colette

  • U comme ultime ou U comme "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"

    "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", me dis-je en remontant de la cave une ultime bouteille de Ducru-Beaucaillou 1986 de chez Jean-Eugène Borie, propriétaire à Saint-Julien-Beychevelle.

    J'aime me gargariser de tous ces noms, les dire à haute voix avec délectation, ça me rappelle mon père, celui qui, à l'instar des parents de Colette (oui oui, Sidonie-Gabrielle, celle-là même) m'a initiée "à l’usage familier et discret du vin". Mais ça, c'est une autre histoire et le hors-sujet me guette ;-)

    Je m'en offre donc un verre lundi soir, avec une épaule de lapin, pâtes et broccoli, mardi soir avec le Saint-Marcellin, le pain aux noix, la roquette et les tomates cerises, mercredi soir avec la cuisse de canard confite, les pommes de terre et les haricots verts, ce jeudi soir avec le hachis d'agneau aux oignons et la salade croquante... et demain j'en aurai un ultime verre que je boirai probablement avec son dépôt.

    Un verre, ça va, non? Car je voudrais terminer par une ultime citation de Colette: "Ce n’est pas rien que de prendre en mépris, de bonne heure, à la fois ceux qui ne boivent pas de vin et ceux qui en boivent trop."

  • I comme incipit

    Voici les premières lignes d'un roman. Ceux qui veulent "jouer à trouver la bonne réponse" ne lisent pas la dernière ligne...

    « Monsieur,
    « Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire, auprès de ma fille que j’adore. Vous qui vivez auprès d’elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m’enchante, et je suis touchée que vous m’invitiez à venir la voir. Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C’est une plante très rare, que l’on m’a donnée, et qui, m’a-t-on dit, ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois…
    « Veuillez, donc, accepter, Monsieur, avec mon remerciement sincère, l’expression de mes sentiments distingués et de mon regret. »
    Ce billet, signé « Sidonie Colette, née Landoy » fut écrit par ma mère à un de mes maris, le second. L’année d’après, elle mourait, âgée de soixante-dix-sept ans.
     Colette, La naissance du jour

  • G comme gastronomie

    Il y a exactement deux ans, Ann Frankie, présidente d'une association flamande qui lutte pour promouvoir notre culture de la bière, lançait l'idée de proposer de la bière de table aux enfants des écoles plutôt que des sodas. Son argument numéro un: «La bière de table est très bonne pour la santé car elle est beaucoup moins sucrée». Selon les spécialistes, il s'agirait ici d'un malentendu car de nombreuses bières de table sont sucrées artificiellement et sont par conséquent aussi mauvaises que le coca ou les autres 'soft drinks'.De plus, "ce n'est certainement pas une bonne chose pour les enfants que d'apprendre si jeune le goût de la bière. Et le goût du sucre, ils s'y habituent autant avec la bière que le coca. C'est l'eau qu'il faut promouvoir auprès des jeunes, et non la bière. Car actuellement, cela devient de plus en plus difficile de faire boire de l'eau à un enfant", dit Astrid Vanoppen, diététicienne à l'hôpital Virga Jesse de Hasselt.Deux ans plus tard, je peux rassurer les 'estrangers' qui me liraient: il n'est pas question qu'on trouve de la bière de table dans nos cantines et réfectoires scolaires belges, bien au contraire, on y promeut de plus en plus l'eau, tout simplement. Un des articles de l'époque: http://www.dhnet.be/infos/societe/article/146417/choisir-la-biere-plutot-que-le-coca-a-l-ecole.htmlNos élèves devront donc découvrir les qualités gastronomiques de nos bières ailleurs qu'à l'école. Colette aurait sûrement trouvé cela dommage, elle qui affirmait:    "J’ai été très bien élevée. Pour preuve première d’une affirmation aussi catégorique, je dirai que je n’avais pas plus de trois ans lorsque mon père, partisan des méthodes progressives, me donna à boire un plein verre à liqueur d’un vin mordoré, envoyé de son pays natal : le muscat de Frontignan.    Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j’appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l’âge où on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants Yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d’écume, perles d’air bondissantes ; à travers des banquets d’anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye… Bonnes études, d’où je me haussais à l’usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies."  Pour ceux qui veulent lire la suite de cette belle éducation des papilles gustatives: Colette (1873-1954), Prisons et Paradis (1932)