeux
    Humbles et bons et soucieux
    Et plus tristes que ceux des bêtes
    Sous la tempête. 

    Il est ainsi de pauvres gens,
    Aux gestes las et indulgents,
    Sur qui s'acharne la misère,
    Au long des plaines de la terre. 

    in Les douze mois (1895)

    Émile_Verhaeren-buste.JPG

    Buste d'Émile Verhaeren dans le square André-Lefèbvre (Paris, 5e arr.) 

    (source de la photo)

  • L comme lumière

    Je disais hier dans un commentaire mon admiration pour le peintre impressionniste belge Emile Claus (1849-1924), voici les trois tableaux vus samedi dernier à Gand: 

    Claus meisjes in het veld.jpg

    Meisjes in het veld - 1892 (Petites filles au champ) 
    pastel sur papier - photo sur le site du musée 

    Elles ont enlevé leurs sabots pour marcher dans l'herbe en bord du champ prêt à être moissonné 

    DSCI4313.JPG

    Zonnige dag - 1899 (une journée ensoleillée)
    on en profite pour faire une lessive dehors
    et vérifier la blancheur des cols de chemise cool 

    à l'ombre légère de grands arbres
    qui laissent passer des taches de soleil 

    DSCI4314.JPG

    De ijsvogels - 1891 

    'ijsvogel' signifie 'martin-pêcheur' 
    en néerlandais cela permet le jeu de mots sur 'ijs' (glace) et 'vogel' (oiseau) pour désigner les gens qui s'amusent sur la glace avec leur petite luge 

    Les photos sur Wikipedia Commons sont bien meilleures que les miennes: 

    peinture,belge,belgique,flandre,flamand,expo

    Le titre en français est 'les patineurs' alors qu'ils n'ont pas de patins, ils sont en sabots, leurs deux bâtons servent à avancer plus vite avec la luge sur la surface gelée  

    peinture,belge,belgique,flandre,flamand,expo

     ces trois-là et des tas d'autres ici