flandre

  • U comme une déclaration

    Ils sont quelques-uns, même dans la Flandre d'aujourd'hui malgré toute la réputation qui lui est faite, à aimer la France. 

    Cette fois, c'est au tour du photographe Michiel Hendryckx de faire sa déclaration d'amour. Son dernier livre vient de paraître, un opus de 240 pages de photos de la France. 

    "Voor de ganse wereld is Frankrijk de hemel op aarde. Alleen de Fransen zelf zien het niet. Het malcontent zijn is nationale sport. Het is in Frankrijk altijd te koud, te heet, te nat of te droog. En vooral nooit genoeg. Als ik thuiskom in mijn Frans dorp, heb ik sinds jaren de balorige gewoonte om vanuit mijn slaapkamerraamluid 'Vive la France!' te roepen. Zo kennen mijn buren me ondertussen. Ze vinden mijn hartenkreet aardig. Alleen geloven ze niet dat het van harte is. Dit boek is voor alles een schaamteloze liefdesverklaring." 

    Pour le monde entier, écrit-il, la France est le paradis sur terre. Seuls les Français ne le voient pas de cette façon. Le mécontentement est un sport national. Il y fait toujours trop froid, trop chaud, trop humide ou trop sec. Et surtout, ils n'ont jamais assez. 

    michiel.jpg

    © Michiel Hendryckx

    Quelques photos sont visibles ici (cliquer sur "bekijk de foto's")

  • G comme gros lot

    Chapitre 1: G comme Gino 

    Gino a un passe-temps qu'il partage avec de nombreux Belges, aussi bien du côté flamand que wallon. Il est colombophile. Ça veut dire que dans son jardin il a un kot à pigeons qu'il entraîne à la course. Le dimanche matin, ces petites bêtes acheminées par paniers entiers vers un lieu éloigné de leur domicile, sont relâchées dans un ciel plus ou moins clair et supposées rentrer dare-dare chez elles, retrouver leur duivenkot, leur partenaire, leur nid. Gino et ses copains colombophiles les attendent de pied ferme pour les attraper dès leur arrivée et pouvoir enregistrer leur temps de vol grâce à la bague à faire passer dans la petite machine. (1)

    gino.jpg

    Chapitre 2: G comme Golden Prince 

    Gino est un pro dans son hobby et ses pigeons sont des "coulons futés" (2) qui gagnent tous les concours. Comme son Golden Prince, par exemple, qui a battu tous les records de palmarès en 2014. Alors Gino s'est dit que c'était le moment de rentabiliser son hobby et de passer à autre chose. On peut supposer que madame Gino a envie de prendre des vacances. 

    Chapitre 3: G comme gros lot 

    C'est ainsi qu'une vedette internationale comme Golden Prince s'est retrouvée à une vente aux enchères - tout se vend aux enchères, même les œufs à couver - et qu'il vient de faire remporter l'ultime gros lot à son propriétaire, 316 000 €, le meilleur prix jamais donné pour un pigeon. Non pas, comme c'est généralement le cas ces dernières années, par un acheteur chinois, mais par un Sud-Africain. 

    Article et photos ici... 

    cette folie colombophile est à l'origine de quelques chansons narquoises, comme ik zie zo geiren mijn duivenkot, j'aime tant mon pigeonnier, ou cette ode ironique en patois anversois au "blauwe geschelpte", le pigeon aux taches bleutées 

     

     (1) comme je l'ai vu faire par de vieux colombophiles quand j'avais huit ans, je ne sais pas dans quelle mesure ça a évolué cool 

    (2) les Wallons d'à côté de là où j'habite disent 'coulon' pour pigeon

  • 7 fois Emile (4)

    Le printemps jeune et bénévole

    Le printemps jeune et bénévole
    Qui vêt le jardin de beauté
    Élucide nos voix et nos paroles
    Et les trempe dans sa limpidité. 

    La brise et les lèvres des feuilles
    Babillent, et lentement effeuillent
    En nous les syllabes de leur clarté. 

    Mais le meilleur de nous se gare 
    Et fuit les mots matériels ; 
    Un simple et doux élan muet 
    Mieux que tout verbe amarre 

    Notre bonheur à son vrai ciel : 
    Celui de ton âme, à deux genoux,
    Tout simplement, devant la mienne,
    Et de mon âme, à deux genoux,
    Très doucement, devant la tienne. 

    in Les heures claires (1896)

    Émile_Verhaeren_-_Les_Hommes_du_jour_-_1909.PNG

    Les Hommes du jour, n°82, 14 août 1909, dessin d'Aristide Delannoy. 
    (source
    )

  • Stupeur et tremblements

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    Le dimanche 22 janvier, c'est avec stupeur que l'Adrienne a appris que ce genre de mobilier urbain serait définitivement mis hors service dès le lendemain. En tout cas en Flandre. 

    Déjà, les cabines téléphoniques ont disparu de nos villes, sous prétexte que chacun - ou presque - a son portable. 

    Même raisonnement ici: en 2014, chaque borne n'a été utilisée en moyenne que deux fois, alors que son entretien coûte 750 € annuellement.  

    Faut donc espérer qu'à l'avenir, en cas de problème sur l'autoroute, chacun ait un portable, qu'il soit en état de marche et qu'on trouve facilement à qui s'adresser. 

    Ça fait tout de même déjà trois conditions... 

    Parce que c'est agitée de forts tremblements que l'Adrienne, l'été 2015, a eu besoin d'une de ces bornes, et a été fort heureuse d'y trouver une voix compréhensive qui l'a tout de suite aidée. 

     source de la photo et article ici 

    pour ceux qui n'étaient pas encore là en 2015 
    l'histoire de la borne ici et de l'accident ici

  • H comme Hutsebolle

    streuvels.jpg

    Un jour que le père revenait du marché – par une fenêtre ouverte il avait dû regarder à l'intérieur d'une maison bourgeoise et y voir un fauteuil – ce meuble lui avait frappé l'imagination. - "Les enfants, dit-il, le jour où on le pourra, on s'achètera un fauteuil!" La mère a haussé les épaules parce qu'elle savait, la pauvre, que même à force d'épargne et d'économies on ne réussissait jamais à joindre les deux bouts, - dès qu'on avait mis un sou de côté, on aurait pu l'utiliser dix fois pour acheter l'essentiel; - les vêtements des enfants tombaient en loques, le père avait les souliers percés aux orteils, ou il fallait payer le fermage; et le fauteuil était de nouveau remis à l'année suivante. 

    Vader kwam ne keer terug van de markt - door een open venster moet hij in een rijk huis naar binnen gekeken hebben, en daar een zetel zien staan - dat meubel stak hem alevel de oogen uit. - ‘Jongens, zei hij, als we 't ne keer kunnen doen, koopen we 'n en zetel!’ Moeder trok de schouders op, want ze wist, de sloore, dat we met sparen en krebbebijten, toch nooit de einden 't hoope kregen, - als er een stuiver weglag, kon hij al tien kanten gebruikt worden om 't hoognoodige te koopen; - de jongens hun kleeren hingen van 't lijf, vader liep met de teenen door zijn schoenen, of de pacht moest betaald worden; zoo wierd de zetel weer een jaar in 't dak gestoken. 

    Mais les soirs d'hiver, quand on était tous assis autour de l'âtre, on en revenait à ce fauteuil: le père en a parlé si longtemps qu'on a fini par y croire. Dans notre imagination, ce fauteuil représentait le bonheur suprême; on se forçait à y croire et à l'espérer aussi fort que lui. Quand on parlait du fauteuil, c'était le signe que tout allait bien, sinon – en temps de misère et de manque – il aurait été stupide de mentionner cet objet. Le père et la mère ont vieilli avec cette idée; toute la vie j'ai entendu parler de ce fauteuil, comme d'une merveille qui nous était promise et apporterait l'abondance. 

    Maar bij winteravonde, als we allen rond den heerd zaten, kwam de zetel opnieuw te berde: vader praatte er zoolang over tot we er aan geloofden als aan iets dat komen moest. Die zetel verbeeldde in ons gedacht het hoogste geluk; we drongen het malkaar op, zoodanig dat we er al zoo fel aan geloofden en naar verlangden als vader zelf. Wanneer er van den zetel gesproken werd, was 't teeken dat 't goed zat, anders - in tijden van krot en meserie - ware 't te gek geweest dat ding te vernoemen. Vader en moeder zijn met dit gedacht en verlangen, oude menschen geworden; heel mijn leven heb ik thuis van dien zetel hooren spreken, als van een wonder dat ons voorbeschikt was en de weelde zou meebrengen... [...]  

    - ... Ça a continué comme ça jusqu'à ce que les enfants aient grandi et que les aînés commencent à gagner un peu d'argent, - alors on aurait pu se le permettre, mais ni le père ni la mère ne le mentionnaient plus. 

    - ...Dat bleef alzoo aanhouden tot de jongens al grootgekweekt waren en de oudsten begonnen geld in te brengen, - toen mocht het er af, maar vader noch moeder repten geen woord meer van den zetel. [...]  

    - ... Et pourtant il a fini par arriver. On s'était mis d'accord et un dimanche on est allés à pied en ville, tous ensemble. On est passés par toutes les rues, on a regardé tous les magasins, et on a fini par trouver notre affaire. On a acheté un fauteuil de cinquante-huit francs. Comme j'étais l’aîné, je pouvais le porter. Je l'ai posé sur la tête et le tenais par les pieds. Ma nuque en devenait raide et mes bras douloureux, mais pour rien au monde je ne l'aurais lâché: on a porté notre trésor en triomphe jusque chez nous. On était tous heureux et fiers de cet achat. 

    - ...En toch is 't er van gekomen. Onder ons wierd het besloten, en op een Zondag trokken wij te voet naar stad, heel de bende. We liepen al de straten af, keken aan al de winkels, en eindelijk ontdekten we ons affaire. We kochten een zetel van acht en vijftig franken. Omdat ik de oudste was, mocht ik hem dragen. Ik plaatste hem met de zate op mijn hoofd en hield hem bij de pikkels. Mijn nek wierd stijf en mijn armen blamot van 't dragen, maar voor geen geld ter wereld had ik hem willen lossen: we brachten onzen schat triomfantelijk naar huis. We waren allen om 't even welgezind en preusch met den koop. 

    Le premier soir c'était la fête: le père, la mère, s'y asseyaient à tour de rôle comme sur un trône. Avec leurs plus beaux habits, ça allait, mais le lendemain le vent a tourné: la mère a fait la première remarque, que ça ne convenait pas à une maison de pauvres gens. Le père pensait pareil sans oser le dire, - lui aussi trouvait que ce n'était pas pour nous. Ce fauteuil était un élément "étranger" qui "jurait" dans le ménage; c'est ce que nous voyions aussi et nous avions peur que les voisins s'en moquent; il devait disparaître, plus personne n'était à l'aise avec ce fauteuil près de l'âtre; plus personne n'osait ni ne voulait s'y asseoir, il gênait partout où il se trouvait, et un beau matin il avait disparu: avant qu'on se lève, le père l'avait fendu à la hache et déposé comme bois à brûler à côté de l'âtre – plus jamais personne n'en a parlé – on se sentait de nouveau à l'aise.  

    Den eersten avond was 't feest: vader, moeder, gingen er beurtelings in zitten, lijk op een troon. Met hun beste kleeren aan ging dat nog, maar 's anderen daags keerde 't blad: moeder miek 't eerst de opmerking, dat 't niet ‘stond’ in een huis van arme werkmenschen. Heur uitspraak was 't geen vader uit eerlijke schaamte niet had durven zeggen, - hij ook vond dat het geen ding was voor ons. Die zetel deed daar ‘vreemd’, hij ‘vloekte’ in 't huishouden; wij zagen het evengoed en wierden beschaamd dat de geburen er zouden mee lachen; hij moest uit onze oogen, we waren geen van allen op ons gemak met dien zetel bij den heerd; niemand dorst of wilde er nog in gaan zitten, hij stond overal in den weg, en op een schoonen uchtend was hij verdwenen: eer we opstonden had vader hem gekloven en als brandhout aan den heerd gelegd - nooit heeft er nog iemand naar gevraagd, - we voelden ons weer gemakkelijk. 

    *** 

    traduction de l'Adrienne des pages 52 à 55 (éd. Lannoo 2016)

    première parution en 1926 

    le narrateur - Hutsebolle - parle de sa jeunesse, donc du tournant du siècle, dans un coin de la Flandre Occidentale

  • 7 fois Emile (3)

    Emile_Verhaeren TheoVR.jpg

    Portrait d'Emile Verhaeren par son ami Theo Van Rysselberghe 
    source 

    Au passant d’un soir 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Elle est humble, ma porte, 
    Et pauvre, ma maison. 
    Mais ces choses n’importent. 

    Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon 
    A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre; 
    Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons 
    Sont la joie et la force et l’élan de mon être. 

    Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu 
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome, 
    Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de vœux, 
    Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues, 
    A cet homme qui s’en viendra 
    Du bout du monde, avec son pas; 
    Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues 
    Là-haut, au firmament, 

    Nous nous tairons longtemps 
    Laissant agir le bienveillant silence 
    Pour apaiser l’émoi et la double cadence 
    De nos deux cœurs battants. 

    Il n’importe d’où qu’il me vienne 
    S’il est quelqu’un qui aime et croit 
    Et qu’il élève et qu’il soutienne 
    La même ardeur qui monte en moi. 

    Alors combien tous deux nous serons émus d’être 
    Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain, 
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d’être humains 
    Et clairs et confiants sans encor se connaître! 

    [...] 

    Et maintenant 
    Que nous voici à la fenêtre 
    Devant le firmament, 
    Ayant appris à nous connaître 
    Et nous aimant, 
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance, 
    L’univers qui nous parle à travers son silence. 

    Nous l’entendons aussi se confesser à nous 
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes 
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes 
    Frôler en même temps et la rose et le houx. 

    Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe 
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs; 
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe 
    Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs. 

    Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble 
    Vivre et brûler d’un feu intensément humain, 
    Et dans notre être où l’avenir espère et tremble, 
    Nous ébauchons le cœur de l’homme de demain. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte 
    S’arrêtera ? 

    Emile Verhaeren, in Les flammes hautes (1917)

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • 7 fois Emile (2)

    Les pauvres

    Il est ainsi de pauvres cœurs
    Avec, en eux, des lacs de pleurs,
    Qui sont pâles, comme les pierres
    D'un cimetière. 

    Il est ainsi de pauvres dos
    Plus lourds de peine et de fardeaux
    Que les toits des cassines brunes,
    Parmi les dunes. 

    Il est ainsi de pauvres mains,
    Comme feuilles sur les chemins,
    Comme feuilles jaunes et mortes,
    Devant la porte. 

    Il est ainsi de pauvres yeux
    Humbles et bons et soucieux
    Et plus tristes que ceux des bêtes
    Sous la tempête. 

    Il est ainsi de pauvres gens,
    Aux gestes las et indulgents,
    Sur qui s'acharne la misère,
    Au long des plaines de la terre. 

    in Les douze mois (1895)

    Émile_Verhaeren-buste.JPG

    Buste d'Émile Verhaeren dans le square André-Lefèbvre (Paris, 5e arr.) 

    (source de la photo)

  • M comme medèn ágan

    Quand l'été dernier l'Adrienne a annoncé à l'amie Lutgart qu'elle passerait à un mi-temps dès la rentrée, celle-ci a applaudi en helléniste: 

    - Μηδὲν ἄγαν! 

    "Rien de trop", traduction littérale, ou "Point trop n'en faut", comme dit le proverbe en français, et "Qui trop embrasse mal étreint" (la mère de l'Adrienne ADORE ce proverbe). Bref: garder la juste mesure en toute chose. 

    Car s'il est une étiquette qui colle fâcheusement à l'Adrienne, c'est qu'elle "en fait trop". 

    Or, que lit-elle hier soir dans son magazine préféré? Exactement le même message, mais délivré comme une nouveauté made in Sweden, une panacée scandinave, une sagesse suédoise appelée lagom et qui dit exactement ce que disaient les Anciens: cherchez le juste milieu en toute chose. 

    Point trop n'en faut. 

    DSCI4318.JPG

    Ce n'est pas cette buveuse d'absinthe qui dira le contraire 

    tongue-out 

    tableau de Léon Spilliaert 
    photographié au MSK de Gand
    samedi dernier

     

     

  • L comme lumière

    Je disais hier dans un commentaire mon admiration pour le peintre impressionniste belge Emile Claus (1849-1924), voici les trois tableaux vus samedi dernier à Gand: 

    Claus meisjes in het veld.jpg

    Meisjes in het veld - 1892 (Petites filles au champ) 
    pastel sur papier - photo sur le site du musée 

    Elles ont enlevé leurs sabots pour marcher dans l'herbe en bord du champ prêt à être moissonné 

    DSCI4313.JPG

    Zonnige dag - 1899 (une journée ensoleillée)
    on en profite pour faire une lessive dehors
    et vérifier la blancheur des cols de chemise cool 

    à l'ombre légère de grands arbres
    qui laissent passer des taches de soleil 

    DSCI4314.JPG

    De ijsvogels - 1891 

    'ijsvogel' signifie 'martin-pêcheur' 
    en néerlandais cela permet le jeu de mots sur 'ijs' (glace) et 'vogel' (oiseau) pour désigner les gens qui s'amusent sur la glace avec leur petite luge 

    Les photos sur Wikipedia Commons sont bien meilleures que les miennes: 

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    Le titre en français est 'les patineurs' alors qu'ils n'ont pas de patins, ils sont en sabots, leurs deux bâtons servent à avancer plus vite avec la luge sur la surface gelée  

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     ces trois-là et des tas d'autres ici

  • K comme Khnopff

    - Les photos sans flash sont permises? demande ingénument l'Adrienne au charmant jeune homme chargé de surveiller les trois premières salles. 

    - Hélas non! dit-il. Les collectionneurs privés ne le veulent pas... 

    - C'est bien dommage! 

    Elle lui montre le tableau d'Adrien-Joseph HeymansBrugje in Houffalize (un petit pont à Houffalize), qui vient en effet d'une collection privée. 

    - Je ne l'avais encore jamais vu, celui-là. La photo, ça aide à se souvenir... 

    - C'est vrai, répond-il, mais vous pouvez la chercher sur internet. 

    Puis il se ravise: 

    - Ou acheter le catalogue! 

    Heymans.jpg

    le voilà, le petit pont, trouvé sur la page fb du musée, un comble tongue-out 

    Interdiction, donc, de sortir l'appareil photo pendant la visite des dix salles consacrées à l'exposition sur Emile Verhaeren et les artistes de son temps.  

    Interdiction de photographier ce KhnopffL'Encens, mais le jeune homme avait raison, on le trouve sans problème sur le net. 

    Khnopff_-_Wierook.JPG

    il est sur wikipedia commons... 

    Par contre, dans la riche collection permanente, on peut photographier autant qu'on veut. Là aussi, quelques Khnopff, comme cet inhabituel portrait masculin, celui qu'il a fait de son père Edmond: 

    DSCI4319.JPG

    Et dans la même salle, quel bonheur de retrouver l'ami Spilliaert, dans ce bel autoportrait tout en transparences: 

    DSCI4315.JPG

    Silhouette du peintre (1907) 

    Le prendre de côté n'a pas empêché qu'on y voie tout de même la photographe: de transparence en transparence, voilà la photo toute trouvée pour le projet du Hibou 

    semaine 50 - transparence

  • I comme incipit

    streuvels.jpg

    La grange au double portail largement ouvert ressemble à un théâtre où, dans la profondeur béante, à un rythme accéléré, une pièce est jouée par des miséreux. Le bâtiment se dresse tout seul dans des plaines désertes; un théâtre sans spectateurs et des comédiens s'activant derrière un voile de buée qui embrume tout. Chaque homme remplit son rôle, - actions qui se fondent comme un outil bien huilé tournant à vide - un spectacle qui se déroule en dehors du temps et de l'espace. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    *** 

    Het leven en de dood in den ast (1926)

    De schuur met de dubbele poortluiken breed open, gelijkt een tooneel waar, in de gapende diepte, door havelooze mannen, in haastig tempo, een spel wordt opgevoerd. Het gebouw staat er eenzaam op de verlatene vlakten; het tooneel zonder toeschouwers, en de spelers doende achter een sluier van watermist, die 't al omdoezeld houdt. De mannen vervullen elk zijne aangewezen rol, - handeling welke ineensluit als een geordend werktuig dat in 't ijle draait - een schouwspel dat in 't tijd- en ruimtelooze afspint. 

    (incipit de l'oeuvre de Stijn Streuvels, rééditée chez Lannoo au printemps de 2016 et gardant l'orthographe ancienne, un choix qui ne serait pas le mien mais on ne m'a pas demandé mon avis tongue-out

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, les 20 premières pages de cette réédition ici et source de la photo avec info sur l'ouvrage ici 

    Stijn_Streuvels_en_achterkleinkinderen.jpg

    l'auteur (1871-1969) en vénérable grand-père, entouré de sa femme, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants 

    source de la photo ici

  • 7 fois Emile (1)

    Je suis en retard pour la commémoration du centenaire de la mort d'Emile Verhaeren, survenue à Rouen le 27 novembre 1916. Ce n'est que la semaine dernière que j'ai enfin eu le temps de fouiller dans les archives de notre bibliothèque communale et d'y rafler à peu près tout ce qui s'y trouvait de la main de l'auteur, plus l'essai sur le poète par son ami Stefan Zweig. 

    Le premier poème que j'ai lu m'a tout de suite frappée par sa série de "Je me souviens", bien avant que Perec n'en ait l'idée. Il s'agit du poème Liminaire de son recueil Toute la Flandre (composé entre 1904 et 1911). 

    En voici un extrait:  

    (...)
    Je me souviens du village près de l'Escaut, D'où l'on voyait les grands bateaux Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent Et merveilleux de voiles, Le soir, en cortège, sous les étoiles. Je me souviens de la bonne saison; Des parlottes, l'été, au seuil de la maison Et du jardin plein de lumière, Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière; Je me souviens des plus hauts peupliers, De la volière et de la vigne en espalier Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires. Je me souviens de l'usine voisine -Tonnerre et météores Roulant et ruisselant De haut en bas, entre ses murs sonores- Je me souviens des mille bruits brandis, Des émeutes de vapeur blanche Qu'on déchaînait, le Samedi, Pour le chômage du Dimanche. Je me souviens des pas sur le trottoir, En automne, le soir, Quand, les volets fermés, on écoutait la rue Mourir. La lampe à flamme crue Brûlait et l'on disait le chapelet Et des prières à n'en plus finir! Je me souviens du vieux cheval De la vieille guimbarde aux couleurs fades, De ma petite amie et du rival Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades. Je me souviens du passeur d'eau et du maçon, De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière, Et dont j'entends encore le son; Je me souviens du cimetière... Mes simples vieux parents, ma bonne tante! -Oh! les herbes de leur tombeau Que je voudrais mordre et manger!- C'était si doux la vie en abrégé! C'était si jeune et beau La vie, avec sa joie et son attente!
    (...)

    Émile_Verhaeren_by_Vallotton.jpg

    Portrait d'Émile Verhaeren par Félix Vallotton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898) 
    A cette date, notre Emile a 43 ans (il est né en 1855) et déjà ses imposantes moustaches tongue-out 
    (source du document iconographique) 

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    gare de Gand, affiche pour l'expo au MSK que je vais devoir me dépêcher d'aller voir 

    cool

  • Z comme Zichem

    Il arrive que la blogueuse aille voir d'où viennent ses visiteurs. Depuis quelque temps, elle voit apparaître le nom de la ville de Zichem, très célèbre en Flandre pour son illustre rejeton Ernest Claes (1885-1968), écrivain que chacun par chez nous connaît pour son roman "De Witte", dont il existe deux versions cinématographiques, "De Witte van Sichem".

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    source cinematek

    De plus, ce roman a servi, ainsi que quelques autres de ses écrits, à réaliser une série télévisée culte des années 1969-1972, "Wij heren van Zichem". 

    Mon grand-père aimait beaucoup cette série, il avait lu Ernest Claes et connaissait certaines répliques par cœur. Les personnages et les situations le faisaient beaucoup rire. 

    Les quelques fois où j'ai vu ça, enfant, je n'y ai rien compris: c'est dans un dialecte beaucoup trop éloigné du mien. Je ne me souviens pas qu'il y avait des sous-titres. 

    D'ailleurs aujourd'hui encore notre télévision flamande, toujours férue de dialectes, ne met pas de sous-titres pour tout ce qui s'approche de l'anversois, qu'elle doit apparemment considérer comme étant notre koinè.

    Je vois que cette série vient de sortir en DVD et je me demande qui cela peut encore intéresser... même si, il y a quarante ans, elle a été suivie avec ferveur par des millions de téléspectateurs - les trois quarts de la population flamande, selon les chiffres de l'époque. 

    Un coup d’œil sur la vidéo ci-dessus vous fera comprendre que ça risque d'ennuyer le spectateur d’aujourd’hui, ne serait-ce qu'à cause de sa lenteur... 

    *** 

    Je vais juste en profiter pour saluer tous mes visiteurs 

    d'Annecy à Zichem 

    kiss

    Merci à vous tous!

  • T comme troisième fois

    - La troisième fois, faudra me payer un verre (1)! s'écrie-t-il joyeusement en me croisant devant une tête de gondole où je suis en train de me demander si je vais me l'offrir, cette mousse-au-chocolat-bio-en-promotion.

    Je le regarde d'un air éberlué et interrogateur.

    - On s'est déjà croisés tout à l'heure, insiste-t-il, vous ne vous souvenez pas?

    Où et quand l'aurais-je vu? Il a une tête qui ne me rappelle aucun souvenir.

    - Ou alors c'était peut-être votre sœur, fait-il en rigolant.

    Ça m'étonnerait, je n'en ai pas.

    - C'était bien vous, à la Kapellestraat?

    Je connais mal les noms des rues ostendaises mais je ne crois pas y être passée aujourd'hui en revenant de la bibliothèque.

    - Dans ce magasin où on vend toutes sortes d'huiles d'olive?

    Je peux enfin lui répondre avec certitude que non, je ne suis pas passée par la Kapellestraat et ne suis entrée dans aucun magasin.

    - Non? Alors, je vous assure que vous avez un sosie! Un vrai sosie! (2) 

    *** 

    (1) "De derde keer, trakteren!" s'exclame généralement celui qui vous rencontre pour la deuxième fois en peu de temps. 

    (2) je n'ai pas voulu demander si nos manteaux aussi étaient sosies, parce que ma tête, il n'avait pas vraiment eu le temps de la voir...

    vie quotidienne,flandre,flamand

    à Ostende, l'Adrienne avait juste le temps de faire une course, entre deux tentatives pour nourrir le chat Pipo 

    vie quotidienne,flandre,flamand

    ici on voit bien comme il est maigre

  • L comme Lakevio

    Roger. Il s'appelait Roger. Quel âge avait-il? La quarantaine, peut-être. Difficile à évaluer quand on est une gamine de 16 ans. 

    Il aimait qu'elle passe dans sa chambre, le matin. Il prétendait ne pas trouver la prise pour son rasoir. Il voulait lui soumettre les vêtements choisis pour la journée: en tâtant l'étoffe du polo, il disait: c'est le bleu, je vais le mettre avec ce pantalon-là, d'accord? 

    Elle était toujours d'accord. Le lendemain pour le polo bordeaux à rayures ou le beige uni du surlendemain. Jamais il ne se trompait dans les couleurs. 

    - C'est ma soeur, disait-il, qui m'explique comment tout combiner. 

    Quand il arrivait dans la salle du petit déjeuner, il aimait qu'elle le remarque, vienne vers lui, l'accompagne jusqu'à sa place, lui serve son café. D'un doigt, il vérifiait si les tartines étaient bien beurrées sur les deux faces intérieures. 

    L'après-midi, chaque bénévole emmenait un ou deux de ses protégés en promenade. Généralement pas bien loin, dans la pinède. Le temps était très beau en août cette année-là. 

    Vous pourriez prendre le bus jusqu'à Bruges et longer le canal qui va à Damme, avait proposé le responsable. 

    C'est là, sur le chemin du retour, à cause d'un merveilleux soleil couchant, qu'elle a dit la phrase. Cette phrase. 

    Hoe mooi, die ondergaande zon! 

    Elle s'est tue, subitement honteuse. 

    - Pardon, Roger! J'oublie que tu ne le vois pas, ce beau soleil... 

    - Ce n'est rien! Ne t'inquiète pas! Le soleil, je le sens. Et je sens bien que c'est magnifique. Tu as raison de le dire. 

    canal brugge damme.jpg

    Ce tableau d'Ian Ledward chez Lakevio 
    qui représente le canal de Bruges à Damme 
    m'a rappelé cet épisode que je n'oublierai jamais

  • Stupeur et tremblements

    - Salut, Patrick! 

    - Salut, Huguette! Tu as pensé à moi? 

    - Mais oui, ne t'inquiète pas. 

    - Bonne récolte? 

    - Très bonne! Il y en a bien un demi-kilo qui t'attend. 

    - Super! Magnifique! J'approche du but. 

    - Il t'en faut combien, encore? 

    - Encore deux ou trois kilos, je pense. Cinq maximum. 

    - Et tu vas transporter ça comment? 

    - Ben... dans une brouette. 

    - Tout ça ira dans une seule brouette? Une géante, alors! 

    - Non, bien sûr, il m'en faudra deux. J'ai un copain qui va m'aider pour le transport. 

    - Qui ça? Je le connais? 

    - Non, je ne crois pas, non. Un copain du boulot. 

    - Ah bon. Et tu es sûr de ton affaire? Tu ne dois pas tout recalculer, recompter...? 

    - Non, ça va, j'ai tout noté au fur et à mesure. 

    - Ah oui, super! Superbien organisé. Qu'est-ce que j'aimerais être là pour voir leur tête, quand tu vas t'amener avec tes deux brouettes pleines de centimes d'euro! 

    *** 

    fiction, actualité, Belgique, Flandre

    texte de fiction basé sur le fait divers suivant: 
    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1504/Insolite/article/detail/352386/2008/07/18/Il-a-paye-sa-facture-Electrabel-avec-215-kilos-de-centimes.dhtml

  • N comme Napoléon

    "Les édiles veulent relancer le commerce des manufactures lyonnaises (...) Grand consommateur, l'Etat comprend aussitôt les enjeux et envoie à Lyon - fait unique en province - quelque 110 tableaux entre 1803 et 1811."

    Voilà ce qu'on peut lire dans le guide du Routard (Lyon).

    Et en effet, tous les Rubens, Jordaens, Jan Breugel l'Ancien... sont des "envois de l'Etat", les uns de 1805, les autres de 1811.

    Lyon 2016 (81).JPG

    Rubens, Saint Dominique et saint François préservant le monde de la colère divine, "envoi de l'Etat" en provenance directe de l'église des Dominicains d'Anvers...

    Lyon 2016 (83).JPG

    Jordaens, Visitation, "envoi de l'Etat" en provenance directe de l'église Notre-Dame de la Visitation à Rupelmonde...

    deux exemples parmi des dizaines d'autres

    ***

    http://portal.unesco.org/culture/es/files/32653/117249653415LeMonde.pdf/LeMonde.pdf

    http://www.humanite.fr/culture/faut-il-rendre-les-oeuvres-d%E2%80%99art-leurs-pays-d%E2%80%99origine%3F-487651

    "Napoléon a été un des plus grands acteurs de pillage d’œuvres d’art. Il a pillé à travers l’Europe partout ou il est allé combattre : l’Egypte, la Russie, la Prusse, l’Italie, etc.. et a dépouillé de nombreux musées de leurs trésors pour rapporter ces œuvres au musée du Louvre. (...) Le Congrès de Vienne en 1815 a mis un terme à ce pillage généralisé des spoliations napoléoniennes, considérées comme les plus importantes dans l’histoire de l’Humanité (...)"

    in http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2013/gay_a/pdf/gay_a.pdf

     

  • W comme windstoot

    Seule sur la digue 
    Seule quand tombe la nuit 
    Seule avec le vent 

    2016-02-13 (13) - kopie.JPG

    Léon Spilliaert, De Windstoot, 1904 
    photo prise au Mu.Zee d'Ostende, la ville de Spilliaert.

     

    L'oeil n'est attiré 
    Que par cette tache blanche 
    Nature innocente 

    ***

    De windstoot, c'est ce coup de vent fripon qui soulève les jupons 

    tongue-out

  • K comme Koers

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    Là où l'Adrienne habitait autrefois, la petite rue qui donnait sur son cul-de-sac était le lieu, au moins deux ou trois fois par an, du passage d'importantes courses cyclistes. Ce qui obligeait l'Adrienne soit à rester chez elle avec des provisions suffisantes pour tout le week-end, soit à prévoir un séjour ailleurs, où sa mobilité ne serait pas réduite et son ciel moins encombré d'hélicoptères. 

    003 - kopie.JPG

    Là où l'Adrienne habite aujourd'hui, la rue en béton est le lieu de passage obligé de toutes les courses cyclistes du pays flamand. Ce qui n'est pas peu dire. 

    La première de la saison était le premier week-end de mars. L'Adrienne s'est postée à la fenêtre du premier étage et a enclenché son appareil à chaque fois qu'un coureur se montrait. 

    Malheureusement, entre le moment où on enclenche et celui où la photo est prise, il se passe la seconde nécessaire pour que le cycliste soit déjà hors-champ. 

     La seule preuve du passage d'une course cycliste, c'est l'absence totale de circulation et de voitures garées. 

    tongue-out

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' 

    Projet 52 - 2016 

    semaine 10 - par la fenêtre 

  • F comme fotoboek

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    Sur la couverture de l'épais album, le titre est en anglais: Birth Day. Peut-être pour indiquer dès l'emblée son approche internationale. Planétaire.

    Le sous-titre est en néerlandais: Comment le monde accueille ses enfants. Ou plus littéralement: leur souhaite la bienvenue

    Lieve Blancquaert est une photographe belge (d'expression néerlandaise) qui est très célèbre en Flandre grâce à ses reportages pour la télévision et son engagement humanitaire en faveur des femmes, principalement pour améliorer les conditions précaires (et trop souvent mortelles) dans lesquelles des millions de femmes de par le monde doivent accoucher. 

    002 - kopie (2).JPG

    L'idée de Birth Day a germé dans la capitale afghane, Kaboul. C'est là que j'ai vu pour la première fois dans quelles horribles circonstances des femmes devenaient mères. Plus tard, je l'ai revu au Burundi et au Congo.

    Où et comment un enfant naît, c'est un miroir de la société. Toute sa vie semble déjà fixée par ces deux mètres carrés où sa mère l'a mis au monde. Dans l'utérus, il n'y a pas de place pour la frime. Pauvre, riche, blanc, noir, croyant ou pas... chaque enfant commence par un même premier cri. Ce moment ne dure pas plus d'une fraction de seconde. Après, nous sommes tous différents. Le premier contact, le premier lange définiront le reste de notre vie.

    Ça m'a tellement touchée que l'idée m'est venue de parcourir le monde pour voir de mes propres yeux comment ce monde accueille ses enfants. J'ai rencontré des parents, des grands-parents, des sages-femmes, du personnel médical et des tas d'autres gens qui s'investissent pour les mamans et leurs enfants. Ce que je raconte est basé sur mes expériences personnelles, émouvantes et effarantes. J'ai surtout essayé de ne pas juger mais de comprendre.

    ***

    Voulez-vous que je vous dise? 

    C'est un très beau livre. 

    Émouvant, toujours. 

    Effarant, souvent. 

    ***

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 10 - couverture

    Des photos du livres sont visibles sur le site de Lieve Blancquaert 

    http://www.lieveblancquaert.be/portfolio/birth-day/193

    Et moi, en voyant le thème "couverture", j'avais d'abord pensé à celle-ci: 

    Christine de Pisan: Virelai

       

    Je chante par couverture,
    Mais mieulx plourassent mi œil,
    Ne nul ne scet le traveil
    Que mon pouvre cuer endure.
     
    Pour ce muce ma doulour
    Qu’en nul je ne voy pitié,
    Plus a l’en cause de plour
    Mains treuve l’en d’amistié.
     
    Pour ce plainte ne murmure
    Ne fais de mon piteux dueil ;
    Ainçois ris quant plourer vueil,
    Et sanz rime et sanz mesure
    Je chante par couverture.
     
    Petit porte de valour
    De soy monstrer dehaitié,
    Ne le tiennent qu’a folour
    Ceulz qui ont le cuer haitié
     
    Si n’ay de demonstrer cure
    L’entencion de mon vueil,
    Ains, tout ainsi com je sueil,
    Pour celler ma peine obscure,
    Je chante par couverture.

  • X c'est l'inconnu

    Si vous voulez que Madame s'étrangle dans son bol de flocons d'avoine - avec ou sans framboises portugaises - faites-lui lire ce genre de titre alors qu'elle prend son petit déjeuner par un beau dimanche matin:

    "Wij krijgen al acht jaar Frans en nog steeds ben ik nauwelijks in staat om met een Waal over het weer te praten. Laat staan dat ik er een zinnig gesprek kan mee hebben" (1)

    l'article ici

    Voilà.

    Le procès des profs et de l'enseignement du français en Flandre est réglé en deux coups de cuiller à pot. Du très beau travail de journaliste, profond, fouillé, documenté. 

    Le français, cet inconnu...

    ***

    Bon, la semaine prochaine, Madame et ses élèves reverront le vocabulaire de la météo.

    Pour ce qui est des "vraies conversations", il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

    Ils assument.

    ***

    (1) après huit ans de français, je suis à peine capable de parler de la météo avec un Wallon, et loin d'avoir avec lui une vraie conversation

    EersteSchooldag_07_08_00.JPG

    Premier septembre: des "petits" de 12 ans complètent leur nom dans leur tout nouveau journal de classe. Quand ils arriveront chez Madame, quelques années plus tard, ils sauront déjà parler de la pluie et du beau temps.

    Si, si. 

  • Sept choses que je sais d'elle

    Hier après-midi, je suis montée au grenier pour y prendre du fil à tricoter. Des aiguilles numéro 2 et demi. Et j'ai fait un échantillon: trente mailles font 11 centimètres. Apprend-on encore la règle de trois aux enfants de l'école primaire? C'est le truc le plus utile que je connaisse tongue-out

    souvenir d'enfance,flamand,flandre,vie quotidienne

    J'ai d'abord cru que je ne saurais plus faire des mailles bien égales, après tout ce temps. La dernière fois que j'ai fait un tricot, c'était pour l'HDMV. Un pull à col roulé et à manches raglan, en jacquard. Il doit bien y avoir quinze ans de ça. 

    Alors évidemment, en tricotant je ne pouvais que penser à celle qui me l'a appris. Celle qui a ramassé les premières mailles que je laissais filer. Qui m'a montré comment faire les rangs à l'endroit, les rangs à l'envers. Et tout le reste. 

    souvenir d'enfance,flamand,flandre,vie quotidienne

    De fil en aiguille - ça n'a jamais autant été le cas de le dire - j'ai repensé à toutes ces autres choses qu'elle m'a apprises. Comme la cuisine de grand-mère, dans le vrai sens du mot...

    Au fil de mes réflexions, il m'est venu des envies de plats du terroir flamand, lapin à la bière, tarte à la semoule. 

    Et des envies de parler patois cool 

    souvenir d'enfance,flamand,flandre,vie quotidienne

     

  • B comme belge

    - Ah! vous parlez le belge?

    nous demandait-on de temps en temps, en France, en nous entendant parler le néerlandais entre nous, l'homme-de-ma-vie (1) et moi.

    J'avais toujours sur moi papier et stylo pour dessiner rapidement une carte de la Belgique, y tracer la frontière linguistique, y situer Bruxelles ainsi que la région où nous habitions. En moins d'une minute au chrono, j'avais fini d'expliquer la situation linguistique, les lois du même nom et leurs conséquences. A la demande, je pouvais aussi en expliquer les origines. (2)

    La routine, quoi.

    - Alors, le belge, ça n'existe pas?

    - Et bien non, ça n'existe pas.

    Par contre, chaque région se fabrique un peu de lexique propre. Si on vit proche d'une frontière linguistique, on emprunte des mots à ceux d'à-côté. Blinquer, c'est briller (en néerlandais blinken) et la dringuelle, c'est l'argent de poche ou le pourboire (en néerlandais drinkgeld).

    Le kot, je ne vous explique plus Langue tirée

    On se fabrique quelques mots "utiles", soit qu'ils manquent à la langue qu'on parle, soit qu'on adopte une belle image, une expression... bien expressive. On va dire qu'il drache quand il tombe beaucoup d'eau d'un seul coup et on va appeler mêle-tout celui (ou celle) qui aime mettre le nez dans nos affaires. Avec le savon on fait une savonnée et avec le torchon (qui est une serpillière) on torchonne.

    Parfois, on bat le beurre: si votre tradition culinaire est différente, vous direz pour la même chose que vous pédalez dans la choucroute, dans la semoule ou dans le yaourt.

     belg.jpg

    en rouge, la frontière linguistique

     marien.jpg

    la Belgique vue par Marcel Mariën
    http://www.ferraton.be/fr/lot/archive/1645855/detail/58/

    Alors j'ai essayé
    de faire un joli petit texte

    dans lequel grand-père Maurice et grand-oncle Emile
    (deux noms masculins se terminant par -e)
    échangeraient quelques vocables belges
    avec grand-tante Elisa et madame Edith
    (deux prénoms féminins ne se terminant pas par -e)
    mais je n'y suis pas parvenue...
    La fiction, ce n'est véritablement pas mon point fort...
    (understatement)

    Grand-oncle Emile ne parlait jamais le français
    Grand-tante Elisa était Wallonne...

    Merci à Joe Krapov
    qui ne manque jamais d'imagination
    ni de verve
    et pardon d'avoir failli à la tâche

    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/09/27/32689787.html

    ***

    (1) hahaha! ça faisait longtemps, hein?

    (2) en toute partialité impartiale et neutre, bien entendu Langue tirée

  • O comme oorlog

    van-onze-jongens.jpg

    http://pieterserrien.be/boeken/van-onze-jongens-geen-nieuws/

    Le hasard des lectures sur le web permet parfois de découvrir un pan d'histoire inconnue. Ainsi pour moi, la présentation de ce livre m'apprend des faits dont je n'avais jamais entendu parler. Des faits qu'apparemment chacun s'est empressé d'oublier, sans doute les intéressés en premier.

    De quoi s'agit-il?

    Après la guerre de 14-18, que la petite armée belge avait dû continuer à mener, retranchée derrière l'Yser, sans avoir accès à de nouvelles recrues vu l'occupation du reste du territoire, il avait été décidé que les communes listeraient les jeunes hommes afin de pouvoir constituer "une réserve" en cas de futur conflit.

    Chaque année, cette liste était complétée des jeunes garçons qui atteindraient leurs 17 ans. De sorte qu'au début de la guerre de 40, environ 300 000 jeunes Belges ont été priés de se rendre, de quelque manière que ce soit, vers des centres de recrutement en France, les CRAB. (1)

    Dat kan te voet, met de fiets of met de trein. Veelal gaat het over onervaren tieners, nauwelijks gekleed voor deze exodus, met een beperkte mondvoorraad. Sommigen zijn best bereid te geloven in het grote avontuur, maar de meesten terecht bang voor het onbekende, voor het "tourisme de l'imprévu": vervoer in beestenwagons, bombardementen door de Duitsers... De helft geraakt niet verder dan Noord-Frankrijk. Enkele honderden sneuvelen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    La plupart ont entre 16 et 20 ans. Ils se mettent en route à pied, à vélo, en train. Il s'agit le plus souvent d'adolescents sans la moindre expérience de vie et qui n'ont encore jamais quitté leur heimat. Ils ne sont pas équipés pour ce genre d'expédition, ont à peine des provisions de bouche. Sur la route de l'exode, ils subissent des bombardements. La moitié d'entre eux n'arrive pas plus loin que le nord de la France: elle y est rattrapée par l'ennemi. Quelques centaines y trouvent la mort.

    Er is eten te kort, van hygiëne is geen sprake, overal is er ongedierte en de contacten met de bevolking zijn vaak hatelijk en toch ontdek je af en toe tussen alle ellende door deugddoende ontmoetingen met de Fransen én hun “savoir vivre”. De verschillen tussen de opvangcentra zijn gigantisch. En daar waar de militairen het al te vaak laten afweten blijken de scouts over de vaardigheden te beschikken om structuur en orde te brengen. De leuze “eens scout, altijd scout” blijft ook hier overeind. Na de Belgische (28 mei) en de Franse capitulatie (22 juni) is het verhaal afgelopen. Op 30 juli 1940 begint, na een harde leerschool, de repatriëring van duizenden jongvolwassenen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    Les autres sont transportés plus au sud en wagons à bestiaux. Ce qui les attend en France, ce n'est pas la vie en rose: manque de nourriture, absence totale d'hygiène, de la vermine partout. Les contacts avec les Français peuvent difficilement être qualifiés de chaleureux. En trois semaines, ces jeunes ont largement fait le plein d'expériences de toute nature...

    Après la capitulation de la Belgique et de la France, plus rien ne les retient de rentrer au pays. La plupart ont retrouvé leur foyer dans le courant de l'été. Parmi eux, quelques BV (2) comme notre ancien premier ministre Leo Tindemans, le dessinateur de BD Marc Sleen (3) ou l'écrivain Ivo Michiels.

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, un article intéressant ici: http://www.vhl-alumni.be/?p=3269. On y explique entre autres choses que les auteurs se sont basés sur des enquêtes menées dans les années 80, des archives belges et françaises et des témoignages de derniers survivants, aujourd'hui âgés de 90 ans ou plus. Certains sont de ma ville, où quelques centaines de jeunes ont également été concernés par cet exode forcé.

    Sur un des sites de vente du livre, un anonyme lance cet appel, après avoir salué le fait que cette histoire vieille de 70 ans soit enfin exhumée:

    Dit boek komt 70jaar te laat, doch eindelijk wordt dit zoveelste Drama eens besproken. Ikzelf heb vermiste familie in Frankrijk, ik zoek reeds 10 jaar in la Brie of Conflans naar dhr Hanskens René ? waar is de broer van mijn moeder ? Kan iemand mij helpen  ?? Wat moet ik doen ?

    Quelqu'un peut-il m'aider? demande-t-il. Où est le frère de ma mère? 

    ***

    (1) Centre de Recrutement de l'Armée Belge

    (2) BV = bekende Vlaming, c'est-à-dire Flamand célèbre... en Flandre.

    (3) l'auteur de Nero est allé à vélo jusqu'à Limoges.
    (http://www.marc-sleen.be/fr/qui-est-marc-sleen/vie-et-oeuvre

    histoire,belgique,belge,flandre,flamand

    sur le mur derrière eux, ils ont écrit:
    "Wij willen terug naar België"
    Nous voulons rentrer en Belgique.

    http://www.vhl-alumni.be/?p=3269

     

  • N comme nationalisme

    D'abord, il y a mon père. Qui s'est trouvé une épouse à sa convenance dans un de ces milieux typiques de ma petite ville pendant les années cinquante: éducation familiale flamande, éducation scolaire francophone. 

    Puis il y a ma tante. Qui à peine âgée de seize ans a rencontré l'homme de sa vie dans cette même petite ville, mais dans un milieu familial et culturel à cent pour cent flamand, alors qu'elle-même poursuivait sa scolarité en français.

    Enfin, il y a mon oncle. Qui à l'âge de trente-cinq ans s'est enfin décidé pour le mariage, après avoir écumé les endroits huppés de la côte d'Azur et de Knokke-le-Zoute. Où il a fini par trouver une Wallonne fraîchement rentrée de dix ans de Congo.

    1962 (1) - kopie.JPG

    Je n'avais pas quatre ans quand elle est entrée dans ma vie et je l'ai tout de suite adorée. Je crois qu'elle s'ennuyait beaucoup et que s'occuper de moi la distrayait.

    Tout dans sa maison respirait l'exotisme. Tout me fascinait. Le tigre en peluche presque aussi grand que moi, la selle de chameau au coussin de cuir rouge, les tables basses en forme de plateau, les tissus africains aux couleurs vives.

    Alors que voulez-vous que je réponde, quand depuis mes douze ans on me demande si je suis Flamande?

    C'est quoi, être Flamande?

  • Premières impressions

    - Et tu comprends le polonais? je lui demande, avec les yeux qui brillent à l'avance, persuadée que la réponse sera positive.

    Elle a un mouvement fier pour redresser le buste et le menton:

    - Ma famille est ici depuis Waterloo!

    - Formidable! dis-je, la tête pleine de la biographie de Talleyrand, dans laquelle je suis précisément arrivée avec Napoléon à l'île d'Elbe (quel suspense intolérable, les biographies Langue tirée) pendant que Talleyrand discute du sort de la Pologne au congrès de Vienne. 

    Nouvelle collègue préfère apparemment ne pas connaître le polonais de ses ancêtres et passer pour une Flamande de longue date, "bien intégrée", donc.

    - J'ai déjà eu des élèves d'origine polonaise, lui dis-je, et leur connaissance du polonais leur permettait de comprendre aussi le russe, le bulgare, le tchèque... c'est formidable, non? Pouvoir lire Tolstoi dans le texte?

    Elle ne semble pas convaincue et poursuit:

    - Nous sommes des Polonais restés ici en 1815. On a retrouvé les papiers de l'époque, des parchemins...

    - Formidable!

    Avec nouvelle collègue, j'ai décidé de tout trouver formidable.

    - Heureusement, dit-elle, notre nom s'éteint. Les derniers W***K sont tous des filles.

    ***

    voilà, chers lecteurs,

    je vous laisse ici

    avec de la belle matière à réflexion

    Cool

     prof,école,langue,flandre

    samedi et dimanche, on a encore bien fêté la musique,

    et dans toutes les langues...

    des mornes plaines, ça n'existe pas, en Belgique

    Cool

  • Z comme zéro de conduite

    On a osé l'arrêter.

    On a osé lui mettre les menottes.

    Quinze minutes entières avec des menottes, lui!

    Regardez la photo qu'il en a publiée: elles ont laissé des marques rouges à ses poignets.

    actualité,belgique,flandre

     http://www.standaard.be/cnt/dmf20150827_01836289?_section=60682888&utm_source=standaard&utm_medium=newsletter&utm_campaign=middagmail&M_BT=110935810948&adh_i=a0ca84a6d39365b86215da6ff3755ab0&imai=a0c759ca-c48e-464a-851c-208e1a1837ea

    Ses poignets à lui, marqués par les menottes.

    Lui, un avocat et un juge à la retraite.

    Voilà donc son message: lui, un homme au-dessus de tout soupçon, a été confondu avec un vulgaire hooligan!

    "Dit kan België niet zijn!" dit le titre de l'article, qui reprend ses propres paroles. L'homme a un blog et un compte tweet. "Ceci ne peut pas être la Belgique". 

    Et pourquoi pas, se demande l'Adrienne, excédée.

    Et pourquoi la police ne pourrait-elle pas arrêter un homme sous prétexte qu'il est avocat et a rempli la fonction de juge? Si la police doit faire face à une horde de hooligans et qu'il s'est mêlé à eux? Faut qu'elle demande d'abord ton C.V.?

    ‘Het was wel de allereerste keer dat ik van mijn vrijheid beroofd werd: geboeid worden, het doet echt wel vreemd. Dit was wel het leerrijkste kwartier van mijn juristenleven.’

    "C'était la toute première fois que j'étais privé de liberté: être menotté, ça fait tout drôle. C'était le quart d'heure le plus instructif de toute ma vie de juriste."

    Et bien, se dit l'Adrienne de plus en plus excédée, il était plus que temps que la vie te donne cette leçon, il me semble! Et il faudrait juste espérer que tu en tires les bonnes conclusions.

    Parce que si 15 minutes de menottes t'ont laissé ces marques rouges, que doivent dire alors ces autres bougres?

    Mais évidemment, eux ne sont ni avocat, ni ancien magistrat.

    Ce n'est pas pareil.

    Ils ont sans doute l'épiderme moins sensible.

     

  • V comme voleur

    Marcus a arrêté son cheval à l'ombre d'un bosquet qui pépie de chants d'oiseaux. En sautant à terre, il voit que le chien est toujours là. Il n'a servi à rien de galoper, cette bête l'a suivi malgré tout. Il flatte la tête de son cheval. Son cou, tout son corps est en sueur. Il l'attache à un arbre. L’animal commence tout de suite à manger quelques feuilles des branches les plus basses d’un châtaignier. De temps en temps, il s'arrête, l'oreille tendue, nerveux, tout le corps parcouru de frissons.

    La veille encore, Marcus peignait un tableau dont il pensait qu'il serait son chef-d’œuvre. Finies les petites scènes de famille, terminés les portraits de notables et d'enfançons au grand col de dentelle de Malines. Il s'était mis à la création, mûrement réfléchie et préparée par de nombreuses études et esquisses, d'une vaste fresque mythologique. Il avait dépensé une petite fortune pour acquérir les panneaux de tilleul nécessaires à sa réalisation.

    Il se souvient de l’arrivée de l'Italien, voilà à peine deux mois. Il ne s'est pas tout de suite méfié, il avait même cru qu'ils pourraient s'échanger leurs arts, apprendre l'un de l'autre. Mais c'est lui qui a tout donné et l'Italien qui a tout pris. Marcus ne s'en était pas tout de suite rendu compte. Il sait, à présent, que c'est grâce à lui que le Florentin a acquis la maîtrise de la peinture à l'huile, des enduits, des vernis, des fins glacis qui captent la lumière...

    C'est la veille seulement qu'il a tout compris. Le rose aux joues de la duchesse, son trouble, ses émois, ses regards à la dérobée n'étaient plus pour lui.

    Il ne sait pas laquelle des deux trahisons lui cause le plus de douleur.

    Solidement attachés aux flancs de son cheval, les panneaux, les esquisses, les précieuses eaux-fortes.

    Il paraît qu’à Urbino aussi on aime la peinture flamande.

     fiction,peinture

    Urbino, palazzo, juillet 2011

  • V comme verdure

    011 - kopie.JPG

    photo prise à Bruxelles
    au Cercle Royal Gaulois

    Pour ceux qui voudraient en savoir plus

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Verdure_%28tapisserie%29

    Cette tapisserie n'entre pas à proprement parler dans la catégorie des "verdures", puisqu'elle comporte des personnages, mais elle m'y a fait penser, par l'importance de son décor végétal de ce bleu vert si typique

    et qui entre donc parfaitement dans le Projet 52 de Ma'
    dont le thème cette semaine est précisément

    vert / bleu

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052-2015