fiction

  • K comme krapoveries

    jeu,fiction,les joies d'internet,krapoverie

    Moi aussi j'ai marché sur la Lune. C'était en décembre et c'était beaucoup plus impressionnant que ces amateurs d'Apollo 11. 

    D'abord, c'était en couleurs: la fusée était du plus bel effet, avec ses carrés rouges et blancs, et nos costumes de bibendums oranges surmontés d'un beau globe aquarium tout à fait jolis et pratiques. En plus on avait un chien. Pas une malheureuse Laïka attachée comme un condamné à mort (lente) mais un vrai compagnon, intelligent et en alerte. 

    Quand j'étais petit, disait mon frère alors âgé de huit ou neuf ans, et il ne pouvait jamais finir sa phrase tellement ça faisait rigoler les grandes personnes. Moi je savais qu'il allait dire qu'il voulait un chien quand il était petit mais qu'il en aurait un quand il serait grand. Ou même deux. Je ne pense pas qu'on aurait pu prendre deux chiens dans la fusée, surtout pas des grands comme mon frère en voulait. C'est sûr qu'on aurait manqué d'oxygène, sur ce coup-là! 

    Et croyez-moi, ce problème d'oxygène nous a salement pourri la balade! Quelle tension dans la cabine, quelles inquiétudes! Sans compter que je suis déjà claustrophobe dans un ascenseur et que je manque d'air dès que mon nez est sous la couette. Bref, il fallait garder son calme et ne pas respirer trop fort. 

    Quand soudain un type en plus est apparu dans la cabine, on a paniqué. Déjà qu'on était drôlement à l'étroit, avec Dupont et Dupond qui n'étaient pas prévus au programme et qui s'amusaient à mettre le bazar, comme d'habitude... alors quand ce Jorgen a sorti son arme à feu, on ne savait vraiment plus où se mettre. 

    Mais ce n'est pas si grave et j'aurais dû le savoir, puisque ces aventures se terminent toujours bien - d'ailleurs sans cette garantie je ne me serais jamais embarquée dans cette fusée, malgré ses jolis carrés rouges et blancs. Ce n'est pas si grave, me suis-je dit, si un mauvais tue un autre mauvais et s'il se suicide après. De toute façon des gens comme lui ne peuvent aller qu'en enfer. C'est obligé.  

    Et comme par magie on a eu pile poil assez d'oxygène pour arriver sur terre presque en bonne forme. On était juste un peu évanouis.   

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408Consignes et illustrations chez Joe Krapov, que je remercie!

    Comment j'ai adopté un dragon

    Il s'agit d'un jeu de cartes et de dés d'Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze édité par "Le Droit de perdre".  

    incipit n°14 Moi aussi, j'ai marché sur la Lune  

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408 3Toutes les sept minutes l'animateur lance un dé. On doit alors inclure dans son histoire les petits mots qui sont apparus. Pour cette séance les mots à inclure ont été : 

    Quand j'étais petit
    Et croyez-moi
    Quand soudain
    Mais ce n'est pas si grave
    Et comme par magie

    *** 

    source de la première illustration ici 

    lien vers l'album sur le site officiel de Tintin ici 

    et ici les aspects scientifiques

  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • C comme coiffure

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    Bientôt cinq heures, se dit Luisa en se regardant mélancoliquement dans le grand miroir du vestibule. Elle a un moment de découragement à l'idée de devoir sortir, de devoir affronter le regard de la petite assemblée qui prend le thé tous les mardis chez son amie Teresa. Que ne peut-elle rester tranquillement chez elle... 

    C'est toujours sans aménité que Luisa s'observe, sans complaisance qu'elle se détaille. Oui, la taille est bien prise, les mains fines, le cou gracieux. Mais ce nez et ce menton un peu forts? Cet œil à la paupière tombante, surtout du côté gauche? Certes, ça lui vient de feu son père,  est-ce suffisant pour s'en consoler? l'accepter? 

    Puis un léger sourire s'esquisse et le rouge lui vient aux joues. 

    C'est que son regard est posé sur sa nouvelle coiffure, audacieuse, à la romaine, et que le figaro venu officier le matin même pour la première fois est jeune, beau, et qu'il sait parler aux femmes...  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio, que je remercie! 
    "La marquise sortit à cinq heures"... phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes... Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

  • X c'est l'inconnu

    jeu,fiction,plumes

    - Tu veux voir sa chambre? a-t-elle proposé.

    Alors ils sont allés à l'étage. La petite avait choisi la pièce du fond, la plus grande, celle qui fait toute la largeur de la maison. Ça l'émeut plus qu'il n'aurait imaginé, les murs en rose et blanc, le voilage à la tête du lit, le bureau avec ses classeurs et ses livres de classe, des peluches partout et trois ou quatre posters d'un rouquin avec une guitare et des bras tatoués.

    - C'est Ed Sheeran, dit-elle. La petite est folle de lui.
    Ed Sheeran, ce nom ne lui disait rien, mais il a hoché la tête et a pris en main quelques livres sur le bureau.

    - La police a emporté son ordi, dit-elle. On espère y trouver des informations intéressantes. Sur ses contacts, ses intentions...

    Ses intentions? Ce mot le met extrêmement mal à l'aise. Quelles pourraient être les intentions d'une gamine de treize ans qui disparaît sans laisser de trace? 

     

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 7: 
    Votre héros entre dans une maison, une église, un magasin, un café et cet endroit est vide.
    Décrivez le lieu avec précision, les pensées de votre héros et laissez faire votre imagination ...
    Quelque chose, quelqu’un va sortir de ce silence, de ce vide.
    A l’extrême servez vous d’un cimetière, d’un cinéma, d’un théâtre vide la nuit.
    Trouvez un lieu qui soit approprié à votre intrigue et à votre héros.

  • W comme Walkyrie

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    Elle est née dans la soierie comme d'autres naissent dans du coton. Son père, excellent homme mais mauvais chef d'entreprise, s'est vu éliminer dans la course sans merci au toujours plus (de profit) avec toujours moins (d'investissement dans l'humain). C'est ainsi que du jour au lendemain, sans explication, tranchant dans le vif, il a décidé de quitter la soie de ses ancêtres pour réaliser son rêve d'enfant: cultiver la terre. 

    Parti en éclaireur à la recherche d'une parcelle nourricière, il s'est installé en Bavière et y fait pousser des carottes et des navets au goût douceâtre, des choux et des pommes de terre. 

    Sa fille, d'abord hostile à ce changement de cap, a rapidement vu les opportunités qu'offrait sa nouvelle situation, en particulier le plaisir de dominer. Et comme par un effet de mimétisme, elle s'est épanouie, grande, forte, robuste comme une héroïne wagnérienne. 

    *** 

    Tableau et consignes chez Lakévio: Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

  • V comme village

     jeu,fiction,plumes

    Il s'étonne qu'au village où ils habitaient autrefois tous les deux, rien n'ait changé en dix ans: il y a même encore le boulanger, le boucher, le marchand de journaux où il achetait ses billets de loto. L'horloge de l'église marque bientôt midi et pris d'une idée subite, il s'arrête et pousse la porte de la petite boucherie d'Yvan, qui s'est un peu adapté au goût du jour et offre quelques plats préparés, en plus des biftecks, des saucisses et des côtes de porc. 

    Encore deux kilomètres. Il ne se demande même pas comment il sera reçu, remonte l'allée, sonne à la porte. 

    - Tu n'as pas changé, lui dit-il dès qu'elle entrouvre la porte, et il voit bien que ça lui fait plaisir. 

    - Je t'ai apporté du vol-au-vent, lui dit-il encore, une fois qu'elle l'a tout à fait laissé entrer. Il n'y a qu'à le réchauffer. 

    - Toi non plus tu n'as pas changé, lui dit-elle alors. 

    *** 

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 6: 
    Vous êtes à la cuisine, vous préparez le repas et en effectuant les gestes habituels vous pensez à vos invités ou à la famille qui sera réunie.

    Vous êtes à un repas en famille ou entre amis et tout à coup en début de repas ou au dessert l’un des invités se lève et prend la parole.
    Dans les deux cas vous intégrez les personnages que vous avez créés.

     

  • 20 novembre

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    Lundi 20 novembre 

    Cher journal 

    Nous approchons des côtes de l'Argentine et nous profitons déjà en plein du printemps austral. Il paraît qu'aujourd'hui la température atteindra 25°! Mais les nuits sont fraîches et la jeune dame qui dort sur le pont a encore besoin de deux plaids... 

    Tu sais qu'elle m'intrigue beaucoup et que je poursuis ma petite enquête. Figure-toi que cette dame est en voyage de noces! Chaque matin son mari vient lui apporter des jus de fruits et lui lire le programme de la journée. Moi, tu me connais, mine de rien je passe, soi-disant pour ma promenade matinale... je m'arrête pour humer l'air du large, exactement à leur hauteur, et j'attrape forcément quelques bribes de la conversation. 

    Son mari parle bas mais j'entends bien ce qu'elle lui répond. Ce matin, elle lui a dit: 

    - N'insistez pas, cher ami. Je vous l'ai déjà dit et je ne changerai pas d'avis: nous verrons quand nous serons arrivés à votre ranch. 

    Je me demande bien ce qu'elle a voulu dire... J'en saurai peut-être plus demain.

    Une chose est sûre: les grandes personnes sont décidément très bizarres! 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie 
    il fallait s'inspirer du tableau et écrire une lettre

  • Question existentielle

    jeu,fiction,plumes

    Ce n'est qu'en s'approchant du centre qu'il remarque enfin la grande roue et qu'il se souvient que c'est la kermesse d'hiver. Combien d'années déjà qu'il vit sans enfant et qu'il ne s'approche plus d'un manège, n'achète plus de beignets ou de barbe-à-papa?

    Quand il rentre dans son garage, il a l'esprit de plus en plus embrouillé par des tas de questions auxquelles il ne sait que répondre. Tout ce qu'il déteste le plus, tout ce qu'il s'efforce d'éviter grâce à sa vie bien réglée et minutée.

    Doit-il contacter son ex-femme? Comment l'accueillera-t-elle? Rejettera-t-elle la faute sur lui, sur son absence? Et sa mère, sait-elle déjà? Comment réagira-t-elle? 

    Et sa fille... une gamine de treize ans, où est-elle? Pourquoi, comment, avec qui... que s'est-il passé?

    - J'y vais! décide-t-il d'un seul coup en remontant dans sa voiture. 

    *** 

    consigne 5 des Plumes 

    Lors du défi numéro 3 un imprévu a modifié le déroulement  habituel de la vie du héros. Écrivez la suite en mettant l’accent sur un danger, une tension. Essayez de pousser votre personnage à l’action. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre dernier.

     

  • P comme père

    jeu,fiction

    Il aime la vitesse, son joli cabriolet, son moteur puissant. Il aime s'amuser à laisser tout le monde derrière lui quand le feu passe au vert. Il roule encore plus vite que d'habitude et essaie d'oublier le mauvais quart d'heure qu'il vient de passer dans le bureau de la police. 

    C'est la routine, sans doute. C'est parmi les proches qu'on cherche le suspect et que l'enquête commence. Heureusement, avec le métier qu'il a et les joujoux modernes qui enregistrent chacun de ses mouvements, il n'a pas été difficile de démontrer où il se trouvait, ces dernières quarante-huit heures, ni à quoi il a passé son temps, sauf pendant ses quelques heures de sommeil. Y compris le moment où il est entré - et sorti - du Liberty Fitness Club. 

    Il se calme aux abords de la ville. Il ne faudrait pas qu'en plus on lui retire le permis. Quelques prélèvements ont peut-être été faits dans sa roadster - il a dû en remettre la clé - mais il est bien tranquille, on ne risque pas d'y trouver un cheveu de sa fille. 

    *** 

    écrit pour la consigne 4 des Plumes 

    Le héros voyage, effectue un trajet. Il s’agit d’ancrer le héros dans un environnement géographique précis qui constitue le cadre. Il porte également une empreinte historique et permet de définir l'époque. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre
  • N comme no pain no gain

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    Il était en plein effort quand son téléphone s'est mis à vibrer. Le temps de déposer les haltères, de s'essuyer la figure, de regarder le numéro, il était trop tard pour prendre l'appel.

    - Un numéro inconnu, se dit-il. C'est peut-être un client.

    C'était la police.

    Pour lui demander quand il avait vu sa fille pour la dernière fois.

    - Je... euh... attendez..., a-t-il bafouillé lamentablement. Il y a longtemps... En juillet-août deux mille... euh... attendez... il y a deux ans, oui c'est ça, août 2015.

    De la suite de la conversation, son esprit n'a réussi à enregistrer que des bribes: disparition inquiétante, ça oui, c'est sûr que c'était inquiétant. 

    *** 

    consigne 3 chez les Plumes

    Une lettre est arrivée qui va  bouleverser la vie de votre héros ou de votre héroïne. 
    Si vous êtes dans un monde plus moderne un mail, un appel téléphonique, un sms envoyé par erreur... 
    Votre héros va se trouver dans une situation de crise du fait de cet élément surprise. 
    Grâce à ce texte vous mettrez cet imprévu en place. 

    Photo prise dans ma ville le 3 novembre

  • L comme Liberty

    fiction,jeu

    Quand il a poussé la porte du Liberty fitness club, il a tendu sa carte de membre à Nadir et s'est dirigé vers les vestiaires sans remarquer la jeune fille qui l'observait. 

    - Et celui-là, demande-t-elle à Nadir, dans quelle catégorie tu le places? Half body? 

    - Attends, tu jugeras par toi-même, il sera aux appareils dans moins de cinq minutes. 

    Trois minutes plus tard, il était effectivement de retour, pectoraux moulés dans un maillot blanc, et s'est couché sur le banc aux haltères. 

    - Ça va, j'ai compris, dit-elle. 

    - Tu n'as encore rien vu, dit Nadir. 

    *** 

    suite de I comme inspiration chez les Plumes 

    consigne 2 chez Les Plumes: Votre héros a des activités, il sort et travaille. 
    Il est  dans un lieu public, au marché, chez le coiffeur, à la gare.
    Vous créez deux personnages qui le regardent et parlent de lui. De parfaits inconnus ou des personnages secondaires qui seront utiles ensuite. 

    L’illustration est une photo prise au musée d'Ostende, expo Het Vlot/The Raft - étude de Géricault pour le Radeau de la Méduse

  • K comme Kronprinz

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    Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! » 

    Après sa lecture, le Kronprinz a refermé le beau volume illustré et a décidé de s'adonner à l'art de l'aquarelle, plutôt qu'à celui de la guerre. 

    *** 

    fiction utopique et uchronique inspirée par le tableau donné en consigne chez Lakévio, que je remercie, ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry.

  • I comme inspiration chez les Plumes

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    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • E comme édification

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    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • B comme Bon, François Bon

    fiction,françois bon

    Parfois elle se demande pourquoi à plus de cinquante ans elle a encore cette rage en elle, est-ce que c'est parce qu'elle est née chez des parents sourds, quatrième enfant d'un ménage où il fallait compter sou à sou, est-ce parce qu'elle a été acceptée "par charité chrétienne" dans ce pensionnat pour jeunes filles où pendant six ans, à tort ou à raison, elle n'a cessé de se sentir la parente pauvre, est-ce pour toutes ces nombreuses autres fois où elle ne s'est pas sentie à sa place dans la société de consommation, elle qui était à l'encontre des modes vestimentaires, musicales, toutes les modes, non par goût, elle peut bien se l'avouer aujourd'hui, mais par nécessité et par rage, même sans photo elle n'a aucun mal à se remettre en mémoire la gamine aux châles à franges qu'elle portait l'été comme l'hiver, ses jambes maigres et sa tresse dans le dos, ou la jeune femme de vingt ans partie en Inde comme on se jette dans le vide pour échapper aux flammes, en espérant qu'en bas des gars solides tiennent bien la bâche: de l'Inde aussi elle était revenue et depuis trente ans elle se dit qu'elle aurait sans doute pu, comme d'autres l'ont fait entre-temps, en tirer un livre vendeur, mais comme à son habitude elle a laissé passer l'occasion de se faire de l'argent-c'est-de-la-merde

    *** 

    la consigne 3 demandait de reprendre un des trois personnages de la consigne 2 (voir le billet d'hier) 
    la photo a été prise le 27 octobre et montre la vue depuis les chambrettes de l'ancien pensionnat pour jeunes filles

  • Adrienne s'amuse avec François Bon

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    A l'entrée du supermarché, une charmante hôtesse lui tend un boitier qui ressemble vaguement aux anciennes télécommandes, lourdes, épaisses. Elle veut lui expliquer à quoi ça lui servira mais il répond qu'il a compris, qu'il n'a pas de temps à perdre. Justement, ça vous en fera beaucoup gagner, lui sourit-elle, mais il est déjà parti en poussant son chariot du côté des plats préparés. 

    Depuis qu’elle est revenue de Compostelle, elle ne se nourrit plus que de gazpacho, de manchego, de jamòn de Serrano, de pata negra et d’olives vertes d’Espagne. Elle trouve l’assortiment de son supermarché bien pauvre en produits ibériques, si on le compare à tous ces mètres de rayonnages italiens. Tendant le bras vers un chorizo, elle jette un regard de commisération à ce grand type qui semble sortir du film The Matrix et les sept pizzas à l’ananas qu’il se dépêche de rouler vers les caisses. 

    Maintenant qu’elle passe aux caisses automatiques, elle se permet d’écrire encore en plus grand et en plus noir sur tous les billets de banque qui lui viennent en main : jusqu’à présent, jamais la machine ne les a refusés. Elle sait bien que depuis l’introduction de l’euro, elle a encore moins de chance qu’avant de revoir un de ceux-là, un jour, mais elle ne désespère pas, ça finira bien par arriver qu’une main ou une machine lui rende un billet marqué « L’argent c’est de la merde. » 

    *** 

    La consigne numéro 2 proposait de reprendre trois des onze personnages de la consigne numéro 1, vous les aurez peut-être reconnus - ainsi que la photo - si vous êtes passé par ici le 17 août dernier: O comme onze

  • Z comme Zoé

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    Aglaé est tout à fait dans son rôle et affiche une mine de circonstance. Avec ses airs de pleureuse antique, son chignon défait, ses yeux gonflés et son nez rougi, on ne voit presque plus qu'elle et Agathe sont sœurs jumelles. 

    Agathe réussit toujours à rester belle, même avec ce masque de douleur: grands yeux mélancoliques, bouche mignonne, petit nez parfait et coiffure impeccable. 

    Comme chaque fois, c'est vers Zoé qu'elle se tourne. L'aînée a son air habituel, sérieux et responsable, le dos droit. On attend qu'elle décide. 

    Mais aujourd'hui elle ne dit rien, le regard au loin, pensive. Alors Agathe lui touche légèrement le pli du coude, pour la rappeler à la réalité: 

    - Zoé... qu'est-ce qu'on fait, pour le cadavre? 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    que je remercie!

  • V comme Véronique

    Elle marche vite en longeant le mur. Dans les deux mains serrées sur sa poitrine, elle tient un mouchoir roulé en boule et un objet de forme allongée, protégé par un sachet plastique de récupération. 

    Un des soldats l'arrête. C'est une jeune femme. Elle paraît déguisée, cet affreux casque contraste avec ses sourcils épilés, ses yeux soigneusement maquillés. A sa ceinture est accrochée une arme lourde qu'on a du mal à imaginer dans ses mains aux ongles longs et manucurés. 

    Mais ce n'est pas un déguisement et l'arme n'est pas un jouet. 

    Elle arrête la petite. C'est la routine. 

    - Et ça, c'est quoi? demande-t-elle en désignant l'objet. 

    Elle le prend. Le sort de son plastique fripé. L'examine sans états d'âme. 

    La petite garde la tête baissée. Ne jamais croiser le regard de ces gens-là. Sous le bord de son foulard, on aperçoit de longs cils de femme et un petit nez enfantin. Elle n'a pas douze ans. 

    - C'est un cadeau pour ma grand-mère, dit-elle sans regarder la femme soldat. 

    Et dans un souffle elle ajoute: 

    - C'est un cadre pour y mettre une photo. C'est moi qui l'ai fait à l'école. 

    La femme déchiffre la phrase calligraphiée qui entoure l'espace réservé à la photo: "Mon cœur est en mille morceaux

    - C'est ce que je devrais faire aussi avec ton cadre, dit-elle d'un air dégoûté. 

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    photo prise d'une photo de Véronique Vercheval 

    voir son travail 

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    texte écrit à l'atelier d'écriture - la photo était au choix, seuls étaient imposés le thème du mur et la phrase "Mon cœur est en mille morceaux"

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • N comme notaire

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    Arrêtée au passage piétonnier devant le feu rouge, elle voit qu'elle a un message de sa mère: 

    je te donne mon emploi du temps aujourd'hui visite à ghislaine en bus demain matin coiffeuse samedi matin banque alimentaire au delhaize après midi chez denise et dimanche katty si tu veux me voir avant mon départ il faudra prendre rendez-vous comme chez le notaire 

    La seule différence entre sa mère et le notaire, se dit-elle en déchiffrant, c'est que lui met des points et des virgules quand il écrit... 

    ***  

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • K comme Kristof

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    Un autre grand classique de tout atelier d'écriture: s'inspirer du Grand cahier d'Agota Kristof pour rédiger un texte d'où on ôte soigneusement tout ce qui ressemble à de l'affect, tout ce qui est expression d'un jugement, d'une appréciation, d'un sentiment. Des critiques du Grand cahier sont à lire ici.

    *** 

    Il marche face au vent qui s'engouffre sous son duffle-coat devenu beaucoup trop large. Il ne sait pas combien de temps il tiendra le coup. Arrivera-t-il jusqu'à la brasserie pour s'y réchauffer le cœur et le corps d'une gaufre et d'un café noir? Ou devrait-il faire demi-tour et rentrer chez lui? 

    Ces promenades sur la plage ne sont plus pour lui. Il devrait se rendre à l'évidence et ne plus sortir de chez lui sans son déambulateur. 

    *** 

    L'incipit était imposé (il marche face au vent). 

    D'autres avaient pioché "Le parc était désert", "Cette femme est un monstre d'égoïsme", "Un cri retentit dans la chaleur du matin", "Assise au milieu du bruit incessant" etc.

  • A comme allokataplixis

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    Ça a débuté comme ça. Hector Vanderheiden, coiffé de sa casquette neuve et chaussé des souliers de cuir réservés aux grandes occasions, la moustache peignée et retaillée, un mouchoir propre en poche, s'était rendu dans la capitale à l'invitation d'un notaire. 

    Chez qui il n'est jamais arrivé. 

    Mais ça, la famille ne l'a su que quand il était trop tard. 

    Hector Vanderheiden, les mains derrière le dos, a pris tout son temps pour flâner. Il était largement en avance pour le rendez-vous et en a profité pour admirer les étalages. Il y avait là des choses inouïes, des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence et qui le faisaient tomber d'émerveillement en émerveillement. 

    C'est ainsi qu'il s'est retrouvé, sans qu'il ait bien compris comment la chose s'était faite, sur les moelleux fauteuils de la Maison Polant. Où sa naïveté lui a valu un traitement de faveur. C'est bien normal. 

    C'est bien normal aussi que son cœur ait lâché. 

    Bien normal que son fils et sa belle-fille n'aient pas jugé utile de faire des frais pour le rapatriement du corps.  

    En fait, madame Polant, déléguée par la famille, avait seule suivi le corbillard. 

    *** 

    Allokataplixis, le mot vient d'être inventé par un professeur américain pour désigner l'émerveillement, la fascination du touriste devant ce qui est différent de chez lui (donc une notion fort différente du syndrome de Stendhal) - merci à Lakévio pour le tableau, l'incipit et l'expicit imposés!

  • U comme un arbre, un lieu

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    - Tu ne peux pas te tromper, avait-il dit, il n'y en a qu'un! 

    C'est donc là qu'il l'attendait, à l'entrée du parc, au soleil de cette belle matinée de fin avril. 

    Sous l'arbre dans toute la splendeur de sa floraison blanche. 

    Cet arbre-là, dont le parc ne possédait qu'un seul exemplaire. 

    Voilà pourquoi il lui avait bien dit: Tu ne peux pas te tromper! 

    Et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? Pourquoi n'arrivait-elle pas? Avait-elle changé d'avis au dernier moment? 

    Il n'avait pourtant pas menti, sur sa page de profil: ni sur son âge, ni sur sa taille, ni sur sa profession. Ni évidemment sur le lien principal qui s'était tout de suite créé entre eux deux: sa passion pour la botanique, qu'elle partageait. 

    Alors au fait, oui: et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? 

    D'abord, elle avait dû faire une recherche, le davidia involucratafranchement ça ne lui évoquait rien de connu. Elle avait peut-être un peu exagéré, lors de leurs échanges, sur sa connaissance des arbres, mais tout le monde ne le faisait-il pas, pour amorcer le poisson? 

    Finalement, cette histoire s'était terminée à son avantage. 

    - Il n'y en a qu'un, vraiment? Oui, si tu veux, un au parc Monceau, un au Luxembourg et un au Jardin des plantes.

    Et tout en marchant d'un bon pas vers le jardin du Luxembourg, elle se demandait ce qui serait le mieux: avouer rapidement ses lacunes en botanique ou essayer de les combler avant qu'il ne s'en rende compte...  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • X c'est l'inconnu

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    Où qu'il soit, Simon ne peut s'empêcher d'étudier les "signes" et ce n'est pas la préparation de sa thèse de linguistique sur les actes de langage qui y changera quelque chose: au sein de la vie sociale, tout est signe et donc significatif pour qui sait voir. 

    Ce matin, dans la salle du petit déjeuner, il a de quoi faire avec l'observation d'une dame seule dont la robe et la serviette de bain aux rayures bleues et blanches sont assorties à la nappe et au service de table. 

    Une dame que personne ne viendra rejoindre et qui pourtant laisse refroidir son œuf à la coque. 

    Qui a ouvert un nouveau paquet de cigarettes sans pourtant en avoir fumé une première. 

    Qui ne s'est même pas encore servi une tasse de café. 

    Qui a posé le Times bien en évidence sur le coin de la table, dans le sens de lecture opposé au sien, donc pour le passant. 

    Qui a ôté la serviette de son rond et l'a jetée en face d'elle. 

    Et qui, les mains jointes, ne cesse de regarder fixement au dehors. 

    Simon la prend en photo: voilà un cliché qu'il soumettra à la sagacité de ses étudiants, le semestre prochain.  

    *** 

    source de la photo et consignes chez Lakévio, que je remercie pour sa merveilleuse constance, même pendant les mois d'été cool

  • U comme une vie

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    On aurait peur de dire à Maria que ses fleurs sont "bellissime", il faut aussitôt qu'elle vous en offre. Alice le sait, pourtant elle n'y a pas pensé quand elle s'est spontanément exclamée que ses roses étaient magnifiques. Maria lui a répondu "Aspetta!" et a sorti son sécateur de la poche de son grand tablier de jardin. 

    Alice n'a pas de vase et remplit une carafe dans sa cuisine. 

    Puis elle oublie d'y mettre les fleurs.  

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    Elle a un peu recoupé la photo qu'Ugo a prise d'elle et l'a collée dans son carnet à spirale. Elle s'observe. Comme sur la photo, elle se retient de rire. Il lui avait enroulé ses longs cheveux sous une sorte de bonnet au crochet et fait retomber une mèche sur le côté. La visière lui descendait sur l'oreille. De l'autre côté il lui avait fait mettre une grande boucle d'oreille et dans les larges mailles de ce drôle de couvre-chef, il avait encore piqué une plume orange et un oiseau de papier multicolore. Elle s'était laissé faire sans rien demander, son italien n'était pas encore assez bon pour ce genre de conversation. 

    Finalement, elle était assez contente du résultat. 

    Elle espérait que lui aussi... 

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    Un mois déjà qu'elle est installée à Rome. Le temps file! Elle se dit qu'elle ne se lassera jamais de ce pays, de ses odeurs, de ses bruits, de sa cuisine, de son soleil, de ses habitants. Elle se dit que c'est ici qu'elle aurait dû naître. Elle se dit que si on peut adopter un enfant, on devrait aussi pouvoir adopter une maman. Elle aimerait bien être la fille de Maria.

    Il faudra qu'avant six mois elle ait trouvé quelque chose de stable. Un vrai travail.

    Ce ne sera pas évident. Tant de jeunes galèrent dans ce pays, ou s'expatrient. 

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    Le lendemain, elle a sa mère au téléphone:

    - Bon anniversaire, ma chérie! Tu as bien reçu ton paquet?

    Oui, elle l'a reçu. Sa mère croit apparemment que la France lui manque et lui a envoyé le dernier Sollers, des galettes Saint-Michel, un mirliton, une petite bouteille de sirop de violettes...

    Encore un malentendu! 

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    Elle passe beaucoup d'heures dans les musées. Elle dessine, elle prend des notes. Elle ne voit pas le temps passer et n'entend même plus ce que débitent les guides... ou les visiteurs. Elle se demande quand elle trouvera son propre style. Elle ne sait pas qu'elle le possède déjà. 

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    Elle se promène beaucoup aussi. Elle explore. Elle s'installe devant une vieille maison aux volets fermés, sort son matériel d'aquarelliste. Tout en peignant, elle imagine qui y a vécu. Qui l'a construite. Qui y est né et mort. Parfois la maison n'est pas vide: un volet s'ouvre, une vieille dame sort, vient voir l'oeuvre en cours. Parfois Alice lui offre son travail. 

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    Son modèle préféré, c'est Antonio, le mari de Maria. Inutile de lui demander de ne pas bouger, il s'assoupit dès qu'il s'assied. Il peut rester des heures à contempler le bout de ses baskets. 

    Alice essaie de restituer toute la dignité de l'homme même si on devine le mal qui lui ronge le cerveau. 

    Il faudrait voir, dit Maria, comme il était bel homme! Et elle va dans leur chambre à coucher, décroche la photo de leur mariage. "Guarda!" dit-elle. On sent tout l'amour et la fierté pour cet homme qu'aujourd'hui elle doit laver et habiller comme un enfant. 

    *** 

    merci aux Plumes d'ici et d'ailleurs
    pour les consignes et photos quotidiennes 
    tout l'été! 

    celles-ci sont de la semaine du 11 au 17 juillet

  • O comme onze

    jeu,fiction,françois bon

    (1) Depuis ses 15 ans, il connaît The Matrix par cœur. Depuis ses 15 ans, il ne s'habille plus qu'en noir, avec le manteau très long et les lunettes sombres. Malheureusement, depuis ses 20 ans une calvitie sévère l'empêche de jouer pleinement les Keanu. 

    (2) A 60 ans, elle a eu envie de faire le trajet Belgique-Compostelle à vélo. Elle s'est un peu entraînée, quelques samedis, et puis elle est partie. Personne n'ose lui demander si elle n'a pas triché et pris le train, ici et là, pour alléger le parcours. 

    (3) Ses parents l'ont appelé Christophe mais il a choisi la graphie Kristof. Toute la vie il leur reprochera ce prénom français. Malheureusement, il n'a pas pu changer son nom de famille, qui est d'origine picarde. 

    (4) Elle regrettait d'être née trop tard pour pouvoir être hippie. Ça ne l'a pas empêchée de se parfumer au patchouli, de fumer de la marijuana et d'abandonner ses études à 17 ans. Ni d'enseigner l'anglais en Inde. 

    (5) Ses trois frères font la fierté de leurs vieux parents: ils ont bien réussi dans leur entreprise de toiture, plomberie, chauffage, électricité. Ils ont des villas, des piscines, un manège. Lui seul est un gagne-petit: il a fait des études et est prof dans le secondaire. 

    (6) Depuis de nombreuses années, sur tous les billets de banque qui lui passent entre les mains, elle écrit consciencieusement au stylo bleu: "L'argent, c'est de la merde". Depuis de nombreuses années, elle espère en vain qu'un de ces billets lui reviendra en mains. Aujourd'hui, elle se demande si elle n'a pas inspiré un Brestois. https://attaque.noblogs.org/post/2017/07/31/brest-finistere-largent-cest-dla-merde/

    (7) Arrête de faire le pitre! lui disait constamment sa mère.
    Tu vas encore te faire remarquer avec tes grimaces et tes pitreries! lui sifflait-elle. 

    Après sa mort, il a trouvé un carnet où elle consignait pieusement toutes ses facéties. 

    (8) Si vous saviez, dit-elle, comme j'ai galéré! Galéré des années, des années avant de trouver ce que j'aime vraiment faire! Ça me désespérait!

    Elle vient d'avoir vingt ans. 

    (9) Après deux opérations aux genoux, ligaments, rotule, il a dû arrêter le foot. Il s'est mis au vélo: il a parcouru toute la Corse, grimpé le mythique Mont-Ventoux, passé l'hiver sur son VTT. C'est comme ça qu'un soir de neige et de boue, un camion l'a percuté.

    (10) Elle a préparé le petit déjeuner familial, les boîtes à tartines pour les enfants, rangé la maison. Elle a conduit les enfants à l'école et leur a dit à ce soir, travaillez bien. Puis elle est allée se jeter dans le canal.

    (11) Il était ambulancier. Le roi de la vitesse et de l'efficacité. Le jour où l'ambulance a dû venir pour lui, elle est arrivée trop tard. 

    *** 

    atelier d'été de François Bon - consigne 1: onze personnages en 3 phrases chacun 

    source de la photo wikipedia

  • D comme dernier défi

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    Il a ajusté la partie supérieure d'une roulotte de romanichels à la barge qu'il utilise le plus souvent pour aller sur la rivière. A cause de cette roulotte, il est impossible de voir ce qu'il trafique à l'intérieur, et ça intrigue beaucoup les paysans, les pêcheurs et les gens du village. On le soupçonne d'y emmener des dames, une ou même deux à la fois, pourquoi pas, et qu'on imagine très peu vêtues, puisqu'il a toujours le prétexte de sa peinture, de son art. 

    Ce en quoi on ne se trompe pas. 

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    Ce jour-là précisément Aline est à bord, vêtue cependant, de sa plus jolie robe et de son chapeau neuf. Il l'emmène déjeuner à Chatou, chez le père Fournaise avec ses amis les canotiers. Aline a tenu à emporter son chien et fait des mines que l'ami Gustave semble trouver à son goût. 

    On l'aime bien, Gustave, c'est lui qui règle la note... 

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    L'a-t-il peinte, son Aline! Aline en lectrice, assise en tailleur dans l'ombre bleue du salon, Aline au bain, soulevant légèrement sa jambe de statue, Aline au jardin, moment de farniente parmi les papillons, les mésanges et les fleurs, Aline dans le champ de blé, avec le village en arrière-plan, Aline lui faisant un baiser d'au revoir, la bouche en coeur au bout de ses jolis doigts... 

    Il se dit qu'il finira sans doute par l'épouser. Il a cinquante ans passés et leur petit Pierre bientôt cinq. 

    *** 

    Dernier défi des Plumes d'ici et d'ailleurs
    jours 18 (Claude Monet, La barque atelier, 1874), 19 (Renoir, Le déjeuner des canotiers, 1871) et 31 (logorallye avec les mots des objets présents sur la photo: lectrice, statue, mésange, bleue, tirelire, au revoir, village, tailleur, farniente)

  • O comme Odette

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    Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l'était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

    Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

    Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l'accablait. Elle était incapable d'expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

    On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l'ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

    Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

    Ou d'autres fois, c'est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

    Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s'inquiéter. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!