flamand

  • Premier septembre

    Il peut paraître bizarre de parler du premier septembre un premier avril, mais voilà, le mois dernier nos responsables flamands se sont émus et un peu énervés à propos de la question suivante: 

    - si l'on sait que le premier septembre sera la fête de la fin du ramadan 

    - si l'on tient compte du fait que ce jour-là, les enfants musulmans ont le droit de prendre congé 

    - si l'on sait que dans de nombreuses écoles le pourcentage de musulmans est assez élevé 

    - si l'on veut que tous les enfants prennent un bon départ pour la nouvelle année scolaire et soient bien au courant de toute l'info qui est généralement largement dispensée ce jour-là 

    alors ne vaudrait-il pas mieux commencer l'année scolaire le lundi 4 septembre au lieu du vendredi premier? 

    Mais notre ministre ne veut pas faire d'exception à la règle sacro-sainte: en Flandre, l'année scolaire commence le premier septembre. Point final. 

    Ou pas? 

    Elle suggère l'entourloupe suivante: que l'école qui le désire, prévoie sa journée de formation pédagogique le premier septembre, de sorte que les cours ne commencent de facto pour les élèves que le lundi 4. 

    C'est ce qui s'appelle trouver une solution créative... 

    school.jpg

    source de la photo et article ici

     

     

  • Les derniers patoisants

    Depuis que grand-mère Adrienne n'est plus là, je n'ai plus beaucoup l'occasion d'exercer mes connaissances de notre patois. Et je ne suis pas la seule. Les derniers à avoir été élevés en patois appartiennent généralement à la génération de ma mère. 

    La troupe de théâtre qui monte la revue traditionnelle, avec des personnages tirés du folklore de la ville, dans une action pimentée par l'actualité politique et économique du jour, a de plus en plus de mal à trouver des acteurs-chanteurs capables de pratiquer le "vrai" patois de façon plus ou moins convaincante. 

    Même la connaissance passive se perd et parmi le public, de plus en plus de gens ont des difficultés à tout comprendre. Au point que pour les chansons, cette année on a mis des sous-titres tongue-out 

    Aussi suis-je toujours un peu étonnée d'entendre Monsieur l'Entrepreneur s'adresser en patois à ses ouvriers, même à celui qui s'appelle Ahmed. 

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  • G comme gros lot

    Chapitre 1: G comme Gino 

    Gino a un passe-temps qu'il partage avec de nombreux Belges, aussi bien du côté flamand que wallon. Il est colombophile. Ça veut dire que dans son jardin il a un kot à pigeons qu'il entraîne à la course. Le dimanche matin, ces petites bêtes acheminées par paniers entiers vers un lieu éloigné de leur domicile, sont relâchées dans un ciel plus ou moins clair et supposées rentrer dare-dare chez elles, retrouver leur duivenkot, leur partenaire, leur nid. Gino et ses copains colombophiles les attendent de pied ferme pour les attraper dès leur arrivée et pouvoir enregistrer leur temps de vol grâce à la bague à faire passer dans la petite machine. (1)

    gino.jpg

    Chapitre 2: G comme Golden Prince 

    Gino est un pro dans son hobby et ses pigeons sont des "coulons futés" (2) qui gagnent tous les concours. Comme son Golden Prince, par exemple, qui a battu tous les records de palmarès en 2014. Alors Gino s'est dit que c'était le moment de rentabiliser son hobby et de passer à autre chose. On peut supposer que madame Gino a envie de prendre des vacances. 

    Chapitre 3: G comme gros lot 

    C'est ainsi qu'une vedette internationale comme Golden Prince s'est retrouvée à une vente aux enchères - tout se vend aux enchères, même les œufs à couver - et qu'il vient de faire remporter l'ultime gros lot à son propriétaire, 316 000 €, le meilleur prix jamais donné pour un pigeon. Non pas, comme c'est généralement le cas ces dernières années, par un acheteur chinois, mais par un Sud-Africain. 

    Article et photos ici... 

    cette folie colombophile est à l'origine de quelques chansons narquoises, comme ik zie zo geiren mijn duivenkot, j'aime tant mon pigeonnier, ou cette ode ironique en patois anversois au "blauwe geschelpte", le pigeon aux taches bleutées 

     

     (1) comme je l'ai vu faire par de vieux colombophiles quand j'avais huit ans, je ne sais pas dans quelle mesure ça a évolué cool 

    (2) les Wallons d'à côté de là où j'habite disent 'coulon' pour pigeon

  • H comme Hutsebolle

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    Un jour que le père revenait du marché – par une fenêtre ouverte il avait dû regarder à l'intérieur d'une maison bourgeoise et y voir un fauteuil – ce meuble lui avait frappé l'imagination. - "Les enfants, dit-il, le jour où on le pourra, on s'achètera un fauteuil!" La mère a haussé les épaules parce qu'elle savait, la pauvre, que même à force d'épargne et d'économies on ne réussissait jamais à joindre les deux bouts, - dès qu'on avait mis un sou de côté, on aurait pu l'utiliser dix fois pour acheter l'essentiel; - les vêtements des enfants tombaient en loques, le père avait les souliers percés aux orteils, ou il fallait payer le fermage; et le fauteuil était de nouveau remis à l'année suivante. 

    Vader kwam ne keer terug van de markt - door een open venster moet hij in een rijk huis naar binnen gekeken hebben, en daar een zetel zien staan - dat meubel stak hem alevel de oogen uit. - ‘Jongens, zei hij, als we 't ne keer kunnen doen, koopen we 'n en zetel!’ Moeder trok de schouders op, want ze wist, de sloore, dat we met sparen en krebbebijten, toch nooit de einden 't hoope kregen, - als er een stuiver weglag, kon hij al tien kanten gebruikt worden om 't hoognoodige te koopen; - de jongens hun kleeren hingen van 't lijf, vader liep met de teenen door zijn schoenen, of de pacht moest betaald worden; zoo wierd de zetel weer een jaar in 't dak gestoken. 

    Mais les soirs d'hiver, quand on était tous assis autour de l'âtre, on en revenait à ce fauteuil: le père en a parlé si longtemps qu'on a fini par y croire. Dans notre imagination, ce fauteuil représentait le bonheur suprême; on se forçait à y croire et à l'espérer aussi fort que lui. Quand on parlait du fauteuil, c'était le signe que tout allait bien, sinon – en temps de misère et de manque – il aurait été stupide de mentionner cet objet. Le père et la mère ont vieilli avec cette idée; toute la vie j'ai entendu parler de ce fauteuil, comme d'une merveille qui nous était promise et apporterait l'abondance. 

    Maar bij winteravonde, als we allen rond den heerd zaten, kwam de zetel opnieuw te berde: vader praatte er zoolang over tot we er aan geloofden als aan iets dat komen moest. Die zetel verbeeldde in ons gedacht het hoogste geluk; we drongen het malkaar op, zoodanig dat we er al zoo fel aan geloofden en naar verlangden als vader zelf. Wanneer er van den zetel gesproken werd, was 't teeken dat 't goed zat, anders - in tijden van krot en meserie - ware 't te gek geweest dat ding te vernoemen. Vader en moeder zijn met dit gedacht en verlangen, oude menschen geworden; heel mijn leven heb ik thuis van dien zetel hooren spreken, als van een wonder dat ons voorbeschikt was en de weelde zou meebrengen... [...]  

    - ... Ça a continué comme ça jusqu'à ce que les enfants aient grandi et que les aînés commencent à gagner un peu d'argent, - alors on aurait pu se le permettre, mais ni le père ni la mère ne le mentionnaient plus. 

    - ...Dat bleef alzoo aanhouden tot de jongens al grootgekweekt waren en de oudsten begonnen geld in te brengen, - toen mocht het er af, maar vader noch moeder repten geen woord meer van den zetel. [...]  

    - ... Et pourtant il a fini par arriver. On s'était mis d'accord et un dimanche on est allés à pied en ville, tous ensemble. On est passés par toutes les rues, on a regardé tous les magasins, et on a fini par trouver notre affaire. On a acheté un fauteuil de cinquante-huit francs. Comme j'étais l’aîné, je pouvais le porter. Je l'ai posé sur la tête et le tenais par les pieds. Ma nuque en devenait raide et mes bras douloureux, mais pour rien au monde je ne l'aurais lâché: on a porté notre trésor en triomphe jusque chez nous. On était tous heureux et fiers de cet achat. 

    - ...En toch is 't er van gekomen. Onder ons wierd het besloten, en op een Zondag trokken wij te voet naar stad, heel de bende. We liepen al de straten af, keken aan al de winkels, en eindelijk ontdekten we ons affaire. We kochten een zetel van acht en vijftig franken. Omdat ik de oudste was, mocht ik hem dragen. Ik plaatste hem met de zate op mijn hoofd en hield hem bij de pikkels. Mijn nek wierd stijf en mijn armen blamot van 't dragen, maar voor geen geld ter wereld had ik hem willen lossen: we brachten onzen schat triomfantelijk naar huis. We waren allen om 't even welgezind en preusch met den koop. 

    Le premier soir c'était la fête: le père, la mère, s'y asseyaient à tour de rôle comme sur un trône. Avec leurs plus beaux habits, ça allait, mais le lendemain le vent a tourné: la mère a fait la première remarque, que ça ne convenait pas à une maison de pauvres gens. Le père pensait pareil sans oser le dire, - lui aussi trouvait que ce n'était pas pour nous. Ce fauteuil était un élément "étranger" qui "jurait" dans le ménage; c'est ce que nous voyions aussi et nous avions peur que les voisins s'en moquent; il devait disparaître, plus personne n'était à l'aise avec ce fauteuil près de l'âtre; plus personne n'osait ni ne voulait s'y asseoir, il gênait partout où il se trouvait, et un beau matin il avait disparu: avant qu'on se lève, le père l'avait fendu à la hache et déposé comme bois à brûler à côté de l'âtre – plus jamais personne n'en a parlé – on se sentait de nouveau à l'aise.  

    Den eersten avond was 't feest: vader, moeder, gingen er beurtelings in zitten, lijk op een troon. Met hun beste kleeren aan ging dat nog, maar 's anderen daags keerde 't blad: moeder miek 't eerst de opmerking, dat 't niet ‘stond’ in een huis van arme werkmenschen. Heur uitspraak was 't geen vader uit eerlijke schaamte niet had durven zeggen, - hij ook vond dat het geen ding was voor ons. Die zetel deed daar ‘vreemd’, hij ‘vloekte’ in 't huishouden; wij zagen het evengoed en wierden beschaamd dat de geburen er zouden mee lachen; hij moest uit onze oogen, we waren geen van allen op ons gemak met dien zetel bij den heerd; niemand dorst of wilde er nog in gaan zitten, hij stond overal in den weg, en op een schoonen uchtend was hij verdwenen: eer we opstonden had vader hem gekloven en als brandhout aan den heerd gelegd - nooit heeft er nog iemand naar gevraagd, - we voelden ons weer gemakkelijk. 

    *** 

    traduction de l'Adrienne des pages 52 à 55 (éd. Lannoo 2016)

    première parution en 1926 

    le narrateur - Hutsebolle - parle de sa jeunesse, donc du tournant du siècle, dans un coin de la Flandre Occidentale

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • L comme lumière

    Je disais hier dans un commentaire mon admiration pour le peintre impressionniste belge Emile Claus (1849-1924), voici les trois tableaux vus samedi dernier à Gand: 

    Claus meisjes in het veld.jpg

    Meisjes in het veld - 1892 (Petites filles au champ) 
    pastel sur papier - photo sur le site du musée 

    Elles ont enlevé leurs sabots pour marcher dans l'herbe en bord du champ prêt à être moissonné 

    DSCI4313.JPG

    Zonnige dag - 1899 (une journée ensoleillée)
    on en profite pour faire une lessive dehors
    et vérifier la blancheur des cols de chemise cool 

    à l'ombre légère de grands arbres
    qui laissent passer des taches de soleil 

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    De ijsvogels - 1891 

    'ijsvogel' signifie 'martin-pêcheur' 
    en néerlandais cela permet le jeu de mots sur 'ijs' (glace) et 'vogel' (oiseau) pour désigner les gens qui s'amusent sur la glace avec leur petite luge 

    Les photos sur Wikipedia Commons sont bien meilleures que les miennes: 

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    Le titre en français est 'les patineurs' alors qu'ils n'ont pas de patins, ils sont en sabots, leurs deux bâtons servent à avancer plus vite avec la luge sur la surface gelée  

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     ces trois-là et des tas d'autres ici

  • I comme incipit

    streuvels.jpg

    La grange au double portail largement ouvert ressemble à un théâtre où, dans la profondeur béante, à un rythme accéléré, une pièce est jouée par des miséreux. Le bâtiment se dresse tout seul dans des plaines désertes; un théâtre sans spectateurs et des comédiens s'activant derrière un voile de buée qui embrume tout. Chaque homme remplit son rôle, - actions qui se fondent comme un outil bien huilé tournant à vide - un spectacle qui se déroule en dehors du temps et de l'espace. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    *** 

    Het leven en de dood in den ast (1926)

    De schuur met de dubbele poortluiken breed open, gelijkt een tooneel waar, in de gapende diepte, door havelooze mannen, in haastig tempo, een spel wordt opgevoerd. Het gebouw staat er eenzaam op de verlatene vlakten; het tooneel zonder toeschouwers, en de spelers doende achter een sluier van watermist, die 't al omdoezeld houdt. De mannen vervullen elk zijne aangewezen rol, - handeling welke ineensluit als een geordend werktuig dat in 't ijle draait - een schouwspel dat in 't tijd- en ruimtelooze afspint. 

    (incipit de l'oeuvre de Stijn Streuvels, rééditée chez Lannoo au printemps de 2016 et gardant l'orthographe ancienne, un choix qui ne serait pas le mien mais on ne m'a pas demandé mon avis tongue-out

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, les 20 premières pages de cette réédition ici et source de la photo avec info sur l'ouvrage ici 

    Stijn_Streuvels_en_achterkleinkinderen.jpg

    l'auteur (1871-1969) en vénérable grand-père, entouré de sa femme, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants 

    source de la photo ici

  • Z comme Zichem

    Il arrive que la blogueuse aille voir d'où viennent ses visiteurs. Depuis quelque temps, elle voit apparaître le nom de la ville de Zichem, très célèbre en Flandre pour son illustre rejeton Ernest Claes (1885-1968), écrivain que chacun par chez nous connaît pour son roman "De Witte", dont il existe deux versions cinématographiques, "De Witte van Sichem".

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    source cinematek

    De plus, ce roman a servi, ainsi que quelques autres de ses écrits, à réaliser une série télévisée culte des années 1969-1972, "Wij heren van Zichem". 

    Mon grand-père aimait beaucoup cette série, il avait lu Ernest Claes et connaissait certaines répliques par cœur. Les personnages et les situations le faisaient beaucoup rire. 

    Les quelques fois où j'ai vu ça, enfant, je n'y ai rien compris: c'est dans un dialecte beaucoup trop éloigné du mien. Je ne me souviens pas qu'il y avait des sous-titres. 

    D'ailleurs aujourd'hui encore notre télévision flamande, toujours férue de dialectes, ne met pas de sous-titres pour tout ce qui s'approche de l'anversois, qu'elle doit apparemment considérer comme étant notre koinè.

    Je vois que cette série vient de sortir en DVD et je me demande qui cela peut encore intéresser... même si, il y a quarante ans, elle a été suivie avec ferveur par des millions de téléspectateurs - les trois quarts de la population flamande, selon les chiffres de l'époque. 

    Un coup d’œil sur la vidéo ci-dessus vous fera comprendre que ça risque d'ennuyer le spectateur d’aujourd’hui, ne serait-ce qu'à cause de sa lenteur... 

    *** 

    Je vais juste en profiter pour saluer tous mes visiteurs 

    d'Annecy à Zichem 

    kiss

    Merci à vous tous!

  • T comme troisième fois

    - La troisième fois, faudra me payer un verre (1)! s'écrie-t-il joyeusement en me croisant devant une tête de gondole où je suis en train de me demander si je vais me l'offrir, cette mousse-au-chocolat-bio-en-promotion.

    Je le regarde d'un air éberlué et interrogateur.

    - On s'est déjà croisés tout à l'heure, insiste-t-il, vous ne vous souvenez pas?

    Où et quand l'aurais-je vu? Il a une tête qui ne me rappelle aucun souvenir.

    - Ou alors c'était peut-être votre sœur, fait-il en rigolant.

    Ça m'étonnerait, je n'en ai pas.

    - C'était bien vous, à la Kapellestraat?

    Je connais mal les noms des rues ostendaises mais je ne crois pas y être passée aujourd'hui en revenant de la bibliothèque.

    - Dans ce magasin où on vend toutes sortes d'huiles d'olive?

    Je peux enfin lui répondre avec certitude que non, je ne suis pas passée par la Kapellestraat et ne suis entrée dans aucun magasin.

    - Non? Alors, je vous assure que vous avez un sosie! Un vrai sosie! (2) 

    *** 

    (1) "De derde keer, trakteren!" s'exclame généralement celui qui vous rencontre pour la deuxième fois en peu de temps. 

    (2) je n'ai pas voulu demander si nos manteaux aussi étaient sosies, parce que ma tête, il n'avait pas vraiment eu le temps de la voir...

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    à Ostende, l'Adrienne avait juste le temps de faire une course, entre deux tentatives pour nourrir le chat Pipo 

    vie quotidienne,flandre,flamand

    ici on voit bien comme il est maigre

  • N comme Napoléon

    "Les édiles veulent relancer le commerce des manufactures lyonnaises (...) Grand consommateur, l'Etat comprend aussitôt les enjeux et envoie à Lyon - fait unique en province - quelque 110 tableaux entre 1803 et 1811."

    Voilà ce qu'on peut lire dans le guide du Routard (Lyon).

    Et en effet, tous les Rubens, Jordaens, Jan Breugel l'Ancien... sont des "envois de l'Etat", les uns de 1805, les autres de 1811.

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    Rubens, Saint Dominique et saint François préservant le monde de la colère divine, "envoi de l'Etat" en provenance directe de l'église des Dominicains d'Anvers...

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    Jordaens, Visitation, "envoi de l'Etat" en provenance directe de l'église Notre-Dame de la Visitation à Rupelmonde...

    deux exemples parmi des dizaines d'autres

    ***

    http://portal.unesco.org/culture/es/files/32653/117249653415LeMonde.pdf/LeMonde.pdf

    http://www.humanite.fr/culture/faut-il-rendre-les-oeuvres-d%E2%80%99art-leurs-pays-d%E2%80%99origine%3F-487651

    "Napoléon a été un des plus grands acteurs de pillage d’œuvres d’art. Il a pillé à travers l’Europe partout ou il est allé combattre : l’Egypte, la Russie, la Prusse, l’Italie, etc.. et a dépouillé de nombreux musées de leurs trésors pour rapporter ces œuvres au musée du Louvre. (...) Le Congrès de Vienne en 1815 a mis un terme à ce pillage généralisé des spoliations napoléoniennes, considérées comme les plus importantes dans l’histoire de l’Humanité (...)"

    in http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2013/gay_a/pdf/gay_a.pdf

     

  • X c'est l'inconnu

    Tout à coup, je me suis trouvée face à ce mur de BD 

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    qui présente les personnages de Marc Sleen

    Je me demande dans quelle mesure ses BD ont été traduites et je crains fort qu'elles soient très mal connues d'un public autre que néerlandophone... 

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    en bas, à gauche, Petoetje et Petatje, 
    couché dans l'herbe avec sa loupe, le détective Van Zwam, 
    aux pieds de Jan Spier, le génial petit Adhémar, 
    portés à bout de bras par Jan Spier, monsieur et madame Pheip, 
    Nero qui tend la main aux oiseaux 
    et enfin, dans les feuillages, Abraham Tuizentfloot... 

    *** 

    Tout ça fait un bien joli mur 
    que j'ai eu du plaisir à voir 

    cool

  • W comme wablieft?

    Je suppose que c'est volontaire,  

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    ces orthographes fantaisistes,  

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    mais je n'en ai pas saisi le but...

    ***

    la bourse = beurs

    théâtre = schouwburg 

    théâtre de la Bourse = Beursschouwburg

    ***

    c'est sans doute de l'humour bruxellois flamand

    tongue-out 

     

  • Sept choses que je sais d'elle

    Hier après-midi, je suis montée au grenier pour y prendre du fil à tricoter. Des aiguilles numéro 2 et demi. Et j'ai fait un échantillon: trente mailles font 11 centimètres. Apprend-on encore la règle de trois aux enfants de l'école primaire? C'est le truc le plus utile que je connaisse tongue-out

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    J'ai d'abord cru que je ne saurais plus faire des mailles bien égales, après tout ce temps. La dernière fois que j'ai fait un tricot, c'était pour l'HDMV. Un pull à col roulé et à manches raglan, en jacquard. Il doit bien y avoir quinze ans de ça. 

    Alors évidemment, en tricotant je ne pouvais que penser à celle qui me l'a appris. Celle qui a ramassé les premières mailles que je laissais filer. Qui m'a montré comment faire les rangs à l'endroit, les rangs à l'envers. Et tout le reste. 

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    De fil en aiguille - ça n'a jamais autant été le cas de le dire - j'ai repensé à toutes ces autres choses qu'elle m'a apprises. Comme la cuisine de grand-mère, dans le vrai sens du mot...

    Au fil de mes réflexions, il m'est venu des envies de plats du terroir flamand, lapin à la bière, tarte à la semoule. 

    Et des envies de parler patois cool 

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  • B comme belge

    - Ah! vous parlez le belge?

    nous demandait-on de temps en temps, en France, en nous entendant parler le néerlandais entre nous, l'homme-de-ma-vie (1) et moi.

    J'avais toujours sur moi papier et stylo pour dessiner rapidement une carte de la Belgique, y tracer la frontière linguistique, y situer Bruxelles ainsi que la région où nous habitions. En moins d'une minute au chrono, j'avais fini d'expliquer la situation linguistique, les lois du même nom et leurs conséquences. A la demande, je pouvais aussi en expliquer les origines. (2)

    La routine, quoi.

    - Alors, le belge, ça n'existe pas?

    - Et bien non, ça n'existe pas.

    Par contre, chaque région se fabrique un peu de lexique propre. Si on vit proche d'une frontière linguistique, on emprunte des mots à ceux d'à-côté. Blinquer, c'est briller (en néerlandais blinken) et la dringuelle, c'est l'argent de poche ou le pourboire (en néerlandais drinkgeld).

    Le kot, je ne vous explique plus Langue tirée

    On se fabrique quelques mots "utiles", soit qu'ils manquent à la langue qu'on parle, soit qu'on adopte une belle image, une expression... bien expressive. On va dire qu'il drache quand il tombe beaucoup d'eau d'un seul coup et on va appeler mêle-tout celui (ou celle) qui aime mettre le nez dans nos affaires. Avec le savon on fait une savonnée et avec le torchon (qui est une serpillière) on torchonne.

    Parfois, on bat le beurre: si votre tradition culinaire est différente, vous direz pour la même chose que vous pédalez dans la choucroute, dans la semoule ou dans le yaourt.

     belg.jpg

    en rouge, la frontière linguistique

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    la Belgique vue par Marcel Mariën
    http://www.ferraton.be/fr/lot/archive/1645855/detail/58/

    Alors j'ai essayé
    de faire un joli petit texte

    dans lequel grand-père Maurice et grand-oncle Emile
    (deux noms masculins se terminant par -e)
    échangeraient quelques vocables belges
    avec grand-tante Elisa et madame Edith
    (deux prénoms féminins ne se terminant pas par -e)
    mais je n'y suis pas parvenue...
    La fiction, ce n'est véritablement pas mon point fort...
    (understatement)

    Grand-oncle Emile ne parlait jamais le français
    Grand-tante Elisa était Wallonne...

    Merci à Joe Krapov
    qui ne manque jamais d'imagination
    ni de verve
    et pardon d'avoir failli à la tâche

    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/09/27/32689787.html

    ***

    (1) hahaha! ça faisait longtemps, hein?

    (2) en toute partialité impartiale et neutre, bien entendu Langue tirée

  • O comme oorlog

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    http://pieterserrien.be/boeken/van-onze-jongens-geen-nieuws/

    Le hasard des lectures sur le web permet parfois de découvrir un pan d'histoire inconnue. Ainsi pour moi, la présentation de ce livre m'apprend des faits dont je n'avais jamais entendu parler. Des faits qu'apparemment chacun s'est empressé d'oublier, sans doute les intéressés en premier.

    De quoi s'agit-il?

    Après la guerre de 14-18, que la petite armée belge avait dû continuer à mener, retranchée derrière l'Yser, sans avoir accès à de nouvelles recrues vu l'occupation du reste du territoire, il avait été décidé que les communes listeraient les jeunes hommes afin de pouvoir constituer "une réserve" en cas de futur conflit.

    Chaque année, cette liste était complétée des jeunes garçons qui atteindraient leurs 17 ans. De sorte qu'au début de la guerre de 40, environ 300 000 jeunes Belges ont été priés de se rendre, de quelque manière que ce soit, vers des centres de recrutement en France, les CRAB. (1)

    Dat kan te voet, met de fiets of met de trein. Veelal gaat het over onervaren tieners, nauwelijks gekleed voor deze exodus, met een beperkte mondvoorraad. Sommigen zijn best bereid te geloven in het grote avontuur, maar de meesten terecht bang voor het onbekende, voor het "tourisme de l'imprévu": vervoer in beestenwagons, bombardementen door de Duitsers... De helft geraakt niet verder dan Noord-Frankrijk. Enkele honderden sneuvelen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    La plupart ont entre 16 et 20 ans. Ils se mettent en route à pied, à vélo, en train. Il s'agit le plus souvent d'adolescents sans la moindre expérience de vie et qui n'ont encore jamais quitté leur heimat. Ils ne sont pas équipés pour ce genre d'expédition, ont à peine des provisions de bouche. Sur la route de l'exode, ils subissent des bombardements. La moitié d'entre eux n'arrive pas plus loin que le nord de la France: elle y est rattrapée par l'ennemi. Quelques centaines y trouvent la mort.

    Er is eten te kort, van hygiëne is geen sprake, overal is er ongedierte en de contacten met de bevolking zijn vaak hatelijk en toch ontdek je af en toe tussen alle ellende door deugddoende ontmoetingen met de Fransen én hun “savoir vivre”. De verschillen tussen de opvangcentra zijn gigantisch. En daar waar de militairen het al te vaak laten afweten blijken de scouts over de vaardigheden te beschikken om structuur en orde te brengen. De leuze “eens scout, altijd scout” blijft ook hier overeind. Na de Belgische (28 mei) en de Franse capitulatie (22 juni) is het verhaal afgelopen. Op 30 juli 1940 begint, na een harde leerschool, de repatriëring van duizenden jongvolwassenen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    Les autres sont transportés plus au sud en wagons à bestiaux. Ce qui les attend en France, ce n'est pas la vie en rose: manque de nourriture, absence totale d'hygiène, de la vermine partout. Les contacts avec les Français peuvent difficilement être qualifiés de chaleureux. En trois semaines, ces jeunes ont largement fait le plein d'expériences de toute nature...

    Après la capitulation de la Belgique et de la France, plus rien ne les retient de rentrer au pays. La plupart ont retrouvé leur foyer dans le courant de l'été. Parmi eux, quelques BV (2) comme notre ancien premier ministre Leo Tindemans, le dessinateur de BD Marc Sleen (3) ou l'écrivain Ivo Michiels.

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, un article intéressant ici: http://www.vhl-alumni.be/?p=3269. On y explique entre autres choses que les auteurs se sont basés sur des enquêtes menées dans les années 80, des archives belges et françaises et des témoignages de derniers survivants, aujourd'hui âgés de 90 ans ou plus. Certains sont de ma ville, où quelques centaines de jeunes ont également été concernés par cet exode forcé.

    Sur un des sites de vente du livre, un anonyme lance cet appel, après avoir salué le fait que cette histoire vieille de 70 ans soit enfin exhumée:

    Dit boek komt 70jaar te laat, doch eindelijk wordt dit zoveelste Drama eens besproken. Ikzelf heb vermiste familie in Frankrijk, ik zoek reeds 10 jaar in la Brie of Conflans naar dhr Hanskens René ? waar is de broer van mijn moeder ? Kan iemand mij helpen  ?? Wat moet ik doen ?

    Quelqu'un peut-il m'aider? demande-t-il. Où est le frère de ma mère? 

    ***

    (1) Centre de Recrutement de l'Armée Belge

    (2) BV = bekende Vlaming, c'est-à-dire Flamand célèbre... en Flandre.

    (3) l'auteur de Nero est allé à vélo jusqu'à Limoges.
    (http://www.marc-sleen.be/fr/qui-est-marc-sleen/vie-et-oeuvre

    histoire,belgique,belge,flandre,flamand

    sur le mur derrière eux, ils ont écrit:
    "Wij willen terug naar België"
    Nous voulons rentrer en Belgique.

    http://www.vhl-alumni.be/?p=3269

     

  • N comme nationalisme

    D'abord, il y a mon père. Qui s'est trouvé une épouse à sa convenance dans un de ces milieux typiques de ma petite ville pendant les années cinquante: éducation familiale flamande, éducation scolaire francophone. 

    Puis il y a ma tante. Qui à peine âgée de seize ans a rencontré l'homme de sa vie dans cette même petite ville, mais dans un milieu familial et culturel à cent pour cent flamand, alors qu'elle-même poursuivait sa scolarité en français.

    Enfin, il y a mon oncle. Qui à l'âge de trente-cinq ans s'est enfin décidé pour le mariage, après avoir écumé les endroits huppés de la côte d'Azur et de Knokke-le-Zoute. Où il a fini par trouver une Wallonne fraîchement rentrée de dix ans de Congo.

    1962 (1) - kopie.JPG

    Je n'avais pas quatre ans quand elle est entrée dans ma vie et je l'ai tout de suite adorée. Je crois qu'elle s'ennuyait beaucoup et que s'occuper de moi la distrayait.

    Tout dans sa maison respirait l'exotisme. Tout me fascinait. Le tigre en peluche presque aussi grand que moi, la selle de chameau au coussin de cuir rouge, les tables basses en forme de plateau, les tissus africains aux couleurs vives.

    Alors que voulez-vous que je réponde, quand depuis mes douze ans on me demande si je suis Flamande?

    C'est quoi, être Flamande?

  • V comme voleur

    Marcus a arrêté son cheval à l'ombre d'un bosquet qui pépie de chants d'oiseaux. En sautant à terre, il voit que le chien est toujours là. Il n'a servi à rien de galoper, cette bête l'a suivi malgré tout. Il flatte la tête de son cheval. Son cou, tout son corps est en sueur. Il l'attache à un arbre. L’animal commence tout de suite à manger quelques feuilles des branches les plus basses d’un châtaignier. De temps en temps, il s'arrête, l'oreille tendue, nerveux, tout le corps parcouru de frissons.

    La veille encore, Marcus peignait un tableau dont il pensait qu'il serait son chef-d’œuvre. Finies les petites scènes de famille, terminés les portraits de notables et d'enfançons au grand col de dentelle de Malines. Il s'était mis à la création, mûrement réfléchie et préparée par de nombreuses études et esquisses, d'une vaste fresque mythologique. Il avait dépensé une petite fortune pour acquérir les panneaux de tilleul nécessaires à sa réalisation.

    Il se souvient de l’arrivée de l'Italien, voilà à peine deux mois. Il ne s'est pas tout de suite méfié, il avait même cru qu'ils pourraient s'échanger leurs arts, apprendre l'un de l'autre. Mais c'est lui qui a tout donné et l'Italien qui a tout pris. Marcus ne s'en était pas tout de suite rendu compte. Il sait, à présent, que c'est grâce à lui que le Florentin a acquis la maîtrise de la peinture à l'huile, des enduits, des vernis, des fins glacis qui captent la lumière...

    C'est la veille seulement qu'il a tout compris. Le rose aux joues de la duchesse, son trouble, ses émois, ses regards à la dérobée n'étaient plus pour lui.

    Il ne sait pas laquelle des deux trahisons lui cause le plus de douleur.

    Solidement attachés aux flancs de son cheval, les panneaux, les esquisses, les précieuses eaux-fortes.

    Il paraît qu’à Urbino aussi on aime la peinture flamande.

     fiction,peinture

    Urbino, palazzo, juillet 2011

  • V comme verdure

    011 - kopie.JPG

    photo prise à Bruxelles
    au Cercle Royal Gaulois

    Pour ceux qui voudraient en savoir plus

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Verdure_%28tapisserie%29

    Cette tapisserie n'entre pas à proprement parler dans la catégorie des "verdures", puisqu'elle comporte des personnages, mais elle m'y a fait penser, par l'importance de son décor végétal de ce bleu vert si typique

    et qui entre donc parfaitement dans le Projet 52 de Ma'
    dont le thème cette semaine est précisément

    vert / bleu

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052-2015

  • N comme navire

     bricabook168.jpg

     © Diane

    merci Leiloona!

    http://www.bricabook.fr/2015/03/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-168e/

     

    A l’avant comme à l’arrière, de grosses stalactites de glace pendent aux amarres et aux filins.

    C’est à pied que les pêcheurs flamands se sont rendus à Dunkerque ou à Gravelines pour y monter à bord de goélettes françaises en partance pour six mois de pêche au cabillaud dans les mers islandaises.

    Dix-huit hommes à bord d’un bateau de bois, souvent sans sextant ni baromètre. La météo à venir, on la devine en observant le ciel, la mer et les oiseaux.

    Dix-huit hommes dont deux enfants, petits mousses dans un monde de violence, celle des hommes et celle de la nature. Parfois de terribles tempêtes durent plus de soixante heures, parfois une goélette est écrasée entre deux icebergs, parfois des vagues plus hautes que des maisons engloutissent le bateau et les hommes.

    Sur mille marins qui partent en mars, cent trente ne reviennent jamais.

  • K comme kermesse

    Dans les années 80, Madame était un tout jeune prof qui donnait encore des dissertations classiques. Un jour, elle a fait cogiter ses élèves d'alors sur l'américanisation de notre mode de vie.

    Aujourd'hui, elle pourrait organiser un débat autour de l'américanisation de nos kermesses flamandes.

    Voici les photos prises lors de la dernière kermesse d'automne:

    kermis 2014 (1) - kopie.JPG

    kermis 2014 (2) - kopie.JPG

    kermis 2014 (6) - kopie.JPG

    kermis 2014 (7) - kopie.JPG

    kermis 2014 (8) - kopie.JPG

    kermis 2014 (9) - kopie.JPG

    kermis 2014 (3) - kopie.JPG

    oui, vous avez bien vu:
    même la chenille de l'enfance de Madame

    (et du père de Madame)
    est repeinte aux couleurs de Hawai et de Malibu

    http://www.jukebox.fr/la-bande-a-basile/clip,la-chenille,5zmrl.html

    la seule attraction à ne pas porter de nom américain
    c'est le vendeur de gaufres et "oliebollen"
    (sorte de croustillons)
    qui s'appelle Pauwels

    http://www.nieuwsblad.be/article/detail.aspx?articleid=BLGHE_20091005_003
    comme autrefois

     pauwels.jpg

    cette dernière photo n'est pas de moi
    (source: http://websta.me/tag/pauwels)

  • T comme traduttore traditore

    ART POETIQUE

     

    Ecrire en vaut-il la peine

    Des mots, des mots

    Pourtant il ne faut pas dire : Hippocrène

    je ne boirai plus de ton eau.

     

    La poésie,

    je la rencontre parfois à l’improviste

    Elle est seule sous un saule

    et recoud ma vie déchirée.

     

    Ecoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc

    Aime les formes brèves et les couleurs vives

    Foin des natures mortes et des tableaux vivants

    Fous-toi de la rime

    Que la tour d’ivoire devienne une maison de verre

    et se brise.

     

    Epitaphe :

     

    Encor qu’il naquit malhabile

    Il ne resta point immobile

    Et disparut chez les Kabyles

    D’un accident d’automobile.

     

    Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921. 

     

    traduction,poesie,belge,belgique

    Tableau de Joos De Momper le Jeune (1564-1635)
    (un autre Anversois, comme Paul Neuhuys)
    avec à droite la source des Muses (Hippocrène) 
    qui naît sous les sabots de Pégase
    sur le mont Hélicon

     http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippocr%C3%A8ne#mediaviewer/File:Momper,_Joos_de_(Younger)_-_Helicon_or_Minerva%27s_Visit_to_the_Muses.JPG

     

    ARS POETICA

     

    Is schrijven de moeite waard

    Woorden, woorden

    Toch mag je niet zeggen : Hippocrene

    aan jouw bron zal ik me niet meer laven.

     

    De poëzie,

    soms ontmoet ik ze onverwacht

    Ze zit alleen onder een wilg

    en maast de lappen van mijn leven weer aan elkaar.

     

    Luister naar de regen in de zinken dakgoten

    Hou van de vluchtige vormen en de felle kleuren

    Weg met de stillevens en de tableaux vivants

    Krijg de kelere met die rijm

    Dat de ivoren toren een glazen huis wordt

    en breekt.

     

    Grafschrift :

     

    Hoewel onhandig geboren

    Bleef hij niet onbewogen

    En verdween bij de Kabyl

    Een ongeluk met de automobiel.

     

    Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921.  

     

    Traduction de l'Adrienne
    Qui remercie encore Tania
    Pour tout ce qu'elle découvre chez elle.
    http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2014/11/07/on-a-beau-dire-1136463.html?c

  • C comme conversations et classement

    Se reconnaître dans cet extrait. Ou plutôt y reconnaître son propre monde ancien, celui de sa propre enfance.

             Les conversations classaient les faits et gestes des gens, leur conduite, dans les catégories du bien et du mal, du permis, même conseillé, ou de l’inadmissible. Une réprobation absolue frappait les divorcés, les communistes, les concubins, les filles mères, les femmes qui boivent, qui avortent, qui ont été tondues à la Libération, qui ne tiennent pas leur maison, etc. Une plus modérée, les filles enceintes avant leur mariage et les hommes qui s’amusent au café (mais s’amuser restait le privilège des enfants et des jeunes gens), la conduite masculine en général. On louait le courage au travail, capable sinon de racheter une conduite du moins de la rendre tolérable, il boit mais n’est pas feignant. La santé était une qualité, elle n’a pas de santé, une accusation autant qu’une marque de compassion. La maladie, de toute façon, confusément entachée de faute, comme un manque de vigilance de l’individu face au destin. D’une façon générale, on accordait difficilement aux autres le droit d’être pleinement et légitimement malades, toujours soupçonnés de s’écouter. (p.63-64)

    Annie Ernaux, La honte, pages 63-64, Gallimard, 1997

    De gesprekken rangschikten het doen en laten van de mensen, hun gedrag, onder categorieën als goed, fout, toegelaten, aangeraden zelfs, of onaanvaardbaar. Een absolute afkeuring trof wie gescheiden was, communist, ongehuwd samenwoonde, ongehuwde moeder was, vrouw aan de drank, die abortus pleegt of kaalgeschoren werd na de Bevrijding, die haar huis niet onderhoudt enz. Een matigere afkeuring voor meisjes die zwanger waren voor het huwelijk of mannen die lol trappen op café (maar lol trappen bleef het voorrecht van de kinderen en de jonge mannen) en het gedrag van mannen in het algemeen. Men loofde de werklust, het kon fout gedrag niet goedmaken, maar maakte het aanvaardbaar, hij drinkt maar is geen luilak. De gezondheid was een kwaliteit, ze heeft een zwakke gezondheid, was evenzeer een beschuldiging als een blijk van medelijden. In elk geval droeg de ziekte de smet van een schuld, een gebrek aan waakzaamheid van de mens ten opzichte van zijn lot. Over het algemeen stond men de anderen maar moeizaam het recht toe om echt ziek te zijn en werden ze altijd verdacht te trunten.

    (traduction de l'Adrienne)

    Je me suis amusée à traduire le dernier mot par un verbe flamand qui n'a pas son équivalent en néerlandais. Trunten, c'est se laisser aller à trop de complaisance envers soi-même, pleurnicher pour un rien, se plaindre sans raison, manquer de courage, de force de caractère. "Niet trunten!" disent les mères de Flandre à leur progéniture. Il faut toujours se montrer fort, nier le mal dont on souffre et continuer le combat quotidien Langue tirée

    Voyez par exemple ce témoignage parmi les 1510 résultats que donne l'expression (Niet trunten!) passée à la moulinette g**gl*:  http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/binnenland/1.718353

     

  • U comme un slogan

    "Spreek steeds je eigen taal in Brussel!" (1) disait un slogan de mon enfance. 

    Ça faisait hausser les épaules à mon père, qui passait sans problème d'une langue à l'autre et ça irritait énormément ma mère, qui trouvait le français absolument supérieur à toutes les langues en général et au néerlandais en particulier.

     004 - kopie.JPG

    Alors aujourd'hui, si nous parlions tous notre propre langue à Bruxelles, ça ferait une jolie tour de Babel, avec 163 nationalités différentes

    Langue tirée

     

    (1) "Parle toujours ta propre langue à Bruxelles", in casu le néerlandais.

     

  • L comme Lanoye

    En lisant Sprakeloos (1) de Tom Lanoye, j'ai souvent pensé à feu ma belle-mère. Elle avait de nombreux points communs avec la mère de l'auteur, me semble-t-il.

    Tout d'abord, elle a dû apprendre le métier de son mari.

    Aan inzet voor haar nieuwe roeping mankeert het haar niet. Slagerin? Alles kun je leren. En alles went. Zelfs gewassen varkensdarmen, die in grof zout verpakt arriveren en die worden gebruikt om, gevuld met gehakt, worsten te worden. Alleen meegaan naar het abattoir doet ze nooit.

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.247

    Dans sa nouvelle vocation, elle ne manque pas d'ardeur au travail. Bouchère? Tout peut s'apprendre et on s'habitue à tout. Même aux boyaux de porc qui arrivent emballés dans du gros sel et qu'on remplit de haché pour en faire des saucisses. Il n'y a qu'une chose qu'elle ne fera jamais: accompagner à l'abattoir.

    (ma traduction, pas celle de van Crugten Langue tirée)

    Il me semble entendre ma belle-mère nous raconter ses débuts dans la branche. Comment elle aussi avait tout dû apprendre, et vite! Parce que peu de temps après leur mariage, mon beau-père a été rappelé sous les armes puis fait prisonnier en Allemagne.

    Sa théâtralité, aussi. Sa façon d'obtenir ce qu'elle veut, de son mari et de ses enfants. Qui sont au nombre de cinq, comme chez les Lanoye. Il emploie souvent pour elle le mot "moederdier", que van Crugten traduit par "mère poule". Traduction qui ne me satisfait pas: le mot est bien trop faible. Ce n'est pas la poule, qu'il faut évoquer, c'est la lionne.

    lanoye1.jpg

    Photo de l'intérieur de couverture. A l'occasion de la naissance de l'homme-de-ma-vie, le même genre de photo a été prise. Lui aussi était le cinquième et dernier enfant. Ils sont d'ailleurs nés la même année. Il y a même une grande ressemblance physique avec ma belle-mère.

    L'importance du noyau familial et de la nourriture. De l'être et du paraître, indissociables, car il faut paraître ce que l'on est et être ce que l'on paraît. (2) Le règlement intérieur et ses interdictions. Par exemple, les interdits de la conversation quand on est tous réunis autour d'un repas.

    Wie uit den vreemde arriverend in onze gewesten zakendeals heeft af te sluiten, of over internationale akkoorden moet onderhandelen, maakt zich beter geen begoochelingen. Ter zake doende gesprekken, houtsnijdende argumenten, levensbelangrijke contracten, het spervuur van vraag en opbod - ze kunnen alle wachten, tot bij of na ons dessert. Laat nooit een halszaak een goede maaltijd bederven, dat is onze regel wel. 

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.318

    Celui qui vient de l'étranger pour conclure une affaire ou négocier des accords internationaux ne doit pas se faire d'illusions. Les discussions d'affaires, les argumentations, les contrats d'importance vitale, le feu nourri de l'offre et de la demande - tout peut attendre jusqu'au dessert ou après. Ne laissez jamais une question d'Etat vous gâcher un bon repas, voilà notre règle.

    (ma traduction)

    A la fin de ce livre-hommage à sa mère, il pose la question qui me semble essentielle dans ce genre d'entreprise et qu'à ma petite échelle je me pose aussi très souvent:

    Is dit het boek geworden waarmee ik haar het best kon eren? Het boek dat zij het liefst had gelezen, en dat hij van mij verlangde? (...) Ik heb mijn twijfels.

    Tom Lanoye, Sprakeloos, Prometheus, 2009, p.357

    Ce livre est-il celui avec lequel je pouvais le mieux lui rendre hommage? Celui qu'elle aurait aimé lire, celui qu'il (3) désirait que j'écrive? (...) J'ai mes doutes.

    (ma traduction)

    Lanoye2.jpg

    (1) une traduction française réalisée par Alain van Crugten a paru en 2011 aux éditions la Différence sous le titre La langue de ma mère.

    (2) si vous ne me comprenez pas, rassurez-vous, moi je me comprends, mais je suis incapable de dire mieux Langue tirée

    (3) allusion au début du livre, où il raconte que son père lui demande régulièrement quand donc il écrira un livre sur sa mère (Tom Lanoye a déjà écrit d'autres livres autobiographiques)

  • W comme wagon de train

    flamand,flandre

    A Hasselt, tout est plus lent.

    C'est en tout cas ce que disent les blagues flamandes sur les habitants de cette région: au Limbourg, on parle en traînant longuement sur la syllabe accentuée.

    La blague la plus classique consiste en deux lignes qui font toujours beaucoup rire les Flamands, à l'exception de mon ex-belle-soeur d'origine limbourgeoise:

    - Quel est l'animal qui a quatre pattes et dont le nom comporte 26 lettres?
    - Hond.

    Hond, c'est-à-dire chien, qu'il faut prononcer en imitant l'accent limbourgeois:

    - Hoooooooooooooooooooooooond...

    A Hasselt, donc, tout est plus lent. C'est sans doute pour cela que le train attend douze minutes en gare avant de continuer vers Diest. 

    flamand, flandre

  • Z comme Zinneke

    A la bibliothèque, j'ai trouvé un livre qui s'appelle Bruxelles sentimental. Il est écrit par Jean-Paul Raemdonck, illustré de tableaux de Didier Van der Noot et a paru aux éditions Bernard Gilson en 2005.

    On en parle ici: http://www.lalibre.be/culture/livres/article/214397/un-bruxelles-sentimental.html

    Il est conçu comme un abécédaire, un Abécédaire sentimental. Ce qui me va très bien Clin d'œil

    A la lettre Z, page 182, on peut lire ceci:

    Z comme zapping. Lettre en coup de fouet, comme si on était tenu d'atteindre le bout de l'alphabet, mais les mots en z se bousculent au dictionnaire du terroir.

    Ils s'y bousculent, en effet, vu que ce terroir est flamand, qui ne manque pas de mots en z.

    Bruxelles la zappée. Elle a connu tout le monde dans l'Histoire. Diable merci nous sommes tous des zinnekes, bâtardisés, mélangés. Si les villes arboraient une lettre comme elles s'identifient par un emblème, les Bruxellois pourraient se doter de tee-shirts frappés d'un grand Z sur fond de leurs couleurs, vert d'un côté, rouge de l'autre [...]

    Suivent alors, après le zinneke cité, la zwanze, les zots (fous), les zatlaps (grands buveurs), les zievereers (raconteurs de "carabistouilles" Langue tirée) et autres zieverderaa..

    Mots en z indispensables car aussi intraduisibles que le kot ou le gezellig auxquels j'ai déjà consacré un billet.

    kot: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2010/07/13/k-comme-kot.html

    lecture,bruxelles,flamand,traduction

    image prise sur le site de l'artiste http://www.didiervandernoot.be/fr/biblio

  • W comme wagon de train

    Ils regardaient vaguement par la fenêtre, lui installé dans le sens de la marche, comme moi, et elle lui faisant face, de sorte que je pouvais bien voir son visage encore fort juvénile dans ce miroir qu'est très souvent une vitre de train.

    Elle avait les cheveux noirs bien lissés vers l'arrière et retenus en un solide petit chignon, une grosse écharpe beige enroulée au moins cinq fois autour du cou et les mains dans les poches de son manteau.

    De temps en temps, ils échangeaient quelques paroles. Lui toujours d'un ton calme et posé et elle un peu nerveusement, ses petits sourcils froncés et le menton levé. Pas une seule fois je ne l'ai vue sourire. Puis chacun reprenait la contemplation du paysage, lui un peu affaissé sur sa banquette, les jambes étendues, et elle le dos bien droit.

    Elle pouvait avoir tout au plus seize ou dix-sept ans et lui une ou deux années de plus. Elle serrait son gros sac contre elle et lui manipulait sans cesse son portable. Il me semblait qu'ils étaient frère et soeur.

    Je ne comprenais rien à ce qu'ils se disaient. Alors j'ai supposé que c'était de l'arabe, ou du berbère.

    En arrivant à Bruxelles, le garçon a pointé le palais de justice du doigt et a dit:

    - Weuk izda? (1)

    Ce que je croyais être de l'arabe ou du berbère, c'était tout simplement le patois de la région d'Ypres Langue tirée

    ***

    (1) C'est quoi, ça?

  • G comme G...V...D...!

    Je sais qu'aujourd'hui c'est le jour du Seigneur

    Je sais qu'on ne peut pas invoquer le nom de Dieu en vain (1)

    Je sais tout ça mais Pivoine a suggéré que je fasse un billet sur les jurons en flamand.

    Alors je ne vous parlerai pas aujourd'hui des G...V...D... ni de leurs variantes.

    Mais je vous livrerai celui-ci, qui était l'insulte la plus grave dans la cour de récré ostendaise à l'époque où l'homme-de-ma-vie avait dix ans (2):

    "Bescheten dakvenster!"

    ***

    Petite leçon de vocabulaire:

    een dak: un toit
    een venster: une fenêtre
    een dakvenster: une fenêtre dans le toit, donc une lucarne
    schijten: chier
    bescheten: sur quoi on a fait caca

    Vous voyez bien que le langage a des caractéristiques universelles Langue tirée

    ***

    (1) rappelez-vous cet autre billet avec ces paroles de ma mère "On n'invoque pas le nom de Dieu en vain!", mots qui faisaient s'écrier le petit frère: "Tu l'as dit! Tu l'as dit!" - "Quoi?" - "Nom de Dieu!"

    (2) et aujourd'hui encore, apparemment, j'en trouve 1440 entrées si je l'introduis dans mon moteur de recherche préféré...

  • K comme karikol

    C'était en septembre sur le blog de Colo. On pouvait y lire:

    Caracol; mínima cinta métrica con que mide el campo Dios.

    Escargot; minime mètre ruban avec quoi Dieu mesure la campagne

    José Carrera Andrade. Poète équatorien 1903-1978

    http://espacesinstants.blogspot.be/2012/09/mesure-medida.html

    Alors j'avais mis en commentaire:

    Il faudra que je fasse une recherche étymologique qui me dira le lien entre l'espagnol "caracol" et le flamand "karikol" pour désigner le même animal, dès qu'il se trouve piqué d'une fourchette en plastique dans une barquette vendue à la kermesse ;-)

    Nous y sommes donc aujourd'hui. En fait, nos karikol sont plutôt des bigorneaux.

    Il semblerait en effet que le mot vient de l'espagnol, comme quelques autres qui m'avaient déjà frappée (toiiiink) dans mon dialecte: ainsi par exemple, nous appelons un merle (mot dérivé du bas latin merulus) 'ne mirlo'.

    Mais là il s'agit de dialectes.

    En néerlandais, il y a peu de mots d'origine espagnole, quelques-uns du domaine culinaire (barbecue, tomaat et patat par exemple) ou militaire (comme embargo ou commando). Les linguistes néerlandais imputent ce peu de succès au fait que l'occupation espagnole, principalement sous le règne de Philippe II, a surtout laissé de mauvais souvenirs Langue tirée

    Pour les mots espagnols en néerlandais, voir l'intéressante étude (en néerlandais) Geleend en uitgeleend - Etymologiebank (à partir de la page 99 ww.etymologiebank.nl/pdf/1998_Sijs.pdf)

  • T comme treize et trente

    Tôt ou tard, ses invités finissent toujours par lui poser la même question:

    - Ça fait longtemps que tu vis ici?

    C'est une question qu'elle-même n'a jamais posée à personne. Aussi ne comprend-elle pas pourquoi on la lui pose ni quel intérêt sa réponse peut avoir.

    À chaque fois elle est obligée de forcer sa paresse intellectuelle pour faire un peu de calcul mental, ce qui n'a jamais été son occupation favorite:

    - L'an prochain, dit-elle après un instant de réflexion, ça fera tout juste trente ans.
    - Trente ans! s'exclame son interlocutrice.

    Quelle que soit la réponse, éminemment évolutive au fil du temps, elle reçoit toujours cette exclamation. Là non plus, elle n'a jamais compris pourquoi.

    Cependant, cette question l'amène généralement à des réflexions (très intimes) sur l'appartenance à un lieu ou sur un point d'ancrage en tel ou tel endroit de notre planète. Alors que ce ne sont que très aléatoires loteries.

    Trente ans bientôt qu'elle vit là sans être de là. Sans connaître grand monde dans ce village à deux kilomètres de sa maison. Trente ans à s'entendre dire, chaque fois qu'elle ouvre la bouche face à un autochtone:

    - Vous, vous n'êtes pas d'ici!

    En effet, elle n'est pas d'ici. Son berceau s'est trouvé treize kilomètres plus à l'est. Treize kilomètres qui font toute une différence que trente ans de vie ne changent pas et que trente années supplémentaires ne changeraient pas non plus.

    Tandis que dans sa ville natale, treize kilomètres plus à l'est, alors qu'elle n'y a vécu qu'à peine dix-huit ans, elle a toujours été et sera jusqu'à sa mort, quoi qu'elle fasse, où qu'elle aille, entièrement et pleinement "chez elle".

    Grâce à sa parfaite maîtrise de la prononciation locale du [R] et de quelques voyelles Langue tirée.

    Mais dans sa ville natale, avec ses 24000 habitants, ses plus de cent nationalités diverses et ses teints du blanc laiteux jusqu'au brun le plus chocolat fondant à 99% de cacao, il y a bien longtemps qu'on ne dit plus aux gens:

    - Vous, vous n'êtes pas d'ici!

    flandre,flamand

    le village, vu de chez moi