carpe diem

  • O comme orage

    Quand les mouches ne vous laissent plus un instant de répit, quand la moiteur de votre peau les attire à cinq ou six à la fois, quand la terre exhale des odeurs de putréfaction et que l’horizon s’obscurcit en même temps que l’air devient lourd, vous entendez les premiers grondements au loin et vous en êtes heureuse, soulagée: voilà la pluie qui s’annonce.
    Tout à coup le vent se met à souffler plus fort, ça sent la poussière chaude, vous frissonnez d’une peur ancestrale en entendant les premiers craquements dans le lointain. Le blé souffrira, trop d’eau tombera en trop peu de temps, les éclairs effrayeront les enfants, tous les chiens se mettront à aboyer.
    C’est l’orage d’été, celui qui fait plier les arbres, tomber les fruits, claquer les volets.
    Vous adorez ça et vous vous laissez tremper de pluie, debout pieds nus au milieu de la pelouse.

  • V comme voyager

    Voyager "pour ralentir le temps", voilà une belle réponse à la question du pourquoi.

    De fait, chacun a pu le constater, lorsque nous partons et abandonnons nos habitudes sédentaires, le temps s'allonge inespérément. La raison en est, selon moi, que lorsque nous sommes confrontés à une foule de choses nouvelles, nous retombons dans une sorte d'innocence perceptive qui entrave la niveleuse conceptualisation, laquelle oblitère les détails inutiles à l'action. Lorsque nous nous extirpons de nos cadres coutumiers, notre regard et tout notre entendement s'arrêtent sur la disparité inscrite à la surface des choses et l'émerveillement peut de nouveau faire brèche dans la carapace de notre fonctionnement utilitariste.

    Denis Grozdanovitch, Petit éloge du temps comme il va, Folio 2014, page 100.

    Vous me répondrez que le temps a une fâcheuse tendance au ralentissement pendant nos moments d'attente et à l'accélération quand on s'amuse.

    Mais il est vrai aussi que si nous "abandonnons nos habitudes sédentaires" il prend un cours différent. Il ne faut d'ailleurs pas aller bien loin pour l'éprouver. 

    Une simple promenade au parc suffit Cool

     lecteur,lecture,littérature,carpe diem,nature

     du soleil et des ombres

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    lecteur,lecture,littérature,carpe diem,nature

     de vrais faux sous-bois

    et la touchante poésie de l'arbre mort

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     photos prises près de chez moi
    dimanche dernier (22 février)

    une demi-heure a suffi
    pour ralentir le temps

  • O comme O négatif c'est positif

    Une étude américaine suggère qu'il y aurait un lien entre notre groupe sanguin et certains risques pour la santé.

    Je lis dans l'article du magazine Knack (voir le lien ci-dessous) que le groupe O présente moins de risques pour les maladies cardio-vasculaires. Je vais donc m'empresser de rassurer ma mère, qui est persuadée qu'elle mourra du coeur, alors qu'elle l'a en acier trempé.

    http://www.knack.be/nieuws/gezondheid/bloedgroep-bepaalt-risico-op-geheugenproblemen/article-normal-326957.html

    Le lien vers l'étude (en anglais): http://www.neurology.org/content/early/2014/09/10/WNL.0000000000000844.short?rss=1

    Personnellement, je me dis que si mon O négatif me protège contre la sénilité, c'est bien, mais il faudra tout de même que je meure de quelque chose Langue tirée

     

  • H comme le hasard n'existe pas

    Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Leucippe Langue tirée

    Oὐδεν χρῆμα ματην γίνεται ἀλλα παντα ἐκ λόγου τε και υπ'ανάγκης
    Aucune chose ne devient sans cause, mais tout est l'objet d'une loi [raison] (λόγος), et sous la contrainte de la nécessité. (http://www.normalesup.org/~adanchin/causeries/Atomistes.html)

    A vingt ans, l'Adrienne s'est accommodée d'un petit studio où elle disposait de deux plaques électriques, mais pas de four. Alors, pour recevoir dignement sa toute nouvelle belle-famille, qui ne tolérait que les desserts faits "maison", elle fouettait des sabayons au rhum ou des crèmes mousseuses au citron.

    Puis, pendant trois ans, elle a vécu dans une maison en ville, où elle avait une vraie cuisinière avec four et trois brûleurs, mais un seul poêle au gaz: l'hiver, les vitres de la chambre à coucher se couvraient d'une pellicule de glace et le dessus de la couverture était toujours humide.

    Ensuite il y a eu la petite maison en pleine nature, avec ses murs d'une simple brique, son carrelage posé sur du sable et son toit par où entrait la neige. Vêtements et chaussures y moisissaient en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et les habitants avaient perpétuellement des problèmes aux voies respiratoires. Mais la campagne était si belle...

    Quand l'Adrienne s'est cru au sommet de la félicité domestique, avec de grandes baies vitrées, une cuisine équipée, de bonnes chambres pour les amis, une salle de bains rutilante, une cave au sec, une large terrasse pavée, des murs et un toit bien isolés, elle ne s'est tout à coup plus trouvée qu'en possession d'une demi-maison. L'homme-de-sa-vie était parti avec l'autre moitié.

    Aujourd'hui, presque six années ont encore passé et il est l'heure de penser à l'étape suivante: l'Adrienne va retourner en ville, dans une maison qui n'aura sans doute pas de jardin mais une cuisine, une salle de bains, du chauffage et des chambres pour les amis.

    ***

    Il a bien raison, Leucippe: tout ça n'est pas l'effet du hasard, mais arrive "sous la contrainte de la nécessité".

    Carpe diem Cool

  • Info 7 sur 7

    J'ai une collègue qui ne prend jamais l'avion:

    - Tu es folle! me dit-elle. Moi, je ne cours pas ce risque... S'il m'arrivait quelque chose, mes filles resteraient toutes seules. Non, non! Jamais je ne prendrai l'avion!

    Elle ne voyage donc qu'en voiture.

    Première remarque: ses filles sont largement adultes, gagnent bien leur vie et vivent toutes les deux en couple, loin de maman.

    Deuxième remarque: selon des statistiques trouvées récemment en ligne (Info 7 sur 7), le risque de mourir dans un accident d'avion est de 1 sur 5862 tandis qu'il est de 1 sur 272 comme passager d'une voiture. Si on est conducteur, on remonte à 1 sur 85.

    Troisième remarque: elle ferait mieux aussi d'éviter d'aller se baigner (le risque de mourir noyé est de 1 sur 1073) ou de se promener en rue (un sur 623)

    Une chose est sûre: elle mourra un jour. Moi aussi, d'ailleurs.

    Ça, c'est du 7 sur 7 Langue tirée

    Carpe diem!

     

    voyage,carpe diem,7

    l'avion qui nous a emmenées en Italie, ma mère et moi Cool


  • O comme onze

    ou Comment Proust peut changer votre vie, titre d'un livre d'Alain de Botton que j'ai lu avec grand plaisir et intérêt!

    Une première citation de Proust sur une série de onze. Celle-ci a pour but de vous aider à aimer la vie (d')aujourd'hui:

    "Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d'amours, d'études, elle - notre vie - tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l'avenir, les ajourne sans cesse.

    Mais que tout cela risque d'être à jamais impossible, comme cela redeviendrait beau! Ah! si seulement le cataclysme n'a pas lieu cette fois, nous ne manquerions pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X..., de visiter les Indes. Le cataclysme n'a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir. Et pourtant nous n'aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd'hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort."

    Vous m'objecterez peut-être que ce brave Marcel n'a été ni le seul, ni le premier à émettre ce genre de réflexions philosophiques mais il m'a plu, ce jour-là, d'être rappelée à l'idée du Carpe diem, que j'oubliais un peu... jusqu'à en perdre le sommeil.

    Alors oui, j'ai accepté que Proust change ma vie en me faisant penser à autre chose qu'à mes soucis grands et petits auxquels un cataclysme, me disais-je, viendrait bien à point pour y mettre fin... mais il me reste encore les Indes à voir Langue tirée

    Lecture commune - Proust.png



  • D comme dessert

    Une ancienne élève s'annonce à l'improviste pour le thé, pas le temps d'aller aux courses, voyons ce que nous offrent le frigo, le garde-manger... et la nature!

    Dans la nature, de belles grosses mûres. Dans le frigo, un pot de ricotta, dans le garde-manger, un petit biscuit sec et de la cannelle en poudre.

    On mixe les fruits; ceux qui n'aiment pas les petits pépins peuvent tout passer au tamis mais moi je les ai servis avec les petits pépins. On garde un beau fruit par petit pot pour la présentation.

    On mélange un demi-pot de ricotta avec de la cannelle et on y ajoute un petit biscuit réduit en poudre. Ma vieille moulinette fait encore très bien son office. J'ai mis le petit biscuit de peur que le mélange manque de douceur mais je crois qu'on pourrait même s'en passer.

    On verse de la purée de fruits dans trois petits verres, on y ajoute une cuillerée de ricotta, on remet un peu de fruits, encore un peu de ricotta... et on garnit le dessus d'une belle mûre.

    Et c'est prêt à mettre au frigo en attendant le moment de la dégustation.

    ***

    C'était trop miam! Rigolant La prochaine fois, j'essaierai de penser à faire une photo...

  • N comme nouvelles

    Pour entretenir mes connaissances de l'italien, je fais de temps à autre un "exercice d'écoute": ça prend trois minutes et on apprend plein de choses Cool

    Un de ceux qui m'ont bien fait rire ces derniers temps, c'est celui-ci: http://www.youtube.com/watch?v=uVDRIQMIA_g

    Il s'agit d'une nouvelle application I-phone qui permet de se confesser. Pour la modique somme d'un euro cinquante.

    Obélix le savait déjà: ils sont fous ces (catholiques) romains!

    Faisons plutôt un peu de coloriage Langue tirée

    ils-sont-fous-ces-romains.gif

  • Adrienne en août

    "De kouter is geschoren, de winter is geboren", disait infailliblement ma grand-mère Adrienne dès que le mois d'août était là et que les premiers champs avaient été moissonnés.

    Littéralement, ça veut dire: le champ est rasé, l'hiver est né.

    Je n'aimais pas qu'elle le dise parce que je n'aimais pas ce rappel: oui, l'été est court, et avec lui les vacances aussi prennent fin. Je le sais, me disais-je, nous le savons tous, ce n'est pas la peine de le répéter! Je pensais que c'était s'ôter du plaisir que de penser à sa finitude.

    Pourtant je remarque, depuis qu'elle n'est plus là, que c'est moi qui le dis... et que penser à la fin du plaisir  - ou même à ma propre fin - n'empêche pas de jouir de l'instant.

    D'autant plus que cette année, avec la chaleur et la sécheresse que nous avons eues depuis le 20 juin, des champs ont déjà été moissonnés en juillet Rigolant

     

     

  • U comme utile, donc agréable - et joli, donc utile

    juli 2010 005 - kopie.JPG
    Sur l'esplanade devant Sainte-Gudule, un joli petit parc m'offrait son ombre bienvenue et ses bancs. Des bancs pour s'allonger comme sur le pont d'un transatlantique. En tout cas, c'est ainsi que je me l'imagine Cool
    - Oh! mais c'est super! dis-je à la dame qui s'approche en même temps que moi de ces beaux bancs qui semblent nous attendre.
    - Oui, en effet, me dit-elle.
    - Il faut juste oser se coucher, dis-je autant pour moi que pour elle, que je vois hésiter.
    - Oh! mais pourquoi n'oserait-on pas, me dit-elle de l'air décidé de celle qui est prête à traverser un ravin colombien à l'aide d'une corde tendue au-dessus du précipice.
    Et puis elle se couche, se relève aussitôt et continue sa montée vers Sainte-Gudule.
    Je suis restée là une dizaine de minutes, à détendre mon dos (c'est utile) et à admirer le ciel et les tours de Sainte-Gudule à travers le fin feuillage (c'est joli). Tout en pensant aux précédentes vacances, trois déjà sans l'homme-de-ma-vie, et pour lesquelles j'avais essayé de me constituer un programme m'offrant quotidiennement de l'"utile" et de l'"agréable". En 2007, par exemple, mon début du mois de juillet ressemblait à ceci:

    les choses utiles

    les choses agréables

    jardiner

    concert à l'académie

    tailler les haies

    lecture

    ranger un peu le bureau

    visite d'E***

    ranger mes finances

    info sur Cracovie

    terminer mes dossiers (école)

    couscous chez S***

    créer mon blog

     

    Les esprits éveillés remarqueront tout de suite deux choses:
    1.créer mon blog se trouve dans la catégorie "utile"
    2.mon blog n'ayant été créé que fin mars 2008, il faut apparemment remplacer ici le verbe "créer" par "concevoir". La naissance a eu lieu neuf mois plus tard. Comme de juste.
  • T comme temps qui passe

    Le Temps      (participation au défi du samedi n° 98)

    Samedi soir.

    Il est dans un lit d’hôpital. Il sait que ses heures sont comptées. Mais il ne veut pas le savoir. Il se crispe, il se bat, il refuse. Il est fâché contre la terre entière. Contre ceux qui viennent de l’amener ici alors qu’il suppliait qu’on le laisse chez lui, dans son lit aux odeurs familières. Contre celle qui a laissé faire. Contre le médecin qui l’a ordonné. Contre les infirmières, qui vont, qui viennent, qui ne peuvent pas le soulager. Personne ne peut rien pour lui.

    « Mais Madame, a dit l’oncologue, savez-vous bien quelle est l’espérance de vie d’un homme, dans notre pays ?
    - … ?
    - 78 ans ! Et lui, quel âge a-t-il ? 80 ! Ce qui veut dire que vous avez déjà eu deux ans de bonus ! Alors de quoi vous plaignez-vous ! »

    ***

    Samedi matin.

    Elle est à la piscine. Elle compte les longueurs et elle compte les minutes, sur la grande horloge accrochée au mur du fond. Ça lui occupe l’esprit et ça l’empêche de penser à autre chose. Pourtant elle y pense quand même. Que fait-il en ce moment? Il doit être arrivé à Amsterdam hier soir. Ce matin ils auront fait la grasse matinée. Peut-être sont-ils en train de prendre un bon petit déjeuner. Puis ils iront faire une balade, main dans la main. Elle essaie de ne pas voir la scène et ferme les yeux, se remet à calculer sa moyenne. Trente longueurs en vingt minutes, c’est bien, pour quelqu’un qui n’a plus nagé depuis vingt-cinq ans.

    « Je n’y peux rien, lui a-t-il dit. Dès que je l’ai vue j’ai eu le coup de foudre.
    - …
    - Et je serai de retour lundi soir. »

    ***

    Dimanche midi.

    La petite fille s’impatiente. Encore tant de jours à attendre que ce soit la kermesse ! Elle recompte les richesses de son petit porte-monnaie. Combien de tours de manège pourra-t-elle s’offrir ? Et pourvu qu’on aille tous ensemble manger des frites ! Oh ! comme on s’amusera !

    - Je voudrais tant qu’on soit déjà dimanche prochain ! dit-elle à sa grand-mère.
    - Tu es donc bien pressée de vieillir ? répond grand-mère.

    ***

    Il y a d’éminents médecins qui vous considèrent comme un yaourt périmé.
    Il y a des quinquagénaires qui refont une crise de puberté.
    Il y a des grands-mères qui vous apprennent la valeur du temps qui passe.

  • L comme loin, très loin du monde

    Passer le week-end avec J***, c'est se couper du monde pour quelques jours.

    On est à Ostende, mais on ne voit pas la mer: J*** n'aime pas le soleil et déteste le sable.

    On se fait des plateaux-télé et on regarde en boucle toutes les séries qu'elle a enregistrées de la RAI, les enquêtes du commissario Montalbano, par exemple, ou un téléfilm sur la vie de Sophia Loren, de sa mère Romilda et de sa soeur Maria.

    Parfois c'est du n'importe quoi, mais on se dit qu'on apprend l'italien...

    Pendant ce temps-là, des avions peuvent s'écraser, des présidents mourir, des bateaux perdre leur cargaison et leur pétrole sur le Great Barrier Reef, nous n'en savons rien. Autour de nous, dimanche, le pays entier halète avec Tom Boonen et nous restons complètement étrangères à toute cette effervescence.

    Nous regardons le chat de J*** et ses dix kilos de placidité avec tendresse et appuyons sur la touche 'pause' pour aller nous ravitailler à la cuisine.

    Comment le monde a continué à tourner sans nous, nous le saurons bien assez tôt.

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  • premier novembre

    En ce premier novembre, premier jour de vacances, premier bon petit déjeuner à l'hôtel South (je vous le recommande http://www.charleroi-hotelsouth.be/).

    Service de navette jusqu'à l'aéroport. Avion pour Pise. Train pour Florence. Bus jusque chez Carla qui m'hébergera cette semaine.

    Demain premier cours d'italien. Première rencontre avec le prof et avec les autres cursistes.

    Je pense (pardon, Eckhart Tolle) que c'est beau la vie ;-)

  • dernier jour d'octobre

    Dernier jour avant mon départ pour Florence.

    Je vais aller penser un peu en italien ;-)

  • R comme révélation

    Dimanche. On papote, I et moi. Elle me fait la remarque que je parle beaucoup de ma grand-mère. Je viens de lui dire: "Tous ces meubles ici sont à ma grand-mère", en faisant un geste large des deux bras vers les armoires, la table et les chaises.

    - Et qu'est-ce qui est à toi, ici? me fait-elle.

    La question me surprend tellement qu'il me faut une seconde pour y répondre.

    - Rien! dis-je. Et ça me fait l'effet d'une brusque révélation.

    Il y a tant d'années que ma grand-mère est morte et que j'ai hérité de ses meubles et pourtant je continue à les considérer comme étant "siens". Tout comme cette maison qui est à moitié à moi mais que je n'appelle pas "mienne" ni rien de ce qu'elle contient.

    - Rien? insiste I.

    - Peut-être mes livres... Oui, mes livres sont à moi.

    Quoique je n'en sois pas tout à fait sûre...

    Le soir je l'accompagne au train. On en reparle sur le quai de la gare. Maintenant je comprends, lui dis-je, pourquoi je n'arrive pas à me décider à mettre de la couleur sur les murs.

    - Oui, me dit-elle, et moi je comprends pourquoi ton intérieur est monacal.

    C'est un point de vue. Moi j'appelle ça sobre ;-) C'est vrai qu'il n'y a pas grand-chose où poser le regard, murs blancs, pas de bibelots, pas d'étalage de photos... Je n'en ai pas besoin pour penser à ceux que j'aime.

    Et puis de toute façon, je ne suis que de passage.

  • P comme pas de Panique

    Depuis le 1er septembre, ma directrice ne passe plus que quelques heures par semaine à l'école: de plus en plus, les profs et les élèves font ce qu'ils ont envie de faire et de moins en moins ce qu'ils doivent faire...

    Pas de panique, la terre continue de tourner.

    Mon réservoir d'essence est presque vide, arriverai-je à la prochaine station? Mon pneu avant se vide, arriverai-je à temps au garage?

    Pas de panique, pense à Y que les pompiers ont dû sortir au chalumeau de sa bagnole ratatinée par un fou qui roulait sur la mauvaise bande.

    Une amie sera là dans quelques heures, les courses ne sont pas faites, ni le ménage, sa chambre n'est pas prête, les feuilles mortes ne sont pas balayées et je ne sais pas ce que je vais lui préparer à manger.

    Pas de panique, réjouis-toi simplement de la revoir bientôt et mets en pratique ce Carpe diem que tu prônes à tes élèves.

    Ah ! que la terre est belle

    Pierre Menanteau (1895-1992)

    Pour un enfant poète, Bestiaire, 1953

                               

    Pour Isabelle

     

    Ah ! que la terre est belle

    Crie une voix, là-haut,

    Ah ! que la terre est belle

    Sous le beau soleil chaud!

     

    Elle est encor plus belle,

    Bougonne l'escargot,

    Elle est encor plus belle

    Quand il tombe de l'eau.

     

    Vue d'en bas, vue d'en haut,

    La terre est toujours belle,

    Et vive l'hirondelle

    Et vive l'escargot !


  • D comme dommage

    Quand c'est vraiment un bon vin, la bouteille est plus vite vide. J'ai beau me dire que ce n'est pas bon pour mon cerveau, rien n'y fait.

    Les noix sont fraîches et se pèlent bien. C'est excellent avec un Patriarch 2000 de chez Babich (Nouvelle-Zelande). J'ai beau me dire que les noix sont caloriques, rien n'y fait.

    J'ai un excellent petit fromage de brebis. Fermier, appellation contrôlée, lait cru. Evidemment! J'ai beau me dire que ce n'est sûrement pas bon pour mon cholestérol (que je n'ai encore jamais fait contrôler), rien n'y fait.

    Mon pain aux noix est excellent. Tout beau tout chaud,il sort du four. Reprenons-en une tranche. J'ai beau me dire que les glucides sont désormais interdits par tous les gourous des stars, rien n'y fait.

    Dommage, disait mon père, que toutes les bonnes choses ont une fin. En deux repas, j'ai fini la bouteille, les noix, le fromage et le pain.

  • T comme Thélème

    - Alors, me dit Inès, happy single ?

    Inès et moi, nous ne nous connaissons pas. Je la vois seulement pour la deuxième fois et avec trois ans d'écart. Pourtant, elle a compris très vite que j'allais bien et sa question n'en est pas vraiment une. C'est la constatation d'une évidence. C'est qu'elle est passée par là, elle aussi. La seule différence entre elle et moi, c'est qu'elle s'est consolée avec un autre homme. Mon ex-neveu, en l'occurrence.

    - Ben oui, lui dis-je. J'ai découvert la liberté.

    Grand sourire de connivence de part et d'autre de la table mais cette précision ne lui était pas nécessaire.

    Dans le train qui me ramène chez moi, je lis Rabelais, Gargantua, chapitre LV:

    "Fais ce que tu voudras; parce que les gens libres, bien nés et bien éduqués, vivant en bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui les pousse toujours à la vertu et les éloigne du vice, qu'ils appelaient honneur."

  • R comme repos

    Le dimanche, c'est jour de repos.

    D'ailleurs ça porte un nom, on appelle ça le repos dominical.

    Le dimanche je me lève à six heures. Je fais mon pain pour la semaine. Je mets le lave-linge en route, je nettoie la maison, je fais ma vaisselle en retard. Le repassage.

    Je cuisine. En quantité suffisante pour avoir déjà mes casse-croûte tout prêts pour les deux ou trois prochains jours.

    Je travaille au jardin. Potager, pelouse, fleurs, arbustes, haies, le plus difficile c'est de choisir. Surtout d'avril à octobre.

    Je scie du bois. Je fagotte. Je vide les cendres du poêle et je rentre du bois pour la semaine. D'accord, ça c'est surtout d'octobre à avril.

    Mais aujourd'hui je ne me repose pas: je vais aller me fatiguer à Bruxelles pour les Journées du patrimoine.

  • L comme Lille

    J'avais rendez-vous à Lille le samedi 5 septembre.

    Ceux qui sont du coin ont déjà compris: le jour de la Grande Braderie! Quelle folie! Il faudrait inventer des majuscules spéciales pour l'événement, sa foule, ses montagnes de moules et ses kilomètres d'échoppes de toutes sortes.

    J'avais rendez-vous à Lille le samedi 5 septembre à 14.00 h.

    Je sors de la gare. Des CRS patrouillent. Une masse compacte de gens qui se fraient un chemin dans les deux sens. La dame avec qui j'ai rendez-vous n'a pas beaucoup de conversation.

    Nous nous dirigeons vers la cathédrale. Un joueur de yo-yo y harangue la foule. On s'attarde un moment. Mais le temps d'arriver là, il me faut déjà songer à faire demi-tour. En effet, on piétine environ une heure et demie pour faire cinq cents mètres.

    Sur le chemin du retour, je m'achète Le dictionnaire amoureux de l'Italie, de Dominique Fernandez, au Furet du Nord. J'attrape de justesse le train de 17.00 h. Il est bondé.

    Les voyageurs trimbalent les objets les plus hétéroclites. Certains même dont on se demande à quoi ils peuvent servir. Mais sans doute qu'acheter rend heureux.

    En tout cas moi je suis très heureuse avec mon livre ;-)

  • K comme kilt

    En sortant de la gare, j'entends les hornpipers. Les voilà devant moi. Eux aussi se dirigent vers la mer.

    Leur jupe ne manque pas de susciter les blagues idiotes auxquelles on peut s'attendre et les gestes suggestifs de la part de quelques dames qui montrent, l'oeil allumé, qu'elles aimeraient une bonne petite bourrasque pour voir par elles-mêmes si c'est bien vrai ce qu'on dit, que sous leur jupe...

    Oostende aug 2009 001 - kopie

  • E comme emmagasiner

    Emmagasiner les derniers rayons, la dernière vraie chaleur du soleil. Tourner le visage vers la source de lumière et rester là, les yeux fermés, à savourer le simple bonheur de ces instants.

    Penser à Victor Hugo: "Et dire que j'appelais cette vie être content de peu" et se rendre compte que ces instants sont un beau cadeau. Non, rien n'est évident.

    Etre improductif, le temps d'un dimanche, sans se culpabiliser. Quelle victoire ;-)

  • D comme un dimanche à la mer

    Dimanche matin

    J'ai le maillot, la serviette, le sac plastique pour y mettre les affaires mouillées, la crème solaire, le peigne... Allons-y! On y va!

    Dimanche soir

    Je n'ai pas mis le bout d'un orteil dans l'eau. Trop de choses à voir, de spectacles, d'ambiance, de groupes de musiciens, de chanteurs, de jongleurs, d'équilibristes et de poètes.

    Et puis j'aime aussi m'aérer à grandes enjambées sur le Staketsel ;-)

    Oostende aug 2009 002 - kopie

     

    La beauté et la laideur d'Ostende: esthétiquement laid mais sentimentalement beau...

    Oostende aug 2009 003 - kopie (2)

  • Derniers jours de vacances

    Au début des vacances - et même longtemps avant qu'elles ne commencent! - on se fait mille projets tous plus utiles ou plus agréables les uns que les autres.

    Au mois de mai je m'étais déjà acheté les pinceaux, les rouleaux et le petit seau avec sa grille: plus rien ne m'empêcherait de mettre enfin un peu de couleur sur mes murs!

    Vers la même époque, vu le beau temps et la visite de ma mère, j'avais descendu le transat du grenier. J'étais parée pour un bel été.

    Deux mois ont passé. Les murs sont toujours blancs et le transat n'a pas été utilisé. Pourtant il a fait beau tout l'été. A quoi ai-je donc passé mon temps? 

    La conclusion qui s'impose vient de Ronsard:

    Le temps s'en va, le temps s'en va ma Dame,
    Las ! le temps non, mais nous nous en allons

  • U comme Una giornata particolare

    Une année de 52 semaines, ça ne fait pas assez de samedis et de dimanches pour rencontrer tous ceux qu'on voudrait rencontrer. Ainsi, il faut parfois mettre les bouchées doubles.

    Avant-hier dimanche par exemple, trois de mes (ex-)nièces sont venues passer la journée. Nous avons bien mangé et bu, bien bavardé et ri, et repris un peu la température de nos vies. E*** est enceinte de son deuxième enfant, I*** retourne en Colombie, où elle a trouvé l'homme de sa vie et mûrit un projet de livre, et J*** est si impatiente d'avoir sa semaine de vacances (elle ne les prend qu'en hiver) qu'elle était tout excitée d'annoncer vient de régler huit jours de neige dans les Dolomites pour mars 2010!

    Quand elles sont reparties en début de soirée, j'avais juste le temps de me préparer pour aller chez des amis musulmans qui m'avaient invitée pour la rupture du jeûne. Encore heureux - pour moi, en tout cas! - que le soleil ne se couche qu'à l'approche de 21.00 heures...

    Et je suis rentrée vers minuit, heureuse et reconnaissante, même si les dimanches sont plus fatigants que les jours de la semaine ;-) Je me reposerai quand je serai dans ma tombe, comme disait mon grand-père.

  • B comme Le Boscq bouteille n° 96475

    Je descends à la cave me chercher un vin rouge à servir avec le reblochon. J'hésite longuement entre l'espagnol ou le portugais bon marché que je me suis achetés récemment et une "bonne bouteille" qui date des débuts de notre mariage. Une des rares que l'ex-homme de ma vie m'a laissées en partant.

    La plus poussiéreuse est un Château Le Boscq, cru bourgeois de Saint-Estèphe, 1982, de Ph. Durand. Ce vin avait eu la médaille d'or au concours général agricole de Paris en 1984. Il avait été un de nos premiers achats, à une époque où nous venions de faire un gros emprunt pour l'achat de la maison.

    C'est celle-là que je remonte. Je me dis qu'il faut que je la boive, vu que le niveau a déjà visiblement baissé dans la bouteille.

    Aujourd'hui, ce n'est plus Ph. Durand qui est le viticulteur au Château Leboscq, l'Union française de Gestion l'a acquis en 1995. Et depuis 2003 il est classé Cru bourgeois supérieur.

    Panta rhei...

  • J comme jamais

    Jamais je n'aurais cru qu'un jour

    j'aimerais tant mon métier de prof

    j'oserais voyager seule

    ce serait si facile de faire encore de nouvelles amitiés

    je deviendrais accro à internet

    j'aurais un blog

     

  • B comme Bonne année, bonne santé

    S'il est une période par excellence qui se prête à la réflexion sur le temps qui passe, c'est bien celle-ci.

    "Pour réparer la perte du temps passé, il faut bien employer le présent, et ne souhaiter l'avenir que pour en faire un bon usage" a écrit un certain Chevalier de Méré dans ses Maximes, sentences et réflexions morales et politiques.

    C'est aussi la période des bons voeux et autres souhaits de bonheur, santé et prospérité.

    "Les grandes âmes ont de la volonté, les faibles n'ont que des souhaits", dit un proverbe chinois.

    Alors? On arrête tout ça ou on continue?

    "L'année à venir n'existe pas. Nous ne possédons que le petit instant présent." Celle-ci est de Mahmûd Shabestarî.

    Comment, vous ne connaissez pas Mahmûd Shabestarî? Et bien, moi non plus ;-)

    Allez donc voir ici:

    http://www.evene.fr/citations/theme/bonne-annee-voeux-nouvel-an.php?page=2

     

  • Adrienne était une grande philisophe (bis)

    Un jour que je disais à ma grand-mère: "Ah! je voudrais déjà être à la semaine prochaine" à cause de je ne sais plus quel heureux événement qui était à venir, voilà ce qu'elle me répond: "Tu es donc si pressée de vieillir?"

    J'étais une très jeune jeune fille alors et je me souviens qu'au premier abord je n'ai pas su ce que je devais penser de cette réaction. Mais j'y ai réfléchi: sa question m'a obligée à réfléchir à la notion du temps qui passe et qui ne revient pas. C'est une leçon que je n'ai pas oubliée.

    Ma grand-mère, qui n'avait jamais entendu parler ni d'épicurisme ni de "panta rhei", ni de rien de rien de littérature française, me donnait pourtant cette leçon, par sa seule question "Tu es donc si pressée de vieillir?" : vis aujourd'hui!

    ronsard

    Ode à Cassandre    

    Pierre de Ronsard (1524-1585)

     

    Mignonne, allons voir si la rose

    Qui ce matin avait déclose

    Sa robe de pourpre au soleil,

    A point perdu cette vêprée

    Les plis de sa robe pourprée

    Et son teint au vôtre pareil.

     

    Las! voyez comme en peu d'espace,

    Mignonne, elle a dessus la place

    Las! las! ses beautés laissé choir!

    O vraiment marâtre Nature,

    Puisqu'une telle fleur ne dure

    Que du matin jusques au soir!

     

    Donc, si vous me croyez, mignonne,

    Tandis que votre âge fleuronne

    En sa plus verte nouveauté,

    Cueillez, cueillez votre jeunesse:

    Comme à cette fleur la vieillesse

    Fera ternir votre beauté.


  • O comme oser

    J'ai osé, j'ai enfin osé, il y a une quinzaine de jours, entrer dans un restaurant, un vrai restaurant, toute seule, et dire avec l'aplomb nécessaire au garçon qui s'avance vers vous: Une table pour une personne s'il vous plaît (ou quelque chose dans le genre)

    Et bien figurez-vous que ce jeune homme n'a pas trouvé ça anormal et qu'il s'est montré courtois et prévenant jusqu'au bout.

    Incroyable, non?Clin d'oeil