défi

  • D comme dernier défi

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    Il a ajusté la partie supérieure d'une roulotte de romanichels à la barge qu'il utilise le plus souvent pour aller sur la rivière. A cause de cette roulotte, il est impossible de voir ce qu'il trafique à l'intérieur, et ça intrigue beaucoup les paysans, les pêcheurs et les gens du village. On le soupçonne d'y emmener des dames, une ou même deux à la fois, pourquoi pas, et qu'on imagine très peu vêtues, puisqu'il a toujours le prétexte de sa peinture, de son art. 

    Ce en quoi on ne se trompe pas. 

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    Ce jour-là précisément Aline est à bord, vêtue cependant, de sa plus jolie robe et de son chapeau neuf. Il l'emmène déjeuner à Chatou, chez le père Fournaise avec ses amis les canotiers. Aline a tenu à emporter son chien et fait des mines que l'ami Gustave semble trouver à son goût. 

    On l'aime bien, Gustave, c'est lui qui règle la note... 

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    L'a-t-il peinte, son Aline! Aline en lectrice, assise en tailleur dans l'ombre bleue du salon, Aline au bain, soulevant légèrement sa jambe de statue, Aline au jardin, moment de farniente parmi les papillons, les mésanges et les fleurs, Aline dans le champ de blé, avec le village en arrière-plan, Aline lui faisant un baiser d'au revoir, la bouche en coeur au bout de ses jolis doigts... 

    Il se dit qu'il finira sans doute par l'épouser. Il a cinquante ans passés et leur petit Pierre bientôt cinq. 

    *** 

    Dernier défi des Plumes d'ici et d'ailleurs
    jours 18 (Claude Monet, La barque atelier, 1874), 19 (Renoir, Le déjeuner des canotiers, 1871) et 31 (logorallye avec les mots des objets présents sur la photo: lectrice, statue, mésange, bleue, tirelire, au revoir, village, tailleur, farniente)

  • D comme Défi du samedi

    parodie,pastiche,défi,poésie

    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

    parodie,pastiche,défi,poésie

     

  • 20 miracles de la nature (1)

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    Quand l'étang est à moitié gelé,
    Saturnin et ses copains  

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     amusent les passants 
    et les enfants 

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    en leur refaisant 
    un numéro de Jésus 

    *** 

    pour le défi du Hibou 

    semaine 51 - miroir

  • Adrienne et ses addictions

    Avec le billet du 25 septembre, les lecteurs de l'Adrienne ont pu prendre connaissance de sa dernière addiction, le café. (1) 

    Ceux qui viennent depuis plus longtemps savent qu'il y a également l'addiction à internet. No comment tongue-out 

    Mais la toute première, l'initiale, la primo-arrivée, concerne les lettres, les mots, les phrases, les langues: savoir écrire, savoir lire, raconter des histoires. (2) 

    Alors vous pensez bien que l'annonce d'un marathon de lecture chez Margotte a fait tilt dans la tête de l'Adrienne: elle s'est inscrite sans réfléchir. Elle est allée à la bibliothèque. Elle en a rapporté quelques kilos de livres. (3) Elle s'est installée et a lu, bu des cafés et écrit des billets de blog, réunissant ses trois addictions qui ont l'avantage de coûter bien moins cher que si elle était accro au shopping, aux jeux de hasard ou aux chaussures. cool 

    lire,lecture,lecteur,défi,adrienne,souvenir d'enfance,belge,belgique,litterature

    Un des livres rapportés de la bibliothèque est La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie (4) éd. Luc Pire, Espace Nord, 2008. 

    lire,lecture,lecteur,défi (5)

    Premier arrêt de lecture à la page 28, sur un extrait d'un roman de Marie-Claire Blaimont, Black Lola, paru en 1994 aux éd. Le Cerisier. 

    C'est elle qui t'a fait goûter les couques, le pain perdu, (...) le boudin avec de la compote (...) Le laitier passait et, ta cruche en main, tu le regardais verser le lait blanc qu'on allait ensuite faire bouillir, en surveillant sa montée. Si elle ne trouvait pas la monnaie, elle appelait au secours saint Antoine de Padoue. A deux ans, à cinq ans, à huit ans, tu ne rêvais que d'une chose, (...) c'était te blottir contre sa grosse poitrine et l'écouter te raconter, la regarder vivre, sentir l'odeur de cuisine calfeutrée, cette chaleur du poêle à charbon, étouffante, qui poussait à la somnolence. 

    Tout ce que tu sais d'ici, tout ce qui t'a finalement servi à vivre chez nous, c'est d'elle que tu le tiens, elle t'a fait pousser des racines (...). 

    La vierge de Lourdes sous son globe, entre deux obus bien astiqués de la guerre de 14-18, les rameaux sur la croix, les napperons de dentelle, la loque à poussières qu'on secoue sur le seuil, l'entrée de la cave avec le beurrier, la cruche à lait (...), le lait qui bout sur le poêle, les murs encombrés de photos, les meubles encombrés de bibelots de bazar, les galettes dans une vieille boîte à biscuits dont le couvercle coinçait, (...) la lampe qu'on allume le plus tard possible le soir, alors que la cuisine est depuis longtemps plongée dans la pénombre et qu'on continue à attendre, attendre quoi, tranquillement... Comment aurais-tu su tout cela? 

    lire,lecture,lecteur,défi

    dans cet extrait, tout correspond parfaitement à grand-mère Adrienne... 

    ***

    (1) Il n'en a tout de même fallu que deux pour la rédaction de ce billet.

    (2) A l'âge de cinq ans, mini-Adrienne était bien meilleure en fiction qu'elle ne l'est aujourd'hui tongue-out 

    (3) les livres se comptent en kilos pour deux raisons: ça dit plus sur le nombre de pages ainsi que sur l'effort qu'il y aura à fournir pour les trimbaler à pied sur un kilomètre, à l'aller et au retour. 

    (4) toujours les voies de la bibliothécaire en chef sont et restent impénétrables: pourquoi ce troisième volume et pas les deux premiers? Mystère! 

    (5) info trouvée dans le journal La libre Belgique du 23 septembre 2008:

  • D comme débile

    Le chocolat, tous les aficionados vous le diront, est excellent pour la mémoire. 

    Aussi, l'Adrienne ne manque pas de s'en offrir une plaquette, de temps en temps. Du noir sucré à la stévia, pour mettre toutes les chances de son côté. 

    Comme on en vend dans son supermarché préféré, il n'y a rien de plus facile: la plaquette passe du rayon dans le caddie et de la caisse au sac à provisions.  

    Dans le fond duquel l'Adrienne l'oublie.

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    source image 

    écrit pour le défi du samedi: j'ai la mémoire qui flanche

  • X c'est l'inconnu

    10
    Pour rafistoler un coeur en détresse
    Il faut plus qu'une petite compresse

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    9
    Pour soutenir un coeur en charpie
    Il ne suffit pas d'une béquille

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    8
    Pour soulager le coeur qui pleure
    Il faut plus qu'un antidouleur

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    7  
    Si tu as le coeur brisé
    Je te chante du Bizet

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    6
    Si tu as le coeur gros
    Je le rends allegro

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    5
    Ton coeur en compote
    Je le retricote

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    4
    Coeur qui soupire
    Vois ton empire...

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    3
    Coeur en miettes
    Ne t'inquiète

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    Coeur d'or
    J'adore

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    1
    Le jour n'est pas plus pur que le fond de ton coeur...

    (alexandrin monosyllabique pris chez Racine, Phèdre, acte IV scène 2:
    Hippolyte: Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur)

    ***

    pour le défi du samedi n°404

  • U comme UDO

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    © Marion Pluss

    http://www.bricabook.fr/2015/05/atelier-decriture-web-177e/

    Chaque année, pour l'anniversaire de Marie-Ange, un grand goûter est organisé. C'est un honneur d'être parmi la quinzaine d'élus à cette fête.

    Chaque année, le grand-père de Marie-Ange tient à faire un numéro de clown.

    On rit, on applaudit, on en redemande.

    Sauf Marie-Ange.

     

  • B comme bazar bizarre

    Au Bazar du bizarre
    On vous vend des falzards

    Qu'ont portés des housards (1)
    De l'époque des Tsars.

    Au quartier des Beaux-Arts
    Le gros pouce à César
    Doré comme un lézard
    Ce n'est pas un hasard.

     

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    « Pouce-derdaumen » par cesar — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pouce-derdaumen.JPG#/media/File:Pouce-derdaumen.JPG

    Derrière l'Alcazar
    Julos le Balbuzard
    Versatile bousard
    Vainc toujours le blizzard.

    Chez l'oncle Balthazar
    Repère de maquisards
    On chante les Quat'z'Arts
    A réveiller Lazare.

    Les trains de banlieusards
    Les antidreyfusards
    Tout se trouve au Bazar
    De plus en plus bizarre

    Même mon cher Mozart

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     (1) réminiscence d'un poème de Victor Hugo, Mon père, ce héros au sourire si doux...

    ***

    des vers de 6 pieds
    sur une idée du Défi du samedi
    "au bazar du bizarre"

     

  • Dernière lettre

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    photo de l'hiver 2010-2011

    Le jardin est une scintillante symphonie de blanc, une aquarelle où se détachent les mésanges et les merles gloutons. Ils se disputent avec ténacité un kilo de graisse de bœuf. Ils ont conscience que leur vie en dépend.

    La fourgonnette rouge vif remonte l'allée sinueuse, en fait le tour dans un crissement de pneus et de freins, s'arrête pile devant la boîte aux lettres rouillée. Bruit de portière qui claque.

    En l'espace de quelques secondes, le silence est revenu. Muanza sort prendre le courrier et le chien en profite pour aller jusqu'à la rue, provoquant au passage un nouvel envol autour de la mangeoire aux oiseaux.

    Le journal, deux enveloppes. Muanza a un frisson au cœur en voyant celle qui est bleutée avec trois grands timbres aux couleurs vives. Lagos, Nigeria, cette ville immense composée d’îles qu’aucun pont ne relie. Il lui semble entendre les rythmes yoruba. Et le rire de Theresa.

    Theresa, la belle parenthèse dans le fardeau des premiers mois d’errance. Theresa et sa façon d'enrouler son pagne. Theresa qui se coiffe à petits coups secs ou se peint les ongles des doigts de pied en grenat. Theresa qui se penche vers lui pour lui tendre un bol de fufu. Le parfum de Theresa, la sueur de Theresa. Et ses caprices de jeune et jolie femme.

    Malgré le froid de janvier, il ressent une violente zébrure de chaleur, comme une secousse. Il rentre prestement, le chien sur les talons. Déchire l'enveloppe d'un coup sec, déplie le fragile feuillet bleu, lit les mots de Theresa, son langage coloré d'expressions en yoruba et son anglais bancal.

    Theresa qui l’appelle chéri, lui dit sa douleur, ses regrets, le vide, le temps qui passe… Qui ne comprend pas pourquoi il ne lui écrit jamais, qui lui fait presque une scène. Qui ne sait pas qu’il y a Rosemonde. Et une autre encore, au Niger.

    Parce que c’est aussi ça, pour Muanza, la résilience (1).

    Plus tard, il cache soigneusement la lettre entre ses T-shirts propres. Il ne faudrait pas que Pierre ou Marie la trouvent. Ils ne comprendraient pas. L’Europe, ce n’est pas l’Afrique, se dit-il.

     ***

    (1) capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité (définition de Boris Cyrulnik)

    ***

    Le texte combine deux consignes

    les mots du dernier défi du samedi

    Espace - Bruit - Frisson – Rythme - Couleurs- Langage- Caprice - Lire - Déchirer - Pont

    et les mots des plumes d'Asphodèle

    temps, lire, ténacité, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience,  cœur, douleur, scintiller et symphonie, scène, sinueux

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  • J comme je jette ou je garde?

    C’est un ciré que ma mère m’a donné parce que la fermeture éclair est foutue. Il est si pratique pour les promenades hivernales ou pour aller chercher du bois au fond du jardin. Sauf que maintenant j’habite en ville.

    Ce sont des tabliers que grand-mère Adrienne a cousus. Il y en a plus de vingt. Il ne m’en faut que deux, tout au plus. Ceux que je préfère sont précisément ceux qui sont le plus usés.

    C’est un pull de belle-sœur aînée. Celle qui est morte en 1987 dans un accident de voiture. Un beau pull noir dont, dernièrement, j’ai retiré les épaulettes. J’aurais peut-être dû les y laisser ? Je ne l'ai porté qu’à des enterrements.

    Ce sont des mouchoirs de mon père. De grands mouchoirs à carreaux dans des tons de beige ou de bleu, sa couleur préférée. Il n’y en a pas dix en tout, ils sont devenus tout minces et la plupart sont troués. Je n’utilise plus que ceux-là.

     

    - Jette tout ça ! dit l’amie Antoinette. Jette ! Jette !

    ***

    écrit pour le défi 136
    des Croqueurs de Mots
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/12/22/defi-n-136-vetements-and-co-5518569.html?c

    sur le thème du vêtement qu'on garde...

    merci Enriqueta!

     Rome 2011 089 - kopie.JPG

    photo prise à Rome en avril 2011

     

  • G comme gros plan

    Gros plan sur les animaux domestiques de l'Adrienne

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    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html
    pour le Projet 52 chez Ma

     

  • C comme Chez Ma

    Chez Ma, il y a ce petit jeu auquel j'aimerais participer cette année, en essayant de le faire "entrer" dans mon abécédaire et peut-être en mettant parfois plus l'accent sur le texte que sur la photo, je ne sais pas, on verra...

    Je ne suis pas photographe et j'ai un tout petit appareil moins que basique, acheté il y a sept ans dans un superdiscount en superpromo, ça veut tout dire Cool

    Bref. Ici le lien vers les consignes, ça s'appelle le projet 52 et ça consiste à publier une photo par semaine sur un thème imposé. Le thème de cette première semaine, c'est "ici": 
    http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/31227714.html

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    "Ici"

    ici c'est mon bureau
    avec ma nièce-qui-n'est-plus-ma-nièce
    puisque j'ai divorcé de son oncle

    et une de nos (grand-)tantes-qui-n'est-plus-ma-tante
    puisque son neveu n'est plus mon mari

    mais qui me font le bonheur de continuer à me considérer comme de leur famille

    et qui continuent à venir

    ici.

  • F comme faire du Delerm

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    Kot  et Leiloona
    http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-145e/

    - Ma grand-mère avait les mêmes, dit-elle en ne cachant pas le peu d’estime qu’elle porte aux nouvelles acquisitions qu’on vient de faire à grands renforts de « j’achète ? », « je n’achète pas ? », « j’achète ! ».

    Il y a des gens qui ont le chic pour ôter toute confiance en soi d’un seul regard, d’une seule petite moue dédaigneuse.

    Pourquoi rencontre-t-on ces gens-là précisément le jour où on est si content d’un vêtement neuf ?

    ***

    - Il a refait sa vie.

    - Elle a refait sa vie.

    C’est la petite phrase dont on sait qu’elle va arriver tôt ou tard dans la conversation qu’on a avec sa mère à propos d’une connaissance de ses connaissances.

    Et dont on comprend bien le sous-entendu, à cause du petit silence significatif qui suit :

    - Et toi, qu’est-ce que tu attends pour « refaire ta vie ? »

    ***

    - Y a un peu plus, je le laisse ?

    Pourquoi n’ose-t-on jamais dire :

    - Ah ça non, par exemple ! J’ai demandé 500 grammes, pas 650 !

    Par contre, on n’entend jamais :

    - Y a un peu moins, c’est OK ?

    Alors quand on a l’intention de faire la terrine de saumon frais et fumé, on dit bien fort :

    - Il me faut exactement 500 grammes de filet de saumon ! Très exactement !

    Et on feint l’admiration quand le poissonnier jette sur la balance un morceau qui fait au gramme près ce qu’on a demandé.

    - Bravo ! s’exclame-t-on. Voilà qui s’appelle avoir le compas dans l’œil.

    Au lieu de lui dire :

    - Pourquoi vous ne réussissez pas ce joli coup à chaque fois ?

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

     Les 3 premiers titres: Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse

    Merci à Joe Krapov pour la consigne et à Leiloona pour la photo!

  • 22! revoilà les défis!

    Le cahier rose

    Il est d’un rose passé et son papier de mauvaise qualité. Un cahier de brouillon d’autrefois – précision sans doute inutile vu que de nos jours ça n’existe plus. En tournant les pages, précautionneusement, on a peur que le papier se désagrège, que les lettres s’effacent.

    L’écriture est au crayon et elle aussi est d’autrefois. Une écriture appliquée qu’on ne reconnaît pas. Ce n’est pas celle du grand-père – magnifique calligraphie, somptueuses courbes des majuscules – ni celle de la mère – petites lettres serrées, grands accents graves ou aigus – alors on se dit que ce doit être l’écriture de la grand-mère, elle qu’on n’a jamais vue écrire, sauf parfois apposer une signature sur un document que lui tend le facteur ou sur le carnet de notes quand les parents sont partis en vacances avec le grand-père, chaque année au mois de septembre.

    C’est un cahier de recettes, on le voit tout de suite. Ce qui est bizarre, c’est qu’il s’agit de plats que la grand-mère n’a jamais préparés. Du pain sans farine. Un cake sans œufs. De la mayonnaise sans huile.

    A la recette de la « tarte à la frangipane » on a vraiment compris quelle avait été la fonction du cahier et pourquoi on n’avait jamais vu apparaître aucune de ces préparations sur la table de grand-mère.

    C’est une « tarte à frangipane » où les ingrédients principaux de la crème frangipane sont remplacés par la pomme de terre en purée.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 325

    http://www.rtbf.be/14-18/thematiques/detail_recettes?id=8275057

     

    file:///C:/Users/admin/Downloads/cuisine%20Occup.pdf

  • M comme mutir

    - Mais qu’est-ce qui lui a pris de mutir comme ça ! s’exclame Yolande.

    - Tu sais bien qu’il mutit comme il respire… fait Joséphine.

    - Je sais, hélas ! et s’il a cru que j’allais sortir mon puchoir, il se trompait ! Je n’ai pas versé une levantine !

    - Bravo ! ça lui fera les pieds ! toujours à courtauder à droite et à gauche derrière tout ce qui porte jupon ! A propos, tu la connais, cette freloche ?

    - Laquelle ? La dernière en date ? C’est une collègue de travoul. Il me semble qu’elle s’appelle Ailin… ou Ajla… un prénom nummulitique, en tout cas.

    - Ah oui, c’est vrai, elle vient d’Oslo !

     ***

    écrit pour le Défi du samedi 324
    avec les mots imposés

    tirés du "Dictionnaire des mots rares et précieux" :

    - LEVANTINE (nom féminin)

    - NUMMULITIQUE (adjectif)

    - PUCHOIR (nom masculin)

    - TRAVOUL (nom masculin)

    - FRELOCHE (nom féminin)

    - COURTAUDER (verbe) 
    - MUTIR (verbe)
    A la manière de Tardieu "Un mot pour un autre"
    mais sans tenir compte de la deuxième partie de la consigne
    qui demandait de raconter un vol dans un magasin

  • L comme livres

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    de gros volumes cartonnés
    portant la signature du grand-oncle Aimé.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    recouverts d’un vieux papier vert
    les livres de classe de mon beau-père.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    dans un manuel de bricolage
    une photo de notre mariage.

    Les romans d’amour hérités de tante Simonne
    Les Comtesse de Ségur reçus de Marie-Louise
    Les Jules Verne cadeaux de madame Henriette

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     Les grands classiques, les lectures imposées, une collection de romans pour la jeunesse, les recueils de poèmes, les anthologies historiques, tout le théâtre de Ghelderode et d’Ionesco, de Racine et de Molière, toute la poésie du 16e siècle, de Verlaine et de Rimbaud.

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    Jacques Prévert et Jacques le fataliste. François Mauriac et François le Champi. Madame de la Fayette et madame Bovary.

    Tout emballer, tout répertorier, tout déménager, tout reclasser, tout replacer.

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    Pourtant je ne suis pas bibliothécaire Clin d'œil

    ***

    texte écrit pour les Croqueurs de mots n°127
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/06/30/defi-n-126-5383002.html

     Merci à Enriqueta de m'avoir prévenue!

    Et bonne fête nationale aux amis français Sourire

  • R comme règles

    Elle a sept ans et lui presque neuf. Il lui apprend un nouveau jeu de cartes. Il lui explique les règles et s'embrouille un peu. Ça ne fait rien, dit-il, tu comprendras mieux en jouant.

    Elle est d'accord. Elle est toujours d'accord. Ils jouent.

    Quand elle a compris la stratégie et est sur le point de gagner, il fait une chose qu'il n'avait pas expliquée.

    - Oh! On peut faire ça? Tu ne l'avais pas dit!
    - Mais oui, je peux le faire.

    Alors c'est lui qui gagne.

    Je m'en souviendrai, se dit-elle. 

    Dans la partie suivante, elle veut appliquer ce nouveau point du règlement pour gagner aussi. Il secoue la tête:

    - Ah non! Ce n'est pas permis de faire ça!
    - Et pourquoi pas? Tu l'as bien fait, toi!
    - Oui, mais là, ce n'est pas pareil!

    Et il gagne encore.

    Bizarrement, quand l'été suivant elle y joue avec son amie Véronique, le règlement est encore différent. 

    ***

    Elle a dix ans et lui presque douze. 

    - Tu sais jouer aux dames? lui dit-il.
    - Aux dames?

    Jouer aux dames, quelle drôle d'expression, pense-t-elle.

    Il lui explique les règles et s'embrouille un peu. Ça ne fait rien, dit-il, tu comprendras mieux en jouant.

    Elle est d'accord. Elle est toujours d'accord. Ils jouent.

    ...

    Comment? Que dites-vous? Vous avez déjà deviné la suite?

    Oui, bien vu, il gagne toujours. Chaque fois qu'il est sur le point de perdre, ses pions ou ses dames peuvent faire un bond inédit et réservé à lui seul.

    Quand un soir de Nouvel An elle y joue avec cousine Gisèle, les règles ont encore un peu changé.

    ***

    Elle a douze ans et lui presque quatorze.

    - Tu veux que je t'apprenne à jouer aux échecs? propose-t-il.

    Elle écoute ses explications toujours aussi embrouillées, observe ces pions tous différents qui peuvent tous se mouvoir de façons différentes.

    Allez savoir pourquoi, elle n'a pas confiance.

    - Non, dit-elle. Franchement non. C'est beaucoup trop compliqué pour moi.

    Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'elle appréhende déjà le moment où elle y jouera avec l'amie Véronique ou la cousine Gisèle.

    ***

    Voilà pourquoi jusqu'à ce jour elle n'a toujours pas appris à jouer aux échecs. Elle préfère continuer à dire:

    - Les échecs? C'est beaucoup trop compliqué pour moi!

     

    Ça aussi, c'est un jeu et une stratégie Langue tirée

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 303
    Thème: Et si on jouait?
    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2014/06/14/30071947.html

     

  • C comme chanson du vitrier

    Comme c’est beau
    ce qu’on peut voir comme ça
    à travers le sable à travers le verre
    à travers les carreaux
    tenez regardez par exemple
    comme c’est beau
    cette jeune femme
    là en face
    qui accueille un petit garçon
    pour le mener en classe
    pour lui apprendre à lire et à écrire
    pour qu’il puisse un jour
    aider sa maman
    qui reçoit des tas de papiers
    qu’elle ne comprend pas
    qui doit faire très attention
    en faisant ses courses
    de ne pas rapporter
    des rognons de porc au lieu d’agneau
    parce qu’elle n’ose pas toujours demander
    aux autres clients
    alors voir son petit garçon
    qui épelle ses premiers mots
    ça la rend si fière
    et heureuse pour le reste de la journée.


    (à la manière de Jacques Prévert, Chanson du vitrier, Histoires et d’autres histoires, 1963)

    ***

    écrit pour le Défi du Samedi n° 291

  • F comme Folon

    défi292.jpg

     

    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2014/03/29/29538433.html

    Autrefois,
    on mettait le képi dans la cage
    et on sortait avec l’oiseau sur la tête.

    Aujourd’hui
    on tient les oiseaux enfermés
    sous le chapeau.

     

    Liberté
    je crie ton nom.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 292

  • M comme merle

    Le merle - Théophile Gautier (Emaux et Camées)

    Un oiseau siffle dans les branches
    Et sautille gai, plein d'espoir,
    Sur les herbes, de givre blanches,
    En bottes jaunes, en frac noir.

    C'est un merle, chanteur crédule,
    Ignorant du calendrier,
    Qui rêve soleil, et module
    L'hymne d'avril en février.

    Pourtant il vente, il pleut à verse ;
    L'Arve jaunit le Rhône bleu,
    Et le salon, tendu de perse,
    Tient tous ses hôtes près du feu.

    Les monts sur l'épaule ont l'hermine,
    Comme des magistrats siégeant.
    Leur blanc tribunal examine
    Un cas d'hiver se prolongeant.

    Lustrant son aile qu'il essuie,
    L'oiseau persiste en sa chanson,
    Malgré neige, brouillard et pluie,
    Il croit à la jeune saison.

    Il gronde l'aube paresseuse
    De rester au lit si longtemps
    Et, gourmandant la fleur frileuse,
    Met en demeure le printemps.

    Il voit le jour derrière l'ombre,
    Tel un croyant, dans le saint lieu,
    L'autel désert, sous la nef sombre,
    Avec sa foi voit toujours Dieu.

    A la nature il se confie,
    Car son instinct pressent la loi.
    Qui rit de ta philosophie,
    Beau merle, est moins sage que toi !

    Merle blanc 

    Le prof de maths a 55 ans, des verres épais comme des fonds de bouteille et une réputation d’ours.

    - Chaque fois qu’on a un test de maths, dit Stijn, le premier de la classe, je stresse comme un fou.
    - Mais pourquoi donc ?

    Ce n’est pas toujours rationnel, à quoi tient la réputation d’un prof, d’où elle lui vient et s’il la mérite vraiment. Dans le cas du collègue de maths, ses grands coups de gueule le font passer pour un rustre sans cœur – ce qu’il est loin d’être – mais le plus bizarre de tout, c’est qu’il a une réputation d’alcoolique, alors qu’il ne boit que des canettes de coca light.

    Puis, tôt ou tard un sourire légèrement moqueur apparaît sur toutes les lèvres quand quelqu’un dit : « En zijn duivenkot ! »

    Parce qu’il est colombophile. Donc ringard.

    Jusqu’à ce quelqu’un lance :

    - L’oncle de ma copine, il est aussi colombophile, et il vend les œufs de ses meilleurs pigeons à 1500 euros pièce !

    Au  silence qui suit, on sent tout le respect dû à l’argent, parmi ces jeunes qui font des études d’économie.

    - Bon, dit Madame, à moitié rassurée sur la vision qu’ils ont de son collègue. Il se fait tard. Si on allait manger ?

    Le pigeonneau, se dit-elle en fermant à clé la porte de sa classe, c’est tout de même excellent. Avec des petits pois et du gratin dauphinois.

     poesie,litterature,printemps,hiver,défi

     écrit pour le Défi du samedi 285, Les aventures d'un pigeon voyageur

  • C comme cheminées

     Mécréante

    On avait bien expliqué à la petite que dans la nuit du cinq au six décembre, il caracolait sur les toits, suivi de son fidèle Zwarte Piet chargé du sac plein de jouets pour les enfants sages.

    - Tous les enfants du monde entier ? avait voulu savoir la petite.
    - Oui, lui avait-on dit, en précisant une nouvelle fois : tous les enfants sages !

    A six ans, la petite fille n’avait qu’une très vague idée de l’ampleur du monde et du nombre d’enfants qui l’habitaient – sages ou pas sages – mais elle se disait qu’une telle chose était impossible.

    - Tous les enfants du monde en une seule nuit ? C’est impossible ! dit-elle.
    - Mais si, c’est possible ! N’oublie pas que c’est un saint !

    Les saints savent faire des miracles. C’est son institutrice qui le lui a dit.

    - Près de la cheminée, a dit la maîtresse, vous mettrez une petite douceur pour saint Nicolas et une carotte pour son cheval.
    - Chez moi, dit Bernadette, dont les parents étaient fermiers, on met une betterave pour le cheval!
    - Chez moi, dit Catherine, fille de commerçants, on met une bière pour saint Nicolas et du sucre pour le cheval!

    C’était sans doute pour ça que chez Catherine le saint homme venait déjà des jours à l’avance : chaque matin du mois de décembre, elle trouvait des friandises et des cadeaux à côté de la cheminée. En échange d’une trappiste brune.
    Chez la petite, on ne mettait rien du tout, ni pour le cheval, ni pour le saint.

    - Et pourquoi nous on ne met pas une bière pour saint Nicolas ?
    - Mais réfléchis ! dit la mère. Il serait saoul, si tout le monde lui donnait une bière !

    C’était vrai, bien sûr. Et alors il tomberait du toit ou se tromperait de cheminée.

    - Et il passe vraiment par la cheminée ? demandait encore la petite.
    - Mais oui, évidemment ! lui disait-on. Par où veux-tu qu’il entre ?
    - Ben… par la porte !
    - Mais la porte est fermée à clé, tu sais bien.

    Oui, mais on a bien dit que c’était un grand saint ? et qu’il faisait des miracles ?
    La petite réfléchit si fort que ça fait des plis au-dessus de son nez.

    - Mais la cheminée, c’est sale !
    - …
    - Et le feu brûle !
    - …

    La petite s’étonne que les grandes personnes n’aient pas pensé à tout ça avant elle. Devant la cheminée, il y a le poêle au charbon. On y fait du feu en continu, jour et nuit. Ne faudrait-il pas l’éteindre pour la nuit du cinq au six décembre ?

    - Je t’ai déjà dit que c’est un saint, répète la mère avec de l’impatience dans la voix, alors va dormir et ne pense plus à rien !

    Couchée dans son petit lit, l’œil rivé à la fenêtre par où elle voit les toits et les cheminées du pâté de maisons d’en face, la petite ne dort pas. Elle veut voir de ses propres yeux le grand saint, son cheval blanc, Zwarte Piet et le gros sac de jouets.

    Elle veut bien croire qu’il existe, puisque effectivement le matin du six décembre il y a une poupée pour elle et des jouets pour le petit frère, mais cette histoire de toits et de cheminées, non vraiment, elle n’y croit pas !

     

    maart 2013 (4).JPG

    dans la maison de tante Fé, il faudra être un bien grand saint...
    la cheminée n'a même plus de trou
    Langue tirée

     


  • G comme gare à la littérature de gare

    "Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l'abandonna à cause d'affaires urgentes et l'ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l'intrigue et le caractère des personnages.

     

    Ce soir là .........."

     

    défi 271.jpg

    Ce soir-là, le style était si lourd que le train dérailla.

    Ce soir-là, les phrases étaient si creuses qu’il tomba dedans.

    Ce soir-là, la psychologie des personnages était si mince qu’on aurait aisément pu s’en rouler une cigarette.

    Ce soir-là, l’intrigue était si transparente que même le vent et la pluie passaient au travers de sa nudité.

    Ce soir-là, les contresens étaient si nombreux qu’il aurait mieux valu lire le roman en commençant par la fin.

    Ce soir-là , les ficelles étaient si grosses qu’elles auraient pu servir à remorquer le Costa Concordia jusqu’au port de Gênes.

    Ce soir-là, le dénouement était tellement tiré par les cheveux qu’il était content d’avoir gardé son chapeau sur la tête.

    C’est ainsi qu’un soir un train fut englouti par le néant de la littérature.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 271

    En réalité, il s'agit de l'incipit d'une nouvelle de Cortazar, La continuité des parcs, qu'on peut trouver ici à la page 6:
    https://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=11&ved=0CC4QFjAAOAo&url=http%3A%2F%2Flewebpedagogique.com%2Fmrneveux%2Ffiles%2F2013%2F09%2FNouvelles-%25C3%25A0-chute-%25C3%25A0-lire-en-cursive.docx&ei=cat6UtCBHoaJ7Aa644CQCg&usg=AFQjCNEdEAV8Yv4f-YtGov3CDGp3KSFEQg&sig2=toE24w69iF3FZ5O7CjxyYw&bvm=bv.55980276,d.ZG4

     

  • I comme incipit

    "La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.

    Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore", et refusaient de partir."

    Extrait du livre d'Elise Fischer : "Les alliances de cristal"

     ***

    Dans les coulisses, chacun la repoussait chaque fois sur la scène : Va, va, retournes-y, salue !

    Les organisateurs du concert étaient là aussi, pressants : Tu n’as rien prévu pour un bis ? une petite pièce ? un mouvement, un seul ? un de ceux que tu as joués ?

    La jeune fille était vidée, épuisée, livide. Mais il n’y avait personne pour le remarquer. Ni dans la foule, qui exigeait son petit supplément de plaisir musical, ni derrière les coulisses.

    Celui qui s’était arrogé le rôle d’impresario était le plus acharné : Va donc ! ne te fais pas prier ainsi !

    Cette petite si prometteuse n’allait tout de même pas commencer à faire des caprices de star ? Il espérait beaucoup de cette soirée et voyait déjà deux ou trois articulets élogieux dans la presse. Il y avait des journalistes dans la salle, qu’il avait invités, et qui étaient restés jusqu’à la fin. Bon signe !

    Le lendemain, en effet, on pouvait lire ceci :

    « Jeune virtuose morte sur scène »

    ***

    écrit pour le Défi du samedi de ce jour
    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2013/05/04/27074524.html

  • C comme chuchotis de chats

     

    Les silencieux bavards

     

    chats 27nov10 - kopie - kopie.JPG

    Mes chats sont de silencieux bavards
    Qui me somment de leur ouvrir la porte
    Me notifient que leur gamelle est vide
    Éructent leur soif et toutes leurs envies

    Cependant ils maîtrisent la nuance
    Et modulent leurs petites phrases
    Selon l’urgence de leurs besoins
    Et la réactivité de leur esclave

    Ils me signifient clairement
    Ce qui leur ferait plaisir
    Croquettes ou câlins
    Et l’endroit précis

    Jamais ils n’oublient
    Jamais ne se résignent
    Et si la parole ne suffit pas
    Ils y ajoutent… la patte

    Car comme disait ma mère
    « Wie niet horen wil moet voelen » (1)

    ***

    écrit pour le défi du samedi n°241
    Et si les chats parlaient...

    (1) « Wie niet horen wil moet voelen » servait à justifier de frapper un enfant, mais c’est un léger détournement du proverbe qui signifie que si on n’écoute pas les bons conseils, on en subira les conséquences.

  • P comme peur

    Quand elle était petite, elle aimait beaucoup les chiffres.

    Ceux qu’on récite avec fierté dans les tables de multiplication, six fois sept quarante-deux...

    Ceux qu’on chantonne Un, deux, trois, nous irons au bois.

    Ceux qu’on danse à la corde, 1,2,3,4,5,6,7, Violette à bicyclette.

    Ceux qu’on décompte pour désigner le joueur, Un petit cochon pendu au plafond…

    Ceux qu’on frappe joyeusement du pied en marchant, Un kilomètre à pied, ça use les souliers.

    Mais aujourd’hui, ça a bien changé.

    Elle a peur de lire le thermomètre. Peur d’y voir un zéro ou un chiffre en-dessous de zéro. Car il ne fait plus que dix degrés dans la maison, et quatre dans la salle de bains.

    Elle a peur de lire les résultats de l’analyse de sang. Peur d’y voir des nombres trop élevés ou trop bas. Car ce n’est jamais le moment de tomber malade, et aujourd’hui moins que jamais.

    Elle a peur de lire son courrier. Peur d’y voir les montants à payer. Car elle craint de ne plus y arriver, un jour ou l’autre.

     

    Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept,
    Adrienne a fait des dettes !

    écrit pour le défi 237
    thème: la peur des nombres

  • E comme écureuil

    La dernière fois que l’Adrienne s’est allongée sur un transat dans son jardin, c’était il y a trois ans et demi. Exactement.

    Il faut dire qu’elle avait bien fait les choses : à l’ombre des noisetiers, sur la pelouse fraîchement tondue, la tête au creux d’un oreiller, un autre sous les genoux pour reposer le dos, une pile de livres à portée de main et un plateau avec le thé. Tout un déménagement qui avait nécessité au moins quatre voyages entre le jardin et la maison mais qui ajoutait au bonheur d’être étendue là, sous le ciel bleu, dans la chaleur de juillet.

    - Ah ! soupira l’Adrienne en gratouillant d’une main distraite derrière les oreilles de son chat Pipo, ah ! quel bonheur ! qu’est-ce qu’on est bien !

    C’est alors que dans les ramures des noisetiers qui se balançaient mollement dans la brise légère, elle aperçut un écureuil qui l’observait. Impossible de dire qui, de l’Adrienne ou de l’animal, retenait le plus sa respiration en regardant l’autre.

    - Oh ! comme c’est mignon, fit l’Adrienne toute remuée par la vue de cette petite bête qui se lançait hardiment de branche en branche.

    ***

    Un mois et demi plus tard, on pouvait entendre pour la première fois cette même Adrienne exhorter son chat :

    - Attrape-le ! Attrape-le !

    Depuis trois ans et demi, l’Adrienne ne ramasse plus une seule noisette.

    écrit pour le Défi du samedi 231: Au voleur!

  • C comme communiqué

     Le communiqué

    Il était sur le point de s'endormir quand, soudain, il vit briller dans la nuit la petite lucarne de sa radio qu'il avait oublié de fermer.

    Il ne fut même pas étonné d’entendre la voix de sa mère, pourtant morte depuis plus de cinq ans, lui dire de ce ton glaçant qu’elle prenait chaque fois qu’elle s’adressait à lui :

    - Tu t’es bien brossé les dents ?

    ***

    Il était sur le point de s'endormir quand, soudain, il vit briller dans la nuit la petite lucarne de sa radio qu'il avait oublié de fermer.

    - Bonsoir mon cher Président, fit une voix insidieusement suave. Profitez bien de vos dernières heures entre vos draps de soie, car votre frère Juan sera à vos portes à l’aube et cette fois il aura avec lui tout un peuple qui crie « ¡Venceremos ! »

    ***

    Il était sur le point de s'endormir quand, soudain, il vit briller dans la nuit la petite lucarne de sa radio qu'il avait oublié de fermer.

    - Les Français parlent aux Français, prononçait une voix lente et nasillarde fortement entrecoupée de bruits et de cliquetis divers. Voici d’abord quelques messages personnels : …

    Excédé, il se leva et alla frapper sur la porte en face de la sienne :

    - Agathe ! arrête ces jeux idiots ! Je veux dormir ! Je travaille, moi, demain!

    ***

    Depuis que sa fille suivait des cours d’électronique, il n’y avait plus moyen de dormir tranquille.

    texte écrit pour le défi 228, titre et incipit d'une nouvelle de Jacques Sternberg

  • V comme voeux

    Chers élèves de mon cœur (boum boum)

    A l’occasion de cette nouvelle année (tsoin tsoin)
    Je tiens à vous présenter mes meilleurs vœux (bla bla bla bla)

    Que 2013 soit pour vous Ouaaahhh !
    Sans snif sans atchoum
    Sans gnagna sans beurk
    Pleine de hahaha et de hihihi
    Une année qui clac et qui clap
    Une année miam miam et smack
    Pleine de vlan et de vroum vroum
    Et de tagada boum boum !

    Votre prof de français (cocorico)

    Raide Dingue-Dong

    ***

    le défi 229 nous demandait de formuler des voeux sous forme d'onomatopées...

  • L comme loquacité

    Il y en a qui murmurent aux oreilles des chevaux
    il y en a qui parlent chat
    qui hurlent avec les loups
    qui roucoulent
    qui bêlent
    qui aboient
    qui rugissent
    qui glapissent
    qui sifflent comme ces serpents sur vos têtes…

    Et puis il y a moi
    qui discute avec mes meubles
    pour savoir où je les mettrai
    dans ma nouvelle maison
    s’ils veulent bien m’y suivre…

    Mais ils me répondent
    par cet assourdissant silence
    du chêne mort.

    écrit pour le défi n°227, Faites parler un meuble de votre maison

  • D comme défi

     

    Silence !

    « Silence ! » nous dit-on dans une bonne demi-douzaine de langues, au moins une fois toutes les cinq minutes.

    « Chut ! » font les gardiens postés aux quatre coins de la salle.

    Mais le murmure de la foule ne s’éteint jamais.

    ***

    Il faut croire qu’à la chapelle Sixtine personne, vraiment personne n’est muet d’admiration.

    texte écrit pour le défi 218, désolée pour ceux qui le liront deux fois