filamots

  • N comme nature, nature...

    Chacun connaissait son amour déraisonnable pour les arbres, les fleurs, les plantes, tous les végétaux quels qu’ils soient. A tel point qu’elle n’arrivait pas à arracher le pissenlit  ni le trèfle écarlate qui achevaient de coloniser ce qui avait été autrefois une impeccable pelouse.

    Bref, une flore abondante régnait sur les 22m² du jardin où dans la chaleur écrasante d’août les lysimaques frôlaient les sédums rosissant doucement.

    A l’intérieur aussi, les plantes étaient reines. Jusqu’au jour où, toute jeune maman, elle publia sur un réseau social une photo de son bébé dormant paisiblement entouré par la luxuriante végétation de son salon. Dans le quart d’heure, une centaine de messages tombèrent dans sa boîte. Leur contenu la clouèrent au sol… et au pilori. Une révélation d’anthropophagie aurait probablement eu des conséquences moins graves pour sa réputation. Quoi ! coucher cet innocent parmi des plantes toxiques comme le dieffenbachia ?  Les plus indulgents parlaient d’inconscience. D’autres menaçaient de saisir la justice de cette affaire, et la protection de l’enfance !

    Elle eut beau protester qu’il s’agissait d’un bananier… le mal était fait.

    ***

    écrit pour Filamots n°12
    avec les mots imposés

    jeu,fiction,filamots,nature

     

  • G comme Garçon, un brancard!

    - Tu verras, qu’elle avait dit Suzanne, l’adresse que j’ai choisie est hors du commun, vraiment spéciale ! Hors du temps !

    L’Orangerie, ça s’appelait. Et en effet, c’était tout à fait hors du temps. En tout cas, hors du temps de l’invention de l’électricité. J’ai dû trouver ma chaise à tâtons…

    Je sais qu’elles aiment ça, les filles, les bougies dans le noir et tout le toutim. Mais moi, ce que je veux, c’est bien manger et voir ce qu’il y a dans mon assiette. Vous vous êtes déjà bagarré avec un pigeon aux petits pois en ayant juste un petit lumignon qui tremblote au centre de la table ? Bref.

    L’Orangerie, donc. Moi je pensais que ça allait être un truc tout en verre, mais non : à peine ici et là un trou percé dans le mur, des gros moellons sur lesquels reposent quelques planches pourries et des vieux outils agricoles rouillés dans tous les coins.

    - Superbe, hein, le décor, qu’elle disait Suzanne. Tellement authentique !

    J’ai dit ‘oui, oui !’ en jetant un œil à droite et à gauche – les filles, faut pas trop les contrarier – et j’ai vu le garçon qui nous épiait d’un sale œil. Sans doute qu’on n’était pas le genre de la maison.

    - Toi mon gaillard, que je me suis dit, faudra pas trop faire le mariole, parce que t’as franchement pas la bonne pointure !

    ***

    écrit pour Filamots 11

    http://filamots.wordpress.com/2013/06/06/ecriture-11-proposition-du-06-06-au-13-06-2013/

    avec les mots imposés suivants:

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  • Première fois

    Elle menait ses oies par le sentier qui descend vers la prairie au bord du ruisseau quand elle le rencontra poussant sa charrette remplie d’herbe coupée. Il suait à grosses gouttes et était entouré d’une nuée de mouches qu’il ne pouvait pas chasser sans risquer de verser tout son chargement à terre. Un début de barbe mettait des reflets bleutés sur ses joues aux mâchoires crispées par l’effort.

    Quand donc se déclarerait-il? pensait-elle. Combien de larmes verserait-elle encore le soir dans son lit en pensant à lui? Elle était intimement convaincue qu’ils étaient faits l’un pour l’autre et que leurs amours seraient immortelles. Ne serait-ce pas merveilleux d’associer leur destinée? D’échanger des serments? De s’embrasser sous la lune?

    Arrivés à hauteur l'un de l'autre, ils osaient à peine se regarder: 

    - Préviens ton père que je passerai ce soir, lui souffla-t-il quand leurs pas se croisèrent.

    ***

    écrit pour filamots aves ces mots imposés:

     

    fiction, filamots


  • J comme jonque

    - Quel tableau de famille idyllique, pensa-t-elle, pour celui qui ne nous verrait que de l’extérieur !

    En ce dimanche de début mai, trois corbeaux tournoyaient dans le couchant en se donnant de furieux coups d’ailes. Un des trois était un intrus, sans doute.

    - Messagers de mauvais augure, se dit-elle.

    Mais le malheur venait de s'abattre sur la maison. Que pouvait-il lui arriver de pire ?

    A proximité de son fauteuil en osier, son fils cadet chatouillait le chien. Elle reposa un instant ses ciseaux de brodeuse pour le contempler avec émoi.

    - Mon petit… mon tout petit… Pourquoi ? Pourquoi lui ?

    Ce n’était jamais le chien qui se fatiguait le premier, il agitait frénétiquement une de ses pattes arrière et poussait de petits geignements d’aise, avec par moments sa voix presque humaine qui faisait dire à sa fille qu’il vocalisait avec autant de talent que tante Jeanne.

    Le jour prenait fin et la température avait brusquement baissé de quelques degrés. Elle frissonna et se demanda s’il ne fallait pas allumer l’âtre. Il lui restait encore trois ou quatre bûches.

    Fils aîné avait fini de coller ses timbres congolais dans son troisième album et avait pris le journal de la veille.

    - Bateau à voiles d’Extrême-Orient! lança-t-il. En six lettres. C’est quoi, maman ?

    ***

    texte écrit avec les mots imposésfilamots8.jpg

    http://filamots.wordpress.com/2013/05/05/ecriture-8-proposition-du-05-05-au-12-05-2013/

    Bonne fête aux mamans belges
    en ce dimanche 12 mai 
    et aux autres aussi, bien sûr
    Cool
     

  • Y comme yachtman

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    http://filamots.wordpress.com/2013/04/28/ecriture-7-defi-en-image-28-avril-05-mai-2013/

    Debout à l'arrière du bateau, dans un contrapposto de statue antique, son torse viril exposé au soleil, il tient la main gauche solidement appuyée sur la barre.

    Dans la main droite, il a un livre ouvert qu'il regarde attentivement. Il est soigneusement recouvert de plastique noir. Il ne faudrait pas que la blonde vénus en bikini qui est alanguie en face de lui sur le pont ait le moindre soupçon.

    Il lui a fait croire qu’il lit Keats. John Keats. Alors chaque soir elle lui demande de réciter un poème en guise de préliminaires.

    Mais en réalité, il ne lit pas du tout Keats.

    Voilà pourquoi il y a cette couverture noire :

    Le yachting pour les nuls.

     

  • U comme une ultime enquête

    Un cadavre inconnu trouvé à moitié nu dans un champ de trèfle avec un bâton à ses côtés… Le commissaire Adamsberg, escorté de son fidèle Danglard, n’avait évidemment aucune piste.

    - Je me demande quelle intuition lumineuse il va encore nous sortir de tout ce fatras, se dit-il en pataugeant dans la boue.

    Traînant un mauvais rhume depuis le début de l’hiver, il s’était soigneusement couvert d’un bonnet à pompon et d’une écharpe aux couleurs du PSG, l’équipe préférée de ses fils, ce qui lui donnait l’air encore plus décati que d’habitude. Mais ça faisait bien longtemps qu’il ne se regardait plus dans un miroir, pas même pour se raser ni pour faire un de ses impeccables nœuds de cravate.

    - Danglard ! Vous me suivez ou vous admirez le paysage ?

    En réalité, il regardait plutôt d’un air hagard ses belles chaussures italiennes qu’il était en train de bousiller dans ce champ détrempé. Mais qui aurait pu prédire que ce matin-là, ils allaient devoir quitter Paris ?

    - J’aurais bien besoin d’un petit blanc, se dit-il encore en se hâtant vers le commissaire.

    - Confidence pour confidence, moi aussi je supporterais bien un petit remontant!

    Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait parlé tout haut. Mais il comprit la réaction du commissaire dès qu’il se fut assez rapproché du cadavre…

    ***

    écrit pour filamots n° 6
    http://filamots.wordpress.com/2013/04/21/ecriture-6-proposition-du-21-04-au-28-04-2013/
    avec les mots imposés suivants

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  • H comme Hermès

    - Tu n’as pas faim, ma cocotte ? fit-il tout en surveillant une BMW dans son rétroviseur.
    - Tu sais bien que je suis malade, en voiture… alors ne me parle pas de manger !
    - Il y a un Courte-Paille dans cinq kilomètres, je propose qu’on s’y arrête, qu’en dis-tu ?
    - D’accord, au moins ça me permettra de me dégourdir un peu les jambes…

    Elle aimait le regarder conduire, cependant. Toujours élégant, jusque dans ses gestes, mélangeant subtilement les styles : il lui causait encore souvent le même choc au creux du ventre, comme ce premier soir où ils avaient rendez-vous au pied de la tour. Elle était arrivée tellement en avance qu’elle avait eu le temps de compter toutes les fleurs roses des liserons. Hermès…

    - C’est quoi, ça, pour un prénom ? avait demandé sa mère, qui s’attendait peut-être à lui voir des ailes d’oiseau aux chevilles, comme au messager de la mythologie grecque, enfanté en secret par Maia.

    - A propos d’enfant, commença-t-elle…

    Puis elle se tut. Elle eut un nouveau haut-le-cœur qu’elle pourrait mettre sur le compte de la voiture. Il était trop tôt pour parler de l’enfant.

     

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    écrit pour filamots
    http://filamots.wordpress.com/2013/04/07/ecriture-4-proposition-du-07-04-au-14-04-2013/


  • F comme filamots

    - Et moi je te dis que nous avons fait fausse route! lui cria-t-elle pour la troisième fois. Normalement, le cratère devrait se trouver à notre droite, vers l’est, au-delà des collines. Mais là on ne le voit plus ! Ce n’est pas normal.
    - Fais-moi donc un peu confiance, pour une fois, lui répondait-il invariablement. D’ailleurs, depuis quand est-ce que ce sont les femmes qui ont le sens de l’orientation ? Hein ?

    Ils étaient arrivés dans l’île aux papillons depuis la veille. Ils y avaient loué un meublé, s’étaient approvisionnés dès la descente du bateau dans les petits commerces le long de l’artère principale, celle qui relie le port à l’autre bout de l’île.

    Le lendemain, ils avaient prévu une première excursion d’une journée. Ils étaient partis de bon matin, heureux et excités comme des gosses en voyage scolaire. Il faut dire que c’étaient des décors de rêve : une végétation magnifique sur fond de mer, le cratère majestueux, au loin, et partout des milliers d’arbustes en fleurs et leurs nuées de papillons. Martial n’arrêtait pas de prendre des photos et Aline, qui continuait d’avancer, le perdait souvent de vue.

    - Martial ! fit-elle tout à coup dans un hoquet d’horreur.

    Elle avait juste eu le temps de le voir disparaître dans une fissure du terrain, comme avalé par le flanc de la montagne.

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    http://filamots.wordpress.com/2013/03/31/ecriture-3-proposition-du-31-03-au-07-04-2013