français

  • Qui a perdu sa balle?

    kazou.jpg

    Vous allez rire: c'est une histoire belge. 

    Prenez un bus transportant des jeunes d'une quinzaine d'années qui rentrent d'un séjour en Espagne.

    Prenez une autoroute française, à hauteur de Tours. Il est environ cinq heures du matin, les gamins dorment. 

    Ils sont brutalement réveillés: une balle est entrée par la vitre arrière, qui a éclaté sous l'impact, et est ressortie par une vitre latérale. 

    Le chauffeur s'arrête, la police est alertée. 

    Et c'est là que vous allez rire: dès le lendemain, la gendarmerie française a rassuré tout le monde en disant mais non, on ne vous a pas tiré dessus! ce n'était qu'une balle perdue! 

    ... 

    J'aimerais bien savoir qui a perdu sa balle sur l'autoroute, le dimanche 9 juillet à 5 heures du matin. 

    source de la photo et article ici

     

  • U comme une déclaration

    Ils sont quelques-uns, même dans la Flandre d'aujourd'hui malgré toute la réputation qui lui est faite, à aimer la France. 

    Cette fois, c'est au tour du photographe Michiel Hendryckx de faire sa déclaration d'amour. Son dernier livre vient de paraître, un opus de 240 pages de photos de la France. 

    "Voor de ganse wereld is Frankrijk de hemel op aarde. Alleen de Fransen zelf zien het niet. Het malcontent zijn is nationale sport. Het is in Frankrijk altijd te koud, te heet, te nat of te droog. En vooral nooit genoeg. Als ik thuiskom in mijn Frans dorp, heb ik sinds jaren de balorige gewoonte om vanuit mijn slaapkamerraamluid 'Vive la France!' te roepen. Zo kennen mijn buren me ondertussen. Ze vinden mijn hartenkreet aardig. Alleen geloven ze niet dat het van harte is. Dit boek is voor alles een schaamteloze liefdesverklaring." 

    Pour le monde entier, écrit-il, la France est le paradis sur terre. Seuls les Français ne le voient pas de cette façon. Le mécontentement est un sport national. Il y fait toujours trop froid, trop chaud, trop humide ou trop sec. Et surtout, ils n'ont jamais assez. 

    michiel.jpg

    © Michiel Hendryckx

    Quelques photos sont visibles ici (cliquer sur "bekijk de foto's")

  • Z comme zlataner

    Chaque année, c'est le même tintouin autour de la parution de la nouvelle édition des deux dictionnaires français concurrents: quels néologismes y entreront?

    Et surtout: avec quels arguments? Pourquoi "vapoter" est-il accepté et pas "zlataner"? En les lisant, je me demande lequel des deux sera finalement le plus usité ou le plus éphémère et qui vote pour ou contre, dans les comités de sélection, et pour quelles raisons? 

    zlataner.gif

    source de l'image: 
    http://vidberg.blog.lemonde.fr/2013/01/30/zlataner-et-autres-verbes-celebres/
     

    "Le Petit Robert colle à son époque", lit-on à propos de l'édition 2017: il y aura geek, youtubeur et aquabike pour le prouver! 

    ***

    merci à Joe Krapov
    chez qui j'ai découvert le verbe 'zlataner'
    le 2 mai dernier
    laughing

  • Premier soir

    Pour son premier soir en Belgique, monsieur neveu portait un bermuda bleu vif et une marinière rouge et blanc.

    - C'est pour mieux ressembler au drapeau français? lui demande l'Adrienne.

    - Tout à fait! répond monsieur neveu, qui semble jouer constamment au jeu du "ni oui ni non".

    Et il ajoute:

    - Je suis content que tu l'aies remarqué! Parce que vous ici en Belgique, vous avez mis plein de drapeaux, mais nous en France, on est beaucoup moins chauvins!

    ***

    Ce qu'il peut être comique, ce gamin tongue-out 

    DSCI3265 - Copie.JPG

    Il passe une semaine de vacances chez ma mère, qui est fervente supporter des Diables rouges: ça risque de faire quelques étincelles.

    C'est ce soir qu'il faudrait être une mouche - ou placer un micro dans l'appartement: sûrement que ça en vaudra la peine...

  • O comme obsession

    "Il y a deux grands clubs d'écrivains: le club Stendhal et le club Perec. Le club Stendhal ne fait pas de plan, c'est mon cas à moi. Stendhal est mon saint patron. Il ne sait pas finir ses romans et tue tout le monde.

    Après, il y a le club Georges Perec, qui fait un cahier des charges. Alors c'est complètement différent: Stendhal, c'est les hystériques, et Perec, c'est les obsessionnels."

    Marie Darieussecq en conversation avec Valérie Moeneclaey, Passa Porta, le 14 mars 2014, in Les présents de l'écriture, éd. Passa Porta Les impressions nouvelles, 2015

    Passa Porta.jpg

    source de l'illustration

     

  • N comme nouvelles perles

    Les premiers oraux d'hier ont donné quelques moments d'hilarité - fort bien contenue, rassurez-vous.

    - Nous disons que nous sommes des crétins mais nous n'agissons pas en crétins.

    Madame se pince les lèvres devant ce beau commentaire d'un passage de Montesquieu et n'ose même pas dire à R* qu'il a un problème de prononciation:

    Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

    Montesquieu, De l'esprit des lois, XV, 5

    perles, prof, école, élève

    tous les chéris de Madame font partie de son programme cool 

     

  • R comme recalé!

    J'ai longtemps hésité, parce que c'est toujours plus agréable de dire du bien d'un livre que de le critiquer. Mais plus j'y pense, plus je me demande d'où vient cet engouement planétaire pour un bouquin bourré de fautes de grammaire (1), d'orthographe (2) et de clichés. 

    Impossible de dire ce qui m'a le plus gênée. Les fautes sont tellement nombreuses que je m'étonne qu'aucun critique littéraire ne mentionne ce fait. Si nombreuses que je m'étonne que les éditions Au diable Vauvert ne disposent pas de correcteurs. Que je m'étonne qu'aucun blogueur ne s'en étonne.  

    Même remarque pour les clichés. Peut-être cela a-t-il quelque chose de rassurant pour le lecteur, l'association de 'sec' + 'comme un coup de trique' et autres expressions usées, mais d'un auteur on attend tout de même mieux que cette accumulation: les vieilles dames ont forcément des cheveux "violine" et sentent l'eau de Cologne, une Ivoirienne est forcément "rigolarde" et en boubou multicolore , les "mauvais" et leur méchante machine mangeuse de livres portent des noms à consonance étrangère, Kowalski, Brunner, Zerstor et s'accompagnent de tout un vocabulaire nazi, depuis la couleur vert-de-gris jusqu'au mot génocide. Il me semble qu'à ce point-là, on ne peut pas parler d'humour ni de clin d’œil. 

    Bref, un bouquin dont la première moitié a des promesses de fable moderne (un homme épris de littérature travaille dans une usine qui recycle les surplus de livres pour en faire de la pâte à papier) et la seconde moitié raconte une bluette (l'homme trouve une clé USB qui contient 72 pages du journal intime d'une dame pipi, on quitte le génocide pour la love story). 

    Les clichés ne manquent pas non plus dès qu'on en arrive aux dames pipi et à leur public. Pourquoi en serait-il autrement dans un livre où ils abondent? Mais je vous les épargne tongue-out

    Mon reproche le plus grave concerne l'histoire: pourquoi avoir complètement abandonné la fable à mi-chemin pour passer à la bluette? Peut-on impunément faire de l'héroïne de la deuxième partie une sorte de clone (en plus jeune) de la concierge de Muriel Barbery (3)? Comment est-il possible de créer un personnage féru de théâtre classique et amoureux de l'alexandrin, et de commettre des erreurs dans la citation des extraits? (4) Enfin, est-ce que personne n'a relu ce manuscrit pour y déceler les incohérences? (5)

    Bref, il y a de l'idée, il y a du "feel good" dans ce monde de brutes et la fable se change en conte de fées. 

    Voilà sans doute où réside le secret de son succès. Il paraît même qu'on va en faire un film. 

    le liseur.jpg

    http://www.20minutes.fr/culture/1388141-20140529-liseur-6h27-futur-best-seller

    (1) l'accord du verbe avec le sujet, l'accord du participe passé et tous les autres accords à faire ou à ne pas faire posent problème: l'empreinte tiède que son corps avait laissé, p.10;les tuiles transformait les 36 m² en fournaise, p.54; lorsqu'une grande colère ou une émotion le submergeait, p.56; le vieux et son fauteuil roulant avait déboulé, p.70; flambants neufs, p.78; c'est toi qui parle, p.85; on mange à onze heures et demi, p.90 et p.93, ce n'est donc pas un hasard; j'en ai mangées,  p.157... je suppose que ça suffit comme exemples?

    conjugaisons: le jeune homme s'endormît, p.57; le chef avait du se foutre de sa gueule, p.62; que personne n'ai pensé, p.73... etc, je ne vais pas continuer jusqu'à la page 218. Plus la confusion entre le futur simple et le conditionnel présent. 

    (2) décrépi, p.16; celle des anciens missels quand il était enfant de cœur, p.56; ce sera moins fatiguant, p.89; "quoi que" systématiquement confondu avec "quoique", le remord, en mon fort intérieur, la gente féminine, réfréner... la liste est longue, fort longue. 

    (3) L'élégance du hérisson

    (4) ce personnage s'appelle Yvon Grimbert et ne parle qu'en alexandrins, soit des créations personnelles, soit des extraits de Racine, Corneille et Molière. Un exemple d'erreur (Phèdre): "qui va du dieu des morts déshonorer ma couche" (p.202)

    (5) pendant le trajet du matin en RER, il a le temps de lire à haute voix une dizaine de doubles pages; à la maison de retraite, une heure et demie de temps s'est écoulée pendant la lecture de deux ou trois de ces mêmes doubles pages: combien de temps dure ce trajet en RER? vingt minutes! (p.53)

    autre exemple: un homme en fauteuil roulant a tout un mur de son appartement "mangé" par des étagères recouvertes de livres qu'il passe son temps à épousseter... 758 livres! Même moi qui ne suis pas en fauteuil roulant, il me faudrait une échelle tongue-out

     

  • Y comme yaka...

    "Yaka leur faire regarder un film français, le vendredi après-midi!" proposait l'article qui avait fait s'étrangler Madame dans son petit déjeuner dominical.  

    Car il est évident que des élèves qui sont incapables de parler de la pluie ou du beau temps pourront suivre un film français. 

    Car il est bien connu que le vendredi après-midi, ce n'est pas le moment de leur donner un cours de grammaire. 

    Car il est indiscutable que l'oralité est la panacée

    Yaka voir l'efficacité des méthodes audio-visuelles qui ont sévi jusque dans les années 1970... 

     prof,école,élève,français,langue

    http://www.le-francais-moderne.com/

    Ceci clôt la discussion. 

    Elle est trop mauvaise pour la santé de Madame 

    tongue-out

  • X c'est l'inconnu

    Si vous voulez que Madame s'étrangle dans son bol de flocons d'avoine - avec ou sans framboises portugaises - faites-lui lire ce genre de titre alors qu'elle prend son petit déjeuner par un beau dimanche matin:

    "Wij krijgen al acht jaar Frans en nog steeds ben ik nauwelijks in staat om met een Waal over het weer te praten. Laat staan dat ik er een zinnig gesprek kan mee hebben" (1)

    l'article ici

    Voilà.

    Le procès des profs et de l'enseignement du français en Flandre est réglé en deux coups de cuiller à pot. Du très beau travail de journaliste, profond, fouillé, documenté. 

    Le français, cet inconnu...

    ***

    Bon, la semaine prochaine, Madame et ses élèves reverront le vocabulaire de la météo.

    Pour ce qui est des "vraies conversations", il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

    Ils assument.

    ***

    (1) après huit ans de français, je suis à peine capable de parler de la météo avec un Wallon, et loin d'avoir avec lui une vraie conversation

    EersteSchooldag_07_08_00.JPG

    Premier septembre: des "petits" de 12 ans complètent leur nom dans leur tout nouveau journal de classe. Quand ils arriveront chez Madame, quelques années plus tard, ils sauront déjà parler de la pluie et du beau temps.

    Si, si. 

  • Stupeur et tremblements français

    C'est une journaliste française installée depuis trois ans en Belgique.

    Comme il est toujours intéressant d'avoir un point de vue extérieur sur soi, voyons ce qui continue de l'étonner dans notre pays...

    Huit choses auxquelles elle n'arrive pas à s'habituer et qui font de la Belgique un "pays exotique".

    1.nos poubelles sont de simples sacs posés à terre les jours de l'enlèvement des ordures. Elle trouve que ça ne fait pas joli mais elle constate que le tri sélectif est une chose infiniment mieux respectée.

    (dans nos provinces flamandes, pas de sacs mais des poubelles à roulettes et à couvercle, vert bouteille, dotées d'un "chip" qui enregistre combien de fois et combien de kilos on a ramassés)

    2.la couleur dominante est le jaune (amis belges, êtes-vous aussi étonnés que moi en lisant ça?). Et elle cite l'éclairage de nos autoroutes, nos frites, croquettes et mayonaise, les chicons (?), la bière et les trams. 

    3.les cigarettes se vendent dans les supermarchés

    4.la patience des Belges quand il s'agit de faire la queue. (Non, je ne vous dirai pas les choses désobligeantes qu'elle écrit à ce propos sur ses compatriotes égalité-fraternité Langue tirée)

    5.en Belgique, l'administration ne te soupçonne pas de tentative de profitariat et te donne les allocations auxquelles tu as droit (Non, je ne vous dirai pas les choses désobligeantes qu'elle écrit à ce propos sur ses compatriotes liberté-égalité-fraternité, zavez qu'à les lire vous-même Langue tirée) 

    6.on boit de la bière, même aux fêtes organisées par l'école, sans risquer de passer pour un alcoolique

    7.beaucoup de gens ne se gênent pas pour tenir des propos "racistes" alors qu'ils entretiennent de vrais contacts avec leurs concitoyens d'origine étrangère. Elle en conclut que c'est un "racisme de surface" et j'espère que son analyse est correcte. J'aurais d'ailleurs assez tendance à penser la même chose quand j'entends certains de mes élèves...

    8.on cède sa place à une femme enceinte, les enfants sont bien acceptés partout... "on en voit dans la rue", s'étonne-t-elle. Ben voyons! 

    Là, c'est moi qui m'étonne quand je lis ce qu'elle dit sur la France!

    http://weekend.knack.be/lifestyle/reizen/8-dingen-in-belgie-die-de-fransen-verbazen/article-normal-564203.html?utm_source=Newsletter-27/04/2015&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter-RNBWKREIS

    Dans la version originale en français, qui date déjà du 18 mars, il y a deux points de plus qui concernent l'usage de la langue, comme par exemple l'usage abusif de 'savoir' là où il faudrait dire 'pouvoir'.

    http://www.levif.be/actualite/belgique/10-choses-qui-frappent-les-francais-qui-arrivent-en-belgique/article-normal-70509.html

    bretagne-france-belgique.jpg

    allez hop, on remet ça

    Langue tirée

  • K comme KWIS

    Quand Madame explique le système scolaire français ou fait lire en classe un article sur le sujet, il y a toujours un tas d'acronymes à expliquer: le CAP, le CDI, le CPE, le DS, l'EPS, une ZEP, la liste est infinie (http://www.ac-grenoble.fr/sitegm/spip.php?article46)

    Mais là où ça devient vraiment réjouissant, c'est quand Madame s'informe sur les programmes de ses collègues de France. Elle avait déjà beaucoup ri à l'époque des "instruments scripteurs" de Ségolène Royal: 

    Dites : « Depuis de nombreuses années,
    dès le cycle des approfondissements de
    l'école primaire et plus encore dans les
    classes de collège, on peut constater
    que de très nombreux enfants,
    droitiers ou gauchers,
    ont de réelles difficultés à tenir
    un instrument scripteur. »
    Ségolène Royal
    (B.O. N°24 du 17/06/99,
    NOR : SCOE9900890C,
    RLR : 554-9, CIRCULAIRE N° 99-082 DU 10-6-1999,
    MEN DESCO A1)
    http://www.education.gouv.fr/bo/1999/24/ensel.htm

    Et ne dites plus :

    « ça fait un bail que les instits et les profs ont remarqué que pas mal d'élèves savent même plus tenir un stylo »

    Mais ces jours-ci, on a atteint des sommets dont toute la presse se gausse à qui mieux mieux.

    On peut même faire un petit test de novlangue jargonesque: http://www.liberation.fr/societe/2015/04/24/education-parlez-vous-le-nouveau-programme_1261738#go-quiz

    Tout ça, très probablement, réjouit beaucoup moins les collègues français. Madame les plaint de tout son coeur et prie pour que son Educ'Nat' à elle continue de s'abstenir de telles dérives.

    Amen.

  • Y a pas de souci!

    Je me souviens de la première fois où j'ai entendu dire "y a pas de souci". Je sais encore qui c'était et où j'étais. C'est dire si ça m'a marquée.Langue tirée

    J'ai tout de suite détesté l'expression parce qu'il me semble qu'elle est à mettre sur le gros tas (un gros tas toujours grossissant) des barbarismes et des solécismes.

    Pardon pour ces mots savants.

    Pourquoi dire "y a pas de souci" alors qu'on veut dire "ne t'en fais pas" ou "il n'y a pas de problème"?

    Vous me direz qu'il y a plein de choses qui méritent beaucoup plus qu'on s'en agace. Sans nul doute. Et je serai la première à ajouter que je ne suis certainement pas "sans fautes" moi non plus.

    Mais... pourquoi faire constamment violence à la langue? Pourquoi ces "à peu près"? Pourquoi ces "passe-partout"? Pourquoi mélanger "je m'en souviens" et "je me le rappelle"? Pourquoi mélanger "avant qu'il soit" et "après qu'il a été"?

    Vous me direz que même les meilleurs présentateurs de la télé disent "je m'en rappelle" et "après qu'il soit". Croyez bien que je le déplore.

    Vous mettrez peut-être cet "agacement" sur le compte de mon métier. Ou de ma belgitude. Puisqu'il paraît - les Québécois en tout cas sont nombreux à l'affirmer - qu'on est beaucoup plus pointilleux sur le respect de la langue en dehors de la France. 

    Ce qui m'amène à Alain Mabanckou:

    "De plus, la langue que nous utilisions était raillée aussi bien en cours qu'au restaurant universitaire. On n'employait plus l'imparfait du subjonctif, en France... Or, nous y tenions comme à la prunelle de nos yeux! De notre côté, la langue des autochtones nous paraissait pauvre, pervertie par une paresse désolante. Ces jeunes gens avaient appris le français dans les jupes de leurs mères, et adopté, selon nous, les raccourcis les plus abominables, ainsi que cette manie de contourner la difficulté des concordances de temps en se réfugiant derrière une prétendue évolution de la langue. Combien de fois n'avons-nous pas été interrompus par un condisciple qui nous lançait:

    - On ne s'exprime plus comme ça! On croirait entendre des vieux!"

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, pages 105-106

  • 22! ça craint grave

    C'est le chien qui l'a prévenu. S'est mis à aboyer comme un taré. Ça a mis des plombes à lui arriver au cerveau, avec la murge qu'il s'est pris la veille. Et l'avant-veille. Gros week-end. Il y avait du monde au restaurant. C'était la réouverture. Terrasse impeccable. Plus un grain de sable dans la salle. Cuisine opérationnelle. Si t'avais vu ça mon pote. Et d'ailleurs il a vu le gros Perez. Il était là avec toute l'équipe dimanche soir pour faire la fête. Bon ce n'était pas les teufs de l'OM ou de Nice avec la coke les bains de champagne les putes et tout le reste c'était tranquille mais tout le monde avait l'air content. En tout cas Perez semblait satisfait. Bon travail mon gars il lui a fait. Ça l'a soulagé d'un poids maous. De le voir là toute la soirée ça lui a collé des frissons. Depuis sa dernière visite il rêvait de lui toutes les nuits. Le type lui réclamait son fric et le torturait jusqu'à ce qu'il crache le morceau.

    Olivier Adam, Peine perdue, début du chapitre 22, Flammarion 2014, p.391

     

    Où il apparaît clairement que:

    1.les virgules sont des ornements désuets; une seule semble avoir échappé à la vigilance de l'auteur et de son comité de lecture, à la deuxième ligne... Entre "Et d'ailleurs, il a vu le gros Perez" ou "Et d'ailleurs il a vu, le gros Perez", je choisis la deuxième option, mais je peux me tromper Langue tirée

    2.apprendre le français argotique à mes petits Flamands est une conditio sine qua non pour leur faire goûter - ou en tout cas comprendre - la littérature française.

    Ici http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4873524 on peut entendre Olivier Adam parler de son livre et en lire des extraits.

     littérature,langue,français,prof

     source de l'image: BERTRAND GUAY / AFP 

    http://www.20minutes.fr/culture/1431007-20140821-rentree-litteraire-lu-peine-perdue-olivier-adam 

    Le titre du billet vient d'un article de Bentolila, Pour la langue, ça craint grave, que j'ai fait lire en classe à l'époque de sa parution. Il est ici: http://www.liberation.fr/tribune/2004/08/24/pour-la-langue-ca-craint-grave_490114 et date déjà d'une dizaine d'années.

    Mais qui reste très actuel!

     

  • F comme français

    "le français (...) est une langue de cérémonie et ses codes, à la fois grammaticaux et culturels, ont quelque chose d'intimidant."

    Phrase extraite de l'interview de l'auteur sénégalais, Boubacar Boris Diop, qu'on peut lire ici: 

    http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP999bbd.html

    Je suis sûre que mes élèves seraient tout à fait d'accord.

    Le français est ressenti comme plein de "pièges" et la peur de la faute est paralysante.

  • A comme adieu et merci

    C'est dimanche dernier, grâce à un commentaire de Joe Krapov, que j'ai eu l'idée de faire un billet sur notre excellent et regretté professeur de grammaire et d'orthographe françaises, le professeur Mertens.

    Il était la terreur des étudiants, avec de longues dictées truffées de mots périlleux et d'accords du participe passé de verbes pronominaux suivis de l'infinitif. Il nous notait aussi en négatif, donc certains avaient moins vingt-neuf ou moins trente-quatre (sur vingt) ou pire encore, pour leur première dictée. Ça le faisait rire, le monstre Langue tirée

    Il était le roi des fiches mnémotechniques et je repense à lui chaque fois que je suis en classe et que je peux transmettre un de ces "trucs" à mes élèves. Par exemple, qu'il n'y a que trois familles de mots commençant par AGG-: celles d'aggraver, agglomérer et agglutiner. (1)

    Voulez-vous un autre exemple que celui du schibboleth de dimanche dernier?

    "Jeanne la pauvre chouanne a dû vendre sa jument rouanne à une paysanne valaisanne ou veveysanne." (2) 

    Et ainsi de suite pour les mots en -anse/-ense, ap-/app-, at-/att- et tout le reste de l'alphabet jusqu'à -ument/-ûment.

    76 fiches d'orthographe d'usage, comme il les appelait, que nous devions connaître par coeur. Ainsi que le manuel de grammaire de Grevisse: nous devions être capables d'expliquer au pied levé n'importe quelle règle et de l'illustrer d'exemples inventés sur le vif. Spirituels, de préférence Cool

    J'adorais ça. La grammaire, ce n'est qu'avec lui que je l'ai découverte, ayant été le cobaye d'un enseignement soi-disant innovateur où il fallait apprendre sans grammaire ni vocabulaire, simplement en écoutant l'enregistreur et en ânonnant des petites phrases. De sorte qu'en dernière année, quand le prof nous demandait pourquoi il fallait le subjonctif dans une phrase que je venais de lui dire, j'étais incapable de répondre.

    Avec le professeur Mertens, la grammaire devenait un jeu, un défi.

    Nous étions 186 en première année et au bout de trois semaines il nous connaissait tous par nos nom et prénom. Il était déjà là avant le début du cours (or il avait celui de huit heures du matin) et passait entre les rangs avec de petits papiers à la main. Il y notait ses trucs pour retenir nos noms et nos têtes. Je me demande encore par quel miracle il a tout de suite su le mien.

    Merci, professeur Mertens, grand merci, pour le sérieux et pour l'humour! 

    http://www.vlrom.be/pdf/984mertens.pdf

    ***

    (1) Tous les autres mots en AG- n'ont qu'un seul G.

    (2) Le féminin des mots et adjectifs en -an: ils ne doublent pas le N sauf ceux de cette petite phrase à retenir.

    français,prof,louvain

    c'est ici qu'étaient (et sont encore) les romanistes
    et autres philologues de Flandre

    (photo prise à Louvain en octobre 2010)

  • O comme ouèche?

    bricabook142.jpg

    © Kot

     http://www.bricabook.fr/2014/11/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-142e/#comment-42497

    - Où tu vas encore, à cette heure ? dit le père.

    - C’est ton nouveau jean que tu as mis dans cet état ? demande la mère.

    - Tu ne vas tout de même pas sortir comme ça ? dit le père.

    - Mais qu’est-ce qui t’a pris de taillader un jean tout neuf ? crie la mère.

    Rouler les yeux dans les orbites en regardant le plafond, hausser les épaules, soupirer profondément, lâcher un « c’est la mode ! », attraper la veste au portemanteau, sortir de l’appartement, dévaler les marches – parce que même si on est au sixième, ça va encore plus vite que d’attendre l’ascenseur – inspirer profondément l’air pourtant vicié de la rue, s’engouffrer dans la station de métro la plus proche, sauter dans une rame, s’affaler sur un siège, pousser le son de la musique.

    N’importe où, n’importe où c’est mieux que chez soi, avec le père, la mère, les petits, les voisins, leur télé, les odeurs de graillon et de soupe aigre qui s’infiltrent par tous les interstices.

    Un texto s’affiche :

    - La jeura !

    Ce n’est qu’alors qu’apparaît un sourire sur ses lèvres. Si sa BFF a la haine, la soirée promet d’être intéressante. Il va peut-être enfin se passer quelque chose…

    ***

    merci à Leiloona pour ce jeu

    et merci à Cobra le cynique pour son Dictionnaire de la Zone
    qui a déjà été si utile à Madame
    pour ses cours de Djeun

    http://www.dictionnairedelazone.fr/definition-lexique-o-oueche.html

    http://www.dictionnairedelazone.fr/definition-expression-j-avoir_jeura.html

  • N comme Nobel

    Quand Le Clézio a obtenu le Nobel, Madame l'a fièrement annoncé à ses classes et leur a fait lire une de ses histoires courtes.

    Quand Modiano a obtenu le Nobel, Madame a été un peu perplexe. Elle a repris en main deux ou trois de ses ouvrages, sans réussir à se décider.

    Comment pourrait-elle promouvoir un auteur qui se contente de faire ce qu'elle fait, à ses moments perdus? Langue tirée

    Même si, quand on parle de Modiano, on emploie des mots plus savants: récit autodiégétique, focalisation interne, oeuvre rétrospective, éléments fictionnels partiellement autobiographiques...

    Modiano, c'est celui qui a déclaré lui-même: 

    "C'est dangereux, l'autobiographie, c'est un genre bâtard, une solution de facilité pour quand on manque de courage (….). L'autobiographie, c'est toujours une baisse de tension, un truquage."

    Magazine Lire, septembre 1985

    Modiano, c'est celui qui navigue constamment entre le "Je crois que tout est vrai" et le "Peut-être tout est faux(interview dans le Paris-Match du 12 août 1977).

    - Dans l’avant-propos, vous mettez des guillemets à roman…

    - Parce que certains livres ne sont pas vraiment des romans : Un pedigree, Remise de peine… Et puis c’est un terme un peu incertain, «roman».

    - Sur les couvertures, on pourrait écrire «rêverie» à la place ?

    - Ce sont en effet plutôt des rêveries sur des choses qu’on a vues, un peu comme lorsqu’on revoit dans des rêves des endroits qui vous ont été familiers. Des endroits qu’on a connus de manière très quotidienne et qui sont un peu déformés. Oui, «rêverie» serait un terme plus approprié.

     

    Libération, 9 mai 2013
    http://www.liberation.fr/livres/2013/05/09/je-travaille-comme-un-somnambule_901822

    Ce que Madame aimerait faire, avec ses élèves, c'est leur donner un extrait puis les mettre à l'écriture: "Allez-y, faites comme lui! Racontez votre 'autobiographie rêvée'!" Cool

     

  • D comme décalaminer

    L'Adrienne est heureuse de vous annoncer qu'elle a appris un nouveau mot grâce au blog de Pascal Perrat (1): décalaminer.

    Selon le petit Robert, c'est un terme technique qui signifie "ôter la calamine déposée sur les parois métalliques (d'un cylindre, d'un moteur)."

    Amusez-vous à répondre, tel un enfant, à ces questions pour décalaminer votre créativité, si nécessaire:

    - Quel emblème pourrait-on ajouter au drapeau national ?

    L'Adrienne a toujours brillé par l'originalité et déclare le moules et frites emblème national (non, pas le Manneken ni les pralines de chez Neuhaus)

    - Quelle pourrait être votre dernière parole ?

    Je vais enfin savoir si dieu existe

    - Avec quelle sauce mangeriez-vous des trombones ?

    à la sauce musicale, mais en coulisse, bien sûr

    - Pour se déplacer, les animaux marchent, courent, sautent, volent, nagent, pourquoi aucun ne roule-t-il ?

    parce qu'eux aussi connaissent les statistiques!

    - Dans votre demeure, quel est l'objet que vous pourriez qualifier de légèrement lourd ?

    l'ordinateur, abusivement appelé portable, jusqu'au jour où vous décidez de l'emporter partout où vous allez

    - Combien de temps votre visage conserve-t-il son sourire ?

    hij is erin gebeiteld (allez donc voir sur un translator quelconque ce que ça donne)

    (1) http://www.entre2lettres.com/cela-arrive-arrivera/

  • N comme No time to waste

    Une dernière remarque. Sur un accord à faire. La place de la négation. Une conjugaison. Une tournure de phrase. Une expression idiomatique. Un mot argotique.

    Un ultime conseil.

    Le temps presse: bientôt, dans quelques semaines, quelques jours, quelques heures, Madame les lâche. Pour toujours. Parce qu'il le faut bien.

    prof,école,élèves,français,langue

    zut! Madame n'a rien lu de Molière, cette année!

    Jusqu'à un soir sur fb ou dans la boite à mail. Quand ils lui écriront, l'air de rien et en français: "Bonjour, Madame! Vous allez bien?"

    Tandis que la vraie demande sera: "Voulez-vous faire ceci ou cela pour moi?"

    (signer une pétition, résoudre un problème linguistique, participer à une enquête, soutenir un projet...)

    Alors Madame-plus-prof-que-moi-tu-meurs leur répondra:

    - Bonsoir!

    Et ils se reprendront, pauvres pitchouns, comme s'ils étaient encore sur les bancs de l'école Langue tirée 

    ***

    Et bien vous savez quoi?

    Madame s'en émeut et s'en réjouit d'avance.

    (oui elle est grave grâââve)

     

     

     

  • U comme un slogan

    "Spreek steeds je eigen taal in Brussel!" (1) disait un slogan de mon enfance. 

    Ça faisait hausser les épaules à mon père, qui passait sans problème d'une langue à l'autre et ça irritait énormément ma mère, qui trouvait le français absolument supérieur à toutes les langues en général et au néerlandais en particulier.

     004 - kopie.JPG

    Alors aujourd'hui, si nous parlions tous notre propre langue à Bruxelles, ça ferait une jolie tour de Babel, avec 163 nationalités différentes

    Langue tirée

     

    (1) "Parle toujours ta propre langue à Bruxelles", in casu le néerlandais.

     

  • Premières amours

    Il me disait des choses que je ne comprenais pas. Pourtant, il parlait français, et à 12 ans je croyais maîtriser cette langue.

    - C’est ton frangin, çui-là ? me lance-t-il en désignant du menton une présence derrière moi.

    Je me retourne et je vois mon petit frère qui, comme d’habitude, me suit partout où je vais.

    - Ton frangin ! Ton frère, quoi !

    Je me dis que notre histoire est mal partie. Il va tout de suite me prendre pour une gourde.

    Il refait une deuxième tentative d’approche.

    - Tu viens manger chez nous, ce soir ? Ma mère fait des pattes !

    - Des pattes de quoi ? je demande.

    Là, c’est lui qui ouvre de grands yeux.

    - Bin… des pattes, quoi !

    - Je n’aime pas les pattes. Nous, les pattes on ne les mange pas.

    Ça l’a drôlement étonné. Je n’ai compris pourquoi qu’après. Chez lui, à Paris, ce qu’on appelait ‘des pattes’ s’appelait chez nous ‘des pâtes’. Et nous laissions traîner un peu le a, pour bien montrer que nous savions que ça portait un accent circonflexe.

    Puis sa mère est passée, qui revenait avec un grand bassin rempli d’assiettes, de bols et de verres.

    - Daniel ! Prends un torchon, c’est ton tour pour la vaisselle !

    C’est alors que je l’ai planté là : j’ai bien fait, me dis-je, de refuser son invitation ! Non seulement ils mangent des pattes, mais en plus ils essuient la vaisselle avec des torchons ! 

    ***

    texte écrit pour l'atelier d'écriture de Daniel Simon à Leuze
    http://traverse.unblog.fr/2014/02/13/un-seul-etre-nous-manque/

    fiction,souvenir d'enfance,langue,france,belgique,leuze,français,belge

     

    La consigne était: "Il me disait des choses que je ne comprenais pas"

    Merci à Daniel Simon pour les conseils de "nettoyage".

  • G comme grave, grave!

    - C'est normal, ça? me demande ma Tantine.

    L'aînée de ses petits-enfants a eu son examen de français vendredi. Elle a montré à ma tante (je cite) "une feuille avec des expressions que les jeunes emploient entre eux".

    Elle ajoute: "soi-disant un langage que les jeunes parlent maintenant! et cela faisait partie de son examen!!!!!!!je n'y comprends plus rien!"

    Je devine qu'il s'agit de français argotique, alors j'essaie de lui expliquer que si on veut que nos élèves (non francophones, je le rappelle) comprennent le français tel qu'on le parle dans les films, les chansons... et tel que le parlent les jeunes, on est bien obligés de leur apprendre des expressions du genre "fais gaffe" ou "c'est dégueulasse".

    - Tu serais étonnée, lui dis-je, mais il n'est plus possible de lire même un article sérieux sans qu'il y ait du vocabulaire argotique (ou ce qu'on appelle du parler djeun') dedans...

    Je sens bien que j'ai du mal à la convaincre. Sur la liste de sa petite-fille, il y avait des mots comme 'meuf' ou 'teuf' et là franchement, elle trouve qu'on y va trop fort Langue tirée

    - Evidemment, conclut-elle, j'ai 70 ans mais quand même!!c'est normal tout ça?

    ***

    Attends, Tantine, dans un an ou deux ta petite-fille sera peut-être dans ma classe et alors ce ne sera pas une feuille mais plusieurs pages de cet abominable vocabulaire familier et argotique qu'elle aura à apprendre Cool

    http://www.youtube.com/watch?v=6cgKGlrXhc0

  • L comme les serments

    Ils ont juré.

    Ils ont promis devant Dieu et les hommes.

    Un 14 février.

    L'un s'appelle Charles.

    L'autre s'appelle Louis.

    Leurs deux noms sont inscrits au bas d'un parchemin.

    ***

    Aujourd'hui c'est l'anniversaire de cet engagement.

    Le 1171e, déjà...

    C'était en 842.


    serments.png
    Les Serments de Strasbourg
    photo de wikipedia commons
    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sacramenta_Argentariae_%28pars_longa%29.png

  • P comme Purée!

    L'Adrienne, vous le savez, a reçu une éducation très stricte. Une de celles qui laissent des traces indélébiles jusqu'à cinquante ans plus tard... et probablement au-delà Clin d'œil

    Une des conséquences directes les plus fortes en est que jamais au grand jamais on n'entendra l'Adrienne se lâcher à dire un gros mot. Elle a toujours laissé les G...V...D... à d'autres. En cas de grosse contrariété, l'Adrienne arrive tout juste à exhaler un "Purée!".

    Un jour, ça lui est arrivé en classe et ça a beaucoup fait rire ses élèves.

    Alors elle en a profité pour leur expliquer qu'elle préférait dire "Purée" au lieu de putain ou merde.

    En classe, bien sûr, pour des raisons purement pédagogiques, l'Adrienne emploie ces mots-là et même des pires: elle estime qu'il est impératif que ses élèves soient armés pour affronter les jeunes français, les films français et les chansons françaises Langue tirée (1)

    ***

    Ces derniers temps, l'Adrienne a souvent l'occasion de dire "Purée!

    Par exemple en étendant son linge au grenier et qu'elle bute contre le vieil aspirateur. Ou en farfouillant dans son congélateur et qu'un pain de 800 grammes lui tombe sur le pied. Ou en faisant tranquillement sa brasse à la piscine et qu'elle attrape un coup en plein sur l'orteil.

    Car vous le savez tous: il suffit d'avoir un bobo quelque part pour qu'il se rappelle constamment à vous. Ainsi, les coups et les heurts ne sont jamais pour un des neuf autres orteils, sortis indemnes de l'explosion du piano.

    Mais rassurez-vous: l'Adrienne a dû tellement happer l'air pour retrouver la parole et la vue (de trente-six chandelles) qu'elle n'a même pas réussi à sortir un "Purée!"

    ***

    (1) en tout cas de celles que l'Adrienne adore leur faire écouter de sa compil des années 80 de Renaud et qui sont encore bien gentilles comparées à ce qu'on entend parfois aujourd'hui Surpris

  • Z comme zéro... pour le prof!

    Elle s'appelle Sylvie. Elle est "Prof de Lettres" quelque part en France. Mais elle ne sait pas accorder le participe passé conjugué avec avoir.

    - J'ai un doute, écrit-elle, concernant l'accord de "pris" dans les phrases suivantes:

    les forces de maintien de la paix ont pris de l'importance / l'importance qu'ont prise les forces de maintien de la paix

    Souvent, quand je lis cette sorte de messages sur la liste des Profs de Lettres, je suis plus qu'étonnée. Ne faut-il donc pas connaître sa grammaire française sur le bout des doigts, quand on est prof de Lettres? et ne dispose-t-on pas de tous les outils adéquats, quand on a un doute?

    Parfois, il m'arrive de répondre. Mais ici je ne l'ai pas fait, me disant qu'il se trouverait bien quelqu'un pour expliquer à Sylvie qu'il s'agit d'un participe conjugué avec l'auxiliaire avoir et que par conséquent l'accord se fait avec le complément d'objet direct s'il se trouve devant le verbe: "Elles ont pris quoi? de l'importance!"

    ***

    Mais ne nous moquons pas de Sylvie. Il y a pire.

    Ecoutons les explications de T***, une autre "Prof de Lettres" quelque part en France:

    "Les règles d'accord sont compliquées... Mais en pratique, et, je crois, en profondeur, la question à se poser est "Qu'est-ce qui est...?" et l'accord se fait tout simplement quand la réponse apparaît à cette étape de la phrase"

    En profondeur, vraiment?!

    Je suppose que vous aurez compris pourquoi je l'ai encore plus anonymée que la première...

    ***

    A mes élèves de 5e (la seconde, en France) qui apprennent le français comme langue étrangère, je demande beaucoup plus que de savoir accorder de 'simples' participes passés conjugués avec avoir... Ils doivent aussi maîtriser un tas de règles effectivement très compliquées, comme les participes des verbes pronominaux ou ceux qui sont suivis d'un infinitif.

    Ils doivent savoir, eux, pourquoi on écrit 'ils se sont plu, ils se sont succédé, ils se sont écrit' ou au contraire 'ils se sont vus, ils se sont embrassés, ils se sont promenés'... Et pourquoi cela doit être 'je les ai vus entrer' mais 'je les ai fait entrer'.

    Alors je leur crie bien haut et bien fort, même si jamais - je l'espère - ils ne passeront par ici:

    Bravo mes petits et bonnes vacances!

  • N comme nationalisme

    C'est une tablée bien d'accord sur un point: le nationalisme, c'est mal. Très mal. Au passage, quelques politiciens français se font agonir. Puis une dame me dit:

    - Je ne sais pas pour vous, en Belgique c'est peut-être différent? Mais nous les Français nous ne nous sentons pas du tout Européens! Nous nous sentons à 100% Français!

    Voilà qui m'épate toujours, les gens qui parlent avec une telle assurance des sentiments et opinions de 60 millions d'autres. On attendait d'ailleurs la même compétence de ma part:

    - Est-ce que les Belges se sentent Européens?

    Je réfléchissais à ma réponse, essayant de me rappeler les "statistiques" auxquelles nous étions arrivés l'an dernier après une petite enquête dans mes classes de Terminale... mais je n'ai pas eu à répondre, tous les Français autour de la table avaient plein de choses à dire sur le sujet.

    Et ils étaient de nouveau tous d'accord: la France, c'est quand même ce qu'il y a de mieux! Aucun autre pays n'a son niveau de culture! Personne au monde n'atteint ce degré de supériorité!

    Il me semblait entendre les politiciens agonis. Mais sans doute était-ce une question de vocabulaire Langue tirée

    ***

    Ne m'en veuillez pas, amis français, si je raconte cette petite anecdote...
    Nous avons tous nos contradictions
    Bisou
    et j'attends vos réactions à celle-ci!

     

  • G comme Gibraltar

    La première fois que l'idée est lancée, elle semble faire l'unanimité.

    Il faut dire que ce soir-là, ceux qui aiment ça (c'est-à-dire tout le monde en dehors de moi) avaient bu du whisky et du rhum rapportés de là-bas, et que ça leur avait donné des idées.

    Y*** avait encore ajouté l'argument du prix des cigarettes, emportant ainsi l'adhésion définitive de tous les fumeurs de la tablée.

    Chacun s'était mis à rêver de voir le continent africain presque à portée de main. Certains se faisaient un peu peur avec des histoires de grands singes habitant sur le rocher et se promenant en ville. Les imaginations travaillaient.

    Le lendemain, les avis étaient déjà plus partagés:

    - Gibraltar, dit quelqu'un, ce n'est bon que pour le shopping!

    Je décidai donc de ne pas accompagner. Une autre aussi se désista: Gibraltar, elle y était déjà allée, et pour avoir une belle vue sur l'Afrique, il valait mieux aller à Tarifa.

    Le surlendemain, même les fumeurs et les buveurs de rhum et de whisky avaient perdu leur motivation. Il n'était plus question que de problèmes de parking et de queues à la frontière. Et le tabac, finalement, n'était pas fort cher en Espagne non plus:

    - D'ailleurs, dit un autre, j'essaie de fumer moins.

    Quand je les ai quittés pour aller faire un tour dans la montagne, ils ne savaient toujours pas à combien ils iraient ni où. Le chauffeur de la voiture s'est refait un énième café:

    - On partira quand mon café est bu, dit-il.
    - Moi je dois encore prendre une douche, dit une autre.

    Alhaurin feb 12 020 - kopie.JPG

    Je ne sais pas à quelle heure ils sont partis, finalement,

    Alhaurin feb 12 031 - kopie.JPG

    mais en marchant j'ai beaucoup pensé à Jean Ferrat:

    Alhaurin feb 12 033 - kopie.JPG

    que la montagne est belle!

  • F comme francophonie

    J'étais avec des amis français. De temps en temps, ils utilisaient un mot qui réveillait en moi le prof-de-FLE-en vacances - être prof, et surtout de FLE, c'est 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, même quand on est en vacances: il y a toujours une idée à prendre, une brochure qui pourrait servir de "matériel didactique", un mot intéressant à noter...

    Les hommes discutaient de tondeuses à gazon. En entendant le mot "autotractée", je me suis levée pour aller chercher mon petit carnet. Voilà un mot qu'il faut que je retienne, leur dis-je, et j'y notai:

    zelftrekkend: autotractée

    Mais cela déclencha une petite discussion entre eux:

    - Non, me dit un autre, ce n'est pas autotractée qu'il faut noter, c'est autoportée!

    Je notai donc les deux mots. Au lieu d'être devenue plus savante, j'avais un doute de plus Langue tirée

    ***

    Puis le soir il fut question de bois, de chauffage, de feu ouvert. Je dis que dans la maison d'I il y avait une cassette. Mais personne ne réagit à ce mot. Je compris pourquoi le lendemain, quand quelqu'un parla d'un insert...

    Voilà qui m'a laissée perplexe.

    Que par le passé, nous ayons utilisé des mots différents et que nous continuions à les utiliser chacun de notre côté, d'accord, c'est une donnée historique. Je garde mes torchons pour torchonner, mes essuies pour essuyer, mes septante/nonante pour compter...

    Mais que pour un produit aussi récent on n'ait pas le même mot, ça me dépasse, je ne comprends pas!

    Si quelqu'un a une bonne explication, qu'il me la donne, j'aimerais beaucoup qu'on m'éclaire!

    Alhaurin feb 12 014 - kopie.JPG

  • Z comme zèle

    Les zélés Immortels sont arrivés à la lettre Q et ont décidé d'accepter les mots suivants:

    aérosol, ailier, autoradio, avant-centre, biathlon/décathlon, bibliobus, billetterie, biodégradable, calculette, compactage/compacter, culturisme/culturiste, discothèque/discographie, dopage/doper, estivant, -ante, euphorisant, -ante, extraverti, -ie, finaliste, frustrant, -ante, gélule, hypermarché, informel, -elle, interclasse, jardinerie, jetable, laborantin, -ine, lampe-tempête, maquettiste, maquisard, maraîchage, marathon, margottage, marginalement, marginalisation, marginaliser, marquage, marque-page, marketing, martèlement, mascara, masochisme, massicoter, masticage, m’as-tu-vu, materner, mathusalem, matraquage, matricide, mature, maximal, -ale, maximiser, mazouter, mécénat, médicaliser, melba, mémorisable, mémoriser, menotter, mensualisation, mensualiser, mentholé, -ée, mercatique, merguez, métré, métro, microfilm, optimal, -ale, optimiser, parka, pastis, patchwork, patronyme, paysager, -ère, paysagé, pénaliser, penalty, pénibilité, pense-bête, pérenniser, périphérique, permissif, -ive, pesticide, philatélie, photocopie, photomaton, photomontage, phréatique, piano-bar, piratage, plagiste, politisation, politiser, porte-à-porte, polluant, -ante, pollueur, -euse, pontage, poster, prêt-à-porter

    pour ce qui concerne les mots "d'usage courant" et

    barbant, -te, bêtisier, bigleux, -euse, carambouille ou , carambouillage/carambouilleur, -euse, copinage, déboussoler, entourlouper/entourloupette, gamberger, grenouilleur, -euse, jeunot, -otte, lèche-bottes, lèche-vitrines, lève-tard/lève-tôt

    pour ce qui est des mots familiers.

    Je constate que la plupart de ces mots se trouvent déjà dans un vieux petit Robert (édition 1973).

    Soit, no comment.

    Il s'agit donc du troisième tome de la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (De Maquereau à Quotité), édité à la Librairie Arthème Fayard et l'Imprimerie nationale, disponible en librairie au prix de 75 €.

    Si vous désirez découvrir les mots vulgaires et argotiques désormais immortalisés, cliquez sur le lien Cool http://www.academie-francaise.fr/actualites/index.html

    Mais tout de même... Je n'ose imaginer comment se déroulent leurs débats!

  • R comme rions un peu...

    Vous voulez savoir ce qui nous fait rigoler, mes collègues profs de français et moi-même, depuis hier soir?

    C'est ici:

    http://www.youtube.com/watch?v=rvdCzohYEy8