eleve

  • Le premier

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    Après le concert de percussions diverses, Madame a trempé sa plume dans l'encre rose de la gratitude envers un ancien élève: 

    Cher Simon,

    Je tiens à te remercier: c'est grâce à toi qu'un jour je suis allée écouter un concert de marimbas, et c'est grâce à toi que j'ai appris à apprécier les percussions. 

    Sans toi, j'aurais raté quelque chose. 

    J'ai été heureuse de te revoir ce soir et je te souhaite encore beaucoup de succès. 

    *** 

    Vous aussi vous avez remarqué qu'il n'y a que des mecs sur la photo? 

    Les instruments de musique, comme les jouets, comme les vêtements, comme tout le reste, ont un sexe. 

  • U comme unique argument

    prof,école,élève,actualité

    Il y a une seule raison, écrit Michele Leavitt dans un chouette billet de blog le 16 mars dernier, un seul argument pour refuser de donner des armes aux profs, comme le propose un certain T*** qui est arrivé, personne ne sait trop comment, à la tête d'un grand pays où les armes sont en vente libre et où des enfants se font de temps en temps zigouiller dans leur école par un fou détenant une arme automatique. 

    Un seul, que voici: Teachers are human beings, and human beings fuck up. 

    Voilà. Vous avez sûrement tous compris cool 

    *** 

    "In 4 out of 5 school shootings, at least one other person had knowledge of the attacker's plan but failed to report it."

    Hier une grande marche de soutien aux victimes a eu lieu là-bas dans l'espoir de faire bouger quelque chose au niveau politique. Il faut croire que 114 644 victimes chaque année, dont environ 14 783 ont moins de 18 ans, ça n'émeut pas les responsables au gouvernement. 

    Non, la solution évidente c'est d'armer tout le monde. 

    314 victimes par jour, dont 41 n'ont pas 18 ans, 95 en meurent, chaque jour, dont 6 ont moins de 18 ans, tout ça, c'est peanuts. 2277 morts d'enfants sur une année? On peut faire mieux, yes we can

    Attendez de voir quand les profs seront armés. 

    Surtout les Madames énervées et en pleine ménopause 

    tongue-out tongue-out tongue-out 

    photo d'Ursula Madariaga, Woman standing beside a wall

  • Questions existentielles

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    Vendredi dernier, quatrième heure, les élèves de Terminale soupirent: 

    - Je suis bien contente d'être née encore juste à temps pour avoir pu jouer avec de vrais jouets et m'amuser avec mes amis.  

    - Les parents d'aujourd'hui, ils mettent un écran entre les mains des tout petits, comme ça ils ont la paix. 

    Et tous de renchérir... On parlait pourtant de tout autre chose, juste avant. 

    Mais il fallait que ça sorte. Et du moment qu'ils parlent français, Madame est contente tongue-out 

    Justement le même matin, au bureau des coordinatrices il y avait eu cette question d'un gamin de douze ans et demi qui l'avait drôlement ébranlée: 

    - Madame, je peux vous demander quelque chose? Est-ce que vous pourriez dire à mes parents de regarder un peu moins leur téléphone et de me parler? 

     

  • L comme lettre 2

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    Chère Madame S 

    Barrez le "chère", il n'est là que pour la forme, vous ne m'aimiez pas, vous n'aimiez sans doute personne ou vous aimiez vous payer un petit succès facile en vous moquant de vos élèves. 

    En octobre, j'avais dû être opérée de l'appendicite, on m'avait gardée huit jours à l'hôpital et j'ai encore dû rester huit jours à la maison. Quand je suis revenue en classe, je me suis sentie fort démunie, vous aviez entre-temps appris des tas de choses que j'ai été obligée de deviner et de comprendre par moi-même. A commencer par une chanson dont vous exigiez que je la chante avec les autres, alors que je l'entendais pour la première fois. 

    C'est vous malheureusement que j'ai revue le plus souvent par la suite, jusqu'à l'an dernier. Et c'est dans des moments pareils que je maudis ma stricte éducation parce que je préférerais détourner la tête et ne pas vous saluer. 

    Mais toujours je vous souris et vous dis "Bonjour, madame S!" 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • 7 heures

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    Samedi, sept heures du soir. 
    Madame tient la caisse d'un de ces nombreux événements organisés par les écoles pour faire rentrer des fonds. 
    C'est sans doute pour tester ses capacités en calcul mental que le prix du repas est fixé à 17 euros. 

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    Vendredi, sept heures du matin. 
    La fée Clochette arrange la coiffure d'un T bird. 
    Une rude journée commence cool 

    *** 

    Il y a des semaines comme ça, où il serait plus simple d'installer son bivouac à l'école, se dit Madame.

     

  • Les premiers et la première

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    Madame ayant une élève qui veut passer le concours d'entrée au KASK, elle est allée reconnaître les lieux et s'est donc rendue à Gand, l'autre samedi, pour y visiter le Bijloke

    L'endroit est magnifique, à un quart d'heure à pied seulement de la gare. 

    A l'intérieur se trouvent aussi les locaux du musée STAM où se tient une expo sur l'université de Gand. Sur cette première photo, la légende indique qu'à ses débuts en 1817 (pendant notre "période hollandaise") elle comptait 190 étudiants. Mâles bien sûr. Seize professeurs, dont neuf venaient de l'étranger, assuraient les cours. Principalement en latin. 

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    Il faut attendre 1882 pour y voir entrer la première étudiante: une jeune institutrice de 23 ans s'inscrit à la faculté de sciences naturelles. Sa simple présence est si souvent cause de désordre dans le groupe masculin qu'elle arrête ses études après les années de candidature, malgré une réussite avec mention (elle obtient la distinction). 

    Madame crie rétrospectivement un grand bravo à cette pionnière. 

    *** 

    pour ceux que ça intéresse, les dates clés: 

    1880, premières étudiantes à l'université libre de Bruxelles 

    1881 à l'université de Liège 

    1882 à Gand 

    et notre Alma Mater, si chère au cœur de Madame, en 1920... donc près de 500 ans après sa fondation (1425) ! 

  • W comme Waarom leven we?

    prof,école,élève

    Victoria n'a pas la frite 

    Est-ce parce que l'hiver est trop long que les lanières de son sac d'écolière lui scient les épaules? Que son dos est devenu fragile comme du verre? Qu'elle n'en peut plus des sempiternels efforts pour atteindre les exigences de perfection qu'elle sent peser sur elle? 

    Est-ce parce que l'hiver est trop long et trop noir et blanc? Que le soir, seule dans sa chambre, les larmes et les sanglots sortent en cavalcade pour avoir été retenus trop longtemps? Qu'atteindre le sommet de cette échelle des valeurs vers où on la pousse lui semble un but de plus en plus inatteignable? 

    Est-ce parce que l'hiver est trop long même s'il touche à sa fin? Les chênes trop noirs, leur écorce trop dure? Que tout la rend malade et plus rien ne lui procure de plaisir? Ni le sport, ni le dessin, ni les cours de sciences qu'elle aimait tant: sa mémoire est devenue une passoire et elle n'a plus goût à rien. 

    - Toi, lui dit Madame, tu fais un burn-out. 

    *** 

    texte écrit pour 

    http://atelierecrituretreizealadouzaine.blogspot.be/

    avec les 13 mots imposés suivants:
    1 cavalcade 2 touche 3 hiver 4 lanière 5 sempiternel 6 écorce 7 échelle 8 frite 9 anaphore 10 chêne 11 passoire 12 verre et le treizième pour le thème : 
    blanc 

    Titre emprunté à Lode Zielens, Moeder waarom leven we? Maman, pourquoi vivons-nous?

  • Stupeur et tremblements

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    Je ne sais pas si vous aurez le courage de lire toute cette lettre ouverte, signée par des profs de lycée. Je l'ai fait, avec une stupeur grandissante. Le titre déjà m'avait choquée: "Sélection à l'université: Pire que le tirage au sort.

    Puisse un tel système - ni le précédent, ni celui qui est prévu pour lui donner suite - ne jamais arriver en Belgique! 

    *** 

    Nous, professeurs de lycée, sommes confrontés aujourd’hui aux côtés de nos élèves au nouveau système ParcourSup censé garantir l’accès au post-bac pour les élèves de Terminale. L’État a prétendu par la voix de Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Emmanuel Macron que ce système permettrait de remédier à l’injustice flagrante qui avait ému l’opinion l’an dernier : la sélection arbitraire des bacheliers par tirage au sort. En vérité, cette nouvelle fake news étatique est là pour cacher l’absence flagrante de toute politique de création de postes dans le Supérieur et de construction de nouvelles universités qui, de fait, prive un grand nombre d’élèves de toute poursuite d’études. C’est ainsi, au bas mot, l’équivalent de dix Universités qu’il faudrait créer pour accueillir dignement les élèves.

    Nous constatons aujourd’hui que le nouveau système ParcourSup propose une sélection encore plus injuste que ce tirage au sort pourtant si décrié. En effet, cette sélection va s’opérer à partir des pires préjugés sociaux. Un premier écrémage s’est déjà effectué sur la base d’une intimidation et d’une autocensure des élèves qui manquent d’un capital culturel que ne peut malheureusement pas leur donner l’école : comment répondre sans l’arrogance et sans l’aplomb qui sont le privilège des privilégiés à des questions qui demandent notamment ce que l’on sera dans 10 ans quand on n’a parfois pas même 18 ans ? Comment compléter pour chacun des 10 vœux, en prépa comme dans la moindre des licences, le dossier exigé comprenant un CV, une lettre de motivation de 300 signes, des justificatifs d’une activité socialement valorisable (BAFA, délégué de classe, porte-drapeau, clubs sportifs, etc.) ? Cette exigence a d’ailleurs favorisé l’apparition de petites entreprises hautement lucratives et cyniques qui se proposent, en échange de la somme de 320 euros, de monter, mener et boucler un dossier aussi titanesque. Qui, plus trivialement, dispose des moyens matériels nécessaires et des réseaux pour le finaliser (scanner pour restituer copie des bulletins et autres lettres de recommandation glanées ici ou là auprès de connaissances plus ou moins haut placées et incidemment valorisantes) ?

    Pour ceux qui auraient franchi avec succès cette première étape, dont la discrimination sociale et territoriale ne fait pas grand mystère, vient à présent le moment de l’examen des dossiers par les établissements du Supérieur. C’est maintenant grâce à nos collègues universitaires que nous sommes informés de la monstruosité absolue de la sélection et de ses modalités. Effectivement, étant donné qu’aucun moyen supplémentaire humain n’a été alloué, la simple lecture et consultation des dossiers dûment complétés s’avèrent impossibles. Ainsi ceux-ci nous ont appris qu’aurait été mis à disposition un algorithme applicable sur les bulletins de notes des élèves qui permet leur pondération en fonction des établissements d’origine. Ainsi pour prendre l’exemple de la région parisienne, une note 14/20 obtenue dans un lycée du 93 vaudrait 12 alors que la même note obtenue dans un grand lycée parisien vaudrait 18. La chose est aisée à croire car, en l’état de pénurie de moyens, comment ne pas réinstaurer un arbitraire en sélectionnant sur la dernière réalité objective, la terrible inégalité sociale et territoriale ? Comme nous l’ont dit certains élèves conscients de ce que toute leur classe d’âge allait être sacrifiée, « c’est pire que le tirage au sort » qui, de fait, leur laissait la chance de la chance.

    Partant, l’unique problème qui devrait préoccuper les professeurs tant du lycée que de l’université, c’est de trouver les moyens pratiques de ne pas collaborer à cette vaste entreprise, proprement dégueulasse, de numérisation des inégalités. Nous appelons tous les professeurs de lycée à renseigner la « Fiche Avenir », cette antiphrase, en garantissant un avis favorable et des items positifs à chacun de leurs élèves pour que ce ne soit pas avec notre aval que tout avenir leur soit purement et simplement nié. Nous appelons chacun à participer au mouvement de grève et de manifestation et à lever des actions pour empêcher la mise en place de ce système qui, sous couvert de modernisation et de nouveauté, va nous faire retourner au 19e siècle sinon à l’Ancien Régime. C’est pourquoi, à l’instar de ces prisonniers condamnés à de longues peines, ou mis à l’isolement qui, l’année du 35e anniversaire de l’abolition de la peine de mort, réclamaient qu’on leur « rende la guillotine », nous réclamons qu’on nous rende le tirage au sort. Ou alors qu’on construise de nouvelles universités et de nouveaux lycées. À moins qu’avec le retour du 19ème siècle n’arrive aussi la révolution, qui mettra à bas l’ensemble de l’ordre social actuel. 

    photo et article chez Diacritik

  • 22 rencontres (6bis)

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    Madame a toujours enseigné aux "grands" de seize à dix-huit ans, sauf quelques exceptions ici et là, dues à d'obscures raisons de préséance et d'ancienneté, puisqu'au fil des diverses fusions d'établissements, comme par hasard, Madame restait la plus jeune. 

    L'année où un collègue de FLE est devenu directeur, Madame a pu reprendre tous les "grands" élèves, de sorte qu'une de ses classes a eu l'immense joie de l'avoir pour prof de FLE pendant quatre années consécutives. 

    C'est dire que si ces élèves-là ne maîtrisent pas bien le français, on sait vers qui pointer le doigt! 

    Ils ont trente-cinq ans aujourd'hui, beaucoup sont mariés et parents à leur tour. Trois d'entre eux sont devenus des collègues de Madame et L*-la-rebelle est devenue géomètre. La semaine dernière, L* demande à Madame: 

    - Vous vous souvenez de Cindy?

    Par miracle, les souvenirs affluent très vite: oui bien sûr! Cindy, celle qui était passionnée par les dauphins. Celle qui un jour est venue voir Madame pour lui demander si elle croyait réalisable son souhait d'aller étudier la biologie marine dans une université française. 

    N'hésite pas! lui a dit Madame. Ton niveau en français est excellent! 

    C'est depuis lors que Madame sait tout sur le Delf et le DALFCindy et Madame ont longuement préparé ce merveilleux projet, comparé Brest et Toulon, c'est Brest qui a été choisi. 

    Cindy a merveilleusement bien réussi ses études et réalisé son rêve, devenir une spécialiste des mammifères marins. Plus beau encore, peut-être: elle a trouvé du travail à l'île Maurice, où elle s'est installée. 

    - Je me souviens très bien de Cindy, répond Madame à L*, de ses grandes lunettes et de sa longue tresse dans le dos... 

    - Elle voulait qu'on vous prévienne, dit Loes. Elle est décédée. 

    *** 

    Et bien ça, voyez-vous, ça file un fameux coup à Madame, qui aime ses élèves et ne veut pas qu'un seul d'entre eux meure avant elle.

     

     

     

  • L comme lettre 1

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    Chère Madame D

    Je pensais que j'avais oublié votre nom, mais voilà! Il m'est revenu au moment même où je vous écris.

    C'est vous qui m'avez appris à lire et à écrire: mon institutrice de première année primaire. Avez-vous vu comme j'étais impatiente de savoir? Tellement impatiente! Sans doute que non, j'étais probablement la plus timide, la plus effacée des petites filles. Mais toujours le regard tendu vers vous et l'oreille à l'écoute de toute parole tombant de vos lèvres expertes. Car on m'avait dit que vous étiez une excellente institutrice et que vous aviez choisi vous-même de rester, année après année, avec les petites qui ânonnaient leurs premières lettres.

    Je me souviens très bien de cette leçon initiale où nous avons appris trois voyelles. Je me souviens de la fierté avec laquelle j'ai annoncé à mon père, le soir, que je savais lire. Je me souviens qu'il s'est moqué de moi. Connaître trois lettres, ce n'était pas savoir lire. J'étais loin du but et j'en avais honte.

    Mais ça, vous n'en avez sûrement rien su. 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • 22 rencontres (5bis)

    Madame l'a repérée dès qu'elle l'a vue entrer dans le local pour la première répétition du mois de janvier et elle aussi probablement, parce qu'elle a mis le cap droit sur elle: 

    - Tu sais que Simon a eu un deuxième bébé? 

    Non, Madame ne savait pas, elle a déserté les pages de fb depuis trop longtemps. 

    - Et cette fois c'est une petite fille! 

    Embrassades, congratulations et détails divers sur le poids, la taille, la santé et les progrès du second petit-enfant suivent cette annonce.

    Simon, c'est un de ceux qu'on n'oublie pas, pour un tas de raisons, ni sa maman d'ailleurs. 

    Pourtant, il y a une chose que Madame avait complètement oubliée: 

    - Quand je pense, dit sa maman, que tu l'avais fait venir chez toi pour lui faire étudier sa session d'examens! 

  • 755

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    Demain les cours reprennent. Or, il manque encore 755 profs. Pour la Flandre uniquement. 

    En septembre dernier, les inscriptions pour les formations d'enseignants ont encore chuté. 

    Vivement que les robots nous remplacent pour que mes deux jeunes collègues puissent faire leur bébé à l'aise et nous quitter quelque temps sans culpabiliser tongue-out

  • U comme ultime ultimatum

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    Ce n'est pas l'agent n°15, c'est Xavier, mais c'est tout comme, vu qu'il est l'agent de quartier de Madame. 

    Dans la seconde moitié de décembre, il a déposé ce joli carton dans sa boîte aux lettres: 

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    Grâce à la longue pratique des hiéroglyphes de ses élèves, Madame a rapidement réussi à déchiffrer "Zou het mogelijk zijn uw haag [...] in te korten? Buurtbewoners [...] beklagen zich over de beperkte zichtbaarheid bij het uitrijden [...] Dank u." (1)

    Alors elle a pris son téléphone (oui, oui! l'événement de l'année!) et elle a dit à Xavier: 

    - Mais qu'est-ce que tu veux que je coupe encore à ma haie? Je l'ai taillée à l'automne, elle n'a pas repoussé depuis! Et de toute façon dès janvier elle va disparaître à cause des travaux! 

    - Je sais, je sais, sauf que pour les travaux, ce ne sera qu'en mars... 

    - Ah bon? Pourtant on a reçu une lettre... 

    - Enfin, pour ta haie, ne t'inquiète pas, tu coupes ici et là un truc qui dépasse et tout sera dit... 

    C'est à des moments comme ceux-là que Madame est bien contente d'avoir des anciens élèves flics. 

    Son agent de quartier, par exemple cool 

    - J'aimerais tout de même savoir, a-t-elle dit encore, qui sont ces gens qui se plaignent... 

    Alors là, Xavier ça l'a bien fait rigoler: 

    - Des gens qui ont une voiture avec un long, très long nez tongue-out 

    C'est le mot qu'il a dit, "een zeer lange neus", un très long nez. 

    *** 

    ici source de la photo montrant l'agent 15 des albums de Quick et Flupke (Hergé) 

    (1) Pourriez-vous tailler votre haie? Des gens se sont plaints dans le voisinage à cause de la visibilité limitée 

  • H comme Hajar

    Fin août, à l'accueil des nouveaux inscrits, Madame a eu l'occasion de faire étalage de ses rudiments d'italien: Hajar et sa maman, en plus de l'arabe, maîtrisent le mieux cette langue. 

    Hajar est née au Maroc mais à cause du travail de son papa, elle a été scolarisée en Italie. D'où la famille est venue pour s'installer en Belgique, il y a trois ans, toujours pour les mêmes raisons. Côté flamand, ce qui veut dire que pour la poursuite de sa scolarité, Hajar a dû apprendre vite, vite le néerlandais. Pas évident de réussir de bonnes études dans ces conditions. 

    Sa prof de néerlandais a demandé à chacun de préparer quinze questions d'interview, des questions ouvertes permettant d'apprendre des choses nouvelles sur les condisciples. Puis-je vous demander d'y jeter un rapide coup d’œil (1), demande-t-elle à Madame, qui travaille dur du dictionnaire pour lui répondre cool 

    Pour ses questions, elle n'a eu qu'une seule source d'inspiration, l'enfance, la petite enfance. Voilà, se dit Madame, une jeune fille bien nostalgique de son paradis perdu... 

    Ton enfance a-t-elle été heureuse? Quels ont été les bons côtés? Tu as passé ton enfance dans cette ville-ci ou ailleurs? Selon toi, quels sont les aspects positifs ou négatifs, d'avoir grandi ici (ou là où tu as grandi) ? 

    Quels seraient les trois mots clés pour définir ton enfance? Pourquoi ces trois mots-là? 

    Quel était ton jeu préféré? 

    Est-ce que tu as parfois eu envie de revenir en arrière? ou de ne jamais grandir? Pourquoi?

    Quel était le métier de tes rêves, quand tu étais petit(e)? Pourquoi? 

    Tu vois des différences entre ton enfance et celle des enfants d'aujourd'hui? Si oui, lesquelles? 

    etc. 

    Madame se demande comment ses questions auront été reçues par les camarades de classe et devine, ici et là, ce que Hajar y aurait répondu elle-même... 

    *** 

    (1) "volevo chiederle se fosse possibile darci una leggera occhiata", faudra que Madame retienne l'expression, "un léger coup d’œil" cool  

  • D comme demain

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    La porte donnant sur un des couloirs des petits de l'école primaire était ouverte. On pouvait y admirer une cheminée de briques rouges, du feu dans l'âtre, un conduit pour la fumée. Tout à fait en carton et en papier, tout à fait touchant.  

    A tour de rôle, les petits peuvent y déposer une chaussure, une pantoufle, avec une douceur pour le cheval du grand saint et surtout une lettre. J'imagine le bel exercice d'écriture que ça a dû être de rédiger en bonne et due forme ses souhaits pour le grand jour. Demain, donc. 

    Il serait bien temps, dit ma Tantine rencontrée vendredi soir alors qu'elle allait chercher ses petits-enfants à la sortie de l'école, il serait bien temps que Kasper soit au courant, pour saint Nicolas. On va le lui dire après la fête. Et Kato, continue-t-elle, une enfant si intelligente! On a dû le lui dire aussi, elle était déjà en quatrième primaire! 

    Ça n'a rien à voir avec l'intelligence, ai-je répondu, souvent ils ont deviné mais n'ont pas du tout envie de savoir. 

    J'y réfléchis encore en marchant vers la bibliothèque et je me dis que ce n'est pas aux parents, ceux-là mêmes qui ont pris soin pendant de nombreuses années d'entretenir l'illusion de miracle et de magie, de déclarer que tout ça n'était qu'une vaste farce. 

     

  • Première neige

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    Hier, Madame a un peu regretté sa promesse faite à deux élèves d'aller les applaudir à leur examen de piano: quand elle est sortie de l'académie de musique vers les six heures du soir, la neige tombait dru et c'est transformée en bonhomme de neige ambulant qu'elle est arrivée chez elle un quart d'heure plus tard. 

    Une belle neige bien collante - qui sait quel nom les Inuits donnent à cette sorte-là? - une neige qui reste bien accrochée au manteau, même si on le secoue vigoureusement, au bonnet, à l'écharpe, aux gants. 

    Par contre sur la photo, ce n'est pas de la neige: c'est de la grêle tombée à Ostende au début de novembre. 

    Chaque année la carissima nipotina rêve d'un Noël blanc et le jour où exceptionnellement sa courette est toute blanche, elle se trouve à Montepulciano cool

  • 22 rencontres (4bis)

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    C'est à une petite expo dans sa ville que Madame a rencontré A-F. Et comme en Terminale elle a appris qu'"On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève", elle a fait beaucoup mieux que Madame: elle enseigne à l'université. 

    - Ah! s'exclame-t-elle, moi qui étais nulle en orthographe - elle a toujours aimé s'autoflageller à ce propos - si vous saviez ce que je vois aujourd'hui chez mes étudiants! 

    Madame, qui n'aime pas trop participer au grand lamento du tout-va-de-mal-en-pis, l'écoute en souriant. 

    - Et tous ces dys- quelque chose! s'emporte A-F: dyslexie, dysorthographie, dyscalculie! Il suffit qu'ils aient une attestation et on ne peut même plus leur enlever des points pour leurs erreurs! Vous vous rendez compte? 

    Madame hoche la tête, bien sûr qu'elle sait, elle ne sanctionne pas ses élèves dyslexiques sur leur mauvaise orthographe. 

    *** 

    Quelques jours plus tard, A-F envoie un message à Madame: 

    - Incroyable! J'ai fait mieux que la moyenne! 

    Il s'agissait d'un test du Figaro (2). Bien sûr, Madame s'y est collée aussi. 

    - Il y a une faute dans le test, lui répond Madame, très frustrée de n'avoir pas fait un 10/10 à cause de ça. Se rendre compte ne s'accorde pas avec le sujet! (3) 

    Voilà qui rend A-F toute contente: 

    - Oh! dans ce cas j'ai encore un point de plus! 

    - Tu vois bien, dit Madame, que tu n'es pas nulle en orthographe tongue-out 

    *** 

    (1) la citation est de Nietzsche (dans Ainsi parlait Zarathoustra)

    (2) qui est aussi la source de l'image illustrant ce billet

    (3) pour ceux qui auraient un doute, voir ici

     

  • O comme océan

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    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • Dernière fois

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    Jeudi soir, tout en réarrangeant les cent soixante chaises à son goût, Madame s'est tout à coup fait la réflexion que c'était l'avant-dernière fois qu'elle organisait une soirée d'information pour les sixièmes/Terminales et leurs parents. 

    Un jour, ce sera la dernière fois que madame Verdurin mangera son croissant en lisant le naufrage du Lusitania, la dernière fois que ce goujat de Ronsard invitera Cassandre à l'aimer pendant qu'elle est jeune et belle, la dernière fois que Voltaire ironisera avec les Jeannot de la Jeannotière sur l'utilité du latin, de l'histoire, de la géographie... 

    Peut-être même cette dernière fois est-elle déjà arrivée, puisque Madame ne sait pas si ses derniers élèves, l'an prochain, seront des classes de cinquième/Première ou de sixième/Terminale. 

    Arrivée à ce stade-là de ses réflexions, elle s'est dit que ça valait sans doute mieux de ne pas savoir et de continuer à "cultiver son jardin", c'est-à-dire terminer de vérifier l'ordre de la salle, des chaises, du matériel audiovisuel... et des toilettes tongue-out 

    prof,école,élève,littérature

     

  • U comme una giornata particolare

    Le matin tôt, être la fille sur qui on peut compter. Avoir réglé son réveil la veille, sauter du lit, faire le service de réveil au téléphone pour sa mère, se préparer, retéléphoner pour annoncer sa venue dans les cinq minutes et repréciser qu'elle se tienne prête avec la valise en bas de l'appartement, sortir la voiture... 

    Bien sûr, la mère a encore voulu faire deux trois trucs - alors qu'elle se disait "prête depuis six heures!" - et l'Adrienne garée en catastrophe - il n'y a jamais de place en bas de l'appartement, sauf celle pour handicapés - gêne la circulation. Parce que c'est évidemment à ce moment-là que le bus doit passer. 

    Enfin la mère arrive, déclare que l'Adrienne est "vraiment un sac de nerfs", parle toute la route de sa voisine d'à côté, de celle du haut et de celle du bas. Une bonne demi-heure plus tard, elle est à destination, valise, guichet, billets, train... ouf. 

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    Deuxième temps, le retour: être l'Adrienne qui ne rate pas une occasion de faire le mauvais choix à un carrefour ou comme dans ce cas-ci, dans le noir, des travaux, une circulation dense, un territoire inconnu... et hop! un petit "remake" du retour d'Italie, sans carte, sans GPS, l'Adrienne s'est dirigée au pif et a traversé chaque hameau, chaque village, cherchant vainement une indication de lieu qui la remettrait sur la piste. Heureusement, le soleil s'était levé, lui indiquant le nord-est tongue-out 

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    Troisième temps, redevenir Madame, calme, sereine, souriante, heureuse et impatiente de retrouver ses chéris. Même la perspective d'un mercredi après-midi et d'une soirée occupés à des entretiens avec des parents d'élèves, oui même ça, tout est préférable au voiturage d'une mère qui part pour deux semaines chez son fils. 

  • T comme temps

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    Dans la liste il manque le mot temps tongue-out 

    Or, "Temps perdu ne se rattrape pas"... 

    L'Adrienne le sait très bien 

    Elle a été élevée à coups de proverbes. 

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    "Chaque chose en son temps" 

    Le temps d'un casse-croûte au soleil d'octobre 

    avec quelques-uns des chéris de Madame 

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    "Il y a un temps pour tout" 

    Certainement! 

    Mais tout demande du temps 

    Et il est bien ennuyeux  

    d'être privée de clavier 

    tongue-out 

     

  • 22 rencontres (3bis)

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    Madame allait traverser le parc quand elle a vu arriver un landau à deux étages, derrière lequel disparaissait presque complètement une grande jeune femme blonde. 

    - Lien! (1) s'écrie Madame, quel bonheur de te voir "en vrai" (2). Et de voir tes bébés!

    Lien est devenue il y a peu la maman de jumeaux, un petit garçon et une petite fille. Ils sont dans ces "landaus superposés" et dorment à poings fermés. Littéralement. 

    Madame s'extasie longuement sur la beauté des bébés et au fil de la conversation, Lien dit: 

    - Je n'aurais jamais cru que ça m'aurait fait cet effet-là, d'être maman! 

    Madame ne peut qu'acquiescer: oh oui! elle a bien changé, la tête folle d'autrefois kiss 

    *** 

    (1) prononcer Line 

    (2) "en vrai" parce que Madame a pu suivre toute la grossesse, la naissance et la croissance sur fb tongue-out 

    prof,élève

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • Lequel vous conseilleriez?

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    Les gentilles dames de la bibliothèque ont de la chance: le samedi d'octobre où elles organisent leur "verwendag" (1) il fait toujours beau cool 

    C'est toujours un grand plaisir d'aller les saluer, de boire un café et de papoter autour du thème du jour. 

    Cette année, on demandait de noter sur une carte postale quel livre on conseillerait et pourquoi. Tâche ardue d'en choisir un... parmi tous ceux qu'on a aimés! 

    Les gentilles dames pour leur part avaient affiché leur TOP 10 en livres, musique et films.  

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    - Ça me fait drôlement plaisir, a dit Madame à Sophie, que tu aies mis le Petit Prince dans ton top 10! 

    Sophie a ri: 

    - C'est le premier livre que j'ai lu en français, dit-elle. 

    Oui, c'était un beau samedi! 

    *** 

    (1) verwendag veut dire la journée des gâteries (du verbe verwennen, gâter, chouchouter) 

    photo 1: un des chênes du parking de l'école, samedi matin 14 octobre, vers 08.45 h., face au soleil 

    photo 2: le choix de Sophie, la meilleure des gâteries qu'on puisse faire à Madame cool

  • Z comme zéro sugar

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    - Et ce matin, s'inquiète Madame, tu as mangé quelque chose? 

    - Oui, du pain avec du choco... Enfin, beaucoup de choco avec un peu de pain, ajoute-t-elle en riant. 

    Madame dans ces cas-là ne manque jamais de jouer à la mère d'Amélie Nothomb dans La métaphysique des tubes et de rappeler que le sucre est ce poison blanc... Bla bla bla...

    En même temps elle se dit que si la jeune fille soigne son mal-être à la pâte à tartiner, c'est moins grave que si elle se mettait à s'enivrer, à fumer des joints, à sniffer de la coke... Evidemment.

    source et infos ici 

    Photo du pyjama prise à l'expo, où malheureusement Madame n'a pas eu l'idée de photographier l'origine arabe des mots zéro et sucre, qui auraient mieux convenu à ce billet que le pyjama  

    prof,école,élève,expo,langue

    ou la guitare  tongue-out

  • W comme welkom

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    - Tu imagines, dit Madame à Gentille Collègue, tu imagines qu'on nous ait accueillis comme ça, à l'époque où on avait huit ou dix ans? 

    Aujourd'hui, les premiers jours de septembre, les enfants de l'école primaire aperçoivent ce message de loin: WELKOM, bienvenue. 

    Madame se demande quel effet ça lui aurait fait, si elle avait été accueillie de manière aussi chaleureuse quand elle était enfant. 

    Mais elle se demande surtout si ça fait (encore) de l'effet sur les enfants d'aujourd'hui... 

  • 22 rencontres (2bis)

    - Le cash, ce n'est pas un problème! 

    Bizarre, pense Madame, qu'il me dise ça pour la deuxième fois, d'autant plus qu'il ne travaille pas - sauf qu'il fait parfois le laveur de vitres - et qu'il est endetté jusqu'au cou. 

    Il parle de ses diverses dépendances - il a arrêté l'alcool il y a quelques mois et il remplace le speed par du valium

    Il parle de sa solitude. 

    - Mes sœurs, dit-il, ne me téléphonent jamais. Ma mère est froide comme un frigo. Avec mon père tout va bien, on ne se parle plus. 

    Pourtant je suis sûre qu'ils t'aiment, dit Madame. 

    - Vingt ans à faire le con, c'est normal qu'on se méfie de moi, dit-il. Mes sœurs ont peur que je me pointe aux fêtes de famille rond comme un boulon. Mais jamais mes neveux et nièces ne m'ont vu saoul! 

    Son truc, c'est la musique. Il compose, chante, enregistre sur SoundCloud, envoie les liens et Madame se fait un devoir de tout écouter jusqu'au bout. Ce n'est pas du Mozart, bien qu'il ait le même prénom, dans sa forme germanique. 

    - C'est vous qui m'avez appris le français, dit-il à chaque fois. 

    Alors Madame rit: s'il l'a appris, c'était drôlement à contrecœur. Elle a encore en sa possession une petite latte au dos de laquelle il avait noté les verbes et conjonctions qui demandent le subjonctif. 

    - Hier j'ai sauvé un pigeon, raconte-t-il avec fierté, et je lui parle en français. 

    Voilà qui serait intéressant à entendre kiss surtout que ce pigeon vient de Geel tongue-out 

    Début août, il invite Madame à chanter ceci avec lui: 

     

    Il fait à Madame de drôles de compliments, mais elle s'en accommode: 

    - Vous, je vous aime bien, vous êtes un peu folle. 

     

     

  • 20 miracles de la nature (10)

    En rentrant de voyage à la mi-août, j'ai trouvé certaines plantes complètement noyées et puis celle-ci, qui n'avait pas reçu une seule goutte d'eau: l'orchidée à laquelle je tiens le plus, évidemment, celle qui me parle tous les jours de François. 

    Ses racines n'étaient plus que de la paille sèche, ses feuilles molles et brunes, sauf une minuscule au cœur de la plante. 

    L'Opération Sauvetage d'Urgence a été mise en branle... 

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    Couper tout ce qui est mort, rempoter, baigner quotidiennement, bien égoutter: le premier septembre elle remontre un premier signe de vie... 

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    Le dix septembre, elle bourgeonne de partout 

    kiss 

    Ce dix-huit septembre, François aurait eu 30 ans. J'aurais préféré que la science ait pu faire pour lui ce que moi j'ai fait pour son orchidée... 

  • F comme fainéant

    prof,école,élève

    Fainéant, paresseux, voilà des mots qui sont absolument interdits dans le contexte scolaire. 

    Fin juin, quand I*** a reçu son carnet de notes, sa maman a été très fâchée qu'il n'ait pas réussi sa sixième (sa Terminale). 

    Pas fâchée contre son fils, bien sûr, mais contre l'école: le conseil de classe aurait dû le délibérer. 

    - Oui, dit Madame la coordinatrice (1), mais sur quelle base? 

    Quatre ans déjà que la maman sort le même argument: I*** est intelligent et n'a jamais eu besoin d'étudier pour réussir. Quatre ans que les profs lui disent qu'à force de ne rien faire, il n'acquiert aucune base (en maths, en langues, en économie) et ne développe aucune méthode de travail. 

    Bref, au bout d'une heure et demie d'entretien, la maman a fini par lâcher un "I*** n'est pas prêt, mentalement, pour passer dans le supérieur", ce qui équivalait à un aveu complet et à un accord avec la décision du conseil de classe. 

    *** 

    Donc I*** redouble et cette année Madame a la joie de l'avoir dans sa classe. 

    Il n'a pas fait son premier devoir écrit. 

    Il n'a pas préparé son oral. 

    Fainéant? Paresseux? 

    Oh non! il n'a sans doute jamais eu besoin de travailler pour réussir. 

    Il est tellement intelligent tongue-out 

    *** 

    - Je n'aime pas le français, dit-il à Madame après trois heures passées avec elle, mais toi je t'aime! 

    Madame a bien peur que ça ne suffise pas pour réussir. 

    Et prévoit un petit cours de rattrapage sur le vouvoiement et le tutoiement tongue-out 

    *** 

    (1) parce que pour des discussions de ce genre, la direction se débine et délègue à Madame 

    (2) je demande pardon au chat de l'hôpital Notre-Dame à la Rose de l'avoir choisi pour illustrer ce billet, tout rapport entre lui et I*** est absolument inexistant tongue-out

     

     

     

  • 22 rencontres (1bis)

    La première fois que Madame l'a revu après qu'il avait quitté les bancs de sa classe, il faisait du stop. Elle s'est arrêtée pour le prendre, bien sûr. 

    C'est alors qu'elle a remarqué qu'il était pieds nus. Il lui a dit de ne pas s'en inquiéter, ça avait un rapport avec le lieu d'où il venait - un camp scout - et non, il n'avait ni froid aux orteils ni mal à la plante des pieds. 

    La deuxième fois que Madame l'a revu, il a fait irruption dans son bureau des coordinatrices. Beaucoup d'années avaient passé, il s'était laissé pousser une barbe et travaillait comme éducateur. Il s'occupait d'enfants sourds et les aidait dans leur scolarisation. 

    En rentrant de vacances - Madame avait réussi l'exploit de ne presque pas penser à l'école, aux élèves ou aux anciens élèves pendant une quinzaine de jours - elle l'a revu au rayon des fruits et légumes du supermarché. 

    Devant l'étonnement de Madame quand il lui a annoncé qu'il suivait une formation de flic, il a déclaré: 

    - Je vais avoir 36 ans, tout de même! 

    Comme si ça avait un rapport avec sa nouvelle vocation... 

    prof, école, élève

    source de l'image 

    Quel dommage, se dit Madame depuis jeudi dernier, qu'un gars si doué pour l'accompagnement d'élèves en difficulté soit obligé de se chercher un autre boulot... Quelle perte pour l'enseignement, toutes ces restrictions budgétaires qui sous prétexte d'"inclusion" font entrer dans nos classes des enfants aux problématiques très diverses, sans aucun soutien approprié: que les enfants et les profs se débrouillent.